Disclamer :
Rien ne m'appartient, à part les idées tordues qui, je l'espère, feront de cette fic une histoire intéressante. La trame de fond (lieux, personnages, termes magiques -sauf les miens !-) est l'entière propriété de Mrs J.K Rowling (la veinarde !), et je ne touche rien pour faire profiter les lecteurs de mon imagination débordante (dommage… éè).
Que dire de ce chapitre ? Eh bien je n'en démords pas : les évènements qui s'y déroulent arrivent un peu vite et c'est pour ça que je voulais couper le précédent (ce que je n'ai pas fait finalement).
Je vous laisse juges tout en sachant que votre impatience à découvrir la suite ne vous fera peut-être pas partager ce point de vue !
Bonne lecture…
Chapitre 38 - La décision
(Le plus difficile est de se décider à agir, le reste n'est que de la ténacité - Amelia Earhart)
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Deux ans s'écoulèrent sans que les choses n'évoluent réellement et Fiona continuait à répondre aux attentes de Voldemort. Il exigea des tempêtes déclenchées en pleine mer, contraignant les bateaux au naufrage. D'autres inondations furent ajoutées à son actif, des incendies, des vents de sables engloutissant des tribus de nomades au cœur des déserts, des glissements de terrain réduisant à néant des villes entières.
Par chance, elle se voyait accorder de longues périodes de répit entre chaque mission. Elles pouvaient durer un mois, ou bien quatre, parfois six, mais à chaque fois, Fiona gardait les traces de ses actions comme des blessures gravées à tout jamais dans son âme.
Seul Jeffrey lui donnait la force de surmonter son dégoût. Il avait maintenant sept ans, savait lire, écrire, et il ne faisait aucun doute qu'il était bel et bien investi du don d'Occlumancie comme Voldemort l'avait décelé depuis son plus jeune âge. Fiona s'en réjouissait finalement car, conjugué à une personnalité puissante, cela ferait sûrement de lui un sorcier difficilement influençable. Le Seigneur des Ténèbres était plus réservé sur ce sujet. Selon lui, Jeffrey usait de sa capacité à masquer ses intentions pour tester le pouvoir qu'il exerçait sur les autres et cela pouvait s'avérer dangereux.
Fiona ne comprit pas où il voulait en venir. Etait-ce parce qu'il ne pouvait faire de l'enfant ce qu'il voulait qu'il trouvait matière à s'inquiéter ? Ou estimait-il au contraire que Jeffrey prenait trop vite le chemin que lui-même avait suivi à son âge, faisant de ce tout jeune garçon un élève capable de dépasser son maître et qu'il pourrait bien de ce fait lui échapper un jour, peut-être même devenir une menace ? Fiona n'y voyait qu'une évolution habile de l'espièglerie qui avait toujours fait partie des traits de caractère de son fils et, trop préoccupée par ses propres problèmes, préférait laisser ces deux esprits hors du commun se débrouiller entre eux.
Sa priorité actuelle était plutôt de continuer à vivre sans tomber dans le gouffre de la folie où ses actions menaçaient à tout instant de la pousser. Il y avait longtemps qu'elle ne comptait plus les morts, elle tentait simplement de faire de son mieux pour les éviter. Mais elle était devenue une jeune femme triste, sans passion, plus rien ne l'intéressait, pas même les promenades dans le parc qu'elle avait appréciées à une certaine époque et les sourires étaient rares sur son visage privé de sa fraîcheur d'autrefois. Ce qui décida Voldemort à lui en faire la remarque un jour.
Ils passaient la soirée dans la bibliothèque pour échapper à la pluie qui battait la région et, si Fiona semblait plus ou moins concentrée sur sa lecture, Voldemort relevait souvent la tête de son journal pour l'observer. Elle tripotait nerveusement un cordon qui soulignait l'ornement de sa robe et s'agitait sans cesse dans son fauteuil, donnant ainsi l'impression de n'être jamais en paix.
- Je vous trouve soucieuse, se lança t'il enfin. Dites-moi ce qu'il faut que je fasse pour voir disparaître ce voile qui terni votre visage.
Elle ne lui accorda qu'un bref regard avant de baisser à nouveau les yeux sur son livre.
- Rien. Et quelle que soit mon apparence, je crois qu'il faudra vous en contenter. Ça fait des années que je suis enfermée ici et vous savez très bien que je ne supporte pas ce que vous me demandez de faire. Alors ne me demandez pas en plus d'avoir l'air heureuse.
- Soyez raisonnable. Vous savez bien que je ne peux pas vous laisser sortir. J'ai toujours veillé à ce que vous ne manquiez de rien, mais s'il vous vient une suggestion qui pourrait améliorer votre condition, n'hésitez pas à m'en faire part. Je suis prêt à répondre à des attentes supplémentaires.
Fiona émit un souffle agacé.
- Merci, mais j'ai déjà tout ce qu'il me faut. De toute façon, à quoi bon disposer de tout ce confort s'il ne m'est accordé qu'au détriment de ma liberté.
Voldemort ne répondit pas et, accoudé à son fauteuil, posa son index replié sur ses lèvres tandis que son pouce soutenait son menton, comme s'il s'était mis à réfléchir. Fiona referma son livre et préféra aller se coucher plutôt que de poursuivre une conversation qui n'aboutirait à rien.
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Les mots échangés la veille eurent une portée dont Fiona était loin de s'imaginer. Voldemort avait effectivement réfléchi et la décision qu'il avait prise après le départ précipité de la jeune femme allait apporter un changement inattendu à leurs relations sans qu'aucun des deux n'en mesure encore l'importance.
Fiona venait tout juste de se lever lorsque Dévona vint frapper à la porte de sa chambre.
- Que se passe t'il ? s'inquiéta t'elle. Ça fait des lustres que vous n'êtes pas venue me rendre visite au saut du lit.
- Dévona vient vous informer que le Maître souhaite vous voir, Miss. Il vous attend dans son laboratoire mais il a précisé que vous aviez le temps de vous préparer et prendre un petit déjeuner en compagnie de votre fils.
- Très bien. Dites-lui que je le rejoindrai d'ici une demi-heure.
Fiona alla réveiller Jeffrey et ne s'accorda que le temps imparti avant de descendre jusqu'à la crypte. Elle s'arrêta sur le seuil de la porte entrouverte et la poussa doucement. Voldemort était au fond de la pièce, de dos. Il venait de préparer une potion dont il versa une quantité égale dans deux gobelets différents.
- Vous m'avez fait appeler ?
- Venez. J'ai quelque chose à vous montrer…, l'invita t'il sans se retourner.
Fiona se raidit en entendant ces mots.
- La dernière fois que vous avez prononcé cette phrase, s'angoissa t'elle en approchant timidement. C'était pour me faire découvrir une centaine de moldus que vous reteniez prisonniers dans vos cachots.
Voldemort parut surpris par cette remarque et se tourna vers elle.
- Pardonnez-moi, s'excusa t'il avec sincérité. Si je m'étais souvenu de ce détail, je n'aurais pas employé ces termes. Je vous assure que mes intentions sont toutes autres, aujourd'hui.
Il lui présenta un des gobelets. Fiona observa le mage noir avec appréhension.
- Ne craignez rien, tenta t'il de l'apaiser. C'est juste une précaution pour qu'on ne nous voie pas. D'ailleurs, je vais moi-même en avoir besoin, dit-il en buvant son verre.
Ça n'avait rien de rassurant. Fiona n'était pas née de la dernière pluie mais s'inquiétait de finir par être contrainte à obéir de toute façon, et sans doute d'une manière moins courtoise. Cela dit, elle savait bien que quand l'heure était grave, Dévona n'était pas mandatée pour venir la chercher et Voldemort ne s'adressait pas à elle à visage découvert. Elle se résigna à avaler la potion.
Il lui reprit le gobelet des mains et déposa les deux verres vides sur la table. Puis, rabattit son capuchon sur sa tête, se dirigea vers la porte et Fiona consentit à le suivre sans savoir à quoi s'attendre.
Le Seigneur des Ténèbres la conduisit dans le parc où il s'arrêta enfin. Il se dressa fièrement et offrit son visage aux effluves du vent en humant l'air, comme si ce geste lui permettait de se ressourcer.
- Rejoignez-moi, dit-il avec douceur.
Fiona fit quelques pas et s'arrêta à ses côtés. Il se déporta légèrement et vint se placer derrière elle.
- Quoi que je fasse, reprit-il. Ne bougez pas. N'ayez pas peur et laissez-vous guider.
Lentement, pour ne pas l'effrayer, il passa un bras autour de sa taille et l'enlaça en posant sa main sur sa hanche. Son autre bras se glissa entre ses seins et sa main se posa sur son épaule.
Fiona était nerveuse, elle était terrifiée et Voldemort sentit sa respiration se précipiter sous son étreinte.
- Qu'est-ce que vous faites..., s'essouffla t'elle.
- Laissez-moi faire, murmura t'il dans ses cheveux.
Et il s'envola, doucement d'abord, en soutenant fermement Fiona au-dessous de lui et s'éleva dans les hauteurs en stabilisant son allure. Il sentait le corps de la jeune femme se contracter sous son emprise et elle agrippa ses mains sur les bras du Seigneur des Ténèbres, comme pour se raccrocher au cas où il l'aurait laissée tomber.
- De quoi avez-vous peur… Vous pourrez toujours vous servir du pouvoir de l'air pour amortir votre chute s'il me prenais l'envie de vous lâcher. Mais je n'en ferai rien, lui assura t'il. Je vous le promets.
Peu importait pour Fiona. Elle n'avait aucune confiance en lui et s'obstinait à maintenir sa prise.
- Concentrez-vous sur ce qui nous entoure, suggéra t'il pour diriger son attention sur autre chose.
Ils survolaient des marécages, frôlèrent les lacs pour remonter ensuite vers les sommets des forêts entrecoupées de hauts plateaux magnifiques. Voldemort vit enfin Fiona tourner la tête vers les sites les plus splendides qu'offrait la diversité des paysages et comprit que, par cette attitude, elle parvenait finalement à s'intéresser aux beautés de la campagne. Sa respiration se fit plus détendue et ses mains n'étaient plus qu'un contact machinal sur le tissu de la robe du mage noir.
- Là…, c'est mieux, dit-il en risquant une pression apaisante sur sa hanche.
Mais Fiona se contracta aussitôt et il n'insista pas. Elle reconnaissait intérieurement que c'était une sensation extraordinaire, mais terrible aussi, car il lui vint soudain à l'idée que Voldemort devait se servir de la lévitation avec une efficacité redoutable pour repérer les cibles qu'il lui demandait ensuite de détruire. Loin de se douter des sombres pensées auxquelles elle venait de se livrer, il renforça son étreinte et poursuivit :
- Lâchez-moi et étendez vos bras sur les côtés.
- Non…
- Ayez confiance, je vous tiens.
Elle hésita et finit par obéir en écartant d'abord les mains par à-coups incertains. Peu à peu soulagée de ses peurs, elle se laissa guider aux altitudes changeantes dont décidait Voldemort.
- Hier, vous regrettiez la liberté, chuchota t'il à son oreille. Aujourd'hui, je vous l'offre. Mais pour un moment seulement… Fermez-les yeux.
Une fois encore, Fiona se laissa tenter par la proposition et se délecta de la douce impression qu'elle avait de se sentir aussi libre qu'un oiseau.
- C'est merveilleux…, souffla t'elle.
Elle s'abandonna enfin en essayant d'oublier la culpabilité qu'elle ressentait d'oser apprécier un instant de complicité aussi intense avec cet homme qu'elle haïssait.
Après quelques minutes, elle replaça ses mains sur les bras de Voldemort et rouvrit les yeux. Le relief était plus tortueux à cet endroit. Les montagnes semblaient presque à leur portée tant ils en étaient proches parfois et le vent s'engouffrait dans les plis de leurs robes en faisant voltiger les boucles brunes de Fiona que le mage noir se plaisait à sentir fouetter sur son visage.
- Un jour, quelqu'un m'a dit que vous étiez puissant dans tout ce que vous faisiez, se permit-elle d'évoquer en murmurant à peine.
- Et qui est cet heureux clairvoyant ?
Fiona ferma les yeux et son esprit. Elle ne répondit pas et se mura pour se protéger derrière le tableau noir de ses paupières closes. Elle regrettait déjà d'avoir évoqué cette remarque que Severus lui avait faite un jour et qui la privait aujourd'hui du paysage superbe qu'elle ne pourrait contempler que pour quelques instants encore. Elle ne vit pas le sourire s'élargir sur le visage de Voldemort qui s'avouait vaincu, une nouvelle fois de n'avoir pu percevoir ses pensées, mais ne désespérait pas d'en apprendre un peu plus sur celle qui la fascinait depuis maintenant huit ans.
Ils survolèrent des villages et des contrées aux paysages enchanteurs encore un moment. Fiona n'aurait su dire combien de kilomètres ils venaient de parcourir mais elle aperçut bientôt le domaine se préciser au loin.
Grossissant à vue d'œil, il se fit plus imposant et Voldemort la déposa délicatement près des fontaines verdies par la vase qui encadraient les marches du perron. Relâchant son étreinte, il se plaça devant elle et ils s'observèrent un instant. Fiona avait les joues roses et les yeux brillants d'avoir vécu une telle expérience. Elle regardait le trou béant du capuchon du mage noir comme une enfant prise en faute mais ne cachait pas son reproche qu'il se soit permis une telle action.
Sans un mot, Voldemort retourna à l'intérieur de la maison…
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Cette bouffée d'air pur à laquelle Fiona était loin de s'attendre allait changer radicalement le cours des choses. Depuis des mois, elle avait oublié à quel point le monde qui l'entourait pouvait être magnifique. Elle avait oublié le vent qui courbait les blés dans les champs, les saisons, les fleurs, les sommets qui déposaient leur manteau blanc à leurs pieds dès le retour des premiers jours du printemps. Lorsqu'elle partait en mission, elle n'entendait plus le chant des oiseaux depuis longtemps et se contentait d'étudier attentivement les lieux où la conduisait Voldemort pour minimiser l'horreur qu'on lui demandait d'accomplir.
Mais l'escapade accordée aux environs du domaine lui fit comprendre qu'il y avait autre chose que le confinement et l'obéissance, et avoir pu une nouvelle fois goûter aux beautés du monde lui offrit un nouvel horizon : celui du retour à la vie.
Elle se jura de tout mettre en œuvre pour se reconstruire. Ce serait un travail laborieux, fait de remises en question, de moments difficiles et de doutes. Mais elle était bien décidée à essayer au moins. Il en allait de son équilibre rendu vulnérable par des années de contraintes.
Et elle eut d'ailleurs l'occasion de mettre en pratique ses nouvelles résolutions un soir où Voldemort tenta de la prendre au dépourvu. Il envoya Dévona la prévenir qu'il l'attendait dans son bureau. Fiona enfila un peignoir et se retrouva à devoir descendre de sa chambre à 1 heure du matin. Elle fit un détour par celle de Jeffrey pour s'assurer que tout allait bien et rejoignit le mage noir selon sa demande, mais elle se figea sur le seuil de la porte en découvrant un visiteur plutôt inattendu.
- Que fait Griselda ici ? se méfia Fiona. Elle est déjà venue il y a deux jours.
- Ce soir nous sortons, répondit Voldemort en observant sa réaction. Elle s'occupera de Jeffrey.
Fiona réalisa que ses pouvoirs seraient une fois de plus mis à contribution. Il ne pouvait en être autrement, elle ne quittait le domaine qu'en ces rares occasions.
- Comment ça nous sortons ? D'habitude, vous me prévenez toujours à l'avance.
- J'ai remarqué que l'attente vous était pénible, argumenta t'il.
- Oui eh bien je viens de me rendre compte qu'être mise devant le fait accompli m'était plus pénible encore, répliqua t'elle en s'énervant presque.
- Allez vous habiller, je vous prie. Ensuite, rejoignez-moi. Exceptionnellement, nous partirons d'ici.
Fiona eut la véritable sensation d'être victime d'un complot mais elle remonta dans sa chambre et redescendit après quelques minutes. Par on ne sait quel miracle, Griselda en avait déjà profité pour déguerpir, seul Voldemort était encore assis derrière son bureau, Nagini tournoyant à ses pieds.
Le Seigneur des Ténèbres ensorcela un vulgaire couvercle de bocal moldu rongé par la rouille posé au coin du meuble et se leva. Avec lenteur, empreinte d'une délicatesse évidente, il prit la main de Fiona qu'il effleura de ses lèvres et la posa sur le couvercle. Les deux sorciers furent emportés pour un court voyage qui parut cependant assez long à Fiona pour lui donner la nausée.
Lorsqu'elle retrouva le sol sous ses pieds, ce fut pour découvrir la substance meuble, friable et glacée de la neige. Loin des points de vue dominants que Voldemort choisissait toujours pour atterrir, ils se trouvaient cette fois aux pieds d'une immense montagne dont le long manteau blanc scintillait sous les cieux.
D'un œil devenu maintenant expert aux agencements qui la cernaient, Fiona étudia rapidement les lieux. Deux villages distants de quelques centaines de mètres étaient accrochés au gré des dénivellations rocheuses. L'un était plus grand que l'autre mais ils avaient un unique point commun : à cette heure tardive, ils étaient tous les deux plongés dans l'ombre d'une nuit épaisse et froide.
Fiona se crispa d'une colère naissante à ce qu'elle croyait comprendre. Elle fut rejointe par Voldemort qui venait de déposer le Portoloin à quelques pas comme il le faisait à chaque fois.
- J'attends de vous que vous fassiez disparaître l'un de ces villages sous une coulée dévastatrice de neige, Miss Mandelsen, murmura t'il à son oreille. Choisissez celui que vous voulez.
- Vous plaisantez j'espère, s'aigrit-elle sans détour.
- En ai-je l'air ?
- Non. Mais ça ne changera pas beaucoup de d'habitude.
Elle croisa les bras avec détermination et tourna la tête vers Voldemort, n'attendant qu'une objection de sa part pour lui sauter à la gorge. Le Seigneur des Ténèbres s'en garda bien. Il ne comprenait pas et se contenta de joindre ses mains dans son dos en portant son regard sur les toits sombres des maisons.
- Dois-je vous rappeler qu'une cinquantaine de mes partisans sont prêts à…
- Vraiment ?! l'interrompit Fiona d'un ton cinglant. Vous n'oubliez pas quelque chose, par hasard ? C'est plutôt moi qui devrais vous rafraîchir la mémoire. Nous avons convenu que les victimes ne devaient pas être gênées dans leur fuite si elles en avaient le temps, il me semble. Et que voyez-vous, aujourd'hui ? Deux villages où il n'y a pas âmes assez vives pour se tirer d'affaire. Tout simplement parce que les gens dorment, figurez-vous ! Il n'est pas question que je les prenne par surprise. Si vous voulez malgré tout qu'une avalanche se déclare, sortez donc votre baguette et débrouillez-vous tout seul !
- Qui vous dit que pas un ne saura donner l'alerte de façon à venir en aide aux autres ? Misez donc sur les aléas du hasard tout comme j'ai moi-même appris à m'en contenter et faites ce que je vous demande, insista Voldemort en conservant son calme.
- Je refuse !
- Vous ne pouvez pas.
- C'est ce qu'on va voir !
Furieuse, Fiona partit à grandes enjambées vers le Portoloin. Elle l'attrapa et alla même jusqu'à le secouer car rien ne se produisit.
- Eh bien quoi… Ce machin n'est pas ensorcelé pour que je puisse rentrer ?! s'énerva t'elle en relevant la tête vers Voldemort.
Il eut un bref sourire amusé que, par chance, Fiona ne décela pas sous son capuchon.
- Non, pas cette fois. J'ai remarqué que vous aviez une fâcheuse tendance à essayer de me fausser compagnie.
- Ensorcelez-moi ce truc immédiatement ou je rentre à pieds ! exigea t'elle en lui lançant le couvercle en pleine figure.
Voldemort eut tout juste un mouvement de recul en recevant le projectile et, d'un sortilège d'attraction, fit revenir à lui le couvercle qui roulait sur le sol verglacé. Il en fit un Portoloin d'une autre formule et l'expédia vers Fiona.
- Merci… ! eut-elle simplement le temps de prononcer en l'attrapant au vol avant de disparaître.
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Malgré le sommeil qu'elle avait réussi à retrouver après cette courte escapade, Fiona s'éveilla bien avant l'aube. Le silence qui régnait dans la maison n'avait rien de particulièrement inquiétant mais elle ne tenait plus en place et se leva. Il était bien trop tôt pour que les elfes soient déjà à leur œuvre au sous-sol, elle se rendit donc à la cuisine et prépara elle-même son petit déjeuner.
En deux heures d'attente, elle ne parvint à n'avaler qu'un thé et vit arriver Jeffrey qui tenait un livre étroitement serré sous son bras.
- Ne me dit pas que tu as dormi avec ? tenta de plaisanter Fiona qui n'avait pourtant pas le cœur à rire.
- Non. Je n'ai pas révisé ma géographie hier soir. Je n'en avais pas envie. En fait, j'ai trouvé un autre livre que je voulais finir.
- Ah bon ? Et de quoi parlait-il ?
- Ça raconte la lignée des sorciers les plus puissants que le monde de la magie n'ait jamais connus, répondit-il en plongeant son nez dans son bol.
- Jeffrey…, soupira Fiona. Tu ne crois pas que ce genre de lecture n'est pas vraiment approprié pour un enfant de ton âge ?
- J'aime bien, moi, se défendit-il. C'est toujours mieux que les histoires de farfadets ou de princesses perdues au fond de leur royaume qui se lamentent en attendant qu'on vienne les en sortir.
Il tourna les pages à la recherche de la dernière leçon qu'il avait étudiée. Fiona l'observa longuement. C'est fou ce qu'il ressemblait à son père tout en étant toutefois très différent. Ses cheveux aussi noirs que ceux de Severus -et que Fiona elle-même, d'ailleurs-, étaient raides, impeccablement coupés à la garçonne et se terminaient en deux petites mèches rebelles qui formaient un épi juste au-dessus de son front. Les traits de son visage étaient semblables à ceux de Rogue mais ils étaient si fins qu'ils rappelaient également ceux de Fiona, apportant à l'ensemble une sorte de délicatesse en partie due à un sourire franc que ses lèvres joliment dessinées rehaussaient d'une espièglerie presque féminine. Son nez était étroit, assez discret et plus proche de celui de sa mère tandis que ses yeux aux cils épais et courbés encadraient deux prunelles aussi noires et luisantes que des fragments d'onyx.
Du haut de ses sept ans, Jeffrey n'était pas très grand ni de carrure imposante pour son âge, mais il s'en dégageait une sorte de puissance et de grâce qui le rendaient impressionnant. Il était vif. Ses gestes étaient précis et rapides, traduisant sans conteste une personnalité déterminée et un peu trop adulte alors qu'il n'était encore qu'un enfant.
Fiona sourit à cette image. Elle était fière de lui, même si ses accès de colère ressemblaient parfois aux tempêtes qu'elle avait si souvent déclenchées. A une grande différence, cependant : dans ses moments de rage, Jeffrey conservait toujours une maîtrise parfaite de lui-même et il en émanait une froideur déconcertante. Fiona se surpris à associer cette particularité à la seule exclusivité de Severus, dans une dernière pensée.
- Un vrai petit sorcier, termina t'elle pour ponctuer sa contemplation.
- Pardon… ? s'excusa Jeffrey, pensant qu'elle s'adressait à lui.
- Rien, mon ange. Je parlais toute seule.
La voix de Griselda qui partait se mêla à celle de Queudver qui venait d'entrer dans le vestibule. Jeffrey referma son livre, s'empressa d'avaler ce qui restait d'un toast et rejoignit son professeur au salon. De son côté, Fiona dirigea ses pas vers la bibliothèque. Les journaux du matin devaient sûrement être arrivés et elle devait savoir si Voldemort avait finalement ordonné aux Mangemorts de commettre un carnage puisqu'elle avait refusé de lui obéir cette nuit.
Elle réalisa soudain qu'elle ne l'avait pas encore vu. Rien ne confirmait d'ailleurs la présence du mage noir au domaine.
- Tant mieux, se dit-elle. Ça m'évitera de devoir encore me chamailler avec lui.
Cinq quotidiens -dont la Gazette du Sorcier-, trônaient effectivement sur une table basse de la bibliothèque lorsqu'elle y entra. D'un claquement de doigts, Fiona alluma un feu dans la cheminée et s'installa pour les lire.
Curieusement, les nouvelles n'étaient pas si mauvaises. Quelques décisions politiques faisaient la une de la plupart des journaux. Les résultats d'élections organisées aux quatre coins du monde s'alignaient dans des tableaux étroits dont les colonnes descendaient jusqu'au bas des pages. Mais au niveau des faits divers, il n'y avait rien de réellement inquiétant. Un accident d'autocar en Autriche n'avait fait aucune victime. Pas plus que le déraillement d'un train au Brésil où la totalité des voyageurs s'en étaient sortis indemnes.
Pourtant, Fiona était persuadée qu'il y avait là quelque chose à comprendre, même si ces faits n'avaient rien à voir avec les éventuelles ripostes qu'elle s'attendait à trouver. Elle poursuivit sa lecture. Un peu plus loin, l'explosion d'un immeuble en Finlande s'était produite en pleine nuit et, malgré cela, aucune victime n'était à déplorer.
- C'est bizarre ça, remarqua t'elle à voix haute. La nature se débrouille mieux que moi, on dirait…
A bien y regarder, l'accident d'autocar était associé à l'effondrement d'une portion d'autoroute survenu quelques semaines plus tôt quasiment au même endroit. L'article rappelait qu'il n'y avait eu que des blessés légers à l'époque alors que les voitures y étaient pourtant rassemblées par centaines, coincées dans un embouteillage.
Fiona abaissa le journal sur ses genoux et se mit à réfléchir. La conclusion qui découla de ses pensées était sans appel : tous ces évènements qu'on pouvait presque qualifier de miraculeux ne pouvaient relever que de la sorcellerie. Le prouver, par contre, était une autre paire de manches et c'est pourquoi elle décida de ne rien dire et d'attendre.
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Voldemort ne fit sa réapparition que le soir au dîner. A la plus grande surprise de Fiona, il profita du retard que Jeffrey mettait à descendre pour s'excuser de son attitude de la vieille et reconnaissait qu'il avait gravement manqué à ses engagements. Fiona fut soulagée d'en déduire que les Mangemorts s'étaient effectivement tenus tranquilles cette nuit-là et elle se garda bien de revenir sur l'incident.
Cela dit, elle n'avait jamais eu confiance en Voldemort. C'est pourquoi, hormis les faits divers qu'elle continuait à surveiller de près, elle s'intéressait à tout ce qui aurait pu être imputable aux partisans du Seigneur des Ténèbres en représailles de son manque de coopération.
Elle éplucha la presse durant des jours sans jamais rien trouver…
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Malgré le courage dont elle se croyait investie, au fil des mois Fiona vit se réduire à peu de chose les belles résolutions qui lui avaient permis son retour à la vie. Ce n'était que folie d'avoir pensé qu'elle pouvait s'habituer aux actions qu'elle menait aux côtés de Voldemort. L'escapade aux environs du domaine n'était qu'un leurre qui n'avait fait que masquer temporairement les convictions profondes auxquelles Fiona ne pouvait échapper. Il en découla pour elle une nouvelle période de déprime mais, cette fois, elle n'en laisserait rien paraître car elle se raccrochait malgré tout à un unique espoir : celui de voir toutes ces contraintes cesser un jour.
Après tout, n'avait-elle pas envisagé au début de sa détention qu'elle y mettrait un terme dès qu'elle en aurait l'occasion ?
Le souvenir de cette décision prise il y a si longtemps lui revint en mémoire lors d'un énième moment de déprime. Il fallait y réfléchir. Et cela devenait urgent car les incidents, toujours sans gravité, qu'elle répertoriait dans la presse depuis des mois confirmaient sa certitude que les Mangemorts n'y étaient pas étrangers. Les journaux s'étaient d'ailleurs fait l'écho à plusieurs reprises de mystérieux personnages vêtus de noir qui s'étaient empressés de se sortir des griffes des polices locales par des moyens aussi habiles que farfelus. Fiona en était sûre, à présent : les troupes de Voldemort étaient actives et seraient bientôt au maximum de leur puissance et de leur efficacité. Ce qui impliquait du même coup que ses propres actions ne tarderaient pas à prendre de l'ampleur…
Mais elle était bien décidée à ne pas se contenter de quelques suppositions. Il fallait qu'elle entende de la bouche même du principal instigateur qu'il était bien derrière toutes ces pseudo catastrophes qui faisaient toujours très peu de victimes quasiment à chaque fois.
Fiona remis en une pile parfaite les journaux qu'elle venait de consulter et n'en garda qu'un avant de sortir de la bibliothèque. Elle descendit dans la crypte où elle savait Voldemort en train d'y travailler.
Penché sur des fioles qu'il remplissait patiemment, le Seigneur des Ténèbres détourna à peine son attention lorsque Fiona fit son entrée. Elle jeta le journal sur le plan de travail et croisa les bras pour cacher ses tremblements de colère.
- Vos Mangemorts s'amusent bien, on dirait ! commença t'elle d'emblée. Ne me dites pas que vous n'êtes pas responsable de certains incidents survenus durant la dernière décennie. Des glissements de terrain, se mit-elle à énumérer presque moqueuse. Des avions qui disparaissent des écrans radar pour refaire surface à l'autre bout du monde. Des explosions, des incendies, des accidents de la route. La liste est longue mais je m'en tiendrai là puisque ces quelques faits m'ont déjà obligée à remonter plusieurs années en arrière.
- Vous les avez tous appris par cœur ? la nargua t'il sans chaleur, toujours penché sur ses flacons.
- Je ne suis pas d'humeur à être l'objet de railleries, s'énerva Fiona un peu plus. J'attends une explication.
Plus enclin à avoir une conversation sérieuse, Voldemort se redressa et consentit à abandonner ses fioles pour lui répondre.
- Ne mélangez pas tout, je vous prie. Leurs actions n'ont rien à voir avec le fait que je vous ai promis qu'ils agiraient de leur côté si vous refusiez de m'obéir.
- Je m'en doute, répliqua Fiona. Puisque la plupart du temps tout le monde en réchappe ! insista t'elle en se moquant à son tour.
Voldemort soupira de résignation.
- Dans ce cas, commençons par le début, concéda t'il (ce qui ne l'empêcha pas de se consacrer à nouveau à ses potions). Souvenez-vous, à votre arrivée ici, je vous ai dit qu'il m'était nécessaire de reconstituer mon armée pour poursuivre mon but. Ce que j'ai fait, bien entendu. Cela dit, et par égard pour vous, mes Mangemorts ont reçu la consigne de faire le moins de victimes possibles.
- Par égard pour moi, souligna Fiona en feignant un étonnement agacé.
- Absolument. Comment auriez-vous réagi si des moldus avaient été exterminés par centaines. N'auriez-vous pas fait l'amalgame avec mes menaces ? Elles n'avaient pas lieu d'être puisque vous avez toujours comblé mes exigences. Les exploits de mes Mangemorts ne devaient être considérés que comme une sorte d'entraînement, rien de plus. Mais ils étaient indispensables pour me permettre de repérer les meilleurs éléments.
- Et aujourd'hui c'est chose faite, n'est-ce pas ? tenta Fiona qui ne manqua pas de relever qu'il employait ses verbes au passé.
Voldemort se redressa à nouveau. Son visage découvert se fit méfiant, mais il s'y inscrivait également une sorte de déception.
- Ne vous faites pas plus curieuse qu'il ne devrait, la menaça t'il indirectement. Vous devriez cesser d'éplucher la presse, aussi. Ne vous opposez pas à ce qui vous dépasse, Miss Mandelsen.
- Alors promettez-moi une chose.
- Laquelle… ?
- Que vos Mangemorts se contentent de poursuivre ce que vous qualifiez « d'entraînements » sans que des innocents aient à en souffrir.
- Mes engagements envers vous m'y obligent, il me semble, accepta Voldemort en réponse.
Fiona n'insista pas. C'était déjà un exploit d'avoir réussi à tirer autant d'informations de la part d'un homme qui s'attachait à commanditer ses projets dans la plus grande discrétion. Elle attrapa le journal d'un geste désinvolte et sortit de la crypte.
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Fiona n'avait aucune envie de passer la soirée en compagnie de Voldemort malgré la parole qui venait de lui être donnée un peu plus tôt dans la journée que les évènements resteraient en l'état. Elle alla s'installer sur le perron, seule, comme elle le faisait dans les moments difficiles ou ceux qui lui imposaient réflexion. Et justement, la confirmation du renouvellement des troupes de Voldemort masquait en fait un terrible secret : il était sur le point de passer à l'offensive pour régner sur le monde et, avec cette annonce, le moment venait où Fiona serait contrainte de le seconder réellement.
Ce qui lui était apparu comme une évidence il y a encore quelques jours était aujourd'hui une obligation. Elle venait de prendre sa décision : elle n'avait plus le choix, elle devait partir. L'heure du départ était encore loin, cependant, car il faudrait penser à tout pour ne pas gâcher la seule et unique chance qu'elle aurait de le faire.
- Oh Merlin, aidez-moi… ! implora t'elle avant de s'endormir sous les étoiles.
Vous sentez la colère de Fiona qui monte ? Tant mieux parce que, dans le prochain chapitre, elle devra mettre son plan à exécution !
Pour les RAR du chapitre précédent (37), par manque de temps -doublé d'une grosse fatigue en ce moment-, je n'ai pas eu le temps de les mettre en ligne sur mon blog (lien dans mon profil). Je vous y adresse tout de même mes plus sincères remerciements pour celles et ceux qui voudraient aller y faire un tour et, comme je le précise là-bas, je ne désespère pas de réparer cette lamentable omission dans les tous prochains jours…
Avec toutes mes excuses que vous accepterez je l'espère !
Gros bisous à tous
Volderine
