CHAPITRE 38 : Point de soudure

WEASLEY Arthur

Le jeune médicomage se mordit la lèvre inférieure et contempla d'un air peu sûr le matériel qu'il avait entassé sur une tablette, près du lit d'Arthur Weasley. Il observa la pince, les compresses, les ciseaux, le fil, l'aiguille et se dit que les moldus étaient finalement des gens bien compliqués. Ils avaient besoin de tout un tas d'objets là où une simple baguette et une fiole de potion suffisaient.

Il regarda l'homme qui se tenait devant lui.

« Est-ce que vous êtes sûr ? »

Arthur hocha vigoureusement la tête. Oui, il était sûr. Les moldus et tout ce qui les concernaient le fascinaient. Là où la plupart des sorciers voyaient un monde ridicule de créatures à peine plus élevées que des animaux, lui, voyait de belles leçons de vie à tirer. Les moldus étaient les frères des sorciers, tout le monde devrait le savoir et tout le monde devrait le prendre en considération.

« Vous savez ce que vous faîtes de toute façon, n'est-ce pas ? »

Le jeune médicomage pâlit. Sa lèvre inférieure trembla, ce qui ne rassura absolument pas Arthur. Mais il finit par sourire.

« Oui. Mon cousin est un médicomage moldu. Je ne sais plus comment ils appellent ça… euh… mets de saint je crois. Je ne vois pas trop le rapport. »

Il tira la chaise à lui et s'y assit puis il prit l'aiguille et la pince, hésita un instant, reposa l'aiguille, piocha les ciseaux avant de faire à nouveau l'inverse.

Arthur hésitait de plus en plus. Oui, le jeune homme avait raison, les moldus étaient des gens bien compliqués mais ils ne pouvaient pas utiliser de baguette pour refermer des plaies puisqu'ils étaient incapables d'utiliser la magie. Et selon lui, c'était ce qui les rendait bien plus intelligents ou en tout cas bien plus malins que les sorciers. Ils avaient su s'adapter et obtenir les mêmes résultats uniquement grâce à leur ingéniosité.

Il prit une grande inspiration et tendit le bras. Le jeune médicomage retira les pansements, utilisa un baume anesthésiant et commença sa besogne. Arthur fut ravi de ne pas pouvoir sentir la douleur. Lorsque l'aiguille se planta dans sa chair, il crut un moment qu'il allait s'évanouir et l'espace d'un instant, toute une bordée d'injures au sujet des moldus lui vint à l'esprit. Ces gens étaient tout de même barbares !

« Est-ce que tout va bien ? Vous êtes un peu pâle. »

Arthur acquiesça et lui fit signe de continuer mais il ne se hasarda pas à desserrer les dents. Ce que faisait le médicomage était fascinant mais, à bien y réfléchir, il avait peut-être fait preuve d'un peu trop de hardiesse en le laissant faire. Quand Molly l'apprendrait, elle monterait probablement au créneau.

Mais sur le coup, Arthur n'avait pas tellement réfléchi à ce qu'il faisait. Il n'avait vu qu'une occasion d'expérimenter une technique moldue. A son niveau, ce n'était plus de la passion, c'était presque de l'obsession.

Peu à peu, le médicomage prenait le rythme et ses gestes se faisaient plus assurés. Les morsures du serpent disparaissaient pour laisser la place à de nombreuses cicatrices.

« Vous croyez que ça va laisser une trace ? » demanda Arthur.

Le médicomage fit la moue.

« J'en ai bien peur. Ceci dit, avec un sortilège je pense que vous auriez quand même gardé des cicatrices. »

Est-ce qu'il disait ça pour le rassurer ou bien le pensait-il réellement ? Arthur n'avait aucune connaissance en médicomagie et ce jour-là, il le regretta un peu. En règle générale, il avait toute confiance en ces sorciers en blouse blanche. Pourtant, aujourd'hui, il se demandait s'il n'avait pas fait l'une des plus grosses bêtises de sa vie. Quoi que la Ford Anglia occupait toujours la première place dans l'esprit de Molly.

Au bout de ce qui lui sembla durer une éternité, le jeune médicomage se recula. Il contempla son « œuvre » en fronçant les sourcils, inclina légèrement la tête sur la droite et sourit.

« Hé, ce n'est pas si mal ! J'ignorais que j'étais si bon en points de soudure. »

Personnellement, Arthur avait l'impression d'être un napperon sur lequel une styliste inexpérimentée s'était acharnée. Des coutures noires apparaissaient un peu partout sur son bras. Molly n'allait certainement pas passer à côté.

Il contempla ses plaies d'un air effrayé puis observa le médicomage qui rangeait son matériel avec un air satisfait.

« Combien de temps avant de faire enlever tout ça ? »

Le jeune homme s'immobilisa, du fil dans une main et son aiguille dans l'autre. Il se retourna avec une lenteur extrême qui déclencha chez Arthur un frisson d'angoisse.

« Vous croyez qu'il faut les retirer ?

_ Vous n'en savez rien ?

_ Euh…

_ Vous allez me laisser comme ça ? »

Le cœur d'Arthur battait à tout rompre dans sa poitrine, lui donnant l'affreuse impression qu'il allait tomber dans les patacitrouilles.

« Eh bien… reprit le jeune médicomage, il y avait des cours de mets de saint moldu à la fac mais j'ai préféré choisir l'option médicomagie animale et botanique vénéneuse. »

Il accompagna ses paroles d'une moue désolée.

« Non mais tout va bien ! »

Il agita les mains devant lui comme si, tout à coup, il s'était rendu compte qu'il valait mieux pour lui ne pas laisser transparaître son ignorance sur le sujet.

« Je reviendrais demain soir voir ce que ça donne. Ça ne devrait pas être trop long, n'est-ce pas ? Au pire… euh… au pire il nous reste ma baguette et quelques potions. »

Arthur soupira, certain cette fois que Molly allait lui arracher les cheveux. Lorsque le jeune médicomage lui avait proposé de participer à ce projet farfelu, il avait immédiatement accepté avant même de savoir si ça en valait réellement le coup.

Il acquiesça, se força à sourire malgré le stress qui montait.

« Oui bien sûr.

_ Est-ce que… est-ce que vous pourriez éviter d'en parler à mon chef ou aux autres médicomages ?

_ Tout à fait. »

Il eut l'air rassuré.

« Merci. J'ai peur de perdre ma place si jamais je me suis trompé.

_ Vous pensez que… ?

_ Non ! Absolument pas ! Impossible ! »

Il laissa passer quelques secondes de silence.

« Je reviendrai demain soir. »


Indice pour le personnage du chapitre 39 : elle n'appartient pas à l'Ordre du Phénix et pourtant elle est régulièrement en contact avec eux. Elle les aide également régulièrement de son propre chef. C'est une femme connue pour sa force d'âme et son caractère suffisamment fort pour lui permettre de se dresser à sa propre famille.