La vie est beeeeee~lle !
J'suis vivaaaannnnnnte
Et la suite est làààà~
Dimanche 12 février
Le ciel était encore gris. De toute manière, il était toujours gris. Le temps ne voulait pas changer, et cela, depuis plus d'une semaine. Depuis qu'il avait rouvert les yeux. Depuis qu'on lui avait annoncé ce putain d'accident. Depuis qu'il était cloué dans ce foutu lit.
Le regard mort et l'esprit éteint, Kuroo n'avait pas la moindre idée de quoi faire. De toute manière, il ne pouvait rien faire.
Son cœur se serra à cette pensée, et ce fut tout. Il n'avait même plus la force de bouger, de hurler ou de simplement pleurer. Il était las. Las de tout, de cette vie, de ce corps et de cet endroit. Il avait même longuement prier pour que son cœur le lâche ou qu'il puisse mourir dans les derniers jours mais non. Rien ne s'était produit, et les médecins s'occupaient bien trop de lui pour le laisser tomber dans les bras de Dieu. Pour le coup, et pour une rare fois, on ne pouvait pas dire qu'ils faisaient mal leur travail.
D'un geste morne, il tourna la tête vers la fenêtre. Parfois, quelques gouttes de pluie s'écrasaient contre la vitre, et c'était tout. Même pas de pluie diluvienne, pas d'orage ni de tempête, rien. Le temps semblait figé, comme lui dans son corps, comme lui dans son cœur.
Le son de la télé était au minimum, dans un chuchotement, les personnages crachaient leurs répliques et rendez cette chambre moins vide, moins calme. C'était étonnant, de constater la différence entre le film, remplie de vie bien que stupide, et la personne dans ce lit, prête à tout pour partir, pour laisser cette prison qu'était son corps.
Deux coups résonnèrent.
Il ne répondit pas.
Deux autres furent encore donné.
Il resta la bouche fermée.
La porte s'ouvrit tout de même.
Intérieurement, il aurait volontiers pester s'il lui rester un temps soit peu de vie, d'envie et de courage. Mais, puisqu'il n'avait plus rien, rien de cela, Kuroo resta là, les yeux fixés sur les nuages tandis qu'elle entrait dans sa chambre.
Aucun ne parla.
Pas tout de suite.
– Putain tu peux pas m'attendre ! hurla-t-il.
Le haussement de voix eut le mérite de lui faire tourner la tête. Près de lui se trouvait Misaki, un vase et un bouquet à la main.
– Tu ne peux pas te taire ! Il dormait, abruti !
Dans une démarche fracassante, Yûji s'assit lourdement sur son lit.
– Bah au moins, il est réveillé maintenant ! lâcha le jeune homme, tout sourire.
Kuroo n'eut même pas la force de les contredire, c'était inutile.
– Alors, comment tu te sens vieux ? taquina Yûji.
– Aussi bien qu'un paraplégique.
– Bah, ça veut rien dire, y'en a qui se sente super bien et d'autres pas du tout !
Kuroo tourna la tête sans répondre, une nouvelle fois.
– Les fleurs, c'est pas pour les enterrements, normalement ? lança-t-il tout de même envers Misaki.
Elle s'arrêta dans son geste, avant de l'observer.
– Non, ce n'est pas forcément pour les enterrements.
– J'pensais.
Sans ajouter quoi que ce soit, il se tut et fixa à nouveau le ciel.
Mal à l'aise, le couple se regarda. Malgré le temps passé, Kuroo n'avait pas changé d'un iota, il restait toujours enfermé et ne voulait, sous aucun prétexte, parler.
– La doctoresse a dit que tu pourrais bientôt enlever la minerve, non ? demanda tout de même Misaki avec prudence.
– Hum.
– Mais encore ? T'as pas mieux comme réponse ? lâcha Yûji.
Le silence reprit ses droits.
D'un coup de colère, le plus jeune se leva, non sans bruit, et se planta devant les yeux de son ami.
– T'as pas l'impression d'en faire trop dans ta putain de déprime ?
– T'as pas l'impression d'être en plein milieu ?
Mécontent, Yûji ne s'éloigna pas pour autant.
– Pas du tout ! Pourquoi t'essaierais pas de bouger ton cul pour voir la fenêtre au lieu que ce soit moi qui bouge ?
Le souffle de Misaki se bloqua dans sa gorge, pendant que le cœur de Kuroo faisait de même.
– Pardon ? réussit-il tout de même à articuler après quelques instants.
– Pourquoi ce ne serait pas toi qui essaierais de bouger ? répéta-t-il.
Dans ses yeux abyssales, une colère les fit soudainement briller.
– Sûrement parce que je ne peux pas, siffla-t-il.
– Pourquoi ?
S'il avait pu, Kuroo aurait probablement assommer son ami, qui se moquait ouvertement de lui.
– Tu le fais exprès ?
– Oui.
C'était décidé, il allait probablement tuer Yûji dès qu'il le pourrait. Et Misaki qui ne disait rien pour l'aider, gardant simplement son air interdit, commencait sérieusement à l'agacer.
– Je suis paraplégique, Terûshima.
– Et ?
Il cligna des yeux un instant, sous le coup de la réponse.
– Comment ça, et ? demanda Kuroo.
– Ca fait quoi que tu sois paraplégique ?
– J'peux plus bouger, connard.
– Non. Tu peux plus bouger tes jambes, c'est tout.
Une nouvelle fois, la réponse le prit de court. Cette fois, ce fut lui qui resta interdit, ne sachant que dire. Alors, Yûji continua :
– T'as un bras dans le plâtre, ok. Tu peux plus bouger, enfin, seulement un peu, ok, mais t'es pas cloué à ton lit pour toujours, et tu peux t'mettre droit si tu veux.
La gorge serré, Kuroo eut envie de hurler.
– D'où tu te permets de me faire des leçons de morales ?
– Depuis que tu t'permets de m'en faire aussi.
– J'ai pas fais ça.
– Si, pour Misaki et moi.
– Comment ça ? demanda la jeune fille, en reprenant un peu plus ses esprits.
Le silence reprit ses droits, les laissant dans un calme plat, trop pour que ce soit supportable.
– Y'a une différence, et très large, entre tes histoires de cul et un putain de handicap physique, finit par lâcher Kuroo.
– C'est pas une histoire de cul, et ton handicap, il est entrain de t'empêcher de vivre !
– Sûrement parce que je peux pas vivre avec ! hurla-t-il.
Le haussement de ton fit revenir le calme.
Les bips continuaient leur mélodie périodique, et les battements de Kuroo semblaient résonner en chœur avec ces derniers.
Pourvu qu'ils s'arrêtent.
Il n'arrêtait pas d'y songer, en rêvait, même, mais à chaque fois, il se réveillait, et il était toujours vivant.
Putain, si seulement il pouvait mourir.
– Tu sais...
À l'entente de la voix de son ami, il revint sur Terre.
– Si tu peux pas vivre avec, continua Terûshima, Bokuto pourra certainement pas vivre tout court.
Une amertume, aussi légère que la café, filtrait dans sa voix.
– Et j'pense pas qu'il serait le seul comme ça, finit-il par dire.
La phrase, l'idée et le ton atrocement triste de Yûji ne le firent réagir qu'à moitié. Il avait déjà le cœur en miette, en compote ou en morceau, comme vous voulez. Mais son estomac, lui, était bien présent. Et, lorsqu'il se retourna, menaçant de déverser le maigre contenu de son repas, il compris à quel point il était mal.
Dans la merde ou autre, que les expressions vulgaires ou non soit présentes, l'idée restait la même.
Il avait fait une connerie, monumentale. Il s'était ramassé, même si cela n'était pas entièrement sa faute, même si ses souvenirs étaient défaillants, même s'il n'était plus tout à fait lui-même... Kuroo faisait du mal aux gens qui l'aimaient, pour cela, il se serait baffé.
– Pardon.
Yûji releva les yeux, comme s'il avait mal entendu, et Misaki fit de même, surprise.
– Pardon, répéta alors Kuroo, la gorge sèche et les yeux remplis de larmes.
– Pourquoi tu t'excuses... ?
– Je pensais... Je pensais que, que j'étais seul. Pardon.
Une grimace, semblant à une sorte de soulagement, ou de quelque chose s'y rapprochant, Yûji lui fit tout de même un sourire presque faux.
– Tu ne l'avais pas compris... ? interrogea Misaki.
– De quoi ?
– Que... Eh bien, que nous étions tous inquiet, mal et... coupable, d'une certaine manière, de te voir aussi malheureux...
Il leva les yeux vers elle. Maintenant qu'il la regardait un peu plus, elle avait des cernes, et semblait avoir perdu du poids. Elle avait les yeux brillants, non pas de joie, mais de tristesse, accompagné d'un sentiment qu'il n'aurait pas pu nommer, qu'il ne savait pas nommer.
– On se sent tous mal pour toi, et... Et je sais que tu n'aimes pas ça. Pardonne-nous également, pardonne-nous d'être comme ça, de ne pas pouvoir t'aider et d'être impuissant. On est pas... On est pas médecin, et ce n'est pas de la pitié qu'on ressent, je te rassure au cas où tu le penserais mais... Mais... Mais c'est horrible, de voir quelqu'un que nous aimons comme cela, tu sais ? Pardon, pardon, c'est égoïste et-.
– Tais-toi, siffla-t-il sans le vouloir.
Elle s'arrêta dans sa tirade, malgré ses larmes qui, elles, ne se tarirent pas.
Il baissa les yeux, incapable de faire face à ses deux proches.
– Je sais, je sais que je devrais être capable d'accepter ça, d'accepter cet accident et ce... ce handicap désormais mais... J'y arrive pas. C'est au-dessus de mes forces. Je le sais, que je vous rend triste.
– C'est déjà un bon début, ne put s'empêcher de lancer Yuji.
– Ouais... Et pourant, j'arrête pas d'être triste, et d'espérer que j'vais crever à chaque nuit, qu'on puisse en finir et m'enterrer enfin.
Dans un geste lent, la jeune fille s'assit près de lui, et d'une tendresse qu'il ne lui connaissait pas, elle lui prit la main et la serra doucement.
– Chacun... Chacun à sa douleur, et, je n'irais pas me vanter ou même penser que je peux te comprendre. Je peux essayer, peut-être que je n'y arriverais jamais, peut-être que je ne pourrais plus te comprendre sur ce sujet là, et toi non plus mais... Je t'en prie, je suis égoïste, tous tes amis le sont, puisque... Puisqu'on ne veut pas que tu partes. Pardon. Pardonne-nous, je préfère te voir même dans un fauteuil roulant, plutôt que de rendre visite à ta tombe... Pardon.
Les sanglots avaient prit place dans son discours, et elle continua à hoqueter même après, mais au moins, elle avait dit ce qu'elle pensait, ce qu'elle avait sur le cœur et ce qu'elle espérait. Dans un sens, un poids était soulagé, et un autre prenait sa place.
Elle regrettait presque ses paroles.
– Merci.
La voix de Kuroo lui fit peur, et il lui serra la main.
– Merci, répéta-t-il quand même, je pense pas qu'on pourra s'entendre là-dessus, on va sûrement s'engueuler et je trouve que t'es atroce dans ta façon de penser, lui dit-il franchement, mais... Je préfère ça à ce que tu me mentes... mais... j'peux pas m'empêcher de penser que j'aurais mieux fait de mourir-.
– Mais tu n'es pas mort ! râla Terûshima, tu l'es pas !
Kuroo grimaça.
– J'aimerais bien.
– Putain, mais nous, on veut pas !
– C'est aussi égoïste que moi, ce que tu dis.
Le jeune homme se tût. Qu'avait-il à répliquer à ça, de toute manière ? Rien.
Le silence reprit ses droits et Misaki ne put s'empêcher de toucher les fleurs, d'essayer de s'occuper, ne sachant quoi dire.
Les nuages restaient statiques, ne bougeant aucunement dans le ciel, comme la cime des arbres parfaitement immobiles.
Mais quand reviendra le printemps ? Les beaux jours avec le soleil, sa joie et ses idioties ? Il l'ignorait.
– Hé.
Il observa Yûji, attendant qu'il continu, il laissa ses yeux naviguer sur son visage.
– Si la moto est toujours en état, j'pourrais la garder ?
La blague était stupide, mal placé et bien trop puéril, malgré tout, pour une raison qu'il ne saurait dire, un sourire, bien que triste, prit place sur son visage.
Dans un souffle et un léger rire, il affirma sa demande.
Au moins, on finit avec une touche positive, hein ? :D Ca change du dernier chapitre :')
En attendant, sachez que je suis contente de savoir que je suis quand même lu (à nouveau) et que vous êtes tjs vivants ! Que ce soit des nouvelles petites lectrices aux anciennes, j'suis ravie ! o/
A bientôt ! \o/
