CHAPITRE TRENTE CINQ : SAUT VERS LA LIBERTE
-Alastor ! s'écria McGonagall.
-Hop hop hop on ne bouge pas, lança Bellatrix, la baguette fermement tenue, avant de se tourner vers la personne qui l'intéressait le plus. Severus, Severus, Severus…poursuivit-elle, sa baguette pointée vers lui. Tu as vraiment cru que tu pourrais venir incognito ici et ressortir sans encombre, sans qu'on ne se rende compte de rien ?
Severus resta le visage impassible, sans bouger, sans rien dire. Ils avaient tous leurs armes tendues vers leurs adversaires, les Mangemorts étaient trois, de leur côté après que Fol Œil ait été mit hors état de nuire ils n'étaient pas beaucoup plus nombreux, Tonks était dans l'incapacité de combattre pour le moment, Elizabeth était très affaiblie, et lui même n'était pas au mieux de sa forme à cause du Polynectar qui commençait à se dissiper totalement dans quelques minutes il allait reprendre son aspect normal. Le combat ne présageait vraiment rien de bon. Personne n'avait encore ouvert les hostilités, mais chacun regardait ses ennemis, près à combattre.
-Ce n'est vraiment pas ton genre de venir jouer les héros comme ça ? Qu'est ce qui t'arrive ?
Le regard de Bellatrix se posa ensuite quelques centimètres plus loin, sur Elizabeth, puis elle se mit à rire.
-Oh non c'est pas vrai ! Ne me dis pas que tu es revenu pour une fille ? Tu es venu uniquement pour secourir ta belle dulcinée ? Tu tiens un peu à elle alors…Comme c'est pathétique !
Bellatrix s'avança légèrement en direction d'Elizabeth mais Severus s'interposa, en se mettant entre les deux femmes. Bellatrix eu un petit rictus et elle arrêta de marcher.
-J'aurais vraiment dû laisser Fenrir s'occuper d'elle également. J'aurais adoré voir ta tête en la retrouvant dans sa cellule, complètement meurtrie physiquement et psychologiquement, après le déchainement de la bête sur elle. Un peu comme…toi en fait, acheva-t-elle avec un petit air amusé, en regardant Tonks qui était recroquevillée dans un coin.
Il n'en fallut pas davantage à Remus pour perdre son calme, et pour sonner le début de l'affrontement. L'endroit, n'était vraiment pas idéal pour combattre, ils étaient tous dans un couloir très étroit, et même s'il y avait un embrochement avec deux nouveaux corridors, la liberté de mouvement était très restreinte. C'était le chaos total, la pierre des murs explosait de part et d'autres, les quelques objets présents volaient dans tous les sens, les membres de l'Ordre et les Mangemorts virevoltaient également en lançant des sortilèges à tout va, en essayant d'éviter ceux lancés à la fois par leurs adversaires, et par leur groupe tellement l'endroit était exigu. Il ne fallait pas que les combats durent trop longtemps de toute façon. Les autres Mangemorts avaient déjà dû être alertés par les bruits des affrontements, et même si eux de leur côté avaient prévenu les Aurors de leur plan, ils ne savaient pas quand ils pourraient voir des renforts apparaître.
La question des renforts n'était cependant pas la préoccupation première de Severus. Il avait toujours été excellent duelliste, et il ne s'était jamais vraiment senti en danger en affrontant des Mangemorts jusque là mais la peur de voir quelque chose arriver à Elizabeth, couplée à son état transitoire et la reprise imminente de son aspect d'origine ne l'aidait pas à aborder ce combat convenablement. Il ressenti d'ailleurs une crampe fulgurante au niveau de l'estomac ce qui le coupa net en plein duel. Il mit un genou à terre alors que son corps entier commençait à se crisper. Il sentait les cellules de sa peau se transformer petit à petit, et quand il regarda ses mains, il vit ses doigts s'allonger et devenir de plus en plus pâle il était en train de reprendre son aspect.
Incapable de bouger, il vit les quelques secondes suivantes défiler sous ses yeux sans qu'il puisse faire quoi que ce soit. Il vit Bellatrix apparaître non loin de lui, bien évidemment prête à profiter de ce bref moment de faiblesse pour s'en prendre à lui. Il la vit brandir sa baguette, des étincelles d'une couleur bleue nuit apparaissant à son extrémité, sans qu'elle prononce la moindre formule. Il vit Elizabeth s'interposer en une fraction de seconde, mais sans avoir le temps nécessaire pour contrer le sortilège. Ce dernier frappa de plein fouet la sorcière, à la place de Severus, et elle fut projetée contre la paroi du mur un peu plus loin. Severus ne sut pas vraiment ce qui fut le plus difficile à voir ensuite, le corps d'Elizabeth s'écraser sur le sol, le fait que la jeune femme ne se relève pas, ou bien entendre le rire angoissant de Bellatrix et cette lueur folle de satisfaction dans ses yeux, la satisfaction d'avoir une fois de plus apporté un peu plus de souffrance dans ce monde.
La seconde d'après, juste après avoir retrouvé son apparence normale, et en pleine possession de ses moyens de nouveau, Severus n'attendit pas plus longtemps pour entamer un nouveau duel avec la Mangemort. Bellatrix contra difficilement, un puis deux, puis trois sortilèges. Son petit sourire satisfait avait disparu de son visage. Elle était apparemment consciente qu'elle ne faisait pas le poids contre Severus, et elle avait espéré qu'un de ses camarades viendrait pour l'épauler mais Crabbe et Nott étaient bien trop occupés de leur côté.
-Sectumsempra !
Cette fois, c'est Severus qui eut un petit air satisfait en voyant son sortilège toucher sa cible. Son sortilège. Il ne l'utilisait pas fréquemment, Dumbledore lui ayant jadis indiquait qu'il le trouvait particulièrement barbare et inadapté même pour un combat contre un ennemi, car il infligeait des souffrances méritées par aucun être sur terre. Bellatrix ignorait l'existence de ce sortilège, et elle fut surprise de la violence avec laquelle son corps fut tailladé à plusieurs reprise.
-Qu'est ce que tu m'as fait ! s'écria-t-elle en se tenant la poitrine, alors qu'elle crachait du sang.
Severus ne se donna pas la peine de lui répondre, de toute façon on ne lui en laissa pas le temps. Une violente détonation retentit dans tout le couloir, alors qu'un mur venait d'explosait devant eux. Plusieurs jets de lumière s'interposèrent au milieu du chaos, l'arrivée des renforts !
-O'Hara ! On est vraiment content de vous voir, vous ne pouviez pas mieux tomber !
-Désolé pour le retard, on a été retenu. J'ai toute ma brigade de Paris là haut sur les toits en train de se battre. Il faut qu'on file, en vitesse.
-Oui mais on a deux blessés graves. Alastor, continua McGonagall en montrant l'Auror inerte sur le sol, et Elizabeth, qui vient de perdre connaissance.
-On s'occupe d'eux. Vous n'avez qu'à nous ouvrir la voie jusqu'au toit.
Le groupe n'eut aucun mal à soulever Fol Œil avec un sort de Lévitation, en revanche, Severus était beaucoup plus retissent à l'usage du sortilège sur Elizabeth.
-Ne vous approchez pas d'elle !
-Severus…je vous en prie nous n'avons pas le temps de faire des manières, lança McGonagall. Nous devons tous nous mettre en sureté.
-Ce n'est pas négociable Minerva. Je ne sais déjà pas pourquoi elle ne se réveille pas, je ne prendrai pas le risque qu'elle soit blessée à nouveau.
Sa décision était visiblement irrévocable, et il prit Elizabeth dans ses bras en la soulevant avec une incroyable facilité. La jeune femme était toujours inconsciente.
-Vous êtes conscients que comme ça, dans l'incapacité d'utiliser votre baguette, vous êtes particulièrement vulnérable ?
-Et bien je m'en remets à vous, aboya Severus. Pour une fois, faites votre boulot correctement et couvrez-nous jusqu'à ce qu'on sorte de là.
O'Hara n'ajouta rien. Il savait que les Aurors n'étaient pas irréprochables, et qu'une part importante de la population avait remis en cause leur efficacité suite à l'ascension de Voldemort. Il connaissait aussi le passif de Severus, il savait qu'il n'appréciait pas particulièrement les Aurors, et qu'il y avait toujours une petite rivalité entre les membres de l'Ordre et ces derniers mais il n'avait pas le temps de discuter la décision de Severus pour le moment.
-Bien ! Comme vous voulez professeur Rogue. Suivez-moi !
Les minutes qui suivirent parurent durer une éternité à Severus. Le chaos le plus total régnait dans les lieux, des étincelles apparaissaient dans tous les sens, de la pierre, des tableaux explosaient un peu partout alors qu'ils s'engouffraient tous tant bien que mal dans les couloirs et les escaliers sinueux du Ministère. Heureusement en venant les Aurors avaient débloqué une voie sûre (enfin une chose de bien qu'ils avaient réussi à faire), et ils avaient réussi à contenir les Mangemorts de l'autre côté du bâtiment, pas pour longtemps cependant.
Quand Severus arriva sur le toit, il prit une bonne bouffée d'air frais. L'orage grondait désormais, des éclairs zébraient le ciel au loin et des trombes d'eau s'abattait sur eux mais il n'y faisait pas attention. Au dessus de leur tête, des Mangemorts et des Aurors virevoltaient dans tous les sens dans les airs en se battant, alors qu'une sorte de bulle de protection avait semble-t-il était installée à l'endroit où Severus était sorti. Il regarda Elizabeth, toujours inconsciente dans ses bras, une vilaine blessure à la tête qui saignait encore un peu. Il la serra un peu plus contre lui alors que les autres arrivaient à leur tour sur le toit.
-Vous ne pouvez pas transplaner depuis cet endroit, leur explique O'Hara en criant presque pour couvrir le bruit du vent, de la pluie et des éclairs. Vous allez devoir sortir de la bulle de protection en sautant là-bas pour pouvoir partir d'ici.
Le Chef de la Brigade leur montra l'extrémité nord du bâtiment avec son doigt. Ils avaient bien compris, ils allaient devoir traverser tout le toit le plus rapidement possible en espérant que la protection tiendrait puis s'élancer et sauter dans le vide pour pouvoir transplaner, en évitant les potentiels sortilèges lancés par les Mangemorts.
-Formidable O'Hara ! s'exclama Sirius. Vous n'avez pas trouvé de quelque chose d'encore plus acrobatique ?
-Désolé mais on a fait comme on a pu avec le temps qu'on avait et les contraintes imposées par le bâtiment. Mes hommes vont vous couvrir pendant que vous vous élancerez. Quand vous serez arrivés au bout du bâtiment, attendez mon signal. Transplanez où vous le pouvez, et rendez-vous ensuite au dernier point de ralliement pour rejoindre le dernier QG de l'Ordre.
Ils prirent la direction de l'extrémité nord, en jetant de temps à autres des sortilèges aux Mangemorts qui passaient près d'eux. La bulle de protection empêchait les sortilèges ennemis de les atteindre mais l'avantage c'est qu'eux pouvaient en lancer pour tenter d'atteindre leur cible.
Le reste se passe très vite, trop vite pour que Severus comprenne tout sur le moment. Un bruit assourdissant retentit à côté d'eux, et puis le toit commença à se dérober sous leurs pieds. Ne pouvant les atteindre à cause de la protection magique, les Mangemorts avaient décidé de faire s'effondrer une partir du toit pour les faire tomber. Si Severus avait été seul il aurait combattu, il serait resté avec les autres, probablement jusqu'à la fin mais cette fois c'était différent, il avait Elizabeth dans ses bras et il était inconcevable qu'il la laisse ici pour aller combattre. Il ne comptait plus les fois où il avait combattu, où il avait été en danger, où il s'était retrouvé dans une situation périlleuse. Il avait toujours fait tout ce qu'on lui avait demandé de faire, pour les Mangemorts et puis ensuite pour l'Ordre, sans jamais se plaindre, sans jamais refuser de mettre sa vie en jeu. Cette fois là, et pour la première fois de sa vie il fuyait les combats, non pas pour lui, mais pour la seule personne qu'il ait jamais aimée. Celle qui comptait le plus à ses yeux, plus que sa propre vie. Sans faire attention à Minerva et aux autres, il quitta le toit instable pour s'envoler et virevolter dans les airs entre les Mangemorts et les Aurors. Il n'eut aucun mal à s'éloigner de la zone de combat, certainement devant le regard incrédule d'une bonne partie de l'assemblée devant sa capacité de vol insoupçonnée et une fois suffisamment éloigné, il transplana, sans le moindre doute dans son esprit.
oOo
Ni Harry, ni Voldemort n'avait encore bougé. La baguette dans la main de Harry commençait, une fois de plus, à trembler, comme si elle trépignait d'impatience devant sa jumelle. Harry ne savait pas comment il s'en sortirait cette fois. Sans Dumbledore, sans Fumseck, sans l'effet de surprise du Priori Incantatum, comment est ce qu'il pouvait s'en sortir face à un ennemi beaucoup plus puissant que lui ? C'était visiblement ce à quoi Voldemort réfléchissait et à voir le petit rictus sur son visage, il en était arrivé à la même conclusion, cette fois là Harry ne s'en sortirait pas.
Et pourtant, une aide précieuse arriva d'une petite créature…ou plutôt d'une énorme créature enfouie dans les profondeurs de la banque. Maelgon refit son apparition aux côté du trio alors qu'un rugissement lointain fit trembler toute la pièce. Le rictus de Voldemort disparut alors que les murs et le sol commençaient à trembler de plus en plus. Maelgon lui avait l'air horrifié en voyant le corps de tous les elfes sans vies sur le sol. Il avait eu l'habitude d'être mal traité et de voir ses congénères souffrir le martyre mais jamais encore il n'avait vu autant de cruauté ni autant de sauvagerie envers les elfes.
Les rares créatures qui avaient encore de la force avaient disparu, certains pour se cacher dans la Banque, les autres, libérés avaient peut-être pu s'enfuir s'ils n'étaient pas tombés sur des Mangemorts. Le sol sous les pieds de Voldemort et des Mangemorts s'effrita un peu plus, et à peine une fraction de seconde après que le Mage Noir se soit envolé, une gueule énorme apparut à la place du sol, une gueule aux dents acérés qui se referma sur quelques Mangemorts qui avaient échappé aux flammes, et qui furent coupés en morceaux.
-C'est notre chance, il faut qu'on y aille ! s'écria Hermione.
-Maelgon je…je suis désolé pour tes amis, lança Harry en posant une main délicatement sur le petit elfe. Je suis désolé de ne pas avoir pu aider davantage.
Ce dernier leva les yeux vers lui, il pleurait.
-Harry ! On doit partir !
Maelgon regarda ensuite Hermione, puis l'énorme dragon qui commençait à sortir de plus en plus du sol.
-Harry Potter doit partir. Darmock a très faim, il va manger tout ce qu'il trouve.
-Vient avec nous ! lança Harry en se mettant à genou pour être à sa hauteur. Tu n'es pas obligé de rester ici, tu es libre maintenant !
-Je dois retrouver les autres elfes, pour aider ceux qui n'ont pas été libéré.
-HARRY !
Les murs et le plafond commençait à s'effondrer dangereusement autour d'eux ils ne pouvaient pas rester plus longtemps. Harry pris le petit elfe dans ces bras, avant de se relever.
- Au revoir Maelgon ! Fais attention à toi !
-Bonne chance, Harry Potter, murmura le petit elfe alors qu'Harry, Ron et Hermione partaient en courant dans le couloir.
-Par ici ! s'écria Hermione en évitant de justesse un morceau de mur qui s'écrasa sur le sol. Ne vous arrêtez pas de courir !
-Tu sais où on est ? demanda Ron en sautant par dessus une table.
-Parfaitement ! Il y a une fenêtre au bout de ce couloir, ce sera notre sortie.
-Tu plaisantes ?
Elle lui lança un regard noir, pour lui signifier de se taire et de ne pas faire de réflexion sur le plan d'évasion improvisé. Un cri strident retentit juste derrière eux, alors qu'une silhouette fantomatique apparut juste à côté d'Harry Voldemort se faufilait dans les couloirs pour l'attraper, il n'était visiblement pas disposé à laisser sa proie s'échapper. Par chance, le Mage Noir n'eu d'autre choix que de se déporter à l'autre bout de la salle pour éviter qu'une partie de l'étage du dessus qui venait de s'effondrer ne lui tombe dessus.
Le trio continua sa course, désormais en vue de leur point de sortie. Il voyait le ciel bleu de la nuit au loin derrière la fenêtre mais d'un coup, la lumière de la lune se fit moins intense, et l'astre lui même commença à disparaître. Des briques étaient en train d'apparaître, comme pour condamner la sortie.
-Ils veulent nous enfermer ! lança Ron.
Sans hésiter, Hermione brandit sa baguette et lança son sortilège avant que la fenêtre ne soit complètement condamnée.
-Bombarda !
Les briques volèrent en éclat, tout comme la fenêtre juste derrière d'ailleurs. Ils avaient le champ libre, à ceci près qu'ils se trouvaient au 4 étage de la banque. Cette donnée ne sembla pas du tout arrêter Hermione qui prit appuis sur le rebord et sauta dans le vide. Ron se surpris à la suivre, sans même hésiter une seule seconde et pour fermer la marche Harry fit de même, en se tournant malgré tout vers la banque pour voir où était Voldemort et brandir sa baguette au besoin. C'était sans compter sur la vitesse du Seigneur des Ténèbres qui fila à tout vitesse à son tour vers la fenêtre.
Ce qui se passa ensuite, Harry ne su pas vraiment s'il l'avait inventé ou pas. Le temps de figea, tout tourna au ralenti autour de lui alors qu'il était le seul à pouvoir se mouvoir visiblement à une vitesse normale. Il tourna la tête vers ses amis, Hermione en sautant s'était tournée vers eux, et avait déjà agrippé la manche de Ron. Elle tendait son autre main vers Harry, mais il n'était pas encore assez proche pour qu'ils puisse se toucher. Est ce qu'elle attendait de pouvoir lui attraper la main pour transplaner ? Ron lui ne semblait pas comprendre ce qui était en train de passer, il fixait seulement le vide au dessous d'eux, avec un regard paniqué. Mais la pire vision pour Harry fut ce qu'il vit en se tournant vers la banque. Voldemort plongeant vers lui au ralenti, ses yeux flamboyants injectés de sang, le visage crispé par la colère et ses long doigts pâles sur le point de se refermer sur sa cheville. Sans hésiter Harry plia les genoux pout s'éloigner le plus possible d'une possible prise de Voldemort tout en tendant sa main au maximum vers Hermione pour attraper ses doigts. Juste après il vit un petit épervier bien connu voler à une vitesse normale, à quelques mètres d'eux.
Archimède !
Sans avoir le temps de prononcer quelque parole que ce soit, ni le temps de penser à autre chose, le temps repris sa vitesse normale. Hermione, probablement surprise par son contact un peu trop rapide que ce qu'elle avait calculé avec Harry garda cependant la tête froide et transplana aussitôt pour les sortir de cet enfer, la plus grande frustration provenant certainement de Voldemort, qui vit Harry disparaître juste sous ses yeux alors qu'il était persuadé qu'il était sur le point de l'attraper.
Le trio réapparut loin de cette agitation, dans un endroit bien reculé en Angleterre, un petit have de paix qu'Hermione connaissait bien pour y être venu souvent en vacances avec ses parents. Des montagnes, des forets à perte de vue, de l'air pur et…un lac ! Un immense lac au dessus duquel ils apparurent tous les trois, toujours à plusieurs mètres au dessus de la surface. Par reflexe, et malgré le danger de Voldemort et des Mangemorts écarté, ils crièrent à l'unisson le temps que la chute dura jusqu'à tomber dans l'eau gelée. Hermione remonta à la surface aussitôt, suivi de près par Ron mais Harry lui, dans un état semi léthargique, continua sa chute vers le fond du lac. Il voulait remonter à la surface, il voulait nager pour rejoindre ses amis mais il était incapable de bouger. Comme si toute la fatigue et la frustration accumulée depuis qu'il était arrivé dans cette réalité refaisaient surface pour l'écraser totalement de leur poids. Une fois de plus il avait échoué.
Quand il réfléchissait bien, il n'était pas vraiment doué pour grand chose. Il n'avait pas réussi à secourir les elfes, il n'avait pas réussi à sauver Sirius dans sa réalité, il avait mis plusieurs fois ses amis en danger et pourquoi ? Pour rien. Il s'en était toujours sorti grâce à la chance, et quand il n'avait personne à ses côtés, il ne valait pas grand chose. A ce moment précis il repensa à sa mère. Elle était tellement jeune, et ce n'était pas une combattante mais pourtant, ce soir là, alors qu'elle était toute seule dans cette maison, alors que son père s'était fait tué, elle avait réussi à trouver le courage d'affronter Voldemort, et elle avait réussi à sauver Harry. Sa mère était puissante, et elle était talentueuse. Il ne lui arrivait pas à la cheville. Il repensa ensuite à tout ce que les membres de l'Ordre lui avait dit dans cette réalité. Il revoyait distinctement leur visage, leur regard, plein d'incompréhension, et de colère.
« James n'aurait jamais mis la vie de ses amis en danger pour une chose aussi futile et aussi facilement remplaçable qu'une baguette magique » « J'aurais trop honte d'avoir un fils comme toi ».
Sirius n'y était pas aller de main morte avec lui ce jour là. Ils avaient tous été très durs voire injuste avec lui.
« Toi ! Ne…t'avise…plus jamais…de t'approcher de mes enfants ! » « Je ne veux pas que ce trouble-fête, ce gamin inconscient partage une seconde de plus la chambre de Ron ! »
Il avait l'impression d'avoir Mrs Weasley en face de lui, et de sentir à nouveau sa main frapper sa joue violemment.
« Comment…as tu pu faire ? Tu as mis ta vie en danger, ça finalement on s'en fiche un petit peu si tu es suicidaire, mais tu as fait courir un grand danger à trois autres sorciers »
Même Remus s'en était pris à lui, alors qu'il ne l'avait jamais vu s'énerver avant.
Mais à bien y réfléchir, il comprenait leur réaction. Ce qu'il ne comprenait finalement pas, c'est pourquoi ses proches n'avaient pas réagi comme ça dans sa réalité. C'est Harry qui avait eu l'idée de descendre par la trappe lors de la première année, mettant ainsi Ron et Hermione en danger. La première fois d'une longue liste. Pourtant, les Weasley ne lui en avaient jamais tenu rigueur. Il avait même été particulièrement bien accueilli par la famille de son ami l'été suivant. Ils ne s'étaient d'ailleurs pas non plus posés de question pendant leur 2e année, quand la Chambre avait été ouverte et que tout le monde avait soupçonné Harry. Ses amis n'ont plus n'avaient pas été effrayés en apprenant qu'il parlait au serpent ou qu'il entendait des voix…Pourquoi est ce que tout le monde avait toujours accepté ses particularités, et ce qu'il faisait en se mettant en danger et en mettant en danger les autres ? Et avec ce qui s'était passé avec Sirius au Ministère, est ce que Remus allait lui en vouloir ? C'était de sa faute si son meilleur ami était mort, est ce qu'il en voudrait à Harry pour ça ? Probablement pas…
Alors qu'il sombrait de plus en plus dans le lac, il sentit l'eau autour de lui se réchauffer. Il ressentit même une sensation étrange, comme si l'eau qui l'entourait était plus fluide. Quelque chose avait changé. Perdu dans l'obscurité du lac, il vit un filament brillant passer devant lui pour s'arrêter au niveau de son visage. Une créature vivant au fond du lac ? Avant d'avoir eu le temps d'en approcher sa main, il fut projeté dans l'ancien QG de l'Ordre. Tous les membres étaient là, et il comprit que cette discussion avait eut lieu juste après qu'il se soit énervé après l'attaque du village.
-Et bien finalement je retire ce que j'ai dis, il a vraiment le même sale caractère que James ! lança Sirius.
-Personnellement je comprends qu'il se soit énervé. La situation n'a rien de particulièrement reluisante, ajouta Mr Weasley.
-Oh Arthur, je m'en veux tellement de lui avoir parlé comme je l'ai fait. Ce n'est qu'un jeune garçon après-tout, un jeune garçon complètement perdu. Il n'a pas de famille, pas d'amis, et il s'est retrouvé là sans rien demander.
-Tu avais eu peur pour les garçons Molly, je pense qu'il peut comprendre. A mon avis il a déjà fait la part des choses entre ceux que nous sommes là d'où il vient, et ceux que nous sommes ici.
-Ben moi déjà je sais que là d'où il vient, je ne suis plus grand chose, lança Sirius.
-On n'est pas en train de parler de toi Sirius ! On parle d'Harry.
C'était Remus qui venait de parler.
-Quoi ? Tu prends sa défense maintenant ?
-C'est pas une question de prendre sa défense. Je reconnais que je me suis trop rapidement énervé contre lui à cause de ce qui est arrivé à Tonks. Je trouvais ça totalement puéril ce qu'il avait fait mais…
-Mais quoi ?
-Mais après avoir vu de quoi il est capable, je comprends pourquoi il voulait absolument récupérer sa baguette. Il y a tellement de choses que l'on ignore encore Sirius ! Et tu l'as vu aussi bien que moi…cette puissance qui se dégageait de lui quand il a affronté Tu-Sais-Qui ! C'était incroyable.
-C'était spectaculaire, poursuivit Mr Weasley.
Sirius soupira, avant de s'asseoir.
-Ouais je reconnais que personne n'avait réussi à faire ça avant lui. C'est pas le caractère de James qu'il a, c'est la trempe de Lily. Ça ne m'étonne pas qu'elle ait réussi à faire fuir Tu-Sais-Qui là d'où il vient. Elle était tellement exceptionnelle.
-Ils l'étaient tous les deux, ajouta Remus. Il faut qu'on ait une discussion avec Harry, qu'on s'excuse auprès de lui.
-Je suis d'accord. Enfin…quand il ce sera calmé quand même, ajouta Sirius. Il a beau ressembler à James, quand il s'énerve il y a quand même quelque chose dans son regard qui me met particulièrement mal à l'aise…
Harry secoua la tête, l'image du groupe venait de s'estomper. Il n'en verrait pas davantage. Est ce que c'était un souvenir ? Comment est ce qu'il avait pu voir maintenant une vraie scène qui s'était passée il y a plusieurs jours ? Est ce qu'il avait tout imaginé ? En tout cas, les paroles de l'Ordre l'avaient reboosté. Il ne pouvait pas abandonner comme ça.
-Ascendio !
Son corps fut projeté vers la surface du lac, mais il commençait à manquer d'air. Il voyait bien qu'il commençait à perdre de la vitesse mais qu'il n'avait pas encore rejoint la surface. Il regarda au dessus de lui, il n'était pas loin, peut-être à un ou deux mères mais il n'arrivait pas à nager. C'est à peine s'il sentit de bras l'agripper, avant qu'il ne sombre, inconscient pour de bon.
oOo
-Mais je vous assure, je vais bien.
-Vous en êtes sûre Elizabeth ?
McGonagall était toujours dubitativement quant à l'état de la sorcière, qui s'était réveillée quelques minutes plus tôt. En apprenant la nouvelle par Mme Pomfresh, elle était aussitôt descendue à l'infirmerie pour voir comment elle se sentait.
-Mais oui j'en suis sûre, j'ai simplement perdu connaissance à cause du choc.
-Vous savez bien qu'il ne s'agit pas que de ça. Vous avez perdu connaissance juste après avoir été touchée par le sortilège de Bellatrix Lestrange. Tout le monde a cru que les effets du sortilège avaient été renforcés et que vous aviez sombré dans le coma beaucoup plus rapidement que les autres victimes.
-Oui je sais Minerva, et j'aurais pensé la même chose que vous si j'avais été à votre place mais ce n'est pas le cas. Je regrette d'avoir été un fardeau lors de l'évasion du Ministère, la situation était déjà suffisamment difficile comme ça.
-Vous n'avez pas à avoir de regret par rapport à cela, vous ne pouviez pas prévoir ce qui allait se passer. Au final nous avons eu les renforts nécessaires et tout le monde a pu s'enfuir. Severus a…je dois dire pris les choses en main avec brio.
McGonagall tourna ensuite la tête vers une autre personne allongée sur un lit de l'infirmerie un peu plus loin, le regard triste.
-Alastor est toujours dans un état critique mais au moins nous avons pu le ramener avec nous.
-Et Severus, comment va-t-il justement ? demanda Elizabeth alors qu'elle terminait de ranger ses affaires.
-Ma chère, vous devriez aller voir par vous même mais je vous préviens, vous risquez de ne pas le reconnaître. Votre état l'a beaucoup affecté, il s'est enfermé dans sa chambre pour travailler depuis deux jours, depuis ce qui vous est arrivé et il n'en est pas ressorti. Les elfes qui lui apportent à manger m'ont dit qu'il n'avait presque rien avalé.
-C'est ce que je redoutais le plus, qu'il se laisse totalement dépérir, souffla Elizabeth en se sentant coupable.
-Il a encore suffisamment d'énergie pour chercher un antidote mais le temps s'écoule rapidement. Albus est déjà dans le coma et semble s'enfoncer tous les jours un peu plus dangereusement dans son subconscient et son esprit complexe et….
-Et après presque deux jours passés endormie, je viens bientôt sombrer à mon tour, sans possibilité de me réveiller si l'antidote n'est pas trouvé, acheva Elizabeth résignée en baissant la tête.
McGonagall avait l'air affligée par toute cette situation, mais elle fut surprise de voir un sourire rayonnant sur le visage d'Elizabeth quand elle releva la tête.
-Ce n'est pas le moment de me résigner. Même s'il ne me reste que quelques minutes, je veux les passer avec Severus. Mais Minerva, merci pour tout, ajouta Elizabeth en prenant McGonagall dans ses bras délicatement.
Cette dernière sourit à son tour pendant leur courte étreinte, mais la dernière phrase prononcée par Elizabeth comme un murmure à son oreille avant de disparaître lui fendit le cœur.
-Prenez bien soin de Severus.
Sans un dernier regard vers l'infirmerie, Elizabeth s'engouffra dans un petit couloir et disparut, sans savoir si elle aurait un jour l'occasion de revoir McGonagall. Quand elle arriva devant la chambre de Severus, la porte était entrouverte. Elle s'engouffra sans bruit dans les lieux, et ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en pensant que c'était là que quelques jours auparavant, leur histoire avait commencé avec Severus. Le QG de l'Ordre n'était pas le même, mais la disposition de la chambre et du bureau de Severus était identique et elle avait l'impression que cette première nuit qu'ils avaient passé ensemble avait eu lieu il y a une éternité.
Severus était devant son bureau, et elle le trouva tout de suite incroyablement charismatique, il avait même presque quelque chose de majestueux. Elle avait devant elle le vrai Maître des Potions, et si elle n'avait jamais douté des capacités de Severus, elle comprenait rien qu'avec la scène qui se passait devant elle, toute l'ampleur et l'étendue de son talent. Severus avait pas moins de quatre chaudrons devant lui, tous de taille différente et avec des mixtures aux couleurs, aux odeurs, aux textures incroyablement différentes les unes des autres. Les ingrédients et les ustensiles virevoltaient tout autour de lui, et derrière lui, sur un immense tableau noir, des craies s'afféraient et écrivaient rapidement tout ce qui était en train de se passer. Severus arrivait à suivre de mémoire la composition, les ingrédients, les quantités, les pesées, les ordres d'incorporations et tous le détail de quatre potions en même temps. C'était tout simplement incroyable, Elizabeth n'avait jamais vu ça. Elle resta dans son coin pour ne pas le perturber, et elle le détailla un peu plus du regard. Si elle était heureuse de le retrouver après l'épisode du Polynectar, elle dû reconnaître que McGonagall avait raison, Severus était méconnaissable. Le teint encore plus pâle que d'habitude, des cernes sous les yeux, pas de veste, une chemise négligemment rentrée à moitié dans son pantalon, les manches retroussées à la va vite. Il semblait vraiment épuisé.
Après quelques secondes il se pencha au dessus d'une mixture, puis d'une seconde puis il prit appuis sur son bureau, là où les ingrédients étaient préparés, en posant une main à chaque extrémité. La tête baissée, il prit une grande inspiration alors que derrière lui, les ustensiles cessèrent de virevolter un peu partout, et les craies tombèrent sur le sol. L'instant d'après Elizabeth sursauta alors que Severus venait d'envoyer valser tout ce qui se trouvait sur son bureau, ingrédients, couteaux, balances, chaudrons, parchemins etc…Il n'était donc pas satisfait des résultats qu'il avait obtenus.
Sans se démonter, Elizabeth frappa sur la petite porte d'entrée, Severus releva la tête immédiatement. Quand il vit la jeune femme dans l'encadrement de la porte, il se releva aussitôt. Le sourire rayonnant de la jeune femme contrastait avec son air fatigué, presque misérable mais il ne s'en préoccupa pas.
-Elizabeth…
Avant qu'il ne puisse ajouter quoi que ce soit d'autre, elle s'était blottie contre son torse. Elle resta quelques secondes ainsi, son corps simplement collé à celui de Severus. Elle releva ensuite la tête et comme elle s'y attendait, elle vit énormément de tristesse et de culpabilité dans les yeux de Severus. Il passa sa main dans les cheveux de la sorcière, en relevant ses mèches au niveau de la tempe elle savait que c'était pour inspecter la blessure à la tête qui lui avait fait perdre connaissance. Ce n'était pas ce qu'on pouvait penser de lui aux premiers abords, mais Severus était particulièrement attentionné avec les personnes qui comptaient pour lui. Elle voulait le rassurer, lui dire qu'elle allait bien mais il semblait déjà content de voir que sa blessure était complètement guérie. Le regard perdu un bref instant dans les yeux sombres de Severus, elle n'hésita pas davantage et passa ses bras autour de son cou pour se mettre à sa hauteur et pouvoir enfin l'embrasser.
Elle l'entendit gémir faiblement au contact de leurs lèvres alors qu'il passait ses bras autour de sa taille en la serrant un peu plus contre lui, comme s'il avait peur qu'elle disparaisse. Plus rien n'avait d'importance, plus rien n'existait à part eux deux. Très peu habitué à ce genre de démonstrations d'affection, Severus fut le premier à s'écarter pour reprendre son souffle. Ou bien était ce pour se justifier de son absence auprès de la jeune femme jusque là.
-Elizabeth je…je voulais venir te voir, articula-t-il difficilement, encore essoufflé. J'allais venir te voir, j'avais juste…
Il ne put terminer sa phrase tout de suite, Elizabeth venait de s'emparer de ses lèvres à nouveau en se collant un peu plus à lui. Elle ne voulait pas entendre ses excuses, elle n'en avait pas besoin. Severus n'avait pas besoin de se justifier, il restait travailler ici jour et nuit pour trouver une façon de la sauver, de sauver Albus, de sauver le monde des sorciers alors il n'avait aucunement besoin de se justifier. Elle faisait d'ailleurs preuve d'égoïsme en venant ici et en voulant partager ces derniers instants de conscience avec lui alors que plusieurs personnes avaient besoin de son aide mais elle s'en fichait, s'il y avait bien un moment où elle avait le droit d'être égoïste, c'était maintenant.
-…juste ces potions à terminer, acheva Severus les yeux encore fermés alors qu'Elizabeth venait de se détacher légèrement. Elle mordit sa lèvre inférieure, la salive de Severus s'y trouvait encore après leur baiser sulfureux et elle lui sourit après avoir regardé par terre tout autour d'eux, là où se trouvait tout ce que le sorcier avait envoyé valsé peu de temps avant.
-Je vois ça, ajouta-t-elle en pouffant de rire.
-Tout ne se passe pas vraiment comme prévu, avoua-t-il faiblement alors qu'il faisait disparaître tout le désordre d'un coup de baguette magique.
-Tu as besoin de repos Severus, lança-t-elle en passant délicatement une main sur son visage.
Severus ferma les yeux sous cette nouvelle caresse avant d'attraper la main d'Elizabeth et de l'embrasser délicatement. N'importe quel contact physique entre deux lui procurait une sensation indéniable et indescriptible de bonheur intense. Comment avait-il fait pour vivre jusque là sans ? Comment pouvait-il envisager de vivre sans cette sensation désormais ?
-Ce dont j'ai besoin c'est de temps, avoua-t-il finalement en rangeant les derniers restes de désordre.
C'est donc pour cela qu'il se fatiguait à préparer plusieurs potions en même temps. Les combinaisons, les possibilités étaient tellement nombreuses, qu'il ne savait pas par où commencer, et quelle priorité donner à ses recherches.
-Et ça là-bas ? demanda Elizabeth en montrant d'un signe de tête un chaudron qui se trouvait un peu à l'écart, le seul que Severus n'avait pas renversé.
-C'est la mixture que Minerva m'a demandé de préparer. Celle - il eut un petit rire cynique – à utiliser pour l'ingrédient que les Aurors s'entêtent à chercher.
-Ah oui cette fameuse fleur dont tout le monde parle.
-Une illusion, une chimère, une légende millénaire perdue il y a des siècles. C'est tout bonnement une perte de temps !
Il avait haussé la voix mais il s'en voulait déjà. Elizabeth était restée devant lui sans rien dire.
-Je suis désolé, je ne devrais pas réagir comme ça.
-Non tu as raison ! Je suis d'accord avec toi, cette fleur aux propriétés incroyables n'est pas la solution. Personne ne sait où elle se trouve, ni même si elle existe encore.
-Mais je ne devrais pas en parler comme cela. Même si je n'y crois pas, je suis tellement loin de trouver une solution alternative que ça reste une option tout aussi envisageable que n'importe quel autre type de remède. Pour la première fois de ma vie je suis totalement perdu et ça m'insupporte. Etre à ce point aussi peu sûr de mon travail dans un moment aussi critique me met hors de moi.
-Tu te mets trop la pression Severus ! Tu ne peux pas porter ce fardeau tout seul.
-Mais c'est le cas pourtant ! s'écria-t-il, plus fort qu'il ne l'aurait voulu.
Il ne voulait pas se fâcher avec Elizabeth, mais il était au bord de l'explosion. Toute la colère, la frustration, la tristesse qu'il avait accumulée étaient désormais insupportable.
-La pression est là Elizabeth, que je le veuille ou non, poursuivit-t-il en se rapprochant d'elle.
Elle ne l'interrompit pas, elle le laissa parler, elle voyait bien qu'il en avait besoin.
-Parce que je vois l'attente et l'espérance partout. Je la voyais dans les yeux d'Albus quand il m'a légué ses dernières recherches même s'il n'a rien dit, je la vois dans les yeux de chaque personne que je croise tous les jours ici, les Aurors et les membres de l'Ordre qui ont peur d'être touchés par ce sortilège incurable, la famille de ceux qui ont déjà été touchés, je l'ai vu chez toi quand tu t'es interposée entre moi et Bellatrix. Je…
-Quoi ?
Elizabeth le regarda interloquée. Il n'y avait pas de colère dans son regard, mais juste de la surprise.
-Tu penses que je me suis interposée et que j'ai pris ce sortilège à ta place pour que tu puisses trouver un remède ?
La réponse à la question était tellement limpide pour lui qu'il ne se donna même pas la peine d'y répondre. Il se contenta de la fixer, les sourcils froncés, c'est lui qui était surpris maintenant et qui ne comprenait pas. Elizabeth, elle, laissa échapper un petit rire, il y a encore quelques temps elle aurait pu s'énerver à cause de l'aberration qu'il venait de sortir mais elle savait que Severus n'était pas encore très à l'aise avec les sentiments, et particulièrement avec ses sentiments à elle.
-Severus, on dirait que tu n'as toujours pas compris…ce que je ressens, et à quel point je tiens à toi. Ne te méprends pas, je suis d'accord avec Albus et avec tous ces gens qui ont de grandes espérances et qui compte sur toi, et je pense effectivement que s'il y a quelqu'un qui est capable de trouver un remède c'est bien toi…
Il voulait parler mais elle l'en empêcha en posant doucement un doigt sur ses lèvres.
-…mais ce n'est pas pour ça que je me suis interposée au Ministère. Je l'ai fait inconsciemment, je l'ai fait parce que tu étais en danger, et que j'ai eu peur pour toi. Ça n'avait rien d'un geste calculé. Je sais que tu te mets en colère quand je fais ça, que tu m'en veux terriblement quand je me mets en danger pour toi, et c'était d'ailleurs le sujet de notre dernière dispute, mais je n'y peux rien Severus ! La raison qui a fait que je me suis interposée ce soir là est la même qui fait que j'ai peur quand tu es danger, qui fait que je ne peux m'empêcher de supplier ton bourreau de te laisser la vie sauve s'il te torture en face de moi, qui a fait que je n'ai pas cessé de penser à toi dans ma cellule au Ministère…c'est parce que je t'aime.
L'espace d'un instant elle avait eu peur qu'il s'énerve à nouveau. Aborder le sujet de leur dernière dispute n'était certainement pas la meilleure chose à faire mais compte tenu des circonstances, elle avait absolument tenu à lui dire ce qu'elle avait sur le cœur. A son grand soulagement, Severus ne s'énerva pas, sa réaction fut même à l'opposée de ce qu'elle avait craint. Tout en l'embrassant il la prit dans ses bras alors qu'elle passait ses jambes autour de sa taille. Pour connaître les lieux elle savait que Severus l'emmener vers son lit, il n'était pas difficile d'imaginer la suite du planning de la journée. Elle ne savait pas si c'était la dernière fois qu'ils allaient échanger un moment aussi intime, mais ce dont elle était sûre, c'est qu'elle ferait tout pour que ce soit le plus mémorable.
oOo
Quand Harry ouvrit les yeux, il se retrouva dans un endroit humide, très humide et également très sombre. Tout était noir autour de lui, il n'était certainement pas en extérieur. L'information fut confirmée quand il tapota le sol sur lequel il était, c'était de la pierre. Il ne pouvait donc pas être aux bords du lac ou Hermione, Ron et lui étaient tombés. Il se releva péniblement, en remettant ses lunettes correctement sur son nez, il ne voyait toujours rien. Il chercha dans ses poches, puis par terre près de l'endroit où il s'était relevé mais rien, aucune trace de baguette magique. Il commença à paniquer mais avant de pouvoir penser à ce qu'il pourrait faire, une violente douleur lui transperça le crâne au niveau de sa cicatrice. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas ressenti une telle douleur. Il ferma les yeux et se plia en deux, incapable de bouger pendant plusieurs secondes. La douleur disparut ensuite aussi vite qu'elle était apparue et quand il se releva, il n'était plus dans l'obscurité. Il était dans un grand couloir, un couloir qu'il reconnu tout de suite. Son cœur se mit à battre dans sa poitrine, il ne savait pas comment il s'était retrouvé là mais il ne fallait pas qu'il reste dans cette pièce, et encore moins sang baguette.
Il cru sentir un souffle sur sa nuque, et par réflexe il se retourna, avant de se rendre compte que c'était une grossière erreur. Mais il n'y avait rien derrière lui. Il avança le long du couloir mais la douleur lui transperça le crâne à nouveau. Il eut ensuite plusieurs flashs, qu'il avait du mal à discerner. Il avait du mal à respirer à cause de l'humidité, il avait un gout de sang dans la bouche, alors que les images défilées devant ses yeux. De la pierre qui explose, des sifflements, des claquements, une mélodie agréable au milieu du chaos et finalement une douleur au bras qui lui arracha un hurlement qu'il ne put maîtriser.
-AAAAAAAAAAARGH
-Harry ! Harry !
Il sentit des mains l'agripper et le secouer légèrement et puis il ouvrit de nouveau les yeux en se relevant brusquement. La lumière autour de lui contrastait avec l'obscurité qui l'avait entouré peu de temps auparavant. Il fallu quelques secondes à ses yeux pour s'habituer à cette clareté mais il ne voyait toujours pas bien.
-Tiens Harry.
On lui tendit un petit objet métallique. Oui ses lunettes qu'il avait perdues, comme d'habitude. Il les mit sur son nez, et il vit deux visages familiers juste en face de lui, ceux de Ron et d'Hermione.
-Tu as fais un cauchemar, tu n'arrêtais pas de crier, lança Hermione.
Harry regarda autour de lui, cette fois ils étaient bien à côté du lac dans lequel ils étaient tombés. Ils étaient sur la berge, à la lisière de la forêt, visiblement ses deux camarades avaient installé un petit campement en attendant qu'il reprenne ses esprits. Le soleil était haut dans le ciel, il avait dormi une bonne partie de la journée.
-En fait tu as dormi presque deux jours, lança Hermione comme si elle avait lu dans ses pensées. On est le 1er juillet.
-Quoi ? Mais, mais qu'est ce qui s'est passé ?
-On a vraiment eu chaud, lança Ron. J4ai cru qu'on allait tous y passer. Et Tu-Sais-Qui il…il a bondi vers toi avec ce regard plein de haine. Il était à deux doigts de t'attraper et…
-C'est bon Ron, on a compris, s'exclama Hermione ! L'important c'est qu'on s'en soit sorti, poursuivi-t-elle. Tu nous as fait une belle frayeur Harry. J'ai transplané ici un peu par hasard, c'est le premier endroit auquel j'ai pensé, sauf que bien sûr, dans le feu de l'action j'ai fais comme j'ai pu, et du coup on est apparu au dessus du lac.
-Oui ça je m'en étais rendu compte, dit Harry en rigolant tout en se relevant pour se dégourdir les jambes.
-Tu as plongé à pic dans le lac, tu étais tout raide. Heureusement que Ron t'a vu et qu'il t'a ramené à la surface puis sur la berge.
Harry regarda Ron, qui lui fit un faible sourire. Harry lui rendu son sourire, alors que son ami lui fit un signe de tête pour lui dire qu'il n'avait pas à le remercier.
-Et puis ensuite impossible de te réveiller ! Tu respirais normalement, tu ne semblais pas avoir mal mais on arrivait pas à te faire reprendre connaissance. On ne voulait pas te faire voyager dans cet état alors on a voulu attendre un peu mais si tu ne t'étais pas réveillé aujourd'hui, on aurait réfléchi à un moyen de rejoindre l'Ordre ou bien St Mangouste.
-Apparemment tu as eu besoin d'un horrible cauchemar pour te sortir de ta sieste ! s'exclama Ron. Tu rêvais de quoi au juste?
Toutes les images lui revinrent en mémoire en une fraction de seconde dont la dernière qui l'avait fait réagir et qui l'avait sorti de sa torpeur. Comme si sa destinée lui revenait en pleine figure, et que le temps était venu d'accomplir ce qu'il était venu faire ici. Avec un regard déterminé, et en tenant fermement sa baguette dans ses mains, il se tourna vers ses amis.
-La fleur des Rois, je me souviens où je l'ai vu auparavant. Je sais où on peut la trouver.
-Tu…tu es sûr? balbutia Hermione. Mais elle a disparu il y a des siècles.
Elle était aussi sceptique que si on venait de lui annoncer qu'elle allait pouvoir rencontrer Godric Gryffondor en personne.
-Je te dis que je sais où elle est Hermione. Ce n'est pas un rêve, ce n'est pas une légende perdue dont on parle dans un livre. Je l'ai vu dans un de mes souvenirs, et c'était bien réel.
-Et où est ce qu'elle se trouve alors cette fleur ? demanda Ron, curieux de savoir quelle serait la prochaine étape de leur périple.
Harry hésita un instant, il ne savait pas comment ses deux amis allaient prendre la nouvelle.
-On va devoir se rendre à Poudlard, lança-t-il de façon énigmatique.
Ron et Hermione se regardèrent un peu perdus, ne comprenant pas comment une plante aussi importante aurait pu passer inaperçu dans un endroit fréquenté depuis des siècles par autant de monde.
-Il va falloir que j'ouvre à nouveau la Chambre des Secrets.
Hermione écarquilla les yeux, alors que Ron commença à rire nerveusement. Voyant qu'Harry était parfaitement sérieux, son sourire disparut et il y prit une profonde inspiration.
-La…la Chambre du Secrets. Tu veux dire la salle secrète dont tu parlais la dernière fois dans laquelle se trouve un serpent géant qui peut tuer d'un seul regard ?
-C'est ça.
-Ok alors là c'est vraiment n'importe quoi. Je pense qu'on devrait retourner auprès de l'Ordre, et essayer de se rendre utile pour trouver un antidote au sortilège de Bellatrix Lestrange.
-Ah oui et je suppose que c'est avec tes connaissances indéniable en Potions que tu vas réussir ça faire ça ? demanda Hermione en croisant les bras.
-Non mais quand je parlais de nous rendre utile, je voulais dire pour couper les ingrédients, ou bien pour les laver par exemple…
Elle soupira exaspérée avant de se tourner vers Harry.
-Tu es sûr de toi Harry. C'est bien ce que tu as envie de faire ?
-Oui je ne peux pas rester comme ça sans aider Dumbledore. Et puis, j'ai l'intuition que c'est la bonne chose à faire. Que c'est le chemin qui me conduira à Archimède pour que je puisse rentrer chez moi.
-D'accord alors on y va. On te suit.
-Hermione ! s'exclama Ron.
-Quoi ? Tu as une meilleure idée peut-être ? A part aller laver des racines ? Mais de toute façon personne ne te retient Ron, si tu veux retourner auprès de l'Ordre personne ne t'en empêche.
-Mais je ne sais pas où ils sont !
-Exact. Donc on n'a pas le choix.
-On pourrait juste aller à Poudlard et trouver peut-être un moyen de contacter McGonagall.
-On va aller à Poudlard. Et ensuite toi si tu veux aller te promener dans le Château tu pourras y aller.
-Mais…
-Ca suffit pas la peine de vous chamailler comme ça ! s'exclama Harry. On n'est pas encore à l'école alors une fois qu'on y sera, on avisera. Hermione, tu peux nous y emmener maintenant ?
-Non je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Je sais que le temps presse mais il vaut mieux qu'on attende cette nuit. Je ne peux pas transplaner dans le château, il va falloir qu'on passe par Pré-au-Lard et il ne vaut mieux pas se faire repérer là-bas.
Harry n'était pas particulièrement reconnu pour sa patience légendaire, mais il avait entendu les arguments d'Hermione. Ils attendraient que la nuit tombe pour se rendre à Poudlard, et pour trouver un moyen d'entrer. D'ici là, il avait le temps de réfléchir à une stratégie pour aller dans la Chambre sans se faire repérer par sa majesté le Roi des serpents.
