Peter discutait avec un garçon un peu plus grand que lui, aux cheveux châtains et aux yeux chocolat. Les deux adolescents étaient devant le lycée, sac sur le dos et main dans les poches. Le loup garou regarda sa montre et se passa une main dans ses cheveux en regardant le parking. Son interlocuteur lui poussa l'épaule :
— Arrête de t'inquiéter ! Ton Chris va arriver.
— Je sais. Mais je m'inquiète quand même …
— On dirait un vrai petit couple ! se moqua son ami.
— Arrête, Mark ! soupira Peter. C'est juste que Chris et moi, on est super amis. On se connaît depuis la 6ème … On a passé tout notre collège et tout notre lycée ensemble. On se connaît par cœur.
— C'est ce que je dis. Un vrai petit couple.
Le loup garou leva les yeux au ciel et Mark lui désigna soudain le parking.
— Tiens, voilà ta moitié. Qui est avec … Une fille ? Il te trompe ?
Peter observa Chris descendre de sa voiture et la verrouiller après qu'une petite blonde ait fermé la porte passager.
— C'est sa sœur. Elle s'appelle Kate, indiqua le loup garou.
— Oh, tu connais même sa famille …
— Arrête, ordonna Peter en adressant un regard noir à son ami.
Chris s'approcha de ses deux amis et tendit la main pour les saluer, tandis que sa sœur le suivait de près. Comme Mark observait la blonde, son frère la présenta :
— Les gars, voici Kate, ma …
— Ta sœur, ouais. Peter me l'a déjà dit !
— Elle rentre en 6ème cette année …
— Ah, ça, Peter ne me l'avait pas dit.
— Mark, si tu continues à être un gros lourd, je vais te mettre mon poing dans la tronche. Et bonjour, Kate. J'espère que tu vas te plaire, au collège.
Le loup garou sourit à la jeune fille, qui rougit et tenta de lui sourire en retour, mais finit par piquer un fard. Peter et Chris se jetèrent un coup d'œil complice. Ils savaient tous les deux que Kate avait un petit faible pour le loup garou.
Les quatre adolescents finirent par rentrer dans l'établissement scolaire en bavardant de tout et de rien.
# #
— Un quoi qui a fait quoi ?
La fourchette de Peter s'était arrêtée à mi-chemin entre sa bouche et son assiette pendant que le lycanthrope fixait son meilleur ami. Chris se frotta le menton et jeta un regard autour de lui pour s'assurer que personne ne les écoutait. Ils avaient choisi une table un peu en retrait, pour être sûr de ne pas être entendu.
— Un loup garou qui a attaqué un joggeur, ce matin, tôt.
Peter souffla et posa sa fourchette dans son assiette.
— Attends, quand tu dis un loup garou … Tu veux dire que tu es archi cent pour cent sûr que c'est un loup garou ?
— On a retrouvé des morsures sur le corps du joggeur. La police en a déduit que c'était une attaque d'animal, probablement un chien. Mais on sait tous les deux ce que veut dire « attaque de chien ».
Chris observa son meilleur ami se passer les mains sur le visage et lui lancer un regard blessé.
— Tu veux dire que … Tu soupçonnes ma famille ?
— Non. Je veux dire que je soupçonne un loup garou.
— Tu n'as jamais cru qu'on était capable de se contrôler, grogna Peter.
— Bon d'accord, vous êtes les seconds sur ma liste, avoua le chasseur. Mais mon père pense plutôt que l'attaque a été menée par un oméga.
Le loup garou croisa les bras devant lui et prit un air vexé.
— Tu me mets quand même à la seconde place des coupables potentiels …
— Sachant qu'il n'y a que l'oméga et ta famille dans la liste, tu peux aussi considérer que tu es le dernier des coupables !
— C'est un point de vue intéressant. Je vais l'étudier, déclara Peter en reprenant sa fourchette.
— Parfait. Pendant que tu l'étudies, tu veux bien écouter la théorie que mon père a formulée et que je partage ?
— Vas y …
Malgré le manque d'enthousiasme de son meilleur ami, Chris commença son explication :
— Donc voilà. En fait, le joggeur n'est pas la première victime de ses attaques. Il y a eu un autre corps retrouvé, trois semaines plus tôt. C'était une fille de notre âge, peut-être un peu plus vieille. Elle a été retrouvée noyée dans la rivière et la police s'était étonnée parce qu'il y avait une marque de morsure sur sa cheville. Mais ils ont conclu que la cause de sa mort était la noyade, pas l'attaque par le « chien ».
Peter fronça les sourcils.
— S'ils ont déclaré qu'elle était morte en se noyant, pourquoi tu relies ce décès à celui de ce matin ?
— Parce qu'il y avait des marques sur sa nuque et son dos. Comme si quelqu'un l'avait maintenue pendant qu'elle se débattait, pour la forcer à garder la tête sur l'eau jusqu'à ce que mort s'ensuive. Et je ne pense pas qu'un chien ait pu faire ça.
— Et alors ? Le tueur était peut-être tout simplement accompagné par un chien qui a mordu la fille avant que son maître ne la noie !
Chris leva les yeux au ciel en entendant les protestations émises par son meilleur ami.
— Arrête d'être de mauvaise foi ! Tu sais comme moi que cette hypothèse est totalement farfelue !
— Et pourquoi ce serait la mienne qui serait farfelue et pas la tienne ?
— Mais pourquoi tu tiens tant à rejeter la théorie que je veux t'expliquer ? s'étonna le chasseur.
— Je ne sais pas … fit mine de réfléchir le loup garou. Peut-être que parce que tu estimes que je suis le deuxième coupable potentiel.
— Je n'ai pas dit toi, j'ai dit ta famille.
— C'est pareil !
Chris expira profondément.
— Bon, d'accord. On oublie ta famille pour n'avoir qu'un seul coupable potentiel.
— Ca me plaît mieux ! approuva Peter.
— Donc, avant que tu ne me compliques la vie en t'attardant sur la liste des suspects, j'essayais de t'expliquer que mon père et moi, on pensait que c'était l'œuvre d'un seul loup garou.
— Tu veux dire, un oméga ?
— Plus exactement, un alpha qui aurait perdu sa meute, pour X ou Y raison. Et qui chercherait à en reformer une.
— Et bin ça a pas l'air de bien fonctionner … Qu'est-ce qui te fait penser à ça ?
Le chasseur parvint à garder un air neutre. Pourtant, un sourire cherchait à apparaître sur ses lèvres. Il avait reconnu le regard de Peter. Malgré son détachement, son meilleur ami commençait à adhérer à sa théorie.
— Et bien, entre la fille noyée et le joggeur, il y a eu deux disparitions. Le premier, c'est un garçon qui habitait à Silver Lake. Il s'appelle John Fayer et a une quinzaine d'années. Ses parents affirment qu'il est rentré chez eux, qu'il a diné et ait parti se coucher. Le lendemain, il n'était plus dans sa chambre. Sa fenêtre était ouverte et il avait laissé une lettre en précisant qu'il ne fallait pas le chercher. La police a conclu que c'était une fugue et a lancé des avis de recherche, mais ça n'a rien donné. Et s'il était parti rejoindre l'alpha ?
Peter haussa les épaules, une moue dubitative sur les lèvres. Pourtant, il continua d'écouter attentivement ce que son meilleur ami lui exposait.
— La seconde, c'est une fille du lycée. Tu sais, elle s'appelle Tracy Retz, elle était en histoire avec nous … C'était celle qu'on suspectait de se faire taper dessus par son père.
— Ouais, ça me dit vaguement quelque chose … Elle faisait du 95C, non ?
Chris resta bouche-bée un instant avant de frapper le crâne du loup garou.
— Mais on s'en fout de ces mensurations ! Je te parle pas de cette fille pour que tu l'intègres à tes rêves érotiques !
— Je disais juste ça pour réussir à visualiser qui c'était, se plaignit Peter en se frottant la tête.
Le chasseur lui lança un regard noir avant de reprendre :
— Donc Tracy Retz a disparu il y a environ une semaine, et John Fayer a « fugué » il y a un peu plus de deux semaines. La fille noyée est morte il y a trois semaines et le joggeur a été trouvé ce matin. Mon père pense donc que l'alpha agit une fois par semaine et qu'il tente de refonder une meute.
— Ou alors, Tracy Retz s'est enfuie de chez elle parce qu'elle ne supportait plus de se faire battre ? Et l'autre, là, John je-sais-pas-quoi, il avait peut-être le même problème et c'est pour ça qu'il a fugué ?
Chris poussa un soupira agacé.
— Qu'est-ce qui ne te plaît pas dans cette théorie, exactement ?
— Le fait que tu mettes tous les malheurs du monde sur le dos des loups garous ? proposa Peter sur un ton sarcastique.
— Je … Hé ! Je n'accuse pas les loups garous sans avoir des preuves solides ! s'insurgea le chasseur. Il y a des morsures sur les deux corps retrouvés !
— Bon, d'accord, c'est un loup qui a fait ça !
Chris lança un regard navré à son meilleur ami.
— Hé, Pete. Je dis pas ça pour t'embêter. Je te dis ça pour que tu m'aides. Je sais que toi et ta famille, vous n'y êtes pour rien dedans. Enfin, non, je n'en sais rien pour ta famille. Mais je sais que toi, tu ne ferais pas de mal à des innocents.
Peter se gratta la joue, l'air renfrogné.
— Tu n'as toujours pas dit à ton père qu'on était des loups garous ?
Le chasseur fit claquer sa langue contre ses dents.
— Non. Et arrête de me demander à chaque fois qu'on aborde le sujet des loups garous. Mon père en est toujours au même point. Il vous soupçonne mais il n'a aucune preuve contre vous. Et comme vous vous tenez à carreau et que vous ne faîtes aucun faux pas, il n'a pas de raison de vous chercher des ennuis. Donc il ne fouille pas plus que ça.
— Il ne va pas chercher à nous mettre cette histoire de mort et de disparition sur le dos ?
— Non ! Je te dis qu'il est sur la piste d'un alpha qui cherche à se recomposer une meute, pas d'une famille entière.
— Il aurait pu te mentir, déclara Peter.
— Oui. Mais non. Et de toute façon, on a un code !
— Je sais, le code que vous respectez à la lettre …
— Je te sens ironique … fit remarquer Chris.
Son meilleur ami lui fit une grimace.
— C'est compliqué, hein ? D'être des ennemis naturels …
— Arrête, on en a déjà parlé … s'agaça le chasseur. On a décidé d'être amis, malgré nos différences. Et pour moi, tu n'es pas un ennemi. Mes ennemis sont ceux qui peuvent représenter un danger pour moi ou pour les gens que j'aime. Et ça concerne aussi bien les loups garous que les humains.
Une moue désolée apparut sur le visage de Peter.
— Pardon d'avoir remis en question ta loyauté. C'est juste que … J'ai peur que ton père finisse par faire du mal à Derek ou à Laura.
— Il ne leur fera pas de mal, assura Chris. Je ferai tout pour éviter qu'il s'en prenne à eux.
— Qui va s'en prendre à qui ?
Mark s'assit à côté de ses amis, faisant sursauter les deux adolescents. Ils étaient tellement pris dans leur discussion qu'ils n'avaient même pas vu le garçon arriver. Le loup garou fut le plus rapide à trouver une réponse.
— Tu as entendu parler de ces pédophiles qui traînent autour des écoles, à la recherche d'enfants à kidnapper ? Je disais à Chris que j'avais peur qu'il arrive quelque chose à Derek et Laura et il me disait qu'il voulait bien sécher les cours pour devenir leur garde du corps personnel.
— C'est sûr qu'avec toi, ils sont sûrs d'être à l'abri de tous les dangers, ironisa Mark.
L'adolescent n'écouta que d'une oreille distraite la suite de la conversation. Il avait fini plus tard que ses deux amis, ce qui expliquait qu'il n'arrivait que maintenant à la cafétéria, mais le garçon était sûr qu'il avait interrompu une discussion qui portait sur autre chose que les pédophiles.
Cela faisait trois ans qu'il traînait avec Peter et Chris. C'étaient ses deux meilleurs amis mais il avait souvent l'impression d'être en marge. Les deux adolescents étaient unis par un secret, Mark en aurait mis sa main à couper. Ils avaient beau l'apprécier et l'intégrer à leur duo, le garçon s'était rendu compte qu'il n'arriverait jamais à être vraiment complice avec eux. A cause de ce mystère qui les enveloppaient et qui l'empêchait de devenir aussi important que Peter aux yeux de Chris et que Chris aux yeux de Peter.
Sauf qu'il était possible de percer à jour un secret.
Et c'était ce que Mark comptait faire.
# #
Chris se glissa par la fenêtre de sa chambre pour rejoindre Peter en douce. Son ami lui avait donné rendez-vous dans la forêt pour lui parler de ce mystérieux loup garou qui sévissait dans le coin depuis un mois. Une nouvelle disparition et deux cadavres s'ajoutaient aux précédentes affaires.
Les garçons en auraient bien parlé au lycée mais Mark les collait tout le temps, en ce moment. Ils appréciaient beaucoup leur ami, mais son omniprésence les empêchait de communiquer sur cette histoire. Et en parlant de Mark, il avait failli lui faire louper son rendez-vous avec Peter.
Le garçon avait à tout prix voulu travailler un exposé avec Chris. Le chasseur avait tenté de reporter la date, mais Mark avait insisté pour venir chez lui le soir-même. L'adolescent avait finalement accepté pour avoir la paix. Il avait espéré que son ami partirait rapidement mais non seulement, son père l'avait invité à dîner mais en plus, il lui avait proposé de rester dormir. Ce que Mark avait aussitôt accepté.
Après avoir passé un appel à ses parents pour les prévenir qu'il restait à Beacon Hills, l'adolescent avait continué à travailler avec Chris sur leur exposé, ne lui laissant pas une minute de répit. Le chasseur avait dû bailler à plusieurs reprises pour que son ami accepte enfin de lâcher ses livres de cours pour aller se coucher dans la chambre d'amis.
C'est donc pour cette raison que le jeune Argent se faufilait à présent hors de chez lui. Ce qu'il ignorait, c'est que Mark l'observait traverser la petite cour.
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Peter attendait, assis sur une souche d'arbre. Il guettait l'arrivée de Chris, qui était un peu en retard. C'était dans les habitudes de l'adolescent, de ne pas être ponctuel, mais jamais il ne se décommandait au dernier moment. Confiant quant à la venue du garçon, le loup garou tendit l'oreille et finit par distinguer le bruit de pas de son meilleur ami.
Il se leva, un sourire aux lèvres, avant de se figer. Son ouïe surdéveloppée avait discerné un second rythme de pas. Peter se concentra un peu plus. Pas de doute possible. Il y avait bien deux respirations et deux cœurs battants.
Le loup garou se précipita dans la direction de Chris. Il était possible que ce soit l'oméga qui soit sur ses traces et il refusait que son meilleur ami se fasse attaquer. L'adolescent fonça à travers les arbres jusqu'à distinguer la silhouette du chasseur. Il s'arrêta en dérapant près du blond, l'agrippant par le bras pour le faire passer derrière lui, afin de le protéger.
— Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna aussitôt Chris.
— Quelqu'un t'a suivi, chuchota Peter. Reste derrière moi.
Le loup garou entendit un déclic et se retourna brièvement. Il fronça les sourcils en voyant la petite arbalète que son meilleur ami tenait dans sa main. Le chasseur leva un sourcil.
— Tu croyais vraiment que j'allais venir sans être armé ?
Peter leva les yeux au ciel avant de scruter la pénombre pour tenter de localiser le poursuivant. Il huma l'air et se détendit en reconnaissant l'odeur de son deuxième meilleur ami.
— C'est juste Mark qui t'a suivi, annonça-t-il à voix basse. Il est derrière l'arbre, là-bas.
Les deux adolescents marchèrent en direction de la cachette du troisième adolescent, qui finit par réaliser qu'il était démasqué et quitta le tronc contre lequel il était appuyé pour s'avancer.
— Tu fous quoi ici ? l'interrogea Chris.
— Je pourrais vous poser la même question, rétorqua Mark. Sauf que je vais plutôt vous demander pourquoi vous êtes dehors avec une arbalète !
— Je ne sais pas si tu te rends compte qu'on est dehors en pleine nuit, dans la forêt, avec un chien dangereux qui traîne dans le coin.
— Mais tu l'as trouvé où, cette arbalète ?
— Mon père vend des armes, tu te rappelles ? C'est pas bien dur de lui en emprunter une.
Mark observa d'un air dubitatif ses deux amis.
— Et donc, vous faîtes quoi exactement ?
— Un truc dont il ne vaut mieux pas que tu te mêles, assura Peter.
Chris leva les yeux au ciel. Si son meilleur ami pensait réussir à convaincre Mark de rentrer avec cette phrase, il se trompait complètement.
— Allez, vous pouvez me le dire ! Je suis votre ami ou pas ?
Le chasseur et le loup garou échangèrent un regard.
— Oui, tu es notre ami, concéda le blond. Mais c'est une histoire assez compliquée à laquelle il vaut mieux que tu ne t'intéresses pas.
— Vous vendez de la drogue, c'est ça ?
Peter éclata de rire tandis que Chris souriait, amusé.
— T'es loin de la vérité, s'esclaffa le lycanthrope. Mais on ne peut rien te dire. Allez, rentre.
— Sûrement pas ! Je veux rester avec vous ! J'en ai marre d'être tout le temps la dernière roue du carrosse. Je ne veux plus être mis de côté !
— Mais tu n'es pas mis de côté, assura le chasseur.
— Bien sûr que si ! Et vous ne vous en rendez même pas compte. Vous avez un secret commun, ce qui renforce votre amitié. J'en ai marre d'être mis tout le temps de côté. J'en ai marre que lorsque je vous parle, vous échangiez un clin d'œil complice, parce que vous avez pensé à la même chose, alors que moi, je suis totalement largué. J'en ai marre d'être votre copain. Je veux être un ami.
Une nouvelle fois, Chris et Peter se regardèrent.
— D'accord. On a un secret commun, avoua le loup garou. Mais on ne peut pas t'en parler. Peu importe que tu insistes ou que tu nous supplies. On n'a pas le droit et on ne veut pas non plus t'impliquer là-dedans. Alors tu vas devoir nous accepter comme ça. On ne t'oblige à rien. Tu as le droit de ne plus vouloir nous parler. Mais si tu veux qu'on reste ami, il va falloir que tu fasses avec notre secret.
Mark soupira. Il ne s'attendait pas à ce que les deux garçons lui racontent tout, mais il avait espéré pouvoir les convaincre de commencer à le mettre dans la confidence. Or, Peter s'était exprimé d'un ton décidé. Si l'adolescent voulait percer le mystère, il allait falloir qu'il se débrouille tout seul.
— On va te ramener chez moi, annonça Chris. Et je te demande de ne pas ressortir pour nous suivre. Il y a quelque chose de dangereux qui rôde dans la forêt et je ne veux pas que tu sois blessé.
— Quelque chose ou quelqu'un, souligna le brun.
Mark suivit ses amis en traînant des pieds. Il n'avait pas beaucoup d'indices. Mais le garçon était déterminé à découvrir ce que cachaient Chris Argent et Peter Hale.
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Ils marchaient depuis quelques minutes, en silence, lorsque Peter s'arrêta. Il observa les alentours d'un air inquiet et avant que Chris ou Mark ait pu lui demander ce qu'il se passait, le garçon leur fit signe de se mettre derrière lui.
Les trois adolescents n'eurent pas à attendre longtemps. Quatre formes se dessinèrent dans la pénombre et les encerclèrent. Il y avait un homme d'une trentaine d'années, habillé d'une veste en jean et au crâne rasé. Venait ensuite une fille que les garçons reconnurent puisqu'il s'agissait de Tracy Retz, même si elle était beaucoup plus maigre que lorsqu'il la voyait au lycée.
Pour finir, deux jeunes, à peu près du même âge que Tracy, à l'air peu aimable. Chris pointa son arbalète devant lui tandis que Peter se tenait sur ses gardes. L'homme à la veste en jean engagea la conversation :
— Tiens, tiens … Trois jeunes qui traînent dehors en pleine nuit … Vous n'avez pas entendu parler de ces histoires de chien qui attaquent de pauvres innocents dans la forêt ?
— Si, déclara d'une voix posée le lycanthrope. Et c'est bien pour ça que nous sommes ici …
L'homme à la veste en jean sourit, ce qui dévoila ses dents blanches.
— Vous auriez mieux fait de rester chez vous, pauvres idiots …
Alors que dans un crissement, les quatre loups garous dévoilaient leurs griffes, Peter prit sa décision. Il ne pourrait jamais protéger ses deux amis tout seul. Chris réussirait à se défendre, mais Mark était totalement vulnérable. Le jeune garçon lança :
— Je pense que c'est toi, l'idiot. Tu n'aurais jamais dû venir rôder par ici. Et encore moins t'en prendre à un membre de la famille Hale.
Alors que les lycanthropes fronçaient les sourcils et que leurs yeux se coloraient de jaune, à l'exception des pupilles de l'homme à la veste en jean, qui prirent une teinte rouge, Peter rejeta la tête en arrière et hurla. Pour appeler son père à l'aide en lui indiquant sa position.
Son cri se répercuta contre les arbres, s'envola vers le ciel et traversa la forêt pour atteindre les oreilles de la famille Hale.
Le père du garçon se releva dans son lit d'un mouvement brusque en reconnaissant le hurlement de son fils.
# #
Lorsque le clan Hale arriva sur les lieux de la bataille, ils découvrirent Peter en train de se battre contre deux garçons en même temps, tandis que son ami Chris Argent tentait de maintenir à distance une fille. Un homme observait la scène, un peu en retrait, les bras croisés. Entre les deux adolescents, quelqu'un était allongé sur le sol.
Le père de Peter sut tout de suite que le véritable danger venait de cet homme qui attendait sur le côté que le combat se finisse. Il se jeta aussitôt sur lui tandis que son frère aîné allait prêter main forte à Chris. Le chasseur fut aussi surpris que soulagé de voir qu'on venait lui donner un coup de main, d'autant plus que le lycanthrope était beaucoup plus efficace que lui.
En deux coups de poing, il mit Tracy à terre, et après s'être assuré d'un coup d'œil que l'adolescent n'était pas blessé, il se rua vers son petit frère. A deux, les jeunes Hale réussirent à maîtriser les loups garous adversaires. Pendant ce temps-là, le père de Peter avait réglé son compte à l'homme à la veste en jean, comme en témoignait la tête qu'il tenait dans ses mains tandis que le corps reposait sur le sol.
A bout de souffle, son plus jeune fils se laissa tomber au sol. Il était recouvert de blessures et se sentait mal, l'adrénaline refluant peu à peu de son corps. Alors que son pouvoir de guérison s'activait, réparant lentement les dommages que les lycanthropes adverses lui avaient causés, la voix tremblante de Chris lui donna la force de se redresser.
— Peter ? Je crois que Mark ne va pas bien du tout …
Le loup garou se traîna jusqu'à ses amis, son père et son frère sur les talons. Il découvrit une blessure béante sur l'abdomen de Mark, de laquelle s'écoulait du sang, tandis que sa jambe droite formait un angle bizarre et que son épaule semblait déboitée.
— Ils ont profité que je sois occupée avec Tracy et que tu sois toi-même en train de te battre pour lui sauter dessus, expliqua le chasseur d'une voix nouée. Ils n'ont pas eu trop de mal à le vaincre. Il n'avait aucun moyen de se défendre. Je … Je crois qu'il faudrait appeler les secours.
Peter observait le corps moribond de Mark, l'écume rosâtre qui perlait au coin de sa bouche, ses paupières mi-closes, sa cage thoracique qui se soulevait avec difficulté. Avant même qu'il ait pu les retenir, les mots franchirent ses lèvres.
— Mords-le, papa.
Le chef de la famille Hale fronça les sourcils tandis que Chris tournait vivement la tête vers son meilleur ami, les yeux écarquillés.
— Je ne peux pas faire ça, Peter.
— Mords-le, papa, répéta l'adolescent. S'il te plaît.
— La morsure pourrait le sauver. Mais elle pourrait aussi l'achever. Tu le sais très bien.
— Il est déjà mort ! s'écria le cadet des Hale. Tu ne pourras rien lui faire de plus. Si tu ne le mords pas, il n'y aucune chance de guérison. Alors que si tu acceptes de le mordre, il y a une chance sur deux que son corps accepte la transformation.
Peter lança un regard suppliant à son père qui le fixa d'un air neutre. Il finit par demander :
— Tu en penses quoi, Chris ?
Le blond secoua la tête, incapable de formuler la moindre phrase. Il ne voulait pas que Mark soit mêlé à toutes ces histoires. Mais il était peut-être déjà trop tard. Il avait vu trop de choses. Et le chasseur ne voulait pas que son ami meure.
Le chef du clan Hale observa le visage larmoyant de son fils, l'expression choquée de Chris, le corps presque sans vie de Mark. Il s'était toujours refusé à mordre quelqu'un sans s'être d'abord assuré que cette personne était au courant de tout ce qu'impliquait la vie de lycanthrope : l'appel de la lune, la menace des chasseurs, la hiérarchie de la meute – quand on avait la chance d'en avoir une …
De même, il s'assurait que le futur mordu partage les mêmes opinions que lui. Pas de chasse à l'homme. Respect des humains. Comportement docile et discret. Pas de suprématie des loups garous.
Il ne connaissait pas Mark. Et Mark ne connaissait rien des loups garous. Il se refusait de le mordre sans savoir qu'elles seraient les conséquences de son acte. La voix de son fils le ramena à la réalité
— Je t'en supplie, papa … S'il te plaît.
Que faire ?
Laisser mourir un innocent sans rien tenter ?
Ou bien tenter de le sauver, en prenant le risque de créer un monstre qui ne saurait pas réfréner ses instincts et serait une menace aussi bien pour les humains que pour les loups garous ?
La vie impose des choix à tout le monde. Le père de Peter n'avait jamais rechigné à trancher pour prendre une décision.
Pourtant, pour une fois, il aurait préféré ne pas devoir endosser la responsabilité du futur du garçon allongé à ses pieds.
