Ares

Chap 37

L'ambiance était délétère.

Assis sur le trône du pope, Janus observait avec un sourire en coin les nouveaux chevaliers d'or qu'il venait de nommer.

La grogne était à son comble.

Il en était heureux.

Fier comme Artaban dans l'armure du Sagittaire, Seiya jeta un sourire en coin à ses collègues.

Plus mesuré, Jabu tapota timidement le coffret du Scorpion.

Il savait qu'il n'avait pas à la porter.

Ho, il s'était incliné, avec remercié avec chaleur, mais il ne la porterait jamais.

Elle n'était pas à lui, il n'en avait ni le niveau, ni l'envie, jamais il ne la porterait.

Visiblement satisfaite de son "porteur" tout neuf, l'armure d'or s'était ouverte pour lui pour l'accueillir. Mais l'armure comme le chevalier savaient que ce n'était que de la façade.

Le pope finit par les chasser de la salle du trône et les renvoyer dans leurs maisons toutes neuves.

Fanfaron comme jamais, Seiya se précipita pour aller aider Saori à regagner sa chambre…la chambre qu'ils partageaient plutôt.

Ca aussi ca faisait grogner.

Bon, ils étaient tous encore très jeune mais…la guerre vous murissait les âmes et les corps alors…

Mysti jeta un coup d'œil dégouté à l'armure des poissons.

"- C'est plus possible, il faut faire quelque chose."

Comme en réponse au départ du pope, les onze armures d'or quittèrent les corps de leurs porteurs obligés pour se reconstituer au sol, non loin.

Jabu hocha la tête.
Sans qu'il sache trop pourquoi, il s'était plus ou moins retrouvé bombardé chez de la "rébellion" qui commençait à gronder de plus en plus fort.

"- Allons ailleurs…" Proposa-t-il.

Les onze chevaliers tout justes promus suivirent la Licorne dans le premier temple disponible, celui des poissons.

Derrière eux, les armures d'or lui suivirent.
Elles aussi voulaient suivre la conversation.

***

Ses petites truffes au vent, le chiot jappa après ses deux frères.

Depuis des jours qu'ils étaient arrivés là sans savoir comment, ils cherchaient en vain leurs trois maitres.

La petite chienne à trois têtes geignit doucement.
Elle n'avait pas passé beaucoup de temps avec son maitre mais il lui manquait, comme les maitres de ses deux frères manquaient aux deux autres bébés de Cerbère et Orthos.

Mais elle était courageuse cette petite bête. Elle n'était pas la fille du gardien des enfers pour des croquettes au poulet après tout et...

Elle glapit lorsqu'on la souleva de terre.

Une seconde, elle resta sur la défensive mais finit par lécher le nez du chevalier qu'il venait de la soulever de terre.

Elle aimait bien Marine.

Le chevalier de l'aigle lui changeait toujours l'eau de sa gamelle et lui donnait toujours assez a manger.

"- Qu'est ce que tu cherches à faire encore ? Tu cherches tes maitres n'est ce pas ?"

Plus d'une fois, la jeune femme avait suivit les trois chiots.

A les voir s'arrêter systématiquement devant les quatrième et douzième maisons, elle en avait conclu que les deux males devaient appartenir à DM et Aphrodite.
Pour la petite chienne par contre….

"- Qu'est ce que je vais faire de vous ?"

En deux semaines, les trois chiots, gros comme des chatons à leur arrivée, avaient déjà atteint la taille de gros agneaux.

A ce rythme, ils seraient de la taille de poney avant la fin du trimestre…

La petite chienne jappa encore jusqu'à ce que Marine la repose sur le sol.

Ha si elle avait été plus vieille…Elle aurait pu retourner aux enfers toute seule comme une grande !

***

Poséidon s'assit sur le bord du lit.

Silencieux, il repoussa en arrière ses longs cheveux bleutés et attendit que Kanon sorte de son bain.

Il aurait bien aimé le rejoindre, laisser ses mains glisser sur sa peau, sur ses reins, embrasser sa gorge, la dévorer de baisers…bref…il le ferait sien avec plaisir, mais se retenait.

Kanon lui avait signifié avec force qu'il n'apprécierait aucune familiarité qu'il n'aurait pas initiée. La joue du dieu des mers en chauffait encore.

Il soupira un peu.

Il aimait le caractère profondément indépendant de son général, mais…il n'était pas masochiste. Il désirait l'ancien chevalier d'or.

Il le voulait et l'aurait pour lui seul.

Ce n'était pas comme s'il avait un rival bien sur.
Mais Kanon était un prix à gagner qu'il ne savait comment obtenir.

Comme son neveu, il désespérait de conquérir le corps de son serviteur.

Son cœur était déjà à lui, mais le reste…Raaaah qu'il se faisait désirer… et le pire, il semblait en jouir.

En même temps, le dieu des mers comprenait.

C'était toujours agréable de se faire faire la cours.

Un petit sourire lui monta aux lèvres puis se fana très vite.

Une nouvelle guerre était à deux doigts d'éclater et son Général serait une fois de plus en plein milieu.

Il ne craignait pas trop de le voir tué, pas après ce que lui et Arès avaient fait, mais il ne voulait pas le voir souffrir. Hors, une bataille, c'était toujours finir par patauger dans le sang jusqu'aux chevilles, sans compter qu'ils se battraient une fois de plus contre les leurs.

Les rapports de ses espions étaient très clairs.

Janus avait prit le pouvoir d'une main de fer et même si la contestation commençait à gronder, aucun chevalier n'avait encore choisit de se rebeller ouvertement.

Comment les choses évolueraient elles lorsqu'Athéna reviendrait au Sanctuaire avec ses chevaliers d'or ?

Une main se posa sur l'épaule du dieu qui releva les yeux pour croiser le regard visiblement inquiet de Kanon.

"- Ca ne va pas ?"

Poséidon secoua la tête.

"- Qu'est ce qui te fait dire ca ?"

Kanon lui fit remarquer les petites étincelles qui couraient autour du dieu.

"- Ca ?"

Poséidon fit la grimace.

Les sourcils froncés, il reprit son empire sur lui-même
C'était gênant de ce laisser aller ainsi ! Ca ne se faisait pas tout de même.

"- Désolé."

Kanon s'assit derrière lui pour entourer sa taille de ses bras.

"- Qu'est ce qui ne va pas ?"

"- Je suis juste un peu inquiet à cause d'Athéna et Janus…"

"- Tout va bien se passer, tu verras."

"- Kanon…Janus est un dieu. Un dieu mineur, certes, mais un dieu quand même et…"

"- HA ! Vous voila !"

Les poings sur les hanches, Héra fixait son frère et son général avec un mélange d'amusement et d'irritation.

"- Qu'est ce que tu veux Héra ?"

"- J'ai besoin de ton marin d'eau douce là !"

"- Héra !!!"

Sans laisser à son frère le temps de protester, la Reine des Dieux franchit les quelques pas qui la séparait du couple. Elle posa une main sur l'épaule du Marina et disparu avec lui dans une cascade de plumes de paons.

Poséidon jura.

Il détestait quand les femmes de la famille se permettaient ce genre de choses. A croire qu'elles avaient toutes un agenda particulier connu d'elles seules, si possible pour leur pourrir la vie à eux, pauvre mâles en rut qui tentaient désespérément de convaincre leur moitié de se laisser faire…
C'était pas juste…

***

"- Assis toi, je t'en prie." Sourit la Reine des Dieux au jeune Marinas.

Un peu effaré, Kanon s'assit du bout des fesses sur le canapé où attendait déjà Saga.

Un peu rassuré par la présence de son grand frère, il accepta le baba au rhum et à la crème que la déesse lui tendit ainsi que la tasse de thé.

"- Mangez, mangez…"

Les jumeaux prirent un morceau de gâteau.

Ils retinrent le même mouvement de dégout pour se forcer à avaler la sucrerie.

"- Comment trouvez-vous ?"

"- C'est…très bon…" sourit péniblement Saga avant de reprendre un morceau de l'horreur sucré qu'il fit passer avec le thé.

Kanon l'imita.

Grace au thé, ils parvinrent à avala le gâteau entier.

"- encore un peu ?"

"- Heu…non merci….Dame Héra…Votre gâteau est excellent mais nous n'avons pas trop l'habitude du sucre…." Plaida Saga en priant qui voulait bien l'entendre qu'ils ne soient pas contraints de reprendre de cette horreur.

Le baba était trop sucré, l'alcool du sirop agressif et tellement piquant qu'il avait l'impression d'avoir une ruche saupoudrée de piment sur la langue.
COMMENT quelqu'un avait-il pu commettre une telle honte au bon gout culinaire ! Et il ne disait pas ca parce que Camus avait passé des années à éduquer son palais quand il jouait les faux grand popes !

Simplement, n'importe qui aurait trouvé ce gâteau monstrueux.

Héra eut un petit sourire satisfait.
Elle avait longuement réfléchit avant d'inviter les deux gamins pour le thé. Mais avec ce qu'ils allaient avoir à faire, c'était la meilleure chose à prévoir.
Sans compter qu'elle faisait plaisir à son fils et son frère comme ca.
Et elle adorait son frère et son fils…

"- Alors, comment trouvez vous votre nouveau devoir de premier conseiller de deux dieux ?"

Saga et Kanon échangèrent un regard dubitatif.

"- Et bien…Si on oublie la paperasse, c'est assez…Stimulant." Finit par avouer le cadet avec un petit sourire tendre.

"- Bien…Très bien…" Se satisfit la Reine des Dieux

Elle papota avec eux encore un long moment avant de les rendre à leurs maitres respectifs.

Très contente d'elle, elle regagna les appartements qu'elle partageait avec son volage époux.

"- Héra ? J'avais une bouteille de vin au frais, tu sais où elle est ?" Se plaignit Zeus, irrité.

La déesse se pencha pour déposer un baiser sur la joue de son mari.

"- Non mon époux. Mais je suis sur que si elle a disparu, elle été utile." Sourit encore la Déesse avant d'abandonner un Zeus terrorisé dans son bureau.

Le pauvre Roi des Dieux se prit à hyper ventilé.

Qu'est ce qui arrivait à sa femme ? D'habitude, elle ne s'approchait pas de lui à moi d'avoir un balai à la main pour les séparer ou le taper avec s'il regardait trop une autre fille.

Ca ne pouvait dire qu'une seule chose.
Une grosse catastrophe se préparait.
Une Héra contente, c'était aussi dangereux qu'un…Qu'une….il ne savait pas en fait. C'était trop surréaliste.

***

Assise sur l'épaule de Shura comme elle en avait prit l'habitude, Athéna réfléchissait.
La nouvelle de la présence de Janus avait été comme un coup de poignard pour elle.

Et plus que Janus, c'était le spectre de Lon qui la hantait.
Elle avait tellement aimé le mortel au sourire doux et aux tendres…
Elle avait tellement pleuré de la perdre…
Elle avait tellement regretté de ne pas lui avait donné une pomme des Hespérides avant…avant….Avant que la jalousie et l'avidité ne décime ses premiers chevaliers.

A l'époque, les armures n'étaient pas vivantes, elles ne choisissaient pas leurs porteurs…
Les choses étaient…différentes…
Ces chevaliers d'or, les premiers, étaient des cadeaux que ses frères, sœurs et cousins lui avaient faits.
Treize demi dieux issus de leurs reins mais de ventres mortels pour protéger la terre.

L'objectif était beau.

Les chevaliers…beaucoup moins…

Le Héros nés pour elles avaient été parfait dans leur rôle…Les mortels qui les accompagnaient par contre…C'était pour ca qu'elle avait fait créer les armures de bronze et d'argent.
Pour séparer ses chevaliers d'or de la piétaille.

Elle soupira.

Elle se rappelait encore de chacun des bébés que sa famille lui avait confiés.

Alix, née d'Aphrodite pour l'armure des poissons…

Pertius, né d'Apollon pour celle du Verseau.

Arax, Melchior et Terius, né d'Ares pour les armures du Scorpion, du Capricorne et du Lion.

Lycien, né de Zeus lui-même pour l'armure du Bélier.

Vergil, issus du ventre d'Artémis pour le Sagittaire.

Joheste, née d'Iris pour la balance

Mercus, issu de Pan pour le Taureau

Ogide, née de Shamash, la seule qui n'ai pas une seule goute de sang Olympien dans les veines…Mais le dieu de la Justice mésopotamien aimait bien Athéna et avait décidé de lui faire ce cadeau pour son armure de la vierge….

Lon et Janus, bien sur….nés tous les deux d'Hermès…Ses préférés…et ses plus belles migraines…

Et enfin, Orius, né d'Hadès…Premier chevalier du Cancer…et….Ancêtre de Shun et Ikki, elle le savait…et bien sur, comme les autres, première incarnation de ses chevaliers d'or actuels…
Athéna ne pu retenir un petit gloussement.
Peut-être le ferait-elle remarquer à DeathMask et aux deux enfants…

Ou peut-être pas…
Shun était…particulier.
A la fois une âme neuve et réincarnée.
C'était des plus étranges.
Il faudrait qu'elle demande à son oncle Hadès.

"- Déesse ?"

Athéna sauta de l'épaule de Shura.

Les sourcils froncés, les bras croisés sur sa poitrine toute plate, elle se redressa.

Son cosmos brulant et tendre à la fois autour d'elle drapé comme une toge, elle se décida.

"- Shura, fait rassembler tes frères. Nous avons assez attendus ! La guerre de reconquête du Sanctuaire commence maintenant !"

Le chevalier d'or hocha la tête.

Sans attendre, il tourna les talons pour se mettre à la recherche de ses frères.

Lorsqu'il reviendrait, ils seraient tous prêts à servir une fois de plus leur déesse.

Comme c'était leur lot depuis toujours.