Trente huitième chapitre en ligne ! C'était la fin de leur voyage... De son voyage... Et ils ne pouvaient rien y faire

Nouveau chapitre en ligne, tout juste un an après que j'ai posté le premier chapitre de cette longue, très longue fanfiction. J'avoue que je ne pensais pas en être là, à près de 38 chapitre pour cette histoire qui ne devait même pas en faire une dizaine à la base. Je suis heureuse d'avoir pu faire cette aventure avec vous, quand bien même ce chapitre ne sera pas le dernier~

Merci à vous d'avoir la patience d'attendre, de me lire et de me laisser des reviews, cela me fait agréablement plaisir, et me motive toujours à continuer ! Merci particulièrement à Cao pour son retour et son soutien, et à Shirayuki-san pour la bêta-lecture ! J'espère que ce chapitre vous plaira autant que les précédents !

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et à dans deux semaines~

Merci encore d'être toujours là un an après.


Chapitre 38
Exaucé

Le silence qui suivit sa déclaration la força à rouvrir les yeux et à poser son regard de plus en plus flou sur le roi. Elle pouvait sentir la rage, la colère qui crispait ses muscles, la peine, la douleur qui empoisonnait son esprit et flottait dans le creux de ses iris sombres. Elle s'avança d'un pas.

- Pourquoi prétends-tu être ma fille si tu ne l'es pas ?

Le ton n'avait en rien perdu de sa dangerosité. L'amertume et la tristesse froissèrent les traits d'Heklev qui sourit légèrement.

- Ce n'est pas moi qui ai dit cela.

- MENSONGE !

- Je ne mens pas ! Jamais je ne mentirai sur ça ! Chara… Chara était mon amie ! C'est elle qui m'a donné ce nom !

La jeune femme serra les poings, tremblante. Son âme pulsa plus vivement dans l'interface de combat, et, tout autour d'elle, les fleurs bleues se mirent à bruisser de plus en plus fort, finissant par faire entendre une voix douce, légèrement enfantine.

« Tu sais, j'aime beaucoup venir te voir et te parler. Toi au moins, tu écoutes et tu ne me juges pas, même lorsque je fais des choses horribles… Oui, je sais bien qu'ici, je ne risque plus rien mais… C'est plus fort que moi… Alors merci… Heklev »

Un rire résonna, étouffé.

« Ça te plaît ? C'est un mot qui signifie « écho » ! C'est une des seules choses que ma grand-mère m'a apprise avant de me laisser toute seule. C'est elle qui m'a dit qu'un nom était important, que personne ne devait subir la perte ou l'absence d'un nom, même les choses qui nous entourent ! Elle disait qu'un nom permet de marquer ton existence, de te rendre unique et de combattre l'oubli. Et je ne veux pas t'oublier ! En plus, tu ES unique, tu es la première à être apparue dans l'Underground, il me l'a dit ! »

Heklev frissonna, enroulant ses bras autour de sa poitrine. Sa voix, étranglée, s'échappa difficilement de ses cordes vocales.

- Elle… Elle était la seule à venir me voir… Et je l'écoutais. Je ne pouvais pas répondre mais elle s'en fichait et… Petit à petit… À force de m'imprégner de sa détermination… J'ai fini par avoir ma propre âme… J'ai fini par pouvoir projeter la forme de ce corps, j'ai même pu lui parler un peu !

Elle ferma son œil valide. Une nouvelle craquelure apparue sur son réceptacle, résonnant dans le silence de plus en plus lourd qui flottait dans la salle à moitié détruire.

- Mais c'était trop tard… Elle m'avait parlé de son plan pour tous vous sauver, elle m'avait assuré qu'elle reviendrait… Et je l'ai crue… Elle était ma seule amie, celle qui m'avait donné un nom, une âme, comment est-ce que j'aurai pu douter d'elle ?! Alors, quand il est venu me voir… Et qu'il m'a dit ce qui s'était passé… Ça a été horrible… Je ressentais des émotions depuis si peu de temps, et soudain, j'avais l'impression de me défaire, de geler !

« Ç̴̨̧Ą̡̨́͝ ̷̸N̢͞҉̸E͟͝ ̷̨̀̕S̀͘͢͠E͢͞Ŕ̕͢͜T̕͟ ̶͢͏͜À̴̧̕͢͡ ̡͢͟͏̨R̡̀͠I̛͢͟͞E̶̡N̸͘͢͠͠ ̀͘͝D̨̢͜E̸͟ ̴̛͘͜L̶̨̧̛͘'̵̢͏A͏̨Ţ͟͟T̨͝͝͠E͏̶N̶̴͟D̵̨́̕Ŕ͘͝͡E̢͝ ̴̨̛͠T̢́̀͟͝U̷̷̡̡ ́͜S̷͞͏A҉̶́͜I̴̷͟S̴͞͠͏.̢͞.̷̵̨.̛͠ ̷̷̴Ę̷̀͜͡L̸͜͜L̀E҉̴͝͠ ̶̡̧͟Ņ͟E͠ ̵̸͢R̨̛͠͝E͏̕͡V̷͘̕͢͢I̵̢E̷͡͏N̵̶̸̕͞D͠R̕͞Á̴́͟Ş̷̶̧̛ ͟͡P҉A̕͟͞S͏.̸͏.̴̵̨.̸̶͘͡ »

Une larme roula sur sa joue, glissant sous les tiges des échos qui perdirent un court instant de leur intensité, leurs corolles se ternissant. Papyrus, Sans et Flowey l'observèrent avec horreur, voyant la flaque de sang s'élargir à ses pieds et se troubler sous la chutes de quelques pétales bleus.

- Il m'a parlé, parlé… J'ai accepté de le suivre, de le laisser m'injecter un fragment de l'âme de Chara… Je voulais réaliser son rêve, je voulais lui permettre de réussir à tous vous libérer ! J'étais prête à devenir une simple coquille, un simple réceptacle pour sa volonté, pour son âme ! Je ne comptais que pour elle, alors à quoi bon ? Il a créé ce corps à partir de mon corps d'origine et de celui de mes sœurs, mais… Il était si instable, notre âme si faible et friable… Qu'il m'a plongé dans un long, très long sommeil… Et lorsque je me suis réveillée… Je ne savais plus qui j'étais… Je ne savais pas où j'étais… Je l'avais même oubliée ! Tout ce que je savais c'était que je devais venir ici ! Pour quoi, je ne savais plus, mais ça n'avait pas d'importance ! Je voulais juste…

Ses jambes la lâchèrent, la faisant tomber à genoux à terre alors que des sanglots glacés secouaient sa poitrine. La douleur était insupportable, le froid trop mordant, la peine trop écrasante.

- Je voulais juste… réaliser son souhait…

Son timbre fragile se mourut dans le bruissement des fleurs qui s'étaient tues sous ses paroles. Elle ne regarda même pas Asgore, épuisée, observant les plaies qui semblaient perdre de leur matérialité pour laisser apparaître de pâles corolles tâchées de rouge. Elle serra les dents. Est-ce que tout ce chemin avait été à ce point inutile ? Est-ce que tout cela n'avait servi à rien ?

Le roi observa celle qui semblait humaine, glissa sur sa silhouette si fragile, sur ses blessures. Il ne savait pas si ce que prétendait cette enfant était vrai, et sa rage restait là, coincée au creux de ses entrailles, mais… Il était fatigué. Fatigué de se battre, fatigué de toute cette mascarade, de tout ce sang, de tous ces meurtres qui avaient permis aux boutons d'or de pousser dans la salle du trône. Il entendait toujours les hurlements des différents humains qu'il avait tué, il se souvenait encore de leurs expressions, de leurs sentiments, des derniers mots qui avaient franchis leurs lèvres…

Son regard glissa sur les deux squelettes et la fleur venus auprès de la demoiselle. Il pouvait les écraser ici, maintenant, mais… Il ne le pouvait pas. Il ne le pouvait plus.

Sans un mot, Asgore baissa son trident, désactiva l'interface de combat, et se dirigea vers la porte de la salle du trône. Il ne jeta pas un seul regard au petit groupe lorsqu'il passa à côté d'eux. Seul un mot traversa ses lèvres avant que les battants ne se referment derrière son imposante stature.

- Partez.

Heklev releva faiblement la tête, en larme, alors que la lumière du Core se mourait sur les vitraux de la salle en un simulacre de coucher de soleil. Elle ne dit pas un mot lorsque Papyrus la prit délicatement dans ses bras, ni quand Sans lui passa sa veste afin de tenter vainement de la réchauffer. Elle ne sourit pas à Flowey lorsqu'il se posta devant elle. Elle n'avait plus la force de faire semblant.

Le silence dura jusqu'à ce qu'ils arrivent devant la barrière. Six âmes prisonnières attendaient déjà dans leur bocal, pulsant tranquillement au rythme du sang qui gouttait des plaies de la jeune femme avant de s'écraser à terre. Sans brisa les tubes de verre. Laissa les cœurs s'approcher d'eux et danser tranquillement à quelques centimètres de la poitrine d'Heklev, projetant leurs lueurs sur son iris valide et sur les larmes qui glissaient toujours sous les pétales des fleurs qui avaient repris leur taille normale.

Ce fut la sentinelle qui brisa le silence.

- Bichette… Il doit y avoir un autre moyen…

Il haït son ton tremblant, la vulnérabilité qui s'en dégageait. Mais il haït encore plus le sourire que la demoiselle lui décocha. Un sourire triste, doux… Pourquoi est-ce qu'elle souriait ainsi alors que…

- Non… Il n'y en a pas et… Et puis… Je ne peux pas… Vivre plus longtemps.

- Heklev…

- Je ne suis qu'une fleur… Une simple fleur… J'aurai déjà dû mourir depuis longtemps… Et même si ça n'avait pas été le cas… Je ne peux pas vivre en dehors de l'Underground… Alors… Si je dois mourir… Autant que je puisse vous libérer… Pas vrai ?

Il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas comment elle faisait pour toujours sourire. Pour parler si calmement. C'était injuste, si injuste ! Pourquoi ?! Des larmes rougeoyantes glissèrent sur ses os, venant chuter sur le visage de celle qu'ils allaient devoir tuer. Papyrus et Flowey, eux aussi, laissèrent couler leur désespoir. Dans la poche du juge, le couteau pulsa faiblement.

- Je suis désolée… Les amis…

Son sourire au goût de larme se fragilisa.

- Je suis… si désolée…

Son cœur battit une dernière fois. Ses lèvres bougèrent. Sourirent.

Et la barrière se brisa, laissant ses éclats se mêler aux pétales qui s'envolaient.