Chapitre 33 : « Électricité »

Naruto s'était installé à la batterie de Shiro abattu. Il tapait avec les baguettes sur les tambours et les caisses de manière très penaude, faible, presque déprimé. Keiji et Riichi se moquaient un peu de lui, ça ne lui ressemblait pas de faire la moue et d'être à ce point abattu – lui le garçon le plus énergétique qu'ils connaissaient. Il ressemblait à une guimauve en train de fondre sur le barbecue, rabougri et pas appétissant.

- Vous n'êtes pas sympa… Défendit Benoît

- Tu en fais une tronche de rat !

Naruto cogna sa tête contre la grosse caisse à la réflexion de Sasuke qui venait d'arriver. Même son meilleur ami, son frère de cœur s'y mettait – lui aussi avait oublié. On était le dix octobre aujourd'hui, c'était l'anniversaire de Naruto, et personne – pas même Hinata ne lui avait souhaité. D'ailleurs, comment aurait-elle pu ? On l'avait appelé à l'aube ce matin, prétextant se rendre une heure plus tôt à son école d'art. Elle n'avait pas voulu le réveiller, alors elle avait laissé un mot sur l'oreiller : « L'école m'a appelé, je devais venir plus tôt. On se voit ce soir. Je t'embrasse, Hinata ». Hinata. Même pas « je t'aime », et surtout pas de « joyeux anniversaire ».

Naruto entendait que ses amis aient pu oublier, avec tout ce qu'ils traversaient de problèmes personnels en ce moment, ça pouvait s'entendre, se comprendre, même s'il reconnaissait se sentir à l'écart. Sasuke ? Sasuke avait bien des ennuis avec lui-même également pour pouvoir se réjouir de la naissance de son meilleur ami. Mais Hinata ! Sa Hinata ! Impossible. Et puis elle ne répondait pas à ses messages… À moins que…

Naruto se releva soudainement et se mit à rire fort, très fort, qu'il était bête, stupide, idiot, « baka », elle lui préparait une surprise, un dîner romantique, une soirée mémorable pour son vingt deuxième anniversaire, bien entendu, c'était évident, c'était Hinata, et Hinata n'oublierait pas le jour d'anniversaire de son « grand » et « unique » amour – pensa-t-il.

- Merci Shiro, jouer de ta batterie m'a remis les idées en place !

Shiro tapota l'épaule de Naruto, il était ravi d'avoir aidé son ami malgré lui et il pouvait se servir de sa batterie pour thérapie quand il le souhaitait.

. . . . .

Jill n'arrêtait pas de faire les quatre cents pas dans les toilettes. Elle regardait sa montre toutes les secondes, et elle constatait que le dieu du temps Chronos était incorruptible – aucune négociation pour que les minutes deviennent des secondes. Trois exactement, c'était le temps qu'il fallait pour qu'elle puisse libérer sa conscience, pour que son cœur reprenne un rythme normal, pour que le démon de l'angoisse s'extraie de son corps.

Jill ne s'était jamais sentie aussi seule qu'en cet instant – elle aurait pu être patiente, attendre les résultats de sa prise de sang faite à l'Hôpital avec son amie Nina, mais sa tête n'y tenait plus, il n'y avait plus que cette question qui la hantait, plus que cette inquiétude de ces nausées répétitives et de ces évanouissements arrivant trop souvent. Elle avait même caché à son mari ces vertiges, ne voulant pas fragiliser son cœur – même s'il allait mieux après l'opération de l'année dernière.

Jill regarda sa montre, encore une minute trente : quelle torture, quel supplice, le temps jouait contre elle, et sa soudaine solitude lui donnait des pensées sombres.

- Jill…

Mélanie entra dans les toilettes, trouvant le comportement de girouette de la réceptionniste très curieux, ça ne ressemblait pas à Jill d'être dans tous ces états, elle si imperturbable.

- Tu es pâle Jill, tu veux une barre chocolatée…

- Non, je…

Jill tourna son regard sur la barrette blanche posait sur le rebord du l'évier – Mélanie compris immédiatement ce qui la perturbait et elle se retrouva sans réplique sarcastique. C'était de toute évidence une attente importante, une attente interminable, mais aussi excitante… Mais au visage tiré de Jill, elle remarqua que c'était tout sauf une attente excitante.

- Et si… Et si ce n'était pas ça…

- Tu as des nausées, des vertiges, tu as désiré faire un test… Je crois que c'est évident…

Jill vit soudainement Mélanie baisser le regard, elle semblait triste, comme envieuse ? Jill se sentait idiote et stupide. Mélanie vivait un divorce, un chagrin d'amour, elle n'aurait pas la vie rêvée avec l'homme de sa vie et Jill s'inquiétait pour le résultat d'un test qui changerait sa vie et celle de son mari dans un bonheur immense. Quelle indécence.

- Tu veux bien rester avec moi… Il reste vingt secondes interminables…

Jill prit les mains de Mélanie et lui sourit, les yeux embuées de larmes. Jill était à bout, et si jamais c'était autre chose, si elle se fourvoyait, si…

- Les vingt secondes sont passées…

Jill devint encore plus blanche à l'annonce de Mélanie – il était temps. Temps de retourner la barrette blanche posée sur le l'évier et de regarder si elle affichait une ou deux barres. Une c'était négatif, deux c'était positif. Mélanie lâcha les mains de Jill, lui donnant l'ordre de s'épargner et d'aller soulager son cœur en regardant le résultat. Elle s'approcha, doucement, elle tendit son index vers la barrette et la fit retourner grâce au bout de son ongle.

Une… Et puis… La seconde…

Jill se retourna vivement vers Mélanie, les larmes roulant sur ses joues, un grand sourire sur son visage, lumineux, radieux, elle sauta dans ses bras, entourant son cou, et la serra fort, soulagée, mais surtout surprise, et heureuse, très heureuse, elle était enceinte…

- Excuse-moi-je…

Jill se défit de son étreinte, sûrement mal venue, exagérée, elle étalait son bonheur à une femme qui combattait le pire : oublier l'homme qu'elle aimait, avec lequel elle n'aurait jamais d'enfant, et elle sautait à son cou comme un bourreau prêt à l'exécution.

- Jill, félicitation… Je suis contente pour toi et Peter…

- Merci… Souffla-t-elle émue

Jill sorti des toilettes, épanouie, mais entendit des cris dans le hall, près de sa réception, elle pensait même reconnaître la voix de son mari ? Elle sorti du couloir et vit Peter en train de se débattre avec Nina ? Nina. Elle venait sûrement lui annoncer le résultat de sa prise de sang. Le père d'Hayley, Junichi – compagnon de Nina désormais – essayait de le calmer, de le rassurer de son grand sourire tendre. Mais les cris alertèrent également ces amis, et elle vit Tomas, suivi de Yann, Jack, Koko et Loan – inséparable malgré les tensions.

- Peter, que se passe-t-il ? Demanda Tomas

Peter s'inquiétait pour Jill, pour son épouse, il avait bien remarqué sa pâleur, son manque d'énergie, ces nausées et ces vertiges qu'elle essayait tant bien que mal de lui dissimuler. Peter était si inquiet qu'il comptait même s'en prendre à Tomas pour ce chamboulement des dernières semaines. Mais Jill intervint avant que son gentil époux ne dise des mots qu'il regretterait à peine prononcés.

- Chéri…

Jill attrapa le bras de son mari, mais elle hésita soudainement. Devait-elle lui annoncer une nouvelle qui n'était confirmée que par une barrette blanche achetée ce matin à la pharmacie ? Junichi posa une main sur l'épaule de Nina, il était temps de soulager ce petit monde très agité d'inquiétude.

- Jill, Peter, vous allez être parents… Ta prise de sang indique que tu es…

- Enceinte !

Jill sauta au cou de son mari, soulagée que le résultat de ce test n'était pas faussé, elle était bien enceinte, un petit être faisait son nid dans ce ventre qui n'avait cessé de se tordre de peur, finalement, il accueillait un ange venu se déposer pour fonder une famille. Peter était si heureux qu'il embrassa sa femme avant de la prendre dans ses bras, et de mettre sa tête encore plus haut dans les nuages, tellement ce bonheur était géant.

Jill fut enlacée de félicitations par tous ses amis, visiblement ému que la plus douce de leur amie connaisse ce bonheur avec le plus aimant des maris. Jill serait une mère fabuleuse, et Peter un père protecteur. Ils avaient déjà hâte d'apercevoir le visage poupon de cet enfant.

L'instant était heureux, depuis un long moment ils n'avaient eu à se réjouir pour l'un d'entre eux. Jill et Peter voulaient même déjà fêter l'évènement et convier tous leurs amis ce soir à un dîner dans leur maison – comme à l'époque. Ils acceptèrent, comment dire « non » à Jill et Peter, les deux êtres les plus gentils et bienveillants autour d'eux.

La nouvelle réchauffait les cœurs, mais l'arrivé de Göran refroidi surtout celui de Junichi, qui se vit offrir un accueil glacial et une réflexion inquiétante sur sa fille…

- Monsieur Ogawa, vous tombez bien, vous allez pouvoir me dire pourquoi votre fille ne vient pas travailler depuis plus d'une semaine ?!

- Hayley ne vient pas au studio… ?

Junichi se tourna vers Tomas, très inquiet. Il n'avait pas vu sa fille depuis une semaine et demie, elle ne dormait plus à la maison, prétextant rester chez une amie qui avait besoin d'elle – c'était plutôt Hayley qui avait besoin d'une amie. Et maintenant, il apprenait qu'elle ne venait même pas travailler ?

- Junichi, allons dans mon bureau discuter…

Göran fut surpris par l'arrivé de Yuri – le père de Tomas – tenir un discours familier au père d'Hayley – il se rappela aussitôt qu'il avait été le manager de sa défunte épouse. Il fut également surpris d'être convié à cet entretien qui semblait au premier abord se vouloir intime. Les trois hommes se retrouvèrent dans un cercle clos – bien que Göran avait remarqué que Yuri avait laissé sa porte légèrement entrebâillée – qui pouvait bien écouter ?

- Je ne vais pas te mentir Junichi, nous nous inquiétons pour Hayley… Déclara Yuri

- Je ne savais pas qu'elle ne venait pas au studio… Je n'ai pas vu ma fille depuis plusieurs jours…

Junichi était un père aimant, il aimait profondément ces deux enfants, mais il avait également conscience qu'il n'avait pas toujours été un très bon père. À la mort de sa femme, il n'a pensé qu'à sa douleur et n'a pas été immédiatement un père pour Mitsu, c'est Hayley qui s'en est occupé, surtout après sa tentative de mettre fin à ses jours, d'où son accident l'ayant empêché de marcher pendant un long moment… Hayley n'a pas eu d'adolescence, elle a eu rapidement des responsabilités, et elle en a davantage aujourd'hui.

Et puis, Junichi avait décidé de refaire sa vie, Hayley devait être très perturbée, surtout qu'il avait remarqué que sa mère lui manquait bien plus que d'habitude ces derniers temps… Et il devinait parfaitement pourquoi…

Junichi s'avança sur sa chaise, et se pencha légèrement vers Yuri.

- Ne le prends pas mal Yuri, mais je crois que ton fils a brisé le cœur de ma fille…

Göran en serait tombé de sa chaise, cet homme déballé l'intimité de sa fille sans pudeur et il portait même un petit sourire sur le visage. Göran était néanmoins touché, l'histoire de Junichi et d'Hayley ressemblait trait pour trait à son passé avec sa propre fille Mélanie. « Farber » était imprévisible, capricieuse, intenable, et voilà que Tomas, le fils de Yuri faisait encore souffrir le cœur d'une femme. Décidément, il ne supportait pas l'ingratitude de son ex-gendre.

- Hayley traverse une période difficile, une période où parfois seule une mère peut trouver les mots…

Junichi baissa le regard, on pouvait apercevoir toute la culpabilité de ce père impuissant face au chagrin d'amour de sa fille. Hayley était sensible, elle prenait tout très à cœur – sûrement son jeune âge – elle ne contrôlait jamais ses émotions, c'est qu'elle devait en accumuler bien trop pour sa jeunesse. Mais c'était aussi une jeune fille responsable, elle aime profondément ce qu'elle fait, être chanteuse la rapproche de sa mère et de sa passion qu'elle a toujours plus ou moins étouffée…

- Je sais que ma fille peut se montrer insaisissable, c'est un vrai tourbillon…

- C'est vrai qu'elle nous fait souvent tourner en rond… Ricana Yuri, un peu moqueur, mais rempli d'affection.

- Elle n'est pas toujours facile, mais c'est une femme pétillante, et je sais qu'elle détesterait vous décevoir… Repris Junichi

Yuri regarda Göran du coin de l'œil, il était étonné de ne pas entendre son ami rechigner, ou révolutionner ce bureau pour le comportement « pas du tout » professionnel d'Hayley. Junichi aurait réussi – comme sa fille – à toucher le cœur noirci de Göran ?

- Farber fera son travail, c'est évident !

Yuri avait pensé trop vite, Göran se leva tout en marchant vers la sortie. Il fut étonné de l'entendre dire quelque chose de positive sur Hayley. Mais il s'arrêta net, la main sur la poignée, tournant le dos à Junichi et Yuri, il ajouta :

- Si j'étais vous, quand même…

- …

- Je veillerais à ce que ma fille ne fasse pas ce travail uniquement pour avoir le peu d'attention qu'elle attend pour un seul homme…

La silhouette derrière la porte fit un pas de côté pour atteindre une autre pièce pour se cacher de Göran qui sorti immédiatement du bureau après son conseil déballé froidement, mais avec une petite voix tremblante.

Junichi et Yuri se regardèrent. Troublés. L'homme d'affaire qu'était Göran avait lâché prise pour laisser place au « papa », protecteur envers sa fille, et prêt à tout pour la protéger. Visiblement, ces trois hommes, ces trois pères, remettaient en question le rôle que dame nature leur avait offert.

. . . . .

Naruto vit le soleil entrer dans le studio, Hinata fit son apparition, étrangement, à cette heure-ci ? Elle avait un immense sourire sur le visage, et pourtant elle semblait avoir pleuré ? Elle grimpa les quelques marches de la scène, et vint se réfugier dans ses bras.

Naruto et les garçons se demandaient bien ce qui pouvait perturber autant Hinata ? Naruto pensa immédiatement qu'elle regrettait le peu d'attention qu'elle avait accordé à son jour d'anniversaire, et cela brisa son cœur, il ne lui en voulait pas, il…

- Naruto, j'ai une grande nouvelle… Dit-elle se détachant de lui, lumineuse

Naruto pâlit, son cœur se mit à battre plus vite encore : « une grande nouvelle ». Quelle grande nouvelle ? Sa tête tourna, son visage devint blanc comme un linge, une seule « grande nouvelle » pouvait à ce point épanouir une femme, même une jeune femme… Comment cela était-il possible ? Il se protégeait, il faisait attention ! À quel moment ? À quel instant ? Avant son départ pour la tournée ? À ce fiévreux câlin dans la douche à son retour ?

- Naruto, ça va, tu es pâle… S'inquiéta Hinata

Riichi et les autres garçons se mirent à rire, Hinata inquiétait à haut degré son petit-ami, ils avaient rapidement compris à quoi penser Naruto, mais ils doutaient qu'Hinata annonce un jour cet évènement de cette façon.

- Aïe !

Naruto frotta le derrière de sa tête, Sasuke venait de le frapper violemment – ce que son meilleur ami pouvait être bête et naïf parfois.

- Quelle est ta grande nouvelle Hinata ? Questionna curieux Benoît

- Mon tableau… Mon tableau « Elixir » a été choisi pour être exposé au musée d'art de Tokyo dans l'aile des « jeunes artistes contemporains » !

Hinata reçu une étreinte de félicitations de tous ses amis, ils étaient heureux et fier également. Hinata n'en revenait pas que son tableau ait plu au régisseur de ce département des « jeunes artistes contemporains ». C'était un ami de son professeur d'art, il était venu lui rendre visite dans son école et il était tombé sous le charme – « un coup de cœur » - de ce tableau léger, mais techniquement travaillé.

Hinata en avait pleuré de joie – le baiser de Naruto accentua ce bonheur – elle le partageait avec les personnes qui comptait le plus pour elle, et son travail et sa passion se voyaient récompenser par la porte d'un monde – les galeries d'art – qu'elle ne pensait pas pousser avant plusieurs et grandes années. Le dos nue de sa meilleure amie allait se retrouver entouré d'autres œuvres – elle vivait un rêve.

À ce propos.

- Où est Hayley… ? Demanda Hinata, faisant le tour de la pièce avec son regard

. . . . .

Hayley se tenait debout devant la tombe de sa mère. Elle vivait une grande émotion, elle était parvenue après un lapse de temps sans inspiration à écrire une chanson. Et ce texte évoquait sa mère. Plusieurs jours qu'elle se rendait dans un café situé près de l'université d'art. Il lui semblait que c'était là-bas que tout avait commencé pour elle, pour « Soul Artist ». Observer tous ces jeunes espoirs en quête de concrétiser leur passion la rendait morose. Elle avait tout, ils n'avaient rien, et elle osait se lamenter sur son sort dorée.

- Je suis devenue ingrate maman… Sourit Hayley, encore maussade

Hayley avait présenté ses excuses à Sergueï, son garde du corps et chauffeur. Le pauvre s'était pris en plein visage sa colère, sa colère de se sentir prise en étau entre la famille Ourbanovski et Rosenberg, écartelée par le Tomas d'avant et d'après la tournée, par le Tomas du passé, du présent. En colère contre la terre entière quand la contrariété vous prend aux tripes. L'impression que rien n'allait, l'impression que tout serait à jamais perdu. Bousculée émotionnellement par la belle histoire d'amour de Tomas et Mélanie – vouée à disparaître sous les méandres de ses propres démons.

Le plus cruel était l'histoire d'amour entre son père et sa mère, définitivement éteint à compter du moment où son père avait décidé de refaire sa vie…

Si de tels amours s'étaient consumés, que valait le sien pour Tomas ? Absolument rien. Réaliser qu'elle ne connaissait pas Tomas, qu'il devenait un étranger à chacun des morceaux apparaissant de son passé. Et puis, il s'éloignait de plus en plus à chaque fois que Loan entrait dans une pièce. Elle l'accaparait, et non seulement les quatre murs mais aussi Tomas – incapable de ne pas réagir à chaque pas, chaque respiration.

Hayley devait se faire à l'idée que son équipe, Jill, Yann, Jack, Koko, Tomas et même Mélanie ne seraient qu'un groupe avec lequel elle partage un travail, et un peu de passion. Il n'y aurait jamais de place assez grande pour qu'elle puisse même se fondre dans la vie de Tomas.

Inaccessible.

- But… You would have fought until the end… Mum…

. . . . .

À la production, tous commençaient à s'agiter. Il était six heures du soir et Hayley n'avait toujours pas donné de nouvelles et ne répondait pas au téléphone. Hayley avait une émission de télé programmé. Elle avait choisi – parmi les dizaines de propositions de Mélanie – le talk-show de Mizuki. C'était la première à avoir sollicité le groupe l'année dernière lors de leur premier succès, Hayley avait tenu à venir dans son émission en exclusivité après la tournée. Mizuki ne voulait toutefois pas accueillir tout le groupe, c'est Hayley et seulement elle qu'elle désirait – étrange – mais pas rare que seulement un membre d'un groupe soit invité.

- Où est Farber ? S'écria Göran

- Calme-toi papa, elle va arriver… !

Tomas s'étonna que Mélanie prenne la défense d'Hayley. Il sentait que leur relation avait changé depuis quelque temps – depuis le divorce – Mélanie se sensibilisait, comme si toutes ces années Tomas avait rendu son cœur dur, noir, se protégeant… Libre maintenant, elle se dévouait à elle-même et aux autres pour échapper à son chagrin.

- Mélanie a raison, Farber…

- Je n'ai pas besoin que tu me donnes raison Tomas, j'ai besoin que tu sois le manager de ce groupe !

Mélanie s'emporta contre Tomas, étrangement. Ce n'était pas rare qu'ils soient en désaccord, mais se reproche là, elle ne lui avait jamais dit – elle voulait qu'il se réveille. Depuis le retour du groupe, il ne faisait rien, ne prenait aucune décision, elle avait gérer l'événement du salon seule, et Hayley avait géré l'égo de leur père seule aussi.

Hayley ne semblait pas être la seule à ne pas savoir où était sa place ces derniers temps, Tomas aussi se noyait dans la brume, une brume épaisse et sombre. Où allait-il ? Ou plutôt, où désirait-il aller ? Il était devenu flegmatique, sans mordant, comment son groupe pouvait être motivé s'il donnait l'impression de ne plus rien en avoir à faire.

- Tu te trompes ! Répliqua Tomas, déçu que Mélanie puisse penser une telle chose

- …

- J'ai ce groupe dans la peau !

Tomas remonta sa manche de veste et montra le tatouage qu'il s'était fait une année plus tôt sur le poignet « Soul Artist ». Ce groupe, c'était toute sa vie, les seules lumières qui lui restaient dans le cœur, c'était à ce groupe qu'il le donnait. Mais il reconnaissait néanmoins qu'il n'avait pas été très présent ces derniers temps. Il le regrettait, mais le retour de Loan le perturbait plus que de raison. Et il ne voulait pas également que Mélanie pense que d'être divorcé d'elle ne lui faisait rien. Sa vie changeait, son quotidien changeait, il savait que c'était uniquement de son dû, mais Mélanie le connaissait comme personne – même bien plus que Loan – il se sentait comme pris dans un filet, apercevant au loin un couteau pour briser les liens, mais impossible de l'atteindre.

- Tomas, je serais là pour toi pour toujours… Tu le sais…

Mélanie avait les larmes aux yeux, cette phrase la faisait souffrir, elle voulait bien plus être qu'une amie pour lui, mais elle avait aussi conscience que leur amour passé était enterré depuis bien longtemps. Mais être auprès de lui, comme l'une des personnes qui comptent le plus pour Tomas, ça la rendait heureuse, elle savait que Tomas n'était pas ingrat au point de rayer Mélanie de sa vie et tout ce qu'ils avaient vécu ensemble.

- Pour le reste, je ne peux pas t'aider Tomas… Tu es le seul à savoir ce qui est le mieux pour toi…

- Tu sais mieux que personne que je ne suis pas très doué pour ça… Dit-il, s'allumant une cigarette

- Tu es l'homme le plus gentil et aimant que je connaisse…

- …

- Mais tant que tu ne te débarrasseras pas de ta culpabilité, et de ta soi-disant « promesse », je crains en effet que tu ne puisses être heureux !

Mélanie quitta la pièce les jambes tremblantes, depuis le temps qu'elle espérait avoir le courage de dire cette pensée à Tomas, cette pensée qui la rongeait et détruisait le « vrai » Tomas petit à petit. Mais il semblait se complaire dans cette vie, et elle ne pouvait rien y faire, et « Farber » non plus.

Le téléphone portable de Mélanie sonna, c'était Hayley.

- Hayley, où est-ce que vous êtes ?

. . . . .

Naruto se morfondait dans la salle de répétition, Shiro et Keiji étaient parti chercher à manger et Benoît et Riichi étaient sans doute en train de batifoler dans leur loge. Sasuke était quant à lui parti depuis longtemps. Hinata était reparti elle aussi, radieuse, lumineuse, belle, heureuse, il aimerait lui donner un tel sourire de fierté comme elle l'avait dessiné en annonçant sa « grande nouvelle ». Cette journée d'anniversaire était mouvementée et sûrement ratée…

- Bon…

Naruto se mit à sourire, il n'allait pas se plaindre. Après tout, depuis son enfance, il n'avait jamais eu personne pour fêter son anniversaire avec lui, mais lorsqu'il avait rencontré ses amis au collège, une vraie famille s'était créée, une famille capable de se réjouir pour une « grande nouvelle » pour sa petite-amie. Naruto avait des amis fidèles, loyaux, il pouvait compter sur eux, il n'allait pas leur tenir rigueur pour un petit oubli…

- Mais quand même ! Shiro aurait au moins pu proposer de ramener des ramens ! Bouda Naruto

- Eh, tête de ramen !

- Sasuke ?

- Shiro a ramené le dîner, tu viens !

- Mais qu'est-ce que tu fais encore là ?

- L'ingénieur du son n'a pas le droit de dîner avec le reste du « groupe » ?!

Naruto ria à la réplique sarcastique de Sasuke – il faisait de l'ironie, il allait mieux. Ce travail même à mi-temps, même sans rémunération dans le milieu artistique redonnait espoir à Sasuke, il l'observait à sa manière d'être. Même si son meilleur ami avait encore du chemin à faire, il était sur la bonne voie et Naruto s'en réjouissait sincèrement et profondément.

- Tu es en manque ou quoi ? Arrête de me regarder avec un air de désir !

- Tu es vraiment glauque parfois ! Bleuit Naruto

Sasuke conduisait Naruto dans l'une des grandes salles de réunion à l'étage Soul Artist, avaient-ils besoin d'autant d'espace pour manger ? Eux qui adoraient la vue de la ville en salle des cafés.

Naruto poussa la porte et un bruit d'explosion et de voix enjouées se firent entendre. « Joyeux anniversaire », s'entendit de toute part de la pièce. Les yeux de Naruto s'écarquillèrent de bonheur, de joie, les personnes qu'il aimait le plus au monde ne l'avaient pas oublié.

- Tu ne peux pas croire ça de nous quand même ! Se vexa Benoît, venant l'étreindre amicalement

- Je dois avouer avoir un peu ruminé toute la journée… Ricana nerveusement Naruto

- On avait effectivement cru comprendre ! Ricana Riichi

- Joyeux anniversaire mon Naruto !

Naruto fut très surpris de voir que même Sakura était présente. Après tout, c'était sa meilleure amie, et Hinata ne pouvait pas ignorer cette forte amitié, elle la respectait même si elle la trouvait un peu trop sans limite à son goût.

- C'est toi qui as eu cette idée chérie… ? S'approcha Naruto, passant son bras dans son dos

- En réalité, ce sont les garçons qui l'ont absolument voulu…

- Ah bon ? Mais pourquoi ?

- On avait un peu l'impression de tous t'imposer nos problèmes et nos sautes d'humeur ces derniers temps… Avoua Shiro

- Tu es toujours là pour nous… Pour nous faire rire et relativiser… Ajouta Benoît

- C'est son côté saint-bernard ! Se moqua Sasuke

Naruto rit, mais il avait un rire rougissant, très gêné, mais également ému par l'attention de ses amis. Il ne s'imaginait pas une seconde mériter une soirée surprise pour son anniversaire. Il savait qu'ils l'estimaient, mais à ce point, pas au point de culpabiliser.

- Je serais toujours là pour vous les gars ! Vous l'avez été aussi de nombreuses fois pour moi !

- Ouais, c'est vrai, pourquoi on s'est fait chier en fait ? Répliqua Keiji, caustique

Les garçons se mirent à rire face au persifleur qu'était Keiji – les festivités furent lancées. Ils s'installèrent autour de la table, et commencèrent à remplir leur estomac.

- Je suis désolée chéri, la fête devait se faire à l'appartement, mais avec ma nouvelle de ce matin, je…

Naruto interrompit Hinata par un baiser. Qu'importe où il se trouvait, qu'importe le lieu, l'endroit, le temps, lorsqu'il était près d'Hinata rien n'avait d'importance. Il était amoureux et heureux, il se moquait que sa fête d'anniversaire se fasse dans une salle de réunion aux murs jaunâtres.

- Je suis tellement heureux pour toi… Ton travail est fantastique, et je dis ça avec objectivité !

- …

- Tu es récompensée, je suis heureux de cette nouvelle aventure qui se présente à toi…

Hinata embrassa Naruto, sans timidité – elle l'aimait plus que tout. Plus que son art, plus que sa passion, rien ne pourrait détruire cet amour, aucune femme, aucune épreuve, pas même la fin du monde, rien, son cœur ne battait que pour ses grands yeux bleus généreux et tendres.

- Eh, tous les deux, vous traversez une rue et vous avez un hôtel ! Taquina Riichi

- Depuis quand tu es pudiques toi ! Chahuta Naruto

- Ça fait deux minutes qu'il vit sans Benoît, il devient aigri ! Asticota Keiji

- N'importe quoi…

Riichi se cacha derrière la gorgée de son verre de soda, un peu vexé. Hinata fut par ailleurs étonnée qu'il ne réplique pas. Elle savait que Riichi et Benoît traversaient une houle dans leur relation à cause du frère aîné de Benoît et de ses problèmes de jeux et de dettes. Riichi paraissait plus atteint qu'il ne le faisait paraître. Et bien plus…

- J'ai !

Benoît revint dans la salle en trainant devant lui une télévision sur meuble à roulette. Impossible pour lui de rater l'émission de sa meilleure amie.

- Vous croyez qu'Hayley va se présenter ? Demanda Sasuke

- On se posait justement cette question ?

Yann entra dans la pièce, surpris de tous les trouver ici, en mode festif, alors que toute l'équipe de production s'agitait, s'inquiétait de savoir si Hayley allait faire l'émission de ce soir. Si même ses amis n'en n'avaient pas la certitude…

- Bien sûr qu'elle va se présenter, Hayley n'est pas du genre à poser un lapin sans prévenir ! Défendit Benoît

- C'est beau d'avoir foi à ce point, mais tout s'effrite dans la vie, même la confiance !

La réponse de Yann fut pour la moins directe et surprenante. Il se prononçait en parfait état de cause, le vécu parlait, l'expérience plaidait, mais elle ne plaidait pas la cause d'Hayley.

- Ce que tu peux être défaitiste !

Jack fit son entrée dans la salle, ayant auparavant ébouriffé les cheveux de son ami en signe de mécontentement – pourquoi être systématiquement négatif. Jack prit place à la table, et piqua une petite brochette de viande – il mourrait de faim. Eux aussi devaient être à une « fête », mais étant donné que toute l'équipe cherchait désespérément à garder la face, face à une artiste indomptable.

- Ingouvernable serait plus juste !

Koko arriva, et elle prit place elle aussi, son ventre criait famine. Hinata les trouvait tous étranges. Ils avaient l'allure de gens « heureux », eux d'ordinaire si bourgeois, triviaux et détachés. Et puis, l'équipe de production semblait perturbée par l'absence d'Hayley, mais d'ordinaire, elle les verrait courir et se crier les uns sur les autres, ils possédaient en cet instant une colère sereine.

- Qu'est-ce qu'on fête ici… ?

Une paire de jambe pénétra dans la pièce, une paire de jambes nues et tatouées. Loan cherchait ses amis, elle avait faim et en avait assez de chercher la petite souris « Farber ». Elle rêvait de croquer dans une cuisse de poulet.

- En voilà une réplique campagnarde ! S'étonna Riichi, amusé

- À l'université, on m'appelait « a bird of prey* » … Répliqua Loan, prenant place à ses côtés

- C'est un rapace ça… Grimaça Benoît, ne comprenant pas le rapport !

- Pour faire court, elle fait référence à une autre sorte de carnivore… Éclaira Keiji

- Franchement amusant tes petits protégés ! Lança Loan à Tomas, prenant place à ses côtés

Riichi ricana, ricana d'une manière un peu moqueuse et confuse. Des femmes, il en avait côtoyés, de toutes catégories sociales, avec chacune une personnalité bien à elles. Loan restait cependant un véritable mystère pour lui, il hésitait entre l'aguicheuse et la jeune adolescente si timide et si réservée à l'époque du lycée, que toute sa confiance en elle ressortait maintenant, devenue une vraie jeune femme. Et non seulement ça, ce qui l'étonnait et le questionnait encore plus que tout, était que Tomas avait l'air différent, éteint, presque intimidé auprès d'elle – ces deux-là étaient une véritablement énigme.

Riichi s'inquiéta sévèrement pour Hayley – elle avait raison, il n'existait aucune place disponible entre Loan et Tomas, pas même un léger courant d'air. Cette idée l'effrayait.

- Le repas de mes rêves…

Jill se présenta à son tour – accompagné de son mari – elle avait elle aussi dans l'espoir de préparait un bon dîner pour ses convives, mais les aléas du travail avaient annulés ses amicaux projets.

- Je pense que j'en ai commandé pour mille, alors sers-toi Jill… Proposa Shiro, souriant

- Merci…

Jill ne se fit pas prier pour s'installer et commencer déjà à se servir des brochettes et des légumes, puis des beignets de crevettes, et un peu de riz.

- Ton mari ne te nourrit pas Jill… Plaisanta Naruto

- Mon dieu, je ne vous ai rien dis les garçons !

Jill se confina contre son mari, très émue de l'annoncer à chaque fois. Les yeux embués de larme, elle annonça chaleureusement qu'elle attendait un « heureux évènement ». Les garçons écarquillèrent les yeux de stupéfaction, mais se dépêchèrent de tous se lever et de venir embrasser et féliciter le couple.

- Dis-moi Jill, comment à réagit Peter ? Questionna Riichi, voulant tourner en ridicule la réaction de son ami cet après-midi

- Peter et moi voulions depuis longtemps fonder une famille, mais son problème cardiaque devait d'abord être guérit au plus sur…

- …

- Je crois qu'il est encore plus heureux que moi…

L'assemblée fut très touchée par les paroles de Jill. Peter et elle formaient un couple unit et amoureux. Le temps et les épreuves n'avaient rien entachés dans leur amour, ils s'aimaient sans doute encore plus fort, un amour pur et sincère.

- Tu vois Naruto, « ça », c'est la réaction d'un homme, un « vrai » ! Piqua Sasuke

Et ce pique eut l'effet d'amuser les membres du groupe « Soul Artist », laissant un peu sur le carreau les autres convives. Jill ressentit un pincement au cœur, eux aussi : Tomas, Loan, Koko, Yann, Jack et… Ils étaient aussi unis et aussi bons camarades, se lançant des vérités, pour qu'ils ne soient plus des questionnements, mais une force. Une belle amitié, une symbiose presque parfaite. Elle ne comptait plus le nombre de dispute, d'épreuve, et pourtant, ils étaient tous sans exception lier les uns aux autres.

Jill se demandait alors quel genre d'amitié les unissait avec son propre groupe d'amis. Le fait qu'elle soit enceinte avait réveillé cette amitié sans faille elle aussi, mais bientôt, le jour d'un terrible souvenir viendrait comme chaque année, et les mauvais souvenirs ressurgiront et les diviseront à nouveau.

- Tu devrais l'appeler, et lui annoncer… Murmura Peter à son oreille

Jill donna un baiser à son mari – quel homme aimant. Il lisait dans ses pensées, ou plutôt il avait compris à son air triste qu'elle combattait avec des mauvaises pensées et qu'il était temps qu'ils s'envolent. Jill hocha la tête et appliqua le conseil de son mari, elle s'excusa et s'absenta quelques instants.

- Hé ! L'émission commence ! Shiro attrapa la télécommande et monta le son

- « Bonsoir à tous ! Ce soir j'ai le plaisir de recevoir l'égérie de la production MTH : Hayley Farber ! ».

Le public présent dans l'émission applaudir et il poussa des cris de joie et d'impatience. « Soul Artist » était réellement devenue très populaire, chacun des membres pouvaient le ressentir, car ils avaient déjà eu une vague de consécration importante lors de leur apparition au salon il y a quelques semaines. Le public s'avérait impatient de l'arrivée d'Hayley – viendrait-elle seulement ?

- Décontracte-toi ! Elle y est !

Le père de Tomas fit son apparition et il posa ses mains sur les épaules de son fils qui semblait très tendu. Mélanie avait appelé, elle était partie au studio de l'émission car Hayley l'avait demandée. Tomas fut rassuré, même s'il aurait préféré que Mélanie l'en tienne informé lui plutôt que son père.

Et puis,

- « Dans quel état va-t-elle apparaître », pensa Tomas

Mizuki énuméra la programmation de son émission et qu'un nouveau chroniqueur rejoindrait désormais l'émission pour une chronique « cash ou gage » lors de ces interviews de star - les séquences promettaient d'être croustillantes.

Tomas avait un mauvais pressentiment.

Mizuki ne fit pas attendre le public et les téléspectateurs plus longtemps, et annonça l'entrée d'Hayley Farber.

Et Hayley apparu, souriante, belle : elle portait une longue jupe en tulle rose pâle et un croc top noir manche longue, laissant apparaitre un peu de sa chair. Elle avait les cheveux ondulés, dont une mèche était calée derrière son oreille droite laissant découvrir sa boucle d'oreille fétiche – la reproduction de la boucle d'oreille de sa mère offert par Tomas par le biais de Riichi au Noël de l'année dernière. Un rouge à lèvres rouge vif illuminait sa bouche et un maquillage très léger montrait ses grands yeux en amendes généreux et pétillants.

Hayley avait énormément d'allure et son visage respirait la confiance et la bonne humeur. Elle s'approcha de Mizuki et l'enlaça amicalement avant de prendre place dans le fauteuil à ses côtés. Le public ne s'arrêtait plus de l'applaudir, Hayley se releva pour s'incliner et leur lancer un baiser volant de remerciement – elle était sincèrement et profondément touchée par un tel accueil, ça lui gonflait le cœur.

Mizuki et Hayley échangèrent sur la sortie du premier album et sur la tournée au Japon, mais surtout les concerts qui s'étaient fait aux États-Unis et en Europe. Mizuki était directe dans ses questions, mais elle ne débordait pas. L'année dernière, Tomas avait échangé son corps pour des questions « clean ». Cette fois-ci, il ne s'était mêlé de rien, mais Mizuki restait sage, bien trop sage pour sa réputation d'animatrice tout sauf protocolaire. Peut-être appréciait-elle Hayley et respectait sa jeunesse ?

Hayley restait souriante, amusante, elle prenait du plaisir à raconter l'aventure de sa tournée, elle avait les yeux rempli d'étoile, et l'amour de sa passion ne laissait place à aucun doute.

- Hayley, vous allez être la première à passer entre les griffes de mon nouveau chroniqueur !

- Je suis prête Mizuki !

- Vous connaissez ma réputation et je suis sure de faire la une demain des journaux et des sites internet, mais j'aime le scandale et mon nouveau collaborateur en est le spécialiste !

- Est-ce que votre collaborateur ne m'aurait pas photographié en plein recueillement sur la tombe de ma mère par hasard… Répondit avec provocation Hayley

- Voilà, voilà pourquoi j'aime cette femme, elle n'a pas peur de se brûler ! Tous vos applaudissements pour le paparazzi le plus redouté de tous, Jun !

Une partie du public applaudit Jun, mais une autre petite partie fit des signes de mécontentement et le hua. Tomas décroisa ses jambes et s'avança sur sa chaise comme s'il pouvait soudainement se trouver face à Jun en personne. Son instinct ne l'avait pas trompé, ce mauvais pressentiment était ce cafard de paparazzi de Jun.

Jun vint faire une révérence à Hayley et baisa sa main comme un digne prince charmant. Elle s'en amusa, elle n'avait pas peur de Jun, il l'amusait même et il la poussait dans ses retranchements, et puis, ça ferait enrager Tomas et rien que ça, ça la fit glousser intérieurement.

- Je ne vous présente pas Jun, Hayley ! Vous connaissez sa réputation !

- J'en ai effectivement eu vent ! D'ailleurs je ne pensais pas être un jour la cible d'un paparazzi… Je me demandais même si c'est bien moi ce jour-là qu'il voulait !

Jun fut perturbé une courte seconde, il ne pensait pas Hayley si intelligente, ou maligne. Ou était-ce son grand cœur qui facilitait sa lecture de l'âme. « Non ». C'était son vécue qui lui avait donné cette aisance.

- Je n'aurais jamais pensé entendre un jour le grand paparazzi Jun se faire moucher ! Ricana Mizuki

- Farber n'est effectivement pas une artiste comme les autres !

- …

- Mais ne vous inquiétez pas Mizuki, je ne compte pas l'épargner !

Mizuki donna une sorte de buzzer à Hayley, elle n'aurait le droit de ne l'activer qu'une seule fois pour éviter une question, mais devrait effectuer un gage en échange.

- Je n'ai pas joué à action ou vérité depuis l'âge de douze ans ! Se moqua Hayley

- C'est plutôt la version adulte que je propose !

Hayley savait qu'elle n'aurait pas le dessus sur Jun, c'était un garçon vif, curieux, joueur et séducteur. C'était à elle d'être concentrée, sûre d'elle et amusante. Il n'y a que par le sourire qu'elle déstabiliserait ce prétentieux.

- Votre maison de production est la plus puissante du pays avant celle même des maisons de production J-pop, et pourtant la direction a récemment changé ? Pourquoi ?

Hayley s'attendait à une question plus directe sur sa vie privée ou sa vie professionnelle. Qui est-ce que ça intéresserait de savoir pourquoi la direction avait changé ?

- Je dois vous avouez que je ne me préoccupe pas vraiment de ce qui se passe en haut de l'échelle de la production, même si j'ai rencontré le nouveau PDG.

- …

- Monsieur Ourbanovski père fait toujours parti de la Direction, et mon équipe de production n'a absolument pas changé…

Yuri sourit fièrement – Göran, seul dans son bureau, à l'abri des regards, souriait lui aussi devant son ordinateur. Il avait eu tort de sous-estimer Hayley et sa fougueuse jeunesse, elle savait véritablement être responsable, tout en sachant où étaient ses priorités et ces devoirs. En même temps, comment avait-il pu en douter ? Elle qui avait affronté la plus sombre de ces facettes d'homme d'affaires.

- En parlant de votre équipe de production… Comment ça se passe entre vous ? Mes petits doigts me disent qu'il y a des tensions, surtout avec votre manager…

Tomas aurait tout donné, père, mère, pour passer à travers l'écran et frapper de ses mains ce sale type. Après tout le mal qu'il avait causé, il osait encore jouer au plus malin, essayant de trouver la faille pour ternir la réputation de la production – sa réputation.

Jun voulait la peau de Tomas, mais Hayley l'avait bien cerné, rien qu'à l'entente de la première question de Jun – elle ne comptait pas laisser cette injustice se faire, quoi qu'est pu faire Tomas à Jun… Ou Jun à Tomas…

- Tomas et moi on se dispute tout le temps ce n'est un secret pour personne et encore moins dans les couloirs de la production… ! S'amusa Hayley

- Pourtant vous ne venez pas au studio de production depuis plus d'une semaine…

Hayley expliqua que la tournée l'avait épuisée – « je ne me plains pas » - son métier comptait plus que tout pour elle – « si je peux dire que c'est un métier d'ailleurs » - sa passion passerait toujours en premier, mais elle était encore un être humain, et sa fougue lui causait souvent du tort.

- Je suis un électron libre et Tomas aussi, ce qui explique nos conflits… Mais nos disputes sont carrément notre fonds de commerce !

Le rire amusé d'Hayley fit également rire le public et Mizuki. Elle séduisait.

- Nous sommes comme un circuit électrique, ça passe par tous les chemins, il y a des coupures parfois – elle ria – mais l'électricité fini toujours par arriver et c'est là que je crée !

- Et c'est ce qui s'est passé encore ? Questionna Mizuki

- Exactement ! Je voulais que cette chanson soit parfaite car elle comptait beaucoup pour moi et il fallait que je me recentre sur moi-même !

- Un caprice de star en somme ! Se moqua Mizuki

- Exact, et je suis sûre que mon manager va s'allumer une cigarette dans deux secondes pour fêter l'évènement ! Son artiste crée !

Hayley regarda quelque instant la caméra droit devant elle – elle savait que Tomas regardait l'émission. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait, et commençait un peu à se mélanger dans ses dires, elle se sentait plus déstabilisée qu'elle ne le pensait, mais le public présent ici avait le sourire jusqu'aux oreilles et ne cessait de la regarder avec bienveillance – eux elle ne les décevait pas et c'était l'essentiel.

Jun devait quant à lui s'avouer qu'Hayley était futée, assez roublarde malgré son grand et innocent sourire rouge. Elle n'en démordrait pas. Elle ne baisserait pas sa garde malgré qu'elle ne cesse de parler avec les mains, signe qu'elle devait accentuer ses dires pour s'en convaincre.

- Votre baiser le plus mémorable Farber ?! Le premier avec votre ex ? Un autre homme ?

Tomas et Riichi se levèrent de leur chaise : « quelle ordure ». Jun osait faire allusion à Dan, et s'il y faisait allusion, c'est qu'il avait des informations sur lui et le pourquoi du comment il était en prison.

Hinata serra très fort la main de Naruto, elle n'aimait pas ça, elle n'aimait pas le pied balançant soudain de sa meilleure amie, paniquée à l'idée de trouver une solution pour répondre à cette question.

- Mizuki, est-ce que je peux envoyer un message à mon père pour qu'il change de chaîne…

Mizuki se mit à rire – elle avait bien vu pourtant son embarra, mais elle rebondissait, comme d'habitude.

- Non, je plaisante, en réalité le baiser qui m'a le plus marqué est plutôt commun, mais très romantique…

Hayley raconta qu'à l'âge de dix ans, elle avait joué la belle au bois dormant. Les parents de Shiro, son batteur, étant tous les deux professeurs des écoles, ils organisaient un spectacle de fin d'année avant les vacances d'été. La petite fille qui jouait la belle au bois dormant étant tombé malade, c'est Hayley qui l'avait remplacé, car sa mère Charlie avait absolument tenue à ce que « sa fille » porte une robe de princesse et joue dans cette petite pièce.

- À la fin de la pièce, le prince, joué par mon ami Shiro, donne un baiser à la princesse, et Shiro c'était complètement prêté au jeu et m'avait donné un vrai, « vrai » baiser…

Le naturel d'Hayley et son rire rempli d'émotion à se souvenir conquis le public qui trouva cette anecdote amusante et croustillante.

- Il avait même mangé un bonbon au caramel avant cet acte pour que je ne sois pas incommodée, c'était vraiment trop mignon !

Shiro ricana à ce souvenir et maintenant qu'il y pensait, Hayley était aussi son premier baiser. Ils n'avaient que dix ans, mais cet instant avait compté.

- Tu avais donc bon goût avant d'être homo ! Taquina Keiji

- Dis plutôt que ça t'arrange qu'Elie ne soit finalement pas mon premier baiser avec une femme ! Chéri…

Keiji grinça des dents, la spontanéité de Shiro était vraiment insupportable pour ce grand pudique. Mais il devait avouer que son « chéri » avait raison : savoir qu'Hayley était finalement la première fille à lui avoir donné un baiser le rassurait bizarrement. C'était idiot, mais c'était comme ça.

Riichi se rassit, ainsi que Tomas – soulagés. Mais Riichi regarda d'un mauvais œil Shiro : comment se fait-il que ce grand dadais ait eu le droit à un baiser et pas lui ?

- Si tu veux je t'embrasse et on est quitte ? Le provoqua Shiro

- Pff, abruti ! Répondit Riichi, jetant un bonbon au caramel sur Shiro

Le groupe d'amis ria enfin, la tension retomba, Hayley s'en était parfaitement bien sorti, mais ce n'était pas pour autant que cette question sur son « ex » n'allait pas la travailler…

- Une dernière pour la route Farber ! Votre dernière chanson : « Goodbye Honey » parle du divorce de votre manager avec sa femme Mélanie, votre directrice en communication ?

Hayley fit un geste qui déçu « Jun » : elle activa le buzzer. Courageuse, mais pas téméraire.

- Ce buzzer répond à ma question Farber ?

- Ce buzzer dit que j'ai un gage, Jun !

- Ce buzzer confirme que vous avez écrit une chanson sur Tomas et Mélanie !

- « Goodbye Honey » parle d'une histoire d'amour qui se termine… Je respecte trop les personnes qui me l'ont inspiré pour confirmer qui ils sont…

Jun laissa le choix du gage à Mizuki, qui la défia seulement de chanter après avoir avalé de l'hélium – séquence qui fit à nouveau rire le public. Mizuki libéra Jun ainsi qu'Hayley. Elles s'embrassèrent une dernière fois et Hayley quitta le plateau en saluant et embrassant le public.

Hayley rejoignit Mélanie dans les coulisses, elle lui tendit une bouteille d'eau.

- Vous vous en êtes parfaitement sorti… Complimenta Mélanie

- Vous voulez dire que je ressors vivante malgré tous les coups !

- Mizuki ne fait pas dans la dentelle et Jun encore moins…

- …

- Le public ne vous a pas lâché des yeux et les commentaires sur les réseaux sociaux sont très bons…

- Vous dîtes ça pour me rassurer…

- Vous ai-je déjà épargné Hayley ?

Mélanie et Hayley échangèrent un sourire complice – jamais. Hayley n'avait qu'une hâte, rentrer chez elle – chez Karin. Elle grimpa dans la voiture avec Mélanie et cette dernière lui demanda si elle ne voulait pas passer par la production avant, il lui avait semblait voir une fête se préparer pour l'anniversaire de Naruto.

- Mince, Naruto !

La fête battait son plein. Jill et son mari avaient pris congé ainsi que Yann, Koko et Jack. Sakura désirant aussi rentrer, Sasuke l'avait accompagné. Hinata aurait bien voulu que Tomas et Loan partent également : Loan avait ses jambes posées sur celle de Tomas sans pudeur et ce comportement la mettait hors d'elle. Après ce qu'Hayley avait traversé, Tomas restait là, béat, fumant une cigarette et écoutant les bavardages visiblement amusants de Loan.

- Un peu plus sur la droite et tu atteins ta cible…

Riichi souffla cette phrase à l'oreille d'Hinata qui fusillait du regard Loan. Hinata n'était pas autant rassurée que les autres sur Hayley : évoquer Dan lui avait fait du mal, elle l'avait vu. Et puis, ces questions incessantes sur Tomas et la production, à quoi jouait Jun ?

- Ils se haïssent tous les deux… Va savoir pourquoi ?! Répondit Riichi, s'allumant une cigarette

- J'en ai assez que ma meilleure amie se retrouve au milieu de ces égos mal placés !

- Mais c'est qu'elle mordrait ! Taquina Riichi

- Et dans des endroits que tu n'imagines pas !

- Naruto !

Hinata rougit à la supposition de Naruto, il n'allait pas lui aussi mettre sur la table leur vie intime, très intime. Naruto eut de la chance, son téléphone sonna.

- Allô ? Ricana jaune Naruto

- Naruto, c'est Hayley…

- Oh, Hayley…

Naruto s'éloigna dans le couloir pour plus de discrétion – il n'avait pas envie qu'elle entende les rires et la voix forte de Loan en train de flirter avec Tomas.

- Joyeux Anniversaire Naruto…

- Merci Hayley… On t'a regardé à l'émission, tu étais super !

- C'est ça ! J'entends déjà les hurlements de Tomas demain matin !

- Ne t'en fais pas… On fera bloque ! Et puis on a déjà hâte de travailler la musique de ta chanson !

- Merci… Vous êtes adorables… S'ému Hayley

Hayley laissa couler des larmes silencieuses. Quelle chance d'avoir de tels amis. Elle les avait mis de côté ces derniers temps, alors qu'ils traversaient tous des épreuves difficiles. Encore une fois, elle ne s'était concentrée que sur elle, que sur ses sentiments, se mettant à l'écart elle-même.

- Hayley…

- Excuse-moi de ne pas passer… mais…

- Hayley, tout va bien d'accord… Et je te remercie pour ton cadeau…

- Hinata m'a aidé à choisir…

- C'est un travail d'équipe, comme d'habitude !

- Oui…

- Ah, au fait, en parlant d'équipe… Attends-toi à ce que Riichi te snobe un peu, je crois qu'il n'a pas apprécié que tu es embrassé Shiro et pas lui !

Hayley ria, ce qui fit plaisir à Naruto – il entendait ses larmes silencieuses rouler et il se sentait impuissant. Il décida de la laisser rentrer tranquillement chez elle et de se reposer pour venir plus en forme demain.

Hayley raccrocha et essuya ses larmes en s'excusant auprès de Mélanie. Mélanie se trouvait constamment stérile face à ce genre de situation : que dire, que faire.

- Je suis désolée Mélanie… Pour ce que Jun à dit…

- Ce n'est rien Hayley, je connais Jun et je n'en n'attendais pas moins de lui…

Hayley remarqua un détail qui l'interpella juste maintenant – Mélanie l'appelait par son prénom et non plus par son nom. Est-ce que cela signifiait qu'elle laissait une place à un peu plus d'intimité entre elles ? Mélanie s'était complètement ouverte à Hayley la nuit où elle avait conté son enfance et adolescence avec Tomas.

Hayley se demandait si Mélanie avait des amis comme les siens ? Elle ne l'entendait jamais parler d'eux ? Elle ne recevait pas de coup de fil ou de message… Est-ce qu'elle était seule à ce point, malgré son charisme, son caractère et son authenticité ? Est-ce qu'elle n'avait fait que consacrer sa vie à Tomas ?

Est-ce qu'Hayley se condamnait à la même peine ?

. . . . .

*oiseau de proie