Cet OS a été écrit dans le cadre des Nuits du FOF (en décalé), le thème était « soupe ».

Soupe à la grimace

On disait que pour grandir, il fallait manger de la soupe. En tout cas, c'était un dicton que Draco avait entendu, dans la rue.

C'était la veille, sa mère devait faire une course et le magasin très spécial qui vendait son produit n'existait que dans le Londres moldu. Elle aurait pu le faire parvenir par correspondance au manoir, mais avait préféré se déplacer pour en vérifier la qualité. Il avait obtenu de l'accompagner, pour ne pas rester à la charge des elfes de maison, à condition de ne pas parler et de rester auprès d'elle.

Une grand-mère avait annoncé solennellement à son petit-fils que s'il voulait enfin être grand, il devait manger beaucoup de soupe. Il avait demandé ce que cela signifiait à sa mère mais elle disait que c'était une simple rumeur moldue, rien n'avait été prouvé et de toute façon, il n'avait pas à écouter ce que ces miséreux disaient. Ça n'était pas digne de son rang.

N'empêche, il aurait bien voulu grandir un peu, quand même. Il avait l'impression de ne jamais être assez fort, jamais assez grand, jamais assez bien. Son père exigeait toujours plus, toujours mieux, sans jamais le féliciter pour ce qu'il avait déjà accompli, pour le petit garçon qu'il était déjà devenu. Ça n'était jamais bien. Il pouvait toujours mieux faire. Pour enfin être digne du nom de sa famille. Enfin être digne de son héritage. Digne de son rang.

En rentrant de leur excursion, il avait profité d'un moment d'inattention de sa mère pour aller en cuisine. Il ferait passer ça pour un caprice de gourmandise, si jamais il était pris. Il avait pris un Dobby à part et lui avait demandé de faire de la soupe pour le soir même, et pour tous les autres soirs de la semaine. C'était un ordre de sa mère, qui l'avait envoyé, avait-il affirmé en bombant le torse. Elle voulait faire attention à sa ligne et avait demandé de ce fait des potages pendant une semaine, le temps de voir si la méthode fonctionnait. Et si son père ne piquait pas de crise.

L'elfe obtempéra et servit un potage de légumes le soir même. Son père grimaça devant son assiette mais le petit garçon finit la sienne jusqu'à la dernière goutte. Tous les soirs, le repas se déroula de cette façon, jusqu'à ce qu'au bout de cinq jours, son père explose et fasse un tour en cuisine pour demander à ce qu'on change enfin le menu. On lui répondit que c'était sa femme qui l'avait demandé, laquelle nia.

Draco se tassa sur sa chaise. Jamais il n'avait osé braver l'autorité paternelle. Jamais il n'avait essayé de se dresser contre son père. Ça ne servait à rien de toute façon, il était trop fort, trop puissant. Trop effrayant, aussi. L'incident fut clos mais pour la peine, plus aucun potage ne devait être servi durant les semaines à venir. Leur vue faisait horreur au propriétaire des lieux. Et puis de toute façon, le petit garçon n'avait pas pris un centimètre pendant cette période.

Comme quoi, la soupe, ça rendait ronchon mais ça ne rendait pas plus grand.