Disclaimer : Les personnages appartiennent pour leur grande majorité à Kurumada.

Résumé : Saga a fait une promesse à Ayoros (bien joué, Ayo !). Mû a raconté une histoire à Angelo. Milo et Kanon se sont présentés mutuellement des excuses, et ont « renoué » les liens de leur amitié – même s'ils n'étaient pas vraiment distendus. Eaque a trainé Rhadamanthe jusqu'à Cannes, où le cadet des Judge a retrouvé, d'une manière particulièrement opportune, un vieil ami : Myu.

NdA : Merci, encore et toujours pour votre intérêt et votre soutien. Voilà donc le chapitre en retard, le prochain devrait être prêt pour Dimanche, si tout se passe bien (c'est-à-dire si j'arrive à avoir une semaine à peu près calme). On y croit ! On y croit ! Et encore désolée, pour ce contretemps.

Et sinon… Un grand, très grand monsieur de la Fantasy nous a quittés la semaine dernière. Dans la nuit du 2 au 3 Juin, David Eddings est mort. Et ça, c'est pas cool. R.I.P.

Tàri : J-10 oui ^^ Saga commence à effectivement à craquer doucement. En même temps, après quinze jours de travail intensif de la part d'Ayo, et sur quelqu'un qui était déjà charmé… :p Kanon a toujours besoin de Milo, oui, cela fait partie de ces évidences que je veux/dois souligner. Quant à la méthode qu'emploiera Milo… motus comme d'hab'. J'espère juste qu'elle ne vous décevra pas :p

Et maintenant, le nouveau chapitre. J'espère qu'il vous plaira.


Paris – Hôpital Saint-François

La chambre de Saga a notablement changé. Depuis quelques jours, à mesure que les résultats de ses bilans sanguins semblent confirmer le fait que sa cirrhose fulgurante était bien due à son infection, Albior Céphée et son équipe ont accepté quelques concessions contre la promesse de voir leur patient ne pas rentrer chez lui, et la pièce a pris des airs de bureau. Une table, des étagères emplies de dossiers ont presque naturellement trouvé leur place entre le lit, la télévision, les fauteuils et le matériel médical. Et quand Kanon entre dans la pièce, c'est pour découvrir son frère, assis dans son lit, parcourant les dossiers que lui tend Gabriel, tandis que Mikael compulse des magazines. Et à en croire leurs airs graves, les nouvelles ne sont pas excellentes.

– Bonjour, bonjour, les salue-t-il. Je ne dérange pas ?

– Bonjour Kanon, lui répond son frère avec un sourire, et non, pas du tout,. Nous avions terminé et, de toute façon, la manucure du samedi est un acquis social, n'est-ce pas ? ajoute-t-il à l'intention de l'infirmier.

– Je suis content que tu aies fini par l'admettre, rétorque celui-ci, le plus sérieusement du monde.

Le malade se retourne vers son jumeau qui vient de poser sa veste sur le bureau.

– Milo n'est pas avec toi ? s'étonne-t-il.

– Non. Geist a pu enfin avoir une salle pour la post-synchro de son court, il va passer l'après-midi là-bas avec Shun.

– Mikael ? intervient Gabriel.

– Oui ?

– Y allons-nous ? Je n'aimerais pas arriver en retard et Kanon et Saga ont sans doute des choses à se dire… en privé.

Le ton est lourd de sous-entendus. Enfin lourd… pour Gabriel. C'est-à-dire que si son timbre est resté monocorde, le jeune homme s'est accorder le droit de nettement détacher les deux derniers mots en adressant un regard à son meilleur ami, qui a courageusement baissé les yeux. Mikael acquiesce, referme ses magazines et les deux hommes rassemblent leurs affaires, avant de quitter la pièce laissant les jumeaux seuls. Kanon retourne la chaise de Gabriel et s'assoit, à califourchon dessus, ses bras reposant sur le dossier.

– Alors comment tu te sens ? demande-t-il à son frère.

– Très bien. Et toi ?

– Je suis mort…, soupire-t-il en s'effondrant davantage encore.

– Tu n'arrives toujours pas à dormir ?

Kanon hausse les épaules.

– Ça ira mieux quand on sera passé devant le tribunal. Et que j'aurais mon joli papier qui me dira enfin que je suis moi… et qui est ce moi.

– Quoique dise le Juge, déclare Saga en plongeant un regard déterminé dans les yeux de son jumeau, même s'il demande un report pour je ne sais quelle raison ridicule, tu es mon frère. Les tests le prouvent. Et même sans test, de toute façon, tu es mon frère. Je le sais. Je le sens. Et je sais que tu ressens exactement la même chose. Rien ne changera jamais ça. Alors rassure-toi, tout va bien se passer. Tu seras reconnu pour ce que tu es. Et pour qui tu es, Kanon.

– Je sais… mais j'angoisse. C'est con mais c'est comme ça… Et puis j'ai l'habitude des cauchemars, je gère, t'inquiète pas pour moi. Quand est-ce que tu sors d'ici ?

– Je ne sais pas trop encore. Kanon…, murmure-t-il dans une légère grimace.

– Oui ? s'inquiète aussitôt le cadet.

– Je… voulais attendre pour t'en parler… que toute cette histoire sur ton identité soit terminée mais…

Mais Ayoros et Gabriel lui ont posé un ultimatum. Il n'y a pas d'autres façons de présenter les choses. Les deux hommes se sont ligués contre lui. Saga a bien essayé de protester, d'offrir un semblant de résistance… de trouver des excuses ou au moins des justifications à sa conduite, au fait qu'il est repoussé cette annonce à son frère, mais ils les ont balayés d'un simple revers de la main, pour le mettre face à ses responsabilités. Et à sa promesse.

– Je t'ai déjà expliqué que… ma cirrhose s'était aggravée, commence-t-il.

– Oui, confirme Kanon depuis sa chaise.

– Je ne sais pas trop comment te dire ça… Mon foie est vraiment dans… un état déplorable. Je vais avoir besoin d'une greffe.

Voilà. La première bombe est lâchée.

– Si tôt ? s'étonne Kanon.

Saga le regarde, profondément étonné. Peut-être même choqué. Qu'est-ce donc que cette réaction ?

– Comment ça si tôt ?

– Bah…, fait Kanon sans comprendre la surprise de son jumeau, je ne pensais que… Enfin, je pensais qu'on avait plus de marge que ça, vu que tu n'en as pas parlé avant.

– Tu… étais au courant ? balbutie l'aîné.

– Bah oui… Enfin…

– Ayoros t'en a parlé ? accuse Saga, en fronçant les sourcils.

Il lui avait pourtant promis…

– Pourquoi il m'en aurait parlé ? demande aussitôt Kanon, légèrement agressif.

– J'en ai discuté avec lui, la semaine dernière…, avoue le malade en comprenant qu'il vient de commettre une erreur.

– T'es en train de me dire que t'en as parlé avec Ayo, avant d'en parler avec moi ? s'étrangle Kanon, complètement outré.

– Je ne crois pas que ce soit le point important pour l'instant…

– T'as de la chance d'être dans un lit, gronde le cadet. Et c'est quoi l'important, d'après toi ?

– Je ne sais pas si… tu es au courant, mais les greffes du foie sont possibles à partir de donneurs morts, mais également de donneurs vivants…

– Euh, si tu pouvais arrêter de me prendre pour un débile, ça m'arrangerait. Quand tu m'as parlé de cirrhose, j'ai fait quelques recherches hein… Sérieusement, tu pensais que je n'allais pas me renseigner sur ta maladie ? Non mais tu me prends pour qui ? s'indigne Kanon.

Non mais c'est vrai ! Qui pourrait croire qu'il serait assez… égoïste, égocentrique et inconscient pour ne pas chercher à en savoir plus ? S'il avait davantage de temps pour prendre un peu de recul face à la situation, il y a fort à parier qu'il se sentirait encore plus vexé qu'il ne l'ait déjà. Non, mais vraiment…

– Pourquoi… ne pas m'en avoir parlé ? lui demande le malade.

– Bah, j'attendais que tu le fasses… La question c'est plutôt pourquoi toi, tu ne m'en as pas parlé avant vu que ça a l'air relativement… urgent, non ?

Saga pousse un léger soupir.

– Je ne voulais pas t'en parler tant que nous n'étions pas certains qu'elle puisse avoir lieu. Et puis avec l'anniversaire qui arrive… je crois que j'avais juste envie d'oublier tout ça. De ne pas gâcher la fête.

– Je crois que je comprends… Enfin, pour la greffe, c'est quand tu veux, Saga. Je peux prendre un congé sans solde, ou même je démissionne, parce que l'autre naze, il est bien capable de me le refuser et…

– Kanon…, le coupe aussitôt son frère.

– Quoi ?

– Je ne veux pas de ton foie.

Le cadet ouvre de grands yeux.

– Tu peux répéter ?

– Je refuse que tu me donnes ton foie.

– Mais t'es complètement con, ou quoi ? Pourquoi… ?

– Je ne veux pas que… tu prennes ce genre de risques. Et je ne te parle pas que de l'opération. Tu serais affaibli pendant des mois, tu risquerais des complications… et des problèmes, plus tard… Je ne te laisserai pas mettre ta vie en danger…

– Mais rien à foutre ! rugit Kanon, en frappant le matelas de son poing. Je ne vais pas te laisser crever alors que je… !

– Je peux tout à fait recevoir le foie d'un autre donneur, contre son frère, très calme.

– Quand, Saga ? Quand ? Rien que pour en trouver un autre d'un minimum compatible, ça risque de prendre des années ! Et tu as une idée de la longueur des listes d'attentes ? Tu te rends compte que tu pourrais mourir avant de le recevoir ce fichu foie !

– Oui. J'en ai longuement discuté avec Céphée. Kanon, je suis désolé, mais… J'ai déjà perdu Maman et Papa… Je t'ai perdu toi pendant plus de vingt-cinq ans… Je ne supporterai pas de te perdre à nouveau. Et surtout pas dans ses conditions.

– Et moi, alors ? Tu crois que je pourrais le supporter de te perdre alors que je viens de te retrouver ? Bordel… C'est à se demander ce que Gab, Ayo et les autres peuvent te trouver parce que t'es vraiment qu'un sale égoïste.

– Je sais que je ne suis pas un saint ! proteste Saga, en se redressant un instant. Je sais que c'est aussi pour me protéger que je ne veux pas que tu souffres…

– Parce que tu crois que je ne souffre pas ? s'indigne le cadet. Mais réveille-toi, bon sang ! T'as une idée de ce que je vis à chaque fois que je mets un pied dans cet hosto ? T'as conscience que c'est dans une chambre comme celle-là que la tarée qui m'a enlevé m'a annoncé que je n'étais personne, juste avant de crever ? T'as percuté que si Milo m'a suivi comme un toutou au début, à chaque fois que je venais ici, c'est parce qu'il s'inquiétait pour ma santé mais aussi parce qu'il avait la trouille que je pète un câble ?

– Kanon…

– Je l'ai pratiquement vue mourir, Saga ! Et tout ce que je pouvais faire c'était… essayer de récupérer un peu d'argent à droite, à gauche, pour qu'elle ait pas trop à bosser, qu'elle puisse se reposer et qu'on s'en sorte juste avec les allocs… Je pouvais rien faire d'autre pour elle… Alors maintenant, que les choses soient bien claires entre nous, gronde-t-il en fixant son jumeau, il est hors de question que je te laisse crever alors que je peux faire quelque chose de concret pour t'aider.

– Je ne veux pas que tu te sacrifies pour moi ! rugit Saga.

– Mais je ne vais pas me sacrifier, bordel ! Arrête avec ça ! De toute façon, si tu ne veux pas de mon foie, je… je dirai à Lycaon de tout arrêter ! Ou au moins, je verrai avec lui pour que je ne touche rien de ton héritage ! Et au pire, je m'opposerai à toi au Conseil d'Administration de Sanctuary ! Je m'en fous, Saga ! Je foutrai toute ta vie en l'air s'il le faut, mais tu vas l'accepter, mon foie, je te le garantis !

– Tu n'as pas le droit de faire ça !

– Et toi, t'as pas le droit de refuser mon aide !

– C'est ton héritage ! Il est à toi !

– Justement ! J'en fais ce que je veux ! Comme je fais ce que je veux de mes organes ! Si je veux te donner un bout de moi pour te sauver la vie, y a pas moyen que tu refuses !

Kanon a bondi. La chaise est tombée. Il a posé ses deux mains sur le lit. Il fixe son frère, brûlant de rage. Saga, lui, n'a pas frémi. Il n'a pas eu le moindre sursaut. Il darde sur son jumeau les mêmes yeux, furieux et déterminés. Les deux regards pers s'affrontent. Et aucun ne semble vouloir céder le moindre pouce de terrain à son homologue.

– Que se passe-t-il ici ? Monsieur Gemini, il me semblait pourtant que nous étions convenus que vous aviez besoin de calme.

Albior Céphée vient de pénétrer dans la chambre, alerté par des infirmières qui ont entendu la dispute entre les deux frères. Le premier à baisser la tête est Kanon.

– T'es vraiment un con, Saga. Y a vraiment des moments où ça me gave d'avoir un frangin comme toi.

– Kanon ! s'écrie son jumeau, en tentant de lui prendre le bras.

Mais Kanon se dégage.

– Je vais faire un tour. T'as intérêt à être un peu moins débile quand je reviens. Et vous, ajoute-t-il à l'adresse du médecin, vous avez intérêt à le convaincre d'accepter mon foie.

– Je ne peux contraindre mes patients, objecte Albior Céphée, seulement leur apporter une information médicale aussi complète que possible et quelques conseils, le cas échéant. La décision finale, aussi absurde soit-elle, leur revient toujours.

– Bah je vous envie pas alors. Parce qu'avec des gros nœuds de son acabit, ça doit pas être facile tous les jours.

– La plupart finissent par devenir raisonnables, je vous rassure.

– Tu l'as entendu ? Même lui pense que tu es débile.

– Je ne suis pas débile ! J'ai conscience des risques, moi ! s'énerve le malade.

– Les risques pour moi ! Mais les risques pour toi, tu les prends en compte ? rugit son jumeau.

– Comment peux-tu… ? Tu veux les voir les risques pour moi, Kanon ?

Saga repousse ses draps. Ces derniers jours, il reprenait des couleurs, aussi il était facile de considérer qu'il était en relative bonne santé. Mais il a vraiment maigri… Ce sont ses jambes, surtout, qui choquent Kanon. Elles sont si fines. Si blêmes. Elles tremblent, alors que l'aîné se met debout. Elles le portent à peine. Il est sans doute resté trop longtemps allongé ces dernières semaines. Mais Saga ne semble pas s'en soucier. Kanon sent sa gorge se serrer alors qu'il réalise que son frère ne lui a jamais demandé de l'aider à se lever pour aller aux toilettes. Ouais, c'est con, mais Saga n'allait jamais aux toilettes quand il était là. Jamais. Alors c'est la première fois que Kanon le voit comme ça. Il peut bien l'avouer, jusqu'à cet instant, il avait l'impression qu'il était le seul à avoir conscience de la situation. Que Saga ne voulait pas voir à quel point il est malade. Que son frère ne comprenait rien. Et là, à le voir ainsi, furieux, s'agrippant d'une main au montant de ferraille auquel est accrochée sa perfusion, il se rend compte que c'est lui qui n'a rien compris. Il se rend compte que c'est lui qui n'a pas cherché à comprendre Saga. Qu'il n'a jamais cherché à comprendre ce que signifie, pour son frère, vivre avec la certitude absolue que vos jours sont comptés. Pas seulement d'une manière abstraite, non, mais de voir, chaque jour, votre corps vous rappeler que vous êtes mortels, et pire encore, que vous êtes mourant. De vivre, chaque jour, au milieu de la souffrance. De considérer que vous allez bien, non pas lorsque vous ne souffrez pas, mais lorsque vous souffrez moins. Saga lui a dit qu'il allait… très bien, aujourd'hui. Kanon est bien persuadé que son frère a été sincère. Que ce n'était pas un mensonge pour le rassurer... Personne, dans son état, ne devrait pouvoir dire ça.

Aujourd'hui, Saga va très bien. Il est en pleine possession de ses moyens. Et il le prouve, debout sur ces jambes qui ne peuvent le soutenir sans aide.

– Cela fait des années que je sais que je vais mourir ! rugit-il. J'y suis préparé ! Cette greffe… je l'ai acceptée avant de te retrouver ! Il n'y a pas de raison que ton arrivée change quoique ce soit !

– Mais si ! plaide le cadet. Forcément que ça change tout ! Avant, tu n'avais qu'une seule option…

– Tu n'es pas une option, Kanon ! Tu ne peux pas me demander de te considérer comme… comme une variable ! C'est de toi dont il s'agit !

– Saga… Tu as entendu le docteur… Il faut que tu restes cal…

– Ne me dis surtout pas de me calmer ! hurle l'aîné. Je ne peux pas être calme face à ton… inconséquence ! Il y a 1% de risques que l'opération se passe mal pour toi ! 1%, Kanon ! C'est énorme ! Ça peut paraître faible, mais c'est tout sauf marginal ! Et je ne parle pas du reste ! Des changements qu'il faudra que tu opères dans ta vie, au quotidien, même après la fin d'une convalescence qui va durer des mois… Et ça, toi, tu ne le sais pas. Tu ne peux pas t'en rendre compte… Je sais bien que je me prépare toujours au pire… mais… croire que tout va bien se passer, ce n'est pas non plus raisonnable !

– Mais je crois pas que tout va bien se passer, fait doucement Kanon en se rapprochant de son jumeau. Je veux juste… avoir une chance de te sauver. Parce que je t'aime.

– Mais moi aussi, je t'aime, fait Saga, en s'asseyant sur son lit. Et je sais que tu m'aimes… La question n'est pas là…

– Laisse-moi t'aider, s'il-te-plait…

Le cadet lui prend la main. Saga se crispe. Il sait combien il est faible face à la douceur, à la tendresse. Et même en en étant conscient, il n'arrive pas à résister. Pas encore suffisamment, en tout cas.

– Kanon…

– Je t'en prie… Cette greffe, je ne la prends pas à légère, je t'assure… Je ne veux pas mourir. Ce que je veux, c'est… qu'on vive, ensemble, le plus longtemps possible. Si on s'est retrouvé maintenant, il y a peut-être une raison, tu ne crois pas ?

– Oui, il y en a une. Illuminer mes dernières années et que… tu reprennes le flambeau quand je ne serai plus.

– Non, fait Kanon en secouant la tête. Non. Si c'était ça, je ne serais pas en parfaite santé. Si c'était ça, j'aurais eu des maladies… qui auraient empêché la greffe. Et puis le flambeau de quoi ? Je ne pourrai jamais te remplacer à la tête de Sanctuary. Je ne suis pas toi, et c'est de toi dont ils ont besoin. Tous. Gab', Ayo… Ils ont besoin de toi. Alors, laisse-moi t'aider, Saga. Donne-nous, à toi et à moi, une vraie chance de rattraper toutes ces années… et donne-leur une vraie chance de… pouvoir continuer à travailler pour toi.

– Kanon, je… veux vivre, je te le jure. Le plus longtemps possible. Mais ce qu'il faut que tu comprennes… c'est que je serais toujours malade. Même après cette greffe… Je ne guérirai jamais. Il s'agira seulement d'un sursis…

Le cadet baisse la tête. Il s'installe sur le lit, à côté de son frère.

– Saga ?

– Oui ?

– Est-ce que tu peux me dire ce que tu feras dans… deux mois ?

– Je… ne sais pas… Il y a tellement de… possibilités…

– Je ne t'en demande qu'une… N'importe laquelle. On sera le 27 Juillet. Qu'est-ce que tu penses que tu feras le 27 Juillet prochain ?

– Et bien, je… j'imagine que…

Saga ne termine pas sa phrase. Il semble réfléchir. Il semble perdu… Il grimace.

– Tu n'imagines rien, n'est-ce-pas ? fait doucement son frère. Si je te demande ce que tu feras demain, tu me répondras la même chose que ce que tu as fait aujourd'hui. Si je te parle de la semaine prochaine, Gab et Ayo t'ont suffisamment parlé de l'anniversaire pour que tu puisses t'y raccrocher. Si je te pose des questions sur l'avenir de Sanctuary, tu pourras me répondre à peu près, mais quand il s'agit de toi… Devant toi, ce n'est pas l'inconnu, c'est le néant. Et le néant, tu le combles avec n'importe quoi. Et souvent avec le pire. Je sais ce que c'est, Saga. J'ai fait à peu près la même chose à une époque, quand je pensais que j'allais finir par crever à cause de la drogue et de tout le reste. Sauf que moi, je ne pensais pas que j'allais bien.

– Kanon…

– C'est pas grave, tu sais. Mais il faut que tu réalises que tu n'es pas en état de prendre des décisions. Parce que tu as peur. T'as peur d'espérer que ça s'arrange. Parce que faire un pari sur l'avenir… ça veut déjà dire accepter qu'il est possible qu'on en ait un. Et toi, t'es persuadé que tu n'en as pas. Je comprends et… personne ne peux t'en vouloir pour ça. Mais c'est faux. Tu as un avenir, Saga. Alors… fais-nous confiance. Laisse-nous la main. Appuie-toi sur nous, bordel… T'es pas tout seul. T'es plus tout seul, tu comprends ? On est là. Je suis là.

– Je veux vivre … Je t'assure que je veux vivre…

– Je sais, le rassure la voix de son jumeau. Et c'est pour ça qu'il faut que tu acceptes cette greffe. Que tu acceptes mon foie. C'est la seule chose à faire. C'est la seule décision à prendre. C'est le seul moyen pour que tu commences à revenir parmi les vivants et que tu arrêtes d'être un mort en sursis, dans ta tête.

– Avec une isogreffe, intervient Céphée qui a préféré rester en retrait durant l'échange entre les deux frères, et les récents progrès en matière de stabilisation de la CSP, une espérance de vie à plus de vingt ans est tout à fait envisageable en cas de succès.

– Plus de vingt ans, Saga, tu entends ? Si ça se trouve, tu n'es même pas arrivé à la moitié de ta vie…

Saga regarde Kanon qui lui sourit… La moitié… Il lui reste peut-être… plus de la moitié de sa vie devant lui. C'est la première fois qu'il envisage les choses de cette façon. Et c'est… trop grand. Bien trop grand pour qu'il le comprenne. Pour qu'il ose le comprendre. Il n'espère pas encore. Il n'y arrive pas. Mais… la moitié… Kanon vient l'entourer de ses bras et se tourne vers le médecin.

– Quand est-ce que vous pensez que vous pourrez pratiquer l'opération ?

– Vous avez déjà subi la plupart des tests nécessaires. Il va falloir monter une équipe… enfin deux. Et que nous reprenions tous ensemble, et au calme, l'information complète sur l'intervention, et le suivi médical qu'elle va impliquer. Je dirais quelques semaines.

– Parfait, murmure Kanon en embrassant les cheveux de son frère qui s'est mis à pleurer contre son épaule.

Comme la dernière fois que la vie de Saga s'est brusquement illuminée. Comme lorsqu'ils se sont retrouvés.


Le Vésinet – Manoir Judge

Il est tard lorsque la DB9 de Rhadamanthe franchit les grilles de la propriété. Pour une fois, le blond conduit relativement prudemment. La raison se trouve sagement au pied du siège passager, qui a été reculé au maximum pour l'occasion, sur une confortable couverture. La tête posée sur l'assise de cuir, Coré regarde son maître qui arrête la voiture dans le garage. Ils ont passé l'après-midi entière avec Great à se promener tous les trois, à galoper, à être libres. Cela leur a fait beaucoup de bien. En tout cas, cela a fait beaucoup de bien à Rhadamanthe. Car, inutile de se le cacher, le week-end dernier n'a pas été des plus agréables pour lui.

S'il s'est rendu à Cannes, c'est avant tout pour faire plaisir à Eaque et l'assurer de son soutien. L'assurer qu'il respectait sa part du marché. Qu'il essayait… d'aller de l'avant, même s'il n'en a pas vraiment envie. Il s'est efforcé de se montrer courtois, si ce n'est sociable, avec les nombreuses connaissances de sa tante, avec tous ces hommes et toutes ces femmes, qui venaient le saluer, lui dire qu'ils étaient ravis de le voir… Idiots. Hypocrites. Moutons. Comment quelqu'un pourrait-il se réjouir de sa présence à une soirée ? Il y en avait même eu une pour lui offrir un verre, vouloir engager la conversation et avoir l'indélicatesse de lourdement insister bien après que Rhadamanthe n'ait manifesté son inintérêt pour son insignifiante personne… Ridicule, vraiment, et extrêmement déplaisant pour le coup. Par bonheur, Eaque et Myu étaient venus le sauver de cette importune avant que le blond ne perde définitivement son calme et ne provoque un incident.

Rhadamanthe sort de la voiture et en fait le tour pour ouvrir la portière à Coré qui bondit dehors. Le visage du blond est parfaitement impassible alors qu'il passe une main dans le pelage noir et feu. Oui, il préfère mille fois la compagnie de la chienne et de l'étalon que celle de ses congénères. Mais il ne regrette pas le moins du monde d'être descendu sur la côte. Il faut parfois faire quelques sacrifices pour le bonheur de ceux que l'on aime. Coré aboie. Rhadamanthe se tourne légèrement. Un peu plus loin, Cerbère regarde la chienne. D'un mouvement de tête, le blond autorise la setter à aller retrouver son ami. Et tandis que les deux chiens vont jouer dans le parc, Rhadamanthe franchit tranquillement les mètres qui le séparent du Manoir.

Dans le hall, Charon l'attend déjà. Sans un mot, le benjamin des Judge lui confie son manteau et, après avoir été informé que le dîner sera servi dans une heure, rejoint la salle de billard où Eaque est pendu au téléphone. Il a apparemment été interrompu en pleine partie. Il sourit à son petit frère.

– Oui… écoute, Rhada vient de rentrer. Oui… Non. Non. Si… Tsss… Bon, il faut vraiment que je te laisse. Et dis bien à Mime de ne pas s'inquiéter : on lui renverra Tantine d'ici la fin de la semaine et sa vie redeviendra un enfer. Tu lui demanderas… Personnellement, je n'ai toujours pas compris. Oui… C'est entendu. Moi aussi, je t'embrasse. Prends bien soin de toi, surtout.

Il raccroche.

– Tu as le bonjour de Myu, fait-il à l'adresse du blond qui s'est installé dans un fauteuil.

– Tu lui feras mes amitiés quand il t'appellera demain.

– Est-ce une pointe de reproche que je perçois ? demande le brun dans un sourire.

– Non. C'est ton ami. C'est bien que… vous repreniez contact. Tu t'amuses quand tu es avec lui.

– Je m'amuse aussi quand je suis avec toi.

– Non.

– Bien sûr que si. Vendredi soir…

– Tu cherchais à me faire passer une bonne soirée, le coupe aussitôt le benjamin. Tu te forçais pour moi. Samedi, tes sourires étaient plus sincères. Et tes yeux pétillaient. Cela faisait longtemps que je ne t'avais plus à ce point… heureux. Et j'aime te voir heureux.

– Myu a souvent cet effet sur moi. Shion pense que c'est parce qu'il est le seul de mes amis qui n'a pas de désir de justice.

La grande théorie de Shion sur ses amitiés, qu'il lui a exposée dans le courant de la semaine, quand Eaque a appelé son ancien professeur pour lui demander ce qu'il avait dit à Myu exactement. Pas qu'il ait craint de voir leur Master trahir le secret de sa relation avec Minos, non… mais certaines attitudes du chanteur l'ont surpris. À commencer par le fait qu'il ait à ce point paru concerné par Rhadamanthe. Si on ne peut pas totalement exclure la possibilité que le blond ait fini, après toutes ces années, par plaire à la star – mais en toute honnêteté, Eaque doit avouer que, selon lui, les probabilités sont minces -, l'option la plus plausible reste que Myu ait voulu le soulager, lui, de certaines préoccupations afin qu'il profite pleinement de la soirée. Nettement plus plausible, en effet. Et tellement plus en accord avec le caractère du chanteur.

Contrairement à d'autres relations amicales, comme avec Valentine ou même Phlégyas, à un moindre degré, Eaque ne s'est pas lié à Myu pour… régler une situation qui le révoltait, ou pour révéler un scandale. Non. Entre eux, il n'a jamais été question d'autre chose que de plaisir. Immédiat. Physique et intellectuel. Carpe Diem, en quelque sorte. La philosophie hédoniste de Shion. Leur Master, à tous les deux, bien avant d'être leur ancien professeur.

– Et toi ? interroge Rhadamanthe. Que penses-tu de lui ?

– Je dois reconnaître que c'est quelqu'un de spécial pour moi, lui répond Eaque en laissant son regard errer dans la pièce, sans rien trouver à quoi s'accrocher. Après tout, c'est avec lui que j'ai trompé Minos pour la première fois. Ce n'est pas exactement anodin.

Le premier de sa longue liste d'amants. Il avait dans l'idée que s'il parvenait à convaincre les Judge qu'il sortait avec quelqu'un d'autre que son frère, ils seraient plus enclins à croire qu'il n'y avait plus rien entre eux, qu'ils l'autoriseraient peut-être à revenir plus souvent au Manoir, et finiraient peut-être même par moins les surveiller… Et pour voir Minos, pour avoir une chance d'être avec lui ne serait-ce que quelques jours de plus par an, Eaque était prêt à tout. Depuis l'autre bout du monde, il avait convaincu son aîné de le laisser faire. Tout s'était déroulé comme prévu… à un détail prêt. Oh, il n'était pas tombé amoureux, ni de Myu, ni de ceux qui lui ont succédé. Non. Mais il ne s'était pas attendu à trouver cela aussi plaisant. Cela n'avait rien à voir avec ce qu'il pouvait éprouver quand il était avec Minos, mais… c'était agréable. Dans ces folles nuits, dans cette complicité, et parfois même dans une certaine tendresse, il avait trouvé la force de tenir. Notamment parce qu'il lui arrivait même d'oublier un peu son frère, leur relation et leurs problèmes, l'espace de quelques instants.

Avec le recul, il se demande si leurs parents avaient été dupes de son manège, ou si Astérion s'était dit que, de toute façon, les amants d'Eaque, et l'arrivée inéluctable de Thétis dans ce tableau compliqué, qui se ferait quelques années plus tard, finiraient bien par détruire ce qu'il y avait entre son fils adoptif et son héritier. Quoiqu'il en soit, ça n'a plus vraiment d'importance, n'est-ce-pas ? Lentement, dans un soupir, le brun se lève de son canapé pour reprendre sa partie de billard.

– Tu as d'autres questions ? demande-t-il à son petit frère.

– Non. Je ne devrais pas être aussi curieux… Je suis désolé.

– Rhada, ce n'est pas parce que tu me demandes ce que je pense d'un de mes amis que tu es curieux. Et puis, je n'ai rien à cacher. Pas à toi, en tout cas. Tu veux jouer ? lui propose-t-il.

– Non. Il faut que j'aille prendre une douche avant le dîner.

– Tu n'en as pas pris une au Giudecca ? s'étonne le cadet, en se penchant pour jouer un coup.

– Si. Eaque ?

– Oui ?

– Je veux aller à la soirée des Gemini.

La déclaration, parfaitement calme, du blond vient de provoquer une fausse queue dans le jeu du brun. Bien loin de s'intéresser aux éventuelles conséquences pour le tapis de feutre, Eaque se retourne vers son frère.

– Pardon… ?

– Je veux y aller, répète le blond d'un air décidé.

– Rhada…

– Tu l'as dit : il y a de bonnes chances pour qu'ils y présentent Kanon. Je veux y être. Je veux être présent à ce moment-là.

Eaque soupire. Il s'installe à moitié sur le billard, et regarde son petit frère dont le visage ne trahit pas autre chose que sa détermination.

– Si tu veux mon avis, commence-t-il gravement, ce n'est pas du tout une bonne idée… Tu as vu ta réaction à la soirée du 10, non ?

– Je sais. Mais là-bas, j'ai été surpris. Là, ce sera différent. Et j'y ai réfléchi cet après-midi. J'ai vraiment besoin de le voir.

– Pourquoi ?

– Je veux savoir si… s'il a changé. Il faut que je sache, sinon je vais devenir fou.

Autant le reconnaître, depuis qu'il l'a revu, il n'est pratiquement plus bon à rien. Kanon l'obsède, absolument. Son loup qui l'attire toujours… qui le force à regarder et à envisager le futur. Qui l'entraîne inéluctablement vers de nouvelles angoisses. Ne pas pouvoir le protéger. Le voir devenir quelqu'un d'autre. Le risque qu'il s'attaque un jour à ses frères… Et cette crainte sourde de voir la guerre entre Sanctuary et l'Empire devenir personnelle, car si elle bascule... il n'est pas sûr d'être capable de le gérer.

Il n'y a guère qu'à Cannes qu'il a réussi à ne pas trop se laisser hanté par son loup, trop concentré sur le fait de ne pas provoquer de scandale, et couvé, continuellement, par son frère et sa tante. Mais même là-bas, Kanon n'était jamais très loin de ses pensées. Cela frisait un peu moins l'obsession, c'est à peu près tout.

– Rhadamanthe…, tente de protester Eaque.

– Je me contenterai de l'observer pour me faire une opinion. Ça me suffira amplement, décrète le blond. Et puis…

– Et puis ?

– Je le croiserai forcément à l'avenir. Il faut bien que… je m'habitue. Il faudra bien que je sois capable de… ne serait-ce que lui serrer la main, lui dire bonjour et lui souhaiter un bon anniversaire... A moins de ne pas aller à l'ensemble des soirées organisées par Sanctuary à l'avenir, je ne vois pas comment je pourrais l'éviter. Mercredi, l'attention sera sur lui et son frère. Je resterai dans un coin, je n'aurais pas à fournir trop d'efforts, personne ne le remarquera si j'ai besoin, à un moment, de m'éclipser ou même si je quitte la soirée. Tout se passera bien, je te le promets.

– Je sais bien que tu feras tout pour… Mais ce n'est pas du tout une bonne idée.

– Tu te répètes.

– Parce que j'ai raison. Et que tu refuses de l'admettre. Je n'ai pas envie de te retrouver dans l'état où il t'a mis la dernière fois.

– Je t'ai dit que ce n'était pas lui.

– Je ne te parle même pas de ça. Ce type…

– Ce n'est pas un type ! s'énerve Rhadamanthe.

– Ça je le sais ! rugit Eaque. Je suis parfaitement conscient que ce n'est pas n'importe qui ! Ni pour toi, ni pour personne d'ailleurs ! Il s'agit de Kanon Gemini, assène-t-il en insistant lourdement sur le nom de famille du jeune homme. Et tu tiens énormément à lui. Je sais tout ça. Mais il a failli te détruire ! À cause de lui, tu as passé pratiquement deux semaines sans sortir de ta chambre, ou même de ton lit. Et les deux semaines avant… tu…

– Eaque…

– Tu ne peux pas le nier, Rhada. Il t'a fait du mal… Et il risque de t'en faire à nouveau.

– Non.

– Si.

Les deux frères s'affrontent du regard. Et Rhadamanthe finit par détourner les yeux. Il soupire.

– C'était ma faute. C'est moi qui ai mal agi. J'ai tout détruit. Je suis le seul responsable. J'ai essayé de m'excuser mais… Tu es bien placé pour savoir qu'il y a des choses qu'il est impossible de pardonner. Ce n'est la faute de personne. Certainement pas la sienne en tout cas. C'est comme ça, c'est tout.

– Rhada…

– Je veux simplement m'assurer qu'il va bien. Rien de plus.

– Rien de plus, vraiment ?

– Je te le promets. Je veux juste le regarder…

Oui. Juste le regarder. L'observer. Un peu. L'admirer dans la lumière. Et peut-être revoir son sourire. Adressé à d'autres, bien sûr, mais… ce n'est pas grave ça. Ce n'est pas important. Tout ce dont il a envie c'est de s'enivrer de la beauté d'un loup… Se perdre, quelques minutes, dans la contemplation d'un ange…

– Tu rêves toujours de lui, fait gravement Eaque.

– Oui…, avoue le blond dans un souffle, désabusé et coupable.

– Ce n'était pas une question, Rhada. Ni un reproche.


Neuilly – Hôtel particulier de la Famille Gemini

Au-dessus d'Angelo, les mains plaquées sur le torse de l'ancien policier, les jambes repliées de part et d'autres de ses hanches, son corps se mouvant dans une sorte de ballet d'une sensualité bestiale, Mikael crie. Et Angelo le regarde. Il regarde les lignes courbes et gracieuses de sa silhouette musclée. Il regarde le jeu des gouttes de sueur qui perlent sur la peau d'une blancheur opaline. Il regarde les lèvres rougies d'où s'échappent les hurlements de son amant, qu'une langue rose vient parfois humidifier. Il regarde les mèches de cheveux qui viennent se coller contre ce visage androgyne, cachant en partie ces yeux à moitié clos. Les mains d'Angelo viennent caresser les cuisses laiteuses et enserrer les reins de Mikael. Il le bloque, un instant. Un instant durant lequel l'infirmier darde sur lui son regard azuréen dans lequel perce sa colère, par-delà le feu qui le consume. Il n'apprécie pas exactement être coupé dans son élan. Un rictus satisfait vient orner la bouche d'Angelo. Il soulève légèrement son amant. Mais avant que celui-ci ait pu émettre la moindre protestation, l'ancien policier replie les jambes et, brusquement, soulève son bassin pour s'enfoncer violemment en lui. Mikael ouvre de grands yeux tandis que l'ancien policier répète la manœuvre, bloquant toujours les hanches de l'infirmier. Après quelques instants, Mikael rejette sa tête en arrière, prend appui sur les genoux de son amant enfonçant ses ongles manucurés dans la peau bronzée pour se remettre en mouvement. Et les cris repartent de plus belle.

Il aime ça. Plus qu'il ne saurait le dire. Ce combat délicieux pour savoir qui impose le rythme à l'autre. Pour savoir qui craquera en premier, qui reconnaîtra sa défaite. Oh oui, il adore ça. Quelque soit sa position au final, ce qui est peut-être le plus surprenant. Il aime voir son amant gronder lorsque lui-même résiste trop longtemps et que l'ancien policier finit par exploser en premier. Mais c'est un comportement qui lui est naturel. C'est la situation qu'il préfère, et de loin. Même avec les pires des goujats, qui, une fois satisfaits, font mine d'en avoir fini et de vouloir partir. Quelle joie alors de les retenir, de les dominer… de leur montrer qu'il est hors de question qu'ils s'arrêtent avant que lui aussi n'ait obtenu ce qu'il est venu chercher. Mais il aime aussi supplier Angelo. Parce qu'Angelo le respecte. Parce même dans ces cas-là… Angelo ne le soumet pas. Et puis c'est amusant. Parce que, parfois, Angie accède à ses prières et parfois non. Mikael n'a jamais su ce qu'il préférait… et ce n'est certes pas maintenant qu'il va se poser la question.

À mesure que son amant le pénètre sans relâche, il hurle son plaisir sans retenue aucune et sans en avoir vraiment conscience. Il ne sait pas faire autrement. C'est si bon de sentir cette hampe de chair, si dure, si forte, aller et venir en lui. C'est si bon de sentir les décharges irradier dans tout son corps. C'est si bon de sentir cette fièvre l'envahir. C'est si bon de sentir Angelo proche du point de rupture… l'entendre résister pour ne pas s'assouvir, pour prolonger cette extase encore un peu. Et de le sentir exploser dans un cri rauque. Et de sentir sa main venir enserrer sa propre érection. De le voir faire l'effort de continuer ses allées-et-venues le temps suffisant pour que son amant se répande sur son torse, dans un hurlement plus terrible encore que les autres. C'est si bon de sentir quelqu'un qui se soucie de lui… et lui donner tant de plaisir.

Ils restent un moment ainsi, Angelo caressant les reins et les cuisses de Mikael, et l'infirmier le visage rivé sur le plafond, tous deux comblés. Ils reprennent leur souffle. Ils reprennent leurs esprits. Ils reprennent pied. Finalement, Mikael se soulève, et libère son amant, pour venir rouler sur le côté. Il récupère un linge qu'il tend à son ami pendant que lui-même remet la main sur un caleçon. Angelo essuie rapidement son torse et passe un bras sous sa tête, tandis que l'infirmier vient s'allonger à côté de lui et lui sourit.

– Tu peux m'expliquer ? s'amuse-t-il en faisant courir ses doigts sur le torse de l'ancien policier. Tu m'as pratiquement fait la tête toute la semaine… et maintenant, j'ai droit à une chevauchée fantastique… C'est l'annonce de la greffe de Saga qui te fait cet effet ? Ou le fait que tu aies vu ton psy cet après-midi ?

Angelo ne répond pas tout de suite. Il regarde le plafond.

– T'en es où avec Shura ?

– Oulah… Je peux savoir le rapport ? demande l'infirmier en fronçant les sourcils.

– Réponds, Mika.

– T'as envie de passer une nuit blanche ou quoi ?

– Non. Mais j'ai envie de savoir.

Le Suédois soupire et s'effondre sur son oreiller.

– Moi aussi, ça me plairait assez de savoir où j'en suis avec lui… Ou même si j'en suis quelque part. Je ne sais pas ce que je veux. Enfin, si, je le sais… et ce n'est pas possible. Je ne peux pas lui demander d'aller à l'encontre de sa foi pour un truc qui ne durera peut-être pas… Ce serait… mal, je crois.

Oui. Vraiment. Ce serait mal. Irrespectueux. Il ne veut pas manquer de respect à Shura. Au-delà de tout le reste, c'est cette idée qui l'obsède.

– Donc tu préfères qu'il reste célibataire toute sa vie ? demande Angelo, en l'accusant à moitié.

– Bien sûr que non. Mais ça m'arrangerait qu'il trouve quelqu'un de plus sérieux que moi. Quelqu'un… comme toi. Tu ne t'engages pas à la légère, toi. Même avec moi. Je le sens bien, Angie. Et pourtant, on ne s'aime pas. Moi, je ne suis pas comme ça. Je rencontre un type qui me plait, généralement à cause d'un caractère de merde et d'un physique de dieu grec… C'est fusionnel pendant un moment… et puis, un matin, je me réveille et ça a disparu. Je ne ressens plus rien. Plus rien du tout. Il ne me dégoute pas… Je ne le trouve pas repoussant, c'est juste… que je n'ai plus envie.

– Et qu'est-ce que tu fais dans ces cas-là ?

– Je romps. Et je vais voir ailleurs. La plupart du temps, je couche à droite et à gauche pendant quelque temps… et puis je retombe sur un mec… Et c'est reparti. L'amour fou durant quelques semaines et puis…

L'infirmier a un petit geste de la main pour indiquer que tout part en fumée.

– Et moi ? demande Angelo.

– Quoi toi ?

– Je représente quoi dans tes histoires ?

Mikael hausse les épaules et se redresse un peu, s'appuyant à nouveau sur son coude.

– Bonne question. Depuis que j'ai débarqué en France, tu dois être le mec avec lequel je suis sorti le plus longtemps…

– Mika…

– Oui ?

– Est-ce que tu es amoureux de moi ?

– P… pardon ?

– Est-ce que t'es amoureux de moi ?

– Je peux savoir ce que tu me fais, là ?

– Réponds.

– Non mais ça va pas… ?

– Réponds.

L'ancien policier est passé en mode interrogatoire : un ton encore plus dur qu'à l'accoutumée, une avalanche de questions, histoire de ne pas laisser au suspect le temps de réfléchir à un mensonge. Et Mikael sait bien que, dans ces conditions, il est inutile de chercher la moindre échappatoire.

– Non, je suis pas amoureux de toi, Angelo. J'aurais peut-être pu l'être si l'autre sculpteur catho n'existait pas, mais… mais… sérieux, Angie, c'est quoi ce délire ?

– Pourquoi tu m'as pas dit que Mû t'avais demandé d'arrêter les allusions sur lui et moi ?

– Qu'est-ce que… ?

– C'est lui qui m'en a parlé.

– Il m'a demandé de ne plus me mêler de vos affaires. C'est ce que je fais.

– Et tout ce que tu trouves c'est de me cacher des choses ?

– Non. Mais…

– Est-ce qu'il te plait ?

– Hein ?

– Est-ce que Mû te plait ?

– Mais ça va pas la tête ? s'indigne l'infirmier.

Là, son ami va trop loin, même pour lui. Il se redresse totalement et fixe son amant. Angelo soutient son regard quelques instants, avant de reprendre sa contemplation du plafond au-dessus d'eux.

– T'arrête pas de dire qu'il a physique de rêve…

– Parce que c'est vrai. Maintenant, c'est pas parce que je trouve un mec canon que j'ai envie de me le taper... J'ai pas du tout envie de Mû. Déjà parce que tu tiens à lui et que je ne te ferais pas ça, et puis, de toute façon, il est beaucoup trop calme pour moi. Je ne dis pas qu'il n'a pas son caractère mais… j'ai tendance à les préférer un peu plus macho. Et maintenant que j'ai répondu, monsieur l'agent, vous allez me dire ce qu'il se passe.

Angelo soupire. Il se rend compte qu'il a dépassé les bornes, avec Mika. Il a, vraiment, encore beaucoup de progrès à faire.

– J'ai parlé avec lui… Il pense qu'on est peut-être amoureux l'un de l'autre, toi et moi.

– Mû boit. C'est triste pour un chirurgien, il faudrait sans doute prévenir ses patients.

– Donc t'es pas amoureux de moi.

– Va falloir que je te le répète combien de fois ?

– C'est bien. Parce que moi, je suis pas amoureux de toi, non plus.

Mikael le regarde avec de grands yeux, avant de s'effondrer contre son torse, de croiser les bras sur la poitrine de son amant et d'y faire reposer sa tête.

– Grande nouvelle… Le scoop de l'année. Bon, et maintenant, je veux savoir ce que vous vous êtes dit, lui et toi ?

– Pourquoi ?

– Parce que ça te travaille, rétorque le Suédois. Alors je veux bien arrêter les allusions, mais ça ne m'empêche pas de te conseiller sur ta vie sentimentale, à défaut de me mêler de vos histoires.

– C'est pas la même chose ? objecte l'ancien policier, dans un haussement de sourcil.

– Tout est dans la nuance, Angie… Et puis, si tu ne lui répètes pas, je ne vois pas comment il le saurait. Alors, je t'écoute.

Angelo regard un moment Mikael et se décide, enfin, à répondre à ses questions.

– Il m'a raconté une histoire. Un type qui est sorti avec un mec, avec qui il a rompu. Qui est sorti avec un autre, avec qui il a failli acheter un appart'… jusqu'à ce que son ex débarque et qu'ils comprennent qu'ils étaient amoureux et faits l'un pour l'autre.

– Et donc ?

– Il m'a dit qu'il serait triste que la même chose m'arrive, parce que le type a perdu de précieuses années. L'histoire était arrivée à des gens qu'il connait.

– Tu es certain que ce n'est pas de lui dont il parlait ?

– Oui.

– Alors c'est mignon…, murmure Mikael dans un sourire.

– Quoi ? Cette histoire ?

– Non… sa façon de faire… Pourquoi il t'a raconté ça, à ton avis ?

– Parce qu'on s'entend bien, explique Angelo, comme une évidence. Et qu'il voulait me prévenir que je passais peut-être à côté d'un truc… C'est vraiment quelqu'un de bien.

– Tu veux savoir ce que je crois, moi ? lui demande son amant, son sourire toujours accroché aux lèvres.

– Dis toujours.

– Je crois que tu lui plais vraiment beaucoup, à notre petit Mû, fait Mikael en tapotant doucement les pectoraux de l'homme sous lui. Pour tout te dire, je n'imaginais pas que tu lui plaisais autant mais il me semble qu'il est très sérieux.

– C'est n'importe quoi. Enfin, je sais qu'il m'apprécie mais…

– Réfléchis deux secondes, Angie, murmure l'infirmier avec une petite moue. Si tu es le héros de l'histoire, et que je suis l'ex… à ton avis, qui est le mec qui se fait larguer ?


Paris – Discothèque Oblivion

Dans la salle de pause, Kanon fume. Etouffés par l'épaisseur des murs et le couloir, il perçoit encore distinctement les basses du set de Milo. Il tire sur sa cigarette et l'observe entre ses doigts. Dans quelques semaines, il ne fumera plus. Dans quelques semaines, il ne boira plus. Pour au moins quelques temps. Le temps d'une hospitalisation. Le temps de sauver Saga.

Après la discussion avec son frère, il est sorti appeler Milo. Il s'est effondré au téléphone mais il a bien précisé au DJ que tout allait bien, qu'il n'avait pas besoin de venir à Saint-François. Qu'il avait juste besoin de… relâcher la pression. Il lui a expliqué ce qu'il s'était passé. Milo lui a dit qu'il n'y avait pas de doute, que Saga et lui étaient bien jumeaux. C'est pas pour ta thune que je t'aime. C'est pas pour ton foie que je t'aime. Kanon lui a dit que c'était un peu plus compliqué que ça quand même… Il a entendu Milo se marrer franchement à l'autre bout du téléphone et lui demander ce qu'il y avait de compliqué là-dedans parce que si Kanon n'avait pas cherché sa famille, parce que si Kanon n'avait pas voulu mendier y a dix ans… c'était peut-être pas exactement pour les mêmes raisons, mais ça y ressemblait un peu quand même. Kanon a ouvert de grands yeux. Et ses larmes se sont changées en rire. Milo a raison : il est bien le frère de son jumeau. Quelques minutes plus tard, derrière la voix du DJ, il a entendu les voix de Shun et de Geist. Inquiètes d'abord, puis soulagées, puis pleine de vie, pleine d'enthousiasme. Ça lui a fait du bien. Ce qui s'est révélé être une excellente chose.

Nouvelle bouffée. Et longue expiration.

Sa statue fume. Et sa statue sort. Avant de remonter voir son frère, il est passé à la boutique cadeaux-souvenirs-magazine-cochonneries de l'hôpital, pour s'acheter un truc à grignoter. Première erreur : il n'aurait pas dû. Comme quoi, les sucreries s'est vraiment pas bon pour la santé. Sur la couverture d'un des magazines, on voyait le chanteur Myu Schmetterling sur le point d'embrasser Eaque Judge. C'est là qu'il a fait la seconde erreur : il n'aurait jamais dû prendre ce torchon de presse people. Ni l'ouvrir. Mais il l'a ouvert. Résumé d'une soirée cannoise. Visiblement, la scène de la couverture avait convaincu l'auteur du papier – pas moyen de l'appeler journaliste – de prendre la relation entre le cadet des Judge et la star de la musique comme fil conducteur. Ou peut-être était-ce dû au fait qu'il y avait vraiment beaucoup de photos des deux hommes… Bon, il s'agissait de Myu. Sa venue inopinée avait provoqué l'événement. Et l'échange entre lui et le brun avait fait le tour des chaines de télé… A mesure que Kanon parcourait les images, il voyait entre eux une grande complicité. Mais il doutait qu'ils soient ensemble. Ça flirtait outrageusement, mais ça n'allait pas plus loin…

Le problème, ça a été les photos suivantes. Sa troisième erreur : tourner cette foutue page. Rhadamanthe était là. Sans cravate. Sans chemise. Dans une tenue improbable. Par tous les saints, ce qu'il était beau sur cette photo, avec ces quelques mèches qui tombaient sur son front, ses yeux d'or et son air impénétrable… Il a fallu à Kanon un peu de temps pour voir le reste de la scène, pour parvenir à se détacher de la contemplation de sa statue telle qu'il ne l'avait jamais vue. A côté de lui, se tenait Eaque, souriant, une main appuyée sur l'épaule de son frère, un bras passé autour de la taille de sa tante qui semblait ne pas vraiment accorder d'importance au photographe. Et de l'autre côté, de Rhadamanthe… Myu. Myu qui le touchait. Myu qui se collait contre lui. Et sa statue ne disait rien. Et sa statue ne semblait pas gênée, non. Oh, elle ne souriait pas non plus… mais…

Et la suivante, où Myu était carrément venu se lover contre le blond, lui prenant le bras… Il n'aurait jamais dû ouvrir ce magazine. Il est à la fois énervé, et triste. Il est jaloux, oui. C'est ridicule. Absolument ridicule. Et en plus, il se sent trahi. Ce qui est encore plus ridicule pour le coup.

Son soupir est interrompu par la porte qui s'ouvre sur Shina. Durant ces quelques secondes, il entend la musique de Milo. Hold Tight London des Chemical Brothers. Oui, il y a là un message caché qui est tout sauf subtil.

– Kanon ? Qu'est-ce que tu fous ?

– Pause clope, explique-t-il à la jeune femme en lui montrant le tube qu'il tient entre ses doigts.

– C'est plus une pause là, c'est carrément un RTT. File-moi une cigarette.

– Sers-toi, bellissima, lui répond le jeune homme en indiquant le paquet et le briquet à côté de lui.

Elle en récupère une, l'allume et vient s'installer non loin de son collègue.

– Comment tu veux qu'on s'organise pour mercredi ? demande celui-ci.

– Le plus simple c'est qu'on vous retrouve directement devant le Palais de Justice. Dix heures c'est ça ?

– Ouais, confirme Kanon. Vous voulez manger avec nous à midi ? On déjeune chez mon frère. Ça me ferait plaisir si vous étiez là. Et puis comme ça, on part de Neuilly pour aller chez Misty, on récupère les fringues…

– Tu payes…, le coupe-t-elle.

– Shina, on en a déjà parlé…

Ça, effectivement, ils en ont parlé. Depuis la seconde qui a suivi l'invitation de Kanon, en fait. Il a immédiatement proposé à ses amis – Shina, Aldé… mais aussi Shun, Geist et Ikki – de leur offrir à chacun une tenue qui leur permette de se retrouver à l'abri de considérations mesquines de la part d'invités de son frère. Il n'a pas envie que ses proches passent une mauvaise soirée… Shina a d'abord refusé. Mais Kanon a insisté, arguant du fait que si Milo faisait des cadeaux aux gens pour son anniversaire, il n'y avait pas de raison qu'il ne puisse pas en faire autant. Après des jours de négociations, ils avaient trouvé une sorte de compromis : Kanon leur offrirait des vêtements, certes, mais ils les achèteraient exclusivement chez Misty, ce qui permettrait au jeune créateur de se faire de la publicité. Ils récupèreront leurs tenues mercredi après-midi, donc.

– Je sais, Kanon. Mais il y a un truc, non, deux, qu'il faut que tu te rentres dans la tête. Le premier, c'est qu'on est tous conscient que tu vas devenir riche mais qu'on t'aimera quand même malgré ça.

– Et moi je vous aimerai toujours.

– T'as plutôt intérêt. Tu sais, quand on disait à Geist qu'on irait squatter chez elle une fois qu'elle serait installée à Hollywood… c'était pas des blagues. Alors, tant que tu restes raisonnable et ça, je pense qu'on devrait tous réussir à te le faire comprendre si tu pètes un câble, te gêne pas si tu veux nous faire des cadeaux de temps en temps. Mais rappelle-toi juste un autre truc, c'est le deuxième point qu'il faut que tu te rentres dans le crâne : Aldé et moi, on est clairement pas partis pour finir SDF. Alors va pas t'imaginer qu'on aura besoin de ton aide tous les quatre matins.

– Vous avez déjà eu les résultats du concours ?

– Non. On les aura semaine prochaine. Mais on a déjà discuté avec des gens qui le passaient aussi, et… sincèrement, que ce soit Aldé ou moi, je pense qu'on s'en est plutôt bien sortis.

– C'est su…

Kanon est coupé dans son élan. La porte s'ouvre à la volée sur un Milo absolument furieux.

– Je vais le buter ! éructe le DJ, en claquant le panneau de bois.

– Què cosa ? lui demande l'italienne. (1)

– Le vieux, j'en peux plus sérieux… Il refusait de laisser Shun mixer.

– En quel honneur ? s'étonne-t-elle.

– L'honneur de sa débilité profonde. J'ai réglé ça en menaçant de tout couper, et de finir la nuit sans musique. Mais alors clairement, il me gonfle.

Milo vient s'installer dans un des fauteuils défoncés, non loin de ses amis.

– Ben c'est clair qu'il a un grave souci ce soir, remarque Kanon. Déjà tout à l'heure quand j'ai voulu lui parler, pour préparer le terrain pour cet été, j'ai eu l'impression qu'il n'en avait rien à faire que je sois là ou pas.

– Comment ça ? interroge le DJ en fronçant les sourcils.

– Bah, il avait l'air de dire que c'était pas son problème. Ça m'a clairement surpris après le scandale qu'il vous a fait pour vos démissions à tous les deux, précise-t-il en se tournant vers Shina.

– C'est pas net, cette histoire, murmure Milo.

– Clairement pas, confirme son meilleur ami.

Shina écrase sa cigarette dans le cendrier à côté d'elle.

– Et bien les garçons, je compatis pour vous, très sincèrement.

– Mouais…, fait Milo dans une petite moue. Tu dis ça mais t'en as rien à faire : demain, c'est ton dernier jour.

– C'est pas faux… Mais jusqu'à demain, je suis responsable des serveurs, alors Kanon, tu vas bouger tes charmantes petites fesses et les diriger vers le bar. Hop, hop, hop, plus vite que ça.


(1) : Qu'est-ce qu'il se passe ?