Choupaaa31 : je voulais effectivement donner à Wildor un petit côté "sage et impressionnant" donc je suis heureux d'avoir réussi mon coup :)

Vinie65 : c'est bien vrai, Aithusa et Emrys se valent en matière d'entêtement ! Lancelot a galéré dans ses deux vies, mais ne t'inquiète pas, j'ai prévu de bonnes choses pour lui; *spoils* d'ailleurs l'une de ces bonnes choses sera sa fille, ils vont être très proches tous les deux et Lancelot sera un père vraiment génial !*fin de spoils*.

FeeEli37 : Ahah content que tu aies rigolé de mes petites références à StarWars ^^. J'aime bien Harry Potter aussi mais je n'ai pas grandi avec (question de génération je pense) alors que j'ai découvert Luke Skywalker et Dark Vador quand je devais avoir 11 ou 12 ans. Du coup, j'étais accro à l'ancienne trilogie bien avant de voir la nouvelle et la saga est restée culte pour moi. Pour Wildor, c'est en rédigeant ce chapitre que je me suis rendu compte que je n'avais jamais écrit l'histoire de sa rencontre avec Morgane (j'ai été obligé de faire de la spéléo dans les anciens épisodes, imagine ^^); du coup, j'en ai profité pour décrire ce passage, qui était dans ma tête depuis bien longtemps. Je pense que vraiment que ça a été une révolution, pour Morgane, de rencontrer quelqu'un qui avait besoin d'elle, pour la première fois. Beaucoup de choses se sont jouées dans ce moment; car quand elle avait quitté Merlin, elle était encore en train d'osciller entre l'ombre et la lumière. Finalement c'est pour ses "enfants perdus" qu'elle a décidé de ne plus se laisser aller au côté obscur de la magie. Pour tes deux souhaits, ils te seront accordés, mais pour le premier, ça va prendre très longtemps... Sinon, je connais aussi le truc de s'isoler quand ça ne va pas, mais c'est toujours bien d'avoir au moins un-e ami-e à qui parler quand ça ne va pas très fort ^^. Je pense que beaucoup de jeunes filles / jeunes femmes intelligentes auront tendance à s'identifier facilement à Morgane parce qu'elle est indépendante et courageuse et qu'elle recherche autre chose qu'un mec au travers duquel vivre sa vie (ce qui est tout à son honneur...). Et pour conclure, en effet, quelque chose d'énorme se prépare, mais je ne dirai pas quoi (ni dans combien de temps ^^). Aithusa seule a les réponses pour l'instant et elle a décidé de les garder pour elle.

Julie Winchester : mystère et boule de gomme ^^

Lily-Anna : Merci beaucoup, je prends ça comme un super compliment. Je suis content de tomber sur une collègue StarWarsienne ^^, j'ai bien rigolé en écrivant ce début de chapitre car je suis un grand fan de la saga. C'est normal que tu te poses plein de questions, mais je n'y répondrai pas :). Cette fois, je refuse de m'auto-spoiler ! D'autant que si Aithusa ne le fait pas... je ne risque pas de m'y coller. Je suis solidaire de notre dragonne ! Par-contre (pour te rassurer un peu), en effet j'avais écrit que "seuls certains devraient rester à un certain point de l'histoire", mais cela ne signifie pas que les autres soient forcés de mourir. (En fait, vos plaidoyers pour Gaius et Uther à l'époque où ils étaient tous les deux à l'hôpital m'ont fait changer d'avis et revoir les choses avec quelques changements !). Par rapport à ce chapitre, c'est vrai que les anciens, notamment Gaius, ont des souvenirs bien vivaces de "Dark Morgane" qui leur reviennent en mémoire à la moindre incartade. Il faut se souvenir de la réaction des uns et des autres dans Renaissance I, au moment où ils ont été confrontés à elle pour la première fois depuis leur réincarnation ! Leur connaissance de la "gentille Morgane" est limitée; sauf pour Merlin, qui la côtoyait sur l'Ile des Bénis à l'époque de Camelot; pour Arthur, qu'elle a élevé dans cette vie; et pour Gwen, parce qu'elles étaient parties ensemble faire le pèlerinage de l'Eau et de la Lune. Mais pour ceux qui n'ont pas ces souvenirs d'elle, lui faire confiance est plus difficile et à la moindre rechute, c'est un peu "panique à bord". Heureusement Wildor a pris les choses en main. Pour ce qui est de Merlin, eh bien, sa discussion avec Emrys suit dans ce chapitre ^^. Parce qu'effectivement il est temps que ces deux-là commencent à se réconcilier !

Violette : oui, je me suis dit que ce serait sympa de "décentrer" l'intrigue en reprenant le point de vue de Wildor (qui est un personnage que j'aime beaucoup, un de mes préférés parmi ceux que j'ai "inventés" par rapport à la série originale). En effet, on voit que les magiciens vont avoir besoin de temps pour apprendre à travailler ensemble de manière vraiment soudée, puisque les anciennes inimitiés sont promptes à reparaître au moindre "problème". Wildor est le seul à avoir les bons réflexes parce qu'il les a appris de Morgane. Il ne faut pas oublier que les anciens (Gaius, Gili, Alator, etc...) n'ont pas vécu sur l'Ile des Bénis, ils étaient des magiciens "indépendants" et leur adhésion à la "famille de la magie" est récente; elle s'est faite dans cette vie. Leurs passés sont, comme tu dis, assez tumultueux qui plus est et c'est sûr qu'il y a de quoi sourire en voyant leur rapidité à condamner Morgane quand on se penche un peu plus sur la question. Je dirais que Wildor (et les disciples de l'Ile des Bénis) ont vécu en confrérie et connaissent l'importance de veiller les uns sur les autres. Ils en ont fait l'expérience pendant plus de cinq ans, ils sont mieux armés que quiconque pour faire face aux difficultés. Quant aux jeunes magiciens du futur, en effet, ils ont tendance à verser dans les défauts de leur génération et de leur époque; leur prise de contact avec leurs pouvoirs est encore récente et ça semble évident qu'ils en expérimentent aussi les dérives. Pour la réaction d'Uther, c'est vraiment comme ça que je vois le vieux roi : il est entier et quand il s'engage il le fait complètement. Je pense aussi qu'il connaît vraiment le caractère et les défauts de sa fille, parce qu'ils se ressemblent énormément...

LolOw : mille pardons pour avoir écorché ton pseudo... ^^. HS ON : MWAHAHAHAHA ce début de Review ^^. On voit que tu as souffert pour t'y coller, je te remercie donc pour cet effort flamboyant ! Inspire donc ton frère jumeau d'un an de moins que toi à s'y mettre tout pareil ^^. Wildor, donc. Oui, c'est ce que je voulais montrer : qu'il a appris des meilleurs; on va dire que si Merlin et Morgane avaient un fils, ce serait lui, et techniquement, c'est un peu ce qu'il est, puisqu'ils ont été ses deux professeurs pendant des années sur l'Ile des Bénis; tu as raison quand tu dis que les jeunes disciples ont exagéré, que les anciens mériteraient des baffes; mais heureusement, toutes ces années consacrées à refonder les institutions de la magie à l'époque de Camelot ont porté leurs fruits, puisqu'elles ont engendré (entre autres) un magicien comme Wildor. (Par-contre, WtF : tu t'es marrée à cause de ce pauvre Lancelot ? LolOw, c'est officiel : tu es CRUELLE ^^). Morgane qui dit "je t'aime" avec tout son cœur : ça n'arrive pas souvent. C'est plus facile pour elle de le dire à Wildor qu'à Lancelot... tu as remarqué ? ^^. Et bien sûr que j'ai adoré tout dire sans rien dire. Tu devrais le savoir, je suis un peu dragon moi aussi, et j'adore parler par énigmes... Merci de tenir bon et de continuer à me suivre ^^. Nous irons jusqu'au bout... (et tous ceux qui atteindront la fin recevront une médaille Oo).

CeltOmnia : Encore une geekette, yess ! ^^. Et oui, les jeunes ont déconné sur ce coup-là. Il faut bien qu'ils le fassent de temps en temps, hein ^^. Ah, je t'avoue que j'aimerais bien être magicien pour pouvoir aider les gens comme Wildor et les disciples le font cette nuit-là, avec discrétion et efficacité... C'est dans le quotidien que les êtres humains vivent leurs épreuves les plus difficiles, et des souffrances, il y en a partout, malheureusement; souvent même, de l'autre côté de la porte, de la rue, à deux pas de l'endroit où on vit... C'est pour ça qu'il faut essayer de vivre ouvert sur les autres, d'apporter son attention là où on peut chaque nouveau jour. C'est un peu ça, la magie, dans notre monde sans magie... L'histoire de Wildor, je pensais l'avoir déjà écrite donc j'ai été étonné de me rendre compte que non; et en même temps j'ai bien aimé introduire ce flashback de sa rencontre avec Morgane à ce moment-là. Il montre en effet que Morgane était destinée à être une mère pour tous ces orphelins, puisque c'est en adoptant ce rôle qu'elle a trouvé la paix avec elle-même et découvert le sens de son existence. Ce passé permet aussi de comprendre pourquoi Morgane accepte de voir Wildor dans un moment où les ténèbres la menacent. Non seulement il est passé par l'obscurité lui-même, mais il continue d'être pour elle une raison de lutter contre la noirceur qui pourrait l'emporter. Je ne me spoilerai pas sur la grande menace, mais si Aithusa n'en dit pas plus, c'est aussi parce qu'elle n'est pas (encore) imminente. Et qu'elle a sa petite idée sur la manière de l'éviter.

Un chapitre plus court que les précédents cette semaine, mais une entrevue que vous attendiez depuis longtemps puisque ce sera une séquence Merlin/Emrys ^^

CHAPITRE 35

Merlin passa sa main sur le front de Lancelot, utilisant la magie pour faire baisser la fièvre, et le chevalier remua légèrement dans son sommeil, poussant un profond soupir. Il allait un peu mieux, physiquement tout au moins, à en juger par sa respiration ample et profonde, et par le fait qu'il arrivait enfin à prendre du repos.

-Tu devrais aller dormir toi aussi, Merlin.

Le magicien se tourna vers Gauvain qui se tenait dans l'encadrement de la porte, les bras croisés sur sa poitrine. Le chevalier des tavernes le couvait d'un regard inquiet, comme s'il craignait de le voir s'effondrer sur-place. Merlin ne lui donnait pas tort : il avait si peu dormi, ces derniers jours, qu'il se sentait au bord de la défaillance; et pourtant...

-Je ne veux pas le laisser seul, répondit-il, en couvant Lancelot d'un regard protecteur.

-Je resterai avec lui, dans ce cas, promit Gauvain d'une voix rassurante.

Le chevalier des tavernes avança de quelques pas pour joindre le geste à la parole.

-Il compte sur moi, protesta Merlin.

-C'est aussi mon ami, et plutôt deux fois qu'une, contra Gauvain. Laisse-moi prendre le relais; le temps pour toi de souffler un peu, d'accord ? Tu ne seras utile à rien si tu tombes malade à ton tour à force de te surmener.

Merlin hocha la tête, murmurant : "merci". Il oubliait parfois à quel point Gauvain était un ami sur lequel on pouvait compter; malgré ses tendances à la fanfaronnade, lorsque l'heure était grave, le chevalier des tavernes répondait toujours présent. Avant de quitter la pièce, le jeune magicien eut le temps de voir Gauvain s'asseoir au chevet de Lancelot, et de l'entendre murmurer, avec une grimace teintée de compréhension : "Elle t'en fait voir de toutes les couleurs, pas vrai, vieux frère ? Ma moitié n'est pas de tout repos non plus... Mais tu sais ? C'est le problème des femmes qui en valent vraiment la peine. Elles ont des caractères de feu...". Il ne put s'empêcher de sourire en entendant ces propos. Gauvain avait eu des paroles désagréables en évoquant Morgane après qu'elle l'ait envoyé voler contre le mur, mais s'il était un défaut qu'il n'avait pas, c'était bien d'être rancunier, et il avait déjà oublié qu'il l'avait traitée "d'affreuse sorcière blattophile" sous le coup de la colère. Lancelot était sous bonne garde avec lui. Merlin pouvait souffler tranquillement. Il sortit dans le couloir, et entrebailla la porte de la chambre qu'il partageait avec Arthur et Gwen; la silhouette d'Arthur était étendue en diagonale, en travers du lit; le son régulier de ses ronflements remplissait la pièce; de Gwen, il n'y avait aucune trace; Merlin fronça les sourcils, et referma la porte sans entrer, prêt à partir à la recherche de son amie. Il descendit silencieusement au rez-de-chaussée, fit le tour du salon, et de la cuisine vides, puis sortit dans la cour. Gwen était là, drapée dans son manteau d'hiver, les bras croisés sur sa poitrine, les yeux levés vers les étoiles.

-Tu ne dors pas ? s'étonna Merlin, en s'approchant d'elle.

Gwen se retourna vers lui en frissonnant. Ses yeux étaient dilatés comme ceux d'une biche effrayée.

-Ca ne va pas ? murmura-t-il, inquiet.

-J'ai peur, Merlin, répondit-elle dans un souffle.

-Galaad... ?

Un éclair de panique le traversa. Galaad ne pouvait pas arriver maintenant. Il n'était pas encore prêt... Il avait besoin de dormir pour affronter cette épreuve avec l'esprit clair. Et de réaliser certains préparatifs avant. L'île des Bénis était ravagée par la récente querelle entre Morgane et Aithusa; il était hors de question que Gwen donne la vie au milieu d'un tel chaos; il devait s'y rendre pour tout remettre en ordre; installer un dôme permanent pour que la reine soit protégée des intempéries pendant le travail; veiller à ce qu'elle bénéficie d'un minimum de confort le moment venu. Si les premières contractions étaient déjà là, il se retrouvait pris de court, comme un idiot, et...

-Non, pas encore. Louée soit la Source..., répondit Gwen.

Il soupira de soulagement.

-Mais... l'heure est proche; continua la reine, les sourcils froncés. Et je ne suis pas seulement inquiète parce que... c'est la première fois; même si le fait de n'avoir droit à aucune assistance médicale me terrifie; en vérité, je sens certaines forces à l'œuvre, sur lesquelles je n'ai aucune prise, et je redoute le moment où elles se déchaîneront.

Merlin hocha la tête.

-Galaad est le dépositaire d'une grande puissance magique, et les éléments risquent de s'agiter lors de sa venue au monde. Ma mère m'a raconté un jour, que la nuit de ma naissance a éclaté un orage terrible, et que le grondement du tonnerre a retenti pendant tout son travail; au moment des dernières contractions, le vent soufflait si fort qu'elle a craint qu'il ne vienne emporter le toit de la maison...

-Est-ce que cette histoire est censée me rassurer ? demanda Gwen, d'un air horrifié.

-Ma mère a survécu, et je suis né en pleine forme, répondit Merlin, avec une grimace d'encouragement. Qui plus est, elle n'avait pas de sage-femme enchantée pour l'assister dans son travail... Alors que tu m'as, moi. Quels que soient les débordements causés par la magie lorsque le moment sera venu, je serai à tes côtés pour les contenir, je te le promets.

-Je sais que tu tiendras parole. A condition qu'Emrys et toi ne soyez plus fâchés, dit Gwen, en se mordant la lèvre.

Il se retrouva brièvement sans mots face à la pertinence de cette réplique; puis, secoua la tête et affirma avec force :

-Tu peux avoir confiance en moi.

Gwen hocha la tête. Elle semblait si désemparée. Il la prit dans ses bras, la serrant sur son cœur. "Morgane me manque", souffla-t-elle à son oreille. "Je sais", lui répondit-il, sans relâcher son étreinte. Il essaya de lui communiquer un peu de sa chaleur. Après de longs instants, elle soupira, frissonna, et conclut : "Il fait froid. Je ne devrais pas rester dehors. Je vais monter me coucher...". Merlin acquiesça, l'embrassa sur la joue, et la regarda partir. Il n'arrivait pas à se résoudre à la suivre. Son esprit était préoccupé par ses dernières paroles : "à condition qu'Emrys et toi ne soyez plus fâchés". L'étaient-ils encore ? Oui ou non ? Elle l'avait aidé, pour Morgane; mais il l'avait réexpédiée derrière le Mur aussitôt après et il s'était efforcé de ne plus penser à elle depuis lors. Combien de temps durerait leur trève cette fois-ci ? Combien de temps avant que ne reprennent disputes et chamailleries ? Et jusqu'où iraient-ils, dans le conflit qui les opposait, avant que d'autres n'aient à en subir les dommages collatéraux ?

Merlin savait ce qu'il avait à faire. Il devait parler à Emrys. Seul à seul. Prendre les choses en main, et avoir avec elle cette conversation qu'il ne cessait de remettre à plus tard. Maintenant. Sans attendre davantage. Il respira profondément, s'imprégnant du calme de la nuit hivernale qui l'entourait, se préparant mentalement à la plongée en apnée qu'il s'apprêtait à faire en lui-même.

Puis, fermant les yeux, il descendit dans son for intérieur, face à la silhouette massive du Mur qui représentait la frontière entre ses deux parts clivées. Il avait longtemps repoussé ce moment, mais, maintenant qu'il y était, il ressentait autant de désir que d'appréhension à la pensée de ce face à face.

Il toucha le Mur, qui devint transparent comme de l'eau sous l'action de ses paumes; de l'autre côté, noyée dans les mystères d'Avalon, naviguait Emrys, semblable à une sirène glissante et translucide. Le sorcier ouvrit son cœur, focalisa son esprit, et appela sa magie à venir à sa rencontre dans une prière silencieuse, faite de la matière du monde elle-même. S'il éprouvait une certaine angoisse à l'idée de la confrontation à venir, une part de lui était, comme toujours, transportée de savoir son alter ego si proche, si bien qu'il devait se forcer à rester calme tandis qu'il l'attendait. Elle s'approcha sous la forme d'une silhouette gracile, faite de longues escarboucles dorées, qui se condensa peu à peu de l'autre côté de la surface lisse et ondoyante du Mur. Il resta immobile, la regardant en silence tandis qu'elle prenait forme par mimétisme, l'or de sa magie dessinant la structure d'un visage et d'un corps humains. Ses traits, d'abord troubles, se précisèrent jusqu'à devenir la parfaite réplique de ceux de Merlin; hautes pommettes finement ciselées, lèvres pleines, mâchoires fermement dessinées. Les flammes de sa chevelure dansaient dans son sillage, hautes et claires. Elle ouvrit ses deux yeux d'or, ensorcelants, et plongea son regard dans le sien. "Emrys", murmura-t-il, la saluant avec respect. "Merlin", répondit-elle, avec fascination, en touchant du doigt le Mur. Ils restèrent figés, face à face, jumeaux identiques, partageant une même nature; le barrage liquide ondoyait entre eux comme un lac sous l'effet d'une brise, et Merlin sentait son cœur agité de vagues alors qu'il contemplait son alter ego.

-Je te remercie, de l'aide que tu m'as apportée pour sauver Morgane, dit-il enfin, d'une voix mesurée. Sans toi, je n'y serais pas arrivé.

-Morgane est une Pendragon, répondit Emrys, en dansant devant lui comme une flamme dans le vent. Morgane est notre bien-aimée. Généreuse et dévouée. Vibrant sous nos caresses, savourant nos étreintes. Nous ne supporterions pas qu'il lui arrive du mal. Nous ne supporterions pas que les ténèbres l'emportent.

Merlin hocha la tête, avec un sourire, en murmurant : "oui". Emrys inclina la tête sur le côté, clignant de ses yeux d'or tandis qu'elle le dévisageait avec intensité, comme si elle cherchait à le manger du regard. Par la Source, qu'elle était belle; il avait presque oublié... mais maintenant qu'il la contemplait pleinement, et qu'elle se laissait caresser par son regard sans chercher à se cacher de lui, toutes les délices qu'elle lui avait inspirés jadis gonflaient à nouveau son âme, la remplissant de beauté, d'innocence, de générosité et de grâce. Il laissa l'émerveillement s'épanouir en lui. Elle ferma les yeux, l'abandon inscrit sur ses traits, tandis qu'elle partageait son sentiment. Il éprouva la tentation de s'abîmer en elle...sachant qu'avec elle, il pourrait enfin être entier, à nouveau.

Mais alors qu'il était sur le point de lâcher prise, il se souvint de la douleur qu'il avait éprouvée dans l'épreuve de Camlann, quand arquée en lui elle était entrée en éruption; et il se raidit instinctivement. Emrys sentit son mouvement de recul. Comme dans un flash, les ténèbres zébrèrent son visage angélique de griffures sanglantes, défigurant brièvement son profil pour lui donner l'apparence monstrueuse de la souffrance et du mal. Merlin eut un hoquet alors que les stigmates de Camlann flamboyaient sur le visage de sa magie bien-aimée. Elle ouvrit les yeux pour le regarder, tout droit dans l'âme, le mettant au défi de détourner le regard de sa figure ravagée; il se mordit la lèvre, jusqu'au sang; mais il continua à la fixer en silence, comme son propre reflet ravagé dans un miroir, malgré son cœur qui battait la chamade; affrontant l'image du monstre qu'elle lui montrait, pour le choquer, pour l'ébranler, pour le malmener peut-être ?

-Non, répondit-elle, en approchant de lui son visage lacéré de cicatrices, tandis qu'elle le fixait de ses beaux yeux d'or pleins de tristesse et de défi. Pour que tu voies, ce que je vois, quand je me regarde dans tes yeux; à chaque fois que tu as peur de moi.

-Je n'ai pas... peur de toi, protesta-t-il, dans un souffle.

-Tu as peur, répéta-t-elle, avec conviction, lisant en lui à livre ouvert. Parce que j'ai perdu mon innocence. Parce que j'ai perdu ma beauté. Tu détestes mes stigmates, parce qu'elles te rappellent que nous avons livré une guerre ensemble. Parce qu'elles t'obligent à te souvenir que j'ai été un instrument entre les mains de tes ennemis, un outil qu'ils ont retourné contre toi pour te faire du mal. Tu voudrais que mon visage soit aussi lisse que jadis; tu me voudrais neuve, insouciante, sans mes blessures. Mais ces plaies font partie de notre histoire, et notre histoire ne devrait pas te faire horreur. Tu pourrais même être fier de tout ce que nous avons accompli pour protéger ceux que nous aimons. Malgré les ténèbres, malgré les meurtres.

Il aurait pu ressentir du dégoût, de la répulsion; mais il y avait une supplication au plus profond de ce regard doré.

Aime-moi telle que je suis, Merlin, murmurait Emrys à son coeur.

Il plissa les yeux, étendit la main. Ses doigts traversèrent le Mur liquide, se tendirent vers le profil ravagé de la magie; et se posèrent sur ses cicatrices, pour en suivre les lignes torturées, dans un doux effleurement. Emrys cligna des yeux. Une larme dorée roula le long de sa joue. Sa jumelle dévala la pommette de Merlin, en miroir.

-Je déteste cela. Quand tu parles de toi-même comme d'une meurtrière. Ce n'est pas de ta faute, si les nécromanciens t'ont utilisée pour tuer et pour détruire.

-Le crois-tu vraiment ? demanda-t-elle, comme si elle doutait de sa bonne foi.

-Oui. Tu es la magie de ce monde. Tu es noble et sacrée; et quoiqu'il arrive, tu seras toujours belle à mes yeux, murmura le magicien avec ferveur.

L'espoir vint illuminer les prunelles d'or d'Emrys. Là où Merlin caressait son visage, les stigmates de Camlann s'estompaient, laissant place à l'apaisement. Elle avait tant besoin d'entendre ces paroles; tant besoin de se sentir aimée et acceptée à nouveau; elle pressa sa joue contre sa paume, et il sentit la chaleur s'infuser dans son coeur.

-Ce monde est peuplé d'autant de cruauté que de bonté. Mais je ne suis pas que la magie de ce monde, Merlin. Je suis ta magie, dit-elle d'une voix douce.

-J'ai été cruel envers toi, je m'en rends compte, murmura-t-il, bouleversé. J'en suis désolé. Nous avons souffert ensemble, toi et moi, et tu as raison. Tes blessures sont mes blessures. Nous appartenons l'un à l'autre. C'est pourquoi je ne veux plus que nous nous disputions. Je veux que nous fassions la paix...

-C'est ce que je veux aussi, dit-elle, en plissant son beau regard comme une amante éperdue. Que nous soyons à nouveau ensemble

Elle fit apparaître une fleur enchantée entre ses doigts, et la lui tendit. Il lui sourit, effleurant les pétales magiques, les regardant se dissoudre à son contact.

-Délivre-moi, pria-t-elle à voix basse.

-Ce n'est pas aussi simple; chaque chose en son temps...

La fleur se désintégra, et Emrys recula, blessée.

-Chaque chose en son temps ? Tu dis que tu n'as pas peur de moi, mais c'est faux. Si tu n'avais pas peur, tu accepterais de me reprendre maintenant. "Les choses ne sont pas aussi simples". Est-ce pour me dire cela que tu es venu me voir ? Pour que je reste bien sage dans ma cellule en attendant le jour de plus en plus hypothétique où tu voudras bien m'en libérer ?

-Non. Je suis venu pour te proposer d'essayer de collaborer ensemble, répondit Merlin d'une voix ferme. A l'heure qu'il est, je suis prisonnier, comme toi. Nous devons trouver un moyen de nous rejoindre; un moyen de ne faire plus qu'un à nouveau, sans pour autant devenir incontrôlables dans notre fusion.

Emrys dansa derrière le mur, les bras croisés sur sa poitrine, des flammèches d'or tourbillonnant autour d'elle pour manifester son mécontentement.

-Il n'y a qu'un seul moyen : ouvre-moi tes bras et prends-moi, comme je suis !

Merlin secoua la tête, effrayé.

-Pour que tu me submerges ? Et que tu me fasses disparaître en toi ? dit-il, avec inquiétude.

-C'est de cela que tu as peur ? s'exclama-t-elle, incrédule.

-Oui ! Oui, c'est de cela. Tu es sanguine et impulsive et quand tu te laisses aller tu deviens un véritable danger public ! Je ne veux pas risquer de me perdre en toi, et d'oublier qui je suis, brûlé par ton pouvoir !

Merlin haletait. La vérité était sortie; voilà ce qu'il redoutait... Qu'Emrys lui vole ses perceptions, son humanité, son libre arbitre; qu'elle remplace sa conscience, qu'elle l'anéantisse dans leur étreinte, qu'elle le fasse disparaître comme elle avait failli le faire autrefois à Camlann sous le déluge de feu de leur douleur conjointe.

-Mais j'ai pris le dessus sur toi à Camlann en réponse à ta douleur, s'exclama Emrys. Tu avais tellement mal; tu ne savais plus quoi faire. Et Arthur avait besoin de nous. Je n'ai pas pris possession de toi contre ton gré, Merlin. De toute ton âme, tu m'as appelée à ton secours. Alors j'ai répondu à ton appel; et portée par ta souffrance, par ton impuissance, et par ton désespoir, j'ai trouvé la seule échappatoire possible pour que nous puissions agir. C'était ce que tu voulais.

-Je...

-C'était ce que tu voulais ! répéta-t-elle, farouchement. Merlin... ne vois-tu pas ? Si j'avais voulu t'effacer, te gouverner, te manipuler, j'aurais pu le faire depuis les premiers instants où je suis descendue en toi, quand tu n'étais encore qu'un embryon fragile dans le ventre de ta mère. Mais ce n'est pas ce qui est arrivé. Je t'ai choisi autrefois. Je me suis incarnée en toi. Un magicien ? Oui. Mais aussi un humain; un simple mortel. Tu devais n'être pour moi qu'un vaisseau, qu'un outil; j'étais destinée à prendre le dessus sur toi et à faire de toi mon réceptacle. Mais ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées. Je me suis fondue en toi. J'ai laissé ton humanité commander à ma puissance, parce que j'avais foi en toi. Je t'ai aimé dès l'instant où j'ai embrassé ton âme, lorsque tu étais encore un être minuscule dans le ventre de ta mère. Mais si j'ai été incapable de prendre ta place quand je t'ai regardé grandir, c'est parce que ton cœur était rempli de cet amour incroyable que tu m'as enseigné. Ne laisse pas la défiance remplacer ta bonté, Merlin. N'oublie pas qui tu es vraiment.

Il était bouleversé par sa franchise. Et il savait qu'il lui devait la même.

-Emrys. Tu es ma magie. Mais j'ai vécu sans toi dix-sept longues années dans cette vie. J'étais misérable sans toi; comme quelqu'un à qui on aurait arraché une jambe et qui serait forcé de sauter à cloche-pied pour avancer; mais j'ai appris à me débrouiller seul et la personne que tu vois devant toi aujourd'hui est différente de celle avec laquelle tu as grandi autrefois, parce que j'ai été obligé d'apprendre à vivre sans ta présence, sans ton soutien. De la même manière que Camlann a changé ton visage, mon expérience dans ce monde m'a changé. Et si nous voulons être unis à nouveau, comme autrefois, devons réapprendre à coexister ensemble. Petit à petit. Pour nous réhabituer l'un à l'autre. Nous avons tenté les retrouvailles épiphaniques, la réunification brutale... et vois ce que cela a donné. Nous avons besoin d'une rééducation, comme les accidentés après un choc. Ce n'est pas quelque chose qui se fera en un jour, mais je t'en prie. Essayons ma méthode.

Emrys soupira, secoua la tête, et dit :

-D'accord.

Merlin la dévisagea avec stupeur.

-D'accord ? répéta-t-il, abasourdi.

-Oui, d'accord.

La magie plissa ses yeux d'or.

-Mon devenir dépend d'un humain peureux qui croit que je suis trop grande pour lui et que je risque de le faire éclater si je le possède d'un seul coup...

-Je ne suis pas peureux !

-...alors d'accord ! Allons-y doucement, si c'est ce dont tu as besoin pour m'ouvrir les bras à nouveau ! Tout ce que je sais, c'est que je veux revenir dans ce monde, avec toi; je n'ai pas été faite pour croupir dans une cage en Avalon; j'appartiens à cette terre; à ce royaume; et je veux y retourner pour accomplir ce pourquoi que j'ai été créée : la servir et la défendre; voilà deux mille ans que je suis en exil; il est temps qu'il prenne fin; si ce doit être à tes conditions, très bien !

Merlin serra les lèvres; touché au plus profond par les paroles de sa magie; et dans un élan spontané, il passa la barrière du Mur pour prendre Emrys dans ses bras. De surprise, elle se raidit brièvement, avant de soupirer et de l'enlacer tendrement en réponse. Il y eut un instant, un instant magique, merveilleux, indicible; où superposés, incorporés l'un à l'autre, ils flamboyèrent brièvement, redevenant ce qu'ils avaient été jadis. "Merci", murmura-t-il, en enfouissant son visage dans ses flammèches dorées tandis qu'elle refermait autour de lui sa douceur. Puis il fit un pas en arrière; et elle le laissa aller sans chercher à le retenir.

"J'ai foi en toi, Merlin", souffla-t-elle, alors qu'il repassait le barrage du Mur à reculons. "Si tu as foi en moi, toi aussi, il n'est aucun obstacle que nous ne réussirons pas à franchir ensemble".

C'était une promesse. Et pour la première fois depuis deux mille ans, il se rendit compte qu'il y croyait à nouveau.