Disclaimer : Ni Severus, ni aucun des personnages de cette histoire ne sont à moi, sauf Ioann, Milo, Ivanna et Sergueï
Béta : BettyMars
Mon grand chapitre sur le passé des deux Serpentards vous à visiblement bien plu malgré sa longueur. Mais vous en conviendrez que je ne pouvais pas non plus le couper… ni enlever la fin ). Nous allons revenir à des longueurs plus raisonnables à présents lol. En tout cas, je suis très ravie de vos réactions car j'avoue avoir potassé un moment l'encyclopédie HP sur le net pour trouver comment amener mon projet à bien tout en étant la pus proche possible de l'histoire originale. En tout cas la scène finale entre Draco et Lucius a eu tous les suffrages ! Et oui, Lucius commence à se rendre compte de sa bêtise. Et il n'a pas fini de faire des découvertes. Il n'a pas fini d'en voir non plus car tout le monde semble s'être ligué contre lui … enfin, non, pas tout le monde … mais ceux qui le font, ne font vraiment pas semblant lol. Le chapitre d'aujourd'hui n'est pas forcément très riche en action … mais après tout, ma fic n'est pas non plus une histoire d'action …mais des émotions passent, de nouveaux points de vu arrivent ainsi que des explications … plus ou moins mouvementées. Sur ce …
… bonne lecture et à mercredi prochain. )
Chapitre 38 : Apprendre.
Dimanche 24 Août 1986.
Severus suivait un mouvement défini. Il donnait quelques impulsions douces et régulières de son pied. Tout comme il l'avait fait toute la soirée de la veille. Et ce matin, à son réveil, il avait recommencé à se bercer sur le rocking-chair. Une pression s'exerçait sur sa poitrine à chaque fois que les petits bras qui l'entouraient se resserraient sur lui. Dans son cou, le souffle chaud de la respiration de son fils le chatouillait. Il déposa un baiser sur ses cheveux.
Après le départ de Lucius, il était allé rejoindre Poppy dans la chambre de l'enfant. L'infirmière lui avait fait avaler une potion calmante mais elle n'avait visiblement pas très bien fonctionné. Dès qu'il avait passé la porte, il avait reçu Ioann qui s'était jeté dans ses bras en pleurant. Il répétait que Lucius était méchant, que Draco avait mal ainsi que quelque chose à propos de l'Oncle qui était revenu. Il l'avait rassuré du mieux possible en lui murmurant des mots tendres dans l'oreille et en lui frottant le dos pour en dénouer les nœuds nerveux qui s'y trouvaient. Merlin, en plus d'avoir traumatisé son propre fils, il avait fallu que Lucius replonge le sien dans ses douloureux souvenirs.
Un léger repas frugal avalé avec difficulté, Ioann était resté accroché à son père comme s'il avait peur qu'il ne l'abandonne. Severus s'était alors installé dans la chaise à bascule qui était restée dans la chambre depuis l'épisode Sergueï. Il l'avait bercé ainsi tout en attendant avec anxiété d'avoir des nouvelles de Narcissa. Il avait fini par faire venir à eux une couverture afin de les tenir au chaud avant de s'endormir dans cette même position. Maintenant cela faisait une heure qu'il était réveillé et qu'il avait recommencé à les bercer tous les deux.
Un « pop » sonore le fit sursauter. En voyant Dobby, il lança un sort de silence autour de Ioann avant de ranger sa baguette.
- Professeur Snape, monsieur, Dobby a un message de Maitresse Narcissa pour Severus Snape Monsieur.
- Bonjour Dobby. Je t'écoute.
- Maitresse Narcissa remercie Monsieur Snape pour avoir parlé à Maitre Lucius. Elle vous fait dire que Maitre Lucius et petit Maitre Draco sont en bonne voie de rapprochement.
- Bien. C'est une excellente nouvelle. Merci Dobby.
- Oh non, professeur Snape Monsieur ! C'est Dobby qui remercie monsieur. Dobby est content que Maître Lucius veuille bien changer pour le petit Maitre Draco. Dobby était malheureux quand il avait peur ou mal, mais Dobby ne pouvait rien faire pour aider.
- Moi aussi j'étais en peine pour lui. Et je te promets que je serais là pour remettre Lucius à sa place dès que le besoin s'en fera sentir.
- Severus Snape, Monsieur, est un grand homme. Mais Dobby va aller se taper les doigts avec un marteau pour avoir pensé à mal de Maître Lucius.
Après une dernière révérence et avant que l'homme ne puisse ajouter un mot de plus, l'elfe disparut rapidement. L'air outré qu'affichait Severus s'épouvanta d'un seul coup. Il enleva le sort de silence mais son esprit n'était tourné que vers une seule pensée : Ioann venait-il réellement de se moucher dans son cou ? Merlin, ce n'était pas quelque chose à laquelle il aspirait en le tenant ainsi contre lui. D'un soupir, il se résigna et recommença le mouvement berçant du fauteuil, tout en gardant en tête de toucher un mot à Lucius sur son comportement face à son elfe de maison.
o0o
Lorsque Lucius ouvrit les yeux, il se demanda pourquoi il avait dormi assis mais surtout pourquoi malgré tout, il se sentait si fatigué. Puis, après une minute d'étude intensive de l'endroit où il se trouvait, il réalisa qu'il n'était pas dans son salon mais dans la chambre de son fils. Il baissa le regard pour voir la tête de Draco posée sur ses genoux, sa main enserrant fermement un pan de sa robe tout en bavant légèrement dessus. Son regard se ferma en se focalisant sur la tache qui commençait à bien s'étendre sur le tissu luxurieux. Il commença à lever la main pour le repousser fermement mais son mouvement se bloqua. Le souvenir des paroles de Severus lui revinrent en mémoire, suivi rapidement par le résultat de sa longue nuit de réflexion. Il s'horrifia de ce qu'il avait été sur le point de faire. Il baissa doucement son bras et déposa sa paume sur le crane de son fils avec une lenteur mesurée. Celui-ci se pelotonna un peu plus contre lui tout en frottant son nez sur la jambe paternelle. Son contentement était d'une grande évidence. Inconscient de ce qui l'entourait, Draco était heureux d'être si proche de son père. Lucius en fut des plus troublés.
A cet instant, son fils n'était pas un petit noble à qui on doit apprendre des préceptes fastidieux et ennuyeux sur le rôle de son sang et de son rang. Il n'était qu'un petit garçon avide de câlins. Tout comme Ioann. L'adulte remarqua alors qu'inconsciemment, ses bras s'étaient approchés du petit corps pour le saisir. Avant de savoir ce qu'il faisait, il se retrouva avec Draco assis sur ses genoux, fermement serré contre son torse, la tête enfouie dans son cou. Et là avec cette nouvelle chaleur contre lui, il fit une découverte. Son corps crispé depuis qu'il s'était réveillé, se détendit. Si prendre Narcissa dans ses bras était quelque chose de fantastique, particulièrement si cela annonçait une soirée sous la couette, prendre Draco dans ses bras était quelques choses de merveilleux pour la chaleur qui brulait dans son cœur. Il n'avait envie de rien sauf de rester là, à le garder contre lui, le plus longtemps possible.
Il comprenait enfin pourquoi Severus passait tant de temps avec son fils dans ses bras. Parce que cette position avait de quoi rendre n'importe quel homme fier et fort. Son père, Abraxas Malfoy, avait tort. Le pouvoir n'était pas d'écraser les autres. Le pouvoir était cette confiance qu'un enfant renvoie à son père. Il resserra son étreinte et maladroitement il embrassa le front de Draco. Il se promit qu'un jour, le petit blond se blottirait contre lui avec ce même bien-être, mais cette fois là, il serait réveillé et pleinement conscient de ses actes. Il en était là de ses réflexions quand un 'pop' sonore se fit entendre.
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Dobby arriva devant son Maître en se triturant les doigts. Décidément, il trouvait que ces temps-ci, il se passait bien trop de choses dans la vie au Manoir. Bien trop de changements. Il était bien sûr content que le vent de bouleversements qui planait au dessus de cette noble famille, apporte un peu de sérénité au petit Maitre. Il avait bien besoin de se retrouver avec un père jouant réellement ce rôle. Mais pour lui, humble elfe de maison, il avait du mal à se retrouver dans toute cette tourmente. Avant, c'était tellement plus simple de savoir comment le Maître allait réagir à telle ou telle nouvelle. Aujourd'hui il ne savait pas si l'annonce de la venue de cette femme, aussi remontée qu'un Norvégien à Crête, lui vaudrait deux-trois Doloris ou une simple punition physique impliquant un tiroir que l'on referme un peu trop rapidement sur ses orteils.
Il tira sur ses oreilles espérant qu'au moins le Maître ne passerait pas sa colère sur le petit Maitre qui dormait sur ses genoux avec un sourire si attendrissant sur ses lèvres. Il s'avança de deux pas avant de voir que sa présence avait été remarquée. Il attendit qu'on lui demande de s'exprimer. Il faillit louper le signal et s'étrangla avec sa salive. Jamais il n'aurait imaginé que Maître Lucius lui demande la raison de sa venue, d'une voix aussi faible et douce. Dobby se reprit en se disant qu'il devait avoir observé Maîtresse Narcissa quand elle lui parlait en ne voulant pas déranger le sommeil de leur fils. Toujours était-il qu'il ne savait toujours pas à quelle sauce il allait être mangé. Prudemment il fit un pas de plus et bafouilla un gargouillis digne d'un estomac indigné d'avoir été oublié. Il se gifla mentalement. Cette fois il était bon pour faire un tour dans les cachots pour incapacité à s'exprimer clairement. Il tira légèrement sur sa taie d'oreiller avant de reprendre de la voix la plus assurée qu'il put.
- Maître, Madame Pomfresh arrive pour voir le petit Maitre Draco, monsieur.
- Pomfresh ? Que veut-elle à Draco ?
- L'examiner, Maître.
- Et bien qu'elle revienne plus tard. Il dort.
- Elle attend dans le couloir, Maître. Elle voulait être sûre d'être reçue, Monsieur.
- Et bien qu'elle retourne dans la cheminée jusqu'à ce que je la rappelle. Tu peux disposer.
Bien. Ça ne s'était pas trop mal passé. Il n'avait visiblement pas été puni. Mais l'infirmière lui avait bien dit qu'elle ne partirait pas sans avoir ausculté l'enfant. Et ça, il ne l'avait pas encore annoncé. Il mordilla ses doigts et leva le regard sur le Maître. Celui-ci le regardait avec agacement. Hum. Pas bon. Cette fois ce serait le Doloris et le cachot et le tiroir ?
- Qu'y a-t-il encore, maudit elfe ?
- C'est que, elle n'a pas l'air commode, Maître. Elle a dit qu'elle ne partirait pas, Monsieur. Dobby n'a pas pu la décider à ne pas rester.
- Alors je vais me charger de la renvoyer dans son antre. Disparais de ma vue.
Dobby ne se fit pas prier. Il transplana directement dans la cuisine. Le Maître était semble-t-il suffisamment perturbé pour ne pas lui donner une punition sévère. Et l'elfe n'était complètement idiot non plus. Il n'allait sûrement pas le lui signaler. Il n'était pas couard. Juste opportuniste. Par contre, il devrait peut-être indiquer à Maîtresse Narcissa la venue de la femme au tempérament de feu. Ce serait dommage qu'il arrive malheur au Maître alors qu'il était juste décidé à changer ...
o0o
Dans la chambre, Lucius se libéra doucement de l'étreinte de son fils et le reposa sur son lit. Puis il le mit sous un charme de silence avant de sortir de la chambre d'un pas altier et imposant. Il n'avait par contre pas prévu d'entrée directement en contact avec Poppy après deux enjambées hors de la pièce. Celle-ci s'impatientant de ne pas être reçue, en était arrivée à la conclusion que si elle voulait voir Draco, elle devrait elle-même défoncer cette maudite porte.
- Chère Madame Pomfresh. Je ne suis pas particulièrement ravi de vous trouver ici. Mais je vais me montrer magnanime et vous raccompagner à la cheminée que vous n'auriez pas du quitter.
- Ne vous donnez pas cette peine, Lucius. Je suis venue pour ausculter Draco et je ne repartirais pas sans l'avoir fait.
- Je ne vois pas pourquoi vous voulez l'examiner. Mon fils va très bien. Il est actuellement en train de dormir tranquillement.
- Peut-être que si je n'avais pas été témoin de la correction particulièrement violente que vous lui avez donnée hier soir chez Severus, je n'aurais jamais eu l'idée de vérifier qu'il n'ait subi aucun dommage.
- Oseriez-vous suggérer que je bats mon fils ?
- Je ne suggère rien. Les faits sont là. J'ai vu son regard envers vous. J'ai vu votre réaction. Maintenant je compte bien vérifier que votre aveuglement n'ait pas généré de graves troubles physiques sur lui. On ne frappe pas un enfant avec une telle fougue. On donne quelques fessées pour montrer son désaccord sur un sujet important. On punit par privation de distractions. Si l'on franchit cette limite, on devient un agresseur. Maintenant si vous ne voulez pas que je mette le Ministère au courant de ce que j'ai vu, je vous conseille de me laisser faire ce pour quoi je suis venue ! Et ne vous avisez pas de me faire disparaître de la surface de cette terre. J'ai confié mes souvenirs à une personne de confiance.
Lucius la regarda en haussant un sourcil. Salazar ce que cette femme pouvait être agaçante. Elle le privait même de la joie de passer ses nerfs sur une nouvelle victime. Le pire était qu'elle avait sûrement réellement donné ses souvenirs à quelqu'un. Et il était prêt à parier que cette personne de confiance était Severus.
- Bien, alors allez-y. Mais vous allez priver un enfant de son quota d'heure de sommeil. N'est-ce pas quelque chose de criminel d'après votre façon de voir ?
- Si aucune lésion n'est à déplorer, alors oui, ce sera un acte déplacé de ma part. Mais s'il y a ne serait-ce que la moindre petite blessure, ce sera justifié. Avez-vous peur de ce que je découvrirais ?
- Sachez, madame, qu'un Malfoy n'a peur de rien.
- Alors j'ai le regret de vous annoncer que Draco n'est pas votre fils. Car malgré son nom, il semblerait qu'il soit effrayé par bien des choses. La première étant Vous !
Poppy passa devant un Lucius figé pour enfin atteindre la chambre. Elle trouva l'enfant toujours endormi sous sort de silence. Elle lança le contre sort et s'assit sur le lit. Doucement elle passa sa main dans les cheveux fins de l'enfant en l'appelant d'une voix chaleureuse. Après quelques grognements et tentatives de disparition sous l'oreiller, Draco ouvrit les yeux. De la porte, son père le regardait se réveiller. Il avait les yeux rouges et bouffis. Il les frotta paresseusement en bâillant à s'en décrocher la mâchoire. Il s'étira en bâillant une deuxième fois avant de finalement arriver à s'asseoir. Il cligna des paupières pour les alléger du poids que le sommeil avait fait peser dessus. Lucius se demanda si tous les jours son réveil se passait de cette façon. Même s'il avait vu un comportement légèrement similaire chez Ioann, il n'avait jamais imaginé que son propre fils pouvait avoir de telles manières enfantines. Et cette pensée lui montra combien il s'était trompé. Draco n'avait que six ans. Il était un enfant. Et lui, il allait devoir commencer à le regarder évoluer, non pas comme un héritier digne de son sang, mais comme l'enfant qu'il était.
- Bonjour Draco. Alors dis-moi, as-tu bien dormi ?
- Oui madame, j'ai bien dormi.
- Tu te rappelles ce qui s'est passé hier chez ton parrain ?
- J'ai été vilain et papa m'a puni.
Lucius n'arrivait pas à savoir ce qui le touchait le plus. Le fait que son fils soit si persuadé qu'il n'était pas un gentil garçon ou qu'il ait annoncé ça sur un ton avec lequel il aurait avoué n'importe quelle évidence.
- Tu n'as pas été vilain.
- Si, j'étais sale. Et j'ai pas le droit car je suis un Malfoy et qu'un Malfoy ça doit jamais être sale et que je dois toujours être digne, récita-t-il avec grande concentration
- Tu n'es qu'un petit garçon, Draco. Tu as le droit de te salir en jouant.
- Non, j'ai pas le droit. C'est pas bien sinon.
- Et Ioann, il n'a pas le droit non plus ?
- Pas pareil. I'ann il est petit. Et puis Parrain Severus il dit pas qu'il a pas le droit de se salir. Et pis c'est pas un Malfoy.
Poppy était attristée de voir à quel point les préceptes odieux de Lucius étaient ancrés dans cet esprit si jeune. Mais elle n'était pas là pour faire un travail psychologique. Tant que le père ne changerait pas, elle ne pouvait rien de ce côté-là. Pour l'instant, elle devait vérifier qu'il n'y ait aucune maltraitance sur ce petit garçon. Et elle espérait grandement de ne pas en trouver. Elle avait bien assez avec un enfant traumatisé.
- Est-ce que tu as mal là où ton papa t'a frappé ?
Draco passa sa main sur sa joue et la frotta un peu. Il fronça les sourcils avant de secouer négativement la tête.
- Bien, tant mieux. Maintenant, est-ce que tu as mal quelque part ?
- Où quelque part ?
- N'importe où. Est-ce qu'une douleur te gène ?
- J'ai mal à mon ventre.
- Tu as envie de vomir ?
- Non, j'ai envie de faire pipi.
- Oh. Et bien, peut-être que tu devrais aller aux toilettes. Comme ça on verrait si tu as toujours mal au ventre.
- D'accord.
Il sauta dangereusement du lit avant de se baisser pour attraper ses chaussons et les enfiler. Il se releva et se dirigea vers la porte avant de remarquer pour la première fois depuis son réveil, la présence de son père. Il frissonna violemment en le regardant et baissa vivement la tête. Lucius se sentit mal à l'aise face à ce comportement, surtout que le regard noir de Poppy était simplement en train de le fusiller sur place. Visiblement, l'épisode du câlin rapide et maladroit du matin n'était pas resté dans la mémoire de Draco. Il avança sa main vers lui et le regarda trembler.
- Viens Draco, je t'emmène aux toilettes. Après tu reviendras voir Madame Pomfresh pour qu'elle t'examine.
- J'suis pas malade ! Promis ! S'affola l'enfant.
- Bien sûr que non. Et même si tu l'étais, ce ne serait pas grave. Allez, viens vite avant d'uriner dans ton pyjama.
Draco rougit fortement en se souvenant que c'était ce qu'il avait déjà fait la veille quand son père l'avait puni. Et il se dit que pour un grand garçon, faire pipi dans sa culotte deux fois d'affilé, ce n'était pas idéal. Alors, avec une crainte bien visible, il attrapa la grande main chaude de son père et se laissa guider dans les couloirs. Dans la chambre, Poppy s'interrogeait. Bien sûr le comportement de l'enfant pouvait amener n'importe quelle personne à réfléchir sur les implications sur l'éducation donnée par Lucius. Mais c'était le comportement de ce même homme qui actuellement la perturbait. Jouait-il la comédie, ou tentait-il réellement d'être un père ? Quand elle avait quitté la maison des Snape la veille, Severus lui avait dit qu'il avait remis Lucius à sa place en espérant que cela le forcerait à ouvrir les yeux. Elle n'avait rien dit mais elle avait estimé que cet homme était trop vil pour vouloir s'adoucir de quelque façon face à son fils. Et si la nuit porte conseil, le matin en se levant, elle n'avait pourtant pas changé d'idée. C'était pour cela qu'elle avait décidé de débarquer au Manoir Malfoy. Oh, bien sûr elle n'avait pas menti. Elle avait réellement laissé le souvenir de la scène indiquant des rapports de force entre Lucius et son fils. Elle avait contacté Milo pour le tenir au courant et c'était lui qui avait la fiole contenant le filament argenté. Elle avait préféré laisser Severus et Ioann se reposer tranquillement avant d'aller les voir. Elle était perdue dans ses pensée lorsque les deux blonds arrivèrent, toujours main dans la main. L'enfant paraissait un peu plus détendu mais elle nota bien qu'il était loin d'être en parfaite confiance avec l'adulte. Elle le fit s'asseoir sur le lit.
- Bien. Et maintenant, as-tu mal quelque part ?
- Non Madame.
- Alors, je vais te lancer quelques sorts. Ce n'est pas méchant, ça ne fait pas mal. Mais ça me permettra de voir si tout va bien, lui dit-elle avant d'ajouter pour le rassurer : Tu sais, je fais la même chose à Ioann avant de le soigner. Et tu sais qu'il n'a pas mal quand je le fais n'est-ce pas ?
- Oui, il dit que vous êtes gentille.
Un grognement se fit entendre derrière Poppy qui ricana doucement. Draco frissonna en pensant qu'il avait dit une bêtise.
-Ioann ne vous connaît visiblement pas aussi bien que cela. Même un magyar à pointes est plus docile que vous, railla Lucius.
-Ioann, tout comme Draco, est un gentil garçon. Il n'a donc à pas encore eu à subir mon courroux. Vous, par contre, je vous conseille de faire profil bas, mon cher Lucius.
Le cher Lucius s'offusqua mais ne rajouta rien. Poppy lança les différents sorts avant d'attraper un parchemin afin d'y noter les résultats. Puis elle sortit une sucette de sa poche qu'elle donna à l'enfant. Elle attira ensuite le père dans un bulle de silence.
- Je veux une réponse honnête Lucius. Avez-vous, d'une façon ou d'une autre, corriger votre fils par des coups sur le dos ?
- Je sais que vous me prenez pour un tyran mais je ne l'ai jamais frappé à cet endroit là.
- Alors, où l'avez-vous frappé ? Non, pas de récriminations. Je sais que vous l'avez fait. Je ne parle pas en tant qu'ennemi mais en tant que médecin. Je vais mettre de côté mon éthique au profit de la partie médicale. Mais j'ai besoin de savoir.
- J'ai pour habitude de lui donner des coups sur les fesses avec une fine baguette de merisier, lâcha Lucius à contre cœur.
- Sur les fesses. Ce qui pourrait expliquer cela alors.
- Expliquer quoi ?
- Qu'il ait un spondylolisthésis. Phénomène assez rare sans une prédestination et pour se faire, assez étonnant sur Draco. Sa cinquième vertèbre lombaire a légèrement glissé en avant par rapport à la sixième, ce qui entraîne des douleurs localisées en un point précis de son dos. Soit il a mal et préfère ne rien dire. Un autre précepte Malfoyen ? Soit avec le temps, il ne se rend même plus compte qu'il a mal au dos. C'est un enfant en pleine croissance. Tout coup donné avec une certaine force, joue sur son développement. Mais ce n'est pas trop grave en soit. Cette potion adéquate, un léger massage avec ce baume et dans deux jours il n'y aura plus aucun désagrément. Mais il est tout de même passé près d'une lourde médication. Cela aurait pu être bien plus grave. Je vous préviens, Lucius, si je dois trouver une nouvelle fois de telle trace de violence sur lui, je serais intraitable, et vous apprendrez que vous n'êtes finalement qu'un sorcier comme les autres. Malgré toutes vos relations, aucune ne vous sauvera.
-Y aura-t-il des séquelles ? Demanda-t-il d'une voix blanche sans se préoccuper de la dernière partie de la phrase.
La menace de Poppy ne lui fit ni chaud ni froid comparé à la crainte qui s'était insinuée dans ses veines. Il aurait avalé un sac d'aiguilles qu'il n'aurait pas eu plus mal. Avait-il réellement blessé voire manqué d'handicaper son propre enfant à cause de ses croyances ?
- Non. Il n'en gardera aucune marque interne ou physique. Mais je ne sais pas quelle trace sera imprimée dans son mental.
- Bien, si vous avez fini votre travail, vous allez pouvoir rentrer chez vous, répliqua Lucius, pressé de mettre un terme à cette rencontre.
- Je repasserais demain pour vérifier que le processus de guérison est bien accepté et j'en profiterais pour ausculter Narcissa comme prévu. Je passerais en fin d'après midi. Vous n'êtes pas sans savoir que demain se tient la réunion de pré-rentrée à Poudlard.
- Au moins je ne vous verrais qu'en fin de journée. Vous ne viendrez donc pas me la gâcher par votre présence dès le matin.
- Vous m'en voyez ravie pour vous. Oh et une dernière chose avant de partir. Je vous conseille d'aller vous excuser auprès de Severus et de Ioann. Le pauvre enfant a été traumatisé par votre comportement envers son ami. Un mea culpa est vraiment le minimum que vous pouvez faire pour lui.
Elle quitta la chambre sans laisser le temps à Lucius de répliquer. Celui-ci fixa la porte comme s'il avait voulu la foudroyer d'un regard. Que cette femme pouvait être énervante ! Mais il reconnaissait qu'il avait des torts. Beaucoup de torts. Et qu'elle avait raison. Ioann méritait que pour une fois, il s'excuse. Mais avant, il avait quelque chose à faire. Il s'avança vers le lit et s'accroupit au pied pour être à hauteur de son fils. Le regard effrayé qui le fixait ne lui rendit pas la chose facile.
- Draco, hier soir quelqu'un a fait une grosse bêtise.
- J'suis désolé ! Je ferais attention ! Je me sal ...
- Non Draco. C'est moi qui ai fait une bêtise.
Le regard interloqué de l'enfant l'aurait fait sourire si le moment n'avait pas été si important.
- Je n'aurais pas dû te frapper. Tu n'avais rien fait de mal. Tu es un petit garçon qui a le droit de jouer et de se salir. Bien sûr, il ne faut pas le faire exprès. Mais hier tu n'avais rien fait de mal. Draco, je m'excuse de t'avoir fait peur et fait mal.
- Je ... c'est ... père ?
Draco était totalement bouleversé. Il ne comprenait pas. Il ne comprenait plus. Il ne reconnaissait plus son père. Il se mordilla la lèvre en gardant un œil sur l'adulte. Comment était-il censé savoir ce qu'il devait faire si ce qu'on lui avait appris depuis toujours était en un instant modifié ? Il repensa à son rêve. Un rêve où il s'était levé pour aller boire et se soulager. Il avait alors rencontré son père qui lui avait dit des choses gentilles et qui l'avait porté dans ses bras en le rassurant. C'était un rêve bien étrange. Mais voilà que maintenant qu'il était réveillé, son père se comportait comme dans son rêve. Il ne savait plus quoi penser. Il avait juste envie que sa maman lui donne un câlin et aussi de manger des tartines à la marmelade d'orange comme tous les matins. Il était tellement dans ses pensées qu'il ne vit pas le regard attentif de son père.
Celui-ci lui attrapa doucement ses mains le faisant sursauter. Leurs deux regards gris se croisèrent. Puis doucement, comme il avait vu Severus le faire avec Ioann, Lucius attira Draco dans ses bras. Le garçonnet se tendit fortement et n'osa pas bouger. Lucius se sentit maladroit. Il ne savait pas comment faire dans cette situation. Jamais il n'avait eu à rassurer qui que se soit. A part Severus, à une certaine époque et dans une certaine mesure, mais celui-ci l'aurait tué s'il avait eu ne serait-ce que l'idée de le prendre dans ses bras.
- Tout va bien Draco. Je sais que tu es perdu. Mais moi aussi je le suis. Alors on va apprendre tous les deux d'accord ? Tu vas m'apprendre à être un vrai papa et moi je t'apprendrais à me faire confiance. Es-tu d'accord ?
- Je ... oui ... d'accord ...
Doucement, comme s'il avait peur de mal faire, Draco entoura le cou de Lucius de ses bras et agrippa le col de son vêtement. Puis il déposa sa tête sur son épaule en se resserrant contre lui, toujours avec précaution. Son père resserra son étreinte sur lui et posa sa main sur sa tête.
- Merci de me donner une autre chance, mon fils.
- Moi je t'aime quand même, papa.
La petite voix étouffée s'entendit à peine, et pourtant l'écho se répercuta dans tout le corps et toute l'âme de Lucius. Il ne dut qu'à sa forte volonté de ne pas laisser des larmes prendre place dans ses yeux. Oui, il leur faudrait du temps pour s'apprivoiser et apprendre de l'un et de l'autre. Mais ce début était plus que prometteur et il suffisait à montrer au père le bienfait de quelques concessions.
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Milo se pencha vers la droite et évita avec brio la cuillère à soupe qui atterrit au sol dans un grand bruit. Il se dit que si personne n'arrivait à le tuer avant ses trente ans, il réussirait tout de même à finir avec un œil en moins ou complètement estropié. Bien sûr, il faudrait qu'il apprenne la définition du mot 'prudence'. Mais depuis le temps qu'il tentait d'être bon élève, il se dit que finalement ce n'était plus la peine d'insister, son cas était désespéré. En face de lui, Severus, tendu, ouvrit le tiroir à couvert pour sortir une nouvelle cuillère dont il se servit pour touiller sa sauce bolognaise. Au moins le Russe pouvait être rassuré, le liquide poisseux et carmin qui lui couvrait la joue n'était pas du sang. Il attrapa un torchon et se nettoya.
- Non mais sérieusement, je crois sincèrement que ça te ferait du bien, tu sais.
- Ose encore me faire ce genre de proposition et tu finiras en morceau dans mes potions.
- Ce n'est pas drôle. On ne peut jamais parler avec toi sans que tu en viennes aux menaces.
- Parce qu'il n'y a que ça que tu comprennes.
- Même pas vrai. Si j'avais peur de toi je ne serais pas là.
- Et tu ferais bien de partir si tu ne veux pas me tenter un peu plus.
- Heureusement que j'ai mon ange de filleul. Lui au moins il m'aime et ne tente pas de me faire disparaître de la planète à chaque fois qu'il me voit.
- Il est trop petit pour cela. Mais ne t'inquiète pas, s'il tient un minimum de moi, il le fera bien assez tôt.
- C'est pour cela qu'il ressemblera sûrement et exclusivement à sa mère. Elle, au moins, m'adorait.
- Arrête un peu de tout ramener à Iva, bordel ! Contrairement à toi, certains dans cette maison n'ont pas encore pu faire leur deuil. Alors garde tes réflexions pour toi et grandis pour une fois.
La porte de la cuisine claqua derrière Severus. Milo s'assit sur une des chaises et laissa sa tête tomber dans ses mains. Bon, cette fois il n'avait pas été diplomate. Il avait voulu le sortir de ses idées sombres mais il s'était fourvoyé. Il soupira lourdement. L'anglais avait raison. Il avait parfois du mal à faire la part des choses. Et là il l'avait réellement blessé. Quand Poppy était passée le voir en coup de vent le matin même pour le mettre au courant de ce qui s'était passé, il avait eu dans l'idée de venir pour voir comment se portaient Ioann et son père et ainsi pouvoir les distraire. Il les avait trouvés, tranquilles, autour d'un petit déjeuner. Il n'avait pu ignorer la peur dans les yeux du garçon quand il avait poussé la porte. Oh bien sûr elle n'avait pas duré longtemps. Mais elle avait été là. Comme un mois auparavant. Et comme un autre mois avant. Pourquoi dès qu'il allait mieux, quelque chose le replongeait dans ses horribles souvenirs ? Il passa une main dans ses cheveux hirsutes. Après une grande inspiration il se leva et passa au salon. Il avait des pots cassés à réparer. Il n'eut pas à aller beaucoup plus loin. Severus était devant une des photos où l'on voyait Ivanna rire à ses côtés. Il s'approcha sans bruit. Il s'arrêta juste derrière lui et lui passa son bras droit autour de ses épaules, le forçant à appuyer son dos contre son torse.
- Je suis désolé Severus. C'était particulièrement déplacé de ma part. J'ai eu deux ans pour me faire à sa mort. Toi tu n'as eu que trois mois. Et encore, avec tous ces changements, tu n'as pas dû beaucoup y penser.
- Tu seras pardonné à la condition que tu me lâches sur le champ, répondit Severus d'une voix brisée qu'il aurait voulue sarcastique.
- Non. Baisse ton masque Sev'. Il n'y a que toi et moi.
Le silence retomba sur le salon. La main gauche de Milo frottait doucement le bras de son ami dans une tentative de réconfort. Il ne sut si s'était efficace, mais il ne fut pas repoussé. Un bruit derrière eux les sortir de leur bulle. Severus passa rapidement une main sur son visage pour effacer toute trace de lassitude ainsi que les quelques larmes traitresses qui lui avaient échappé. Puis il se retourna pour voir Ioann arriver vers eux, son dragon dans ses bras.
- Tu ne joues plus mon Cœur ? Demanda le Maitre des Potions d'une voix douce.
- Non, voulais être avec toi et oncle Milo.
- Viens là.
Severus s'était accroupi au sol et le serra fortement dans ses bras. L'enfant ne savait pas ce qui arrivait à son père, mais il comprit qu'il était triste. Alors il laissa Leloo tomber au sol et agrippa l'adulte pour lui faire un gros câlin avant de lui embrasser la joue. Une odeur de brûlé attira leur attention, brisant cet instant. Severus jura dans sa barbe avant de se précipiter dans la cuisine pour voir sa sauce bolognaise servant de carburant aux flammes qui léchaient la casserole.
- Bravo Gabrilov, tu as ruiné notre repas.
- Et voilà, avec toi c'est toujours ma faute !
- Parce que c'est toujours de ta faute.
- Tyran.
- Gamin.
Le regard à nouveau complice, les deux adultes s'échangèrent un sourire en coin. Puis tous les trois unirent leurs capacités pour rendre au déjeuner une note plus gaie que la promesse de pâtes au beurre. L'ex-professeur était toujours un peu tendu. Il savait que tant qu'il n'aurait pas revu Lucius pour mettre les choses au clair, il ne pourrait pas être totalement à l'aise. Et ce malgré les piètres efforts du Russe pour lui calmer l'esprit. Ce ne fut que lors de la sieste de Ioann, que Lucius lui demanda une audience. Milo s'éclipsa et promit de revenir dans la soirée. Il avait de toute façon quelqu'un à voir d'ici là.
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Dans le salon, l'ambiance fut lourde pendant de longues minutes. Severus attendait tranquillement que le blond parle. Il le connaissait assez pour savoir qu'il était très perturbé. Son masque avait partiellement disparu. Finalement, après la deuxième tasse de thé :
- Je tenais à m'excuser de ce qui s'est passé hier soir. Mon comportement était totalement déplacé.
- Ton comportement était complètement odieux. En plus de ce que tu as fait ressentir à Draco, tu as traumatisé Ioann. J'ai passé la soirée à le rassurer et nous avons dormi dans la chaise à bascule car il ne voulait plus quitter mes bras.
- Ce n'était pas voulu. Je n'ai pas non plus voulu faire de mal à Draco. J'ai juste été ... aveuglé par ma propre éducation.
- Mon fils a commencé à faire l'amalgame entre toi et Sergueï Soloviev. Te rends-tu compte de ce que ça signifie ?
- Je me rends surtout compte que finalement il n'est pas si loin de la vérité que cela. Je ... Par Salazar ... j'ai blessé Draco aussi sûrement que Soloviev blessait Ioann.
- Non. Tu n'as pas été tendre ni réfléchi. Mais je doute que tu sois un jour arrivé à son extrémité.
- J'ai réellement blessé Draco. Il est sous traitement. Je ne saurais te dire le nom exact mais sa colonne vertébrale a été touchée. Poppy affirme qu'avec un suivi, il n'en paraîtra plus rien d'ici quelque temps.
- Soloviev frappait Ioann pour lui faire mal. Toi tu étais plutôt dans la lignée de mon père. Taper pour éduquer, sans se rendre compte des conséquences.
- Je ne sais pas si c'est mieux d'être comparé à ce Moldu alcoolique et violent.
- L'avantage c'est que maintenant il ne tiens qu'à toi de t'éloigner de cette ressemblance.
- Cela m'embêterait effectivement grandement de finir comme lui. Car cela ferait de Draco un criminel.
Severus se tendit brutalement, la mâchoire crispée pour ne pas dire certaines choses. Finalement, malgré son regard sombre et assassin, il reprit d'une voix calme.
- Je ne vois pourtant pas le rapport.
- Je pense que si. Tu ne m'as jamais dit ce que tu avais fait pendant ce lapse de temps où tu avais disparu. Juste au moment où ton père a été découvert mort chez lui.
- Tout simplement parce que cela ne te regardait pas. Nous ne sommes pas assez intimes pour que j'épanche mes secrets sur ton épaule. Quant à Tobias, les médecins ont indiqué qu'il était décédé d'une crise cardiaque. Je ne vois pas où aurait été mon rôle dans sa mort.
- Oh si tu le vois, Severus, beaucoup plus que tu ne le laisses paraitre. Ioann dort ? Demanda Lucius pour détourner la conversation.
- Oui, c'est l'heure de sa sieste. Et vu les bouleversements émotionnels qui l'assaillissent depuis hier soir, il risque de dormir plus longtemps que d'habitude, du moins si aucun cauchemar ne vient le réveiller. Voir son ami ... non, celui qu'il considère maintenant comme son grand frère protecteur, se faire frapper comme un malpropre l'a beaucoup ébranlé.
- Je repasserais donc plus tard pour lui présenter mes excuses. Puis-je lui offrir quelque chose pour l'aider à me pardonner ?
- La confiance en toi qu'il vient de perdre ? Ironisa Severus.
- Je ne pourrais malheureusement pas la lui redonner en une seule soirée. Mais j'y travaillerais. J'aime beaucoup ton fils Severus. Il m'offre de nouveaux horizons. Il m'ouvre la porte à de nouvelles émotions. Et même si je ne suis pas encore à l'aise avec cette situation, j'ai envie de voir où cela va me mener.
- J'apprécie que tu l'aimes. Mais il serait préférable que tu commences à aimer ton fils comme il se doit.
- J'y travaille. Je ne peux pas trop brusquer Draco, il est trop petit pour tout comprendre. Mais je compte bien passer un peu de temps avec lui. Il accepte de me donner une nouvelle chance.
- Draco t'aime. Tu n'y as jamais fait attention, mais tu es son modèle, son héros. Tu es son père.
- J'espère juste qu'un jour il m'accordera ne serait-ce que la moitié de la confiance que Ioann te porte. J'en serais déjà très fier.
- Cette moitié là t'est déjà acquise. A toi de faire en sorte que l'autre moitié te soit accordée.
- Merci Severus. J'apprécie également beaucoup ton amitié.
- Oh par Merlin. Et reprends-toi donc un peu. Où donc est passé l'arrogant Lucius Malfoy ? Tu t'excuses, tu te lamentes tu me remercies. C'est certes une excellente journée quand tous ces évènements arrivent en même temps. Mais pour peu, je me croirais au Ministère avec tous ces lèches-bottes qui te passent du cirage à longueur de journée.
- Chose qui ne t'arriveras jamais, reprit Lucius, conscient du détournement de conversation effectué par Severus pour lui permettre de se reprendre. Tu es loin d'avoir mon prestige et ma classe. Bien que je trouve tes cheveux en meilleur état qu'à une certaine époque. Aurais-tu enfin appris à t'occuper de toi ?
- Je passe surtout moins de temps dans les effluves d'un chaudron. Maintenant lorsque tu auras fini de m'insulter tu pourras repartir apprendre à câliner ta famille et me laisser profiter de la mienne.
Quelques échanges sarcastiques plus tard, Lucius disparut dans la cheminée en promettant de repasser le soir même pour parler avec Ioann. Severus soupira en se demandant s'il n'allait pas finir par demander des droits de passage chez lui. Entre un Russe incrusté et un Sang-Pur déterminé, la soirée ne serait toujours pas calme. Sans un regard aux clichés sur le mur, il descendit dans son laboratoire. Rien ne valait la confection d'une bonne potion pour effacer certaines choses difficiles à oublier.
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A Londres, Milo attendait, avachi dans son canapé, les pieds négligemment posés sur sa vieille table basse bancale. Depuis qu'il avait abandonné Severus et Lucius, il n'avait fait que réfléchir. Finalement sa bourde lui avait fait poser le doigt sur un problème sous-jacent. Et il était bien décidé à rattraper son comportement indécent. Heureusement qu'il avait un patron arrangeant. Cela allait lui permettre de mettre son plan en route. Il avait déjà prévenu Henrique qu'ils ne pourraient pas se voir le samedi suivant car il devrait bosser pour récupérer ses heures. Il ne lui restait plus qu'une chose à régler. Il repensa au regard furieux de son ami quand il lui avait cette proposition. Il grimaça. Non, plus que furieux, ce regard était blessé. Severus était un homme sombre, solide, fort et inébranlable. Il était une personne qui pouvait affronter la mort sans plus de sentiments que s'il était allé chercher des courgettes à l'épicerie. Le seul qui arrivait à lui faire tomber cette carapace dans laquelle il se murait, c'était Ioann. Et encore, pas dans n'importe quelle situation.
Pourtant cette fois, c'était lui qui avait trouvé une faille. De le voir évoluer dans sa nouvelle vie avec beaucoup d'habileté malgré le peu de temps qu'il a eu pour s'habituer, lui avait fait oublié que justement tout s'était passé un peu trop vite pour être parfait. Severus n'avait eu que quelques heures, à peine deux jours, pour apprendre, comprendre et accepter la mort d'Ivanna, avant d'endosser pleinement le rôle de père. Et visiblement, si les deux premières parties avaient été effectuées, l'acceptation était loin d'être à l'ordre du jour. Des flammes vertes illuminèrent le salon. Milo se dit que finalement cela avait du bon d'être dans un quartier sorcier. Personne n'était alors choqué de voir une cheminée dans un appartement. A Kazan, il avait toujours du se servir des réseaux publiques et de hiboux pour communiquer avec les autres. Le parchemin qui fut craché lui indiqua qu'il pouvait rejoindre son interlocuteur dès à présent. Il attrapa un peu de poudre de cheminette et annonça sa destination.
