Disclaimer : Harry Potter, qu'on ne devrait même plus présenter, appartient à J.K. Rowling. Et moi, à mes heures perdues, j'écris des fanfictions sur cet univers.


Et le monde s'affaisse autour de nous.

C'est une furie rousse qui débarqua chez Kira Shacklebolt. Après le choc et l'émotion de sentir son frère pleurer dans ses bras, Lily avait laissé la colère l'envahir.

Évidemment, personne ne fit réellement attention à Lily et à son état d'énervement visible. La fête était bien entamée pour fêter le passage à la nouvelle année, et tous avaient beaucoup de choses à se dire. L'hôte de la soirée vint tout de même voir la fille du plus célèbre des sorciers de sa génération, lui offrant un verre.

- Hey, Lily ! Qu'est-ce que tu racontes de beau ?

Lily fusilla du regard Kira, sans que celle-ci ne s'en ombrage. Après tout, elle était la reine de l'indifférence et des regards noirs. Elle pouvait bien en recevoir un ou deux en contrepartie, de temps à autre.

- Tu sais où se trouvent les amis de mon frère ? Et ma famille ?

Kira sourit largement, et désigna la pièce où se tenait la fête.

- Un peu partout par ici ! répondit-elle en riant.

- Super, marmonna Lily avant de se glisser dans la foule, à la recherche de personnes à qui annoncer la nouvelle.

Il était temps que tout le monde sache qu'Astrid Smith n'était jamais morte. Si cette dernière avait tout fait pour se faire passer pour décédée, Lily allait tout faire pour rétablir la vérité.

La colère qui bouillonnait en elle était énorme. Elle avait l'impression d'être un chaudron en pleine ébullition, juste avant une explosion. Et, sincèrement, elle espérait qu'au moment de la déflagration, elle réussirait à atteindre Astrid. Violemment, méchamment. De façon à la blesser fortement.

Parce que c'était la seule chose que méritait cette fille pour avoir brisé le cœur de son frère.

Lily, dans son élan, ne réalisa pas immédiatement qu'elle avait percuté quelqu'un, et que cette personne la retenait. Elle virevolta soudainement, prête à disputer la personne l'empêchant d'avancer, avant qu'elle ne reconnaisse Fred.

- Bah alors, cousine, tu me sembles bien énervée, ce soir ! plaisanta-t-il.

Loin de dérider Lily, la réplique ne fit qu'augmenter sa colère.

- Tu le serais aussi si tu avais croisé Astrid Smith, en chair et en os, en parfaite santé, et tout à fait vivante.

Les yeux de Fred s'écarquillèrent, et sa prise se défit du bras de Lily, qui en profita pour se dégager.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ? s'étonna Fred.

- Rien de plus, rien de moins que ce que tu as très bien compris, rétorqua Lily, la voix vibrante de colère, comme la totalité de son corps. Eh ouais. On a tous pleuré pour une fille en parfaite santé. Je t'en prie, n'hésite pas à transmettre le message à toutes les personnes que tu vois.

Et sans demander son reste, Lily repartit au milieu de la foule.

Le dire à tout le monde. Le plus vite possible.

Et ensuite, tout faire pour assommer Astrid Smith.

Voire pire.

Jamais Lily n'avait été tant en colère, et elle ressentait de plus en plus les effets néfastes de ce sentiment, en même pas vingt-quatre heures. Elle avait cru que la soirée du Nouvel An ne se terminerait jamais, et elle n'avait pas la moindre idée d'où pouvait bien se trouver son frère, alors qu'elle devait absolument lui parler, pour s'assurer qu'il allait bien. Enfin, plutôt, qu'il allait à peu près correctement.

Elle avait envie de frapper dans beaucoup de choses.

Elle avait envie de tous les envoyer bouler.

Elle voulait que quelqu'un soit autant en colère qu'elle, que quelqu'un lui dise qu'elle avait raison d'en vouloir autant à Astrid Smith. Elle aurait voulu que quelqu'un la soutienne, par Merlin. Elle avait besoin d'entendre la colère dans la voix des autres, elle avait besoin de ne pas être seule dans cet énervement, dans cette rage qui la consumait. Mais elle avait l'impression qu'il n'y avait que le choc et l'incompréhension dans le regard de ceux à qui elle avait annoncé la nouvelle la veille au soir.

Elle bouscula, sans le vouloir, quelqu'un sur le Chemin de Traverse sur lequel elle avançait, alors qu'elle allait retrouver Albus. Tous deux devaient ensuite rejoindre James, qui avait donné rendez-vous à ceux qui connaissaient Astrid et en étaient proches. Ils allaient dans un nouveau pub, les Vampires Diurnes, lequel était tenu par une amie éloignée de la famille Potter.

Lily bouscula une autre personne, et elle réalisa alors à quel point cela lui faisait du bien d'agir ainsi. Elle avait l'impression de faire quelque chose. D'extérioriser sa colère. Bien sûr, elle s'en voulait aussi un peu, parce qu'elle heurtait des personnes qui n'avaient rien demandé, et qui n'étaient pas au courant de ce qu'elle ressentait. Mais cela lui faisait un bien fou.

Elle arriva plus rapidement qu'elle ne le pensait devant le travail d'Albus, et se posta devant la vitrine, tapant le sol avec son pied. Elle jeta un rapide coup d'œil à sa montre, fronça les sourcils. Son frère devrait l'attendre dehors, en principe. Pourtant, pas de signe d'Albus.

En revanche, Jason Seek…

L'ancien attrapeur de Serdaigle venait de voir Lily, et après lui avoir adressé un signe de la main, s'était approché d'elle.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Lily en le voyant s'arrêter face à elle.

Jason haussa un sourcil.

- Je te rappelle qu'on était censé se voir aujourd'hui.

D'habitude, commettre un tel oubli aurait vraiment contrarié Lily. Elle n'était pas le type de personnes qui oubliait ses rendez-vous. Mais aujourd'hui, cela la mettait simplement plus en colère, et pas contre elle, mais contre Jason. Ne pouvait-il pas comprendre qu'il y avait plus important qu'une discussion sur des lettres qu'elle n'avait pas ouvertes ?

- Écoute, Jay, je sais qu'on devait se voir, mais là, je n'ai pas de temps à t'accorder. Désolée, mais ce sera pour une autre fois.

- Je ne suis pas là pour cette discussion, dit Jason.

- Mais bien sûr…, ricana Lily.

- Mais pour Astrid.

Aucune réplique amère ne sortit de la bouche de Lily. Toute sa verve s'était soudainement envolée.

- J'ai croisé Fred hier soir, en rentrant de mon Nouvel An, expliqua Jason. Et il m'a dit pour Astrid. Au vu de l'amitié et de tout ce qu'elle a pu faire pour moi, il m'en a parlé, évidemment. Et il m'a dit, ensuite, que James organisait cette petite réunion…

Lily hocha la tête, abasourdie. Cela était tout à fait logique, bien sûr.

- Tu y vas maintenant ? enchaîna Jason, l'air gêné.

- Euh… J'attendais Albus. Mais il aurait déjà dû finir, et m'attendre, donc je pense qu'il est parti sans moi, grimaça Lily.

- Oh… Tu veux qu'on aille ensemble au pub ?

Lily haussa les épaules. De toute façon, elle y retrouverait Jason, qui semblait avoir prévu de faire un tour là-bas, où tous ceux qui avaient connu Astrid et avaient eu des contacts avec elle songeaient à se retrouver.

- Pourquoi pas, dit Lily en se mettant en route.

Pendant quelques mètres, ils ne prononcèrent pas le moindre mot. Puis Jason se décida à briser le silence.

- Donc… Tu avais oublié qu'on devait se retrouver ?

- Avec toute cette histoire ? Bien sûr que oui ! grommela Lily, qui sentait la colère poindre à nouveau.

- Sympa pour moi, commenta Jason.

- Désolée, répondit Lily. Mais ce n'est pas toi qui as vu ton frère craquer sous tes yeux parce que la fille dont il est amoureux est en réalité en vie. Alors franchement, non, tu n'étais plus dans mes pensées.

Jason ricana.

- Dis comme ça, c'est compréhensible, reconnut le garçon en leur frayant un passage à travers la foule, avant d'ouvrir la porte du pub où ils devaient se retrouver.

Il ne leur fallut pas beaucoup de temps pour repérer les personnes qu'ils rejoignaient. Elles étaient au milieu de la pièce, là où se trouvait la plus grande table. Jason et Lily s'y dirigèrent rapidement. Ils n'étaient pas encore installés que, la serveuse étant présente, ils commandèrent tous les deux un verre, avant de s'installer.

- Vous étiez ensemble, tous les deux ? releva James.

Jason ouvrit la bouche pour répondre, mais fut interrompu par Lily, bien plus rapide que n'importe qui dès qu'il s'agissait de répondre à son frère. Et bien plus rapide pour répondre lorsqu'elle craignait que Jason ne dise qu'ils devaient de toute façon se voir aujourd'hui.

- C'est de la faute d'Albus, dit-elle. Il est parti plus tôt du travail, et n'a pas jugé bon de me le dire. Donc je suis tombée sur Jay, qui m'a proposé de venir avec moi.

Lily sentit que son frère était prêt à lui demander où était passé Albus, mais ce dernier arrivait justement, les empêchant de se lancer dans de quelconques questionnements sur la disparition d'Albus. Il était par ailleurs accompagné de Rose et Scorpius.

- Oui, oui, on sait, nous sommes en retard, dit Albus en se laissant tomber sur une chaise à côté de sa sœur.

Il lui lança un regard entendu, et Lily devina qu'elle n'aurait droit à aucune explication, et fit apparaître deux chaises pour Rose et Scorpius.

- Ils ont voulu venir, expliqua-t-il.

- Oui, figure-toi qu'on avait déjà pensé à cette éventualité, marmonna Roxanne. Il manque qui ?

- Lola. Murray. Ah, et Paige, évidemment.

Le silence se fit autour de la table alors qu'ils attendaient les trois derniers invités de la réunion.

Lily adressa un regard d'encouragement à James, qui sourit pitoyablement. Elle serra ses mains, stressée et énervée par cette situation. Elle aurait voulu voir Jason dans d'autres circonstances. Mais il était hors de question qu'elle laisse son frère maintenant, pour aller parler à son ami.

Lola fut la première à arriver. Elle embrassa rapidement Chuck, avant de saluer toute la tablée, puis de prendre place.

- Bon. Comment vous allez ? demanda-t-elle gentiment.

- Mal, lui répondit-on en chœur.

- J'aurais dû m'en douter, soupira-t-elle, son accent relevant quelque peu ses mots. Si vous voulez, on peut discuter…

- Avec l'amie, ou avec la psy ? voulut savoir Fred. Non parce que c'est pas le même tarif, selon un cas ou l'autre…

- Avec l'amie, lui proposa Lola. Mais tu paies le restau, dans ce cas.

Chuck passa un bras derrière les épaules de sa petite amie, et soupira.

- Toi non plus, ça ne va pas, n'est-ce pas ?

Les lèvres de Lola tremblèrent légèrement, et elle détourna le regard, refusant de montrer la détresse qui habitait pourtant les yeux de chacun.

- Ouais, c'est bien ce qu'il me semblait, murmura Chuck.

James leva alors le bras pour faire signe à Murray de s'approcher, lequel ne se fit pas prier. Il traînait derrière lui Paige, l'air hagard, comme toujours.

- J'ai entendu des rumeurs, dit-elle d'ailleurs en prenant place.

- Dis-toi que ce ne sont pas des rumeurs, tu t'en porteras mieux, lui annonça Mélina, plus sèche qu'elle ne l'avait jamais été avec sa camarade de dortoir.

- Donc…, avança Paige.

- Astrid Smith est toujours en vie, grommela Murray. Par Nicolas Flamel. J'ai vu des trucs dingues, dans ma vie, je vous le promets. Mais alors la résurrection, c'est bien la première…

- C'est pas une résurrection, siffla la voix de Lily.

Le silence se fit.

Lily n'avait jamais été une fille qui prenait des pincettes. Avec deux frères qui ne cessaient de la taquiner, à la mesure de l'amour qu'ils lui portaient, elle avait dû apprendre à se défendre. Mais elle n'avait jamais parlé aussi méchamment de quelqu'un. Jamais elle ne s'était emportée en aussi peu de mots. Jamais elle n'avait montré un tel dédain pour une personne qu'elle avait appréciée, qu'elle avait aimée, qu'elle avait intégrée, ou presque, à sa famille.

Et pourtant, c'est ce qu'elle fit ce jour-là.

Elle demanda à Giulia, la serveuse, de lui servir l'alcool le plus fort qu'elle possédait, ses yeux s'obscurcirent de rage, et elle ne prit pas attention à la main réconfortante que voulut lui offrir Jason. Pensait-il réellement que c'était le moment pour le moindre signe de tendresse ? Elle était capable de l'envoyer paître de la pire des façons. Elle était trop en colère pour avoir une réaction logique à n'importe quel contact.

- Ce n'est pas une résurrection. C'était voulu, d'accord ? Elle l'a voulu. C'est papa qui me l'a dit. Ce n'était pas un choix inhumain. Elle aurait pu choisir, et lorsqu'elle l'a fait, elle a choisi de disparaître de nos vies, de cette façon. C'était égoïste.

Elle prit une longue gorgée du verre que venait de lui servir Giulia, et, les yeux toujours colériques, reprit sa petite tirade. Personne ne voulait la faire taire, apparemment, alors elle en profita.

- Vous avez tous vécu sa disparition. Certains plus douloureusement que d'autres…

Elle désigna d'abord son frère, ses cousins jumeaux, Chuck. Et puis, elle montra Rose et Scorpius, et elle-même.

- Mais on a tous vécu sa mort. Sa mise en scène, plutôt. Et aujourd'hui, elle revient pour quelques jours, avant de disparaître à nouveau ? Je ne suis pas d'accord. Pas d'accord du tout, même ! s'exclama-t-elle. Elle nous a fait souffrir, et mademoiselle revient comme une fleur ?

- Toi, tu as eu le temps de cogiter depuis hier, remarqua Albus.

- Tu n'as pas idée, Al. J'ai vraiment eu le temps de cogiter. Et tu sais ce que j'ai fini par me dire ? Que j'étais enragée. Elle n'avait pas le droit de nous faire ça.

Elle se tourna vers James.

- Elle n'avait pas le droit de te faire ça, surtout, ajouta-t-elle.

Elle se tut, légèrement essoufflée d'avoir tant parlé, et d'avoir mis tant de cœur dans chacun de ses mots. James pencha légèrement la tête en avant, comme pour prendre la parole. Seulement, il avait vécu trop d'années avec sa petite sœur pour qu'elle ne devine pas ses intentions.

- Tu n'as pas le droit d'ajouter un « mais » à ce que je viens de dire, James, siffla Lily. Tu ne peux pas faire ça. Parce que tu vois, il y a un temps encore très proche où tu avançais dans la vie sans réellement savoir où tu allais. Et t'avais fini par retrouver des repères. Je refuse qu'à nouveau, tu sois totalement perdu. Tu me comprends ?

Ils échangèrent un long regard, oubliant momentanément la présence des autres. Et puis, James hocha lentement la tête, faisant la promesse à sa petite sœur de ne pas se laisser abattre, une fois encore. Il allait rester lui-même, aussi longtemps que devait durer cette affaire. Ensuite… Ensuite, il aviserait.

Il y eut un soupir unanime autour de la table, tandis qu'ils prenaient tous leur boisson, et en buvaient une gorgée.

Lorsqu'Astrid avait été déclarée morte, ils s'étaient tous réunis, et avaient passé des jours et des nuits à se remémorer tout ce qu'elle était. Sa gentillesse, sa timidité, son grand cœur, sa volonté à tirer le meilleur de chacun, et ses capacités à donner confiance à tout le monde, sauf à elle-même. Mais aujourd'hui, que pouvaient-ils se dire ? Ils n'avaient pas de deuil à faire. Ils devaient revenir en arrière, accepter le mensonge qui les avait menés en bateau durant des années. Le mensonge, définitivement, n'était pas la solution adéquate pour permettre aux autres de vivre correctement, de profiter correctement de leur vie. Ce n'était qu'une illusion, un miroir qui ne reflétait que du faux, et qui finissait par se briser.

Le silence était de plomb, et ces amis, regroupés autour de souvenirs, appréciaient cette atmosphère lourde. Ils ne voulaient pas se sentir trop légers. Même Paige, dont les comportements n'étaient que rarement adaptés à la situation, n'osait respirer plus fort que la normale. Mais ce fut tout de même elle qui brisa le silence.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle aux jumeaux, en pointant du doigt le paquet qu'ils avaient déposé derrière eux.

Fred soupira, et sa sœur, le visage fermé, tendit le bras pour jeter le paquet au milieu de la table. Bien que volumineux, un seul bras fut suffisant pour le propulser. Le drap qui le recouvrait tomba, dévoilant un balai. Une plaque était accrochée au manche de celui-ci.

Lola, la plus proche de la plaque, se pencha en avant.

- « À Astrid, notre capitaine. Tu disais que la vie était trop courte pour avoir peur de perdre. Tu avais raison. La vie est trop courte… ». Qu'est-ce que c'est ?

- Le balai d'Astrid, dit Fred.

- Notre premier balai construit, le corrigea Roxanne. Astrid nous trouvait toujours des vieux balais à démonter, quand on était à Poudlard, pour qu'on étudie leur structure. Elle savait qu'on voulait devenir fabricants de balais. Et quand elle nous a apporté notre cinquième balai, on a promis de lui offrir le premier qu'on construirait. Mais du coup…

Roxanne sortit sa baguette, et quelques jets de lumière bleue plus tard, la plaque se décrocha du manche, produisant un bruit sourd en tombant lourdement contre le bois de la table.

- Vous pensez qu'elle ne nous aimait pas ? demanda soudainement Paige.

Lily savait que cette question devait hanter James depuis la veille, et en observant ses compagnons d'infortune, elle comprit qu'il n'était pas le seul à s'être posé la question.

Qu'avaient-ils pu faire pour qu'Astrid disparaisse du jour au lendemain, sans laisser de traces, sans se retourner ? Pourquoi aurait-elle décidé de tout quitter, s'ils étaient ce tout ? Qu'avaient-ils pu faire de si horrible pour qu'elle ne supporte plus leur compagnie, leur présence dans sa vie ?

- Et dire qu'elle disait qu'il ne fallait rien cacher aux autres, grommela Jason.

La phrase était sortie de son contexte, mais dans l'ensemble, c'était bien ce qui s'était produit. Astrid ne voulait jamais qu'on lui cache quoi que ce soit, et voilà qu'elle prouvait que sa vie était loin d'être la clarté absolue.

L'ambiance se refit songeuse, avant d'être brisée.

De la manière la plus surprenante.

La moins adéquate, aussi.

Un éclat de rire.

Rien de plus, rien de moins.

Mais Chuck venait de s'écrouler de rire, littéralement.

Lola avait éloigné la chope qu'il tenait, et qu'il n'avait pourtant presque pas entamée. Elle pinçait les lèvres, réprouvant certainement son comportement.

Mais Chuck riait. Peu importait l'air désapprobateur de Lola.

Et peu importait que ses amis le considèrent comme fou.

Peu importaient beaucoup de choses, à vrai dire.

Tous observaient Chuck, se demandant s'il avait sombré dans la folie plutôt que dans l'incompréhension ou le déni, et espérant qu'il réussirait à s'en sortir sous peu.

Et puis, aussi vite que cela était arrivé, son rire se calma. Il reprit son souffle, se redressa, retrouva un air rembruni, et regarda Mélina.

- Tu crois qu'il est possible de changer les dédicaces de chacun de mes livres, ou pas ? Non parce que je les ai tous dédiés à Astrid, cette chère amie décédée et qui m'a tant inspiré.

Mélina grimaça.

- J'ai quelques doutes. Et puis, tu voudrais mettre quoi ? « À Astrid, cette amie censée être décédée, mais qui ne l'est pas, et qui m'a inspiré ? »

Chuck grimaça.

- Dans ma tête, ça sonnait quand même beaucoup mieux.

Il secoua la tête, reprit sa chope, mais n'y toucha pas pour autant.

- Je vous le dis. La vie, c'est franchement pourri.

- Ce sera le titre de ton prochain roman ? railla Ruby.

Ruby n'était pas expansive, et le proverbe « Qui aime bien, châtie bien » prenait tout son sens avec elle, selon les propres mots d'Astrid.

- C'est une idée, reconnut Chuck. Ou alors… « Cette amie qui revenait d'entre les morts sans avoir changé ». Je trouve que ça sonne bien.

- Je ne sais pas si on peut dire qu'elle n'a pas changé, grommela Lily. Pour le peu que je l'ai vue, elle jure.

Grimace générale autour de la table.

- Astrid Smith ? Jurer ? releva Murray. La petite princesse du vocabulaire, et qui ne supporte pas les moindres insultes ?

Lorsqu'ils étaient à Poudlard, Murray appréciait Astrid, mais pas au point de passer beaucoup de temps avec elle. Il la tolérait parce qu'elle était la petite amie de James, et lui arriver de reprocher à ce dernier cette petite amie parfois trop lisse. Elle ne jurait pas, ne buvait pas une goutte d'alcool, ne disait jamais un mot plus haut que l'autre et s'en voulait pour un rien.

- Elle-même, répondit James d'un ton las. Elle-même… Mais je crois bien que ne pas jurer est le cadet de ses soucis, à l'heure actuelle.

- Et ses soucis, c'est quoi, dans ce cas-là ? demanda Mélina.

Lily n'avait pas besoin de regarder son frère pour comprendre qu'il n'en avait pas la moindre idée. Il avait retrouvé Astrid… sans être certain qu'il s'agisse bien de cette fille dont il était amoureux. Il n'était encore certain de rien, à l'heure actuelle. Cela se voyait dans ses yeux.

James jeta un coup d'œil à son verre et, sous l'œil désapprobateur de Lily, le vida d'un seul trait.

- Et elle boit, maintenant que j'y pense.

La surprise se peignit sur les traits de chacun.

Tous ses compagnons firent le même geste que lui, quelques secondes plus tôt. Qu'Astrid soit en vie, et totalement changée, ça vous fichait un coup au moral.

Définitivement, plus rien ne tournait rond.

La nuit était déjà bien avancée lorsqu'ils se rappelèrent tous qu'ils avaient des obligations pour le lendemain. La vie réservait des surprises chaque jour, et malgré la circonstance exceptionnelle, ils ne pouvaient pas se permettre d'arrêter de vivre. Ils avaient donc fini par se lever, chacun sentant le poids de la douleur peser sur chacun de leurs pas.

Après que chacun ait payé sa consommation, ou presque – « Mais je te dois un verre, de la dernière fois… Mais si ! C'est trois fois rien, laisse-moi payer » – ils avaient tous transplané. Il ne restait à présent plus que les trois frères et sœur Potter, devant un bar plus apprécié par les jeunes de leur âge que ne l'avait jamais été le Chaudron Baveur.

- Bon, allez, on arrête les plaisanteries, les mauvaises langues, et on se parle franchement, dit alors Albus.

Il se balançait sur ses talons, les mains enfoncées dans les poches de sa veste, le nez caché par son écharpe. Il avait toujours été le plus frileux de la famille, et l'hiver était une saison qu'il appréhendait une année à l'avance. James retint un sourire moqueur, tout comme Lily. Eux, à l'inverse, avaient toujours aimé le vent qui les giflait, la neige engourdissante, et le froid éreintant. Surtout Lily.

- Comment est-ce que tu te sens ? demanda-t-il à son frère aîné.

James haussa les épaules, incapable de prononcer le moindre mot. Mais de toute évidence, son silence était plus significatif que le moindre de ses mots. Albus hocha la tête.

- Ouais, c'est ce qu'il me semblait. Alors, qu'est-ce que tu comptes faire ? Tu comptes aller lui parler ? En tant que petit frère avisé, je te dirais d'y aller.

James haussa les sourcils d'un air entendu.

- Fais ce que je dis, pas ce que je fais ! se défendit automatiquement Albus. Ce n'est pas parce que je suis incapable de parler que tu dois faire pareil.

- Et en tant que petite sœur qui vous supporte, je te serais reconnaissante de ne pas devenir comme Albus. Un frère comme ça, ça suffit, râla-t-elle pour la forme.

C'était difficile de croire à ses plaintes lorsque son frère avait un bras autour de ses épaules, et qu'elle ne le repoussait pas.

- Sérieusement, James, tu devrais lui demander quelques explications. Et, plus franchement, elle te doit ces explications, continua son petit frère. Tu sais, j'appréciais bien Astrid, mais je n'ai jamais été très proche d'elle. Je veux dire, c'était ta copine, et je ne vous ai pas collés quand vous étiez ensemble. Je n'ai pas passé des journées entières avec elle. Pourtant, son comportement me met dans une rage folle, et j'imagine que toi aussi.

James hocha la tête. C'était un des sentiments qui se battaient en son for intérieur. La colère. Ce n'était pas le plus fort, mais il en faisait partie, et sa colère sourdait.

- Et si cela me met en rogne, qu'est-ce que cela doit être pour Lily, plaisanta Albus en pinçant la joue de sa petite sœur.

Elle ne sourit même pas.

- Je suis totalement enragée, grommela celle-ci. Je ne comprends pas, et quelles que soient ses raisons, elles sont injustifiées, siffla Lily. Alors tu vas lui demander des explications, James, et quand elle te les aura données, tu lui diras que tant mieux qu'elle soit en vie, mais que jamais tu ne reviendras vers elle. Parce que tout ça, c'est fini. Tu es passé à autre chose. Tu n'es pas son pantin. T'es mon frère. Pas un pantin, ajouta Lily.

- Je crois que j'ai compris l'idée, plaisanta James. Lui demander des explications, et puis partir sans me retourner. C'est bien ça ?

- Voilà. Exactement comme elle l'a fait. C'est tout simple, assura Albus.

Son grand frère garda son masque souriant, sans oser lui dire que non, rien n'était aussi simple. Il voulait une lueur d'espoir, il voulait encore y croire, et pour cela, il devait accepter le départ d'Astrid sans aucune explication.

Lily se dégagea de l'étreinte d'Albus, et s'approcha de James, encadrant son visage de ses mains.

- James, aussi heureux que tu sois de la voir en vie, tu ne dois pas oublier que durant trois ans et demi, tu n'as pas pu vivre pleinement, et que c'est de sa faute. Seulement de sa faute. D'accord ? Il n'y a aucune raison qui justifie cela. Aucune.

Elle mit une telle conviction dans sa voix que James réalisa enfin qu'elle ne disait pas tout. Qu'elle possédait une minuscule information supplémentaire que lui-même ignorait.

- Qu'est-ce que tu essaies de me dire, Lily ?

Elle soupira, et recula.

- Tu devrais en parler à papa, à un moment donné. Il aura peut-être des explications, lui aussi.

James se rembrunit. Oui, bien sûr. Il devrait en parler à son père. C'était évident, cela tombait sous le sens. Mais pour le moment, tant qu'il n'en parlait qu'à ses amis, cette histoire restait encore irréelle. Il réussissait encore à se convaincre que c'était sorti de son imagination. En parler à ses parents reviendrait à avouer qu'il n'avait jamais su tourner la page, et que les blessures étaient encore bien trop cuisantes. Il hocha cependant la tête, douloureusement, comme acceptant sa sentence.

- Bon. Maintenant que c'est réglé, si chacun rentrait chez lui ? Il fait froid, je travaille demain, et notre petite sœur vit encore chez ses parents, il faut donc qu'elle leur rende des comptes… Allez, je te ramène ! s'exclama Albus.

- Je peux rentrer toute seule ! s'offusqua Lily.

- Pour que je me fasse disputer par papa ? C'est inenvisageable, assura Albus. Pas vrai, James ?

- Il a raison, Lily. T'es notre petite sœur. On te raccompagnera chez toi jusqu'à tes trente ans, lui affirma James.

- Par Merlin, soupira-t-elle. Si seulement vous pouviez être moins protecteurs…

James rit doucement, avant de la serrer dans ses bras.

- On se voit très vite, lui promit-il. Et j'irai parler à papa.

Elle lui rendit son étreinte, certainement plus longtemps qu'elle ne l'aurait fait dans d'autres circonstances.

- Tu es sûr que ça ira ? s'enquit-elle. Tu ne veux pas que je vienne chez toi ?

- J'irai très bien, petite sœur. Ne t'inquiète pas pour ton grand frère.

Elle hocha la tête, se mordillant la lèvre inférieure avant de repousser ses lunettes. Elle prit ensuite le bras d'Albus, qui adressa un dernier regard à son frère.

- N'oublie pas que si tu veux me parler, je peux quitter le travail quand je veux. Alors, n'hésite pas.

James hocha la tête. Un premier flocon tomba alors entre eux.

- Par tous les sorciers célèbres ! gronda Albus. De la neige. Quel est imbécile qui a décidé que l'hiver était une saison obligatoire ? bougonna-t-il en frissonnant. Lily, on rentre vite, avant que je n'attrape une pneumonie.

- Tu portes cinq couches de vêtements, ça ne risque pas ! assura-t-elle.

Elle lança un dernier regard à James, avant d'accepter le bras d'Albus.

Elle n'avait aucune envie de laisser seul James, mais elle savait qu'elle ne pourrait rien faire pour lui. James n'avait pas besoin d'aide, en ce moment. Il était sur un véritable petit nuage, et cela faisait bien plus peur à Lily que tout ce qu'elle avait déjà pu vivre.


Note d'auteur.

Hello ! (It's me... OK, je me tais.)

Oui, je sais, nous ne sommes pas mardi. Mais, eh, oh (est-ce que tu m'entends hey ho... Oh, la, la, rien ne va ce soir.), déjà, nous sommes en vacances. Ensuite, j'ai encore eu un bug d'Internet hier. J'ai vraiment un truc avec ma connexion. Ne faites jamais de coloc avec moi, je porte la poisse à la connexion, ah ah ! En vrai, ça m'a rappelé quand je vivais en Espagne (moment nostalige : ON) : la connexion coupait vers minuit, 1h du matin. Sauf que moi, je faisais des fichues insomnies à cette époque, et je passais ma vie (enfin, mes nuits, surtout... OK, mon humour est pourri aujourd'hui) sur Internet. Du coup, c'était la crise toutes les nuits, parce que je pouvais pas écrire jusqu'à cinq heures du matin en musique. Et je comprends aussi pourquoi j'avais tant d'avance sur mes chapitres, à l'époque. J'écrivais toutes les nuits (toutes les nuits je pense à toi, toutes les nuits je rêve de nous deux... NON MAIS ARRÊTONS LE MASSACRE)

Reprenons cette note d'auteur. Je disais donc... Lily est légèrement en colère. Et on a le droit de l'être aussi. Parce qu'à cause d'Astrid, qui sont-ce ces deux protagonistes qui n'ont pas le droit à leur conversation ?! JASON ET LILY. EH OUAIS. Jason qui, du coup, n'apparaît pas franchement dans ce chapitre (mais on se rattrape au prochain, promis juré !)

Vous êtes plusieurs à m'avoir posé la question il y a peu : combien de chapitres est-ce que je compte écrire ? (OK, en fait, y a surtout mon ancienne coloc qui m'a posé la question, lors de nos retrouvailles, à deux heures du matin. BREF) Cette fiction comptera au minimum quarante chapitres, je pense dépasser d'un ou deux. Voilà. Le temps que Lily lise les lettres, et que, du coup, elle puisse discuter réellement avec Jason :). Vous voilà fixés !

Allez, reprenons la route (car j'étais sur la route toute la sainte journée, j'n'ai pas vu en toi le doute s'immiscer... MAIS FAITES-MOI TAIRE !) d'une note d'auteur bien rédigée. Mille mercis à tous pour vos reviews. Gros, gros merci à DelfineNotPadfoot qui a corrigé ce chapitre dans le train. Et merci à tous pour me rassurer quant à mes facultés à allier mon ancienne fiction et celle-ci, vous n'avez pas idée à quel point vous me rassurez :)

Sur ce, je retourne devant NPLP. Et les chaussures de l'animateur. Et je continue à chantonner. La vie en chantant, c'est plus marrant, et moins désespérant. Même si moi, je me désespère. BREF.

Bisous à tous, et...

Ah, non, j'ai oublié un truc.

Pas de chapitre pour la semaine prochaine, je pars en "vacances".

Bisous à tous, bonne semaine !