Chapitre 34 : L'évasion
Patmol faisait une petite sieste dans son coin préféré de la cellule. En douze ans, il avait eu le temps de prendre ses petites habitudes. Il avait prit l'habitude de dormir le jour, il était beaucoup plus tranquille que la nuit quand l'immense majorité des autres détenus criaient leur désespoir et leur envie de liberté… Cela faisait bien longtemps que lui ne criait plus. Pour quoi faire ?
Il ne savait plus bien depuis combien de temps il croupissait à Azkaban. Il y avait longtemps qu'il avait cessé le compte de jours qui s'étiraient, tristes et mornes. Certes, il était plus en forme que les autres, son esprit avait été bien mieux protégé que ceux des autres, grâce à sa forme animagus, mais il n'avait pas pu lutter entièrement contre la dépression, le malaise, et l'angoisse parfois aussi. Il n'était pas aussi en forme qu'il aurait pu l'être, mais il était déjà nettement mieux que toutes les autres personnes qui avaient pu séjourner ou séjournaient encore dans le quartier de haute sécurité.
Cet après-midi là, donc, Patmol était roulé en boule et dormait tranquillement quand un bruit étrange attira son attention. C'était quelque chose d'étrange, d'inhabituel. Intrigué, Patmol leva une oreille, puis l'autre. Le bruit semblait s'approcher. Cela suffit à le réveiller entièrement. Il ouvrit les yeux et se leva d'un bond. Il se rapprocha alors des barreaux de sa cellule et se concentra encore plus.
C'était un bruit qu'il n'avait pas entendu depuis très longtemps mais qui lui revint immédiatement en mémoire. Des bruits de pas. Le son provoqué par des semelles qui rencontraient les pavés humides des couloirs de la prison. Or, les Détraqueurs, c'était bien connu, ne portaient pas de chaussures. Ils se contentaient de flotter vaguement à la surface du sol sans émettre le moindre son. Quelqu'un venait dans cette zone de la prison. Quelqu'un de bien humain. Patmol sentit une vague d'excitation monter en lui. Immédiatement, Sirius reprit forme humaine. Puis après avoir vérifié que rien ne pouvait laisser penser qu'un animal vivait là, il alla s'installer sur la paillasse qui lui servait de lit. Il était excité, cela faisait des années qu'un être humain ne s'était pas aventuré à Azkaban et Sirius avait hâte de savoir quel était le courageux sorcier qui venait faire acte de bravoure.
Il ne fallut pas attendre très longtemps avant que le bruit de pas ne se fasse entendre tout à côté de sa cellule. Sirius passa sa main dans ses cheveux pour se dégager le visage, il voulait au moins avoir l'air plus ou moins présentable.
- « Nous voici donc dans le Quartier de Haute Sécurité » annonça une voix maigrelette sur un ton mal assuré.
- « Très bien, très bien… » souffla une autre voix. « Qui se trouve dans cette cellule ? »
- « Sirius Black » répondit la voix maigrelette.
- « Oh ! »
Sirius aperçut alors la silhouette d'un homme petit et corpulent s'approcher des barreaux. Un sorcier au front dégarni, aux cheveux blanchis et au visage fripé lui apparut alors. Il portait un costume rayé et un chapeau melon d'un vert plutôt agressif. Il le fixait avec un mélange de curiosité et de crainte qui amusa Sirius qui lui adressa un signe de main.
- « Salut ! Vous allez bien ? » Demanda-t-il d'une voix amusée.
Il fut néanmoins surpris par le timbre de celle-ci. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas parlé. Il eut du mal à reconnaître les sons qu'il émettait.
- « Je… je… pardon ? » Bafouilla qui ne s'était sans doute pas attendu à ce qu'il lui adresse la parole.
- « Je voulais juste savoir comment vous vous portiez ! » Ironisa Sirius qui s'amusait pour la première fois depuis des années. « Parce que moi, personnellement, j'ai connu des jours meilleurs ! »
L'homme qui l'observait ouvrit de grands yeux ronds et sa bouche bée, lui donnait l'air d'un poisson qu'on avait sortit de l'eau.
- « Au fait qui êtes-vous ? » demanda Sirius
- « Je suis Cornelius Fudge, le Ministre de la Magie. »
- « Oh… Et qui vous accompagne ? Excusez ma curiosité mais ça fait tellement longtemps que je ne vois que des Détraqueurs… »
- « Mais, mais vous… vous êtes normal ?! » S'exclama ledit Ministre.
- « Autant que vous pouvez le juger ! » Lança Sirius en se levant.
Il fit un tour sur lui-même pour confirmer ses dires mais lorsqu'il se retrouva face aux grilles il s'aperçut que les deux hommes avaient reculé autant que l'étroitesse du couloir le leur permettait. Sirius eut alors un petit rire ironique.
- « Ne me dîtes pas que vous avez peur d'un homme en cage ? » Ironisa-t-il.
Fudge ne lui répondit pas et se contenta de lui lancer son regard le plus noir et le plus sévère, mais cela ne l'impressionna pas plus que ça.
- « Je constate que toutes ses années ne vous ont pas fait passer le goût de la provocation ! » Lança Fudge.
- « On dirait bien que non ! » Souffla Sirius en haussant les épaules « On ne se refait pas ! »
Sirius soutint alors le regard de cet homme qui détourna les yeux le premier. Il allait passer son chemin quand le jeune homme le rappela.
- « Hey ! Vous l'avez fini votre journal ? » Demanda-t-il.
- « Quoi ? »
- « Votre journal ! Si vous l'avez lu, vous pourriez peut être me le donner ! Je n'ai jamais aimé lire, mais là je crois que même ça, ça me ferait plaisir ! »
- « Mon… ? » Demanda le ministre d'un air surpris avant de regard le quotidien qu'il tenait dans la main d'un air surpris.
- « Alors ? » Insista Sirius.
Fudge se décida enfin, et tendit le journal à l'homme qui l'accompagnait, et qui devait sans doute être le seul gardien humain de la prison. Ce dernier s'approcha prudemment des barreaux, bras bien tendu et recula bien vite quand Sirius eut récupéré ce qu'il voulait.
- « Merci » souffla-t-il. « C'est très aimable à vous de si bien contribuer à rendre la vie des prisonniers meilleure, Monsieur le Ministre » lui lança-t-il alors.
Fudge choisit de ne pas répondre et poursuivit son chemin, toujours suivit par le gardien de la prison qui continuait à lui fournir des explications dont il devait sans doute se moquer. Sirius le regarda s'éloigner autant que possible avant de soupirer.
Il regarda un court instant le journal qu'il tenait toujours dans la main et esquissa un faible sourire. Cela lui ferait un peu d'occupation et ce n'était vraiment pas négligeable. Il retourna donc sur sa paillasse sur laquelle il s'installa le plus confortablement possible. La tête appuyée contre le mur, il déplia le journal. Il eut un choc en lisant la date : 15 juillet 1993. Il resta bloqué un moment sur cette simple petite information. Le poids des années sembla tout d'un coup s'effondrer sur lui. Mais après quelques secondes, il revint à la réalité et déplia le journal pour en commencer la lecture. Au fur et à mesure qu'il tournait les pages, Sirius se fit la réflexion qu'il ne se passait pas grand-chose dans le monde ces temps-ci. Il avait gardé l'habitude des journaux submergés par les mauvaises nouvelles. Il voyait maintenant au travers ces quelques pages ce à quoi pouvait ressembler un monde en paix. Sirius trouvait cela étrange, la manière dont le monde avait continué à tourner sans lui. Il avait l'impression de ne plus rien comprendre, de ne plus rien connaître. C'était un sentiment très étrange dont il ne savait trop quoi penser. Il feuilletait les pages, s'intéressant à la moindre petite nouvelle. Son regard se posa alors sur la photographie de neuf rouquins qui souriaient et saluaient, tout en prenant la pose devant la grande pyramide de Khéops. Sirius se mit à sourire en voyant ce beau portrait de famille. Tous souriaient et avait l'air contente d'être là, et il y avait de quoi. L'Egypte était un pays magnifique. Il contemplait la photo depuis un petit moment quand un détail attira son attention. Sur l'épaule d'un des enfants, se tenait un rat. Un rat qui aurait pu ressembler à n'importe quel autre rat aux yeux de quiconque, mais pas à ceux de Sirius. Au départ, il crut qu'il s'était trompé et secoua violemment sa tête pour tenter de se remettre les idées en place. Il fixa alors une nouvelle fois avec toute l'attention dont il était capable. Et plus il scrutait le cliché, plus il était intimement convaincu que ce rat qui posait sur l'épaule de cet adolescent roux ne pouvait être autre que Queudver. Sirius l'avait vu se transformer des centaines de fois, il le connaissait du bout de ses moustaches à la pointe de sa vilaine queue écailleuse. C'était Queudver. L'ignoble Queudver qui le narguait sur cette photo. Ce traître assassin avait la belle vie dans une famille qui lui offrait des vacances en Egypte pendant que lui pourrissait dans une geôle sordide ! Après tout le mal qu'il avait fait, ce salopard n'avait même pas eu la décence de se tuer dans un égout. Un sentiment de rage violente submergea Sirius. Il revoyait en flashes toutes les images du meurtre de James et Lily, son arrestation, le tour de passe-passe de Peter. Il ressentait par vagues violences la détresse, le désespoir, ce sentiment d'abandon et d'impuissance qu'il avait pu ressentir toutes au long de ces interminables années. Un grognement sourd s'échappa du plus profond de sa gorge.
Il ne parvenait plus à réfléchir, plus aucune pensée cohérente ne se formait dans son esprit. C'était au-delà de ses forces. Il ne pouvait pas garder son sang-froid alors qu'il revoyait celui qui avait brisé sa vie… sa vie et celle de Harry. Cette pensée eut l'effet d'une douche froide sur le jeune homme qui se figea aussitôt.
- « Harry… » murmura-t-il d'une voix sans timbre.
Peter avait l'air en parfaite santé et il était libre de ses mouvements. Il refusait d'imaginer ce que ce monstre serait capable de faire si jamais il se trouvait à proximité de Harry. Cette idée était tout bonnement intolérable. Un doute affreux l'envahit alors. Il reprit frénétiquement l'article de journal dont il avait interrompu la lecture, il manqua même de déchirer les pages dans sa précipitation. Lorsqu'il retrouva enfin la photo, il se dépêcha delire la note que l'on pouvait lire à côté.
« La famille Weasley va donc passer un mois en Egypte et sera de retour pour la rentrée des classes au collège Poudlard où cinq des enfants Weasley poursuivent leurs études ».
Sirius effectua un rapide calcul. D'après la date qu'il avait lue dans le journal, Harry devait fêter ses treize ans très prochainement. Il était donc à Poudlard. Il était donc en danger, en grand danger ! Ces rouquins dégingandés avaient l'âge de le connaître ! Peter ne devait absolument pas être en contact avec Harry, il n'en avait pas le droit. Sirius ne le laisserait pas faire.
L'idée de savoir que son filleul était en danger occupa toutes ses pensées. Pire qu'une idée fixe, c'était une véritable obsession. Il ne dormit pas pendant quatre jours et quatre nuits. Il passait son temps à réfléchir, encore et encore au moyen de protéger Harry. Coûte que coûte, il devait s'assurer que jamais Peter ne pourrait lui faire plus de mal qu'il ne lui en avait déjà fait.
Il ressassa ses idées des heures durant cherchant encore et toujours à réaliser ses plans. Après ces quatre longs jours, il arriva enfin à la conclusion qu'il n'avait d'autre choix que l'évasion. Il allait empêcher ce sale rat de nuire une bonne fois pour toute, il allait le tuer de ses propres mains.
Ce n'était pas la première fois qu'il songeait à s'évader. Souvent, alors qu'on venait de l'enfermer ici il avait imaginé s'enfuir. Il avait essayé plusieurs fois mais en vain. Pourtant cette fois, il savait qu'il réussirait car il possédait un élément qu'il n'avait jamais encore eu jusque là : une motivation plus forte que tout.
Une fois l'idée lancée, il ne lui fallut pas plus de quelques heures avant de mettre au point les détails de son plan. Il attendit la nuit, et la fin du premier tour de garde des Détraqueurs avant de se transformer en Patmol. Ces douze longues années d'enferment furent mis à profit pour l'aider à sortir de sa cellule. Son corps très mince, maigre presque se glissa sans trop de problèmes après qu'il les ait légèrement écartés en leur donnant des coups de crocs, de pattes et de tête.
Une fois qu'il fut hors de sa cellule, il sut qu'il n'avait pas beaucoup de temps. Il fallait qu'il parvienne à sortir d'Azkaban le plus vite possible. Il lui fallait absolument rester sous sa forme animagus. Il n'avait plus de baguette et sous sa forme canine, il était bien moins vulnérable qu'en tant qu'être humain au pouvoir des Détraqueurs. C'est pour cela que sans plus attendre, Patmol se mit à courir aussi vite que ses pattes, si longtemps privées d'exercice le lui permettaient.
Au détour d'un couloir, il rencontra deux Détraqueurs. Sans réfléchir, Patmol accéléra et fonça droit sur eux. Il traversa tant bien que mal les corps putrides et décharnés des gardiens. Il sut alors qu'à cet instant, il n'avait plus qu'une poignée de secondes pour fuir. L'alerte avait du être donnée.
Ignorant la douleur aux poumons et aux membres que lui causait cette course intense après tant d'années d'inactivité, Patmol se rua dans les escaliers, les descendit en sautant de nombreuses marches, se cogna contre les murs, manqua de trébucher de très nombreuses fois. Un froid immense se répandit alors dans les couloirs. Patmol sentait comme une brume glacée et épaisse se glisser sous ses pattes. Il n'osa pas se retourner mais il devait y avoir une belle quantité de Détraqueurs à ses trousses. Il avait beau être sous sa forme canine, il y ne parvenait plus à repousser les mauvais souvenirs, les idées noires commencèrent à affluer dans son esprit mais rien ne parvint à gommer sa détermination de sauver Harry. Il venait de tourner au détour d'un couloir quand en face de lui se dressa de nouveau des Détraqueurs. Patmol eut un court instant d'hésitation mais sa volonté fut la plus forte et tête baissée il se rua dans leur direction.
Tandis qu'il forçait le passage, il sentait des doigtes décharnés et cadavériques s'agripper à lui, lui arracher des poils, tenter de le retenir mais cela ne l'empêcha pas de briser cette barrière et il donna encore tout ce qu'il pouvait pour atteindre la dernière grille qui le séparait de la liberté. Il parvint à se glisser in extremis a travers cet ultime rempart, mais une des pointes de cette même grille lui entailla profondément la patte. Patmol poussa un hurlement de douleur et retomba lourdement sur le sol. Meurtri, il se releva pour constater qu'il était à l'extérieur d'Azkaban. Il avait réussit.
La sensation du vent et des embruns lui fouettant le visage était un plaisir tellement grand que cela lui fit oublier sa douleur. Il tourna sur lui-même quelques fois pour vraiment réaliser qu'il était à l'air libre. Il était enfin libre…
Une voix derrière lui, le ramena à la réalité. Le sorcier qui gardait l'entrée de la prison, sans doute alerté par les mouvements inhabituels à l'intérieur de la forteresse avait du sortir pour voir ce qui se passait. Patmol se remit alors à courir malgré sa fatigue et ses blessures. Il savait qu'Azkaban se situait sur un îlot. Il lui faudrait donc regagner la côte à la nage. Il ne savait absolument pas dans quelle direction aller, mais il n'avait pas le temps de réfléchir, alors il partit à l'aveuglette dans l'obscurité. Il ne tarda pas à rencontrer le rempart escarpé d'une falaise. Il fut obligé de ralentir pour pouvoir descende. Des vagues souvenirs qu'il conservait de son arrivée à la prison, le pied de la falaise était bordé de rochers tranchants et dangereux. Désireux de ne pas s'empaler, Patmol n'avait pas d'autre choix que de se montrer extrêmement prudent. La descente lui parut infiniment longue, mais il parvint enfin à sentir les vagues venir se briser juste sous lui. Il descendit encore un peu plus, mais la roche était glissante et il fut emporté par les flots.
Sa tête heurta un rocher et cela le sonna un peu. Heureusement, il parvint à s'agripper à un rocher le temps de reprendre un peu ses esprits. Patmol se sentait encore groggy mais craignait par-dessus tout d'être capturer à nouveau. Alors, il partit aussitôt. Il se mit à nager, encore et toujours nager. Il ne savait pas où il allait, mais il ne cessait de nager. Les courants étaient forts et Patmol ne pouvait pas lutter. Il se débattait tant bien que mal pour ne pas sombrer et après un temps qui lui parut infiniment long, il sentit enfin du sable sous ses pattes. Un immense sentiment de soulagement l'envahi et il se dépêcha de rejoindre le sable sec. Il devait être sur une plage. Il ne savait pas où il était, mais ce n'était pas cela le plus important. Il était libre. Il était vivant. Il se laissa tomber sur le sol et s'évanouit aussitôt.
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Comme tous les matins, Océane descendait prendre son petit déjeuner dans la salle à manger. La pièce donnait sur le jardin et elle en ouvrait tous les rideaux pour faire entrer la lumière et s'installait en bout de table. Là, un elfe de maison lui apportait son petit déjeuner qu'elle mangeait en prenant son temps. Sa vie était calme, morne, prévisible. Elle avait une vie ennuyeuse qui n'avait rien à voir avec celle qu'elle s'était imaginée plus jeune. Mais c'était sans doute mieux ainsi. Il y avait quelque chose de rassurant dans la monotonie de son existence.
Sa vie n'était heureuse et pétillante que lorsque Lalyh était près d'elle ce qui arrivait assez rarement. Depuis que Severus l'avait placée à Beauxbâtons leur animosité avait encore grandi. A chacun de ses retours à la maison, pour les vacances, ce n'était que crises, hurlements et larmes. Cette situation déplaisait fortement à Severus qui avait prit la décision radicale de ne plus accueillir la jeune fille chez lui que quelques jours pour Noël et deux petites semaines en été. Le reste du temps, Lalyh était confiée aux bons soins de ses grands-parents maternels.
Aussi pénibles pour elle que soit cette séparation forcée, Océane n'avait rien pu faire pour contrer les décisions de son époux. Il était épaulé par Léoplodus qui déplorait ce qu'il appelait les « mauvaises manières » de sa petite fille et qui comptait bien profiter de ses séjours dans sa maison pour « la remettre sur les rails ».
Océane n'avait donc pas d'autre choix que de laisser les autres faire ce que bon lui semblait de l'éducation de sa fille. Plus jeune, elle savait qu'elle ne l'aurait pas toléré, mais le temps aidant, elle se sentait plus faible et moins encline à se rebeller. Elle avait été gagnée par la faiblesse. Sa vie n'était pas celle qu'elle aurait voulu avoir, mais maintenant elle s'y était faite.
La veille, elle avait accompagné Lalyh chez ses parents qui avaient prévu de lui faire visiter l'Ecosse de fond en comble. C'était un moyen comme un autre de ne l'avoir qu'à eux et de tenter de la rendre plus docile. Ils en avaient la charge pour deux semaines et Océane leur souhaitait bien du plaisir, Lalyh semblait bien décidée à passer malgré tout ce qu'ils pourraient dire, de très bonnes vacances. Severus quant à lui avait commencé un projet de potion qui l'obligeait à utilisé son laboratoire de Poudlard. Il avait prévu de passer plus d'un mois sur ce projet et l'avait prévenu qu'il ne reviendrait pas durant au moins une semaine. Océane était donc seule, terriblement seule et elle essayait de surmonter cela.
Ce matin là, quand elle s'installa au bout de la table de la salle à manger et que l'elfe de maison vint lui apporter son petit déjeuner, elle constata avec surprise que quelque chose manquait.
- « Il n'y a pas de journal ce matin ? » Demanda-t-elle.
- « Non, Maîtresse » couina l'elfe d'un air gêné.
- « Pourquoi ? »
L'elfe baissa les yeux et se tordit les mains sans répondre.
- « Pourquoi ?! » insista Océane
- « Le Maître est venu tôt ce matin pour le récupérer » avoua alors l'elfe.
- « Severus ? » S'étonna la jeune femme « Mais… Il est enfermé dans son laboratoire depuis trois jours et ne doit pas revenir avant une semaine, alors pourquoi est-il revenu ? Uniquement pour me prendre mon journal ?! »
C'était totalement illogique.
- « Pourquoi a-t-il fait ça ? » Demanda-t-elle une nouvelle fois.
- « Il a dit que vous ne deviez pas lire les nouvelles ce matin ! » Avoua enfin l'elfe après un moment.
Océane fronça les sourcils mais ne fit aucun commentaire. D'un signe de tête, elle fit partir l'elfe qui semblait très soulagée de ne plus avoir à subir cet interrogatoire. Une fois seule, la jeune femme se servit distraitement un grand bol de thé qu'elle but en silence. La curiosité lui avait coupé l'appétit. Ce n'était absolument pas dans les habitudes de Severus de s'occuper d'elle de la sorte. Il ne s'était jamais occupé des petits détails matériels et sans importance. Alors pourquoi, par Merlin, voulait-il la priver de son journal ?
Il devait souhaiter la garder dans l'ignorance, mais quoi ! Cela attisa encore plus son désir de savoir ce que cela pouvait bien être. Peut-être qu'il s'agissait quelque chose concernant Poudlard… Peut être était-ce quelque chose qui permettrait à Lalyh de revenir près d'elle ? Il avait été particulièrement agacé par sa présence ces derniers jours, supportant à peine de se trouver dans la même pièce qu'elle.
Délaissant son petit-déjeuner à peine entamé, Océane se dépêcha de rejoindre l'étage. Elle ne prit que très peu de temps pour se préparer et elle fut dehors très rapidement. Il faisait chaud en cette fin juillet. Elle fit le tour de la maison et lorsqu'elle fut à l'arrière du jardin, bien à l'abri du regard des moldus, elle transplana.
Il y avait de l'animation sur le Chemin de Traverse. Océane se mit à sourire. Elle aimait voir les gens s'affairer, vaquer à leurs occupations. Elle aimait voir les commerçants faire de la publicité pour leur produit, et toute la joie et la bonne humeur qui se dégageait toujours de l'Allée Sorcière. Mais cette fois, tout était différent. Les gens n'étaient pas joyeux et amicaux. Ils chuchotaient, parlaient précipitamment et avaient l'air inquiet.
Décidément, il se passait quelque chose d'étrange. Océane commença à se dire qu'il se passait vraiment quelque chose d'important. Ce qu'elle ne s'expliquait pas en revanche, c'était la raison pour laquelle Severus souhaitait la tenir dans l'ignorance. C'est donc d'un pas décidé qu'elle se dirigea vers le premier kiosque à journaux qu'elle rencontra. Son cœur eut un raté en voyant clairement la une du journal sur laquelle la photo de Sirius s'étalait en grand.
Elle se mit à trembler et crut un instant qu'elle allait tomber car ses jambes ne la soutenaient plus. Elle perdit immédiatement toutes ses couleurs et sa bouche s'ouvrit comme pour crier mais aucun mot ne sortit. Le titre parlait d'une évasion… Sirius s'était enfui.
Rassemblant le peu de force qu'il lui restait, la jeune femme s'approcha, se saisit d'un journal et posa un galion dans la main tendue du marchand. Elle ne l'entendit pas quand il la rappela pour lui rendre sa monnaie, pas plus qu'elle n'entendit la vieille femme qu'elle avait manquée de bousculer en traversant la rue tant elle était obnubilée par la photo qu'elle ne cessait de fixer. Lorsque son pied heurta le trottoir et qu'elle trébucha, elle réalisa qu'elle se trouvait au beau milieu d'une rue pleine de monde. Océane se ressaisit alors un court instant, le temps de trouver une porte cochère devant laquelle elle put s'asseoir. Ignorant le regard réprobateur des passants, elle s'installa et frénétiquement ouvrit le journal. Elle tomba immédiatement sur l'article qui l'intéressait.
Black toujours introuvable
Sirius Black, qui peut prétendre au titre de plus infâme criminel jamais détenu à la forteresse d'Azkaban, échappe toujours aux recherches, nous confirme aujourd'hui le ministère de la Magie.
Océane laissa échapper un petit cri et serra immédiatement le journal contre sa poitrine. C'était incroyable. Sirius s'était évadé… et personne n'avait encore réussit à lui mettre la main dessus. L'homme qu'elle avait aimé et dont elle gardait le souvenir comme son plus précieux trésor, cet homme qu'elle pensait ne plus jamais revoir de sa vie, était de nouveau libre. Son cœur se mit à battre bien plus vite et elle eut rapidement beaucoup de difficulté à respirer. Elle s'emballait et était sur le point de faire un malaise. Un homme qui passait par-là, s'inquiéta de son état et l'aida à se relever. Il lui proposa de l'accompagner jusqu'à Ste Mangouste, mais Océane refusa fermement. Le journal encore solidement calé contre elle, elle n'avait pas besoin de consulter de médicomage, elle savait parfaitement ce qui lui arrivait. L'espoir venait de renaître.
Sirius s'était enfui… Il allait venir la chercher. Il allait venir la retrouver et ensemble ils partiraient loin, très loin. Ils prendraient Lalyh avec eux et fuiraient. Océane voulait y croire. Maintenant, le bonheur n'était plus quelque chose dont elle ne pourrait que ce souvenir. Elle allait de nouveau être heureuse, Sirius était libre.
Océane se mit alors à rire, à rire et à pleurer en même temps. Elle ne savait pas vraiment quoi penser, ni quoi faire. Tout se bousculait dans son esprit, trop d'informations lui venaient d'un coup, trop de projets, trop de rêves, trop de souvenirs… Il fallait qu'elle parvienne à se calmer mais cela allait être très dur. Dans la rue, les passants devaient la prendre pour une folle et une vraie petite foule s'était rassemblée autour d'elle. Tous la dévisageaient avec insistance tant et si bien que deux Aurors ne tardèrent pas à intervenir. Ils dispersèrent les curieux et après avoir demandé à Océane si elle allait bien, ils lui conseillèrent de prendre du repos. Mais la jeune femme était trop excitée pour penser à se reposer.
Elle avait besoin de parler, pour pouvoir assimiler la nouvelle et pour se libérer enfin de toute cette tension qui l'habitait et qui allait réellement finir par se rendre folle. Elle sut alors qu'il n'y avait qu'une seule personne avec qui elle allait pouvoir discuter de tout cela. Et sans plus attendre et sans se séparer du journal elle se précipita chez Remus.
Elle courut dans les escaliers et arriva toute essoufflée devant l'appartement de son amie. Elle n'y avait pas mis les pieds depuis des années, et même les lettres qu'elle lui envoyait s'étaient espacées, mais elle savait qu'en toutes circonstances, en toutes occasions, elle pouvait lui faire confiance. Elle tambourina à la porte mais personne ne répondit, Remus était absent.
Il était hors de question pour elle de ne pas le voir. Désormais elle en avait besoin. Elle décida donc de l'attendre et s'installa en tailleur sur son paillasson et pour patienter, elle relut de très nombreuses fois l'article qui traitait de l'évasion de Sirius. Elle contemplait la photo de la Une, perdue dans ses pensées quand une paire de jambes vinrent se poster devant elle. Immédiatement, elle leva les yeux vers Remus qui la fixait d'un air grave.
- « Alors tu es au courant » souffla-t-il.
- « Tu pensais vraiment que j'aurais pu ne pas savoir ? Par Merlin, on va en parler pendant des jours ! » Lui répondit-elle.
Elle prit alors la main que son ami lui tendait et il l'aida à se relever. Il la serra alors un moment contre lui avant de la relâcher. Puis sans dire un mot, il ouvrit la porte de son studio et l'invita à entrer. Océane pénétra donc chez son ami sans dire un mot. Elle ne parla pas non plus quand elle s'installa à la table et elle était toujours silencieuse quand Remus lui servit un verre de Whisky Pur Feu.
- « Je sais bien qu'il est encore tôt dans la journée, mais nous avons tous les deux besoin d'un remontant » justifia Remus avec un maigre sourire.
Océane hocha la tête et porta son verre à ses lèvres. Le liquide était fort et lui brûla la gorge, mais il fit revenir un peu de couleur sur ses joues.
- « Quand l'as-tu su ? » Demanda Remus après un moment.
- « Il y a quelques heures à peine, je… j'ai acheté le journal… Severus a tenté de me le cacher » souffla la jeune femme en faisant tournoyer le liquide ambré dans son verre.
- « Pour une fois, j'approuve sa décision… » soupira Remus « Il aurait mieux valu que tu ne saches rien… »
- « Pourquoi ? » S'indigna alors la jeune femme « Pourquoi ?! »
- « Il est dangereux ! Tu cours un risque… Si jamais il cherche à te revoir… »
- « Je serais la femme la plus heureuse du monde ! » Le coupa-t-elle.
- « Océane… » soupira Remus « Tu es en danger, c'est un assassin… »
- « Arrêtes ! » Lança-t-elle « Tu sais parfaitement ce que je pense de tout cela alors je t'en prie… tais-toi ! »
- « Il a passé plus de dix ans à Azkaban, cela change n'importe quel homme ! Il n'est plus celui que tu as connu ! Il n'est plus celui que tu as aimé ! »
- « Et si moi je continue à vouloir l'aimer quand même ? » Lui rétorqua-t-elle, les larmes aux yeux.
- « Tu n'es pas sérieuse… »
- « Tu n'as aucune idée de ce qu'est ma vie sans lui ! J'ai goûté au bonheur ! J'y ai goûté et on me l'a arraché ! Ensuite, on s'est évertué à m'éloigner le plus possible de tout ce qui pouvait m'apporter de la joie. On m'éloigne de ma fille, Remus ! Alors si j'ai envie de croire que je pourrais à nouveau être heureuse un jour, je le croirais ! » lui annonça-t-elle avec gravité « Et il n'y a rien qui pourra m'en empêcher »
Son ami prit alors son visage entre ses mains et soupira longuement avant de le fixer d'un air grave.
- « Dumbledore pense que Sirius s'est évadé pour pouvoir retrouver Harry. Il n'est pas le seul à le penser, moi aussi je pense que l'évasion est liée à lui. Il veut peut être lui faire du mal… »
- « C'est son parrain ! » s'indigna Océane
- « … et on ne sait pas à quel point il est dangereux » termina Remus comme si elle ne l'avait jamais interrompu « J'ai… J'ai accepté un poste à Poudlard. Je suis le nouveau professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Je vais essayer de protéger Harry autant que je le peux. »
Océane le regarda alors un moment, partagé entre la colère de voir qu'il ne voulait pas tenir compte de son avis sur Sirius et heureuse de le voir enfin obtenir un métier qu'il méritait vraiment. Elle préféra se taire.
- « Je sais… que tu n'es pas heureuse » souffla alors Remus « Je ne le suis pas non plus. Mais cette fois il ne s'agit pas seulement de toi. Il faut que tu penses à Lalyh ! Imagine un seul instant que Sirius ait changé, qu'il soit capable de faire du mal… Tu ne peux pas t'exposer au danger ! »
Océane serra les poings.
- « Tu ne peux plus prendre de risques inconsidérés, tu ferais trop de mal à ta fille. Elle n'a que toi et tu le sais parfaitement ! »
- « Laisse Lalyh en dehors de tout ça ! » Lui lança-t-elle.
- « Il faut que tu comprennes ! » lui répondit alors Remus « Et que tu me promettes que tu ne partiras pas à la recherche de Sirius, que tu ne chercheras pas à entrer en contact avec lui… »
- « Mais…. »
- « Promets le Océane ! Où sinon, je le dirais à Severus. Nous sommes collègues maintenant, il pourrait prendre des mesures… »
- « Remus ! » S'indigna Océane « Comment oses-tu songer à me faire ça ! »
- « C'est pour ton bien ! »
Elle lui lança un regard mauvais.
- « Promet moi que tu ne le chercheras pas ! » Insista Remus.
- « S'il c'est lui qui vient me chercher, je partirais ! » Lui rétorqua alors Océane.
Elle se leva ensuite, et quitta le studio sans rien ajouter d'autre. Elle était en colère, vraiment. Elle ne supportait pas que Remus s'évertue à condamner Sirius. Elle claqua fortement la porte du studio et transplana immédiatement chez elle. Les choses allaient changer, elle le sentait et elle attendait désormais cela avec impatience.
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C'était ce soir, il était enfin prêt. Cela faisait des mois qu'il se préparait à cela. Caché dans la grotte où il avait élu domicile, Sirius vérifia une dernière fois le contenu de son sac à dos. Il y avait les divers objets qu'il avait réussit à récupéré au cours de son évasion : un gobelet en plastique, une vieille lampe de poche moldue qui fonctionnait à peine, et quelques bricoles qui lui servaient énormément dans sa vie quotidienne et qu'il ne voulait surtout pas prendre le risque de perdre. Aussi, en pauvre errant qu'il était devenu, il ne se déplaçait jamais sans toutes ses maigres affaires. Lorsqu'il quitta la grotte, son sac sur les épaules, il glissa sa main dans sa poche pour s'assurer que son couteau était toujours là. Il l'avait aiguisé comme il l'avait pu. Le résultat n'était pas brillant, mais il estimait que cela suffirait pour ce qu'il avait à faire. Si ce sale traître devait souffrir avant de mourir, il n'aurait eu que ce qu'il méritait. Sirius hocha la tête et sortit de sa cachette, prenant bien garde de rester le plus possible dans les zones les plus sombres. Cela faisait déjà de nombreuses semaines qu'il se trouvait là, à attendre. Il était arrivé aux abords de Pré-Au-Lard quelques jours à peine avant la Pleine Lune. Ne voulant surtout pas être découvert, il avait choisit la prudence et avait contenu son impatience pour ne mettre à exécution son plan que le jour de la Nouvelle Lune. Et cela s'était avéré être plus difficile qu'il ne l'avait cru. Il avait dû faire preuve d'une immense patience. Savoir que Harry se trouvait tout proche de lui sans pouvoir le voir le rendait fou, mais le pire était de devoir attendre en sachant qu'à tout moment Peter pouvait montrer son vrai visage et commettre le pire. Il avait fallut vraiment faire des efforts monstrueux.
S'il avait tenu aussi longtemps, c'était aussi parce qu'il avait pu voir Harry. Cela faisait plusieurs semaines maintenant et cela n'avait duré que quelques secondes, mais il avait pu constater de ses yeux combien son filleul avait grandi durant toutes ses années. Bien sûr, il avait conscience qu'Harry était un adolescent, mais il avait largement sous estimé le choc que cela lui causerait. Sous sa forme d'animagi, il s'était caché dans un buisson de Privet Drive et l'avait enfin aperçut et n'avait pas résisté à l'envie de s'approcher un peu… Et il avait l'impression qu'il lui avait fait peur. Sirius avait été frappé par la ressemblance entre Harry et son père, et aussi par le fait qu'il avait gardé le beau regard qu'il avait hérité de sa mère. Le voir avec ses bagages sur le bord de cette route, avec ses cheveux en batailles, et son air déterminé l'avait projeté des années en arrière. Il avait revu James. Et le choc avait été tel que si le Magicobus n'était pas arrivé à cet instant précis, il se serait transformé pour aller le serrer dans ses bras… C'était trop d'émotions d'un seul coup et il s'était vraiment fallut de peu pour que son évasion ne tourne au fiasco.
Puis il l'avait revu quand il avait entendu les clameurs d'un match de Quidditch. Sirius avait toujours aimé cela et il avait été curieux de savoir si ses soupçons s'étaient révélés fondés. Il n'avait pas été déçu. Harry volait merveilleusement bien. Mieux que son père peut être ! Il avait tout à fait la stature d'un attrapeur et bien qu'il n'ait pas pu le voir longtemps, cela avait été suffisant pour constater qu'il avait tout d'un grand joueur de Quidditch. Mais il avait du également lui faire peur et avec cette attaque de Détraqueurs, il avait fait une chute stupéfiante. Sirius avait eu très peur, et avait été sur le point d'aller lui porter secours mais Dumbledore avait prit les choses en main. Il était rassuré quand il avait vu qu'on le conduisait à l'infirmerie et n'avait pas tardé à fuir pour éviter des Détraqueurs qui étaient fort mécontent de s'être vu privé de tant d'exaltation. Encore une fois, il n'avait fait qu'apercevoir son filleul et cela s'était une nouvelle fois révélé être très frustrant.
Quand tout serait terminé, quand ce sale traître de Peter serait mort, Sirius trouverait un moyen d'expliquer à Harry tout ce qui s'était réellement passé, il lui raconterait la vérité et il comprendrait. Ils pourraient alors prendre tous les deux le temps de se connaître, de tisser les liens qui n'auraient jamais du être rompu et ils auraient droit à un semblant de bonheur. Ce ne serait peut être pas parfait, mais lorsque Peter serait enfin mis hors d'état de nuire, ils pourraient enfin respecter la volonté de James et Lily. Sirius prendrait soin de son filleul et tout irait pour le mieux. Sirius en était convaincu. Il pourrait alors reprendre sa vie là où il l'avait laissé. Il avait été contraint d'abandonné tant de personnes. Oui, quand tout serait fini et qu'il serait en mesure de se disculper, il ferait tout son possible pour retrouver Océane. Il avait vraiment besoin de savoir ce qu'elle était devenue, si elle avait gardé le bébé… Elle avait sans doute refait sa vie mais il avait besoin de savoir, il en avait vraiment besoin de la revoir ne serait-ce qu'une fois, même de loin, même s'il ne pouvait pas lui parler. Il fallait qu'il la revoie même si cela devait le faire souffrir.
Mais pour que cela arrive un jour, il lui fallait absolument mener à bien sa mission. Plus déterminé que jamais, Sirius traversa donc Pré-au-Lard en redoublant de prudence, surtout à cause de la présence des Détraqueurs qui continuaient de rôder dans les environs. Il prit d'infinies précautions en arrivant devant chez Honeydukes, surtout lorsqu'il se glissa dans sa cave par son soupirail. Renouant avec les vieux souvenirs de son passé, il retrouva sans la moindre difficulté l'entrée du passage secret et c'est le cœur serré par la nostalgie mais l'esprit concentré sur sa mission que Sirius gravit le chemin qui le ramenait vers Poudlard.
Comme à chaque fois qu'il se retrouvait entre ces murs, il avait toujours la sensation d'être chez lui. Rien n'avait changé. Les mêmes couleurs, les mêmes odeurs, les mêmes sensations… Et s'il n'avait pas eu un traître à éliminer, il aurait sans doute flâné dans ces couloirs qui avaient vu tant de ses bêtises d'adolescent. Sirius secoua sa tête d'un geste vif pour chasser ses pensées qui le déconcentraient et agrippant dans le fond de sa poche le manche de son couteau.
En moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, Sirius se retrouva devant le portrait qui gardait l'entrée de la Tour Commune de Gryffondor. Le dernier contact qu'il avait eu avec la Grosse Dame n'avait pas été calme loin de là. Sirius savait bien pourtant que la menacer ne mènerait nulle part, mais il n'avait pas supporté qu'elle lui tienne tête et il avait lacéré le tableau. Il l'avait regretté dès qu'il avait fuit le château, mais cela était trop tard pour revenir en arrière. C'est pour cela que cette fois-ci, il était vraiment soulagé d'avoir ce chat comme coéquipier.
S'il s'était d'abord méfié de ce félin qui semblait bien trop intelligent pour n'être qu'un chat, Patmol, puis Sirius avait appris à faire confiance à ce drôle d'animal et avait parfaitement su lui faire comprendre ce dont il avait besoin. Ce matou n'avait pas réussit à lui ramener Queudver, mais il avait toujours échoué. Sirius ne pouvait pas lui en vouloir, après tout, Peter avait toujours su tromper tout le monde. Et puis, il ne voulait pas se priver du plaisir immense de tuer ce sale traître de ses mains.
Sirius était donc confiant quand il aborda le portrait fraîchement réparé. Il fut surpris cependant de ne pas y retrouver la Grosse Dame, mais le surprenant Chevalier du Catogan qu'il avait déjà côtoyé durant son septennat à Poudlard.
- « Halte manant ! Qui va là ? » S'exclama le chevalier qui brandissait sa lance d'un air belliqueux.
- « Billevesées ! » lança Sirius
- « Tiens ?! Vous connaissez le mot de passe, mon bon ami ! » Lança le Chevalier « Il me semble pourtant ne jamais vous avoir vu rôder du côté de Gryffondor ces jours-ci ! »
- « Laissez-moi entrer ! » Siffla Sirius.
- « Je veux m'assurer que je ne laisse pas entrer un intrus car telle est la mission que l'on m'a confié ! »
- « J'ai donné le mot de passe ! Je veux entrer ! » Gronda Sirius.
- « Que nenni mon ami ! » Se moqua le portrait « Montrez-moi que vous êtes digne d'y entrer ! »
Etouffant un grognement, Sirius sortit de sa poche un morceau de papier griffonné qu'il déplia avec brutalité, manquant même de le déchirer. Il était impatience et ne voulait pas continuer à perdre plus de temps. Alors, un par un, sans prendre la peine de reprendre son souffle, il récita un à un tous les mots de passe de la semaine écoulée. Lorsque tout fut dit, il lança un regard peu amène au portrait qui n'eut plus qu'à s'incliner. Il haussa les épaules et fit pivoter le cadre qui le contenait, libérant enfin l'entrée de la Salle Commune.
Sirius s'y engouffra sans attendre et se rua dans les escaliers qui menaient aux dortoirs des garçons. Il était comme chez lui, il n'avait aucun doute. En arrivant devant la rangée des portes il eut un petit moment d'hésitation, mais une petite pancarte sur la porte lui indiqua la bonne direction. Il ouvrit donc la porte sans faire le moindre bruit et pénétra dans l'un des dortoirs. Les cinq lits étaient disposés de la même façon que dans son souvenir. Les rideaux étaient tous fermés, et Sirius ne savait absolument pas dans quel lit se trouvait le grand rouquin propriétaire de Peter… Il en ouvrit un au hasard, mais le garçon endormi était brun et avait un visage rond et lunaire. Sirius referma donc les rideaux et passa au suivant qu'il ouvrit très brutalement à cause de l'impatience, et il les déchira.
Son cœur s'accéléra quand il vit le rouquin endormit. Sur son oreiller, tout près de sa tête, Queudver dormait aussi. Sirius tira donc d'un geste vif le couteau de sa poche. Il le brandit dans les airs dans la ferme intention d'en finir enfin avec ce traître mais le rouquin se mit à grogner et ouvrit alors les yeux.
Sirius su à cet instant que tout son plan tombait à l'eau.
- « AAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRGGGGGGGGHHHHHHHHHH ! NOOOOOOOOOOOONNNNNNNN ! » Hurla l'adolescent en se redressant dans son lit.
Sans plus attendre, Sirius replaça le couteau dans sa poche et tourna les talons.
- « Qu'est-ce qui se passe ? » Demanda une voix endormie au moment où Sirius claquait la porte derrière lui.
- « Black ! Sirius Black ! » Entendit-il alors à travers la cloison de la porte.
Le jeune homme su alors qu'il ne faudrait plus longtemps avant de l'alarme serait donné, il n'avait plus de temps à perdre. Sirius se mit à courir et quitta la Salle Commune. Déjà des rumeurs et des murmures inquiets se faisaient entendre. Immédiatement, parce qu'il allait plus vite ainsi, il se transforma en Patmol et courut dans les escaliers et les couloirs jusqu'à ce qu'il atteigne la porte d'entrée.
D'un violent coup de pattes, il ouvrit la lourde porte et se trouva immédiatement à l'extérieur. Il courut dans le parc sans vraiment savoir comme il allait réellement pouvoir quitter l'enceinte du château. C'est alors qu'il aperçut ce drôle de chat qui se faufila rapidement entre les branches du Saule Cogneur qui avait immensément grandi depuis la dernière fois où il l'avait vu. A l'aide de ses pattes, l'animal coinça le nœud dans la racine et immobilisa les branches.
Patmol se glissa donc dans l'entrée du souterrain et continua à courir encore et toujours jusqu'à ce qu'il atteigne enfin la Cabane Hurlante. Là, il reprit forme humaine et poussa un hurlement de rage. Il avait échoué.
Il avait frôlé son but, il avait été si près… tellement près…
Il donna un violent coup de poing sur une vieille table miteuse et poussiéreuse qui se trouvait là et qui s'effondra violemment. Et Sirius s'effondra, encore plus frustré que jamais. Et dire qu'il avait faillit réussir et que Peter lui échappait une nouvelle fois…
Sirius grogna et plaqua son visage entre ses mains. Il se détestait en cet instant.
