Au risque de me répéter, merci, merci, merci, MERCI ! Je crois que je n'ai jamais eu autant de reviews pour un chapitre ! Et que de l'encouragement et des compliments ! ^^ Et je sens l'impatience pour la suite... Oh que je sens l'impatience et j'aime trop ça ! XD Jamais j'aurais cru que ma fic aurait eu un certain succès ! Merci encore ! Je vous aime tant mes chers lecteurs !

Merci à toi, Faaan'Taaas'Tiiique, pour avoir mis mon histoire dans tes favoris !

Et non, 06Caprica, Matilde ne se découvre pas soudainement des talents en boxe thaï... J'ai assez ri en lisant ça ! XP

Bon, voici la suite tant attendue... =)

(Poudlard et ses cachots appartiennent à J.K. Rowling)

Bonne lecture à tous ! ^^

Chapitre 38
Retour dans les cachots

Non ! S'il vous plaît ! supplia Matilde, acculée contre le mur, les mains levées devant elle comme un futile bouclier. Ne me tuez pas !

— Matilde, Matilde, dit Harvey d'un ton faussement aimable en hochant la tête, c'est une faveur que je te fais. C'est pour t'épargner de mourir dans d'atroces souffrances… Tu n'as pas à t'en faire. Tu ne sentiras rien. Laisse-moi mettre fin à tes tourments…

Non…

Les larmes aux yeux, elle pointa inutilement sa baguette sur Harvey. Mais elle n'avait jamais appris aucun sort qui puisse lui être utile dans une telle situation. C'était maintenant flagrant : Harvey avait pris soin de ne jamais lui enseigner quoi que ce soit au sujet des sortilèges de défense ou d'attaque lors de ses cours. Elle était complètement vulnérable depuis qu'elle ne pouvait plus utiliser ses Forces Obscures.

— Vas-y, l'encouragea Harvey, amusé par sa faible tentative de se défendre. Attaque-moi donc, pour voir !

Matilde tremblait de tout son corps. Comment pouvait-elle espérer échapper à Harvey ? À la moindre esquisse de fuite, il la tuerait, c'était indubitable…

— Tiens donc, railla Harvey, la baguette toujours suspendue dans les airs. Tu ne connais pas un seul sortilège d'attaque. C'est déplorable…

Oui, elle en connaissait un ! Elle venait de se souvenir brusquement de la formule magique pour l'avoir entendue deux fois par deux élèves qui la lui avaient lancé. Mais serait-elle capable de le réussir sans jamais l'avoir pratiqué avant ? Son cœur s'était remis à battre frénétiquement maintenant qu'elle s'accrochait à un nouvel espoir. Elle devait essayer. De toute façon, qu'est-ce qu'elle avait à perdre ?

Tandis que Harvey la contemplait en souriant d'un air mauvais, Matilde rassembla tout son courage et toute sa volonté avant de lancer d'une voix sonore la formule cruciale à sa survie du moment :

Stupéfix !

Sur le coup de la surprise, Harvey esquissa un geste pour parer le sortilège, mais aucune lumière ne jaillit de la Baguette de Sureau et rien ne se passa. Devant l'air désespéré de Matilde, il éclata à nouveau d'un rire glacé.

— Dommage pour toi que tu n'as jamais importé la pratique de tes sortilèges, Matilde. Maintenant laisse-moi te montrer les résultats d'un sort proprement effectué. Endoloris !

Précipitamment, Matilde se jeta par terre juste au moment où le faisceau de lumière vint écorcher la peinture sur le mur, à l'emplacement exacte où avait été sa poitrine une fraction de seconde auparavant. Haletant au rythme de la panique, elle rampa vers le bureau alors que Harvey poussait un juron sonore.

— Matilde, s'écria-t-il, ça ne sert à rien de tenter quoi que ce soit. Tu vas mourir de toute manière !

Accroupie hors de vue contre le bureau, Matilde entendit les pas de Harvey le contourner lentement. Elle se déplaça alors, le plus silencieusement que possible, dans la direction opposée, longeant le bureau jusqu'à son extrémité, sa baguette magique dans sa main tremblante. Mais brusquement, comme une bête déchaînée, Harvey s'élança sur le bureau, faisant tomber au passage plusieurs bouteilles ainsi que le Rapeltout sur le sol, dans un fracas infernal, et visa à nouveau Matilde qui roula sur le coté juste à temps. Le sortilège la manqua de peu.

Au moment où elle se hâta de se relever pour se ruer sur la porte, l'armoire vitrée remplie de bouteilles vides, à côté d'elle, explosa. Hurlant, les bras au-dessus de sa tête pour se protéger du déluge de verre qui s'abattait sur elle, Matilde mit malencontreusement le pied sur le Rapeltout et s'écrasa lourdement par terre parmi les décombres tranchants, juste devant le pan de la porte. Serrant toujours sa baguette magique dans sa main droite, Matilde sentit les mains de Harvey l'agripper fermement, comme des serres, pour la retourner brutalement sur le dos. De façon à l'immobiliser complètement sous lui, il la chevaucha.

— Maintenant, dit-il en lui pointant sa longue baguette magique sous le nez, nous avons assez joué…

Ses coupures ensanglantées dues aux éclats de verre faisaient paraître son visage empreint de démence encore plus effrayant qu'il ne l'était déjà. Il avait perdu son chapeau pointu, lui révélant sa chevelure blonde presque blanche plus échevelée que jamais. Sa respiration était saccadée et une expression de triomphe s'ajoutait au délire luisant dans ses iris bleu électrique. Matilde suffoquait sous le poids de son bourreau, des morceaux de verre s'enfonçant douloureusement dans son dos.

— La… Baguette de Sureau… est… à moi… à présent, jubila Harvey en souriant de toute la candeur de ses dents pointues.

Puis, pour ce qui s'avérait être la dernière fois, à la grande horreur de Matilde, il éleva sa baguette au-dessus d'elle et s'écria :

Avada…

La scène sembla se figer. À la dernière seconde, Matilde aperçut le Rapeltout rouler vers elle dans un bruissement sourd, se frayant un chemin parmi les débris de verre. Apparemment, la boule avait dû ricocher contre une bouteille ou un quelconque obstacle lorsqu'elle avait mis le pied dessus. L'objet s'arrêta tout près de sa main droite. Prestement, sans réfléchir, Matilde lâcha sa baguette et s'empara de la petite boule de verre à la consistance tout de même solide, puis, de toutes ses forces, la fracassa sur la tempe de Harvey. Subitement sonné, celui-ci interrompit sa formule d'emblée et porta convulsivement sa main à l'endroit où elle l'avait frappé. Profitant du moment, Matilde lui arracha sa baguette des mains et la balança à l'autre bout de la pièce. Puis elle s'agita sous lui, le fit basculer sur le côté, et se releva vivement. Ramassant sa baguette au passage, elle s'élança vers la sortie.

Non ! cria Harvey en se ruant en avant.

Matilde avait déjà ouvert la porte à la volée, heureuse que celle-ci ne fût pas verrouillée. Mais elle ne put avancer plus loin puisque Harvey se jeta à sa cheville et enfonça ses ongles dans sa chair. Gémissant de terreur, elle s'agrippa à deux mains dans l'encadrement de la porte pour ne pas chuter par derrière. Pour tenter désespérément de se dégager de la prise de son adversaire, de son pied prisonnier, elle lui asséna un violent coup de talon à la figure. Frappé de plein fouet, Harvey la lâcha, se recroquevilla par terre, hurlant de douleur, ses mains plaquées sur son nez et sa bouche d'où jaillissait de longs filets de sang, ruisselant d'entre ses doigts, se répandant sur le sol. Horrifiée par la vue du sang, Matilde dut faire de considérables efforts pour parvenir à se ressaisir et à détourner les yeux de l'effroyable scène.

« Qu'est-ce que je fais… ? Qu'est-ce que je fais… ? Qu'est-ce que je fais… ? » répéta Matilde dans sa tête à l'agonie, en dévalant l'escalier jauni puis en se précipitant dans la pénombre des couloirs. Son gémissement de terreur qui continuait maintenant de résonner dans sa tête l'empêchait de réfléchir clairement. Elle tremblait de partout et, en plus de la douleur dans sa poitrine qu'elle n'avait plus la force de supporter, ses engourdissements aux jambes la ressaisissaient à mesure qu'elle continuait dans sa course à l'aveuglette.

Inconsciemment, elle ouvrit une porte au hasard et s'enferma dans une sombre salle de classe déserte dans laquelle elle alla se réfugier en chien de fusil sous le bureau devant le tableau noir. Elle y resta durant un bon moment, serrant sa baguette contre elle, écoutant le souffle de sa respiration haletante se mêlant à ses battements de cœur si puissants qui lui donnaient l'impression de se répercuter en écho dans toute la classe. Une extrême fatigue l'envahit alors et la poussière autour d'elle devint floue...

...

Le son étouffé d'une porte qui claqua au loin réveilla Matilde en sursaut. Depuis combien de temps dormait-elle ? Estimant qu'il devait encore faire nuit si on prenait compte de la pénombre qui encombrait toujours la salle de classe, elle se releva lentement, une main pressée sur sa poitrine. La lune apparut derrière l'une des grandes fenêtres de la pièce. Elle n'avait pas dû s'assoupir bien plus de deux ou trois heures…

Des éclats de voix retentirent soudain dans le couloir de l'autre côté de la porte, et, par précaution, Matilde replongea sous le bureau. Toute l'école devait être à sa recherche présentement. Comme de fait, elle entendit la porte de la classe s'ouvrir d'un coup sec, puis se refermer aussi subitement qu'elle ne s'était ouverte. Mais avant que la porte ne s'était refermée complètement, Matilde avait pu discerner quelques mots sifflants disant : « … une aiguille dans une botte de foin… » Ainsi donc, on était en train de perdre espoir de la retrouver…

Après avoir écouté longuement le silence avant de risquer de se relever, Matilde s'approcha de la porte et y colla l'oreille. Comme elle n'entendit rien, répétant les mêmes gestes que lorsqu'elle s'était apprêtée à sortir du placard quelques heures auparavant, elle entrebâilla la porte et jeta un regard à l'extérieur. Rien ne bougea à part la flamme des torches qui s'alignaient le long des murs du couloir sombre, et les portraits semblaient toujours dormir.

Matilde, découragée, ne savait pas vraiment où elle devait aller et, malgré elle, une petite voix s'imposait dans sa tête, lui conseillant qu'elle ferait mieux de se rendre. Mais elle ne voulait pas se rendre ! Même si elle devait mourir inéluctablement, elle ne voulait pas que ce soit Rogue, ni Harvey qui ne la tue.

« Alors tu vas te laisser tuer par tes propres Pouvoirs Maléfiques ? », demanda la petite voix dans sa tête. Non, songea Matilde avec affliction. Elle ne voulait tout simplement pas mourir… Elle désirait échapper à la mort… Pourtant, personne ne pouvait l'aider à part peut-être Dumbledore mais Dumbledore se trouvait dans l'incapacité de le faire, présentement… Il était tristement inconscient, presque mort… Et la Magie Noire de Matilde était trop puissante pour être détruite sans que Matilde soit obligée de mourir. Il lui faudrait un miracle pour qu'elle s'en sorte, quelque chose de supérieure en force par rapport à ses Pouvoirs de Parguenais…

Soudain, la réponse lui vint comme un coup de poing dans le creux de l'estomac : la baguette de Dumbledore. La Baguette de Sureau, la baguette la plus puissante au monde ! La solution était là depuis toujours : c'était sa propre baguette magique qui allait la sauver ! Pourquoi n'y avait-elle pas pensé avant ? Elle se remémora alors une phrase que Dumbledore lui avait dite avant qu'il ne sombre dans le coma : « … je suis convaincu que tes pouvoirs seraient dérisoires si on les comparait à ceux de cette baguette… ».

Son cœur battit à toute allure. Après avoir refermé doucement la porte, Matilde observa sa baguette à la lueur de la lune. Un simple Finite Incantatem pouvait-il suffire pour la débarrasser de sa souffrance ? Pointant sa baguette sur sa poitrine, elle souffla la formule et attendit. De faibles étincelles jaillirent en son extrémité mais rien ne se produisit. Sa douleur était toujours aussi cuisante. Pourtant, elle était certaine que c'était cette baguette qui parviendrait à la sauver. Elle n'avait tout simplement pas la bonne formule, voilà tout.

Avec un pincement au cœur, elle sut assez rapidement quelle personne elle devait aller voir pour éclaircir ce mystère : Rogue. Celui-là semblait être très connaissant en matière de Magie Noire et, d'ailleurs, il venait de mentionner à Harvey qu'il connaissait déjà beaucoup de choses au sujet des Parguenais. Mais c'était risqué ! Voudrait-il l'écouter et la croire sur parole lorsqu'elle lui raconterait ce qu'elle venait de découvrir suite à ce qu'il s'était passé dans le bureau d'Harvey ? D'autant plus qu'il n'aspirait qu'à la tuer présentement…

— Je n'ai pas le choix… murmura alors Matilde.

Se parler à voix haute la stimula un peu et son cœur se remit à battre frénétiquement. Revoir Rogue était d'une péripétie qui augurait un danger indéniable, mais elle s'exhorta néanmoins à y aller de l'avant. Il y avait tout de même des chances qu'il veuille se donner au moins la peine d'écouter ce qu'elle avait à lui dire, non ?

Matilde allongea la main vers la poignée mais suspendit son geste. Dans les couloirs, elle finirait par se faire cerner, elle le pressentait. Tout le monde était à sa recherche et lorsqu'on la trouverait, elle reverrait immanquablement Rogue, ce qui faisait cependant partie de son plan. Toutefois, Harvey devait sans doute également être à sa recherche, mais lui, c'était incontestable, il allait la tuer sur-le-champ, dès qu'il l'apercevrait. Matilde devait donc faire attention…

Rouvrant la porte dans un imperceptible grincement, elle sortit dans la pénombre du couloir, la baguette encore brandie inutilement, l'oreille tendue, guettant le moindre bruit. Elle retournait vers les escaliers mouvants. De là, elle descendrait dans les sous-sols, puis rejoindrait les cachots de Rogue. Bien évidemment, c'est ce qu'elle avait l'intention de faire, à la condition qu'elle ne se fasse pas repérer avant…

Après plusieurs coups d'œil prudent à l'angle d'un mur, elle s'engagea à pas feutrés dans le couloir menant aux escaliers mouvants. Lorsqu'elle descendit jusqu'aux sous-sols, elle trouva bizarre de n'avoir rencontré personne sur son chemin. Il était vrai que le château était énorme, mais tout de même… Il aurait dû se trouver un professeur postés à tous les étages. Peut-être étaient-ils tous partis se coucher étant donné l'heure tardive ?

Matilde surgit derrière un coin de mur et tomba nez à nez avec la silhouette d'un blanc nacré du Baron Sanglant. Dès qu'il la vit, il s'immobilisa, flottant à quelques centimètres du sol, sinistre et terrifiant, le corps entièrement recouvert de mystérieuses tâches de sang. Matilde frissonna mais se rappela aussitôt les paroles du fantôme de Nicolas de Mimsy-Porpington disant qu'un spectre était dans l'incapacité de faire du mal à qui que ce soit. Elle soutint donc le regard du Baron Sanglant avec aplomb, jusqu'à ce que ce dernier consente à poursuivre son chemin, l'air toutefois soupçonneux.

Respirant profondément dès qu'il disparut à l'angle d'un mur, Matilde se relança dans sa course jusqu'aux cahots froids et humides. Rendue à destination, après un instant d'hésitation, elle frappa à la porte du bureau de Rogue.

Pas de réponse.

La porte n'étant nullement verrouillée, elle osa la pousser délicatement pour s'assurer qu'il ne s'y trouvait vraiment pas derrière, puis après avoir constaté son absence dans l'obscurité quasi-totale de son bureau, partagée entre la déception et le soulagement, elle referma la porte et passa à la suivante : celle de ses appartements.

N'ayant également pas de réponse, elle songea alors avec logique qu'il pouvait possiblement être en train de dormir dans sa chambre, étant donné que c'était toujours la nuit… Déterminée, allumant sa baguette d'un « Lumos » murmuré — elle avait dû s'y prendre à trois reprises avant d'arriver à faire persister la lueur au bout de sa baguette —, elle pénétra dans la pénombre du minuscule salon de Rogue et referma la porte derrière elle.

La pièce était tout aussi sinistre que la dernière fois qu'il lui avait fallu passer la nuit sur le canapé élimé. Les faibles tic-tacs de la pendule en bois terni se répercutaient dans le silence et de la braise flamboyante finissait de se consumer dans la cheminée en briques noires.

La baguette levée devant elle, éclairant le parquet sous ses pieds nus, Matilde s'approcha de la chambre de Rogue. Mais arrivée devant la porte, elle ne cogna pas. Sans trop savoir pourquoi, elle eut l'envie soudaine de voir un Rogue dormir. Comme si en ayant la chance de le voir profondément endormi, le visage dépourvu de son regard noir et malveillant, elle pourrait y déceler un quelconque signe prouvant qu'il était bien humain, comme si la vue de le voir un moment dans un état vulnérable parviendrait à lui donner la force de mieux l'affronter ensuite…

Elle poussa donc doucement la porte dans un léger grincement désagréable et sa baguette scintillante la précéda dans la pièce obscure. La pénombre était tellement opaque que même à la lueur de sa baguette, Matilde avait du mal à discerner les formes qui se dessinaient dans l'obscurité devant elle. Néanmoins, pour avoir déjà vu la chambre en pleine clarté une fois, elle savait où se trouvait le lit. Alors, sur la pointe des pieds, elle s'avança dans la direction où Rogue devait se retrouver, les yeux reposants sous ses paupières, son corps paisiblement allongé en pyjama — ou peut-être en portait-il pas ? — sous d'épaisses couvertures.

C'est seulement à ce moment que Matilde se rendit compte qu'aucune autre respiration que la sienne se faisait entendre dans le silence de la chambre. La pièce était-elle déserte ? Passant furtivement la faible lueur de sa baguette au-dessus du lit de Rogue, elle constata son absence avec désappointement. Son lit était fait et aucune trace sur les couvertures ne laissait présumer que Rogue soit venu se coucher au courant de la nuit. Il devait donc assurément la rechercher avec les autres, quelque part dans le château.

Soupirant de lassitude, Matilde s'assit sur le bord du lit et n'eut d'autre choix que de se contraindre à l'attendre patiemment, comme elle avait fait avec Harvey. Elle en était à son troisième derniers espoirs et elle espérait que cette fois-ci ce soit favorable, que Rogue se montre coopératif. Mais plus le temps passait, plus l'anxiété l'envahissait, et plus elle s'imaginait toute sorte de scénarios horribles dans lesquels elle se voyait martyrisée cruellement par Rogue…

Enfin, elle entendit la porte du salon s'ouvrir à la volée, ce qui eut le don de la figer sur place. La porte se referma aussitôt dans un claquement sonore et la lumière jaune d'une lampe pénétra dans la chambre par l'entrebâillure de la porte, en travers le parquet jusqu'au pan de la garde-robe antique en face du lit. Matilde éteignit subitement sa baguette.

Des bruits de pas furieux traversèrent le salon, puis allèrent et revinrent comme si la personne en question faisait les cents pas.

Lentement, le plus silencieusement que possible, Matilde s'approcha de la porte en suivant le long sillon jaune que la lueur de la lampe traçait sur le sol. Elle jeta un coup d'œil par la fente de l'ouverture, et comme elle se l'était imaginé, elle vit Rogue marcher de long en large dans le peu d'espace qu'offrait son minuscule salon, l'air mécontent et — Matilde plissa les yeux pour mieux discerner l'expression sous ses cheveux noirs et graisseux qui lui tombaient sur le front — anxieux.

Elle se demanda alors si c'était le bon moment de se révéler au grand jour : Rogue n'inspirait pas un bon présage. D'ailleurs, se fit-elle remarquer, Rogue n'inspirait jamais de bons présages… S'il fallait qu'elle se montre, autant le faire tout de suite. Mais elle n'arrivait pas à bouger. Ses pieds nus restaient collés sur le sol froid devant la porte, comme paralysés par la peur qui revenait la hanter.

La porte du salon s'ouvrit une seconde fois et Matilde, soudain prise de panique, se plaqua dans le coin du mur derrière la porte. Elle ne voulait pas risquer d'être vue. Elle appréhendait que ce soit Harvey…

— Severus, dit alors la voix du professeur McGonagall et une vague de soulagement la calma aussitôt, vous avez trouvé Miss Beauregard ?

Les bruits de pas de Rogue se turent.

— Non, répondit-il.

— Elle n'était pas dans vos appartements ?

— Je n'ai pas fouillé mais je doute fort qu'elle y soit. Je l'effraie beaucoup trop pour qu'elle vienne stupidement s'y cacher.

— Vous devriez quand même sonder vos appartements, conseilla le professeur McGonagall. La raison pourquoi elle est descendue aux sous-sols n'était certainement pas par hasard. Elle devait…

Matilde n'écoutait plus. Un vertige venait de la saisir brusquement et elle s'affaissa dans le coin de la chambre. À genoux sur le parquet, sa vue s'embrouilla un instant, puis sa tête cessa subitement de tourner. Cela signifiait-il que sa fin était proche ? Cependant, la douleur dans sa poitrine ne s'était pas intensifié. Elle restait toujours sous la limite du supplice. Se relevant aussi doucement qu'elle s'était affaissée pour ne pas être entendue, elle tendit l'oreille et parvint à saisir la fin de la phrase du professeur McGonagall :

— … est très attaché à elle.

— C'est pour ça que vous l'avez libéré ? demanda froidement Rogue. Pour lui tendre un piège ?

— Non, s'indigna le professeur McGonagall. Je l'ai libéré tout simplement parce que c'était inhumain de l'enfermer comme vous l'avez fait, Severus.

— Il veut nous empêcher de la tuer ! grogna Rogue d'une voix étouffée comme s'il parlait entre ses dents. Et je peux vous assurer qu'il fera tout pour intercepter nos objectifs…

— Et avec raison ! trancha sèchement McGonagall.

Un silence suivit ses paroles, puis Matilde entendit de nouveaux bruits de pas qui s'arrêtèrent quelque part au milieu du salon.

— Severus, reprit le professeur McGonagall, anxieuse, je pense sincèrement qu'il ne s'agisse d'une grave erreur que…

— Ah non ! interrompit Rogue d'un ton irrité. Nous n'allons pas revenir là-dessus, Minerva ! Je vous répète que Harvey…

— Ce n'est pas en rapport avec Harvey !

— Dans ce cas, cessez de vous accabler avec ça, gronda Rogue. Vous savez très bien que c'est la chose à faire !

— Mais je n'aime pas ça, Severus, répliqua McGonagall, la voix tremblante. C'est malsain, c'est abject… Tuer la petite simplement pour remédier à l'état de Dumbledore… Hedlund m'a dit que vous aviez découvert des choses dernièrement, tous les deux… C'est à y réfléchir… Elle a toute sa vie devant elle alors que Dumbledore… enfin… vous comprenez…

Matilde entendait maintenant les voix comme si elle était plongée sous l'eau. Elle avait toute sa vie devant elle ? Cette révélation l'ébranla au plus haut point. Ils savaient comment la sauver… Ils savaient… mais ils ne le faisaient pas parce que la tuer consistait le seul moyen pour réchapper Dumbledore…

— Dumbledore est bien plus important qu'une insignifiante Parguenaise ! affirma Rogue avec force.

Il y eut à nouveau un silence. Matilde ressentit les larmes lui monter aux yeux, l'étrangler. C'était horrible de devoir mourir simplement parce qu'on était moins important qu'un autre…

Les bruits de pas retournaient vers la sortie.

— Où allez-vous ? interrogea Rogue.

— Rejoindre Hedlund…

— Où ça ?

— Dans mon bureau. Je lui ai demandé de m'attendre là.

— Vous avez intérêt à être claire avec lui, dit Rogue d'une voix menaçante. Il doit comprendre que Beauregard est destinée à mourir… pour Dumbledore…

— Il ne comprendra jamais, Severus, déclara tristement le professeur McGonagall.

— Il n'a pas le choix. Sinon je me verrai dans l'obligation de l'enfermer une seconde fois…

— Mais pour l'amour du ciel, Severus ! Essayez-donc de vous mettre à sa place, au moins juste un instant. Que feriez-vous si vous appreniez soudain que celle dont vous êtes ardemment amoureux doit mourir ? Que feriez-vous ?

Rogue resta silencieux.

— Bien sûr, vous ne le savez pas, murmura McGonagall d'un ton navré, puisque vous semblez ne jamais avoir connu l'amour…

Le silence de Rogue persista encore lourdement dans le salon, puis la porte se referma sur le professeur McGonagall.

Les larmes lui ruisselant sur les joues, Matilde faisait de gros efforts pour réussir à étouffer ses sanglots de l'autre côté de la porte pour ne pas être entendue. Ainsi donc, Ranbbie l'aimait… Et il voulait éviter qu'elle meure… Mais ce n'était pas de Rogue dont elle avait besoin ! Rogue restait toujours une brute infâme qui s'obstinait dur comme fer à vouloir la tuer. C'était Ranbbie qu'elle devait rejoindre. Mais maintenant qu'elle se trouvait prise au piège dans les appartements de Rogue, elle ne voyait aucune issue possible lui permettant d'atteindre le bureau de McGonagall sans se faire repérer par lui…

Brusquement, il y eut un fracas tonitruant dans le salon. Matilde se raidit dans son coin. À son plus grand désarroi, des rugissements furieux retentissaient dans la pièce de l'autre côté de la porte, se mêlant à d'autres bruits sonores tels que des éclats de verre, des objets fracassés, le son d'un amoncellement de livres jetés avec rage au travers le salon. Apparemment, pour une raison qui lui échappait totalement, Rogue était en colère noire et était en train de tout détruire ce qui se trouvait dans ses appartements avec véhémence.

Matilde se mit à trembler. Rogue allait l'étrangler s'il la surprenait dans sa chambre… Il fallait qu'elle se cache, et vite ! Scrutant la quasi-obscurité de la pièce, ses yeux s'arrêtèrent sur la garde-robe antique en face du lit. L'armoire devait être assez grande pour qu'elle puisse s'y glisser aisément. Alors, d'un pas précipité mais silencieux, elle s'y élança. Seulement, au moment où elle mettait la main sur la poignée ternie de la garde-robe, un bruit étrange au salon attira son attention. Une sorte d'étouffement… Non. C'était plutôt des gémissements… des sanglots… Rogue pleurait…

« Impossible, songea Matilde, interdite, Rogue ne pouvait pas pleurer. Il n'était pas assez humain pour éprouver ce genre d'émotion. C'était inconcevable… »

Pourtant, c'était bien des pleurs qu'elle entendait. Incapable de résister à la tentation d'aller constater de ses propres yeux qu'il s'agissait bien d'un Rogue en larmes, Matilde se retourna et, sur la pointe des pieds, se rapprocha de la lumière jaune venant de derrière la porte entrebâillée. Mais à peine avait-elle fait deux pas vers celle-ci qu'elle perçut soudain ceux de Rogue se diriger hâtivement vers sa chambre. Précipitamment, elle rebroussa chemin vers la garde-robe, ouvrit la porte et plongea dans les vêtements noirs de Rogue. Elle referma ensuite prestement la porte sur elle, au même moment où la porte de la chambre s'ouvrit brusquement, toutes les lampes s'allumant d'un coup.

Retenant son souffle, elle espérait qu'il ne se soit aperçu de rien. Elle était empaquetée dans une position inconfortable, parmi un amas de vêtements noirs qui exhalaient une légère odeur de renfermé, et son cœur lui martelait les côtes si fortement qu'elle se demandait si Rogue n'allait pas les déceler.

Doucement, elle approcha son œil de l'interstice entre les deux portes de l'armoire, et observa Rogue qui entrait dans la chambre d'une démarche traînante, le visage crispé, ses yeux rouges encore ruisselants de larmes. Bref, il avait une expression de profond chagrin que jamais Matilde n'aurait cru possible qu'elle s'imprègne un jour dans les traits d'un homme si malveillant.

Rogue referma la porte derrière lui d'un geste indolent, puis rejeta la tête en arrière en respirant profondément comme pour se ressaisir. Il ferma les yeux un instant. Sa douleur semblait être intense. Mais qu'est-ce qui pouvait bien faire pleurer Rogue ? se demanda Matilde, déconcertée. Lui qui, apparemment, n'avait jamais eu d'autres penchants que pour la perversité et les sarcasmes. Était-ce sa faiblesse qui lui causait ce tourment ? Sa faiblesse concernant… l'amour… ? C'était les dernières paroles du professeur McGonagall qui lui faisaient cet effet-là ?

Agacée, Matilde chassa aussitôt ces dernières pensées de son esprit. Elle y avait déjà songé plusieurs fois et était toujours retombé sur la même conclusion : il y avait trop de haine dans son regard pour que l'amour puisse s'y glisser. Rogue ne pouvait pas l'aimer, tout simplement parce qu'il voulait la tuer. C'était Ranbbie qui l'aimait et elle souhaitait le rejoindre vite.

Rogue s'affala sur le bord de son lit et prit sa tête entre ses deux mains, crispa les doigts dans ses cheveux gras. Il resta alors dans cette position pendant un bon moment, puis les sanglots revinrent l'agiter.

C'était très étrange de le voir ainsi pleurer et gémir. Matilde ne le reconnaissait plus. C'était comme s'il s'agissait soudain d'un autre homme, plus vulnérable, plus humain que Rogue… Elle se surprit même à ressentir de la compassion pour lui…

Soudain, Rogue cessa ses gémissements. La respiration saccadée, il regardait un point fixe dans la direction de la porte. Matilde ne pouvait pas voir ce qu'il fixait à cause de la vue restreinte de l'interstice entre les deux portes de la garde-robe qui ne révélait qu'une partie de la chambre, mais son cœur lui monta à la gorge lorsqu'elle se rendit compte qu'elle n'avait plus sa baguette magique avec elle. Elle avait dû l'avoir malencontreusement laissée dans le coin de la pièce après s'être relevée suite à son vertige…

Et tandis que Rogue se levait lentement et se rendait dans le coin de la chambre, Matilde ferma les yeux avec appréhension horrible. C'était fini… Il allait finalement la tuer…

Elle l'entendit ensuite s'approcher de sa cachette, puis les portes de la garde-robe s'ouvrirent brusquement. Rogue la regarda d'un air effaré, mêlé d'horreur, la Baguette de Sureau à la main. Alors, devant ses yeux noirs, cernés de rouge, qui reprenaient peu à peu leur lueur malveillante coutumière, Matilde ne sut quoi faire d'autre que de lui sourire bêtement en se tortillant les doigts nerveusement, et d'attendre avec effroi qu'il lui inflige le terme de sa vie.

Que va-t-il faire ? Que va-t-il faire, vous pensez ? Allez, dites-le moi ! XP