Base républicaine de «Biem Hoa», astroport.

Jay entra dans le vestiaire sabre laser en avant. Il n'y avait personne.

Bon sang ! Se dit-elle. J'ai perdu trop de temps et le vaisseau a du partir…

Cela l'étonna tout de même, car elle n'avait pas entendu de bruit de décollage le temps qu'elle avait rampé dans le fossé.

Elle éteignit son sabre et examina la pièce. Les combinaisons étaient suspendues à des cintres accrochés sur un support en plein milieu. Il y avait au fond des sanitaires et une salle de douche commune. Une dizaine de casiers s'alignaient le long des murs.

Elle s'approcha des combinaisons et vit avec soulagement que ce n'était pas des scaphandres multicouches comme elle en portait dans les vaisseaux d'attaque, mais un type plus léger, destiné à conserver un certain confort pour les vols de longue durée. Les casques étaient posés sur des têtes de mannequins fixées au mur telle une collection d'étranges trophées.

Elle fit la grimace en constatant que ces casques avaient une visière relevable mais pas de masque à oxygène. Aucun moyen de camoufler son visage.

Il va falloir que je passe mon temps à faire semblant de me moucher se dit-elle sans enthousiasme.

Elle chercha une tenue à sa taille et choisit une combinaison vert pâle. Elle lut le nom sur la poitrine.

Cai Seida. Une femme pilote comme moi. J'espère que tu me porteras chance.

Elle posa son fusil, et se déshabilla prestement en gardant un sabre laser près d'elle.

Elle s'apprêtait à enfiler la combinaison lorsqu'elle entendit la porte au bout du couloir claquer. Elle remit prestement la tenue en place, saisit ses armes et ses vêtements et alla se réfugier au fond dans la douche commune.

Elle se rendit alors compte qu'elle avait oublié ses chaussures sous le banc. Elle poussa un profond soupir en retirant la sécurité de son fusil.

Avec un peu de chance, il n'y feront pas attention se dit-elle. Sinon, tant pis…

Le bruit se rapprocha et elle comprit qu'il s'agissait de deux personnes. Les bancs grincèrent et elle écouta leur conversation.

-Ils me font suer ! Ça fait quatre heures que j'aurai du décoller !
-Ouais. Mais entre la panne de courant et le bazar avec la navette, on ne pouvait pas faire comme si de rien n'était.
-Bof. Une fois le hangar ouvert, je décollais en trente secondes…
-Sûr. Et qui aurait réparé les propulseurs après ? T'es pas sur ton X-wing, là !
-Bon, bon… En attendant, j'ai envie de pisser.
-Ok. Je retourne au vaisseau. Magne-toi.

Elle entendit les pas du mécanicien décroître tandis que le pilote retirait sa combinaison. Ceci fait, il entra dans un sanitaire et elle entendit un bruit de cataracte.

Comment peuvent-ils être aussi bruyants ? Se demanda-elle.

Elle régla son fusil en tir non létal puis sortit de sa cachette. Elle repéra le sanitaire et se plaça dans l'angle mort de la porte. Il n'y avait plus qu'à attendre.

Enfin le verrou passa au vert et le pilote sortit. Dès qu'il dépassa la porte, elle fit feu.

Dans l'espace confiné de la pièce, le claquement lui parut assourdissant. Le pilote reçut la décharge en pleine poitrine, vacilla mais ne tomba pas.

C'est pas possible, se dit Jay. Ce type est bâti comme une armoire à glace !

Le pilote la regarda, fronça les sourcils et bondit sur elle. Elle recula, se cogna à un casier et tira une seconde fois. La décharge le frappa en plein visage et il s'effondra.

Ouf, soupira-t-elle. Ça m'aurait embêté de le finir au sabre…

Elle dressa l'oreille, mais n'entendit rien d'anormal. Apparemment ses deux tirs n'avaient pas été entendus du hangar.

Elle regarda le pilote et la combinaison qu'il avait posée sur le banc.

J'ai encore pas mal de problèmes...

En effet, la différence de stature était évidente, tandis que le scaphandre était d'un orange vif là ou Jay n'avait trouvé qu'une combinaison verte à sa taille.

Pour la subtilité je repasserai, se dit-elle en enfilant la tenue qu'elle avait choisie. Il va falloir y aller sans finesse.

Elle enfila son casque, mit sur son visage le chiffon qui lui servait à nettoyer son arme, et sortit dans le couloir son fusil à l'épaule et le sabre laser au poing.

Dans le vestiaire, le pilote qu'elle avait assommé commença à bouger en grognant.


Les deux transporteurs se mirent en vol stationnaire au dessus de la navette et allumèrent leurs projecteurs. Des cordes furent jetées et dix soldats et un officier descendirent en rappel tandis que les cinq impériaux étaient tenus en joue par les armes de bord.

Dans la lumière crue qui écrasait la scène, ils furent désarmés, entravés et assis en tailleur à l'endroit ou ils se trouvaient. Des éclairages portatifs furent ensuite allumés et les transporteurs allèrent se poser sur les emplacements voisins.

Ceci fait, le gradé ordonna aux soldats :

-Gardez-les en joue et reculez contre la navette.

Les dix soldats s'exécutèrent. Sans un mot, l'officier examina la scène. Il regarda longtemps les deux téraplite morts sans les toucher. Il vit aussi le corps de Yegor, mais ne lui accorda pas la moindre attention.

-Ça sort d'où, ça ? demanda-t-il à Bujac.
-Je n'en sais rien, répondit le jedi. On était en embuscade pour essayer de prendre la navette lorsque ça nous a attaqué…

L'officier vit le bras mutilé.

-Une prothèse, hein ? C'est un truc de jedi…

Bujac ne répondit pas.

Il se tourna vers les soldats et en désigna un.

-Toi, retourne à la base et ramène-moi le chirurgien et deux… non trois sarcophages de cryogénisation. Je veux conserver ces corps pour analyse.

Là, ça sent pas bon, se dit Bujac. Ce gars-là, c'est pas un traîne sabre standard.

Il regarda ses galons avec plus d'attention et vit les ficelles vertes de son col.

Agent de renseignement, pensa le jedi. Ils doivent se douter de quelque chose…

Le soldat était à peine parti que l'officier continua :

-Un homme pour surveiller les prisonniers. Les autres, déployez-vous en ligne et ratissez le terrain jusqu'au grillage. Et marchez droit ! Je ne veux pas de traces brouillées !

-Ils ne vont pas tarder à trouver de quoi s'occuper, murmura Blom.
-Tant mieux, répondit Julius. Plus ils perdent du temps, plus Jay prendra de l'avance…

Effectivement, les appels se mirent à fuser.

-Officier, j'ai trouvé un pied sectionné !
-Et moi, un quatrième corps ! Ou plutôt des quatrièmes corps…
-Il y a aussi des traces de pas vers le grillage !

Aie, se dit Bujac. Ça se gâte…

L'officier dit au soldat qui restait de garde :

-Surveille-les. Au moindre geste tire sans sommation. Je vais voir.

Il fit bien attention à marcher dans les traces du soldat qui avait lancé le premier appel, le rejoignit, et vit le membre coupé.

-C'est pas la même équipe. Ils ont tous leurs pieds là-bas…

Il continua dans la trace vers le soldat suivant qui était arrêté devant le téraplite que Jay avait égorgé. Le fantassin lui montra le corps et dit d'une voix tendue :

-C'est quoi ça, officier ? Un nouveau truc des impériaux ?
-Non, je ne crois pas.

Il se pencha sur le corps, toujours sans le toucher.

-C'est curieux, il a été tué de deux manières différentes. Les deux près de la navette ont succombés à des tirs de blaster, mais pas celui-ci.

Il entendit un appel plus éloigné, juste contre le grillage.

-Officier, il y a un poste de tir ici. Et un chargeur !

Il repartit à nouveau en avant et arriva au fossé de drainage entre l'emplacement et le grillage. Le soldat qui l'avait appelé se trouvait de l'autre coté de la tranchée. Il lui montra l'accumulateur.

-Pas une arme courante… dit-il.

-Les traces de pas partent dans cette direction, lui indiqua le soldat en montrant les hangars.

Un R-Wing était en train de décoller.

-Je crains le pire, dit alors l'officier avec une grimace désabusée.