Bonjour bonjour ! Ou plutôt bonsoir, vu l'heure qu'il est. XD
Ben dis donc, j'ai perdu vachement de lectorat. O.o On dirait que cet arc n'a pas eu le succès escompté. Tant pis. De toute façon, on arrive à la fin…
: Journal des Reviewers :
Tigrou19 : Hélas pour Sanae, non. Elle ne pourra plus rejouer de la harpe, elle les a définitivement perdus pour toute activité qui demande trop d'articulation carpienne. Quand Kaoru lui répondra ? Ah, mais je ne sais pas, moi… XD Mais si, je le sais, mais je dirai pas. XD Niark ! Kiss et merci !
Arekuruu : Contente de te revoir et de voir aussi que ça te plait ! C'est vrai que ça aide à mort de lire des beaux textes écrits d'une main de maître comme ma senseï vénérée. Kiss et merci !
Sakimin : Mais bien sûr que je suis sadique. T.T Tu ne l'avais toujours pas vu ? D'ailleurs, ça m'étonne que je n'ai tué personne car en général, je tue mes persos OC. Mdr ! Le piano pour Sanae ? Aïe, vu l'état de ses doigts, non, elle ne pourra pas. Ca demande trop de travail. Mais bon, elle est encore vivante, c'est déjà ! Kiss et merci !
Comme annoncé, un chapitre qui ne sert à rien dans l'intrigue, mais je voulais quand même le faire pour faire césure avant le big final.
J'en profite aussi pour vous souhaiter à tous et toutes une très bonne année 2008 avec plein de bonnes choses, des bonnes fictions à lire pour les lecteurs et des tonnes d'inspiration pour les écrivains ! KISS A TOUS !
Chapitre 38 : Toi, moi, elles
La journée du 30 août fut étrange pour Hikaru et Kaoru. Suite à la demande des médecins, ils avaient quitté la résidence de Naoko Suzumura pendant la nuit pour retourner chez eux afin de laisser les filles récupérer pleinement. Kaoru s'était rapidement fait prendre dans la chambre de Sanae et s'était fait congédier sur le champ, non sans remontrances bien senties des hommes en blouse blanche. Ils apprirent par la même occasion que physiquement – hormis Sanae qui avait perdu ses doigts – les jumelles s'en étaient mieux sorties qu'ils ne l'auraient cru et pourraient se déplacer à condition qu'elles ne bougent pas de la journée.
Les jumeaux étaient donc repartis chez eux à contrecoeur, gênés de ne pas pouvoir rester auprès de leurs futures qui leur avaient demandé de « se préparer pour le 31 plutôt que de faire les gardes malades ». Ils avaient obéi, mais avec cette étrange lueur au fond des yeux, ils auraient juré que c'était surtout pour parler entre elles des derniers événements de la nuit.
Ils revinrent au pavillon secondaire vers les 5h30 du matin, accueillis par des domestiques morts d'inquiétude pour leurs jeunes maîtres qui n'avaient pas pensé à les prévenir de leur absence prolongée. Ils étaient encore si énervés par les récents événements que leur fatigue avait presque disparu. Ils prévinrent leurs parents de ce qui s'était produit et ceux-ci voulurent décaler la fête de fiançailles comme les Suzumura l'avaient suggéré auparavant. Les garçons auraient aimé faire cela, mais Sayuri et Sanae semblaient décidées. Et quelque part, au fond d'eux, ils se disaient qu'ils ne pouvaient plus remettre les choses au lendemain après cela.
Ils ne réussirent pas à dormir durant les quelques heures de la nuit qu'il restait, jusqu'à ce que leur épuisement refoulé et le trop plein d'émotions eurent raison d'eux pour les emporter loin de tout ce stress. Ils se réveillèrent à midi, très fatigués, mais décidés à ne pas rester inactifs. Ils mangèrent peu, s'habillèrent et se ruèrent sur le téléphone pour prendre des nouvelles de Sayuri et Sanae. Ils eurent Amaya dont la voix indiquait clairement qu'elle n'avait pas dû beaucoup dormir elle non plus.
C'était à Monsieur et Madame Suzumura qu'avait incombé la pénible tâche d'annoncer à la plus jeune des sœurs qu'elle ne pourrait plus jamais exercer son rêve. Sanae n'aurait rien dit d'autre qu'un « Ah… » dévoisé qui s'était très vite accompagné d'une plainte déchirante et des pleurs. Kaoru enrageait de ne pas avoir pu être près d'elle pour la soutenir dans ce moment difficile. Il avait très souvent pensé à la jeune fille, prostrée dans son lit à ruminer son désarroi en silence, seule avec les sons de sa harpe pour l'accompagner du fond de sa réminiscence.
- Ca lui a fait un choc terrible, bien qu'elle dise qu'elle pourra trouver une autre passion… déplora Madame Suzumura.
- Dites-lui que… je pense à elle, pria Kaoru, surpris par ce qu'il disait.
- Je le lui dirai.
- Madame Suzumura, et Sayuri ? Comment elle va ? s'enquit Hikaru en prenant le combiné des mains de son autre.
Sayuri ne tenait déjà plus en place. Elle avait les hôpitaux en horreur, et bien que l'endroit dans lequel elle se trouvait n'en était pas un, il y ressemblait suffisamment pour donner envie à la jeune fille de prendre ses jambes à son cou. Elle s'entraînait déjà à marcher avec ses béquilles car elle avait refusé d'utiliser un fauteuil. A entendre cela, les jumeaux échangèrent un sourire amusé. Voilà Sayuri qui était prête à courir un rallye le jour de ses fiançailles. Elle ne changerait jamais.
- Et vous deux ? Vous allez bien ? s'enquit la jeune femme.
- Nous sommes soulagés, surtout, confièrent-ils d'une même voix. Vous devriez vous reposer un peu, Madame Suzumura. Transmettez nos hommages à votre époux.
- Je n'y manquerai pas. A demain soir, 21h au manoir.
Hikaru coupa la communication et reposa le combiné sur le téléphone. Le silence autour d'eux déversait une curieuse atmosphère, comme s'ils s'étaient téléportés dans un monde parallèle à l'environnement étrange. L'air laissait flotter un parfum de surréalisme qui leur procurait une sensation bizarre dans l'estomac. Leurs futures fiancées avaient été victimes d'un accident et d'un maniaque, l'une d'elle venait de dire adieu à son rêve et eux, ils restaient, seuls, à se dire que dans un peu plus de 24 heures, ils seraient dans une grande fête de fiançailles au manoir Suzumura avec les deux familles et des discussions à la pelle à propos de mariage. Le décalage était si brutal qu'aucun des jumeaux ne savait quoi en dire. Leur cerveau n'était plus que vapeur, leur façon de pensée, liquide.
Hikaru vint chercher la main de son autre pour quémander un peu de réconfort et aussi pour lui faire savoir qu'il était près de lui. Kaoru répondit à son appel et resserra ses doigts autour des siens mais ne dit cependant rien, les yeux perdus dans le vague. Il avait le sentiment qu'il devait être ailleurs. Loin, très loin de tout ce miasme insolite qui lui donnait mal au cœur.
- Viens, on va s'asseoir, proposa-t-il enfin en entraîna son aîné.
Il faisait calme dans le pavillon secondaire. Les garçons avaient ordonné aux domestiques de ne les déranger sous aucun prétexte sauf extrême urgence. Ils avaient besoin de se reposer et de se remettre des derniers événements.
Ils se posèrent ainsi dans le fauteuil crème de leur immense salon, l'un près de l'autre. Ils ne se parlèrent pas pendant un long moment, tranquillement bercés par le « tic tac » grave d'une grosse horloge. Il demeurait dans leurs têtes des sons qu'ils leur étaient marquants. La course de leurs pas dans la forêt, le sang qui battait à leurs oreilles, le grincement des portes qu'ils poussaient dans le noir, une respiration saccadée, des cris, des sons métronomiques du matériel médical. C'était gravé. Peut-être pour toujours.
Après un temps, Kaoru redressa la tête de l'épaule de son frère et lui sourit.
- Enfin.
Hikaru se tourna près son jumeau et analysa son regard pour comprendre de quoi il lui parlait. Il n'eut pas à chercher bien longtemps.
- Ah… fit-il mollement en se passant la main sur la nuque. Il semblerait, oui…
- Tu l'aimes ?
Hikaru baissa les yeux et fit silence avant de se caler au font du canapé.
- Je ne sais pas si c'est de l'amour. En tout cas, je ne la vois plus comme une « ennemie » ou une fille hautaine et possessive. Je suis vraiment content qu'elle n'ait rien. Mais là, je crois que le poids de cette nuit et la venue des fiançailles m'assaillent trop pour que je puisse voir clair dans mes sentiments.
Il eut un faible rire, un rire de coupable.
- Ah ah… Je ne sais même pas comment je fais pour être encore autant dans le brouillard avec tout ça… Je crois qu'en fait, je veux toujours me persuader que tu es le seul et unique être de ma vie à qui je veux dire « Je t'aime »…
Kaoru écarquilla lentement les yeux de surprise, ému par cette déclaration d'amour. Jusqu'au bout, Hikaru ne voudrait jamais mettre son cadet sur un pied d'égalité avec une autre personne.
Il sourit.
- Hé. Un frère et une fiancée, ça ne se place pas au même niveau. Tu aurais toujours mon exclusivité, même si tu aimais vingt filles à la fois.
- Idem pour toi.
Ils échangèrent un regard complice. Le genre de regard qui ne trompait jamais sur leur relation et leur attachement mutuel.
- Et toi, avec Sanae ?
- Ah, moi… Eh bien… commença Kaoru d'une petite voix. Elle m'a avoué ses sentiments.
Le début de sourire d'Hikaru se fana lorsqu'il vit son petit frère couvrir ses yeux d'une main avec un rire aigre doux.
- Elle… C'était tellement fort. Elle m'a dit qu'elle pensait à moi alors qu'elle aurait pu mourir dans ce puit… Qu'elle voulait s'en sortir juste pour me voir et me dire qu'elle m'aimait… Si tu savais comme je me sens mal… Depuis le début, elle est si adorable avec moi, elle m'a tout pardonné… Et là, elle me dit qu'elle m'aime et moi, j'ai été incapable de lui répondre alors que… que moi aussi, je… Hikaru… Je ne peux pas…
Hikaru ne comprenait pas. Il avait compris depuis bien longtemps maintenant que Kaoru n'était pas indifférent face aux charmes et à la douceur de la cadette Suzumura et maintenant qu'il savait clairement les sentiments de la jeune fille à son égard, le voilà qui semblait apeuré de recevoir telle considération.
Le jeune homme passa les bras autour de son autre et fut surpris de découvrir qu'une larme avait réussi à filtrer de ses yeux.
- Kaoru… ? Mais qu'est-ce que…
- Hikaru… Je ne peux pas te dire que je l'aime aussi alors que toi, tu ne sais pas si tu aimes aussi Sayuri. Je ne veux pas que tu crois que je t'ai balayé, je veux qu'on soit toujours à égalité tous les…
- Crétin.
A ce mot, Hikaru donna une pichenette dans la glabelle de Kaoru qui redressa la tête avec une expression surprise. Son frère croisa les bras sur sa poitrine et le regarda avec fermeté.
- Arrête de t'effacer devant moi comme ça, commanda-t-il en le jaugeant. Sanae est une fille parfaite pour toi. Alors, tu arrêtes de te préoccuper pour quelque chose que je sais déjà et tu aimes cette fille comme tu n'aimeras jamais une autre, d'accord ? Si tu passes à côté de ça, je ne te le pardonnerai jamais.
Il lui attrapa la tête et lui fit un shampooing énergique.
- Je le sais que tu m'aimes, idiot ! C'est à cause de moi que tu te freines depuis le départ. Tu te laisses aller maintenant, pigé ?
Kaoru vit son brouillard intérieur se dissiper comme le soleil venait transpercer les nuages de pluie de ses flèches d'or. C'était donc cela ? C'était donc pour cela qu'il n'avait jamais osé répondre franchement aux gestes, aux regards et aux attentions de Sanae ? Cette réserve, cette façon de tout faire en détourné ou en cachette, c'était parce qu'il pensait peiner Hikaru à cause de l'intérêt qu'il portait à Sanae ? Depuis tout ce temps, même sans s'en apercevoir, il avait tout fait… pour son autre ?
Oui, c'était évident pour Kaoru à présent. Il n'avait jamais cessé de penser à Hikaru et à la place qu'il occupait dans son cœur. Bien que Sanae eût réussi à y gagner sa place, il n'avait pas su se résoudre non plus à déplacer son frère. Et lui qui poussait constamment Hikaru à essayer de comprendre Sayuri et à ne pas abandonner, il avait fait tout l'inverse en s'interdisant d'aimer Sanae. Et là, Hikaru lui donnait sa bénédiction.
Kaoru ferma les yeux et sa dernière larme, d'émotion cette fois, mourut sur son sourire.
- Quels idiots on fait…
- Tout en paradoxes et contradictions, termina Hikaru. Au final, tous les deux, on aura tenu notre promesse jusqu'au bout. On ne s'est jamais oubliés l'un l'autre.
- Et on ne le fera jamais.
Ils se prirent dans les bras l'un de l'autre. L'atmosphère n'était plus du tout la même à présent. Désormais, ils étaient dans l'anti-chambre d'une nouvelle vie et ils se souhaitaient chacun bonne chance avec la bénédiction de l'autre. Ils étaient purifiés du moindre doute et délestés de leurs inquiétudes. Chacun avait trouvé son bonheur et se sentait un peu plus grandi à la sortie de ce tunnel long d'un mois. Demain soir, ils seraient fiancés aux filles les plus incroyables qu'ils eurent connues et avaient enfin compris que le monde en dehors de leur bulle « Nous » n'était pas fait que de faux-semblants et d'hypocrisie.
Cette journée fut dédiée à Hikaru et Kaoru ainsi qu'à leurs souvenirs avec les jumelles depuis le début de cette aventure. Il s'en était passé des choses. Beaucoup de choses. Des bonnes choses, des mauvaises, des tristes, des joyeuses. Ils avaient tout accepté, le bon comme le mauvais. Peut-être parce qu'au fond ils savaient qu'ils avaient été engagés contre leur gré et qu'ils ne pouvaient pas se permettre de rechigner.
Mais avec le temps, ils avaient compris qu'ils avaient eu le choix. Le choix de rester butés et fermés dans leur bulle ou au contraire, d'essayer d'accepter les choses et de les comprendre afin de les rendre plus faciles. Au départ, ils avaient choisi la première option, bien résolus et décidés, poussés par la révolte qui avait grondé en eux au moment de l'annonce de leurs futures fiançailles. La suite, nous la connaissons tous et eux aussi. La personnalité forte et fragile de Sayuri et Sanae avait fini par toucher leur cœur et à les intriguer suffisamment pour tenter de rentrer dans l'univers des jumelles. Ce dont ils ne s'étaient pas rendu compte, c'était qu'eux–mêmes avaient quitté leur propre bulle pour aller en explorer une autre. Et cela en avait valu le coup.
Ils se remémorèrent beaucoup de choses cet après-midi-là. Des souvenirs vagabonds qui allaient et venaient pour repartir aussitôt dans leur tête. Au centre de toutes ces pensées : eux et elles. Au début, leurs disputes surtout. Vers la fin, plutôt les sourires des filles.
Avaient-ils changé pour autant ? Peut-être bien que oui. Sûrement même. Ils avaient mûri, ils avaient appris à être plus tolérants, plus patients, plus ouverts. Et tout cela, sans ne s'être jamais oubliés. Et ça, c'était leur plus grande crainte en même temps d'être leur plus grande fierté. Ils avaient réussi à se conserver et à protéger leur univers.
Leur imprenable gémellité avait été mise à l'épreuve par la plus dure des expériences imaginables : l'arrivée inopinée d'une fille. Ou plutôt de filles. Pendant longtemps, même s'ils n'en avaient jamais parlé, Hikaru et Kaoru redoutaient cette période de la vie qui les ferait s'intéresser un jour aux filles, que ce soit à l'adolescence, période naturelle pour ce genre de choses, où à l'âge adulte, quand il s'agirait de conserver la fortune familiale. Les deux cas de figures étaient arrivés en même temps et ils avaient réussi.
- Tu te rappelles le premier soir ? demanda Hikaru qui dégustait une glace nappée de coulis au fruits rouges. Nos premières joutes verbales…
- Ooooh que oui. Sur le coup, j'étais impressionné de rencontrer une fille qui nous était aussi hostile…
« - Et… allez-vous faire quelque chose pour vos vacances d'été ? demanda Hikaru avec un sourire courtois à Sayuri en face de lui.
Cette dernière essuya discrètement sa bouche dans sa serviette brodée et haussa les épaules. - Je suppose que nous allons nous ennuyer à mourir… dit-elle simplement. - Sayuri, as-tu oublié ce que nous avons convenu avec Madame Hitachiin ? lui rappela son père. - Quoi donc ? s'enquirent les jumeaux, intrigués. Leur mère termina sa bouchée de bœuf bourguignon et leur annonça qu'elle-même et Monsieur Suzumura, afin qu'eux et les jumelles pussent faire plus ample connaissance, avaient décidé de leur allouer à tous les quatre un pavillon secondaire de la famille Hitachiin pour le mois d'été qui s'ensuivait. - Voyons, Sayuri… gronda son père. Tu avais oublié ? La jeune fille dégagea une mèche de cheveux de son épaule avec un petit rire cristallin. - Suis-je bête. J'avais la tête ailleurs, s'excusa-t-elle avec minauderie. »
A ces mots, les Suzumura relevèrent la tête de leur assiette et regardèrent leur fille, les sourcils froncés.
Tu parles d'une peste. Elle n'en ratait pas une. Toutefois, ils étaient forcés de reconnaître que c'était cette animosité qui avait piqué leur curiosité. Ils firent silence pour s'imprégner de ces souvenirs qui à présent, les faisaient doucement rire. Ce n'était qu'il a un mois, et pourtant, cela leur paraissait si loin.
Hikaru releva les yeux.
- Et ça a duré comme ça jusqu'à la crise de Sayuri…
«- Même si nos parents nous ont jugées nubiles, JAMAIS je n'accepterai mon mariage et celui de ma sœur avec deux garçons comme vous qui se sont impatronisés dans le mensonge !
- Quel mensonge ? s'insurgèrent-ils.
- Celui que vous réitérez tous les jours dans votre maudit Cercle d'hôtes !! Vous ne faites que mentir à toutes ces filles qui viennent vous voir en vous donnant grossièrement en spectacle ! Vous vous jouez des sentiments de vos clientes comme vous vous jouerez des nôtres !!! Vous ne profiterez jamais de nos sentiments pour les piétiner ! »
Tout cela pour se protéger ainsi que sa jumelle. C'était à ce moment-là qu'ils avaient compris que le visage dur et froid de Sayuri n'était qu'une façade. Elle n'était qu'une sœur qui serait prête à tout pour son autre, même jusqu'à se faire haïr de celle-ci.
Kaoru ferma les yeux avec un sourire nostalgique.
- Peu après, c'est là que Sanae a réussi à m'atteindre, lors de cette nuit de camping sauvage…
«- Sanae-san… ?
Il s'agenouilla prudemment devant la jeune fille et posa la main avec douceur sur sa tête pour ne pas l'effrayer. Elle frissonna. Elle avait la chaire de poule qui s'étendait sur ses bras et ses jambes. Sanae releva très peu la tête, de peur de voir tout ce noir autour d'elle, mais Kaoru pouvait voir ses larmes briller dans l'ombre. Quand il capta ses yeux, il lui sourit.
- Nous sommes désolés, on ne savait pas que...
Elle cligna des paupières et une autre larme roula sur sa joue.
- Kaoru !
Elle s'était brusquement redressée et s'était réfugiée contre lui, tremblante de tous ses membres. Un peu déstabilisé, Kaoru fut sensible à la peur de Sanae et, d'un geste d'abord hésitant, il la tapota maladroitement dans le dos.
- Ca va, ne t'inquiète pas. »
Ce moment resterait l'un des meilleurs à la réminiscence de Kaoru. Son premier vrai contact avec Sanae. Il s'était surpris à frissonner à son contact, étonné de réagir au toucher d'une autre peau contre la sienne. Un instant, il s'était détesté de ressentir un tel trouble pour une personne qui n'était pas Hikaru. Mais vite, bien vite, la cadette Suzumura avait su lui donner l'envie d'essayer de l'approcher encore.
- Et quand elles sont reparties chez elles ? firent-ils d'une même voix.
Ils rirent de leur synchronisme.
- On aurait pu tout arrêter à ce moment-là, fit sagement remarquer Hikaru.
- Mais on voulait quand même les garder avec nous, même si on ne savait pas pourquoi…
« - Vous revenez ?
Elles se regardèrent entre elles avant de planter leurs yeux dans les leurs.
- Que sommes-nous au juste pour vous ?
Les garçons se regardèrent à leur tour. Etrange. A présent qu'ils avaient failli les perdre, la réponse leur vint toute seule. Ce fut avec un doux sourire qu'ils leur répondirent :
- Des amies, ça serait déjà bien, non ?
Elles ne s'attendaient pas à cela et la surprise se lisait clairement sur leur visage. Des amies. Et quand ils leur tendirent la main pour les inviter à les rejoindre, elles comprirent qu'ils disaient vrai. Alors, chacune accorda sa main au garçon qui la lui proposait et elles descendirent les marches.
- Alors, vous revenez, dirent-ils. »
Cette nuit avait été étrange à bien des égards. Les garçons s'étaient sentis guidés par une force invisible qui les poussait à faire cette opération commando. Hikaru avait été intrigué par la gêne qu'il avait rencontrée dans les yeux de Sayuri une fois qu'il s'était retrouvé en face d'elle. Et Kaoru avait eu son premier geste impulsif envers Sanae lors de cette coupure d'électricité.
Puis, les garçons se turent pour revoir en silence une émotion qui leur était personnelle. Un fragment de temps figé dans leur mémoire qu'ils se passeraient souvent dans leur tête au vu de l'intensité du moment.
Hikaru ferma les yeux pour se revoir au bord du lac de leur propriété pendant une nuit de pleine lune resplendissante. Et au milieu de l'obscurité d'argent, les gouttes de cristal qu'une ballerine désemparée faisait voler au rythme de ses pas de danse. Il voulait la sauver.
« - Pourquoi ? Pourquoi tu refuses encore mon aide, Sayuri ?
- Parce que je pense t'avoir déjà assez déçu, Hikaru Hitachiin !
Une fine larme fila la joue droite de Sayuri. Sa traînée transparente brillait tel du vermeil. Hikaru baissa la tête, les yeux cachés par sa frange.
- Imbécile !
Un bruit d'eau éclaboussa le silence. Quand la lune réapparut de derrière son nuage, elle éclaira Hikaru qui avait attiré Sayuri contre lui, un bras autour de son bas dos et l'autre à l'arrière de la tête.
- L… Lâche-moi tout de suite !!
- Tu n'as vraiment rien compris. Tu n'as jamais eu à me prouver ta valeur. Jamais. Au contraire, tu as toujours su éveiller ma curiosité et mon intérêt, même lors de notre première rencontre.»
Kaoru n'oublierait jamais les larmes de Sanae lors de cette nuit, sous le ciel de Versailles. Dire qu'elle avait cru pendant un moment qu'il la méprisait et qu'il ne voudrait jamais d'elle… Alors qu'il venait juste de s'apercevoir que c'était tout le contraire.
«- Sanae…
- Hmmmm… ?
Silence.
- Quels sont tes sentiments pour moi ?
Sanae sourit comme si elle avait compris qu'il voulait la piéger.
- Des sentiments… que je garde avec moi… depuis longtemps… très… longtemps…
Et elle sombra de nouveau dans les vapeurs de son champagne, endormie dans son sourire. Elle était craquante comme ça en plus d'être drôle. Vraiment craquante…»
Ils pouffèrent de rire en silence en se rappelant la venue des sœurs de la Cavelle. Jamais ils ne s'étaient autant amusés à voir des filles se battre en elles, bien que l'addition fût salée à l'arrivée. Ils l'avaient bien cherché et comprenaient aujourd'hui qu'ils n'avaient pas joué sur les bons tableaux. La chose avait eu son bon côté : Hikaru et Sayuri s'étaient enfin expliqués comme il se devait.
« - Toi aussi, le basket ? fit Elvire en riant. J'en ai fait pendant un temps. Sugoi, nee ? Tu crois que c'est le destin qui nous a fait nous rencontrer ?
Sayuri tilta. Perche repérée. Perche bloquée. Lancement du missile :
- Non, juste la simple malchance.
Hikaru profita qu'Elvire avait toujours la tête vers Sayuri en train de la foudroyer des yeux pour se mordre la langue et s'empêcher de rire. Olympienne ! Elle était dans une forme olympienne. Et pour une fois que ce n'était pas lui qui se prenait ses répliques vénéneuses, c'était d'autant plus agréable !
Enhardie par cette première victoire, Sayuri s'accouda tranquillement à la table, les mains croisées sous le menton et s'autorisa un entracte :
- Laisse tomber, Elvire-chan. Ces deux-là font déjà tourner beaucoup de têtes.
- Et toi beaucoup d'estomacs. »
Ils s'arrêtèrent de rire. Après, il y avait eu…
Dehors, le soir était tombé depuis un moment déjà. Ils avaient refusé de dîner. Ils n'avaient pas vraiment faim et étaient trop absorbés par leurs pensées pour daigner sortir de leur chambre. Il était 22 heures. Dans moins de vingt-trois heures, ils seraient officiellement fiancés aux jumelles Suzumura.
Roulés en boule l'un près de l'autre en se tenant la main, Hikaru et Kaoru regardèrent le plafond, l'expression étrange. Après un long silence…
- Au fait, elle embrasse bien ?
Ils clignèrent des yeux avant de se fixer l'un l'autre. Puis, ils éclatèrent de rire. Un rire franc, chaleureux. Un rire d'enfants, un rire de jumeaux fusionnels qui ne s'éteindrait jamais et surtout pas demain qui marquerait le dernier jour de leur indolence.
Je sais qu'en général, les épisodes « flash backs souvenirs » ne plaisent pas. (J'avoue, moi-même, j'aime pas trop… -.-) Toutefois, je me devais de faire un chapitre comme ça. Je voulais me pencher un peu sur les jumeaux et qu'ils se fassent un petit bilan.
Prochain chapitre : 31 août ! Enfin ! DE QUOI ?!
