Cet OS a été inspiré des thèmes de la Nuit du Fof. Ici, le sujet était : Nuit.
NUIT
Vaste voile noire qui doucement se couchait sur le monde, la nuit se nimbait d'étoiles. Une bise tiède balayait délicieusement le sommet de la plus haute tour de Poudlard. Parfois, le vent était si violent que Aurora Sinistra, professeur d'astronomie, était obligée d'annuler ses cours. Ce serait bien sa veine si un de ses élèves passait par-dessus le parapet. Sûr qu'il se romprait le cou.
Ce soir, pas de cours de prévu, pas de chuchotement ni même de ronflement comme il lui arrivait parfois d'en entendre. Ce soir, pas d'élève indiscipliné, pas de plume grattant le papier, pas de grincement d'une lunette mal entretenue. Il n'y avait qu'elle, les étoiles et le firmament, pas même un nuage.
Lorsqu'elle avait eu à affronter de longues journées, comme celle qui venait de s'achever à l'instant, lorsque le moral n'y était pas, qu'elle se sentait trop fatiguée pour continuer, elle aimait monter tout en haut de sa tour et s'asseoir à même le sol, s'imaginer qu'elle dansait au milieu des étoiles. Elle ne fermait pas les yeux, non, elle aspirait bien trop à voir chacun de ces petits points lumineux, comme autant d'yeux braqués sur elle, la couvant d'un regard enamouré. Elle écoutait le son du vent qui chantait dans la nuit, observait la lune tantôt ronde, tantôt plus timide. Elle se remémorait tous ces moments où elle s'était tenue assise là, parfois dans la neige, parfois dans une chaleur étouffante.
Elle se sentait bien. Elle inspira profondément, sentit la chaleur des étoiles pénétrer sa gorge, ses poumons, se répandre dans ses veines. On racontait que les étoiles représentaient les âmes des personnes disparues, sillonnant le ciel nocturne pour veiller sur les vivants. Ses connaissances scientifiques lui assuraient que c'était parfaitement absurde et impossible mais son esprit de poétesse aimait l'image. Quel être cher pouvait donc vivre là-haut et la protéger depuis l'immensité de la nuit ? Son père peut-être. Il était décédé l'année de ses onze ans, le jour même où elle avait reçu sa fameuse lettre de Poudlard. Une mauvaise nouvelle suivant de peu une excellente nouvelle, l'une et l'autre se mêlant dans ses souvenirs.
Ou alors sa grand-mère qu'elle avait à peine connue mais qu'elle avait pourtant toujours tant aimée ? Un autre ancêtre peut-être dont le nom s'était perdu dans le temps ? Ou quelqu'un qu'elle n'avait jamais côtoyé.
Aurora ne savait pas. Elle se contentait juste d'apprécier leur présence, d'aimer leur compagnie, leur soutien. Elle se contentait de les regarder et de se ressourcer auprès d'eux. Les moqueries des enfants, leur ignorance aussi, ce soir, alors qu'elle était simplement assise là, au cœur de la nuit, tout cela s'effilochait peu à peu pour finalement, enfin disparaître de son esprit.
