Et c'est parti ! Derrière chapitre calme avant le gros bordel que va être le final de cette fanfiction. J'espère que vous êtes prêts, parce qu'il risque d'y avoir de sacré gros problèmes :3
ROYAUME EN PERDITION
Chapitre 38 : Conseil de guerre
Les aventuriers arrivèrent les premiers dans la petite chambre sans fenêtre. Ils posèrent tous leurs équipements dans un coin et Grunlek et Shinddha en profitèrent pour se débarrasser de leurs armures encombrantes. Théo s'était immédiatement accaparé le lit pour y coucher la gamine, s'attirant un regard surpris du mage. Il se tourna vers Shinddha qui haussa les épaules pour lui signifier qu'il ne savait pas plus que lui d'où venait cette lubie de prendre soin d'enfants. Néanmoins, le mage sentit son ventre se tordre. La petite Sarah devait être elle aussi sous le contrôle d'Agnar, elle avait dû quitter la montagne et se mettre en marche vers Castelblanc. Supporterait-elle seulement le voyage après son enfermement ? Il préféra chasser cette image de sa tête, il devait rester concentré. Grunlek s'installa près du mage, la mine inquiète.
"Tu es sûr que ça va ?
- On a connu de meilleurs jours, avoua t-il à demi-voix. On ne peut pas se permettre de se préoccuper de nos états d'âme maintenant. Des milliers d'innocents comptent sur nous."
Enoch poussa tranquillement la porte de la pièce et rentra comme chez lui, tout sourire. Les aventuriers ne prononcèrent pas un mot à son encontre. Balthazar se détourna immédiatement de son regard. Il ne pouvait pas l'éviter dans cette pièce, mais il comptait bien l'ignorer aussi longtemps que possible. Aranwen prit la main de Shin et l'entraîna vers le lit, où elle commença directement à s'occuper de ses bandages. Ce fut à ce moment que la réalité frappa Grunlek au visage.
"Il s'est fait mordre ! s'écria t-il, alarmé."
Le demi-élémentaire ne comprit la gravité des propos qu'en retirant le bandage qu'il s'était fait à la va-vite : des veinules noires s'étiraient à partir des traces de crocs. L'elfe palpa son bras et poussa un soupir d'apaisement.
"Le contact n'a pas été long, l'empoisonnement est trop minime pour qu'il fasse des dégâts, expliqua t-elle d'une voix experte. Il faudra juste veiller à ne pas que ça s'infecte."
Balthazar sourit en voyant le visage de l'archer se détendre d'un coup. D'eux tous, il était le plus douillet. Le mage se rappelait sans mal comment Théo avait une fois dû le plaquer au sol pour que Grunlek puisse lui retirer une petite écharde du doigt. Il lança un regard inquiet au paladin. Sous l'armure qu'il avait emprunté, il pouvait clairement voir un bandage dépasser le long de son bras gauche. Théo acceptait si rarement de se faire soigner que cela ne pouvait pas être anodin. Grunlek lui prit la main pour attirer son attention avant qu'il n'ouvre la bouche et tapota deux fois sur son front. Le mage se concentra et étendit la connexion mentale à son ami.
"Il est marqué, annonça Grunlek sans ménagement. Ils l'ont tatoué comme un animal et je ne suis pas certain qu'il le prenne aussi bien que ce qu'il prétend.
- La marque est… définitive ?
- Oui. Je n'ai pas eu le cœur de lui annoncer tout de suite. Mais… Oui."
Le regard du demi-diable se perdit légèrement sur la contemplation du bras de son camarade, avant qu'il ne se reprenne et regarde ailleurs. Il ne voulait pas braquer le paladin.
"Et la gamine ? demanda t-il à Grunlek.
- Pareil. Elle est marquée dans le dos. Il la surprotège, il m'inquiète un peu."
Ils étaient au moins d'accord sur ce point. Ils furent interrompis par le bruit de la porte qui s'ouvrait. Viktor entra le premier dans la pièce. Balthazar le sentit se tendre immédiatement dès qu'il croisa son regard, et se rigidifia totalement lorsqu'il aperçut Enoch. Théo, lui, ne lui accorda même pas un coup d'œil. La rancœur était encore bien présente et l'alliance s'avérerait vite difficile, songea le pyromage. Une dizaine de paladins le suivait de près, tous en armure et avec un sac à dos imposant sur le dos. Les hommes s'entassèrent le long du mur du mieux qu'ils purent.
Théo se releva soudain en apercevant une tête blonde. A la surprise générale, il se jeta sur une jeune femme en armure qui leur était inconnue et l'étouffa dans un câlin. A bien la regarder, les aventuriers purent y voir quelques points de ressemblance troublants avec leur paladin : le visage carré, les yeux bleus pâle, la tenue trop stricte pour son âge. Aucun doute, il s'agissait d'une Silverberg. Mani entra le dernier. Il salua Shinddha, Grunlek et Théo d'une grande accolade avant de s'éloigner du groupe, mal à l'aise dans la foule. La pièce était soudainement devenue trop petite pour eux tous.
Une fois le brouhaha des retrouvailles passé, ce fut un silence pesant qui s'installa entre les deux groupes. Plusieurs paladins désapprouvaient déjà la présence d'Enoch et Balthazar et ne se privaient pas pour le dire à voix haute. Si le mage se contentait d'ignorer, son père lui paraissait moins enclin à la patience et répliquait sans viser d'interlocuteur particulier, ce qui ne faisait qu'accroître la tension ambiante. Théo finit par se placer au milieu pour prendre la parole.
"On est pas là pour s'entretuer, grogna t-il. On n'en est plus là et on n'a plus le temps pour ça. La situation doit être réglée au plus vite et en faisant le moins de morts supplémentaires possibles. Si quelqu'un a un plan à proposer, c'est le moment."
Balthazar s'avança au centre du cercle, sous les regards dédaigneux des paladins. Il se stoppa devant eux et prit à son tour la parole.
"Oui, je suis un demi-diable. Oui, il se trouve que l'enflure qui a assiégé votre ville est mon demi-frère. Mais je n'approuve pas pour autant ses actes et je n'ai aucun intérêt à vous nuire. Si vous ne mettez pas votre rancœur de côté, dit-il en dévisageant Viktor tout particulièrement, nous n'arriverons à rien et on se fera tous tuer juste parce que vous n'avez pas voulu collaborer. Je ne vous demande pas de m'aimer, seulement de travailler ensemble. Nous sommes tous alliés dans cette pièce, est-ce que je me suis bien fait comprendre ?"
Une vague "oui" marmonnés lui parvint aux oreilles, ce qui lui suffit amplement. Il se tourna ensuite vers Théo.
"Je veux essayer de le confronter. Même si… Même si c'est probablement sans espoir, je veux lui laisser une dernière chance de s'expliquer et de prendre conscience de ses actes."
Il se tourna vers ses compagnons d'aventures.
"Cela va de soi, mais vous venez tous, bien sûr. Si ça dérape, on sera en première ligne et on se battra jusqu'à la mort. Dans le meilleur des cas, on le tue et on en reste là. Mais si jamais il nous… Si jamais il nous abat, il reste une solution, que nous avons invoqué avec Aranwen.
- Le piège à démons, intervint Viktor, en lisant dans ses pensées. Ce n'est pas simple à mettre en place. Et s'il est mobile, il va être compliqué de l'immobiliser.
- Je sais, répondit le mage."
Il prit une grande inspiration et se tourna vers ses compagnons. Il savait que ce qu'il allait annoncer n'allait pas leur plaire.
"Si jamais nous échouons à l'abattre, je dois être le dernier debout, leur dit Bob en hachant ses mots. Je me transformerais en démon le temps de l'immobiliser et…
- C'est hors de question, intervint Théo, menaçant. Tu ne te jettes pas dans cette saloperie.
- Tu as une autre solution peut-être ? A part mon père, personne ici n'est capable de lui tenir tête s'il se transforme.
- Alors envoie ton père ! s'énerva t-il."
Balthazar jeta un regard vers son père, puis se tourna vers lui, yeux dans les yeux.
"Tu parles de confier la survie de toutes les personnes de cette ville à la personne qui est le plus susceptible de se retourner contre nous pendant le combat. Tu sais comme moi, cracha t-il, qu'il ne se contentera pas d'interférer. Il prendra le pouvoir. C'est pourquoi j'ai une autre mission pour toi, Papa."
Enoch haussa les épaules.
"Trouve le récepteur qui maintient tous les esclaves sous contrôle et brise-le. Après ça, barre-toi d'ici, ordonna t-il. Si je te vois de nouveau dans la salle, si je te vois menacer une seule fois la vie des personnes présentes, sache que je n'hésiterais pas une seconde à te tuer toi aussi.
- Je vois, répondit l'intéressé dans un claquement de langue. La confiance règne.
- Justement, répondit le mage. Ne trahis pas la faible confiance que je viens de mettre en toi et fais ce que je te demande. S'il te plaît."
Le démon leva les yeux au ciel avant d'approuver la décision. Viktor s'approcha de Théo, furieux, et de Balthazar.
"Je prends quatre de mes hommes avec moi pour dresser le piège. La salle des entraînements possède un étage, nous placerons le piège là. Les autres, dit-il à ses hommes, sont maintenant sous le commandement exclusif de Théo de Silverberg, promu sur le champ au rôle de Quatrième de la Lumière et donc de général des armées."
Il dégaina son épée et se plaça face à Théo, qui posa un genou à terre et baissa la tête. Viktor l'adouba en silence, sous le regard de ses compagnons. Mani s'avança à son tour.
"Shin, Aranwen et moi suivons l'équipe du haut, affirma t-il sans ménagement. On sera plus utile de loin, pour vous couvrir à distance. Faites… Faites attention à vous."
Un silence funèbre suivit sa réplique. Chaque groupe, d'un commun accord, se divisa dans une partie de la pièce. L'assaut serait donné à la tombée de la nuit, et tous avaient des adieux, des confessions et des amitiés à sceller pour l'éternité. Quand les mots ne suffirent plus, tous partir se coucher. L'heure du combat arriverait vite et ils auraient besoin de toutes les forces nécessaires pour s'en sortir.
