Tous s'étaient arrêtés de bouger. Tous s'étaient arrêtés de respirer. Le bruit continua quelques instants, plus proche et plus désagréable. Ils savaient que s'ils restaient là, ils ne pourraient plus fuir, ils seraient piégés comme des rats. Non pas que la fuite soit dans leurs habitudes, mais pour le coup, la situation nécessitait la présence de tous ! Il leur fallait retourner au Tardis, et tout de suite, et en un seul morceau.

Comme le bruit venait de cesser, le Docteur tendit les cristaux à Jenny et s'approcha précautionneusement de l'entrée de la salle. Il inspecta silencieusement sa gauche et sa droite. Rien. Pas de mouvement, plus de bruit. Il se retourna, faisant signe à ses compagnons de s'approcher. Ils arrivèrent tous en silence.

Le Docteur fit un premier pas dans la minuscule salle qui reliait les différentes pièces.

Et se retrouva projeté au sol sans qu'il n'ait eu le temps de voir quoi que ce soit. Mickey et Rose se précipitèrent vers lui et furent à leur tour envoyés au tapis sans avoir eu plus le temps de réagir. Jenny et Aurélie, qui se trouvaient encore dans la galerie Apollon, virent deux grandes lanières luisantes brasser l'air de la petite salle. Jenny voulu se précipiter vers le Docteur à terre. Mais, remarquant l'expression sans équivoque du Seigneur du Temps qui désirait les voir rester où elles étaient, Aurélie agrippa la petite et la plaqua contre le mur pour l'empêcher de plonger tête baissée vers le danger.

Le Docteur tenta de se relever mais fut projeté à terre une seconde fois. Levant la tête, Aurélie et Jenny aperçurent au plafond une créature de cauchemar aux deux appendices agiles comme des tentacules de pieuvre. Mais en y prêtant plus attention, elles remarquèrent avec horreur que celle-ci avait une allure particulièrement humanoïde. Elle se déplaçait au plafond avec souplesse et rapidité et semblait anticiper les mouvements de ses victimes.

Jetant un œil au Docteur, Aurélie remarqua qu'il venait de décider de pratiquer la technique du « ventre à terre » au sens propre du terme. Il rampait rapidement en restant à distance des bras de la pieuvre humaine. Rose opta pour la même idée mais Mickey, décidant de se relever un peu trop tôt fit un nouveau vol-plané qui par chance l'éloigna passablement de la chose. Tout en imposant à Jenny de rester calme, Aurélie aperçu le Docteur en train de se redresser au centre de la salle où se trouvait des pièces telles que le Sacre de Napoléon et Le radeau de la Méduse. D'un geste vif de la main, il leur fit signe de s'éloigner le plus possible de la bête, même si cela voulait dire s'éloigner aussi de lui. Car la créature avait décidé qui seraient ses proies principales : Le Docteur debout qui faisait tout pour attirer son attention en criant ainsi que Rose qui aidait Mickey à se remettre sur ses pieds. Si les filles filaient dans le sens inverse, elles ne le remarqueraient pas et seraient à l'abri.

« Viens Jenny, viens avec moi ! » Murmura Aurélie en tirant la petite vers elle.

« Mais... Et le Docteur ?! » Supplia Jenny.

« C'est ce qu'il veut ! Il sait ce qu'il fait ! Viens par là, il nous retrouvera ! »

Jenny jeta un œil au Docteur et accepta de suivre Aurélie. Courbée en deux, elles se faufilèrent en silence, observant le Docteur attirer la créature vers lui.

L'hybride ne les aperçu pas... Jusqu'au moment où des sonneries stridentes se mirent à résonner dans les couloirs du musée. Il se tourna vers Jenny et Aurélie puis vers Mickey et Rose, n'arrivant apparemment pas à se décider.

« C'est l'alarme des 10%, allumez votre réserve d'oxygène! Cria le Docteur aussi fort qu'il put tout en agitant les bras pour attirer l'attention de la créature avant de s'adresser directement à elle. Eh toi, viens par là, oui... Par là, c'est moi que tu cherches et tu le sais... Votre réserve, appuyez sur le bouton vert et filez ! »

A ces mots, il se précipita à toutes jambes, reprenant le chemin qu'ils avaient déjà emprunté en sens inverse. La bête ne se fit pas prier et choisi la proie la plus visible, la plus bruyante, en un mot, la plus remarquable ! Rose et Mickey, qui venaient d'appuyer sur leur bouton vert, se ruèrent à la suite du Docteur, direction le Tardis.

Dans le sens inverse, Jenny et Aurélie s'étaient mises à courir, s'éloignant un peu plus à chaque pas de la créature mais aussi du Docteur.

Lorsqu'elles estimèrent qu'elles étaient assez loin et suffisamment en sécurité, elles se posèrent un instant, s'assirent contre un mur, à bout de souffle, et ouvrirent enfin leur réserve d'oxygène.

« Ton téléphone ! Chuchota soudain Jenny. Vite décroche ! »

Le générique de la série s'était mis à résonner dans les pièces royales, ce qui risquait d'attirer la créature à elles.

« Aurélie ? » Appela une voix essoufflée.

« Docteur ! »

« Vous allez bien ? » Demanda-il. Le ton de sa voix révélait une bonne dose d'anxiété.

« Oui Docteur, nous allons bien toutes les deux... Et vous ? »

« Oui. Nous sommes dans le Tardis, tous les trois... L'hybride est à l'extérieur, nous avons condamné la porte de la pyramide. Il ne doit plus être capable d'entrer... Pour le moment. Dites-moi où vous êtes, que je vienne vous chercher... »

Jenny attrapa le téléphone des mains d'Aurélie qui n'eut pas le temps de protester.

« Docteur, j'ai toujours les cristaux ! »

« C'est très bien ! Maintenant, dis-moi où vous êtes ! »

« Non, Docteur, tu ne comprends pas... Vous êtes à bord du Tardis, alors allez chercher les autres cristaux, vous reviendrez nous récupérer après ! Je ne suis pas toute seule, Aurélie est avec moi, ajouta-elle en faisant un clin d'œil à sa nouvelle amie. Vous le savez, vous devez aller à Versailles, alors, maintenant, c'est à vous de filer ! Nous vous attendrons au niveau de la pyramide ! »

Le Docteur resta muet un instant, ce qui commençait à devenir une habitude lorsqu'il savait que Jenny lui imposait une vérité qu'il ne pouvait réfuter. Après quelques secondes, il répondit enfin :

« Très bien, on fait comme ça. Nous n'avons absolument plus de temps à perdre. Maintenant que le niveau d'oxygène a baissé à ce point, il ne nous reste pas plus d'une heure avant... Nous devons agir vite ! »

« Doc ! Arrête! Nous allons y arriver ! En cas de contretemps, on se téléphone ! Vive la technologie bien terrienne ! »

« Faites attention à vous ! » Souffla le Docteur.

« On va prendre soin l'une de l'autre, Docteur, ne vous en faites pas ! » Dit Aurélie à côté du téléphone.

« Vous aussi, faites attention à vous ! » Lança Jenny avant de raccrocher.

« Si je ne coupe pas, il va être incapable de le faire lui-même ! » Fit Jenny d'un faux air désolé.