Messages persos !

Lily01, à nous deux ! -D
Pour commencer, merci pour tes deux reviews, c'est vraiment sympa de prendre le temps de faire partager ce qu'on pense de l'histoire ! Voilà, ça, c'est fait .
Passons au plus sérieux : tes doléances.
D'abord, le côté « guimauve » de la relation Jo-Matt. * soupir *. Je vois tout à fait ce que tu veux dire, parce que dans « la vrai vie », je suis à peu près autant romantique qu'un couché de soleil sur une plage où toute une armée de poissons crevés se serait échouée. Depuis 2 jours. Avec le nuage de mouettes qui viennent les bouffer, en commençant par les yeux, et qui poussent leurs petits cris perçants qui vrillent les tympans.
Est-ce que ça te donne une idée ? Oui ? OK.
Par contre, quand je me plonge dans un film-un livre-une fic, virage à 180°, j'ai le cœur qui s'affole, l'œil humide et le sourire niais. J'y peux rien, c'est comme ça ! Et en l'occurrence, l'Imprégnation, avec un grand « I », ben, effectivement, dans mon esprit, c'est ZE truc romantique. Alors, oui, c'est un peu violon entre mes héros. Même si dans un prochain chap, Matt menace sa chérie de douche froide parce qu'elle va un peu lui taper sur les nerfs…
mais d'abord, maintenant que j'y pense ( figure de style, j'y ai pensé dès que j'ai lu ta review, en fait, mais ça fait plus classe comme ça !), toi, là, oui, regarde pas derrière, c'est à toi que je m'adresse, si tu traînes sur des fics de Twilight, c'est que tu as lu les bouquins, non ? Et, franchement, côté guimauve, c'est assez bien fourni, pas vrai ? Houououou, t'es une indécrottable fleur bleue qui s'assume paaaas, en fait !^^ D'ailleurs, j'ai une doléance, aussi : tu signes en « anonyme », et pourtant tu écris, donc tu dois sûrement être inscrite sur ce site, non ? J'aimerai bien pouvoir te répondre immédiatement, parce qu'au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, tu m'inspires ! -D
Pour ta deuxième remarque tout aussi pertinente au sujet des derniers chap qui sont en fait des moments transitoires de l'histoire, tu n'es pas la première à noter le côté « il se passe pas grand chose. » La grande Arwen m'en a déjà fait la remarque. ( et pas d'bol pour elle, elle a acceptée d'être bêta !) Hélas, ça n'est pas prêt de s'arranger, j'avoue. J'ai du mal à concentrer les réactions des persos secondaires en quelques phrases face à ce que l'héroïne leur ramène. Par exemple, pour Harry, ça va prendre deux chaps. Après, faut monter une opération commando en Italie, ce qui va pas se faire tout seul non plus ( le titre d'un prochain chap, c'est « Pour tuer le temps », ça te donne une idée du rythme que va prendre l'histoire…). Donc, Lily, tu as le droit de déserter la fic quelques semaines, histoire de revenir quand on cassera du vampire italien ! Là, devrait y en avoir, du pep's ! :-D

Ah, et bonnes vacances ! ( je dis ça mais j'en pense pas un mot… je déteste les gens qui sont en vacances alors que moi je bosse… pfff…* sauf toi, Butterfly, bien évidemment ! *)

CHAP 38 QUAND HARRY RENCONTRE MATTHEW

Johanna jeta un œil évaluateur sur le ciel vierge de tout nuage et sortit de son placard un jean bleu marine, un haut sans manche blanc et une veste courte rayée dans les mêmes tons. Elle attacha ses cheveux en queue de cheval haute, et contempla le résultat dans la glace en pied.

Satisfaite, elle se fit un clin d'œil et sortit de sa chambre pour entrer en trombe et sans frapper dans celle de son frère adoré.

« Saluuuuut ! ! ! » claironna-t-elle, indifférente au mugissement sourd de Jordy qui se retourna dans son lit en cachant sa tête sous son oreiller.

La jeune femme s'assit à côté de lui et tenta de le lui arracher des mains, mais il s'y accrocha comme si sa vie en dépendait, et elle abandonna la lutte. Changeant de tactique, elle se jeta à califourchon sur la masse informe empêtrée dans le drap, attaque ponctuée par un grognement surpris et essoufflé de sa victime. Se penchant en avant, elle souleva juste assez l'oreiller pour que son frère entende sa mise en garde :

« Si tu dis un mot au sujet du mariage, tu peux dire adieu à ton super PC de la mort qui tue. Et je t'arracherai les yeux en bonus. C'est imprimé ?

- Grumph…

- Je prends ça pour un oui. Sinon, t'as passé une bonne nuit ? dit-elle d'un ton moqueur en se redressant. On t'a pas trop dérangé ? »

Elle se poussa pour permettre à Jordy de rouler sur le dos, et il lâcha l'oreiller pour regarder sa sœur, les yeux bouffis de sommeil et les cheveux en pétard.

« Non, ça a été. Mon film a duré plus longtemps que votre partie de jambe en l'air… » dit-il en montrant de la tête l'ordinateur portable posé à même le sol à côté de la table de chevet. Les oreillettes y étaient encore reliées.

- - Zut ! - -

De toute manière, il n'y avait pas vraiment matière à être déçue : le plan machiavélique de Johanna avait tourné court quand elle avait été littéralement prise de fou rire aux lamentations de son lit qui ponctuaient en cadence chaque va-et-vient de Matthew. En désespoir de cause, ils avaient mis le matelas à même le sol, pour se rendre compte qu'un parquet en bois, ce n'était pas non plus le rêve pour ce genre de gymnastique, puisque pour le coup c'étaient tous les meubles qui accompagnaient le rythme des deux amants. Ils avaient finalement trouvé refuge dans la bonne vieille douche.

Après un dernier coup de poing dans l'oreiller sous lequel Jordy s'était à nouveau caché, Johanna le laissa émerger et partit rejoindre Matthew qui était déjà descendu en quête de petit déjeuner.

Le temps était assez doux pour le prendre en terrasse, et elle trouva l'Indien attablé dehors, encadré par Louis et Gabrielle, devant une assiette d'œufs et jambon grillés.

« Salut, tout le monde ! lança Johanna en s'installant en face de Matthew.

- Bonjour, Jo ! lui répondit Louis, tandis que son épouse se penchait pour embrasser sa fille sur la joue. On se demandait quel serait votre programme, aujourd'hui, à part votre visite à Harry…

- J'en sais trop rien, répondit la jeune femme en se servant du jambon mais en délaissant les œufs. Si on a le temps, on ira peut-être se balader dans le jardin botanique, mais je pense faire du tourisme à la Nouvelle Orléans, plutôt… »

En réalité, ils se contenteraient d'un aller-retour à Bâton Rouge, discrètement, histoire de ne pas trop attirer l'attention.

« Il faudra amener Matthew à ce fameux resto qui s'est ouvert l'année dernière, tu sais, dans le vieux quartier cajun, dit Gabrielle en se levant. Quelqu'un veut du jus de fruit ? »

Une fois son épouse partie, Louis se pencha légèrement en avant et parla tout bas :

« J'ai eu Harry au téléphone ce matin. Il est remonté comme un alligator à qui on aurait offert un sac à main… il n'est vraiment pas au courant pour … heu… votre particularité, Matthew ?

- Non, à part si Johanna a vendu la mèche…

- Hé, j'ai promis de ne rien lui dire ! s'offusqua la jeune femme. J'ai peut-être pas mal de défauts, mais je tiens mes promesses !

- Je sais, ma chérie ! Je disais ça pour te taquiner ! »

Louis les regarda tour à tour en soupirant, puis s'appuya au dossier de sa chaise.

« Eh bien, à mon avis, ça ne va pas être triste, dit-il avec un léger sourire. Je pense que vous aller avoir droit à du Harry en très très grande forme !

- Merci de ne pas me gâcher mon petit déjeuner, papa… » grommela Johanna.

L'appréhension qu'elle était parvenue à tenir à distance jusqu'alors prit gentiment place au creux de son estomac. Elle jeta un œil en biais à Matthew, et constata qu'il arborait un visage impassible. Trop impassible : elle commençait à le connaître, il ne devait pas être si serein que ça.

Le retour de Gabrielle armée d'un pichet de jus d'orange fraîchement pressées changea le cours de la conversation, au grand soulagement de Johanna.

« Prêt ? » souffla Johanna avant de pénétrer dans le bâtiment trapu et vieillot qui abritait la Brigade des Affaires Particulières de Bâton Rouge.

Matthew eut un petit rictus en hochant brièvement la tête, mais ses lunettes de soleil masquaient en grande partie son expression, empêchant la jeune femme de savoir avec certitude s'il était nerveux ou pas. En ce qui la concernait, son ventre faisait des loopings et sa bouche avait tendance à vouloir rétrécir comme si elle avait mordu dans un citron.

Ils entrèrent dans le hall en se tenant par la main et se dirigèrent vers l'employée, une Noire athlétique d'une trentaine d'année, qui attendait derrière un comptoir vitrifié et les regardait approcher d'un regard neutre.

« Salut, Michelle, dit Johanna quand elle parvint à sa hauteur, je dois aller voir Harry, il m'attend…

- Oui, je suis au courant », répondit la femme en lui souriant brièvement, avant de reporter son attention sur Matthew qui ôtait ses lunettes de soleil en regardant autour de lui avec intérêt.

La dénommée Michelle prit quelques secondes de plus pour approfondir son examen de l'Indien, qu'elle cessa juste avant de paraître franchement impolie.

« Si vous voulez bien mettre votre main sur le scan… » dit-elle en montrant d'un signe de tête l'appareil sur leur droite.

Lui offrant son plus beau sourire, celui qui dévoilait ses dents parfaites et illuminait son visage, Matthew se prêta volontiers à l'examen d'identité. La policière jeta un œil sur son écran de contrôle, et au bout de quelques secondes un badge se matérialisa dans un petit appareil sur sa gauche. La policière le mit dans un tiroir qui glissait sous la vitre blindée, prit un badge similaire sur son bureau qu'elle y posa de même, avant de repousser le tout vers les visiteurs.

« Merci » murmura Johanna en les prenant, mortifiée d'entendre sa voix étranglée par l'appréhension.

Michelle se fendit d'un sourire presque compatissant et débloqua la porte qui leur permettait d'accéder aux bureaux. Le regard appréciateur qu'elle lança furtivement au postérieur du jeune homme quand il passa le seuil n'échappa pas à Johanna. Si elle ne se trompait pas, toute la gente féminine de la brigade allait recevoir la photo de Matthew sur leur boîte mail bien avant qu'ils aient atteint le bureau de Harry.

Le couple s'avança dans un long couloir d'une couleur claire indéfinissable, entre le beige fatigué et le sable un tantinet crasseux, qui semblait être la marque de fabrique des lieux administratifs de la Louisiane.

Une fois son badge accroché, Johanna reprit la main de Matthew, qui se rendit alors compte de son degré de nervosité.

« Mais… c'est pas vrai ! chuchota-t-il. Tu trembles ? »

Exaspérée, la jeune femme souffla entre ses dents.

« C'est pathétique, dit-elle d'un ton sourd, furieuse contre elle-même. J'ai réussi plus ou moins à contrôler ma peur quand j'ai fait la connaissance de ta famille de suceurs de sang, et là, pas moyen, je suis à deux doigts de m'évanouir ! C'est du grand n'importe quoi ! »

Johanna ne remarqua pas tout de suite l'air à la fois amusé et un peu gêné du loup-garou, mais lui jeta un regard interrogateur quand il toussota dans son poing serré pour cacher son sourire.

« Un commentaire, M. Wolf ? dit-elle ironiquement en donnant une pichenette au badge qu'il avait accroché à son t-shirt ivoire qui le moulait comme une seconde peau.

- Heu… ton self-control au Canada était en grande partie le résultat des efforts de Jasper… »

La jeune femme leva les sourcils, plutôt étonnée. Elle ne se souvenait pas que le vampire ait fait plus « d'efforts » que les autres pour la mettre à l'aise.

« Tu peux développer ? dit-elle, un rien sarcastique.

- Jasper a le don de pouvoir manipuler les émotions. D'après ce qu'il m'a dit, il a mis tout ce qu'il avait dans le ventre pour que tu … gères la situation au mieux… »

Johanna pila net dans le couloir, obligeant Matthew qu'elle tenait toujours par la main à faire de même. Lui faisant face, elle le fusilla du regard.

« Quoi ? Il a… il a… mais de quel droit… ? Alors, ça ! Non mais quel… ! »

La jeune femme était tellement abasourdie et vexée qu'elle n'arrivait pas à finir une phrase.

Et de voir le sourire de l'Indien s'élargir ne fit qu'augmenter sa colère.

« Et toi, espèce de grand guignol, tu ne pouvais pas me le dire plus tôt !

- Ben… tu avais l'air si contente de toi… j'ai pas voulu te gâcher ton plaisir… »

Mortifiée, Johanna se souvint qu'effectivement, elle avait mis sa maîtrise de soi sur le compte de ses propres capacités à contrôler sa peur, qu'elle en avait été même plutôt fière, et comprit qu'une seule personne avait pu lire en elle et vendre la mèche à son loup-garou de petit fils.

- - Dès qu'on sort d'ici, je vais m'acheter un pieu. Joli et bien pointu. Rien à foutre que soi-disant ça ne marche pas, je suis sûre qu'avec suffisamment de motivation, j'arriverai à quelque chose ! - -

Elle se remit en marche à grandes enjambées furieuses, sans un mot, tirant Matthew derrière elle comme un bateau l'aurait fait d'un skieur nautique.

Quand elle frappa à la porte qui se trouvait au bout du couloir, elle n'attendit pas la réponse pour l'ouvrir brusquement et loupa Samantha d'un demi-centimètre. La médium recula dans un sursaut et dévisagea son amie en s'exclamant :

« Et bien, t'es remontée à bloc ! Denser n'a qu'à bien se tenir ! »

Un peu honteuse d'avoir été à deux doigts de flanquer la porte dans la figure de sa meilleure amie, Johanna prit un air contrit :

« Oh, pardon, Sam ! Je n'ai pas fait attention ! »

Samantha balaya d'un vague geste de la main les excuses de la jeune femme, en reportant toute son attention sur celui qui l'accompagnait.

« Bonjououour, claironna-t-elle en souriant largement, tendant la main vers le Quileute. Je suis Samantha, la meilleure amie de Jo ! »

Du haut des son mètre soixante cinq, elle paraissait minuscule en comparaison de l'immense Indien. Il prit la petite menotte de la médium dans sa grosse patte et lui répondit :

« J'avais deviné… et moi je suis Matthew, le… »

Il s'interrompit pour lancer un regard en coin à Johanna, se demandant visiblement comment se qualifier : petit ami ? Amant ?…fiancé ?

« Le « pas touche, je l'ai vu la première ! » » trancha sa compagne d'un ton catégorique en ôtant la main de Sam de celle du loup-garou pour attirer la gothique contre elle.

Les deux femmes s'embrassèrent sur les joues avec la joie manifeste de deux personnes s'appréciant et ne s'étant pas vues depuis longtemps. Quand elles se reculèrent, Johanna l'interrogea du regard, et Samantha secoua imperceptiblement la tête en signe de dénégation.

« Allez, suivez-moi, il y a un lion en cage qui fait les cent pas depuis ce matin et qui meurt d'envie de vous voir ! » dit la medium avec un clin d'œil.

Respirant à fond, Johanna prit la main de Matthew et suivit son amie avec le même entrain que si elle la conduisait à l'échafaud.

Le bureau de Harry se trouvait dans un coin de l'immense pièce encombrée et fourmillante où travaillaient une douzaine de personnes, allant de la petite vingtaine jusqu'à un âge proche de la retraite. Des hommes, des femmes, des Blancs, des Noirs, deux Asiatiques, et tous adressèrent un salut de la tête ou de la main à Johanna. Certains, en majorité les femmes, accompagnaient leur salut d'un sourire de connivence en laissant leur regard dériver sur Matthew. Mais Johanna leur répondit distraitement, encore sous l'humiliation de s'être faite manipulée lors de son séjour canadien.

De ce fait, quand elle entra à la suite de Sam dans le bureau de Harry, qui était isolé du reste de la pièce par des cloisons en bois surmontées de grande vitre à mi hauteur, et protégé des regards par les stores baissés, la jeune femme n'était plus aussi nerveuse que quelques minutes auparavant. Mais quand elle croisa le regard bleu glacial de maître des lieux, son cœur eut un raté.

- - Merde. Va falloir jouer serré. - -

« Les voilà, patron. Vous avez besoin de quelque chose ? » dit Sam, et son ton paraissait un peu forcé, comme si la tension qui régnait entre les occupants de la pièce la rendait fébrile.

« Non, ça ira. Tu peux nous laisser. »

Après un dernier regard d'encouragement pour son amie, la médium sortit et ferma doucement la porte derrière elle. Tenant toujours la main de Matthew dans la sienne, Johanna l'entraîna vers les deux sièges disposés en face du bureau de l'inspecteur et s'installa dans l'un d'entre eux.

« Salut, Harry », dit-elle simplement, tandis que le loup-garou dont elle n'avait toujours pas lâchée la main s'asseyait silencieusement à côté d'elle.

Harry, installé au fond de son fauteuil, le dos appuyé sur le dossier, les coudes posés sur les accoudoirs et les mains jointes, les deux index tapotant ses lèvres pincées, la salua légèrement de la tête sans prononcer un mot. Puis son regard se porta sur l'Indien, qui le soutint calmement, noir de nuit contre bleu arctique.

« Vous vous êtes déjà rencontrés, dit Johanna d'une voix qu'elle aurait aimée plus ferme, mais étant données les circonstances, on va le refaire : Harry, je te présente Matthew Black. Matthew, voilà l'inspecteur de Louisiane Harry Denser. »

Le jeune homme se pencha en avant et tendit la main vers l'inspecteur par dessus le bureau. Johanna retint son souffle quand elle vit ce dernier hésiter, pour enfin la serrer. Elle laissa échapper un petit soupir de soulagement, qui ne passa pas inaperçu vu le silence assourdissant de la pièce. Harry lui lança un regard sévère :

« Respire, Jo, on va essayer de se comporter comme des gens civilisés ! dit l'inspecteur d'un ton bourru. Matthew Black, donc. Et Wolf, vous le sortiez d'où ?

- Du même endroit que « Prechett », à mon avis… » répondit le loup-garou d'un ton égal.

Johanna le regarda sans comprendre, et Harry éclaira sa lanterne, sans quitter le jeune homme du regard :

« C'est sous ce nom que je m'étais présenté au restaurant, à Seattle… »

Matthew se permit un petit sourire ironique.

- - Ouh là là … ça commence bien… je vais peut-être prétexter une envie pressante pour les laisser tous les deux, moi…- -

Mais Harry avorta le plan diabolique de Johanna pour se sortir de ce pétrin quand il quitta finalement le Quileute des yeux pour porter toute son attention sur la jeune femme. Elle se raidit imperceptiblement et sentit Matthew lui serrer doucement la main.

« Alors, dit l'inspecteur d'une voix faussement courtoise, qu'est-ce que ton frère et toi avez découvert ?

- … Eh bien… hum… les actionnaires de la LG ne sont effectivement pas humains… » commença Johanna en bafouillant un peu.

Harry dévisagea de nouveau Matthew, en levant un sourcil interrogateur. Johanna lui avait toujours envié cette expression : elle-même en était incapable, même après s'être entraînée devant un miroir maintes et maintes fois.

Comme le jeune homme restait imperturbable, Harry consentit à demander :

« Vous êtes vous-même actionnaire de cette entreprise, non ?

- Tout à fait, répondit l'Indien en souriant largement.

- Et vous n'êtes pas humain ?

- Disons que je le suis plus que la plupart des autres membres de ma famille…

- Mais ça m'a l'air vraiment passionnant, dites-moi ! » dit l'inspecteur d'un ton caustique.

Johanna les regardait tour à tour, avec l'impression de revivre les échanges entre Edward et Jacob, mais hélas sans l'amitié sous-jacente. Elle sentit une exaspération familière monter tout doucement, et décida d'immédiatement couper court à leur dialogue avant de devenir franchement désagréable :

« Bon, vous me fatiguez déjà, tous les deux ! Harry, Matthew est un loup-garou. Enfin, en grande partie, parce que sa mère, elle, est à demi vampire. »

- - Ben voilà, c'est dit ! C'était pas la peine d'en faire toute une histoire ! - -

Harry perdit enfin son expression neutre pour regarder Johanna avec une consternation qu'il n'essayait même pas de cacher. Quand son regard se reporta sur Matthew, ce dernier haussa légèrement les épaules avec un petit sourire.

« … vous me faites marcher… finit-il par articuler avec circonspection.

- Pas du tout ! » répondit Johanna, qui reprenait petit à petit un peu d'assurance. Elle lâcha la main de Matthew et poursuivit : « Je ne vois pas pourquoi tu parais si surpris, ton informateur t'avait bien parlé de vampires, non ?

- Oui, mais c'est déjà pas facile à avaler, alors si tu me colles en plus un… loup-garou ? »

Il fit une pause, et reprit :

« OK, elles sont où, les caméras ? C'est une blague, c'est ça ?

- Pourquoi avez-vous envoyé Johanna nous espionner, si vous n'y croyez pas ? » demanda alors Matthew.

Harry lui lança son regard le plus glacial et répondit d'un ton tout aussi chaleureux :

« Parce que je pensais plutôt qu'on allait tomber sur une bande de dégénérés adeptes du satanisme, qui pousseraient même le délire à boire du sang humain, pourquoi pas, mais l'hypothèse de vrais vampires, je n'y croyais qu'à moitié! Surtout après vous avoir vus débarquer, vous et votre… heu… cousine, au restaurant !

- En fait, ce n'est pas ma cousine, c'est ma mère…

- … votre… mère ? »

Matthew se régalait visiblement. Johanna se demandait si le loup-garou ne faisait pas payer à Harry l'attitude négative que Louis et Gabrielle avaient eu à l'annonce de ses petites particularités. La jeune femme décida de voler au secours de son ami :

« Oui, c'est elle, la demi vampire… »

L'inspecteur la dévisagea un moment, avec la tête de celui qui souffre d'un ulcère carabiné, puis se tourna vers son compagnon.

« Monsieur Black, j'aimerai m'entretenir seul avec Johanna un petit moment », dit-il d'une voix neutre qui n'allait pas du tout avec son visage crispé. Il se leva de son fauteuil en faisant signe au Quileute de le suivre. Matthew fronça les sourcils, mais la jeune femme lui mit la main sur le bras en hochant légèrement la tête.

« Tu es sûre ? dit-il tout bas, presque dans un grondement.

- Oui. Ça sera plus simple. »

Le loup-garou déplia ses deux mètres en souplesse, se redressa devant Harry et planta ses yeux noirs dans ceux de l'inspecteur, dans une attitude de domination flagrante, fort des quelques centimètres qui l'avantageaient.

« Je vous conseille d'y aller doucement, dit-il d'une voix légèrement menaçante. Elle n'est coupable de rien dans cette histoire. »

Si Harry fut impressionné, il n'en laissa rien paraître :

« Mon gars, j'avais le droit de la coller au coin ou de la priver de télé avant que vous ne soyez en âge d'avoir le permis de conduire. Je ne vous ai pas attendu pour savoir comment me comporter avec elle, et je vous assure qu'elle n'a pas besoin de vous pour gérer nos conflits… parce que finalement, ce n'est pas moi, le grand méchant loup dans l'histoire, à ce qu'il paraît ! »