Bonjour tout le monde !

Voici le 38ème chapitre de cette histoire ... et comme le nom l'indique, c'est l'heure des ruptures.

J'espère avoir rendu justice à Jamie qui est un personnage que j'ai adoré écrire ... et à Rafael que j'imagine comme le grand méchant de cette histoire.

J'espère que ce chapitre vous plaira.

Je vous souhaite une bonne lecture à tous !

Sydney8201

Musique du chapitre:

- Grenade de Bruno Mars pour Castiel et Rafael

"Gave you all I had
And you tossed it in the trash
You tossed it in the trash, you did
To give me all your love is all I ever asked"

- Another Love de Tom Odell pour Dean et Jamie

"And I wanna kiss you, make you feel alright
I'm just so tired to share my nights
I wanna cry and I wanna love
But all my tears have been used up
On another love, another love"

Chapitre 38 : Ruptures

Castiel ne s'était tout pas remis de sa rencontre avec Dean. Gabriel l'avait rejoint et ils étaient rentrés en silence à son appartement avec que le jeune libraire ne fasse part à son ami de ce qu'il pensait de son petit stratagème. Ils s'étaient disputés pendant un long moment avant de se séparer pour la nuit. Le lendemain, ils avaient discutés à nouveau. Castiel avait alors expliqué à son ami qu'il avait toujours des sentiments pour Dean avant de lui raconter ce que le jeune homme lui avait confié sur la venue de son fiancé à Los Angeles. Gabriel s'était alors empressé de lui dire de rompre avec lui. Castiel se sentait effectivement trahi par Rafael mais il n'était pas sûr d'avoir envie de se séparer de lui pour autant. Il avait en revanche besoin d'une explication. Il avait donc avancé son vol retour et se tenait à présent sur le seuil de leur maison.

Revoir Dean avait été un véritable choc pour le jeune libraire. Il ne parvenait toujours pas à réaliser ce qui s'était passé. L'entendre s'excuser et lui assurer qu'il l'aimait était plus que ce qu'il pouvait supporter. Il avait voulu prendre la fuite mais une nouvelle fois, face à Dean, il avait été comme paralysé, incapable de s'enfuir, incapable de lui tourner le dos. Il avait été à nouveau hypnotisé par le jeune homme. Par ses yeux verts et son visage aux traits si délicats. Il avait repensé à tout ce temps passé à tenter de l'aider, aux claques et aux coups reçus, à la souffrance de le voir le rejeter et l'amour qu'il avait eu pour lui sans doute depuis leur première rencontre. Il avait réalisé à quel point tout lui avait semblé terne jusqu'à ce qu'il le revoie. A quel point il avait été idiot de croire qu'il pouvait l'oublier facilement.

Castiel lui avait confié ses sentiments pour lui parce qu'il ne pouvait pas lui mentir. Il estimait que le jeune homme avait le droit de connaître la vérité. Mais cela ne faisait pas tout. Castiel refusait de prendre une décision aussi radicale simplement parce qu'il avait toujours des sentiments pour Dean. Il voulait prendre le temps de réfléchir. D'analyser la situation et de faire ce qu'il y avait de mieux pour lui. Même s'il ne pouvait pas nier que la perspective de tenter quelque chose avec Dean était loin de lui déplaire.

Castiel était en colère. Contre le jeune homme bien sûr. Parce qu'il avait attendu trop longtemps avant de le mettre devant le fait accompli et de lui imposer un choix impossible à faire. Contre Gabriel et Chris qui l'avaient mis dans cette situation. Mais aussi et surtout contre Rafael qui de toute évidence avait jugé bon de lui cacher des choses.

Il avait réellement besoin de lui parler pour éclaircir les choses avec lui. Il allait devoir lui demander des explications et attendre de voir ce qu'il lui dirait. Ensuite, Castiel prendrait sa décision. Mais il voulait avoir toutes les cartes en main avant de le faire.

Le jeune libraire prit une grande inspiration avant de pousser la porte de la maison. Rafael était de toute évidence rentré puisque sa voiture était dans l'allée. Le jeune libraire pénétra dans le salon et le repéra rapidement sur le canapé. Il l'avait prévenu de son retour précoce afin de s'assurer qu'il serait là pour qu'ils puissent discuter.

- Bonjour, lança t-il pour attirer l'attention de son fiancé.

Ce dernier se tourna pour lui jeter un coup d'oeil et lui sourit.

- Bonjour mon cœur. Tu as fait bon voyage ?

Castiel haussa les épaules avant de se diriger vers le canapé sur lequel il jeta sa veste et son sac. Il avait passé tout le temps du vol à réfléchir à ce qu'il allait dire à son fiancé et à ce que Dean lui avait confié. Il avait mal au crâne et il n'était définitivement pas prêt à avoir ce type de conversation avec Rafael. Mais il préférait ne pas attendre. Il ne savait pas s'il aurait le courage de le faire plus tard.

- J'ai revu Dean … par hasard, déclara t-il en guise d'introduction.

Il vit Rafael se tendre brusquement et il se demanda alors si son fiancé se doutait de quelque chose. S'il avait la moindre idée de ce qu'il allait lui dire. Il l'espérait. Cela rendrait probablement la conversation plus simple à avoir.

- Est-ce que tu es allé le voir il y a un an pour lui demander de me laisser tranquille ? Demanda t-il ensuite.

Il préférait aller droit au but et ne surtout pas tourner autour du pot. Rafael se redressa soudainement sur le canapé et détourna les yeux. Il avait beau être avocat et savoir mentir avec aplomb, il avait toujours eu du mal à cacher ses émotions à son fiancé. Et à cet instant précis, ce dernier sut qu'il était nerveux. Ce qui répondait clairement à sa question.

- Est-ce que tu lui as proposé de l'argent ? Demanda t-il alors.

Rafael se leva du canapé et s'éloigna de lu en plusieurs enjambées. Castiel le suivit des yeux mais ne bougea pas. Il avait espéré que Rafael nierait les propos de Dean. Qu'il lui assurerait qu'il était incapable de tenter de manipuler un gamin de dix-sept ans fragile et désespéré. Car un homme qui en serait capable ne serait définitivement pas le genre d'homme que Castiel voudrait épouser. Rafael était en train de se servir un verre de whisky sans doute pour gagner du temps. Le jeune libraire soupira.

- Est-ce que tu as réellement utilisé son petit frère pour tenter de le convaincre ?

Cette fois, son fiancé releva enfin la tête de son verre pour le regarder dans les yeux.

- Je l'ai fait pour nous … je l'ai fait pour toi … pour que tu aies une chance d'être heureux.

Castiel se prit la tête entre les mains avant de lever les yeux au plafond. Comment Rafael pouvait-il réellement croire qu'il avait agi dans son intérêt ? Il était évident que son acte était égoïste et uniquement destiné à s'assurer qu'il ne perdrait pas face à Dean.

- Oh mon Dieu, tu crois vraiment ce que tu dis ? Demanda t-il.

Rafael acquiesça.

- Bien sûr que je le crois. Je savais qu'il finirait par te faire souffrir et je ne voulais surtout pas le voir te faire du mal. Je devais prendre les choses en main. Ce type était en train de te détruire et de t'utiliser. Tu ne le voyais pas mais c'est comme ça que ça allait se finir.

- Et ensuite quoi ? Tu ne me croyais pas capable de prendre mes propres décisions ? Tu te sentais obligé de le faire pour moi ?

Castiel détestait l'idée que son fiancé essaye de diriger sa vie. Il ne pouvait le laisser croire qu'il en avait le droit. Ils étaient peut-être sur le point de se marier mais il restait deux être humains indépendants et maîtres de leur propre destin. Castiel n'appartenait pas à Rafael.

- Je l'ai fait parce que tu en étais incapable. Et regarde-nous aujourd'hui ! Nous sommes fiancés et nous allons nous marier. Nous allons être heureux tous les deux. Tu n'aurais jamais pu avoir quoi que ce soit de ce genre avec ce type, expliqua Rafael calmement.

Castiel secoua la tête en regardant son fiancé dans les yeux à nouveau.

- J'en reviens pas ! Tu as utilisé ton argent et ton pouvoir pour tenter de manipuler un gamin de dix-sept ans … et tout ça parce que quoi ? Tu avais peur de me perdre ? Ou tu avais peur de perdre tout court ?

- Je te l'ai dit … je l'ai fait pour toi … pour ton bonheur.

Castiel le sentait sur la défensive et il savait parfaitement qu'il lui mentait. Il avait la sensation de s'être trompé complètement sur son fiancé. De ne pas avoir réellement vu qui il était. Il avait l'impression d'être face à un inconnu pour la première fois depuis un an et demi. Il recula d'un pas comme s'il avait reçu un coup de poing en plein visage.

- Je t'avais dit à quel point il était fragile et à quel point il manquait de confiance en lui et tu as été le voir pour lui dire qu'il ne me méritait pas. Tu l'as enfoncé un peu plus encore et tu ne le regrettes pas ? Rafael, s'il te plait, dis-moi au moins que tu t'en veux.

Son fiancé secoua lentement la tête avant de boire une gorgée de son whisky.

- Je le referais si la situation se présentait à nouveau. Tu étais incapable de te détacher de ce garçon et je savais qu'il finirait par te convaincre de rester. Je ne pouvais pas le laisser faire. Je te connais Castiel. Je sais que tu en pinces toujours pour les animaux blessés. Tu aurais fini par céder et par tomber dans ses bras. Et il t'aurait brisé le cœur. C'est vraiment ce que tu voulais ?

Castiel était terriblement choqué par ce qu'il entendait. Il avait la sensation que Rafael dévoilait enfin sa véritable nature. Et il n'aimait pas du tout ce qu'il découvrait de lui. Ce n'était pas l'homme qu'il avait choisi d'épouser. Ce n'était pas l'homme qu'il voulait épouser. Il recula d'un nouveau pas.

- Rafael, tu ne peux pas manipuler les gens de la sorte et tu n'avais pas le droit de prendre cette décision à ma place. C'était à moi de choisir … à moi de savoir si oui ou non je voulais faire ma vie avec toi ou avec lui. Et peu importait que je fasse une erreur ou pas … c'est ma vie pas la tienne. Tu n'as pas le droit de la contrôler.

- Oh je t'en prie Castiel, on sait tous les deux que tu as besoin que quelqu'un veille à ce que tu ne fasses pas n'importe quoi. Tu ne peux décemment pas me dire que choisir ce garçon aurait été une bonne chose. Je n'ai fait que te donner un coup de pouce dans le bon sens. Et je lui ai proposé de l'argent et la garde de son frère en échange ! Je ne suis pas un monstre. Ce n'est pas de ma faute s'il n'a pas accepté.

- Mais c'est de ta faute s'il a touché le fond quelques jours plus tard … s'il a eu besoin de huit mois pour se remettre sur pieds. Tu te rends compte de ce que tu dis ?

Rafael haussa les épaules avant de vider son verre de whisky d'une traite. Castiel l'observa en fronçant les sourcils. Il ne savait plus quoi dire. Il était totalement perdu.

- Je suis amoureux de lui, déclara t-il finalement au bout de longues secondes de silence.

Rafael l'observa un instant avant de soupirer longuement.

- Tu mens pour me faire de la peine … tu cherches à te venger. Oublions tout ça et allons dîner. Tu n'as pas mangé dans l'avion si ?

Castiel secoua la tête, totalement incrédule. Son fiancé ne pouvait décemment pas être en train de lui proposer de sortir au restaurant alors même qu'il venait de lui déclarer ses sentiments pour un autre homme ? Il avait la sensation d'être en train d'halluciner ou d'avoir été propulsé dans la quatrième dimension.

- Rafael, je ne te mens pas. Je suis amoureux de lui. Et je crois qu'il est temps pour moi de rompre avec toi.

Castiel n'avait pas prévu de le dire aussi rapidement. Sans même avoir pris le temps de réfléchir. Mais après ce qu'il avait entendu son fiancé dire, il n'avait plus aucun doute. Sa décision venait de s'imposer à lui avec force. Il n'était pas forcément prêt à tenter quoi que ce soit avec Dean mais il ne pouvait décemment plus épouser Rafael. Pas maintenant qu'il avait dévoilé sa vraie nature.

- Comment ça rompre ? Demanda Rafael en posant son verre sur le comptoir derrière lui.

Castiel soupira longuement alors que son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Il était en train de mettre un terme à plus d'un an de relation et à des fiançailles qui duraient depuis six mois. Il était sur le point d'annuler un mariage qu'il avait préparé seul depuis un long moment. Sa vie était en train de changer à nouveau. Mais il n'avait jamais été aussi sûr de lui.

- Je ne peux pas t'épouser Rafael … pas maintenant que je sais ce que tu penses réellement de moi. Tu n'as pas confiance en moi. Tu as envie de contrôler ma vie et je ne peux pas l'accepter.

- Oh je t'en prie … je n'ai jamais cherché à contrôler ta vie. J'ai juste voulu mettre un concurrent à l'écart pour qu'on puisse être heureux. Je ne t'ai pas manipulé pour que tu retombes dans mes bras. J'ai été honnête avec toi.

- En le manipulant lui, tu m'as manipulé moi et le pire dans tout ça c'est que tu ne t'en rends même pas compte. Si au moins tu regrettais ce que tu avais fait … je pourrais peut-être envisagé de te pardonner mais tu … tu continues de croire que tu as eu raison. Et ça c'est trop pour moi.

Rafael regardait Castiel avec quelque chose qui ressemblait à du dédain. Jamais avant le jeune libraire ne s'était senti rabaissé par son fiancé. Et il n'en revenait pas de tout de ce qu'il ne savait pas de son fiancé. Ou de ce qu'il avait sans doute préféré ignorer. Il ne s'était jamais considéré comme quelqu'un de naïf mais de toute évidence, il l'était.

- Alors quoi ? lança Rafael d'une voix calme. Tu vas tout plaquer pour ce gamin ? Bon sang Castiel, il est instable … totalement irresponsable. Et si j'en crois ce que j'ai entendu sur lui, il a du coucher avec la moitié de Los Angeles. Tu ne peux décemment pas envisager de faire ta vie avec lui … ou de fonder une famille avec lui. Tu n'es pas idiot à ce point.

Castiel encaissa l'insulte sans sourciller. Il ne voulait pas que les paroles de Rafael l'atteignent. Il voulait rester digne car il estimait être le seul à avoir raison dans cette histoire.

- Qu'est-ce que tu sais de Dean Rafael ? Qu'est-ce que tu sais vraiment de lui ou des épreuves qu'il a traversées et qui ont fait de lui l'homme qu'il est aujourd'hui ?

Il ne supportait pas d'entendre son fiancé tenir de tels propos sur le jeune homme. Pas après le mal qu'il lui avait fait. Il pouvait accepter de se faire insulter. Mais pas que Rafael s'en prenne à Dean.

- J'ai fait des recherches, expliqua son fiancé en croisant ses bras sur son torse.

Il portait comme à son habitude un costume hors de prix. Castiel avait fini par comprendre qu'il s'agissait d'une sorte d'armure qui lui donnait la sensation d'être supérieur à tous ceux à qui il s'adressait. Il n'aimait pas particulièrement qu'il continue à les porter même quand ils étaient seuls. Car cela mettait inévitablement de la distance entre eux.

- De mieux en mieux ! lâcha le jeune libraire, choqué par les propos de son fiancé. Tu as fait des recherches sur lui ? Mais tu ne sais strictement rien de qui il est vraiment. Tu ne pourras jamais le savoir.

Il prit quelques secondes pour penser à Dean et à tout ce qu'il avait appris sur lui au cours des mois passés à être son ami. De ce qu'il avait constaté en le revoyant et les mots commencèrent alors à franchir le seuil de ses lèvres sans qu'il puisse les arrêter.

- Tu ne sauras jamais à quel point il est fort et courageux et qu'il a surmonté des épreuves qui t'auraient brisé en moins de deux. Tu ne sauras jamais qu'il a élevé son petit frère seul parce que son père se fichait totalement d'eux et que sa mère était trop centrée sur ses propres problèmes pour s'occuper de ses enfants. Tu ne sauras jamais quel ami extraordinaire il est et combien il est intelligent et drôle. Tu ne sais rien de lui.

Rafael leva ses deux mains dans sa direction en signe d'apaisement.

- Ok, ok, je ne sais rien de lui … et je suis désolé si je lui ai fait de la peine.

« Si je l'ai détruit » aurait sans doute été plus approprié. Mais Castiel allait devoir se contenter de ça pour le moment. Il soupira longuement en gardant ses yeux rivés dans ceux de son fiancé.

- Tu le penses vraiment ? demanda t-il. As-tu seulement durant cette année où tu m'as menti tous les jours regretté une seule fois ce que tu avais dit ? Ou même songé un instant aux conséquences de tes actes ?

C'était la dernière chance qu'il accordait à Rafael. Si son fiancé reconnaissait ses erreurs, il pourrait envisager d'en discuter calmement avec lui. S'il s'obstinait à nier la gravité de ses actes, les choses risquaient sérieusement de dégénérer.

- Honnêtement ? Non, finit par répondre Rafael.

Castiel détourna les yeux, incapable de soutenir plus longtemps le regard dédaigneux de son fiancé. C'était presque comme s'il se retrouvait face à un inconnu ou comme s'il voyait pour la première fois l'homme qui se cachait derrière le masque.

- Alors je crois qu'on s'est tout dit, asséna Castiel.

Il ne voyait pas quoi ajouter. Rafael venait de mettre un terme à leur relation en tenant ces propos ignobles. Le jeune libraire ne pouvait plus rester dans la même pièce que lui.

- Oh non non non, on ne s'est pas tout dit. On ne va pas se disputer pour si peu. Oublions tout ça et allons dîner.

Castiel se retourna aussitôt vers lui et le dévisagea une seconde. Il n'en croyait pas ses oreilles. Comment Rafael pouvait-il honnêtement croire qu'il allait le suivre et oublier leur dispute ? Il secoua la tête.

- Dîner ? Sérieusement ? Je suis en train de rompre avec toi et je pense annuler notre mariage et tu veux aller dîner ? Tu crois que tout peut s'arranger d'un simple claquement de doigt ? Dans quel monde vis-tu ?

Rafael avança dans sa direction et Castiel ne put s'empêcher de reculer d'un pas. Il ne supportait pas l'idée que son fiancé puisse poser la main sur lui. Il avait déjà du mal à le regarder sans avoir la nausée. Il avait été sur le point d'épouser ce type. Et maintenant, il le détestait. Les choses changeaient décidément vite.

- Je vis dans la réalité Castiel … contrairement à toi. Et cela implique que je me montre raisonnable et que je sache qu'il n'est pas possible d'obtenir tout ce dont on rêvait quand on était gosse … cela implique aussi de savoir qu'il faut souvent se contenter de ce qui est accessible et en tirer le meilleur parti.

Castiel sentit son cœur se briser en entendant les propos de son fiancé. Plus les minutes passaient et plus il réalisait combien il s'était trompé sur son compte. Il savait qu'à l'époque de leur première histoire, Rafael était du genre à se ficher de tout et de tout le monde. De tout faire pour servir ses intérêts tout en se fichant des conséquences. Mais le jeune avocat lui avait assuré qu'il avait changé. Et Castiel l'avait bêtement cru. Il avait pensé que son fiancé était devenu quelqu'un de généreux et de sensible. Quelqu'un capable de l'aimer sans retenue. Mais il comprenait à présent qu'il avait joué un jeu pour le séduire. Et que le véritable Rafael était celui qu'il avait sous les yeux. Un homme insensible et froid, égoïste et manipulateur qu'il lui était impossible d'aimer.

- Accessible ? Tu m'as demandé de t'épouser parce que j'étais accessible ? demanda t-il incapable de ne pas chercher à obtenir des précisions.

C'était sans doute masochiste mais il avait besoin de savoir. Besoin d'entendre de la bouche de son fiancé toutes les raisons qui justifiaient son choix de rompre avec lui.

- Bien sûr ! répondit Rafael comme si cela coulait de source. Tu ne vas pas me dire que tu as accepté parce que tu es fou amoureux de moi !?

Castiel n'était pas amoureux de Rafael quand il avait accepté de l'épouser. Mais cela ne justifiait en rien ce que son fiancé disait.

- Je t'ai dit oui parce que je pensais t'aimer ou du moins je pensais pouvoir t'aimer. On ne se marie par obligation ou par devoir. Que cela te plaise ou non !

- Oh je t'en prie Castiel … quel âge as-tu pour croire à ces foutaises ? L'amour est un concept … un joli concept mais un concept. Ce n'est en rien une réalité. Les gens ne font par leur vie ensemble parce qu'ils s'aiment mais uniquement parce que c'est confortable … et que c'est pratique.

Les propos de Rafael soulevaient une nouvelle question que Castiel ressentait le besoin de poser. Plus il en apprenait sur son fiancé et plus il avait envie d'en savoir. Ce qu'il entendait l'effrayait littéralement et le confortait un peu plus sur sa décision.

- Et est-ce que tu m'aimes ?

Rafael lui sourit en faisant un pas dans sa direction. Castiel recula aussitôt.

- J'aime notre couple … j'aime le temps que nous passons ensemble et j'aime le fait que nous soyons parfait l'un pour l'autre.

Castiel avait envie de le contredire sur ce dernier point car il estimait qu'ils étaient loin d'être « parfaits l'un pour l'autre » mais il y avait un autre détail que le chagrinait plus encore.

- OK mais est-ce que tu m'aimes moi ? Je veux dire pour ce que je suis ?

Rafael haussa les épaules, visiblement amusé par ce qu'il entendait. Castiel avait la sensation qu'il le prenait pour un imbécile. Mais il ne dit rien.

- Je te l'ai dit Castiel, je ne crois pas en l'amour … du moins pas au sens où toi tu l'entends. Mais ce que je ressens pour toi est sincère. Je ne t'ai pas menti sur ce point. J'aime être avec toi. J'aime l'idée de vivre ma vie avec toi. Tu peux me croire sur ce point.

Sauf que cela ne suffisait pas à Castiel. Il voulait plus qu'une relation confortable et pratique. Il voulait plus qu'un homme qui jurait aimer passer du temps avec lui. Il voulait être aimé pour ce qu'il était. Il voulait que la personne avec laquelle il vivrait ait la même vision des choses que lui. Il voulait Dean. Et cette révélation le transperça avec violence. Il tourna le dos à son fiancé et attrapa sa veste sur le canapé.

- J'en ai assez entendu, assura t-il.

Il sentit une main se poser sur son épaule et il s'écarta aussitôt. Derrière lui, Rafael soupira longuement.

- Tu es sérieux ? demanda t-il, visiblement surpris.

Castiel lui fit face et le foudroya du regard.

- Bien sûr que je suis sérieux. Tu croyais qu'il s'agissait d'une plaisanterie ?

Rafael secoua la tête et croisa une nouvelle fois ses bras sur son torse.

- Et tu vas faire quoi au juste maintenant ? Tu n'as plus rien qui t'attend à Los Angeles. Ta vie est ici à San Francisco. Tu comptes vivre d'amour et d'eau fraiche avec l'autre ?

Castiel pouvait sentir la dérision dans le ton de son fiancé. L'incrédulité également. C'était probablement la première fois qu'il se retrouvait confronté à un échec aussi cuisant et il devait probablement avoir du mal à y croire. Mais cela ne ferait pas changer le jeune libraire d'avis. Bien au contraire. Cela lui faisait incroyablement plaisir.

- Il a un nom je te signale … et non je ne vais pas me jeter dans ses bras une fois que j'aurais franchi la porte mais … je vais repartir vivre à Los Angeles … sans doute avec Gabriel et je ferais récupérer mes affaires. Quant au café, tu peux le mettre en vente dès demain et chacun récupèrera ses fonds. Je ne veux plus rien avoir à faire avec toi. A vrai dire, je ne veux même plus jamais te revoir.

Castiel prit une grande inspiration, attendant que Rafael lui dise quelque chose mais face à son silence, il lui tourna une nouvelle fois le dos pour récupérer son sac. Il se dirigea ensuite vers la porte d'entrée de la maison. Il l'avait à peine atteinte quand son fiancé – ex-fiancé était sans doute plus juste à présent – choisit de reprendre enfin la parole.

- Tu crois que je vais te laisser partir et m'humilier de la sorte ? Tu crois vraiment que je vais accepter que tu annules un mariage où j'ai invité la majorité de mes plus gros clients et la totalité de mes collègues ? Si c'est le cas, alors tu te trompes.

C'était une menace et Castiel savait que Rafael ne disait pas ça uniquement pour l'effrayer. Toutefois, il ne comptait pas se laisser faire. Il ne savait pas si c'était ce qu'il avait entendu depuis le début de leur dispute ou si c'était ce que Dean lui avait dit quelques jours plus tôt mais il avait la sensation d'être plus fort que Rafael. Plus lucide et plus courageux. Il soutint son regard sans ciller.

- T'humilier ? Tu n'as pas l'impression que c'est moi qui ait été humilié dans cette histoire ? Tu m'as menti pendant un an et tu m'as mené en bateau tout en me manipulant. S'il y a quelqu'un ici qui a été humilié, ce n'est certainement pas toi.

- Oh arrête de dramatiser je t'en prie, répliqua Rafael. Il est hors de question d'annuler notre mariage pour des broutilles. Tu vas m'épouser et tu vas être heureux.

Castiel ne put s'empêcher de ricaner devant ce qui était de toute évidence une tentative désespérée de le retenir en tournant sa décision en dérision. Rafael fronça alors les sourcils. De toute évidence, il avait sous-estimé la détermination de son ex-fiancé.

- Et tu vas faire quoi hein ? M'obliger à t'épouser ? demanda ce dernier quand il eut retrouvé son calme.

Rafael haussa les épaules.

- Peut-être pas mais je peux te faire payer ta décision … et je le ferais. Tu n'as pas idée de ce dont je suis capable. Crois-moi.

Castiel hocha alors la tête.

- J'en ai une vague idée maintenant mais tu as raison, je ne connais sans doute pas l'ampleur réelle de ta capacité à détruire les gens qui t'entourent. Et tu sais quoi ? Je m'en fiche. Dire que j'étais sur le point de t'épouser. Je n'en reviens pas d'avoir été aussi stupide. J'aurais du écouter Gabriel. Il m'avait prévenu.

- Oh oui, Gabriel est tellement intelligent …

- Ca suffit ! le coupa Castiel.

Il était hors de question d'entendre Rafael dénigrer son ami. Pas maintenant qu'il savait à quel point il avait eu raison sur le genre d'homme que le jeune avocat était. Castiel lui devait de sérieuses excuses et probablement des remerciements. Car sans son petit piège pour le faire rencontrer Dean, il n'aurait jamais su tout ça. Et il aurait épousé cet être abject qui lui faisait face. Il aurait commis la plus grosse erreur de sa vie.

- Je m'en vais maintenant, déclara t-il pour mettre un terme à leur conversation.

Rafael le foudroya une nouvelle fois du regard alors que Castiel posait sa main sur la poignée de la porte.

- Si tu franchis cette porte maintenant, tu le regretteras, le menaça le jeune avocat d'une voix grave qui en aurait fait trembler plus d'un.

Mais Castiel n'avait plus peur. Il était convaincu de faire le bon choix et il se sentait suffisamment fort pour surmonter tout ce que Rafael pourrait tenter contre lui. Il lui adressa un dernier hochement de tête.

- Adieu Rafael, lança t-il avant de sortir de la maison.

Il referma la porte derrière et remonta l'allée de la maison d'un pas décidé. Il s'était attendu à ce que son ex fiancé le suive et tente de le retenir mais il n'en fit rien. Castiel rejoignit sa voiture calmement. Il ne paniquait pas. Il n'était pas triste ou déprimé. Il était soulagé et réellement heureux pour la première fois depuis longtemps. Il réalisait à présent à quel point il s'était trompé sur ce qu'il croyait ressentir pour Rafael. Il était en train de reprendre sa vie en main et il était déterminé à faire les choses correctement. Il n'avait aucune idée de la manière dont il allait s'y prendre mais il était optimiste. A présent qu'il avait franchi ce cap important, il savait que tout ne pourrait aller que mieux. Et il avait hâte de voir ce que l'avenir lui réservait.


Dean attendait Jamie à la terrasse d'un café depuis de longues minutes. Il avait commandé un cappuccino pour lui et une de ces boissons à la noisette que son petit-ami aimait tant. Il regardait distraitement autour de lui les gens qui allaient et venaient en fumant sa centième cigarette en peu de temps. Le soleil brillait au dessus de sa tête mais le jeune homme s'en fichait. Il répétait ce qu'il allait dire à son ancien tuteur dans sa tête pour s'assurer qu'il ne commettrait pas d'erreurs. Il n'avait jamais rompu avec quelqu'un et il n'avait aucune idée de la méthode à suivre. Il voulait trouver les mots justes. Il espérait pouvoir garder Jamie dans sa vie même une fois qu'ils seraient séparés.

Après avoir vu Castiel, Dean n'était pas rentré chez lui. Il ne pouvait pas se retrouver confronté à son petit-ami. Il n'était pas prêt à rompre avec lui dans l'état dans lequel il se trouvait. Et il ne pouvait pas non plus continuer à lui mentir. Il l'avait simplement appelé pour lui dire qu'il voulait passer une soirée avec Chris et Steve pour rattraper le temps perdu. Jamie avait semblé le croire. Dean l'avait rappelé le lendemain pour lui dire qu'il voulait lui parler. Il lui avait proposé de le rejoindre dans ce café après son travail.

Jamie n'allait pas tarder et Dean n'avait aucune idée de la façon dont les choses allaient se passer. Et il n'arrêtait pas de penser à Castiel. Il revoyait son visage dès qu'il fermait les yeux. Il avait rêvé de lui et passé toute une soirée à discuter de ses sentiments avec ses deux meilleurs amis. Il en était venu à une conclusion simple. Il était totalement fou amoureux du jeune libraire et il ferait tout son possible pour le récupérer. Il ne savait pas quelle serait la décision de Castiel mais il savait d'ors et déjà que si son ancien ami rompait avec Rafael, il ferait le nécessaire pour qu'il accepte de lui donner une seconde chance.

Le jeune homme était perdu dans ses pensées, sa cigarette oubliée entre ses doigts. Il tentait de faire le tri dans ses idées quand il aperçut Jamie de l'autre côté de la rue.

Dean sentit son cœur se serrer aussitôt et il déglutit avec peine. Son petit-ami traversait en face lui. Il semblait à la fois inquiet et soulagé de le voir. Le jeune homme lui fit un petit signe de la main et attendit qu'il soit à sa hauteur pour lui adresser un petit sourire. Jamie le lui rendit presque aussitôt.

- Salut ! Lui lança Dean.

Jamie portait un jean troué aux cuisses et le tee-shirt qu'il avait le jour de leur rencontre. Celui que Dean lui avait emprunté plus d'une fois. Il ne put s'empêcher de le trouver séduisant.

- Salut, répliqua son petit-ami en tirant une chaise pour s'asseoir.

Dean lui tendit alors la boisson qu'il lui avait commandée et lui laissa le temps d'y ajouter deux sucres. Il observa son visage et réalisa alors qu'il semblait tendu. Ce n'était pas bon signe.

- Alors ? Qu'est-ce que tu avais de si important à me dire ? Demanda finalement Jamie sans relever le nez de son gobelet.

Dean prit une grande inspiration et rassembla son courage. C'était le moment qu'il avait tant redouté. Il était sur le point de faire du mal à une des personnes qui comptait le plus pour lui. Il s'était juré de ne plus jamais faire souffrir quelqu'un. Il était sur le point de manquer à sa promesse.

- Je voulais te dire que je suis désolé pour hier soir … que je suis désolé de ne pas être rentré. Je n'ai pas eu le courage … j'ai été lâche, avoua t-il.

Jamie releva enfin la tête et à sa grande surprise, Dean ne lut aucune colère sur son visage. Juste de l'inquiétude et quelque chose qui ressemblait vaguement à de la résignation.

- Excuses acceptées mais je sais que ce n'est pas pour ça que tu m'as fait venir … et quelque chose me dit que ce que je vais entendre ne va pas me faire plaisir.

Dean hocha la tête avant d'écraser sa cigarette dans le cendrier et d'en reprendre une nouvelle. Jamie ne lui fit pas de remarque à ce sujet comme il en aurait probablement fait une en temps normal. Ce qui prouvait qu'il savait tout autant que lui que ce moment était important.

- Je suis amoureux d'un autre homme, lâcha t-il finalement.

Il se força à garder ses yeux rivés sur son petit-ami. Il s'était attendu à ce que ce dernier se mette à hurler aussitôt. Mais à la place, Jamie se contentait de le regarder en souriant faiblement. Dean était totalement perdu.

- Je sais.

Il fronça les sourcils, surpris par ce qu'il venait d'entendre. Jamie ne semblait toujours pas en colère. Il semblait incroyablement calme. Dean prit quelques secondes pour allumer sa cigarette et en tirer quelques bouffées. Il les expira lentement avant de se décider à reprendre la parole.

- Comment ça tu le sais ? Demanda t-il alors.

Jamie haussa les épaules.

- Je le sais … et je sais aussi qu'il s'agit de Castiel.

- Quoi ?

Dean n'en revenait pas que son petit-ami ait deviné ce qui se passait dans sa tête et dans son cœur depuis plusieurs jours. Cela allait sans doute considérablement faciliter les choses pour lui. Mais il se demandait comment il avait pu le savoir. Avait-il été aussi transparent ? Il n'en avait pas l'impression. Mais de toute évidence, il avait vendu la mèche. Jamie but une gorgée de son café à la noisette sans quitter Dean des yeux.

- Ecoute je ne suis pas idiot … j'ai vu comment tu as régi en recevant son invitation. Je sais que tu l'aimes et sans doute depuis un moment maintenant mais sans doute l'ignorais tu avait de savoir qu'il allait se marier.

- Et tu ne me détestes pas ? Demanda Dean.

Jamie secoua la tête. Il semblait sincère et le jeune homme ne comprenait pas. Il n'avait jamais rompu avec qui que ce soit mais il croyait savoir que ce n'était pas sensé se passer aussi bien. Et il ne savait du coup plus quoi dire.

- Pourquoi est-ce que je te détesterais ? Parce que tu te montres honnête avec moi ou parce que tu es amoureux d'un autre homme alors que c'est une chose sur laquelle tu n'as aucune maîtrise ?

- Pour les deux, répondit Dean.

Jamie lui adressa un nouveau sourire et le jeune homme détourna les yeux. Il tira une bouffée de sa cigarette et laissa la nicotine le détendre un peu. Il ne supportait plus le regard de son petit-ami. Il savait qu'il était en train de lui faire du mal et il ne parvenait pas à accepter sa compréhension et son acceptation. Il aurait préféré l'entendre hurler. Il aurait préféré se faire insulter. Il voulait que Jamie le punisse car à cet instant précis, il avait la sensation d'être le pire être humain au monde.

- Je ne pourrais jamais te détester Dean … d'abord parce que je sais que tu fais tout ça pour notre bien à tous les deux mais aussi et surtout parce que je t'aime. Et cela m'empêche de te détester que tu veuilles le croire ou non, expliqua Jamie calmement.

Dean se passa une main sur le visage. Il portait des manches courtes et tous les gens présents pouvaient voir ses cicatrices et ses tatouages. Il avait appris à accepter leurs regards. Il savait que certains devinaient ce qu'il avait fait. Mais il s'en fichait. Il n'avait rien à prouver. Rien à justifier. Il avait commis des erreurs et il les assumait. Il baissa les yeux sur son poignet droit et observa pendant de longues secondes la ligne blanche qui remontait de son poignet à la moitié de son avant bras.

- Je suis désolé … je suis tellement désolé, souffla t-il en relevant les yeux pour observer Jamie.

Ce dernier leva sa main pour lui faire signe de se taire. Ce que le jeune homme fit aussitôt.

- Ne t'excuse pas … tu n'as aucune raison de le faire. D'ailleurs, ne dis plus rien s'il te plait ou plutôt si … dis-moi ce que tu vas faire maintenant, suggéra Jamie.

Dean soupira longuement avant d'écraser sa cigarette dans le cendrier déjà plein. Il n'avait pas réellement établi de plan pour son avenir. La seule chose qu'il savait c'était qu'il voulait que Castiel en fasse parti et qu'il était prêt à tout pour ça.

- Je vais déménager mes affaires et m'installer chez Chris et Steve … le temps de me trouver un appartement, expliqua t-il.

Jamie laissa retomber sa main qu'il tenait toujours entre eux deux et ses doigts effleurèrent ceux de Dean. Le jeune homme eut envie de les entremêler comme il l'avait fait si souvent avant ce jour. Mais il ne fit rien. Il doutait que son ancien tuteur apprécierait ce geste.

- Ce n'est pas ce que je te demande. Ce que je veux savoir c'est ce que tu vas faire avec Castiel. Est-ce que tu vas aller lui parler ?

Dean sentit son cœur s'accélérer. Il n'avait pas pensé aborder ce sujet avec Jamie. A vrai dire, il avait cru que leur conversation prendrait fin bien avant qu'il en vienne à parler du jeune libraire. Mais une nouvelle fois, il voulait être honnête avec son ancien tuteur.

- A vrai dire, je lui ai déjà parlé. Chris et Gabriel nous ont piégé pour qu'on se retrouve nez à nez hier soir … c'est pour ça que je ne suis pas rentré. Mais il ne s'est rien passé … on a juste parlé.

Jamie acquiesça avant de boire une nouvelle gorgée de son café. Dean se mordilla la lèvre inférieure pendant quelques secondes en priant pour que son ancien tuteur le croie. Il ne voulait pas passer pour quelqu'un d'infidèle.

- Dean, rassure-toi, je sais parfaitement que tu ne m'as pas trompé, assura Jamie.

Le jeune homme acquiesça avant de soupirer longuement. Il détourna ses yeux de son poignet pour les poser à nouveau sur son ancien tuteur. Il ne savait pas s'il avait réellement le droit de lui expliquer ce qu'il comptait faire. Il ne voulait pas le faire souffrir inutilement. Mais il lui avait demandé des détails et Dean ne voulait pas non plus lui dire non.

- Alors ? Qu'est-ce que tu lui as dit ? l'interrogea Jamie au bout de quelques secondes.

Dean haussa les épaules.

- Que je l'aimais … que j'étais désolé. Et il m'a ensuite avoué qu'il était amoureux de moi.

- C'est plutôt une bonne nouvelle non ?

Dean fronça les sourcils. Il ne voyait pas en quoi cela pouvait être une bonne nouvelle pour Jamie. Il ne comprenait pas comment son ex petit-ami pouvait s'intéresser à ce qui s'était passé entre lui et Castiel. Mais il était sincère. Il le savait. De toute évidence, il avait réellement envie de le savoir heureux.

- Je n'en suis pas sûr, confia alors Dean. Il ne m'a pas dit qu'il comptait rompre avec Rafael. Et je ne peux pas lui en vouloir. Je lui ai fait énormément de mal. Il a toutes les raisons de me détester.

Jamie lui saisit alors la main et Dean ne put se retenir de sursauter. Mais quand il regarda le visage de son ancien tuteur, il n'y trouva que de l'affection et un sincère désir de l'aider. Il entremêla alors leurs doigts comme il avait voulu le faire quelques minutes plus tôt.

- S'il ne rompt pas avec ce type, c'est un idiot, asséna Jamie.

- Comment ça ? demanda Dean.

Il regarda Jamie lui sourire et fut heureux de constater qu'il n'y avait plus réellement de tristesse dans son regard. Son ancien tuteur était définitivement quelqu'un d'étonnant.

- Dean, je t'aime et si j'étais dans la situation de Castiel … si j'avais la moindre chance que tenter quelque chose avec toi, je la saisirais sans hésiter.

- Mais toi tu es un Saint, commenta le jeune homme.

Jamie haussa les épaules à son tour. Il serrait toujours la main de son ami dans la sienne et il semblait parfaitement confortable. Ce qui était complètement déconcertant pour Dean mais également terriblement réconfortant.

- Peut-être, concéda finalement Jamie.

Dean acquiesça puis réalisa qu'il y avait encore un sujet qu'il n'avait pas abordé avec son ancien tuteur. Il prit son courage à deux mains et se lança.

- Je peux te poser une question ?

Jamie hocha la tête. Il souriait toujours et Dean se demanda ce qu'il avait fait pour mériter de l'avoir dans sa vie.

- Est-ce que tu crois qu'on pourra rester amis ?

Dean ne savait pas vraiment à quelle réponse ni à quelle réaction il s'était attendu en envisageant de poser cette question mais il fut une énième fois surpris en voyant son ami froncer les sourcils comme s'il ne comprenait pas que le jeune homme puisse l'interroger à ce sujet.

- Pourquoi ne le resterions nous pas ?

- Et bien je manque sans doute d'expérience dans le domaine mais je crois savoir que deux personnes qui rompent ne restent généralement pas proches l'une de l'autre après.

Jamie secoua alors la tête.

- Ce n'est pas une règle immuable. Et même si ça l'était, ça ne veut pas dire qu'on soit obligé de la suivre. On était amis avant de sortir ensemble … et on peut parfaitement le rester.

- Tu es sérieux ?

- Bien sûr. Je ne veux pas te perdre Dean. Je tiens trop à toi pour te laisser t'échapper. J'ai failli te perdre une fois et je ne veux surtout pas revivre ça.

Dean sentit alors le poids qui reposait sur ses épaules depuis la veille s'alléger brusquement. Il se redressa sur sa chaise et sourit à son ancien tuteur.

- Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter un être aussi exceptionnel que toi, souffla t-il.

Jamie attrapa son gobelet de café et le porta à ses lèvres. Il avait les joues rouges et semblait gêné par le compliment. Mais Dean ne le retirerait pas. Il était sincère. Il pensait réellement que son ancien tuteur était quelqu'un d'extraordinaire. Quelqu'un de bien.

- Tu ne me mérites sans doute pas mais que veux-tu, la vie est ainsi faite … répliqua Jamie.

Il but ensuite une gorgée de son café et reposa le gobelet sur la table. Dean jeta un coup d'œil autour d'eux aux gens qui passaient dans la rue.

- C'est comme ça que ça se termine alors ? demanda t-il.

La main de Jamie était incroyablement chaude dans la sienne. Douce comme celle de personne d'autre. Et Dean était reconnaissant envers son ancien tuteur de ne pas avoir cherché à la retirer à présent qu'ils s'étaient tout dit.

- Comment voudrais-tu que cela se termine ?

- Je m'attendais à des cris et peut-être à quelques larmes.

- Oh rassure-toi sur ce point … je pleurerais sans doute mais je vais attendre d'être seul si cela ne te dérange pas.

Dean hocha la tête avant de pousser un énième long soupir. Il ne voyait pas quoi ajouter d'autre. Ils s'étaient probablement déjà tout dits. Ils n'étaient plus en couple mais ils étaient amis. Et le jeune homme n'avait jamais cru avoir cette chance en demandant à Jamie de le rejoindre dans ce café. Il avait la sensation que le destin avait enfin décidé de lui sourire. De se montrer clément. Peut-être ne pourrait-il jamais avoir Castiel dans sa vie. Mais il était entouré. Il ne serait jamais seul.

- Jamie, je veux que tu me jures d'être heureux. Et je veux que tu promettes de ne jamais rien me cacher … de toujours me dire si tu estimes que je déraille ou que je me conduis comme un t'en fais pas pour ça. Je n'ai jamais été du genre à ne pas dire ce que je pensais.

Dean le savait. Plus d'une fois cela avait déclenché des disputes entre eux. Mais il appréciait l'honnêteté de son ancien tuteur. Il savait qu'il pouvait compter sur lui pour le remettre à sa place. Il ressemblait à Chris sur ce point là. Steve était généralement moins direct.

- Et je veux aussi te remercier … tu m'as sauvé la vie. Et pas uniquement il y a un an … depuis que je suis sorti de l'hôpital, tu m'as aidé à me remettre sur pied. Tu as été là à chaque étape et sans toi je ne serais probablement plus là.

Jamie lui sourit à nouveau.

- De rien, lança t-il.

Dean posa sa deuxième main sur celle de son tuteur puis le regarda dans les yeux. Il espérait pouvoir lui transmettre toute l'affection qu'il avait pour lui sans avoir à le lui dire. Il voulait que Jamie comprenne réellement combien il comptait pour lui et combien il lui était reconnaissant pour tout ce qu'il avait fait pour lui. Il sut qu'il avait réussi quand son ami lui adressa un petit signe de la tête. Au fil des mois qu'ils avaient passé ensemble, ils avaient appris à se comprendre sans se parler. Ils étaient devenus incroyablement proches. Et Dean priait à présent pour que cela ne change jamais.

- J'aurais vraiment voulu pouvoir t'aimer, confia Dean en guise de conclusion à leur conversation.

Jamie soupira avant d'hocher à nouveau la tête.

- J'aurais vraiment voulu que tu puisses m'aimer, répliqua t-il.

Dean était sincère. Il savait que tout aurait été plus simple pour lui s'il avait pu tomber amoureux de son ancien tuteur. Mais la vie en avait décidé autrement et il ne pouvait rien faire contre. Il aimait Castiel et ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait ignorer. Il était cependant satisfait de son comportement. Il s'était montré responsable et adulte et il avait fait le bon choix. A présent, c'était à lui de tout faire pour être heureux. Et s'il savait que son bonheur était en partie lié à la décision que prendrait Castiel, il n'en était pas moins optimiste. Peut-être la chance avait-elle enfin tourné ? Peut-être était-ce à son tour de réaliser ses rêves ? Il aimait cette idée. Et il avait envie de s'y accrocher.