Coucou mes sentinelles au caramel ! New chapter. Au programme, un chat à l'agonie, du sang, Albus Dumbledore qui roupille, un leader bourru et une heureuse rupture. Bonne lecture !
Chapitre 16 - L'interrogatoire d'Abel Armbreaker
Aucun doute là-dessus. C'était bien de l'Immatériel qui avait provoqué l'écroulement de la passerelle, juste au moment où Kate la franchissait. Une nouvelle fois, la Sorcière Bleue avait tenté de la tuer, quitte à en faire de même avec les amis de cette dernière. Comment était-elle entrée à Poudlard ? Et pourquoi cette soudaine réapparition ? Neuf mois les séparaient depuis leur dernière rencontre. Pourquoi maintenant ?
Seuls Maggie et Terry furent mis au courant des hypothèses de Kate, qui préféra n'en toucher aucun mot à un adulte. Peut-être de peur qu'ils ne la croient pas, malgré les événements de l'année précédente ayant impliqué Eliot. Mais surtout pour ne pas avoir à supporter son père, qui était sûrement prêt à postuler à Poudlard afin de la suivre et la protéger dans tous ses déplacements.
Depuis l'incident du pont, qui n'avait pas manqué de faire le tour de l'école, les relations semblaient avoir changé dans la classe. Plus confiante, Kate commença à aborder de plus en plus Griffin au détour des couloirs, entre les cours. Peu à peu, elle apprit à connaître davantage ce Gryffondor trop vantard pour se dévoiler avec sincérité. Mais le geste qu'il avait eu à son égard lors de l'écroulement de la passerelle restait dans la mémoire de Kate comme un espoir, comme l'éventualité que son attirance était réciproque. Encore bercée par des rêves d'innocence, elle se surprenait à déjà entendre sonner les cloches de son mariage sur le rythme de son cœur qui battait à cent à l'heure chaque fois qu'elle venait à croiser son regard.
Mais une ombre venait assombrir ce tableau de bonheur lumineux, lorsqu'elle constatait celui, fuyant ou peiné, d'Emeric. Maggie lui avait clairement conseillé de ne pas se laisser attendrir : Kate ne pouvait pas jouer sur les deux bordures. Accorder de l'importance à Emeric, c'était lui donner de faux espoirs, lui avait avancé sa meilleure amie. À contrecœur, Kate suivit ce précepte. Mais plusieurs fois, elle hésita à s'asseoir à côté de lui, en cours d'Arts et Magie, afin d'en apprendre plus sur lui, de comprendre pourquoi elle lui plaisait tant. Ce mystère l'intriguait. Pourquoi un garçon aussi discret qu'Emeric s'était-il épris d'elle, alors qu'ils ne parlaient que très ponctuellement ? Au point d'en risquer sa vie, d'en lâcher sa baguette magique. Selon Kate, elle ne méritait pas toute cette attention...
Les choses ne semblaient pas changer seulement depuis le point de vue de Kate. En effet, depuis que Maggie lui en avait fait la violente remarque, Terry se faisait plus présent auprès de ses amies. Il devint plus courant de le voir partager son repas avec elle à la table des Gryffondors certains midis. Les deux filles ne pouvaient que se réjouir de constater que les choses redevenaient petit à petit comme avant. Dans cette époque de troubles et de dangers, une telle sécurité réconfortait.
Le mois de mars pointa le bout de son nez et l'anniversaire de Kate sembla lui tomber dessus plus vite que prévu. Pour ses quatorze ans, elle fut comblée de présents. Suzanna avait fait développé et encadré une photo qu'elle avait prise en début d'année, où Kate posait en habits violets, entourées de ses amies de Gryffondor, ainsi démarquées de celles qui l'avaient accompagnée durant ces deux premières années. Moira lui avait offert un journal intime qui mordait quiconque essayait de l'ouvrir, si ce n'était son propriétaire. Une banderole des Pies de Montrose, son équipe de Quidditch préférée, fut le cadeau de Terry, afin d'agrémenter sa nouvelle chambre. Le même thème fut repris par Maggie, qui lui fit don d'un kit complet d'entretien pour batte et balai. Quant à son père, il lui envoya par hibou une longue lettre, lui répétant encore et encore combien il était dangereux de sortir seule, le tout accompagné d'un petit colis qui contenait un petit miroir de poche.
« [...] Il a une option de langage, quand tu tournes la molette, mais tu auras vite fait de le balancer par la fenêtre s'il te répète trop à quel point ta tête ressemble à celle d'un troll quand tu te réveilles (des fois, tu fais vraiment très peur, je te jure. Mais je te rassure, c'est héréditaire.) Non, l'intérêt de ce miroir, au-delà de ses capacités à te casser les patacitrouilles (ta mère veut que je reste poli), c'est qu'il te permettra d'un simple coup d'oeil de repérer les vampires...
Reste prudente.
Joyeux anniversaire, moujingue. Pas tous les jours qu'on a quatorze ans !
Papa
PS : tu en penses quoi alors, du Fuselune, après plusieurs mois d'essais ? »
Mais le plus surprenant des cadeaux fut celui que lui dévoilèrent les Papillombres : sous les conseils des cinq autres, Rose, la plus douée pour produire des créations artistiques, avait peint le blason de la nouvelle maison. Encadrée d'une tresse d'argent, le papillon mauve semblait naître des ténèbres, la pointe de ses ailes s'illuminant de nacre. Plus que le pardon, ce blason qui lui fut offert symbolisait tellement plus. Désormais, il ornerait les tours du stade de Quidditch, la grande salle, leurs écussons. Kate en fut tellement émue qu'elle manqua d'en pleurer de joie.
Cette émotion devant un papillon que beaucoup auraient vu comme insignifiant, Kate la vécut de nouveau le soir-même. Lorsqu'en rangeant ses nouvelles possessions dans sa valise, un petit morceau de papier s'échappa entre deux vêtements. Il était vieux et tout froissé, peinant à battre des ailes. Depuis le temps, Kate était presque parvenue à l'oublier. Liant ses mains devant elle, agenouillée devant son bagage ouvert sur le parquet, le papillon de papier violet se posa dans ses paumes. A sa surface, les mots, tous identiques, étaient liés par une même écriture. Celle de Morgana MacNair.
« Amitié »
Il y avait quatorze ans, Kate venait au monde. Il y avait trois ans, Merrick MacNair périssait sous ses yeux. Il y avait deux ans, Morgana lui offrait ce cadeau. Et ce jour-là, elle le retrouva. Petit miracle sorti de sa boîte, coïncidence qui ne s'expliquait pas.
La décision fut prise durant la nuit, alors qu'elle ne parvenait à trouver le sommeil. Elle irait lui parler. Lui raconter Merrick. Une vérité qu'elle ne connaissait peut-être pas. Une ignorance pour laquelle elle avait joué et sacrifié leur amitié dans laquelle Kate avait tant cru.
Elle devait trouver le bon moment pour lui parler, sans éveiller de nouvelles envies de meurtres de sa part ! Plusieurs fois, à la sortie d'un cours, elle tenta de l'intercepter.
— On peut parler ? lui avait-elle chuchoté d'une petite voix alors que Morgana rangeait son livre de potions à la fin du cours de Slughorn.
La jeune Serpentard avait relevé ses mots mais ne les comprit tout de suite. Elle la foudroya d'un regard.
— Tu peux répéter, Whisper ?
Les yeux de Morgana se firent plus menaçants encore et si elle en avait été capable, Kate se serait effondrée en un tas de cendres fumantes.
— Parler. Toi, moi.
Après quelques secondes de latence, Morgana lâcha un rire grinçant.
— J'ai pas envie de te parler, Whisper. Hormis si tu m'offres le droit de cracher sur ton cadavre lorsqu'on en aura fini avec notre... conversation.
Puis, elle était partie sans lui accorder une parole de plus. Des approches de ce genre, Kate en initia quatre. Cela n'échappa pas à la vigilance de ses amis.
— Pourquoi tu cherches à approcher Morgana ? se soucia Terry lors d'un dîner.
— Elle se lasse de moi, soupira Maggie en nettoyant son couteau de son pain avec une attention toute particulière. Si cela te manque, je peux essayer de te tuer trois fois par jour, mais je ne garantis pas que je me loupe à chaque fois.
— Ne dis pas n'importe quoi, Maggie...
— Quoi ? Tu vas te mettre à la défendre, maintenant ? Ne serais-je pas la seule à m'être reçue un cognard dans la tête le mois dernier ?
— Cette fille ne te veut clairement aucun bien, Kate, la mit en garde Terry.
Leur conversation fut interrompue par le bruit de leurs voisines qui quittèrent la table du repas en gloussant. Gareth Gale ne devait pas être loin...
— Parce qu'elle a été endoctrinée.
— Et voilà qu'elle se met à déballer ses grands mots.
— Mais c'est vrai, Maggie ! C'est à cause de son père ! Je suis sûre qu'elle n'a aucune idée que son oncle et mon père étaient meilleurs amis ! Et que nous avons eu toutes les deux le même parrain ! Elle essaie de tenir ma famille comme responsable, mais en fait, c'est la sienne qui est coupable.
— « Et le centaure, il met la carte dans la chocogrenouille ». Kate, regarde la vérité en face ! Tu n'arriveras jamais à la raisonner, c'est trop tard ! Tu ne peux rien faire pour cette fille.
— Comme d'habitude, je déteste donner raison à Maggie, mais je vais le faire.
— Tu n'es pas obligé de préciser à chaque fois à quel point approuver ma supériorité t'horripile, Diggle. Déclarer « je suis d'accord » suffit.
— Peut-être, mais tu t'en fais toujours une joie personnelle, nasilla Terry, avant de reprendre d'un ton plus sérieux. Morgana ne voudra rien entendre. Même si tu lui montrais qu'en fait, son oncle est en vie, elle t'en voudra toujours ! Elle est enfermée dans cette idée et ça ne sera pas toi qui pourras l'en défaire.
— Qui alors ?
La question de Kate suspendit le cours du temps, sans qu'ils ne trouvent de réponse.
— Le temps ? suggéra Terry en grimaçant.
— Bah voyons, le temps résout toujours tout, c'est bien connu...
— Mais combien de temps, Terry ? J'aurais plein de choses à lui dire, j'aimerais qu'on s'explique !
— Je sais, mais ce n'est pas moi qui vais réussir à plus la convaincre !
— Et ne compte pas sur moi non plus ! Elle m'en a suffisamment fait baver durant la première année...
Maggie parlait très peu de ce que les filles de Serpentard lui avaient fait subir. Elle se le ressassait comme une honte. En prononçant ses mots, on sentit d'ailleurs qu'elle se tassait à sa place. Complaisant, son voisin lui attrapa l'épaule de sa grande main et lui accorda un rictus maladroit, sans savoir que dire. Ce geste sembla suffire à Maggie, qui y répondit d'un sourire embarrassé.
— Il faudra quand même un jour que je trouve une solution, soupira Kate alors qu'ils quittaient les bancs pour rejoindre leurs dortoirs respectifs.
— D'ici là, essaie déjà de rester en vie !
— Mais c'est ce que je fais ! Tous les jours !
— Je le sais bien !
Ils descendirent les escaliers à la sortie de la grande salle, les torches plaquant leurs ombres agrandies sur les pierres froides du château. Mais alors qu'ils allaient se séparer pour poursuivre leurs chemins respectifs, ils firent une rencontre assez inattendue :
— Eh, Kate, lui fit remarquer Maggie en lui tirant la manche, ça ne serait pas...
Une masse noire semblait trotter dans la cour d'un pas rapide, s'approchant d'eux.
— ... Ton chat ?
Mister Minnows leva la tête vers sa maîtresse et ses deux amis lorsqu'il fut suffisamment proche pour que l'on puisse distinguer ses yeux vairons dans l'obscurité. Puis, il se mit à miauler. Plusieurs fois à la suite.
— Qu'est-ce qu'il y a, Mister Minnows ? se soucia Kate.
Constatant que son chat ne cessait pas ses complaintes, elle s'accroupit devant lui et chercha à l'attraper :
— Tu t'es blessé ?
— Peut-être pas, et si ce n'est pas le cas, il risque de le devenir avec le coup de pied dans l'arrière-train que je lui réserve s'il n'arrête pas ses cris stridents ! se plaignit Maggie, en grimaçant.
Pourtant, le félin lui échappa des mains et commença à galoper dans la cour. Il s'accorda une pause au milieu, on pouvait discerner sa tête qui s'était de nouveau tournée vers eux avant de percevoir un nouveau miaulement.
— Mister Minnows, reviens ici tout de suite ! ordonna Kate sans crier, afin de ne pas éveiller l'attention de leurs camarades qui sortaient de la Grande Salle.
Mais le chat n'en répondit que d'une nouvelle sollicitation sonore. Harassée, Kate se dirigea alors vers lui d'un pas déterminé, mais Mister Minnows semblait s'éloigner de plus en plus dans le noir. Maggie se pencha vers Terry :
— Je te parie combien qu'elle va encore le poursuivre longtemps comme ça ?
— Pas besoin de parier, on sait qu'elle va le faire. Et je n'aime pas ça...
Sur ces mots, le jeune homme courut rejoindre Kate qui prenait de la distance dans la cour. Se retrouvant seule, Maggie hoqueta, craintive de devoir les pourchasser dans la nuit. Elle grommela, jura dans sa barbe, avant de s'y résoudre, promettant de faire regretter cet affront à Kate.
Ils franchirent la grande arche qui indiquait l'entrée de Poudlard et gagnèrent les hauteurs du parc. Le lac de Poudlard scintillait à la lumière des étoiles, tour à tour cachées et dévoilées par les nuages sirupeux. L'herbe de mars était encore froide et humide, si bien que les pans de leurs capes furent rapidement trempés.
— Kate, on ne devrait pas s'éloigner autant du château !
— Il faut d'abord que je récupère Mister Minnows ! Je ne vais pas le laisser dans la nature en pleine nuit ! C'est dangereux !
— Kate, c'est dangereux pour nous ! Tu sais très bien qu'il ne faut jamais suivre quelqu'un en pleine nuit ! Oui, tu es la mieux placée pour le savoir !
Mais la jeune fille fit la sourde oreille, trop préoccupée par son chat, qui ralentit le rythme de sa course au détour de quelques rochers à l'orée des bois. Il grimpa au sommet, s'assit et miaula de plus belle.
— T'as trouvé quelque chose ? s'interrogea Kate, surprise par le comportement atypique de son animal.
— Si c'est le cas, je le lui ferai manger ! prévint Maggie, essoufflée.
Tous se turent et attendirent là, sous le regard scintillant de Mister Minnows. Quand un bruissement éveilla leur attention. Il provenait d'entre les pierres amassées, qui formaient une minuscule caverne.
— Il y a quelque chose dedans ! se pencha Terry.
— Par Merlin, dites-moi que ce n'est pas un rat, grimaça Maggie.
Kate s'accroupit à son tour, à côté de Terry, mais n'aperçut rien : l'antre était bien trop sombre pour pouvoir y discerner quoi que ce soit. Alors, elle sortit sa baguette de sa poche, ce qui fut de suite ravisé par Maggie.
— Hors de question que tu fasses exploser ce trou ! Je vais m'en charger.
— Je sais lancer un sortilège de lumière ! se défendit Kate.
— Je vais m'en charger, répéta Maggie.
Extrayant sa baguette de sa poche, elle la pointa vers les ténèbres de la crevasse.
— Lumos.
La lueur bleutée émise par l'extrémité de la baguette de Maggie se diffusa dans la cavité. Tout au fond, recroquevillée entre les étroites parois, une énorme boule de poils, qui gonflait et rapetissait dans un rythme constant.
— C'est un rat géant ! couina Maggie, qui menaça de basculer en arrière en sursautant.
— Non ! Ce n'est pas un rat ! C'est...
L'animal avait la toison dégarnie par endroits, sale et étiolée. Ils ne le reconnurent que lorsque ses deux yeux globuleux, brillant d'un éclat rougeâtre, se glissèrent par-dessus son pelage gris.
— C'est Miss Teigne !
La chatte de Rusard, qui n'avait jamais été un exemple de beauté animalière, à l'exemple de son maître, ressemblait désormais à une carcasse rabougrie pourvue de quelques grosses touffes de poils dans lesquels s'étaient amassées des brindilles et de la poussière.
— Elle était en vie, pendant tout ce temps !
— Ça fait combien de temps que Rusard est mort ? Huit mois ?
— Et durant huit mois, elle a réussi à se faire à la vie sauvage ? Faut au moins reconnaître qu'elle a eu du cran ! Je n'aurais jamais pu !
— Rien que sortir d'un environnement différent de ton manoir semble déjà très difficile pour toi. Je me trompe ?
— Je t'emmerde, Diggle.
Sur son rocher, Mister Minnows, qui semblait s'agacer de leurs galimatias, poussa un nouveau miaulement grondeur, qui les obligea à prêter davantage d'attention à la pauvre bête sans maître.
— Elle a l'air très mal en point... déplora Terry.
— Il faut qu'on la sorte de là, intervint Kate. Qu'on la ramène à Poudlard et qu'on...
— Ola, doucement, Whisper ! Tu veux ramener le monstre du pire tyran de l'école au sein de cette dernière ? Assure-toi que les autres ont déjà leurs placards remplis de caillasse, prêts à la lapider !
— Rusard est mort, Maggie ! Et personne ne touchera à Miss Teigne !
— Rusard est mort, Rusard est mort...
Les mots de Kate, répétés par Maggie, semblait faire écho dans l'esprit de cette dernière. Son visage tourna à l'écarlate. Ses amis pouvaient le remarquer malgré la nuit, signe qu'elle réfléchissait ardemment, creusant chaque recoin de sa boîte crânienne.
— Rusard est mort ! lâcha-t-elle dans une exclamation.
— Euh... oui, Maggie, ça fait... huit mois, déjà, hésita Terry, accompagnant ses mots de son fameux haussement de sourcils.
— Bravo Diggle, je le savais déjà ! Kate, Rusard est mort !
— Oui, Maggie, je sais ! Pourquoi tu...
— Miss Teigne devait être avec lui ! Ils n'étaient jamais séparés ! Elle a assisté à sa mort ! A ce qu'il s'est produit !
Devant son sourire extatique et triomphant, ses deux amis n'en répondirent que par une moue d'incompréhension.
— Enfin, Kate ! Ton cerveau est aussi rapide qu'un vif d'or atrophié, c'est pas vrai ! Fais le lien !
— Quel lien ?
— Tu as le don de fouiller dans les souvenirs des gens ! Morgana, Eliot ! Tu les as touchés et tu as vu ! Tu as vu la même chose qu'eux dans leur passé !
Captant enfin le message, Kate ouvrit une bouche béate, avant de la refermer en tremblant :
— Je ne sais pas comme j'ai fait ! bredouilla-t-elle. C'était du hasard ! Et je ne sais pas si ça marchera pour un animal ! Comme Miss Teigne !
— Tu ne perds rien à essayer !
— Attends, Maggie, tu es sûre que Kate ne court aucun danger en faisant cela ?
Terry n'avait jamais assisté à cette prouesse de son amie. Il avait témoin de quelques maîtrises fortuites de l'Immatériel, elles leur avaient fait part de ce pouvoir bien particulier, mais n'y avait jamais vraiment cru. Il n'admettait jamais quelque chose avant de l'avoir vu de ses propres yeux.
— A part se faire mordre, je ne vois pas.
— Ca ne durera qu'une seconde. Pour vous, le rassura Kate. Je serai peut-être un peu sonnée, mais c'est normal.
Sous le regard de ses amis, la jeune fille inspira une grande bouffée d'air et se dirigea vers la cavité, éclairée par la baguette de Maggie. Elle détendit son bras vers la chatte, dont les pupilles rétrécirent à l'approche de cette main. Miss Teigne retroussa ses babines dans un semblant de menace, ralentissant le geste de Kate, qui procéda avec patience.
— Je ne te veux pas de mal, chuchota-t-elle à la bête, alors que son bras s'engouffrait maintenant dans le trou jusqu'au coude.
Des doigts effleurèrent les poils de Miss Teigne. Elle marqua une pause, le temps que l'animal s'habitue à ce contact et lui manifeste davantage de confiance. Peu à peu, les babines de la chatte se rabaissèrent et elle se plut à apprécier la caresse. Comme celles dont elle avait été privée depuis de longs mois, réduite à l'état de bête sauvage. La main de Kate remonta lentement sur le cou du chat, jusqu'à atteindre sa tête, sa paume entre ses deux oreilles.
Alors, la jeune fille se concentra et tenta de rassembler toutes les sensations qu'elle avait pu ressentir lorsqu'elle était parvenue à rentrer dans l'esprit de Morgana et dans celui d'Eliot. Des moments de désespoir, de survie. Le contexte n'était pas tel. Cependant, elle nourrissait la certitude que l'information cruciale que détenait Miss Teigne était en mesure de lui sauver la vie.
Une pâle lueur jaillit des creux de sa main. Et l'Immatériel, imprévisible, l'accola au front de Miss Teigne.
Un flash.
Une seconde.
Les yeux écarquillés, Kate perdit l'équilibre et tomba en arrière, sans que ses amis ne puissent la rattraper.
— Ca va, Kate ? s'inquiéta Terry en l'aidant à se relever, alors qu'elle suffoquait à moitié, à bout de souffle.
— Qu'est-ce que tu as vu ?! se précipita Maggie.
Il fallut quelques secondes de répit à Kate avant qu'elle ne puisse expliquer ce qu'elle venait de discerner à travers les pensées de Miss Teigne. Elle en avait des sueurs froides.
— Rusard a été assassiné par la Sorcière Bleue...
— Quoi ? Comment ça a pu...
— Avec l'Immatériel ! Elle a utilisé pour le tuer !
— Pourquoi aurait-elle cherché à se débarrasser de Rusard ?! C'était qu'un vieux croûton !
— Pour le remplacer ! Maggie ! C'était Electra ! Electra Byrne ! Je l'ai reconnue !
— Hein ?!
— Electra Byrne est la Sorcière Bleue !
L'annonce résonna dans la nuit, devant ses amis abasourdis.
— C'était le seul moyen pour elle d'entrer dans l'enceinte de Poudlard ! Pour m'approcher !
— Ce n'est pas logique ! s'exclama Maggie, alors que Kate tremblait toujours de tous ses membres.
Ils se résolurent à l'asseoir sur l'herbe, le temps qu'elle reprenne ses esprits.
— Si Miss Byrne était la Sorcière Bleue, elle t'aurait attaquée depuis longtemps ! Pourquoi l'année dernière, elle voulait te tuer, et maintenant non ! Je ne comprends pas !
— Elle veut me tuer !
— Eh bien, elle a perdu en efficacité, je l'ai connue plus entreprenante, selon tes dires !
— La passerelle, c'était elle ! J'ai senti de l'Immatériel avant qu'elle ne s'écroule !
— Elle aurait essayé de tous nous tuer ?! se haussa Terry. Mais c'est une grande malade !
— T'as toujours un Poudlard Express de retard, dis-moi Diggle !
— Il faut qu'on aille la dénoncer ! Qu'on aille voir les professeurs, la directrice !
— Qui y croira ?! brailla Kate. Ils me diront que ce sont de graves accusations ! Je n'ai pas de preuve !
— Si, tu en as une ! objecta Maggie. Tu viens de le voir, dans les pensées de Miss Teigne !
— Ce n'est pas ça qui va rendre mon récit plus crédible ! Et je ne peux pas leur montrer ce que j'ai vu !
— Il existe sûrement un sortilège ou une potion... !
— Non, Terry. Il y a le Veritaserum, mais ça n'aidera pas ! Et de toute façon, ils n'accepteront jamais de me le faire boire ! Je suis encore trop jeune.
Ce fut un miaulement de Mister Minnows qui les ramena à l'ordre.
— On ne peut pas rester ici, murmura Terry. Il fait nuit, on ne sait pas ce qui rôde...
— Si en plus la Sorcière Bleue cherche à te tuer, on ne ferait mieux pas de traîner ! renchérit Maggie.
— Et Miss Teigne ?
— Elle va... elle va mourir.
Kate s'était de nouveau accroupie devant la cavité, ses yeux habitués à l'obscurité parvenant à distinguer la chatte dans les ombres.
— Je l'ai vu... chuchota-t-elle. Elle est trop faible... Elle ne passera pas la nuit.
— C'est la meilleure, tu parles d'un hasard !
— C'est pour ça que Mister Minnows nous a emmenés ici, je l'ai vu ! Il l'a aidé à se nourrir pendant des mois. Car elle était trop vieille... Mais là, c'est la fin.
— Et... Mister Minnows savait que tu allais pouvoir fouiller dans les penses de Miss Teigne ?!
Maggie leva un regard suspicieux et peu rassuré vers le chat blanc qui trônait sur la pierre.
— Je vais revoir mon jugement sur ton chat... En fait, c'est un psychopathe beaucoup trop intelligent... !
— Non. Tu suivrais un peu les cours d'Hagrid, tu saurais que les chats peuvent pressentir la mort. Comme dans les hôpitaux moldus, quand ils s'endorment près des mourants.
— Du coup, que fait-on ?
Kate soupira et avança une nouvelle main vers Miss Teigne qui ne réagit pas à sa nouvelle caresse.
— J'aimerais beaucoup qu'on reste avec elle. Jusqu'à la fin.
— Quoi ?! Mais il sera tard ! La vampirette, les préfets dans le couloir, ou Electra Byrne, ça ne te parle pas ?!
— D'autant plus que c'est Miss Teigne, adjoignit Terry. Ça aurait été un quelconque animal, je n'aurais pas dit, mais là... C'est le chat de Rusard ! Personne ne l'a jamais aimée !
— Justement, s'opposa Kate, ça serait le moment de le faire ! Je refuse de la laisser seule !
— C'est un chat, Kate ! Un chat !
— Un chat qui a eu une vie ! Qui a eu des pensées ! Je ne vais pas l'abandonner non plus, même si c'est Miss Teigne !
Pour marquer sa décision, Kate s'assit dans l'herbe, refusant de bouger de sa place. A côté d'elle, Maggie bouillonnait de colère, piétinant le sol.
— Je refuse de rester toute la nuit dans le froid, près d'une forêt mortelle, à attendre que le chat que je méprise le plus au monde après le tien meure !
— Eh bien, tu n'as qu'à rentrer à ta tour !
Les mots de Kate l'estomaquèrent et Maggie bégaya à plusieurs reprises. Elle ne pouvait pas se permettre de laisser Kate seule dans de telles conditions.
— Je te déteste du plus profond de mon cœur, j'espère que tu le sais, Whisper ! grogna-t-elle en s'asseyant à son tour, avant que Terry n'imite son geste.
Les minutes, puis les heures passèrent. Chaque fois qu'une lumière s'éteignait sur la façade de l'école, une étoile de plus s'allumait dans le ciel qui se dégageait peu à peu de ses nuages. Le vent frais soufflait sur la colline, si bien qu'ils commencèrent vite à grelotter. Kate jetait de temps en temps un coup d'œil en direction de la cavité, de laquelle provenaient quelques geignements. Contrairement à elle, Maggie éprouvait peu de sentiments à l'égard du sort de la chatte, fixée sur ses conditions.
— J'ai froid.
Elle planta ses yeux dans ceux de Terry, comme essayant de lui faire passer un message.
— J'ai froid ! insista-t-elle.
— Oui, et alors ?!
— J'ai froid ! articula-t-elle plus lentement.
— Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse ?! s'agaça-t-il. Je ne connais pas de sortilège pour ramener le soleil !
— Tu pourrais au moins me passer ton manteau ! Ça serait le minimum de la courtoisie !
Choqué, Terry pointa Maggie du doigt et tenta de prendre Kate à parti d'un regard dépité.
— Non, mais tu y crois, ça ?! Si je te passe mon manteau, après, c'est moi qui vais mourir de froid ! De base, je n'ai pas chaud non plus !
— La galanterie ! appuya Maggie comme argument, irréductible.
— Laisse tomber, Maggie !
— Si tu me donnes ton manteau, j'annule le pari de la dernière fois !
Cette fois, Terry posa un temps d'arrêt, hésitant. Avant de se défaire de sa chaude cape de la donner d'un geste un peu rageur à Maggie, qui la récupéra, triomphante, s'enroulant dedans en ronronnant.
— Fesses ? ricana Kate en soupçonnant l'objet du pari.
— Fesses, confirma Terry en grommelant, les bras croisés, alors qu'il était désormais en chemise et pull à manches courtes en pleine nuit.
Pour symboliser le nouveau virage de leur amitié, Maggie et Terry s'était lancés dans un pari : faire prononcer à Kate le mot « fesses » sans lui dire explicitement. Un terme qu'il semblait, à première vue, très ardu à faire sortir de sa bouche ! Cependant, Maggie, rusée comme un renard, avait trouvé un stratagème et, au détour d'une conversation autour de Griffin, était parvenue à le lui arracher.
« — Tu es en train de fixer le bas de son dos, Whisper ? avait nasillé Maggie lors d'une pause.
— Quoi ?! s'était-elle étranglé. N-non ! Je ne regardais pas ses fesses, ce n'est pas vrai ! Ne dis pas n'importe quoi, Maggie ! »
Perdant de cette nouvelle inauguration, Terry avait été contraint de venir un jour en cours avec du rouge à lèvres que Maggie lui avait prêté. L'échéance avait été portée à la semaine d'après, ce qui laissait le choix du jour au jeune homme. Mais plutôt que d'affronter le regard de ses camarades et de ses professeurs, il avait préféré s'en décharger, au même titre que son manteau.
La nuit prit ses aises et la peur des adolescents laissa place à la lassitude de l'attente. Mister Minnows siégeait toujours sur les roches, le regard fixe, sans se laisser abattre par les heures qui défilaient lentement, la lune se reflétant dans ses iris dissemblables par leur couleur. Kate elle-même se sentit quelques fois dériver de fatigue, sa joue glissant sur son poing. Jusqu'à ce qu'une masse alourdisse ses genoux lestés par l'inaction. Miss Teigne s'était traînée depuis son refuse pour s'écraser entre ses jambes, dans une dernière recherche d'attention. Bien qu'elle ait pu détester ce chat durant ses premières années à Poudlard, Kate éprouva à cet instant précis de la pitié, de la tendresse, qu'elle lui transmit par une caresse.
— Tu touches ce truc plein de puces ?! grimaça Maggie, qui elle-même commençait à vaciller de fatigue. Tu vas choper la variole des korrigans !
— La var... ? Non, je ne vais même pas chercher à comprendre, renonça Terry en soupirant, transi de froid.
— Tu ne connais pas la variole des korrigans ? Encore, Kate, je veux bien comprendre, elle n'est qu'une moitié de sorcière...
— Hé ! se haussa la concernée.
— ... mais toi ! Tes deux parents sont sorciers, tu devrais savoir !
— J'ai des priorités dans mes connaissances...
— Alors en fait, c'est une maladie qui te fait pousser des...
— Je... n'ai pas vraiment envie de savoir ! l'interrompit-il.
Contre les jambes de Kate, Miss Teigne tremblait. Elle pouvait presque sentir ses os saillants sous sa peau décharnée. Et l'humidité. Celle de la larme qui avait coulé sur sa joue et qui était tombée sur ses doigts gelés. Kate refusait de croire que l'animal était venu vers elle pour mourir.
L'instant où elle rendit son dernier souffle lui échappa. Elle ne remarqua cette inertie qu'en constatant que le poil ne gonflait plus sous sa caresse. Avec la guerre, Kate avait vécu la mort, l'avait vue de ses propres yeux. Violente, inattendue, cruelle, injuste. Ici, seule la vieillesse avait eu raison de la chatte tant maudite de Poudlard. La mort était venue la cueillir en douceur alors qu'elle savourait un dernier moment d'affection opportun.
— Très bien ! On va pouvoir rentrer maintenant ! statua Maggie en bondissant sur ses pieds.
Pourtant, Terry, qui s'était levé à son tour, lui attrapa le bras pour la retenir et lui désigna du menton la pauvre Kate qui se lamentait en silence sur le corps sans vie de Miss Teigne. Le jeune homme s'approcha alors d'elle et s'accroupit. Lui-même se sentait affecté d'avoir assisté à la mort de si près.
— Elle a eu une longue vie, tenta-t-il de la réconforter.
— Une trop longue vie, pour certains, ajouta Maggie, en grimaçant, se voulant conciliante, mais ne parvenant à retenir son ironie.
Cela fit sourire Kate, mais elle continuait de pleurer, sans parvenir à verbaliser ses émotions. Mister Minnows quitta son piédestal et rejoignit le cercle mortuaire qui se recueillait autour de la dépouille.
— Tu veux qu'on... qu'on l'enterre ?
Kate hocha la tête alors que Maggie se plaignit :
— Quoi ?! Ah non, il est hors de question que je me salisse les mains pour ce chat en plus de m'être gelée les orteils dans le froid ! Il faut qu'on rentre !
— On va l'enterrer, statua Kate en couinant.
— Bien, bien, grommela Maggie, on va l'enterrer... C'est bien la seule chose qui me fasse plaisir !
Elle sortit alors sa baguette magique et prépara son sort alors que Terry aida Kate à se remettre sur pieds, la dépouille de Miss Teigne dans ses bras.
— Foderunt, incanta-t-elle en traçant la forme d'un carré sur l'herbe.
Une parcelle de terre s'affaissa, laissant la place à un trou de profondeur moyenne. Kate s'avança alors, suivie de Terry, comme une marche funèbre intimiste. Puis, la jeune fille s'agenouilla pour déposer Miss Teigne au fond de la crevasse sur mesure. Le silence pesait toujours lorsqu'elle se releva, s'essuyant ses joues avec sa manche.
— On fait quoi... un discours ? ironisa Maggie à moitié.
— Qu'est-ce que tu voudrais dire de positif sur Miss Teigne ? s'interrogea Terry, tremblant toujours de froid sans son manteau, dans lequel Maggie était emmitouflée.
— Hm. « Toujours là où on s'attend le moins » ?
— Tu considères ça comme une qualité ?
— Un chat, de nature, n'a pas de qualité !
— Bravo la généralité.
— Kate ? Tu as une idée ?
Elle secoua la tête d'un geste de négation.
— Il n'y a rien à en dire.
Sans un mot, Maggie reboucha alors le trou de terre d'un coup de baguette magique. Miss Teigne appartenait désormais aux souvenirs. Mauvais, en majorité.
Les trois amis demeurèrent immobiles pendant une minute de plus, alors que Terry et Maggie se dévisageaient derrière le dos de Kate, cherchant à l'interpeller sans la brusquer.
— On devrait peut-être rentrer, proposa Terry dans un murmure.
— Oh oui. Vous devriez.
Effectuant un volteface synchronisé, ils tombèrent alors nez à nez avec le professeur qu'ils ne s'attendaient sûrement pas à rencontrer ce soir. On devinait le regard de Miss O'Joovens, l'enseignante de Défense contre les Forces du Mal, perçant derrière ses lunettes dans les verres desquelles se reflétaient la lumière chatoyante de la lune.
— Qu'est-ce que vous faites dehors à cette heure-là ?!
Sa voix était grave et tranchante, à l'opposé de son ton calme, à l'image de sa douceur. Les trois élèves tremblèrent. Pour sûr, ils allaient passer un mauvais quart d'heure, avec à la clef des points en moins et des retenues !
Le cerveau de Kate tournait à vive allure, tentant de chercher une juste excuse plus crédible que la vérité. Pourtant, elle ne parvint à produire un bégaiement :
— Pro-professeur, je... nous...
— Rentrez immédiatement dans vos salles communes respectives. Tout de suite.
Ils ne cherchèrent pas à négocier cette clémence. Se concertant du regard, ils déguerpirent d'un pas rapide, suivis par la course de Mister Minnows.
— Elle nous laisse partir ?! s'étonna Maggie quand ils furent assez éloignés, Miss O'Joovens ne ressemblant à présent guère plus qu'à une forme ronde sur les hauteurs qui jouxtaient la forêt.
— Elle est vraiment trop gentille !
— Je ne comprends pas...
— Quoi, Kate ?
— Comment elle savait qu'on était là ?
— Pourquoi on chercherait à le savoir ? Ça se trouve, elle aime se balader dans la nuit ! Vue sa salle de cours, avec les crânes, des trucs étranges et compagnie, ça ne m'étonnerait pas !
Sur la colline, Miss O'Joovens observait les trois élèves disparaître dans la nuit, rejoignant la bâtisse. Le vent souleva les boucles rousses de sa chevelure, qui tapèrent contre sa joue rose et joufflue. Il charriait une odeur qu'elle connaissait bien. L'Irlandaise se tourna alors vers l'orée des bois et observa chaque mouvement avec une intense vigilance.
— Je sais que tu es là... souffla-t-elle en avançant d'un pas, sa baguette entre ses doigts. Depuis le début, je savais que c'était toi. Montre-toi. Ne sois pas lâche. Ne sois pas comme le jour de notre « rencontre ».
Une silhouette se détacha des ombres des arbres. Grande et élancée, la femme en cape noire s'arrêta à quelques mètres de Miss O'Joovens et la toisa d'un sourire.
— Aurais-tu osé me qualifier de lâche, Trevina ?
— T'en prendre à des Moldus, surprendre un sorcier innocent à Pré-au-Lard, projeter de s'attaquer à mes élèves... N'as-tu donc aucun honneur à choisir parmi tes proies les plus faibles ? Ce n'est pas à la hauteur de ce sang dont tu te targues.
— Parle celle qui depuis des décennies nourrit la honte de son espèce.
— Je ne suis pas de ton espèce, Callidora. Je ne suis pas un monstre, contrairement à toi.
Piquée, son interlocutrice eut un mouvement brusque vers l'avant et dévoila avec menace ses excroissances canines, alors que Miss O'Joovens leva sa baguette, parée à se défendre.
— Tu es à moi, susurra la dite Callidora, ses cheveux aussi blancs que la lune. C'est moi qui t'aie faite, telle que tu es !
— Et je maudis chaque jour qui me le rappelle, répliqua l'enseignante, grave. Maintenant, pars, Callidora. J'ignore ce que tu veux, mais tu me dois une dette. Celle d'avoir tu ta présence. Mais approche-toi encore une fois de cette école et je réduis ton existence en poussière.
Le rire clair de la vampire résonna dans la nuit.
— Moi, Trevina ? ricana-t-elle avec panache, une main gracieuse sur son décolleté. Tu penses pouvoir avoir raison de moi ? Quelle douce fantaisie. Tu as toujours été un agréable divertissement.
— Va-t'en.
— Ou sinon ?
— Confun...
— Experliarmus !
Le réflexe inouï de Callidora arracha la baguette de la main de miss O'Joovens, qui eut à peine de temps de s'en étonner avant que la vampire ne se jette sur elle et ne la plaque au sol de sa force phénoménale, malgré le poids conséquent de l'Irlandaise, ses lunettes en travers de son nez.
— Tu as toujours été une lamentable sorcière, Trevina, lui souffla Callidora, d'un air triomphant. Et ce n'était pas te reconvertir en professeur qui te ferait devenir meilleure...
— Mais mes élèves, eux, sauront avoir raison de toi !
— Tu le penses sincèrement ? ricana-t-elle.
Se penchant au-dessus de son visage, elle lécha l'arrête de sa mâchoire.
— Tu te méprends, Trevina... Car tu vas me donner l'alibi parfait. Après tout...
Elle affermit sa poigne sur sa gorge, appuyant sur ses jugulaires de manière à lui faire monter le sang à la tête. En proie à des vertiges, miss O'Joovens tenta de reprendre sa respiration en ouvrant grand sa bouche, dans laquelle on pouvait alors apercevoir ces deux mêmes canines aiguisées.
— ... Tu es comme moi, Trevina.
Le lendemain matin fut particulièrement difficile pour Kate, dont la nuit fut amputée. Par chance, la boussole de Phil leur avait permis de rentrer sans complication et elle s'était promis de tirer au clair et au plus vite l'histoire concernant Electra. Alias la Sorcière Bleue. Ceci avant de tomber dans un profond sommeil, empiété par quelques cauchemars.
Mais si cette dernière l'avait épargnée le plus gros de l'année, elle n'avait aucune raison de tenter de l'attaquer de nouveau, du moins, pas avant qu'elle ne puisse contacter son père, l'un des seuls adultes qui serait en mesure de la comprendre. Cependant, avant d'affronter la dure journée, il lui fallait un petit-déjeuner pour lui caler son estomac !
Elle prit la direction de la Grande Salle mais croisa tout à coup à une vaste foule d'élèves qui s'était rassemblée dans la cour. Craignant le pire, elle s'y dirigea.
— Qu'est-ce qu'il se passe ? interrogea-t-elle Juno et Calypso, les seules filles de sa classe qu'elle reconnut.
— C'est Miss O'Joovens ! couina Juno, qui en avait presque les larmes aux yeux.
— Elle est morte.
La phrase tranchante de Calypso interrompit le cœur de Kate.
— M-morte ?
Elle tenta de se frayer un passage, en vain, alors passa sa tête par-dessus les épaules des élèves qui se trouvaient devant elle.
— Qu'est-ce qu'il s'est passé ? trembla-t-elle, espérant que les deux Serpentards détenait la réponse.
— Personne ne sait vraiment...
— Les gens racontent que ça serait le vampire.
— C'est la vampirette qui a tué Miss O'Joovens ?!
— Non. Que la vampirette est Miss O'Joovens.
L'affirmation sonnait comme insensée aux oreilles de Kate. Elle força le passage, profitant encore de sa taille relativement modeste, pour se hisser au deuxième rang. Sur les pavés, le corps avait été ramené par Hagrid et on l'avait recouvert d'un grand tissu sombre. Le relief d'une main inerte et blafarde dépassait du drap. Sa logique accélérée par les battements de son cœur, Kate sortit le petit miroir de poche que son père lui avait offert, peina à se retourner dans la foule angoissée et tenta de discerner ce détail dans le reflet. Cependant, dans la glace, la main n'apparaissait pas. Le drap semblait soutenu par le vide. Il n'y avait pas de doute. Quelle que soit la personne qui s'y trouvait, il s'agissait bel et bien d'un vampire.
— Kate !
Maggie, qui venait d'aborder la foule avec les filles de Gryffondor, lui réclama des explications.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?!
— Viens, il faut qu'on parle, trembla Kate tandis que les professeurs tentaient de disperser la foule réunie autour de la macabre découverte.
— Retournez dans vos salles communes jusqu'à nouvel ordre ! tentait de se faire entendre le professeur Flitwick.
Kate attrapa Maggie par le bras et l'écarta de ses autres amies, qui n'apprécièrent que moyennement d'être ainsi évincées de leurs secrets.
— Miss O'Joovens. Elle est morte ! Elle a été tuée !
— Par qui ? Par quoi ?! s'exclama Maggie, pâle et stupéfaite.
— C'est une vampirette, elle aussi !
— Ca expliquerait un tas de choses... !
— Mais les gens pensent sûrement que c'est elle qui a tué mister Plumked à Pré-au-Lard ! Personne ne sait à quoi ressemblait la vampirette !
Maggie réfléchit sur la même longueur d'onde :
— Mais alors... tout le monde va croire qu'il n'y a plus de danger !
— Pas totalement. Il a bien fallu quelqu'un pour l'attaquer !
— Tu penses à qui ? Electra ? Peut-être parce que Miss O'Joovens nous a fait rentrer aux dortoirs hier alors qu'elle s'apprêtait à te tuer !
— Ou la vampirette. Qui cherche à se cacher et à faire croire qu'elle n'est plus là.
Les filles se retournèrent vers l'assemblée réunie, qui murmura de plus belle une fois que la dépouille de leur enseignante fut emmenée à l'intérieur du bâtiment.
— Il faut qu'on en parle au professeur MacGonagall, statua Kate. Et vite...
Les deux filles coururent dans les couloirs, évitant les élèves qui sortaient tous de leurs dortoirs, à l'encontre des ordres de leur sous-directeur, pour essayer de glaner des informations sur ce qu'il venait de se produire. Devant l'entrée du bureau du professeur MacGonagall s'étaient rassemblés quelques professeurs. Leur conversation, aux aspects houleux, fut interrompue par l'arrivée des deux jeunes élèves ; les yeux des professeurs MacGonagall, Londubat, Aurora, Slughorn et Wolffhart se tournèrent vers elles.
— Professeur MacGonagall, nous devons vous dire quelque chose ! lança Kate, essoufflée, sans plus d'insertions courtoises.
— Miss Whisper, miss Dawkins, veuillez immédiatement rejoindre vos salles communes, trancha-t-elle d'une voix pincée, visiblement nerveuse, les mains liées contre elle et le regard grondeur. Vos affaires patienteront.
— Mais c'est par rapport à la vampirette ! A miss O'Joovens ! Nous l'avons vue cette nuit !
— Cette nuit ? répéta Sinistra Aurora, l'enseignante d'astronomie. Par la fenêtre ?
— Euh, nous... nous étions... sorties.
Pensant venir l'heure des réprimandes, Kate se tassa sur ses vertèbres en espérant rapetisser. Les yeux noirs de Wolffhart posés sur elle pesaient déjà lourds.
— Et vous avez aperçu le professeur O'Joovens ? les interrogea Neville.
— Elle nous a dit de rentrer, précisa Maggie. Mais elle n'est pas venue avec nous. Elle est restée là-bas.
Les adultes se concertèrent d'un regard avant que la directrice ne statue :
— Venez avec moi.
Sous le regard scrutateur de ses collègues, les deux filles grimpèrent dans le bureau du professeur MacGonagall, lumineux alors que l'aube se levait.
— Asseyez-vous là, leur ordonna-t-elle en avançant deux sièges d'un coup de baguette magique.
Elles s'exécutèrent et ne soufflèrent mot, enfoncées dans leurs fauteuils, alors que les professeurs poursuivaient leur discussion.
— Minerva, aviez-vous connaissance que Trevina était un... vampire ? la questionna le professeur Slughorn, en barbotant dans son double menton, le regard hagard et peu rassuré.
— Je l'ignorais, Horace, lui répondit-elle avec des yeux sévères, refusant sur l'instant d'être servie comme coupable. Trevina était à mes yeux une amie chère, de longue date, d'une telle gentillesse qu'il m'était impossible de concevoir cela.
— Peut-être qu'elle a été transformée cette nuit ? suggéra Neville. Mais qu'elle n'y a pas survécu.
— Nein, nein, Bettwickser[1]. Si vous aviez un peu plus de jugeote, vous sauriez que cela impliquerait une marque de crocs qui montrerait qu'un autre monstre l'aurait vidé comme on boirait une citrouille à la paille !
Sur ces mots, Maggie et Kate, discrètes et silencieuses, échangèrent un regard significatif. Toutes deux avaient longuement discuté de l'hypothèse que leur professeur de métamorphose était impliqué dans cette sombre histoire de vampires. Voire à en être l'un des principaux détracteurs. Sans se faire remarquer, Kate s'empara alors de son miroir de poche et l'ouvrit, le dissimulant entre ses cuisses. Elle fit alors jouer les réflexions pour tenter de distinguer l'image de Wolffhart dans la vitrine qui se situait derrière elle, dans laquelle cliquetaient de multiples objets magiques. Mais son sang se glaça lorsque, par l'intermédiaire de ces miroirs, elle aperçut les yeux de son professeur se planter dans les siens. Kate le referma dans sa main en un geste brusque. Elle l'avait vu. Il avait un reflet. Wolffhart n'était pas lui-même un vampire, comme elle l'avait pu le penser.
— Elle était ainsi depuis longtemps, alors ? trembla Sinistra Aurora, avec une voix qu'elle espérait basse pour éviter que les deux élèves présentes n'entendent tout.
— Il semblerait bien...
— Foutaises, elle ne s'en est jamais pris à aucun élève ! s'exclama Slughorn. Un vampire est un monstre, par nature !
— Bin ich allein ? Einen Gehirn zu besitzen ?[2] Encore vivante, Fraülein O'Joovens vous soutiendrait que les vampires étaient des humains, des sorciers, avant de devenir ce qu'ils sont. Ils sont comme vous. Sauf qu'ils vivent bien plus longtemps que vous. Par conséquent, ils ont plus d'expérience, d'intelligence que ce que vous n'aurez jamais. Plus forts, plus rapides, plus ambitieux. Ils sont des monstres parce qu'ils vous surpassent dans tous les domaines. J'ignore si Fraülein était aussi vieille que certains, mais elle possédait assez de conviction pour ne pas s'en prendre aux proies qui se promenaient sous son nez à longueur de journée.
— Mais alors, que faire ? couina le professeur Aurora, dans sa grande robe noire étoilée. Si nous disons que l'autre vampire qui est responsable de ce qui s'est passé à Pré-au-Lard est toujours en liberté et a tué l'un de nous, les journaux s'enflammeront et tous les parents retireront leurs enfants de l'école !
— Ce qui serait, entre nous, la solution pour éviter d'autres catastrophes ! glissa Slughorn.
Tous attendaient la décision de leur supérieure ; MacGonagall avait le regard fixe derrière ses lunettes qui tombaient sur son nez légèrement retroussé par ses intenses réflexions.
— Professeur, l'école n'a pas fermé durant ces dernières années ! s'opposa Neville. Alors que Voldemort nous menaçait ! Alors qu'un Basilic se baladait dans les couloirs ! Alors que...
— Je ne me pardonnerai pas la mort d'un élève de plus, est-ce clair pour vous, Neville ?
La phrase sèche de MacGonagall portait en elle le poids de la guerre encore récente. Et tous respectèrent cela en silence.
— Il faut faire appel aux autorités compétentes en la matière, trancha-t-elle. Ceci avant que l'information n'échappe de l'école. Sinistra, pouvez-vous aller fermer la volière ? Si les folles rumeurs de nos élèves pouvaient rester dans les murs de Poudlard, cela arrangerait nos affaires.
— Tout de suite, s'inclina-t-elle avant de quitter le bureau.
Alors, la directrice s'éleva sur l'un des deux petits escaliers circulaires qui donnaient sur les hauteurs de la pièce et leva la tête, vers les tableaux des anciens directeurs, curieux de ce qu'il se tramait.
— « Les autorités compétentes » ? répéta Slughorn, presque outré. Minerva, ne me dites pas que vous allez les appeler « eux » ! Ce sont des chasseurs primitifs ! Pas des sorciers réfléchis !
— Et justement. Nous avons besoin de chasseurs pour éloigner ce vampire de ces terres. Pour le bien de Poudlard. Cela relève de leurs domaines de compétence.
— De qui parlez-vous ? se questionna Neville, qui ne comprenait pas le silence sur l'identité de ces personnes. Des Aurors ?
— Si seulement, mon garçon, soupira Slughorn.
— Albus ?
La voix de MacGonagall força le portrait du professeur Dumbledore à s'extirper de son sommeil, tout vêtu de mauve, les mains liées sur ses jambes.
— Il faudrait que vous contactiez Amos Diggory dans les plus brefs délais. Expliquez-lui que l'école est menacée par un vampire et qu'il est la cause du décès de l'un de nos enseignants, cette nuit-même. Demandez-lui de nous envoyer les brigades spéciales des Nettoyeurs sur le champ.
L'un des derniers mots qu'elle prononça sauta aux oreilles de Kate qui se raidit sur son siège, ses doigts se crispant sur les accoudoirs rembourrés. Les brigades spéciales. Les Nettoyeurs gradés. Son père.
Attentif aux instructions, Dumbledore hocha de la barbe puis se leva pour disparaître derrière un épais rideau violet.
— Ils ne devraient pas tarder...
Comme le prédit le professeur MacGonagall, les Nettoyeurs débarquèrent en nombre à Poudlard sitôt l'information fut-elle transmise au Ministère. Beaucoup parmi les élèves les confondaient avec les Aurors, ils n'avaient pourtant ni les mêmes cibles, ni les mêmes aptitudes, si ce n'était celle de risquer leur vie tous les jours pour le bien d'autrui. Le groupe des gradés se fraya un chemin entre les élèves impressionnés, qui n'avaient pas remué d'un pouce malgré les multiples ordres, en attente d'explications pour combler l'angoisse collective. A leur tête, le leader donnait le rythme.
Abel Armbreaker portait bien son nom. Dans l'ensemble, les Nettoyeurs d'élite recrutaient des hommes grands, prêts à supporter la charge physique et morale qu'impliquait leur métier. Mais Abel Armbreaker était le plus remarquable d'entre eux et en imposait de sa simple présence. Deux mètres de muscles concentrés dans une mine patibulaire et une barbe mal taillée. Il possédait le regard de ces guerriers de l'ombre, celui qui était marqué par autant de cicatrices qu'en comportait son corps, scié de part et d'autres par les souvenirs de ses sombres rencontres mortelles. Sa mâchoire carrée laissait entendre que rire et sourire n'étaient pas de son adage. Une chose semblait alors certaine : il n'avait pas gagné son rang en forçant les blagues auprès de ses supérieurs au département de contrôle et de régulation des créatures magiques !
Le silence tomba dans le bureau de la directrice lorsqu'il y posa son premier pas, accompagné de trois autres Nettoyeurs. Mais Phil ne figurait pas parmi eux.
— Professeur MacGonagall, salua-t-il la directrice d'une voix rauque, sans ciller.
— Mister Armbreaker, y répondit-elle, neutre. Je suis soulagée de constater que vous avez répondu à l'appel.
— J'ai réuni mes agents aussi vite que j'ai pu. Racontez-moi ce qu'il s'est passé.
Les professeurs lui exposèrent alors la situation. Bien que certains points ne leur paraissent pas exacts, Kate et Maggie n'intervinrent pas, trop impressionnées par la carrure d'Abel Armbreaker. Ses bras étaient si larges qu'il pouvait sans trop forcer les briser en deux, comme des allumettes.
— Je vois, souffla-t-il une fois que la directrice de Poudlard lui eut tout expliqué. Cette affaire était déjà remontée jusqu'à mes oreilles. Je commençais à m'étonner qu'Amos Diggory ne m'ait pas fait intervenir sur le meurtre de mister Plumked.
— Personne ne pouvait penser que tout cela prendrait autant d'ampleur.
— Ne jamais sous-estimer un vampire. Jamais.
Il y eut un court silence durant lequel le regard de mister Armbreaker croisa celui de Wolffhart, impassible.
— Bien. Je vais déployer mes hommes dans l'école et Pré-au-Lard, sans que cela n'altère la vie de vos élèves. Ils assureront leur protection et celle des sorciers des environs. Me concernant, j'aimerais interroger tous les élèves concernés de près ou de loin à cette affaire. Ceux qui ont trouvé le corps de mister Plumked, ceux qui sont sortis cette nuit, les derniers à avoir vu le professeur O'Joovens.
— Votre tâche va vous être facilitée, soupira MacGonagall, presque grondeuse. Deux élèves sont déjà parmi nous et sont concernées par ces deux cas.
Tous les regards convergèrent vers Kate et Maggie, la langue retournée quatre fois dans leur bouche, toutes les deux aussi pâles que des draps blancs. Elles n'en réchapperaient pas...
La pièce avait été barricadée dans le noir, à l'exception de ce cierge, placé sur la seule table aménagée au milieu du désordre. L'installation de mister Armbreaker avait des aspects de rituel. Il contournait le meuble, appuyant la pulpe de ses doigts à chaque coin franchi, son regard patibulaire fixé sur son futur interlocuteur. Sans détacher ses yeux, il s'asseyait et liait ses grandes mains recouvertes de cicatrices devant lui, inclinant son grand dos. On pouvait apercevoir sa baguette qui dépassait depuis la poche intérieure de son manteau lorsqu'il se penchait ainsi. Et on se doutait que ses réflexes s'en empareraient sitôt esquissait-on un geste suspect.
Abel Armbreaker soupira et commença son lot de questions sans ambages, sa voix grave et posée.
— Comment vous appelez-vous ?
= Terrence Diggle, sir.
~ Je... je m'appelle Emeric Beckett.
+ Maggie Dawkins. Ma famille est célèbre. Et très riche. Vous en avez sûrement entendu parler...
& Kate Whisper. Ou plutôt Katelyna. Oui, Katelyna Whisper.
— Oui, j'ai entendu parler de vous, miss Whisper. La petite qui a ouvert la cinquième maison. Et la fille de Philippus. Je vois...
— Quand était-ce, la première fois que vous avez entendu parler de ce vampire ?
& Cet été. Quand mon père a reçu son ordre de mission pour la traquer.
+ C'est Kate qui m'en a parlé, quand elle est venue à Thinkshold, après que son père ait été envoyé en mission.
= Je crois que c'était par Kate. Au Chaudron Baveur, avant la rentrée. Si je me souviens bien. Son père travaille avec vous, apparemment, il était déjà chargé de la retrouver.
~ Dans la Gazette du Sorcier. C'était écrit en tout petit. C'était suspect. Mais je n'aurais... jamais pensé que ça serait devenu un cas aussi grave !
— Vous avez découvert le corps de mister Plumked à Pré-au-Lard. Vous pouvez me raconter avec précisions dans quelles circonstances ?
~ J'étais avec Kate et Maggie, à Pré-au-Lard. Je venais de terminer la chorale et comme il se faisait tard, on devait rentrer à Poudlard. Mais il neigeait si fort qu'on ne voyait rien. On s'est trompé de chemin et on est arrivés dans une impasse. Les filles allaient faire demi-tour, quand j'ai remarqué une forme étrange, alors je les ai arrêtées. C'était sous une cape, ou une bâche, je ne sais plus... On s'est regardé. Et Kate est allée voir. C'est là... qu'on a trouvé mister Plumked.
+ Kate n'a jamais eu le sens de l'orientation. J'aurais dû me douter qu'elle nous amènerait à retrouver un truc absolument dégoûtant. Quand Emeric a trouvé cette chose, je leur ai dit qu'on devait s'en aller. Mais cette fille est têtue. C'est comme ça qu'on l'a trouvé. C'était horrible. Déjà qu'il ne devait pas être une beauté de son vivant, mais là, ça n'arrangeait pas son cas...
& C'était par hasard, je... On ne s'y attendait pas. C'était affreux. Il était pâle. C'est moi qui aie soulevé la bâche. Puis il y avait ces crocs. La marque, là. Il m'a fallu quelques secondes pour comprendre que... pour comprendre. On n'a pas réussi à hurler... C'était trop.
— Vous faites partie des dernières personnes à avoir vu Miss O'Joovens. Dans quelles circonstances ?
= Le chat de Kate s'était échappé. Et avec Maggie, on a refusé qu'elle parte seule dehors. Elle est du genre à s'attirer les ennuis. On l'a retrouvé avec la chatte de Rusard, miss Teigne. Je ne sais pas comment elle savait, mais miss O'Joovens nous a retrouvé dehors et nous a ordonné de rejoindre nos salles communes. Elle ne nous a pas enlevé de points. Elle semblait très nerveuse. On n'avait pas l'habitude de la voir ainsi.
+ En fait, ça ne m'étonne pas qu'elle ait pu être elle-même une vampire. Elle était étrange, comme professeur, mine de rien. Sinon, je ne vois pas comment elle nous aurait retrouvés. Je pense qu'elle savait que l'autre traînait dans le coin. Peut-être voulait-elle nous protéger.
& À l'orée de la forêt interdite. On n'aurait jamais dû y aller... Elle ne serait pas morte. C'est encore... à cause de moi.
— Miss Whisper, d'après votre père, le vampire serait apparu devant chez vous, durant le réveillon. À quoi ressemblait-elle ?
& Eh bien... ça va vous surprendre ce que je vais vous dire, mais même si elle était effrayante, elle était belle. Élégante. Elle avait des cheveux jusqu'à là, ils étaient courts. Et très clairs. Pourtant, elle était jeune. Avec un visage rond, un petit nez. Elle devait avoir une vingtaine d'années. Dans une cape noire.
— Vous pensez que la vampirette aurait un lien avec votre amie, Kate ?
~ Avec Kate ? Pourquoi Kate... aurait un rapport avec la vampirette ? Elle n'a rien fait !
= C'est peut-être en lien avec son père. Elle doit savoir qu'il est nettoyeur et cherche à se venger ? Je n'en sais rien.
+ Non. Même si Kate a un don pour s'attirer les ennuis, je ne crois pas. J'ai toujours été avec elle à chaque fois que la vampirette était dans les parages... Oui, il lui arrive toujours tellement de choses qu'elle doit effectivement penser que c'est encore à cause d'elle. Elle culpabilise toujours beaucoup pour rien. Mais si vous voulez mon avis, mister Armbreaker, je ne pense pas que ça soit après Kate qu'elle a une dent. Ou qu'elle a une canine, plutôt...
— A qui pensez-vous, dans ce cas-là, miss Dawkins ?
+ A moi. C'est moi qu'elle cherche.
— Qu'est-ce qui vous fait croire ça ?
+ Je la connais. Enfin, je crois la connaître. La vampirette. Je suis certaine de l'avoir déjà vue quelque part... Mais je ne sais plus où. Au jour de l'an, le mot qu'elle a laissé dans la vitre n'était pas nominé. Cependant, je continue à penser qu'il n'était pas adressé à Kate. Mais à moi.
— Mais qu'attendrait-elle de vous ?
+ Je l'ignore. Que voulez-vous que je vous dise ?! Elle ne m'a jamais demandé en face !
— Miss Dawkins est persuadée que ce n'est pas après Kate que la vampirette en a. Mais qu'elle la cherche, elle. Cela vous paraîtrait plausible ?
= La vampirette, pour Maggie ? Pourquoi ? Elle ne lui a rien fait ! Du moins, pas que je sache !
— Selon vous, qu'est-ce que miss Dawkins aurait que cette femme convoiterait ?
= Je... je ne sais pas ! La famille de Maggie est très riche ! Son grand-père a inventé les multiplettes. Elle habite dans un manoir, elle a un majordome à son service. Tout ce qu'elle veut, elle l'a. Mais... pourquoi s'attaquerait-elle à elle et pas à ses parents dans ce cas-là ? Ce n'est pas logique !
— Je cherche comme vous à en savoir plus, mister Diggle. Cessez de vous affoler.
Abel Armbreaker se leva de son siège, dont les pieds raclèrent la pierre, et soupira.
— Bien. Avez-vous d'autre chose à me dire ?
Terry se mura dans le silence, toujours circonspect. Son interlocuteur adopta alors une voix plus gutturale encore.
— Vous savez que s'il y a des faits que vous me cachez, je les saurai un jour de toute manière.
— Je n'ai rien d'autre à vous dire par rapport à ça, attesta Terry, sans trembler.
— Bien.
Un nouveau silence, plus tendu.
— Si vous avez des rajouts, vous savez où me trouver. Je resterai à Poudlard aussi longtemps que nécessaire.
— Bien entendu.
Sans plus de discours, si ce ne sont les dernières courtoisies, Terry quitta la salle, non sans soulagement. Dernier à passer, personne ne l'avait attendu et la nuit était déjà tombée. Il traversa l'école, saluant au passage quelques camarades. Beaucoup le connaissaient, avaient déjà partagé des discussions avec lui, l'appréciaient. Mais personne n'avait réellement cherché à en apprendre davantage sur lui, à s'en faire un ami. Terry avait toujours eu cette réputation d'être le joyeux luron de Poudlard, celui que tous aimaient à l'occasion, un pivot sur lequel s'appuyer, une habitude réconfortante lorsqu'on lui passait le bonjour chaque matin et qu'il y répondait avec le sourire, comme si on était une personne d'importance à ses yeux. Mais il n'avait jamais été plus que ça, un ami, si ce n'était auprès de Kate, de Maggie et quelques-uns de sa maison.
Près des cuisines, des tonneaux s'amoncelaient et cachaient l'entrée de la salle commune de Poufsouffle. Pour y entrer, en plus d'appartenir à la maison, il fallait, pour ce faire, frapper sur le deuxième tonneau en partant du bas, dans la rangée du milieu, et frapper du poing sur son couvercle au même rythme que l'on énonçait « Helga Poufsouffle ». Alors, les barriques s'écartaient pour libérer le passage.
À l'image du blaireau, le symbole de leur maison trop souvent négligée, la salle commune de Poufsouffle ressemblait à un terrier. Un nid de confort lumineux en toutes circonstances, au plafond composé de paille et de plantes diverses. Quelques fougères caressaient les cheveux des élèves qui passaient et Terry, l'un des plus grands, s'était hélas déjà fait fouetter le visage plus d'une fois en heurtant par mégarde le pot d'un végétal qui répliquait par surprise. Sur le mur qui portait la cheminée ronde se trouvaient des tonneaux sans couvercles, faisant office d'étagères pour soutenir des cactus ou des objets divers, et d'autres, que l'on pouvait ouvrir en tirant sur la poignée en cuivre, renfermaient nombre de livres, dont beaucoup de contes ou d'autres, concernant des recettes de cuisine. Au-dessus du feu toujours ardent, Helga Poufsouffle tendait sa coupe dès qu'un élève portait le regard sur elle, le tout accompagné d'un clin d'œil complice.
Terry rejoignit sa petite-amie, Penny, occupée à lire un livre d'histoire sur l'un des canapés jaunes. Il déposa un baiser sur sa joue, cependant, elle ne manifesta aucune réaction.
— Ca ne va pas ? se soucia-t-il.
— Je ne sais pas.
— Comment ça, « tu ne sais pas » ? Qu'est-ce qu'il y a ? Raconte-moi.
Malgré le ton conciliant de Terry, Penny soupira et referma son livre avec un certain agacement.
— Oui. Je vais te raconter. On peut aller dans un endroit plus... tranquille ?
— B-bien sûr !
S'éloignant de leurs camarades, dont beaucoup avaient délaissé leurs devoirs pour monter leurs propres hypothèses par rapport à la mort soudaine de leur professeur de défense contre les forces du mal, Terry et Penny franchirent la porte ronde et basse qui menait plus loin au dortoir des garçons. Il était encore trop tôt pour qu'on songe à aller se coucher, aussi, ils se savaient au calme, le temps de quelques minutes, même s'il faisait bien plus sombre que dans la salle commune.
— Qu'est-ce qu'il y a, Penny ?
Terry tenta d'attraper sa main mais elle échappa à cette emprise. Ce geste le déconcerta.
— C'est vrai ce qu'on raconte, Terrence ? Que tu es sorti hier soir, dans la nuit ? Et que c'est pour ça que le chef des Nettoyeurs a voulu t'interroger ?
— Oui, mais...
— Et tu étais avec Maggie et Kate.
C'est alors qu'il comprit ce qui lui valait cet entretien en tête à tête ; Penny jalousait cette amitié particulière entre les trois jeunes personnes qui se connaissaient depuis leur premier voyage dans le Poudlard Express. Malgré leur jeune âge, Terry avait l'impression de subir les prémisses d'une dispute d'un couple de trente ans, alors qu'ils n'étaient ensemble que depuis quelques mois et qu'ils n'avaient jamais dépassé le stade de l'innocent baiser et de l'étreinte des mains.
— Ecoute, Kate a commencé à poursuivre son chat dans la nuit ! Je n'allais pas les laisser seules !
— Tu aurais pu être en danger aussi !
— Oui, peut-être, mais je ne pouvais rester les bras croisés !
En constatant sa mine chagrinée, Terry tenta de la rassurer davantage :
— Il n'y a jamais eu rien de plus que cela ! C'était à cause du chat et...
— Je suis à Poufsouffle, mais je ne suis pas bête pour autant, Terrence. Tu t'entends, avec ta voix, quand tu me racontes ça ? Tu te vois, quand tu es avec elles ?
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Je t'aime, Terrence !
— Mais moi aussi, Penny. Juste que je ne comprends pas !
— Tu m'aimes peut-être, mais tu n'as pas l'air aussi heureux quand tu es avec moi que quand tu es avec elles !
— C'est faux ! Tu sais que...
— Oui, tu pestes tout le temps ! Comme quoi, elles te « maltraitent » à longueur de temps. Mais quand tu parles avec elles, tu as toujours un sourire radieux ! Tu as des étoiles dans les yeux ! Tu les préfères à moi ! Ou tu la préfères en tout cas à moi ! Maggie !
Terry en fut médusé :
— M-maggie ?! ricana-t-il, en haussant des sourcils de sa manière si personnelle et insaisissable.
— Elle est amoureuse de toi depuis longtemps et ça se voit. Et toi, tu ne l'as jamais repoussé. Tu ne lui as jamais dit non. Pour quoi je passe, moi ?
— C'est juste une amie ! Bon, d'accord. Je savais qu'elle avait des sentiments pour moi, ça faisait longtemps, mais j'ai été clair avec elle ! Et il ne s'est jamais rien passé et ne sera passera jamais rien entre elle et moi !
— Tu veux que je te rappelle l'épisode de la passerelle ?
— Je n'allais tout de même pas la laisser tomber !
— Tu étais prêt à te sacrifier toi, pour elle !
— Sacrifier, c'est un grand mot, je...
Sa phrase ne trouva pas de fin, lorsqu'il constata que Penny pleurait, sans détacher ses yeux de lui.
— Tu te mens à toi-même, Terrence... Et tu ne veux plus de moi.
— Mais non ! Penny ! C'est toi ma petite amie ! C'est toi que j'aime ! Sûrement pas Maggie !
— Prouve-le-moi ! Si c'est vrai, alors, tu ne parleras plus à Maggie.
— Hein ?! Tu ne peux pas me demander ça, on est amis, elle et moi !
— C'est elle ou moi, Terrence. Mais tu ne peux pas nous avoir toutes les deux...
Un sorcier vint remplacer miss O'Joovens le lendemain-même pour assurer ses cours. Son parfait opposé. Alexander Cubbins était loin de la grosse Irlandaise joufflue. Grand, filiforme, élégant, les cheveux noirs tombants, le visage inexpressif et un semblant mystérieux, il ne partageait de commun avec sa prédécesseur que son goût pour les objets morbides et le mobilier noir. Parfait stéréotype du jeune homme mal dans sa peau selon les Moldus, le nouvel enseignant ne laissait pas toutes ses élèves insensibles.
— Moi qui pensais que personne ne pourrait être à la hauteur de miss O'Joovens, soupirait Ramona Rawls, la Pousouffle aux cheveux changeants, le timbre monocorde, et indubitablement fanatique des arcanes obscures. Je me trompais. Cet homme est mon prince charmant.
Ce matin-là, Terry, qui avait pris place à côté de Kate, affichait une mine défaite, alors qu'elle détourna son regard de la fenêtre adjacente, occupée à guetter les Nettoyeurs qui déambulaient dans la cour, espérant identifier son père parmi eux.
— Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda-t-elle. C'est l'interrogatoire avec mister Armbreaker qui t'a mis dans cet état ?
— Peut-être, haussa-t-il des épaules.
— Oh, non, ça n'a pas l'air d'être ça.
Terry soupira et se pencha, profitant des conversations environnantes avant que le cours ne commence, pour lui glisser la révélation :
— Penny et moi... on n'est plus ensemble.
Son annonce fut si surprenante que Kate menaça d'en tomber à la renverse en bondissant sur sa chaise. Tendant le cou, sans être discrète, elle aperçut en effet le visage rougi de Penny, qui avait dû en pleurer toute la nuit.
— Hein ?! Mais comment ça se fait ? Vous alliez si bien ensemble !
— Une dispute. Ça arrive...
— Je te connais, Terry. Et tu mens toujours aussi mal.
— Bon, d'accord. Elle m'a demandé de faire un choix.
— Un choix ?
— Entre vous et elle.
S'approchant de la vérité, Kate dévisagea le profil de son ami, légèrement crispé :
— Tu me mens encore.
— Mais tu es un Auror ou quoi, Kate ?!
— Dis-moi, insista-t-elle dans un murmure.
— C'est pour Maggie, voilà ! lui lança-t-il, agacé, à voix basse.
Il grommela en ordonnant ses affaires sur son bureau, sous le regard stupéfait de Kate. Elle tira alors sa manche pour réclamer de nouveau son attention.
— Maggie, Maggie... Maggie ?!
Terry hocha la tête après une courte hésitation embarrassée, alors que Kate en frétillait d'excitation :
— Elle t'a demandé de prendre ta décision entre elle et... Maggie ? Et tu as choisi Maggie !
— Ne va pas croire des choses, l'arrêta-t-il dans son euphorie. Juste que... si je coupe les ponts avec Maggie, sans mauvais souvenir, ça signifiait que nous deux, ça aurait été compliqué aussi. Je ne peux vous lâcher toutes les deux. Maggie a raison. Je me suis éloigné pendant un moment, ça lui a peut-être fait mal, mais moi non plus je ne me sentais pas totalement à ma place. Alors que depuis quelques semaines, je suis... bien. J'ai l'impression d'être à ma place. Même s'il y a toute cette histoire avec la vampirette, la Sorcière Bleue...
— Salut les jeunes, débuta le professeur Cubbins. Bon, bah... je vais être votre nouveau professeur, mon nom est marqué sur le tableau, j'ai fait une formation d'Auror et je tâcherai de ne pas mourir comme l'autre. Des questions, mes mignons ?
Toute la classe fut éberluée par cette entrée en matière et l'enseignant considéra le silence comme une négation.
— Cool, on va pouvoir commencer tout de suite alors, c'est parti mon kiki, débita-t-il de sa voix au timbre unique, sans afficher d'expression, comme un pantin dépressif.
— « C'est parti mon kiki » ? répéta Suzanna derrière Kate, en chuchotant.
— C'est une expression moldue, lui expliqua Moira.
— Ah bon ? Je ne connaissais pas ! Je croyais que le kiki, c'était...
— Oui, enfin, ça signifie beaucoup de choses chez les Moldus, le kiki ! Je t'expliquerai ça plus tard !
Alors que le professeur Cubbins leur exposait son cours sur les strangulots, assez peu palpitant en soi, Kate s'appliquait, comme toujours, en tant que bonne élève, à prendre des notes. Le temps défilait. Et sa plume grattait, sans relâche, sans s'accorder de pause. Si bien que son esprit semblait programmé pour suivre et marquer, sans réfléchir. Son esprit se perdait entre ses lettres, qui se rapprochaient de plus en plus les unes des autres. Le noir de l'encre s'incrustait dans le parchemin avec plus de hargne, alors que la pointe de sa plume creusait la surface d'écriture, plus frénétique encore.
La voix neutre de l'enseignant résonnait dans un brouhaha informe, mais elle continuait à écrire. Encore et encore. Tout se mélangeait dans sa tête. La couleur sombre de l'encre qu'elle appliquait semblait gagner des reflets bleus. Les gouttes chatoyaient à la lumière de la fenêtre, dont le rideau avait peu eu l'habitude d'être ouvert depuis trois ans dans cette salle. Elles prenaient la forme d'iris. Des yeux bleus, aussi profonds que le plus dangereux des gouffres. Le timbre masculin du professeur varia. Se transforma en une voix grave et féminine, qui sonnait dans sa tête, qui se répercutait contre les os qui composaient son crâne. Kate sentit une main agripper son bras. Le secouer. Mais elle ne parvenait à y réagir.
— Kate ! Kate !
Le cri de Terry perça parmi le vacarme qui avait envahi ses pensées et la ramena dans la classe. Kate constata alors que tous les regards, y compris celui de son professeur, avaient convergé vers elle. Alors que le sien s'abaissa sur son parchemin déchiqueté par sa plume furieuse, sur lequel on n'arrivait à lire qu'une seule phrase, à peine lisible. Une phrase qu'elle connaissait pour l'avoir entendue dans l'une de ses autres visions :
« Quand le rouge coulera dans tes mains, alors que le soleil aura fait son œuvre, le passé et le futur se réuniront au pied du monument qui les relie. »
[1] "Glandeur".
[2] Suis-je donc le seul ? A posséder un cerveau ?
Voilà, j'espère que ce chapitre vous aura plu ! Tenez-vous prêt pour le prochain. Il va envoyer du lourd. Du très TRES lourd ! Ca sera à mon sens le chapitre le plus surprenant et le plus tragique de LMA jusqu'à présent.
J'aimerais remercier tous ceux qui ont posté une review sur le dernier chapitre. Je n'y ai pas répondu pour la plupart, et j'en suis navrée, je m'en amenderai dès que possible ! Du coup, merci à Aomine59, Faengirl, The cat with blue eyes, Moony Chach, Ginny, kpopjay, Bellatrix L, Cioon et Cricri 26. (et les autres qui ne postent pas, les vilains, mais que j'aime quand même !)
Croyez bien que je répondrai à vos adorables commentaires dès que je trouverai ET le temps, ET la motivation, ET la connexion internet. Hélas, en ce moment, ça me paraît tendu d'avoir les trois à la fois... ! Mais vous êtes vraiment adorables et c'est à moi que ça fait plaisir. De partager cette fiction avec vous, de savoir qu'elle vous fait rêver. N'hésitez pas à la conseiller à vos amis lecteurs de FF, si jamais (LMA va conquérir le monde, lolilolilololo !).
Poster une review vous confère un point de charisme.
EDIT : Je vous mets au défi ! watch?v=oNdhElo3mBE
