DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling.

Rating : M+

Genre : romance / slash / Yaoi


Chapitre 34 – Je suis toujours là

27 juin 2010 – Ministère de la Magie, département de la Justice magique, aile ouest

La nuit avait été longue pour tout le monde.

Pour Dean, Neville et Seamus qui discutèrent jusqu'aux petites heures du plan du Langue-de-Plomb pour faire tomber le Ministère. Après une première réaction incrédule et somme toute très négative, les deux Aurors durent se rendre à l'évidence qu'il n'y avait pas d'autre solution.

Pour Draco qui, sitôt qu'il fermait les yeux, était assailli de cauchemars tous plus horribles les uns que les autres. Après trois réveils consécutifs, en sueur et complètement terrorisé, il s'était ramassé dans un coin de sa couchette, les bras étroitement serrés autour de ses jambes, en psalmodiant le prénom de Harry.

Pour Harry qui, pour éviter de penser à Draco, passait et repassait le plan de Dean en revue, afin d'anticiper la moindre faille. C'était peine perdue car à chaque fois, il en revenait à la même réalité : l'homme qu'il aimait allait être exécuté dans trois jours sans qu'il ait pu le revoir et le serrer dans ses bras une dernière fois.

Au matin du 27 juin, un gardien vint chercher Harry.

Il le fit entrer dans une pièce qui ressemblait au local de fouille où il avait été emmené après son arrestation et dans lequel se trouvaient un Auror qu'il n'avait jamais vu ainsi qu'un Langue-de-Plomb.

- Bonjour, je suis l'Auror Mark Adams. Monsieur Thomas, Chef du Département des Langues-de-Plomb, va procéder à l'extraction de vos souvenirs.

- Bonjour Potter, dit Dean Thomas d'un ton détaché.

- Salut. Suis-je donc si important pour qu'on confie cette tâche au Chef du Département ? demanda-t-il, légèrement moqueur.

- Absolument pas. C'est juste que tous mes collaborateurs sont assignés à d'autres missions. Je suis le seul qui restait disponible. Nous pouvons commencer ? Comme tu t'en doutes, je n'ai pas que ça à faire.

- Allons-y.

Sous le regard attentif de l'Auror, Dean prépara deux fioles et prit sa baguette.

- Tu visualises le souvenir et tu essayes de te détendre au maximum.

Harry hocha la tête et ferma les yeux. Il ressentit un désagréable fourmillement quand le Langue-de-Plomb posa sa baguette sur sa tempe et retira un long filament argenté.

Avant de le placer dans la fiole, il le déposa dans une coupelle, une sorte de pensine miniature et se pencha pour l'examiner.

- Bon sang Potter ! dit-il en relevant la tête. Essaye de te concentrer ! Ce souvenir est complètement illisible !

D'un geste rageur, il fit apparaître une troisième fiole, opaque celle-là, dans laquelle il versa le contenu de la coupelle.

Harry grogna quelque chose d'incompréhensible. Le scénario entre Dean et lui se déroulait comme prévu. Afin que Dean puisse prélever plus que deux souvenirs sans se faire remarquer, il devait prétendre que les premiers étaient ratés. En tout, il allait en prélever quatre.

- Ok, cette fois c'est bon, dit-il en examinant les deux derniers prélèvements.

Discrètement, Dean fit un signe encourageant à Harry pour lui signifier que les souvenirs étaient impeccables. Sans un mot, il scella les fioles et les étiqueta. Puis il fit un bref hochement de tête à destination de Harry et de Adams et quitta la pièce.

L'Auror s'approcha de Harry, baguette à la main.

- Tendez les bras, je vais vous enlever les menottes, dit-il.

Harry obtempéra et leva les poignets vers l'homme.

- Bien. Préparez-vous. Sitôt que je les aurai enlevées, votre magie va se répandre d'un seul coup dans tout votre organisme. Le choc peut parfois être brutal.

Brutal était un euphémisme. Harry en eut le souffle coupé, un peu comme si on l'avait frappé en plein dans le plexus.

- Ça va ? demanda Adams.

- Heu… je… oui… ça fait drôlement mal !

- Oui. Et plus le sorcier est puissant plus la douleur est grande. Voici les affaires que vous aviez avec vous le jour de votre arrestation, lui dit-il en lui remettant un petit sac en papier. Ainsi que le document signé du Vice-Ministre Robards, comme vous l'avez demandé. Et votre baguette.

Adams lui tendit un long étui dans lequel l'artefact était posé. A peine ses doigts s'étaient-ils refermés sur le bois d'aubépine qu'une douce chaleur se propagea le long de son bras pour rejoindre son cœur. Il en soupira de soulagement, tellement la sensation était bénéfique.

- Elle est évidemment soumise à un sort de traçage en attendant l'issue de votre procès.

Harry n'en avait cure. On lui rendait sa baguette, c'est tout ce qui comptait.

- Vos vêtements sont dans la cabine, dit l'Auror en montrant du doigt le coin de la pièce, séparé du reste par un rideau. Vous pouvez aller vous changer.

Harry ne se fit pas prier. Il allait se débarrasser avec bonheur de sa tenue de détenu même si c'était pour remettre des vêtements sales et déchirés.

Quand il ressortit du réduit, Seamus et Neville étaient arrivés. Ils semblaient épuisés mais contents de savoir que leur ami allait être libéré.

- Une dernière formalité avant que vous ne partiez, Monsieur Potter. J'ai besoin de savoir où vous résiderez d'ici à votre procès.

- Ah… heu…

Harry était pris au dépourvu par la question. Il ne pouvait pas renseigner l'Impasse du Tisseur ni le Manoir Malefoy. Hors de question aussi d'aller à Walworth. A moins que…

- Je… je suis propriétaire d'un immeuble à Londres, Square Grimmaurd… mais je ne sais pas si l'endroit est encore habitable… alors…

- Est-il assigné à résidence ? demanda Seamus.

- Non, répondit son collègue. Il lui est seulement interdit de quitter le territoire britannique. Mais nous devons avoir une adresse pour l'envoi de la convocation.

- Bien, dans ce cas, il viendra vivre chez moi.

- Chez toi ? Je ne sais pas si c'est réglementaire…

- Ce qui compte, c'est que Harry ne disparaisse pas dans la nature, non ? Eh bien, je réponds de lui.

- Bon, accepta finalement l'Auror. Je pense alors que tout est en ordre. Vous êtes libre Monsieur Potter.

Harry ne se le fit pas dire deux fois et quitta le quartier des Aurors, suivi par Seamus et Neville.

- Où vas-tu aller ? demanda Neville, alors qu'Harry prenait place sur la zone de transplanage.

- Cokeworth. Je dois récupérer mes affaires.

- On se retrouve chez Abby et les autres ? dit Seamus. On a encore beaucoup de choses à mettre au point.

- D'accord.

- Harry, dit Neville en le retenant par le bras. Ça va aller.

- Non, Neville. Plus rien n'ira jamais.

Les deux Aurors regardèrent leur ami disparaître dans un craquement.

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Impasse du Tisseur, Cokeworth

Harry referma doucement la porte d'entrée et s'adossa contre le battant en fermant les yeux. Il respira l'odeur qui, après les quelques jours seulement qu'il avait passés ici, lui était déjà devenue familière et presque rassurante.

Il monta directement à l'étage dans la perspective de prendre une douche et d'enfiler de nouveaux vêtements. Mais arrivé dans la chambre, il s'arrêta brusquement.

Son regard se porta d'abord sur le sac dans lequel les affaires de Draco se trouvaient puis sur le lit, sommairement refait. Il se souvint de la dernière nuit qu'ils y avaient passée tous les deux, serrés l'un contre l'autre. Cette nuit-là, rien d'autre n'avait existé, rien d'autre n'avait eu d'importance que l'amour qu'ils avaient partagé.

La peur, la souffrance, le désespoir et la colère s'abattirent sur Harry d'un seul coup. Il s'écroula sur le lit, serrant convulsivement contre lui l'oreiller de Draco, respirant ce qu'il restait de son odeur. Epuisé, tant nerveusement que physiquement, il finit par sombrer dans un sommeil sans rêve.

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Azkaban

Draco lutta tant bien que mal contre la nausée due non pas au transplanage mais à la forte odeur d'embruns qui s'infiltra dans ses narines sitôt qu'il eut atterri sur la plate-forme creusée à même la roche.

Il n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux pour savoir que devant lui se dressaient les hautes murailles de la prison d'Azkaban.

Les membres de la Brigade de police magique qui s'occupaient de son transfert eurent tôt fait de le remettre aux bons soins des gardiens de la prison et de repartir immédiatement. Personne ne voulait s'attarder plus que nécessaire dans ce lieu qui suintait la désolation, le désespoir et la mort.

Comme les deux fois précédentes, Draco fut amené dans une pièce sans fenêtre. Là, un homme aux cheveux filasses et au visage morne lui intima l'ordre de se déshabiller.

-Enfilez ça, dit-il ensuite en lui jetant à la figure la tenue grise et rêche des prisonniers d'Azkaban.

Il s'exécuta pendant que le gardien brûlait ses vêtements et ses quelques effets personnels, lui rappelant cruellement qu'il n'en aurait plus besoin.

-Placez-vous face à ce mur et tenez ça devant vous.

Draco prit le carton que l'homme lui tendait et sur lequel était inscrit un numéro. Il serait dorénavant le prisonnier P-84566 et c'était sous cette seule identité qu'il finirait sa vie.

Le gardien le prit en photo de face et de profil. Puis sans crier gare, il s'empara de son bras droit et remonta brutalement la manche qui le couvrait.

-Qu'est-ce que vous faite ? s'insurgea Draco en voyant que l'homme allait poser sa baguette sur sa peau nue.

-Calmez-vous ! Je vais graver votre numéro à l'intérieur de votre bras.

-Pourquoi ? On ne m'a pas fait ça les autres fois !

Depuis un certain été 1996, Draco était révulsé par la seule idée de recevoir un tatouage.

- C'est la règle pour les condamnés à mort. Pour l'identification à la morgue.

Sans plus attendre, l'homme prononça une incantation et appuya le bout de sa baguette sur la peau à plusieurs reprises, jusqu'à ce que le chiffre P-84566 y soit lisiblement gravé.

Quand ce fut fait, un autre gardien vint chercher Draco pour l'emmener jusqu'à sa cellule : quelques mètres carré de pierre brute, une petite lucarne placée très en hauteur, une paillasse en guise de couchette, un lavabo maculé de rouille, un robinet qui fuitait et un pot de chambre sale et ébréché.

Draco avança à l'intérieur, ses pieds nus écrasant des débris et des insectes. Le bruit de ferraille de la grille qui se refermait derrière lui se répercuta dans chaque fibre de son corps. Dans un état second, il alla s'asseoir sur la paillasse, les os déjà transpercés par l'humidité glacée des lieux et les oreilles saturées par le fracas des vagues contre la roche.

Heureusement, ce cauchemar ne durerait pas longtemps. Dans sa tête, il remercia Cho Chang. Sans le vouloir, elle lui avait octroyé la délivrance.

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Impasse du Tisseur, Cokeworth.

Quand Harry se réveilla, le soleil était déjà haut dans le ciel. Il ne devait pas être loin de midi. Un peu groggy, il se dirigea à pas lents vers la salle de bain. Il sortit une serviette de bain de l'armoire et ouvrit les robinets. Le temps d'enlever ses vêtements, la pièce était envahie de vapeur.

L'eau brûlante lui détendit les muscles en même temps qu'elle lui éclaircissait les idées. Il n'allait pas pouvoir rester ici plus longtemps. La perspective de dormir dans ce lit sans Draco, de s'asseoir à la table de la cuisine et voir sa chaise vide… il ne le supporterait pas.

Il se sécha rapidement, prit un jeans et un t-shirt propre et s'habilla. Sitôt fait, il inspira profondément pour se donner du courage et posa le sac de Draco sur le lit. Aucun des deux n'avait pris la peine de ranger ses affaires dans la penderie, persuadés que leur séjour à Cokeworth serait bref et purement transitoire. En un sens, ils avaient vu juste bien qu'Harry n'aurait jamais imaginé que ce soit pour de telles raisons.

Il jeta un sort de rangement sur le sac et les vêtements se replièrent d'eux-mêmes, correctement. Il fit pareil avec son propre paquetage. Ainsi chargé, il descendit dans le séjour. Il promena son regard sur la pièce de vie, remplie de tous ces objets hétéroclites qui avaient fait le quotidien de Severus Rogue. Il se promit de revenir dès qu'il le pourrait et de faire en sorte que cette petite maison qui avait été leur refuge ne soit plus jamais à l'abandon.

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Walworth, Londres.

Quelques minutes plus tard, Harry frappait à la porte de l'appartement de Townley Street.

Tandis qu'il patientait, il sentit un courant magique le frôler délicatement. Certainement un sort de reconnaissance lancé par l'un des occupants. De fait, la porte s'ouvrit immédiatement après sur Abigail.

- Harry ! dit-elle en l'étreignant fortement.

Théo et Gregory approchèrent à leur tour pour lui donner une accolade sans rien dire pour autant.

A force de les côtoyer, Harry s'était acclimaté à la réserve des Serpentards. Ils n'étaient certes jamais exubérants dans l'expression de leurs sentiments mais cela n'atténuait en rien leur sincérité.

En entrant dans la pièce, il aperçut Neville et Seamus qui se tenaient un peu plus loin.

- Vous êtes au courant ? … Pour Draco ? demanda Harry aux trois Proscrits.

- Oui, répondit Théo. Nous savons.

Pas de larmes, pas de jérémiades, pas d'apitoiement. Harry voyait bien à leurs visages fermés qu'ils étaient dévastés par la nouvelle mais ils n'en dirent pas davantage. Et il les remercia silencieusement pour ça. C'était égoïste de sa part, mais il se sentait incapable de gérer la douleur des autres en plus de la sienne.

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- … un endroit totalement sûr.

- On peut vraiment lui faire confiance ? demanda Goyle.

- Hé ! Tu sais de qui tu parles ? s'énerva Neville.

- Justement ! C'est une…

- Ça suffit ! s'interposa Seamus. Dean a déjà tout organisé, elle est d'accord.

- Comment se fait-il que Dean soit resté en contact avec elle depuis tout ce temps ? s'interrogea Harry.

- Apparemment, ils se sont croisés par hasard il y a trois ans, expliqua Seamus. Elle l'a invité à prendre un thé chez elle. Ils ont parlé de ce qui s'était passé après la guerre, de la politique du Ministère… Dean a fini par lui avouer que depuis la mort de Daphné Greengrass, il n'avait qu'un seul objectif dans la vie : trouver de quoi invalider les Lois de Proscription. Elle lui a directement proposé son aide. Depuis, ils se voient régulièrement pour faire le point sur l'état de leurs recherches.

- Si seulement, ils avaient pu trouver quelque chose, grogna Harry, on n'en serait pas là…

Il se leva brusquement et alla se poster près de la fenêtre, le regard perdu dans la nuit noire. Il se sentait furieux contre tout le monde. Contre Dean et son plan pourri. Contre Seamus et Neville qui ne semblaient pas comprendre sa souffrance. Contre les trois Proscrits qui étaient gentiment planqués pendant que Draco moisissait en prison. Et contre lui-même pour avoir accepté tout ça.

- Tu n'avais pas le choix, dit doucement Abigail comme si elle lisait dans ses pensées.

Harry ne l'avait pas entendue approcher. Il se retourna pour constater que tous les autres le regardaient, clairement inquiets.

- Je sais… mais ça ne rend pas les choses plus faciles pour autant, dit-il en croisant les bras sur son torse.

- Et pour ce qui est du plan ? insista Gregory. C'est une chose de partager une idéologie, c'en est une autre de… faire ce qu'on va faire.

- Je te l'ai dit, elle est d'accord. Elle nous soutient ! martela Seamus.

Les trois proscrits se regardèrent. Cela faisait plus de six heures maintenant qu'ils discutaient et rediscutaient de chaque étape de leur plan d'action.

- Bon, décida Théo. On fait confiance à Thomas et à cette… alliée inattendue.

- Alors, on en reste là pour aujourd'hui, dit Neville. On refera un briefing demain soir.

- Ouais, allons dormir, conclut Seamus. La journée de demain ne sera pas facile.

Harry hocha la tête. Demain, les Weasley enterraient leur plus jeune fils.

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28 juin 2010 – Loutry-Sainte-Chaspoule

POV Harry

Le petit cimetière de Loutry-Sainte-Chaspoule est noir de monde.

Caché sous la cape d'invisibilité, je reste debout, à l'écart, pendant que Neville et Seamus vont prendre place sur les sièges disposés sur la pelouse en rangs bien droits.

On a longtemps discuté de savoir si je viendrais à découvert ou non. Techniquement, je suis libre, je n'ai pas à me cacher. Mais vu ce qui s'est passé à Sainte-Mangouste, vu le rejet dont j'ai fait l'objet de la part d'Arthur et Percy Weasley, j'ai préféré me dissimuler.

Tout le bureau des Aurors ou presque est là, ainsi que plusieurs personnes venant d'autres départements avec lesquelles Ron travaillaient habituellement. Je réprime un frisson de dégoût quand j'aperçois Gawain Robards et Cho Chang qui discutent avec Adelme Prius, promu Chef des Aurors ad interim.

De loin, je reconnais les sœurs Patil qui accompagnent Madame Chourave, me rappelant qu'elles enseignent à Poudlard depuis plusieurs années. A côté d'elles se tiennent Filius Flitwick, Minerva McGonagall et Horace Slughorn. Je me dis que tous les trois ont pris un terrible coup de vieux, avant de réaliser que ça fait plus de dix ans que je ne les ai plus vus.

Je note avec une pointe de satisfaction que McGonagall ne daigne pas faire le moindre geste envers Percy Weasley qui vient d'arriver avec le reste de sa famille. Elle reste également très réservée à l'égard d'Arthur Weasley mais étreint fortement Molly.

George et Angelina arrivent à leur tour, avec leur fille Roxane. A côté se trouve Charlie. Il est accompagné d'une jeune femme aux cheveux châtains tressés dans le dos. Quelques pas plus loin, se tient Bill. Je le fixe avec une certaine nostalgie… D'aussi loin que je me souvienne, je l'ai toujours trouvé très beau. Combien de mes rêves n'a-t-il pas hanté avant que je comprenne une fois pour toutes que j'étais attiré par les garçons ? Il n'a pas vraiment changé. Il porte toujours les cheveux longs et une boucle d'oreille. Le temps a toutefois légèrement adouci les cicatrices sur son visage et dessiné quelques rides au coin de ses yeux.

Un homme habillé tout de noir dit quelques mots à l'oreille d'Arthur Weasley. Celui-ci hoche la tête et invite sa famille à prendre place sur les sièges de la première rangée. Les personnes présentes comprennent que la cérémonie va commencer et s'installent à leur tour.

Quelques minutes plus tard, deux hommes arrivent en faisant léviter un cercueil en bois clair qu'ils posent dans la travée séparant les rangées de sièges. Mon cœur se serre à l'idée que le corps de mon meilleur ami se trouve à l'intérieur.

Le cercueil est recouvert d'un grand drapeau bordeaux, brodé du double M du Ministère des la Magie et des trois étoiles représentant le grade de Chef des Aurors. Neville s'avance et lance un sort qui plie l'étoffe de manière réglementaire, en un carré parfait qu'il remet à Molly en même temps que la baguette magique de Ron. A la place, Seamus pose sur le couvercle une grande gerbe de roses et de lys blancs.

- Mesdames et Messieurs, commencent le Sorcier présidant la cérémonie. Nous sommes réunis ce matin pour dire adieu à notre fils, notre frère, notre ami, notre collègue Ronald Weasley. Je m'exprime au nom de ses parents qui vous remercient…

Pendant que le sorcier énonce les formules d'usage, mon attention est attirée par une présence que je n'avais pas remarquée jusque-là : Fleur Delacourt. Elle se tient de l'autre côté de la rangée, très éloignée de la famille Weasley, et est accompagnée d'une jeune femme aussi blonde qu'elle. Peut-être s'agit-il de sa sœur, Gabrielle, mais j'ai du mal à la reconnaître car elle porte des lunettes de soleil. Elle semble terriblement affectée et porte régulièrement un petit mouchoir en dentelle à ses joues.

Cela m'étonne un peu. Je ne savais pas que Gabrielle connaissait si bien Ron.

Entre temps, le sorcier officiant a cédé sa place à Percy qui entame un discours inutilement enflammé sur la personnalité de Ron, sur son ardeur au travail et sur ses immenses qualités d'Auror.

C'est à gerber. Je note d'ailleurs d'où je suis que Neville et Seamus semblent prêts à se jeter sur lui pour le faire taire. Il en termine enfin et c'est Charlie, un peu intimidé qui se place devant le pupitre.

Lui au moins il parle de son frère. Son petit frère adoré, à qui il a appris à tenir sur un balai volant, avec qui il a fait mille et une bêtises, aidé en cela de Fred et Georges. Il parle de lui au présent, lui dit combien il est fier de lui et de combien il lui manque.

Molly et Arthur pleurent de plus belle, de même que la femme blonde qui accompagne Fleur Delacourt. Vraiment intrigué, je m'approche un peu plus. Elles occupent les chaises à l'extrémité de la dernière rangée de sorte que si je suis suffisamment proche, je pourrai entendre ce qu'elles chuchotent.

- … calme-toi… sinon on risque de se faire remarquer, dit Fleur en frottant doucement le dos de sa voisine.

- Je sais… mais… je me sens tellement coupable…

- Rien de tout cela n'est de ta faute Ginny. Rien.

Je me fige sur place. Ginny.

Finalement, mon instinct ne m'avait pas trompé. La séparation de Fleur et de Bill était peut-être bien une mise en scène pour permettre à Ginny de se cacher. Elle prend donc un risque terrible à venir ici, au milieu d'une assemblée d'Aurors alors qu'elle est recherchée par le Ministère.

Maintenant que je sais qu'elle est là, j'aimerais me manifester à elle mais ce n'est pas le moment. En attendant, je regagne ma place sous le couvert des arbres.

Gawain Robards et Adelme Prius prennent la parole tour à tour. Une fois de plus, je suis dégoûté par l'emphase mal venue qu'ils mettent dans leurs propos, d'autant plus que c'aurait été à Neville ou à Seamus de faire ce discours. Ils connaissaient Ron bien mieux que ces deux-là. Ron n'était pas seulement leur collègue, c'était surtout leur ami.

La cérémonie se termine par un mot de remerciement, péniblement prononcé par Arthur Weasley.

Les deux hommes qui ont amené le cercueil le font à nouveau léviter. Avec dextérité, ils le déplacent vers une fosse dans laquelle ils le déposent lentement. Chaque personne présente est invitée à y jeter une rose. Le cœur lourd, je regarde la foule défiler, dire un dernier adieu à cette personne admirable qu'était Ronald Bilius Weasley.

Alors que tout le monde se disperse, je remarque Fleur et Ginny qui s'en vont. Je me précipite vers elles en prenant garde de ne bousculer personne.

- Ginny…

Ma voix n'est qu'un chuchotement mais elle est fait sursauter Fleur et la femme blonde à côté d'elle.

- Qu'est-ce que…

- Ginny, c'est moi… Harry.

Les deux femmes restent stoïques.

- Tu n'as rien à craindre ! Je ne dirai rien à personne. Tu peux me faire confiance.

- Harry, c'est vraiment toi ? murmura Ginny.

- Oui… oui, c'est moi. Je suis sous la cape d'invisibilité. Moi non plus, je ne peux pas me montrer.

- Toi aussi tu es recherché Arry ? demande Fleur dont l'accent anglais s'est un peu amélioré avec le temps sauf quand il s'agit de prononcer correctement mon prénom.

- Non… j'ai été arrêté puis libéré. Mon procès se tiendra dans quelques jours. Mais, je ne suis pas le bienvenu ici alors…

- Harry… dis-moi…? Tu… tu as des nouvelles de Blaise ?

Je reste interloqué un instant. Si Ginny est directement partie se cacher en France, il y a des chances pour qu'elle ne soit pas au courant.

- Oh Merlin, Ginny… tu ne sais donc pas ?

- Il… il est mort, c'est ça ? dit-elle en pleurant.

- Oui. Je suis désolé Ginny. Vraiment désolé.

- Et les autres ?

- Théo et Greg s'en sont sortis, dis-je sommairement.

- Et Draco ?

Seul mon silence lui répond. Je suis incapable de parler de Draco. Pas maintenant, pas sachant ce qui va arriver demain. Elle le comprend et n'insiste pas.

- Fleur ?

Je m'écarte brutalement en entendant une voix d'homme derrière moi. C'est Bill. Il me frôle en se dirigeant vers son épouse mais ne remarque rien.

- Fleur ? Tout va bien ?

- Oui… ne t'inquiète pas. Personne ne nous a reconnu.

- Ginny, tu tiens le coup ? dit-il en la serrant brièvement contre lui.

- C'est dur… mais ça va aller.

- Retourne avec ta famille, dit Fleur. Nous allons rentrer.

- Tu me manques tellement ma chérie, dit Bill en prenant discrètement la main de sa femme.

- Tu me manques aussi. File maintenant.

Bill part sans plus rien ajouter. C'est donc bien ce que j'avais imaginé.

- Comme tu vois, tous les Weasley ne m'ont pas tourné le dos, dit amèrement Ginny. C'est Fleur qui a eu l'idée de ce stratagème pour me permettre de me cacher...

- Alors... ça veut dire que tu comptais quitter Blaise depuis un certain temps...

Ginny se contenta de hocher la tête en essuyant ses larmes.

- Tu as bien fait, dis-je. Je suis content que tu ne sois pas seule.

- Oui, soupira-t-elle. Mais pour combien de temps ? C'est injuste de priver Fleur et ses enfants de leur famille.

- Allons, allons, tempère Fleur. Ne culpabilise pas. C'était la meilleure chose à faire.

- Les temps vont changer Ginny, lui dis-je. Je ne peux pas t'en parler mais d'ici quelques jours, quelques semaines tout au plus, tout sera fini. Fais-moi confiance.

Je lis l'incrédulité sur son visage mais également une lueur d'espoir.

- Tu as entendu Ginny ? dit Fleur. Tu dois garder confiance ! Il faut faire confiance à Arry.

- Merci, dit-elle en hochant la tête. Merci d'être venu me parler.

- Il n'y a pas de quoi. Il faut que j'y aille. Neville et Seamus me cherchent. Prends soin de toi, Ginny.

- Toi aussi Harry. A bientôt.

O°O°O°O°O°O°O

Walworth, Londres.

C'est incroyable ce que le temps est traître. Il s'écoule avec une lenteur insupportable lorsque nous attendons quelque chose avec impatience et il file à toute allure quand il s'agit de nous rapprocher du moment que nous redoutons le plus.

Je jette un coup d'œil à la pendule accrochée au mur. Elle indique exactement minuit.

O°O°O°O°O°O°O

29 juin 2010 - Azkaban

A 10 heures 30 exactement, le médicomage Sybil Shaw transplana sur l'esplanade prévue à cet effet devant l'entrée des visiteurs de la prison d'Azkaban. Son arrivée passa totalement inaperçue, le craquement de son transplanage ayant été totalement couvert par le hurlement du vent.

Il semblait que les saisons n'avaient pas cours dans ce lieu perdu au milieu de la mer du Nord. Alors qu'on était à la fin du mois de juin, le temps ici était glacial. Sybil Shaw se félicita de porter une cape dont elle rabattit la capuche sur sa tête.

Luttant contre les bourrasques, elle avança sur le chemin de pierre qui menait à une grande porte en bronze, tenant fermement les pans de sa cape serrés contre elle. A l'entrée, elle actionna une lourde cloche qui résonna dans un bruit d'enfer. Une lucarne s'ouvrit au milieu de la porte, laissant apparaître le visage austère d'un gardien.

- C'est pourquoi ?

- Sybil Shaw, médicomage. On...

- C'est pour l'exécution ? coupa l'homme.

- Oui, c'est bien cela.

La lucarne se referma aussitôt. Un horrible grincement se fit alors entendre tandis qu'une des portes pivotait lentement sur ses gonds, laissant un passage de 60 centimètres à peine dans lequel Sybil se faufila.

- Vous êtes déjà venue, vous savez où c'est, dit le gardien en désignant négligemment l'entrée d'un long couloir, sombre et étroit.

- Bien sûr, dit la sorcière sans ciller.

Elle s'engagea d'un pas rapide dans le tunnel. Celui-ci ne semblait pas vouloir finir et c'est presque avec un certain étonnement qu'elle déboucha dans une pièce circulaire où un autre gardien attendait, assis derrière un guichet grillagé.

- Sybil Shaw, médicomage, annonça-t-elle avant que l'homme ne lui pose la question.

- Pièce d'identité et accréditation.

Elle lui tendit une carte au sigle de l'Hôpital Sainte-Mangouste et abaissa sa capuche afin que le garde puisse la confronter à la petite photo sorcière qui y était épinglée, montrant une femme d'une cinquantaine d'années, aux cheveux grisonnants coupés au carré et aux yeux brun doré.

Elle lui remit ensuite un parchemin attestant qu'elle était le médicomage désigné pour procéder à l'exécution du condamné P-84566.

- Posez votre mallette sur la table.

Sybil s'exécuta. Le gardien l'ouvrit et en examina le contenu. Il sortit une petite boîte transparente contenant deux fioles de potion. Les fioles étaient scellées de même que la boîte.

- Ce sont les fioles qui serviront à…

Elle se tut voyant que le gardien la fixait d'un œil perçant.

- Je sais à quoi servent ces fioles.

- Oui. Evidemment.

Le gardien replaça la boîte dans la sacoche et la rendit au médicomage. Curieusement, son regard s'était adouci.

- Je croyais qu'on en avait fini avec tout ça. Apparemment non, commenta-t-il en soupirant. Allez-y.

D'un mouvement de baguette, il déverrouilla la grille à sa gauche.

- Je ne vous montre pas le chemin. Vous savez où c'est.

La femme acquiesça en silence et d'un pas déterminé se dirigea vers le couloir de la mort.

O°O°O°O°O°O°O

La veille, Draco avait été changé de cellule. On l'avait amené dans une pièce, certes toujours exiguë mais beaucoup plus propre. Elle n'avait pas de fenêtre mais à Azkaban, il s'agissait d'un avantage non négligeable : pas de courants d'air glacés et surtout, pas de bruit de vague et de mer déchaînée. Le lit était une véritable couchette, avec un matelas et une couverture et non pas une simple paillasse accrochée au mur par des chaînes.

Draco n'avait pu s'empêcher d'éclater de rire après que son gardien ait refermé la porte. Il y avait quelque chose de terriblement hypocrite à offrir à un condamné à mort un lit et un repas décent pour sa dernière nuit avant son trépas.

Mais l'hypocrisie n'était-elle pas le second prénom de tous ces enfoirés du Ministère ?

Le soir, un gardien était venu lui apporter une potion de sommeil. Draco l'avait refusée. Le gardien l'avait néanmoins laissée sur la petite table à côté du lit, sachant d'expérience qu'il finirait par la prendre.

Et il avait eu raison.

Sur le coup de minuit, Draco avait cédé à une crise de panique. Il s'était mis à frapper contre la porte de la cellule, hurlant qu'il ne voulait pas mourir. Deux gardiens étaient intervenus pour le maîtriser. Ils l'avaient trouvé recroquevillé dans un coin de la pièce, les pupilles écarquillées comme celles d'un animal traqué, les mains ensanglantées et le pantalon souillé. Ils l'avaient forcé à prendre la potion avant de soigner ses phalanges et de lui lancer un sort de nettoyage.

Avant de refermer la porte de la cellule, le gardien avait regardé Draco, étendu sur le lit, brisé, emporté dans un sommeil forcé. Il ne savait pas qui il était ni ce qu'il avait fait pour se retrouver là. Il savait seulement qu'il était le prisonnier numéro P-84566, un Proscrit et qu'il allait mourir dans moins de douze heures.

C'était le premier Proscrit qu'il rencontrait car il était devenu gardien à Azkaban après la grande vague des condamnations et des exécutions qui eut lieu entre 1999 et 2002.

A la fin de guerre, comme tous les Sorciers, il avait nourri de grands espoirs pour le monde magique. Il avait cru au changement. Mais à part la disparition des Mangemorts et l'ouverture au monde moldu, on ne pouvait pas vraiment dire que les sorciers vivaient mieux qu'autrefois. La violence, la corruption et la discrimination existaient toujours, elles avaient seulement pris une autre forme.

Finalement, la mort de ces gens, ces Proscrits, n'avait absolument rien changé.

Pour la centième fois, le gardien avait soupiré en se demandant depuis quand son métier le dégoûtait autant.

O°O°O°O°O°O°O

Dès le mois d'août 1998, s'était posée la question de savoir quoi faire avec les Mangemorts qui avaient été arrêtés.

Si tout le monde était d'accord pour dire qu'il était exclu de faire revenir les Détraqueurs, personne ne remettait en cause le principe même de la peine de mort. Il fallait seulement trouver une autre manière de l'appliquer.

Fraîchement nommé Ministre et malgré l'opinion générale, Arthur Weasley avait tenté de plaider pour une abolition de la peine capitale, estimant qu'un emprisonnement à perpétuité était déjà une peine terrible en soi. Malheureusement, le monde sorcier était encore très archaïque sur certains sujets et la peine de mort en faisait partie. Œil pour œil, dent pour dent, n'était pas un vain principe.

Forcé de tenir compte de l'avis de ceux qui l'avaient élu, Arthur Weasley avait regroupé ses conseillers autour de lui afin de trouver une solution rapide. Une dizaine de Mangemorts avait déjà été arrêtée et on espérait commencer les procès en octobre.

Gawain Robards préconisait l'Avada Kedavra. Simple et efficace. Trop simple au goût de John Dawlish qui trouvait la méthode trop indolore. Arthur Weasley trouvait au contraire qu'il fallait se démarquer de la pratique barbare et cruelle du Baiser du Détraqueur pour une technique plus moderne et plus expéditive.

Percy Weasley avait de son côté, fait des recherches afin de s'inspirer des pratiques moldues. Avec conviction, il avait exposé, gravures à l'appui, que les moldus obtenaient de très bons résultats avec la guillotine, la pendaison et l'écartèlement. Selon lui, ces méthodes pourtant fiables, étaient cependant en voie d'être supplantées par une technique révolutionnaire : la chaise électrique.

Au grand regret de Percy et de Dawlish, Arthur avait rejeté ces propositions en bloc.

La solution était finalement venue de Howard Hammond, l'assistant de Gawain Robards. Il était originaire du Maine et savait que ses compatriotes d'outre-Atlantique avaient adopté depuis quelques années déjà une pratique répandue dans le monde moldu américain : la mort par injection létale.

La procédure était très précise et très sobre : le condamné était installé et sanglé sur une table. Deux cathéters étaient placés sur son bras afin d'y injecter trois produits consécutivement : le thiopental sodique, destiné à anesthésier le condamné, le bromure de pancuronium afin de paralyser les muscles, et enfin le chlorure de potassium, provoquant l'arrêt cardiaque. Evidemment, les sorciers avaient remplacé ces trois substances par deux potions : le Philtre de Mort Vivante et une potion à base de venin de Taïpan du Désert.

Enfin, pour faire bonne mesure, des spectateurs pouvaient prendre place derrière une vitre afin d'assister à l'exécution.

L'idée plut beaucoup à Robards qui trouvait cette façon de faire très digne. Peu enthousiaste, Arthur Weasley avait finalement cédé même si pour lui, cela revenait à choisir entre l'éclabouille et la dragoncelle. Il fut donc convenu d'inviter un sorcier américain spécialiste de la question afin qu'il supervise les aménagements à faire dans la prison d'Azkaban.

C'était la raison pour laquelle, on trouvait désormais au sous-sol de la prison, un couloir tout à fait moderne, tranchée incongrue et anachronique dans cette forteresse vétuste et vieille comme le monde.

O°O°O°O°O°O°O

Draco se réveilla tellement groggy qu'il mit une bonne minute à se souvenir d'où il était et surtout, pourquoi il y était. Quand il reprit ses esprits, le désespoir s'abattit sur lui comme une chape de plomb et il ne put réprimer un gémissement.

Le cliquetis de la serrure le réveilla pour de bon. Comme un ressort, il se redressa sur sa couchette, le cœur battant à tout rompre.

O°O°O°O°O°O°O

Pour la deuxième fois de la matinée, la cloche de l'entrée de la prison d'Azkaban retentit, tirant le gardien de sa léthargie.

- C'est pourquoi ? demanda-t-il en ouvrant la lucarne.

Deux hommes se tenaient devant la porte. Le cheveu rare et la mine austère, ils portaient de longues capes noires qui flottaient autour d'eux.

- Pompes funèbres Ankow, annonça le plus petit des deux.

Le gardien ne répondit pas et actionna l'ouverture de la porte.

- Allez directement au sous-sol, dit-il en désignant une sorte de monte-charge sur la droite.

Les deux hommes hochèrent la tête et s'engouffrèrent dans la cabine. Celle-ci les mena dans un brinquebalement assourdissant jusqu'à une sorte de hangar au milieu duquel se trouvait un corbillard moldu. Le capot à l'avant était ouvert et des bruits métalliques s'en échappaient.

- Qui est là ? demanda un petit homme en penchant la tête de côté. Ah, c'est vous… J'ai pratiquement terminé de préparer le portoloin, dit-il en rangeant sa baguette dans la manche de sa robe. Vous avez les papiers ?

- Oui. Tenez, dit le plus grand des deux croque-morts en sortant des parchemins de la poche intérieure de sa robe.

- Bien, bien… voyons voir. Attestation de la société de Pompes Funèbres Ankow pour assurer la levée du corps du condamné P-84566… et l'autorisation de l'Office des Portoloins pour la mise en service à destination du cimetière de Walford Raw. C'est en ordre.

Le petit homme ressortit sa baguette et tapota les parchemins qui allèrent se ranger d'eux-mêmes dans un classeur, posé sur un bureau non loin. Il pointa ensuite la baguette sur le moteur du corbillard.

- Portus ! énonça-t-il clairement.

Le véhicule se mit alors à briller d'un éclat bleuté avant de revenir à son aspect original.

- Voilà, dit-il encore. Il est prêt. Vous pouvez attendre dans la pièce à côté. Un sonorus vous appellera le moment venu.

Les croque-morts hochèrent la tête et quittèrent le hangar.

- Pfff… toujours aussi bavards ces deux-là, murmura le petit homme en retournant à son bureau.

O°O°O°O°O°O°O

POV Draco

La porte de ma cellule s'ouvre sur un gardien.

- C'est… c'est déjà l'heure ? je balbutie pitoyablement.

- Presque. Je suis venu vous apporter une tenue propre. Vous êtes également autorisé à vous laver et à vous raser si vous le souhaitez.

- Oui… oui, je veux bien.

- Alors allons-y.

Le gardien fixe mes menottes à un lien magique relié à sa ceinture et rouvre la porte. Il ne m'emmène pas très loin, quelques mètres tout au plus. Nous entrons dans une pièce toute blanche, entièrement carrelée. Sur le mur du fond, est accrochée une colonne de douche. A gauche, se trouve un lavabo surmonté d'un petit miroir. Plusieurs produits sont posés sur une étagère.

Au milieu de la pièce, il y a un petit banc en bois.

- Je vais vous enlever les menottes magiques, dit-il. Ça risque de vous faire mal.

- Je sais.

Je me prépare à encaisser la douleur. Celle-ci me frappe violemment mais je tiens bon.

- Je dois rester ici avec vous, me dit le gardien en sortant sa baguette. C'est la procédure.

- Pas de problème, dis-je en haussant les épaules.

Les vestiaires de Quidditch, les douches communes à Poudlard et les multiples fouilles dont j'ai été l'objet en prison, ont eu raison de ma pudeur. Je me déshabille sans attendre et me dirige vers la douche. L'eau chaude me fait du bien. Le savon, qui n'a pourtant rien de coûteux ou de luxueux, me semble absolument divin.

J'aurais pu y rester encore des heures si mon gardien ne m'avait pas rappelé à l'ordre.

Comprenant qu'il est temps, je sors et me sèche rapidement. J'enfile ensuite la tenue propre que l'homme me tend puis je peigne soigneusement mes cheveux. Puis je me rase à l'aide du rasoir moldu posé sur le lavabo.

Pendant que j'accomplis ces gestes d'une banalité extraordinaire, je me regarde dans la glace. Le miroir me renvoie l'image d'un étranger.

Quand j'ai terminé, je lève les poignets dans la direction du gardien afin qu'il me remette les menottes. Mais à la place des bracelets magiques, j'ai droit à des fers ordinaires.

- Allons-y, me dit-il simplement.

O°O°O°O°O°O°O

POV Harry

- QUOI ENCORE ?

Un visage rubicond et manifestement contrarié s'encadre dans la petite lucarne de la porte d'entrée d'Azkaban.

- Auror Londubat, Auror Finnigan, annonce sèchement Neville. Nous accompagnons Harry Potter.

- Les admissions, c'est de l'autre côté !

- Ce n'est pas une admission. Nous venons pour assister à…

- Ah oui, l'exécution. Encore.

La porte s'ouvre lentement.

- Encore ? Par Merlin, combien de personnes seront présentes ? C'est quoi ? Un spectacle ? dis-je rageusement.

- Tu ne crois pas si bien dire, soupire Seamus.

Nous sommes invités à suivre un couloir étroit qui mène à une pièce plus large où se trouve un gardien derrière un guichet.

- C'est pour l'exécution ? demanda-t-il.

- Oui, c'est pour l'exécution ! Avec un supplément pop-corn et un grand soda !

Neville pose une main sur mon bras dans le but évident de m'empêcher de frapper ce connard. Ce dernier me regarde comme si je parlais le gobelbabil.

- Harry, calme-toi, souffle doucement Neville.

- Vous avez une autorisation ? demande le gardien.

Je lui jette presque à la figure le parchemin signé par Robards. Il l'examine longuement avec de me le rendre.

- Au fond du couloir à gauche, dit-il sommairement en déverrouillant la grille.

Nous suivons tous les trois la direction indiquée et nous entrons dans une petite pièce sombre où des chaises sont installées sur quatre niveaux. Exactement comme au théâtre. Les rangées font face à une vitre, actuellement complètement opaque.

- C'est… c'est…

Je n'arrive même pas à m'exprimer tellement je suis révolté, dégoûté. Depuis quand assiste-t-on à la mort de quelqu'un installé comme dans un lieu de… divertissement ? Une main plaquée sur la bouche, je tente de réprimer le haut-le-cœur qui me tord le ventre.

Je me sens affreusement oppressé. Il faut dire que par mesure de sécurité, la salle est pourvue d'un bouclier anti-magie. Ce double confinement me fait suffoquer.

- Harry ? Tu es sûr que ça va aller ? s'inquiète Seamus.

- Non, ça n'ira pas, dis-je dans un murmure. Ça n'ira pas… mais je dois être là. Il… il ne peut pas… je ne peux pas… le laisser subir… ça… tout seul…

La porte de la pièce s'ouvre à nouveau et Dean Thomas entre à son tour.

- Harry, me salue-t-il.

Je réponds par un signe de tête, incapable de dire un mot de plus.

Tremblant, je m'assieds sur le siège le plus proche de la vitre.

Il est midi pile.

O°O°O°O°O°O°O

POV Draco

Le gardien me laisse à l'intersection d'un couloir où se trouve un autre de ses collègues. Le nouveau venu me fait avancer jusqu'à une porte et me fait entrer dans une pièce tout aussi blanche que la salle de bain que je viens de quitter. Elle est sobre et très dépouillée. En son centre, se trouve une table d'examen semblable à celles qu'on voit dans les hôpitaux. Le long du mur, se dresse une étagère sur laquelle sont posées des fioles et divers instruments d'examen.

A côté de la table, se tient une petite dame grisonnante. Elle ne sourit pas et ses yeux sont froids. Elle me demande de prendre place sur la table. Le gardien m'enlève les menottes et m'aide à m'y allonger car curieusement, mes jambes sont devenues récalcitrantes.

A peine suis-je allongé que des sangles s'enroulent autour de mon torse, ma taille, emprisonnant mon bras gauche au passage, mon bassin et mes jambes.

La femme prend mon bras droit et l'attache sur une sorte d'accoudoir, la paume de la main vers le haut.

- Je vais placer un cathéter dans votre bras. J'y injecterai une première potion, le Philtre de Mort Vivante qui vous plongera dans une sorte de coma. Ensuite, vous recevrez la deuxième potion, celle qui provoquera l'arrêt cardiaque.

Elle débite tout ça avec une certaine lassitude, comme si elle l'avait déjà répété un millier de fois. Ce qui est probablement le cas, du reste.

Je déglutis péniblement et hoche la tête. Puis je grimace de douleur quand elle enfonce l'aiguille dans mon bras. Elle n'est pas vraiment douée pour les injections.

Après quelques secondes et bien que je n'aie encore reçu aucune potion, mon corps se met à trembler de manière incontrôlable.

- Je… je… je suis dé… désolé…

- C'est une réaction normale. Une sorte d'instinct de survie, dit-elle platement. Tenez, prenez ça. C'est une potion calmante.

Avec une douceur inattendue, elle passe sa main à l'arrière de ma tête et la soulève légèrement. Le liquide sucré produit immédiatement son effet. C'est étrange. Dans mon souvenir, la potion de calme a un goût plutôt amer à cause de la valériane qu'elle contient.

Je ne m'attarde pas plus longtemps sur le sujet parce que mon attention est détournée par une sorte de pressentiment.

Mon regard se tourne vers une vitre opaque à laquelle je n'avais pas fait attention jusque-là.

- Qu'y a-t-il derrière cette vitre ? je demande.

- Une pièce de laquelle des… gens peuvent vous voir, me dit-elle alors qu'elle prépare les flacons de potions.

- Des gens ?

- La famille. Des proches. Ou d'autres personnes.

Il est là.

A tous les coups, il est derrière cette foutue vitre. Quelque chose en moi voudrait lui hurler de foutre le camp, que je ne veux pas qu'il me voie comme ça. Mais je ne peux pas.

- Et moi ? Je pourrai les voir ?

- Oui. Vous pourrez les voir. La vitre deviendra transparente au moment où…

- Bien.

Je me doute qu'il n'a pas cru un mot sur le fait que ma cervelle avait été bousillée par le véritasérum, alors je suppose qu'il ne sert à rien que je fasse semblant d'être un légume.

Bien malgré moi, je suis heureux. Je vais le voir. Une dernière fois.

- Tout est en place, dit la femme.

Je ne sais pas si elle me parle à moi ou au gardien qui est toujours présent dans la pièce.

Puis, elle me regarde. Bizarrement. Elle me fait un sourire microscopique et l'espace d'un seconde, la compassion se lit dans ses yeux.

- Tout va bien se passer, me dit-elle en pressant légèrement mon bras. Vous ne sentirez rien.

Un petit tintement venu de nulle part indique qu'il est midi.

Je tourne la tête sur la gauche au moment où la vitre devient transparente. Je note confusément qu'il y a plusieurs personnes dans la pièce mais mes yeux ne parviennent à en voir qu'une seule.

Harry a bondi de son siège et est littéralement collé à la vitre, les deux mains de part et d'autre de son visage. Il est assez près pour que je vois ses yeux se remplir de larmes.

Oh, ne pleure pas Harry. Il n'y a pas de raison. Je m'en vais heureux, grâce à toi. Parce que depuis que je t'ai retrouvé dans ce night-club, ma vie a soudainement pris un sens. Parce que ces trois mois où nous avons été ensemble ont été les plus beaux de mon existence.

- Je t'aime, j'articule silencieusement.

Tu m'as compris et tu me le dis en retour, plusieurs fois, comme une litanie.

A côté de moi, je sais, je sens que la médicomage est en train de m'injecter la première potion. Une douce chaleur se répand dans mon bras, puis dans ma poitrine. Elle remonte le long de ma nuque et va m'emporter bientôt.

Le plus longtemps possible, je garde les yeux ouverts.

Mon champ de vision se résume à toi. Tout comme mon existence qui s'achève maintenant. Je réalise qu'il n'y a jamais eu que toi et moi. Comme le yin et yang, le noir et le blanc, le bien et le mal, la vie et la mort. Depuis toujours.

Et l'admettre enfin me libère du poids de la colère, de la rancœur que j'ai nourrie à ton égard pendant tellement d'années.

Ma vue se brouille. Je ne sais pas si ce sont les larmes ou la potion. Mes yeux se ferment pour la dernière fois.

A l'heure où je quitte ce monde, je souris. Parce que derrière mes paupières closes, je peux encore voir ton doux visage, imprimé pour l'éternité.

O°O°O°O°O°O°O

POV Harry

- Draco…

Au moment où tu fermes les yeux, j'ai l'impression la Terre s'arrête de tourner.

Comme au ralenti, je vois la médicomage injecter dans le tube le contenu de la deuxième fiole. Ce poison qui fera que ton cœur cessera de battre.

Quand c'est fait, elle prend sa baguette et murmure quelque chose. Elle recommence à trois reprises.

Finalement, elle se détourne de toi pour fixer quelqu'un à côté de moi. Dean Thomas. Il est là au nom du Ministère et du Magenmagot pour superviser l'exécution. Elle lui fait un léger signe de tête auquel il répond de la même manière.

- C'est fini, dit-il.

La femme fait alors apparaître un drap immaculé duquel elle te recouvre entièrement.

Au même moment, deux hommes en noir entrent dans la salle. Ils ont avec eux un brancard lévitant sur lequel ils te posent précautionneusement. Et ils t'emmènent là où je n'ai pas le droit de te suivre. Pas encore.

- Viens Harry, dit quelqu'un derrière moi. Partons d'ici.

Ma tête bourdonne. Alors que je me retourne pour voir qui me parle, mes jambes cèdent sous moi. Des bras me rattrapent, quelqu'un crie mon nom. Mon corps tremble. Des points noirs dansent devant mes yeux.

Puis plus rien.

O°O°O°O°O°O°O

Walworth, Londres.

- Harry ? Harry ? Tu vas bien ?

Harry papillonna des yeux avant de parvenir à les ouvrir complètement.

- Où… où suis-je ? croassa-t-il.

- A Walworth, dit Abigail en l'aidant à se redresser. Tu as perdu connaissance à la prison. Seamus et Neville t'ont amené ici.

Ses deux amis se tenaient debout à côté du canapé-lit, un air inquiet sur le visage. A côté d'eux, Théo et Greg semblaient sur le qui-vive.

- Je… je suis désolé… j'ai perdu les pédales… c'est…

- C'est normal, dit Gregory. Personne ne peut sortir indemne d'une épreuve pareille.

- Pour vous aussi, ça a été difficile… commença Harry.

- Nous, c'est différent, coupa Théo.

Harry opina silencieusement. Il prit alors conscience que Théo avait une coupure à la lèvre et à l'arcade sourcilière, ainsi qu'un œil complètement tuméfié, comme s'il s'était battu. Le regard que Théo lui lança le dissuada cependant de poser des questions.

- Je suis resté inconscient si longtemps ? demanda-t-il à la place, notant que le soleil était déjà presque couché.

- Non, dit Seamus. Après être arrivé ici, tu as repris connaissance mais tu étais terriblement agité. Abby t'a donné une potion de sommeil pour que tu récupères un peu.

- Tu te sens mieux ? demanda Neville.

- Oui…oui, je pense, dit Harry. Merci.

Il se leva et se dirigea vers la chaise où était posée sa veste.

- Que fais-tu ? demanda Seamus.

- Je vais rentrer.

- Rentrer ? Où ça ?

- A Cokeworth.

- Pourquoi ne viens-tu pas chez moi ?

Harry se força à garder son calme. Ce n'était pas juste de passer ses nerfs sur Seamus.

- Ne… ne le prends pas mal Seamus. Mais j'ai besoin d'être seul.

- Harry, commença Neville. Tu ne vas…

- Non, je ne vais pas faire de connerie, répliqua-t-il d'un ton plus sec qu'il ne l'aurait voulu.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, répondit Neville.

- Laissez-le tranquille, intervint Gregory. S'il a besoin d'être seul, respectez-le, bordel !

Les deux gryffondors se crispèrent perceptiblement.

- Seamus, Neville, dit Harry d'un ton calme. Je vous remercie de vous inquiéter mais je vais bien... enfin, non… mais ça ira mieux… et pour ça, j'ai besoin…

- D'être seul. Ça va, on a compris, répondit Seamus un peu vexé.

- Merci.

Il sortit de l'appartement et transplana vers le seul endroit où il avait envie d'être en ce moment.

O°O°O°O°O°O°O

Loutry-Sainte-Chaspoule

Harry avait menti. Il n'allait pas rentrer à Cokeworth. Il voulait venir ici, sur la tombe de son meilleur ami.

Malgré la pénombre, il parvint à se diriger dans les allées du petit cimetière. Après quelques minutes, il trouva ce qu'il cherchait : une pierre tombale en granit gris foncé, sur laquelle on pouvait lire :

Hermione Granger-Weasley

19 septembre 1979 – 20 juillet 2005

Ronald Weasley

1er mars 1980 – 25 juin 2010

Pour toujours

Harry s'agenouilla devant la pierre froide et caressa d'un doigt tremblant les lettres dorées.

- Vous me manquez tellement tous les deux.

Le cœur meurtri, il se recroquevilla contre la stèle, les genoux entre les bras.

- Comment as-tu pu survivre à ça aussi longtemps, Ron ? Il est parti depuis moins d'une journée, et je n'ai qu'une envie, aller le rejoindre. Dis-le moi… dis-moi comment tu as fait pour continuer à vivre alors que tu savais que tu ne la reverrais plus jamais ?

D'un revers de la manche, il essuya les larmes qui coulaient sur ses joues.

- Je me sens tellement égoïste, tellement pitoyable… tellement coupable aussi de ne pas avoir compris l'enfer que tu as vécu. Oh, Ron… pourras-tu me pardonner un jour ?

Harry ne sut pas combien de temps il resta là, à parler à son ami défunt, à pleurer, à lui demander pardon mais quand il releva la tête, il faisait nuit noire. Le ciel était limpide, parfait pour observer les étoiles.

Machinalement, comme il le faisait depuis douze ans, il chercha Sirius avant de se rappeler qu'elle n'était plus visible après le solstice d'été. Alors, il chercha autre chose.

Lui qui n'avait jamais été intéressé ou très attentif au cours d'astronomie, il avait fini par savoir identifier toutes les constellations visibles depuis l'hémisphère nord. C'était devenu une sorte de réconfort, une conviction rassurante qu'il n'était jamais vraiment seul.

Il la repéra enfin. Immense. Et surtout fidèle. Parce que quelque soit l'endroit où l'on se trouvait dans l'hémisphère nord, elle ne disparaissait jamais sous l'horizon.

Dans le ciel noir de ce petit village d'Angleterre, Harry regardait la constellation du Dragon. Ses étoiles semblaient briller plus fort que d'habitude, comme pour lui dire : « je suis toujours là ».

A suivre...