Suite et fin de cette histoire ! J'ai pris plaisir à l'écrire, et j'espère que vous avez apprécié la lire.

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Jour XXXII

La cérémonie accompagnant l'incinération est terminée et le soir se couche enfin. Et, j'en remercie Severus d'un regard, nous ne nous attardons pas auprès de tous ces éminents membres de la communauté sorcière. D'ailleurs, personne ne m'a adressé la parole, et je n'ai pas cherché à discuter non plus. Dumbledore est mort. Pour moi, il ne s'agissait pas que d'un directeur, d'un éminent sorcier, ou d'un grand rêveur. Il était un modèle que je m'efforçais de suivre, un homme que je respectais et que j'avais eu l'audace de prendre pour un père. Je suis heureux de quitter la foule et l'immense cortège qui accompagne les cendres d'Albus. Je ne me sens pas à ma place, ce n'est pas ici que je veux faire ce deuil. Pas comme ça, assis à écouter des discours interminables rendant hommage à un homme que je n'arrive pas à reconnaître au travers de ces innombrables propos.

Severus m'a fait comprendre que nous pourrons rester un moment dehors. J'ai une autorisation de sortie pour la journée en somme. J'essaie de contenir la hargne qui menace de me submerger à cette pensée. Je fais un signe à Sirius pour le prévenir de mon départ, et je transplanne dans un lieu magnifique que j'ai découvert quelques temps plus tôt, le long des côtes atlantiques. Je laisse mes yeux se perdre dans l'horizon et je me noie. Mon âme s'abîme au fond des larges courants qui vont et viennent, mon esprit s'oublie le long des vagues qui frappent la roche comme un douloureux refrain sans fin. Tout mon corps me brûle, et un vide intense s'empare de mes pensées, de mes doutes. Je me sens désert : absent de tout, empli seulement de ma terrible angoisse.

Je m'assois lentement sur l'herbe mouillée qui recouvre la falaise, et je laisse mes jambes pendre dans le vide. Ici tout est calme, et je cherche à emplir mon cœur de toute cette volupté. Je ferme les yeux et commence lentement à réguler ma respiration chaotique. Inspire, expire. Doucement. Il n'y a rien à faire. J'avais un but, désormais atteint. La vie qui m'anime encore n'a désormais plus de raison d'être ; je suis tombé au fond d'un puits dont j'ignorais la noirceur et la profondeur. Et pourtant je reste le regard levé, apercevant encore un rayon de lumière qui vient timidement éclairer ce trou béant, qui tente maladroitement de réchauffer mon cœur malade et mes yeux fatigués. Snape. Sirius. Moi. Nous sommes tous trois dans ce puits sans fond, chacun empêchant l'autre de lâcher complètement la corde qui nous rattache encore à la vie, aux sourires et aux autres. Mais je lâche. Je ne peux plus. Qu'ils me laissent enfin chuter dans ce froid mais si doux néant.

J'entends pourtant le bruit léger de pas derrière moi. Je ne me retourne pas, je sais qu'il est là, à guetter. Il s'assoit finalement à côté de moi, sans me toucher, ni même me frôler. Il me tend alors, silencieusement, une bouteille de Whisky pur feu, que je saisis et porte à ma bouche d'un geste que je veux calme mais que je sais avide. Je sais pourtant que Severus ne me laisse boire qu'à contrecœur, mais je n'ai pas envie d'y penser. Le flot dur qui vient napper ma gorge et brûler mon estomac me permet de revenir, d'avancer. Je bois jusqu'à ce que l'alcool ronge mon corps tout entier et me supplie d'arrêter cette douce torture.