Titre : Love me tonight

Rating : M

Pairing : SB/OC et bien d'autres.

Note de l'auteur :

Bonjour tout le monde !

Je profite d'avoir un peu de temps devant moi pour vous donner le dernier chapitre écrit. Il est un peu plus court que les autres, n'a pas beaucoup d'action, mais il est plein d'informations. j'espère qu'il vous plaira.

Bonne lecture !


Chapitre 38 : Entretien avec la Reine

Le hall d'entrée du Ministère de la magie est bondé. Il est difficile de s'y faufiler rapidement, sans écraser quelques pieds, ou sans donner des coups de coudes. Pourtant, Lucinda et moi, plus rapides et plus souples que la moyenne humaine, parvenons à le traverser en quelques minutes. Nous prenons le premier ascenseur de libre, lui aussi remplie. Je me colle entre Lucinda et un vieux sorcier bedonnant. Le cœur battant, j'attends patiemment que vienne notre tour de sortir à notre étage. A côté de moi, je sens que Lucinda s'impatiente, qu'elle trouve le temps trop long. Je jette un œil à ma montre. Nous sommes parties de chez moi depuis dix minutes. J'ignore si nous sommes dans les temps ou pas.

Enfin, l'ascenseur s'ouvre pour nous et nous nous faufilons dans un couloir étroit et vide. Je suis mon amie jusqu'à une porte en bois toute simple, qu'elle pousse sans frapper. La sorcière qui occupe le bureau sursaute, faisant tomber ses lunettes de son nez fin, puis les redresse avec un regard sévère, non sans me rappeler le professeur McGonagall dans ses mauvais jours.

- Miss, que puis-je faire pour vous ? Demande sèchement la femme.

En quelques mots, Lucinda explique à la sorcière que nous devons être à Vienne dans les plus brefs délais. La femme lui tend les papiers à remplir, que Lucinda me transmet, ainsi qu'une plume. Après un bref regard sur les documents, je constate que c'est une autorisation de sortie du pays, et m'attelle à la tâche de les remplir le plus vite possible sans soulever d'interrogations de la part de la bureaucrate. A la case « Qui prévenir en cas d'accidents ? », j'hésite un court moments, avant de noter le nom de Sirius et notre adresse. Je veux qu'il soit le premier au courant, si jamais nous n'arrivions pas à faire changer d'avis la Reine.

Une fois les documents dûment remplis, je les rends à la sorcière qui les parcours rapidement. Puis, d'un signe de la main, elle nous fait signe de passer derrière la deuxième porte du bureau. Nous nous exécutons et pénétrons dans une vaste salle toute en pierre, coupée en zones par des sorts eux-mêmes matérialisés par des faisceaux de couleur verts situés à hauteur de taille humaine. Un homme près de la porte nous jette un œil et nous demande notre destination. Lucinda lui désigne l'Autriche et il nous mène jusqu'à un carré dont le sol représente le drapeau autrichien. Je comprends alors que chaque zone correspond à un pays. Cependant, le drapeau blanc et rouge comporte une différence : une fleur de lilas est présente en son centre, ce qui ne fait pas partie de l'emblème du pays.

Une fois dans le carré, Lucinda me tend son bras, semblant ne pas remarquer la fleur.

- Accroche-toi, me dit-elle, je vais te guider jusqu'à notre aire d'arrivée.

J'acquiesce, non sans demander :

- Où allons nous apparaitre ?

- Dans la salle de transplanage du Palais, répond-t-elle alors que je m'accroche ferment à son avant-bras.

Je n'ai que le temps de me dire que les vampires ont visiblement une pièce réservée aux voyages sorciers, avant que je ne sente le tiraillement familier au niveau de mon nombril et que la pièce disparaisse de mon regard. Tout se met à tourbillonner autour de moi, ma causant une nausée particulièrement virulente, puis tout se termine. Nous sommes arrivées. Je laisse à mon estomac le temps de retrouver sa place légitime, puis je regarde ce qui m'entoure.

La pièce dans laquelle nous nous trouvons ressemble étrangement à celle que nous venons de quitter. Des hauts murs de pierres grises soutiennent un plafond bombé de style gothique, et l'immense salle est découpée en zone par des sorts de délimitation verts. Au sol, divers drapeaux, de tous les pays du monde.

- Vous recevez tant de visiteurs que ça pour avoir une salle de transplanage digne d'un Ministère ? Demandé-je à Lucinda en sortant de la zone anglaise.

- Nous voyageons beaucoup, répond-t-elle en s'avançant vers ce qui semble être la sortie. Nous sommes reliés aux différents Ministères pour plus de facilités. As-tu remarqué la fleur sur le drapeau ?

J'acquiesce au moment où nous arrivons à une double porte en bois massif. Un vampire la garde, grand et musclé, le regard sévère. Il fait un signe de tête à Lucinda puis se décale d'un pas pour nous permettre de passer. Lucinda pousse l'une des deux portes et met fait signe de sortir avant elle. Surprise, je pénètre dans une cour fleurie. Je m'attendais plutôt à un couloir. Lucinda referme la porte derrière nous, délicatement. Je la regarde, repensant à sa question.

- Effectivement, j'ai remarqué la fleur de lilas sur le drapeau. Il n'y en a pas en vrai, n'est-ce pas ?

Lucinda secoue la tête en me faisant signe de la suivre.

- Non effectivement. La fleur représente la Caste, et seuls les vampires peuvent la voir sur le drapeau. Ainsi, quand l'un d'entre nous n'a pas remis les pieds à la Cité depuis longtemps, et si jamais nous nous sommes déplacés entretemps, il peut immédiatement repérer dans quel pays nous avons déménagé. Et comme les humains ne peuvent la voir, nous sommes protégés. Une fois sur la zone, nous n'avons plus qu'à penser à la Cité, et nous évitons d'arriver au Ministère du pays en question.

J'acquiesce, impressionnée par la méthode qu'ils utilisent pour se déplacer sans être reconnus, et sans avoir à se déplacer de lieu en lieu inutilement.

- Le lilas, dis-je en repensant à l'odeur caractéristique des vampires, vous avez choisi cette emblème à cause de notre parfum ?

Souriante, Lucinda opine.

- Tu avais donc fait attention. Oui, c'est la raison.

- Pourquoi donc tous les vampires de la Caste sentent ainsi ? Les Faucheurs respirent la mort, eux.

Sans répondre, Lucinda rejoint la bâtiment qui se trouve en face de nous. Grâce à un coup d'œil en arrière, je me repais une dernière fois des fleurs qui embellissent le jardin, malgré la fraicheur du mois de janvier, et des parfums qu'elles délivrent. Puis, je reporte mon attention sur Lucinda qui pousse une porte identique à celles que nous venons de refermer. Comme un peu plus tôt, je passe avant elle. Cette fois-ci nous arrivons dans un vaste hall entouré de plusieurs portes simples. Des vampires vont et viennent, seuls ou en groupe.

Suivant toujours mon amie, je contemple les membres de la Caste qui nous entourent. C'est la première fois que je me retrouve parmi ceux qui sont les miens à présent. Je constate alors que j'avais raison : tous les vampires sont beaux. Ce n'est pas tant qu'ils ont un physique parfait, c'est qu'ils dégagent un charme, ce charisme qui est en quelque sorte la marque de fabrique des vampires. Je les regarde de plus près, curieuse de déceler un défaut mais c'est autre chose qui me saute aux yeux. Je ne le remarque que maintenant, mais nous circulons tous à vitesse vampirique. Je jette un œil sur moi alors que Lucinda pousse l'une des portes, la seule qui soit au fond de la pièce. Sans même m'en rendre compte, j'ai moi aussi adopter leur allure.

Souriante, je relève les yeux. Ce que je vois me fait perdre mon sourire. Sans prévenir, Lucinda m'a fait pénétrer dans ce qui semble être les appartements privés de la Reine. La richesse des murs et des meubles en sont les témoins. Nous sommes passées dans ce qui semble être une antichambre. La pièce est de taille modeste, composée d'une table basse en cerisier, de deux sofas en velours carmin l'entourant, d'un buffet soupesant des bibelots et d'un vaste miroir peint à l'or fin. Un grand lustre en or éclaire la pièce avec ces dizaines de bougies, dessinant des ombres mouvantes aux murs couverts à intervalles réguliers de précieuses tapisseries en fil de laines.

- Qu'est-ce que . . .

Je fais un pas en arrière, balbutiant, impressionnée et apeurée par ce qui m'entoure. Lucinda pose aussitôt ses mains sur mes épaules.

- N'aie pas peur, je suis là. Nous ne pouvons pas perdre de temps, l'heure se termine dans quelques minutes. Je vais chercher ma mère. Assieds-toi, je n'en aurais pas pour longtemps.

Lucinda me dépasse. Je la suis du regard, la gorge serrée par l'angoisse qui me rattrape, alors qu'elle disparait derrière la seconde porte de la salle, au fond de la pièce. Le temps de la découverte de la Cité des vampires, j'avais oublié la raison de notre présence, mais la réalité est de retour. Prenant une profonde inspiration pour calmer les battements de mon cœur, je m'approche du buffet pour regarder les objets qui le surplombent. Ce sont principalement des figurines, probablement créées par un artiste vampire puisqu'elles représentent fidèlement notre race.

Relevant les yeux, je tombe sur le miroir et mon reflet. Ma pâleur habituelle est accentuée par la peur qui étreint mon cœur. En me regardant, mes pensées se tournent vers Sirius qui est loin de se douter de ce qu'il se passe en ce moment. Je l'imagine découvrant ma lettre dans notre cuisine, son visage quand il comprendra ce que tout cela signifie, que notre joli début de journée se termine en désastre. Je repousse les larmes qui menacent de s'échapper. Je vois déjà mes yeux se teinter de rouge. Je détourne la tête et cesse de penser à l'Angleterre. Je suis à Vienne, ma vie est menacée. Je ne dois penser qu'à ça pour pouvoir retourner chez moi comme si rien de tout ça ne s'était passé.

Je me retourne, au moment où j'entends la porte se rouvrir. Lucinda est la première à entrer, suivie de deux hommes vêtus de larges pantalons et de chemises noires. A leur allure, je devine qu'ils sont des gardes du corps ou des soldats. Ils sont là pour protéger la Reine. Qui pénètre à son tour dans l'antichambre. La femme fait à peu près la taille de Lucinda et possède la même couleur de cheveux auburn qu'elle a attaché en un épais chignon sur la nuque. Sa posture droite est accentuée par la longue robe rouge sang qu'elle arbore. Son vêtement souligne sa poitrine généreuse et sa silhouette digne d'un mannequin. Impressionnée, je finis tout de même par la regarder dans les yeux. Ses prunelles n'ont pas la couleur ocre de ceux de Lucinda mais sont d'un vert si clair qu'il semble presque pâle.

La Reine s'avance jusqu'à l'un des sofas dans lequel elle s'assoit d'un air digne. Les deux hommes entourent le canapé, les bras croisés. Lucinda rejoint la Reine et s'assied à son côté. D'un regard, mon amie me fait signe de m'installer en face d'elle. Je m'exécute, non sans appréhender ce qui va suivre. De plus, la Reine n'a pas daigné m'adresser un seul regard depuis son entrée dans l'antichambre, ce qui me semble de très mauvais augure.

- Vous êtes donc Amandine Dawn. La . . . Création de William.

Je cesse de regarder Lucinda quand la Reine prend la parole, et me tourne vers cette dernière. Pour la première fois, elle me regarde droit dans les yeux, avec beaucoup de froideur cependant. Je frissonne. Je ne sais que répondre à cela. Ca n'avait rien d'une question. Du coup, je préfère me taire et attendre la suite, qui ne tarde pas.

- Ma fille est persuadée que je devrais vous laisser la vie sauve, au détriment de nos lois.

Je sourcille, surprise. Une loi ?

- Je vois que vous n'êtes pas au courant, poursuit la Reine, de plus en plus froide, si possible. Nos lois disent clairement qu'un crime comme celui qu'a commis William doit être puni par la mort du vampire fauteur de troubles, ainsi que par celles de ses enfants, dont vous êtes la seule représentante.

Je déglutis. Lucinda n'a jamais précisé que c'était une loi. Dans ce cas, comment aller contre ?

- Cependant, continue la Reine, étrangère à mes pensées tourbillonnantes, je sais être clémente. Mais pour cela, il vous faudra me prouver que vous êtes une vampire à qui je peux faire confiance.

Je relève la tête pleine d'espoir, mais je n'oublie pas que la Reine a sous-entendu que je devrais lui prouver que j'étais digne de sa confiance. Au regard qu'elle fait peser sur moi, je comprends qu'elle a déjà son idée que ce que je devrais faire pour qu'elle réfléchisse à la possibilité de me laisser la vie sauve. Je n'attends pas plus longtemps pour lui permettre de s'exprimer.

- Bien sûr, dis-je, parlant pour la première fois en sa compagnie. Tout ce que vous jugerez nécessaire.

La Reine semble apprécier ma réponse, au bref hochement de tête qu'elle fait.

- Ce ne sera guère compliqué, reprend-t-elle. Comme vous le savez sans doute déjà, le procès de votre créateur aura lieu dans deux jours. Je veux que vous témoigniez contre lui à ce moment-là.

J'opine. De toute manière, je ne comptais pas faire le contraire. Il a tué des personnes qui m'étaient chère, auraient pu en emporter d'autres, a failli me tuer. Et pire que tout, il a fait tout cela pour Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Comment pourrais-je témoigner en sa faveur ?

- Il n'en irait pas autrement, répondis-je. William a fait beaucoup de mal et je ne cautionne pas ses actes, peu importe les raisons.

La Reine hoche de la tête une nouvelle fois, pose ses mains sur ses genoux serrés l'un contre l'autre. Je sens que ce n'est pas tout, qu'il y a autre chose que je devrais faire. Lucinda aussi le sent, mais la manière dont son corps se tend me rend anxieuse. Elle savait pour mon témoignage au procès, mais ne semble pas connaitre la seconde condition. Ca ne me rassure pas quant à sa nature.

- Avec votre témoignage, il est peu probable que William soit relaxé. De nombreuses accusations l'accablent, et la peine qu'il endure est la mort.

Je cligne des yeux, troublée mais pas surprise. Je m'y attendais. J'avais deviné depuis longtemps que la Reine était loin d'être aussi douce que Lucinda.

- Si tout se déroule comme je le pense, poursuit la Reine, William subira la décapitation.

Avec un haut le cœur, je me souviens avec une exactitude effrayante de la seconde mort de Betty, celle que je lui ai infligé. J'entends encore sa nuque se rompre, ses os se disloquer et la sensation de sa tête entre mes mains se fait trop présente. Je les fourre entre mes cuisses, dégoutée. Je ne me souviens que trop bien de ce que donne la décapitation d'un vampire, Faucheur ou pas.

- C'est vous qui exécuterez la sentence. Et à ce moment-là, je verrais si je peux vous faire suffisamment confiance pour revenir sur ma décision de vous détruire.

Un frisson me dégringole le long du corps. Témoigner contre William n'aura rien de difficile. Mais le tuer . . .

O0o0O

La chambre que l'on m'a alloué pour le temps de mon séjour à Vienne est d'une richesse insolente. Je n'ai pourtant pas été invité par la Reine, mais il semble que l'être par sa fille revient au même au vue de la superficie de la pièce. Elle doit bien faire la taille de mon salon et de ma cuisine, en Angleterre. Un immense lit à baldaquin en bois sculpté trône au centre de la salle, paré de draps au tissu fluide et bleu argenté. Les murs sont peints en blanc cassé et une corniche de bois clair délimite le plafond. Entourant le lit, une immense armoire à deux portes, dont l'une est recouverte d'un miroir, et une coiffeuse en merisier assortie au reste de la chambre. Au sol, un immense tapis dans les tons bleus et blanc, recouvre une grande partie de la pièce.

Intimidée par l'apparence de la chambre, je fais timidement deux pas en avant, ma valise à laquelle on a rendu sa taille normale collée contre moi. D'un coup d'œil circulaire je détaille la pièce, puis me retourne pour faire face à Lucinda qui m'a escortée jusqu'ici.

- Je te laisse t'installer, dit-elle, une main sur la poignée, prête à repartir. Je repasserai tout à l'heure. Tony passera sans doute entretemps, il a hâte de te revoir. A tout à l'heure.

J'acquiesce et elle quitte la chambre sans bruits. Soupirant, je décide alors de m'installer. Je vide ma valise et range mes affaires dans l'armoire avant de m'asseoir sur le lit. Je m'enfonce dans le matelas moelleux, cherche une position confortable et joins mes mains sur mes jambes. Je n'arrive toujours pas à croire que je suis en Autriche, au palais de la Reine des vampires, ni que la raison de ma présence est ma mise à mort que je dois éviter. Je frissonne en repensant aux conditions de la Reine. Je suis prête à confondre William devant tous les crimes qu'il a commis, et que je connais, je suis même prête à entendre la sentence ultime, mais la lui donner . . . Je me souviens de la seule fois où j'ai dû éliminer un vampire et j'en fais encore des cauchemars. Cependant, je ne vais pas avoir le choix : pour quitter Vienne vivante, il me faudra mettre fin à la vie de mon créateur.

Je me laisse tomber en arrière en soupirant, rebondis légèrement sur le matelas. J'aimerais profiter de cette occasion inespérée d'être en Autriche pour faire un peu de tourisme, ou même circuler dans la Cité pour découvrir la vie de la Caste, mais la Reine m'a consignée dans mes quartiers jusqu'à nouvel ordre. Je n'ai pas le droit de sortir sans être accompagnée. Je me tourne sur le côté et glisse mes mains sous ma joue. Puisque je n'ai rien à faire, je décide de fermer les yeux et de somnoler. Malgré mon incapacité à m'endormir, je peux au moins permettre à mon esprit de se reposer.

Mes pensées se tournent automatiquement vers Sirius. A l'heure qu'il est, il a sans doute trouver mon mot, et même James et Lily doivent être au courant. Il n'aura sans doute pas tarder à convoquer le conseil de guerre ainsi, Peter, Remus et Camille seraient eux aussi mis au parfum. Camille doit faire une crise de nerfs. Elle a toujours craint que ma transformation me ramène des problèmes. Elle n'avait pas tout à fait tort. Sirius doit se ronger les sangs, imaginer les pires horreurs sur ce qu'il m'arrive, et faire les cent pas dans le salon pour réfléchir à un moyen de me rejoindre, ou mieux, de me sauver. J'imagine assez bien nos amis essayer de les rassurer, leur promettre que tout se passera bien et que le fait que Lucinda soit venue me prévenir et me chercher soit de bonne augure.

Je suis subitement tirée de mes pensée par le bruit de la porte que l'on pousse. Alertée, je me redresse. Le battant s'ouvre en grand et laisse passer la silhouette reconnaissable de l'élégant Tony. Le jeune homme referme derrière lui puis se tourne vers moi au moment où je descends du lit. Aussitôt, il ouvre grand les bras et vient me serrer contre lui.

- Je suis heureux de te revoir, me confie-t-il alors que son odeur, mélange de lilas vampirique et de soleil italien, emplie mes sens. Même si j'aurais préféré que notre rencontre se fasse dans d'autres conditions, ajoute-t-il en me faisant reculer suffisamment pour garder ses mains sur mes épaules.

- J'aurais préféré aussi, réponds-je avec un haussement d'épaules désinvolte que je suis loin de ressentir. Seulement, on ne choisit pas son destin.

Tony émet un son proche de celui de la suspicion. Je passe sur cela et l'invite à s'asseoir sur mon lit, m'installant à son côté.

- Comment ça s'est passé avec la Reine ? Me demande-t-il alors.

- Lucinda ne t'a rien dit de notre entretien ? M'étonné-je.

Il secoue la tête.

- Je ne l'ai pas encore vue depuis votre retour d'Angleterre. Je suis venu dès que j'ai su que l'entretien était terminé.

J'acquiesce et croise les mains sur mes genoux.

- La Reine a accepté de suspendre l'ordre d'exécution, le temps que je lui prouve qu'elle pouvait me faire confiance. C'est soumis à deux conditions.

Tony opine et m'encourage à poursuivre du regard.

- La première condition est de témoigner contre William au procès de lundi.

Tony s'esclaffe un bref moment, amusé, avant de dire :

- Rien de très compliqué, après ce qu'il t'a fait.

- Effectivement, confirmé-je. La deuxième condition est soumise au résultat du procès. Si, comme nous le pensons tous, il est condamné à la peine ultime, la Reine veut que ce soit moi qui exécute William.

- Quoi ? S'exclame Tony en sautant à bas de mon lit, révolté. Mais c'est injuste ! Seul un bourreau a le droit de donner la mort à un vampire suite à une condamnation juridique.

- C'est la Reine, contré-je. Comment veux-tu aller contre ses ordres ? Elle en a décidé ainsi.

- Mais c'est ton créateur ! S'insurge-t-il. Même en tenant compte de toutes les horreurs qu'il t'a infligé, il est ce qui se rapproche le plus d'un père, autre que le vrai, dans notre société. Il te sera très difficile d'exécuter cette tâche, sans compter qu'il n'est jamais facile de donner la mort, y compris à quelqu'un que l'on hait cordialement.

Je secoue les épaules en grimaçant.

- Je n'ai pas le choix, Tony. Si je veux pouvoir rentrer chez moi, je dois le faire.

Vaincu, le vampire se rassoir à côté de moi, se penchant en avant et croisant les mains sur ses genoux.

- Je le sais bien, soupire-t-il. Mais c'est injuste. Le Reine est injuste. Il y a trop longtemps qu'elle est au pouvoir. Il est grand temps qu'elle passe la main.

Je pose une main réconfortant sur son épaule.

- Nous ne pouvons rien y faire malheureusement. Enfin, je crois. Je ne connais vraiment pas grand-chose sur la société de la Caste.

Tony se redresse, pose les main derrière lui et prend appuie.

- Les vampires ont une Reine depuis peu de temps - enfin, à échelle vampire s'entend - donc la question de la passation ne s'est pas vraiment posée. Nous supposons que, lorsque la Reine cessera de vouloir régner, elle passera la main à son héritière.

- Donc Lucinda devrait être la prochaine Reine, compris-je.

Tony acquiesce.

- Tout à fait. Sa mère est au pouvoir depuis six cent ans, date de l'instauration de la monarchie absolue. C'est elle qui prend toutes les décisions, même si le peuple n'est pas toujours d'accord avec elle.

J'acquiesce, me souvenant des premiers jours avec Lucinda, et de son cours d'histoire lors d'une de nos parties de chasse. A l'époque, elle n'avait jamais fait mention de son lien de parenté si étroit avec la Reine. Je m'interroge sur ce silence. Est-ce par humilité, ou simplement qu'elle ne voulait pas que je sache qu'elle est une princesse ?

- Quel âge a Lucinda ? Demandé-je à Tony.

- Cinq cent quarante-neuf ans, répondit-il. Tu sais bien sûr qu'elle est née vampire.

J'acquiesce.

- Oui, même si j'ai encore du mal à comprendre. Ses deux parents sont vampires ?

- Effectivement, ils le sont. La Reine a rencontré son Calice, humain, puis l'a transformé. C'est ensuite que Lucinda est née. Mais ce genre de naissance est extrêmement rare. Il est plus courant de voir des enfants naitre d'une union entre un vampire et un Calice humain, même si cela reste occasionnel.

- Donc, je pourrais avoir des enfants avec Sirius ?

Tony éclate de rire.

- Des, je ne sais, mais un c'est possible. Les grossesse multiples ne sont pas courantes chez les vampires, il y a très peu de frères et sœurs. Sans doute parce que les Calices ne restent pas humains assez longtemps pour ça.

- Et les enfants qui naissent d'une relation entre un vampire et un humain, que sont-ils ?

- Humain, répond Tony. Mais ils ont en eux le gène du vampire. Il suffit donc à un autre vampire de les mordre pour qu'ils se transforment en membre de la Caste. Habituellement, ce sont les parents qui le font.

- Aucun risque pour eux de devenir des Faucheurs alors ?

- Non, aucun. Mais pourquoi toutes ces questions ? Sirius et toi pensez à fonder une famille ?

- Pas vraiment, non, réfuté-je, C'est juste de la curiosité. J'en avais entendu parler par mon professeur de Défense Contre les Forces du Mal, mais son cours avait été incomplet, ce qui est normal d'ailleurs. Je voulais de précisions, comme ça.

Avec un étrange sourire en coin, Tony acquiesce. Je sens qu'il se fait des idées et qu'il m'imagine déjà avec un bébé dans le ventre. Je pourrais le contredire, mais je sais par expérience que cela ne servirait à rien. Autant le laisser imaginer ce qu'il veut.

- Bien, fait-il soudain en descendant du lit. Que penses-tu d'aller faire un tour dans le centre-ville ? Maintenant que tu es là, autant que tu visites Vienne.

- Je ne peux pas sortir, lui expliqué-je, je suis consignée dans ma chambre.

- Il n'y a aucuns gardes devant ta porte, fait Tony en lançant un coup d'œil vers la sortie, et tu es dans une chambre réservées aux invités. Tu n'es pas consignée, comme tu dis, il t'est seulement vivement conseillée de ne pas trop t'éloigner sans escortes. Mais si tu es avec moi, tout ira bien. Alors, un peu de tourisme, ça te dit ?

Je jette à mon tour un œil sur la porte, hésitante. Je ne suis pas là pour ça à la base, mais rester dans cette pièce à ruminer tout ce qui m'attend ne m'aidera pas à aller mieux. Et puis, quitte à être venue en Autriche, autant que j'en garde de bons souvenirs, surtout si je dois rentrer chez moi.

Décidée, je descends du lit à mon tour.

- Va pour un peu de tourisme, dis-je. De plus, je crois que mes amis seraient content que je leur ramène un petit quelque chose de mon voyage. C'est pas tous les jours qu'on a la chance de visiter une ville aussi connue que Vienne.