Chapitre 38 : Vérité dévoilée
La renarde m'avait grogné dessus en remuant nerveusement son unique queue. Elle me reprochait quelque chose et ses raisons pouvaient être nombreuses. Ember ne m'aimait déjà pas beaucoup et ses nombreuses tentatives de meurtres à mon encontre n'en faisaient pas un Pokémon auquel je confierais ma vie. Je pouvais la ramener immédiatement dans sa Pokéball, mais je voulais d'abord connaître ses réelles intentions. Elle savait qu'elle ne pouvait pas désobéir et avait accepté la sorte de contrat que je lui proposais. J'avais encore des doutes mais sa fierté devrait l'empêcher de trahir cet engagement sur un coup de tête.
Sauf si le coup de tête en question était lié à sa mère, la Feunard dont le meurtrier était une connaissance et qui semblait ne pas aimer les humains puisqu'elle les attaquait sur la Route 8 d'après Gray. Si le spectre avait demandé à Ember de nous tuer, cela ne semblerait pas étrange pour la Goupix qui avait probablement été éduquée comme cela. Ce fut Safran qui rompit le mystère en traduisant le grognement d'Ember :
- Elle te demande ce que tu attends pour le rendre ''cramable'', dit Safran.
Je secouai la tête en souriant, me sentant stupide d'avoir douté, et actionnai une nouvelle fois l'objet qui révéla également la présence de deux Fantominus et trois Spectrum. Fat et Tortank s'occupèrent de ceux-là pendant que la Goupix brûlait le gaz violet vivant, qui avait sali la mémoire de sa mère, avant de revenir vers moi.
- Les combattre n'a jamais rien eu de plaisant... déclara une exorciste dont je n'avais pas retenu le nom à mon intention. Les morts qui reviennent chez les vivants se nourrissent de leur peur.
- L'une des vôtres m'a affirmé qu'ils n'étaient pas des fantômes, m'étonnai-je.
- Laquelle ? demanda-t-elle en regardant le groupe.
- Une qui est décédée au premier étage... Elle disait qu'ils n'étaient que des Pokémon aux corps gazeux et qu'il n'y avait qu'un spectre dans la tour...
Elle échangea un regard avec les autres et elles parurent comprendre quelque chose. Tant mieux, parce que j'étais largué, là.
- La prêtresse Kaede t'a donc dévoilé le secret des deux Aînées... dit-elle tristement. Et elle est morte...
- Mais encore ? l'encourageai-je à développer.
- En passant Aînée dans notre clan, l'Aînée actuelle doit transmettre ce savoir à sa disciple. Aucune d'entre nous n'était censée le savoir... La prêtresse Kaede que tu as rencontré plus bas était la disciple en question.
Pendant qu'elle m'expliquait, les autres commentaient l'information que je venais de leur apporter avec surprise et en se demandant comment elles allaient faire en rentrant à Safrania maintenant que le secret était révélé au grand nombre.
- Ils vous cachent des informations sur votre propre travail ? Ce n'est pas un peu dangereux ?
- On nous apprend comment les combattre et les moyens de s'en protéger. C'est suffisant je pense...
Je ne le pensais pas mais je ne pouvais pas dénigrer leur tradition. Je demandai donc :
- Vous avez dit qu'il y avait deux Aînées, vous savez où est la seconde ?
- Lorsque nous nous sommes séparées, la prêtresse Kaede devait assurer la protection de celles qui s'enfuyaient tandis que la prêtresse Urasue restait en arrière pour les retenir. Elle devrait être plus haut.
Donc nous allions également la combattre. Je posai une dernière question tout de même :
- Mais comment les combattez-vous ? Vous n'avez même pas de Pokémon.
- Nous pouvons les neutraliser à l'aide de nos pouvoirs psychiques... Mais ils étaient bien plus nombreux que prévu et, une fois nos pouvoirs épuisés, nous sommes des proies faciles pour eux...
- Pouvoirs psychiques ? On peut apprendre ça ? demandai-je, plein d'espoir.
- Non... La plupart du temps, on naît avec... Sous... certaines conditions...
Ça m'aurait étonné du contraire... Mais elles auraient tout de même pu prendre des Pokémon pour les couvrir...
Nous étions toujours au cinquième étage quand nous tombâmes sur une énorme bulle orangée autour de laquelle de nombreuses fumées lévitaient. Après un nouveau combat contre ces Pokémon, j'inspectai la bulle et vis une femme à l'intérieur. Urasue d'après nombre de celles qui me suivaient. Je la touchai et ma main passa au travers. Je rentrai alors lentement tout mon corps et appela la femme. Physiquement, elle était comme toutes les autres mise à part le fait qu'elle était plus âgée. Elle lévitait assise dans une position de méditation, je l'appelai et elle répondit :
- Cette bulle ne te protégera pas des spectres longtemps, mon enfant. Mais si ton souhait est de périr à mes côtés alors soit.
Elle n'avait pas bougé ni ouvert les yeux et sa voix semblait provenir de la bulle elle-même. Je déclarai alors :
- Sortez de votre bulle et vous remarquerez qu'il n'y a plus de spectres et vos disciples qui attendent, madame Urasue.
Elle ouvrit les yeux et la bulle se désagrégea en partant du haut. Elle posa les pieds au sol et contempla les autres exorcistes qui couinaient son nom avec bonheur.
- Vous êtes plutôt crédule, commentai-je. J'aurais très bien pu mentir pour vous donner en pâture aux Pokémon.
- Je n'ai pas senti le mensonge en toi, c'est ce qui m'a fait croire... Et j'ai bien fait apparemment. Qui es-tu ?
Je lui montrai la boule que j'avais dans les mains :
- Le nouveau détenteur du Scope Sylphe.
- Quel bonheur ! Tout espoir n'est donc pas perdu. Je n'ai plus assez de pouvoir pour t'aider dans ta quête mais laisse-moi faire ceci.
Elle plaça ses mains sur mes Pokéballs et elles commencèrent à briller. Lorsqu'elles s'éteignirent, elle expliqua :
- La lumière salvatrice est la source du pouvoir du Scope Sylphe mais elle ne sert pas qu'à repousser les spectres. Elle peut apaiser les souffrances de tes Pokémon.
- Donc, cette balle peut soigner mes Pokémon ? tentai-je en connaissant la réponse.
- Non, le Scope Sylphe ne permet qu'un seul usage de la lumière salvatrice. Mais de manière illimité.
C'était déjà ça, je savais qu'il ne se périmerait pas. Je la remerciai et proposai de continuer la route. Urasue m'informa que le spectre se trouvait à l'étage supérieur et qu'il était dangereux. J'avais déjà rappelé Fat et Ember, malgré elle, car seul Tortank serait réellement efficace contre le spectre d'Ossatueur.
Une scène de combat se présentait à nous lorsque nous arrivâmes à destination. Trois exorcistes en trop mauvais état pour être vivantes se battaient contre une fumée blanchâtre difficilement perceptible dans ce décor de même couleur. Le Scope Sylphe permit une nouvelle fois de libérer les exorcistes dont les membres se détachèrent lorsqu'elles touchèrent le sol. Leurs morts ne faisaient plus aucun doute. Les trois Fantominus se dissolurent rapidement sous les puissants jets de Tortank et l'autre fumée s'enfuit vers l'escalier montant. Je me mis en tête de le poursuivre quand une nouvelle ombre sortit du sol pour se placer devant la tortue géante. Elle prit ensuite ma forme et annonça :
- Tu sais très bien que je te mens depuis le début, je t'abandonnerai dès que je n'aurais plus besoin de toi.
Dans un cri de rage, Tortank cracha un jet d'eau sur mon simili qui le traversa sans peine. Il se plaça ensuite entre mon premier Pokémon et moi pour enchaîner :
- Si je te cache autant de choses, c'est que tu n'es pas digne d'être mon partenaire.
Un nouveau jet d'eau partit sans que je ne puisse rien y faire et l'attaque ne l'atteignit pas à nouveau. Il me toucha par contre avec force, me propulsant contre une tombe. Mon dos craqua bruyamment et le Scope Sylphe sauta de ma main, glissa sur ma jambe pour rouler plus loin. Je jurai en pensant que s'il était tombé plus fortement, il se serait sans doute enclenché. Je tombai assis contre la pierre tombale, incapable de me redresser quand Safran arriva devant moi avec un sourire :
- C'est parce que tu n'es pas Red que je ne t'ai jamais dit pour mon père. Tu ne peux pas le remplacer.
Non. C'était un Ectoplasma. Ne l'écoute pas, ne l'écoute pas, me répétai-je en boucle avant de commencer à pleurer. Je lui envoyai mon poing qui n'atteignit même pas son corps spectral car la douleur de mon dos l'arrêta en premier lieu.
- On ne peut pas rester ensemble de toute façon, j'ai dix ans, tu es trop v...
Soudainement, le visage de Safran se déforma, d'abord par la surprise ensuite littéralement. Elle prit une teinte violette et de la fumée se dégagea d'elle. Un gigantesque torrent de flammes la traversa ensuite et l'Ectoplasma hurla et s'évapora. Je tournai la tête vers l'origine des flammes mais ne vis que partiellement le Dracaufeu. Safran était devant moi, ses yeux furieux étaient remplis de larmes et le Scope Sylphe encore brillant dans ses mains :
- Personne ne touche à mon Red ! cria-t-elle.
Je la remerciai faiblement et tournai mon regard derrière elle où les exorcistes se dépêchaient de me rejoindre maintenant que la menace était passée. J'étais rassuré d'être si bien couvert...
- Tu peux aussi soigner mon dos ? demandai-je à Urasue lorsqu'elle fut à portée de voix.
- Je peux atténuer la douleur mais les pouvoirs curatifs me sont totalement inconnus.
- Je m'en contenterai, merci, dis-je en me tournant douloureusement sur le côté pour lui tendre mon dos.
Pendant qu'elle utilisait ses pouvoirs, une exorciste s'avança devant moi et s'inclina :
- Nous sommes terriblement désolées. Nous avons essayé de le repousser avec nos pouvoirs mais nous avons échoué et tu as été blessé...
Elles avaient quand même tenté quelque chose, je m'excusai mentalement d'être une mauvaise langue.
- Ce n'est pas grave, lui assurai-je. Tout a bien fini... Et il n'en reste plus beaucoup.
- C'est terminé... annonça Urasue.
En effet, j'avais toujours mal, mais c'était supportable. C'était le mieux que je pouvais demander apparemment. Je la remerciai et me levai. Tortank baissait la tête quand je le regardais et, d'après Safran, il demandait de retourner dans sa Pokéball.
- Désolé Tortank, mais tu es le seul qui puisse vaincre le spectre d'Ossatueur sans problème. Je veux que tu restes encore un peu.
Il me fixa alors et hocha la tête dans un 'Tank ' déterminé.
- Jeune enfant... m'appela Urasue.
- Oui ? répondis-je voyant qu'elle ne finirait pas sa phrase sans ça.
- Comment sais-tu que le spectre est un Ossatueur ?
Mince, je m'étais trahi ? Quand ça ? Vite, une excuse crédible...
- Quand j'ai utilisé le Scope Sylphe, je l'ai aperçu avant qu'il ne s'enfuit.
- Tu avais choisi ton Tortank en connaissance de cause avant cela... me fit-elle remarquer.
- Ce n'est pas le plus important ! Le plus important, c'est qu'on doit le battre pour pouvoir partir de cet endroit !
Et le plus étrange, c'était que je n'avais pas prononcé cette phrase. Safran s'était placée entre nous deux et criait sur Urasue qui la fixa quelques secondes avant de dire :
- Soit, ce n'est pas faux. J'ai peut-être été indiscrète avec ce genre de question, je m'en excuse.
Safran s'accrocha à mon bras et me tira en avant. Elle chuchota alors :
- Je n'ai pas besoin de savoir ce que tu ne veux pas dire, tu seras toujours le seul que j'aime.
Je la remerciai discrètement et jetai un regard d'excuse en arrière à l'Aînée des exorcistes qui hocha la tête pour me faire comprendre qu'elle n'était pas rancunière. Tant mieux, nous avions déjà assez d'ennemis ici.
Le dernier escalier nous offrit un spectacle désolant ; la lueur blanche tournait désormais autour des cadavres d'un Osselait et de son évolution placés à la base de celui-ci.
- Ça confirme ta théorie... commenta Urasue. Le fantôme ne peut quitter cet étage car c'est ici qu'il est mort. Son retour est sans doute motivé par la vengeance et ne peut plus qu'être apaisé par sa mort définitive.
- On peut vraiment tuer un fantôme ? demandai-je.
- N'est-ce pas ce que tu as fait dans cette tour ?
- Pas selon le secret des deux Aînées...
- Je vois... Kaede... Non, vaincre le fantôme ne le tuera pas, cela le reverra simplement dans l'autre monde. Son âme ne subira aucun dommage permanent.
Donc il souffrira quand même ? J'aimerais lui éviter ça mais mon temps était compté à présent, je ne savais pas combien de temps dureraient encore les pouvoirs d'Urasue et mon dos semblait trop amoché pour fonctionner sans leur protection. Safran activa le Scope Sylphe et je demandai à Tortank de se préparer à l'action. La lueur blanchâtre commença à prendre forme et lorsque la silhouette du Pokémon Sol apparut, je criai :
- Bulles d'O !
Les énormes bulles fondirent sur notre ennemi et les explosions firent tomber des petits bouts du plafond. L'Ossatueur spectral tomba au sol sans le traverser, je fis quelque pas en avant et lui dis :
- On vengera vos morts, je te le promets. Tortank, Pistolet à Eau !
Le jet d'eau passa à côté de moi, me mouillant légèrement le bras et acheva le spectre qui disparut dans l'air comme s'il n'avait jamais existé. Je rappelai Tortank en le remerciant et soupirai en regardant les dernières marches.
- C'est fini ? demanda Safran en s'approchant de moi.
- Pas tout à fait, chuchotai-je. Encore trois Rocket à combattre et une personne à sauver. Vise le Smogo, son Explosion est très puissante et il n'hésitera pas à l'utiliser.
- Compris. Compte sur moi.
- Merci Safran, je t'expliquerai tout un jour...
Elle hocha simplement la tête et la chef des exorcistes coupa notre discussion qui se terminait de toute façon :
- La mission est terminée mais il vaudrait mieux vérifier s'il ne reste pas d'Ectoplasma en haut. Les Pokémon Spectre devraient se dissiper si nous battons leurs chefs...
J'approuvai cette idée à haute voix et nous empruntâmes l'ultime escalier.
Cette dernière pièce était différente des autres. Elle ne formait qu'un long couloir au bout duquel je pouvais voir un sorte d'autel. Ainsi que trois membres de la Team Rocket autour de quelque chose que je ne pouvais pas encore distinguer. Je savais par avance qu'il était M. Fuji, un homme qui s'occupait des Pokémon orphelins si je me rappelais bien... Je me rappelai surtout qu'il donnait la Pokéflûte en fait.
Je dis aux exorcistes de rester en arrière puis Safran et moi nous avançâmes discrètement. Ils étaient trop occupés par la personne sur laquelle ils criaient pour nous voir.
- Combien de temps on va encore devoir rester bloqués avant que tu ne décides de révoquer cette créature ?
- Je vous dis que vous êtes les seuls fautifs de son apparition... se plaignit un vieil homme en retour.
- Il continue à se foutre de nous, je propose qu'on le tue.
- J'ai une meilleure proposition ! hurlai-je pour attirer leur attention.
Ils se retournèrent dans un sursaut comme un seul avant de commencer à me hurler :
- Vous êtes qui, vous ?
- Comment vous êtes rentrés ici ?
- Je comptais vous tuer tous les trois pour ce que vous avez fait à ce pauvre homme... Et cet Osselait, ajoutai-je en voyant le Pokémon blessé à côté du vieil homme. Mais je vais peut-être vous laisser vivre finalement, partez d'ici immédiatement, la voie n'est plus bloquée.
- Tu crois vraiment pouvoir menacer des membres de l'illustre Team Rocket ? Tant mieux qu'il n'y ait plus le monstre mais c'est toi qui va crever pour ça gamin ! Smogo !
Le Pokémon n'était pas encore matérialisé que Safran cria :
- Nina, Griffe !
Le seul coup de la Nidoqueen ne mit pas le Smogo hors-combat. Je vis la syllabe 'Des' se former sur les lèvres du Rocket et je criai :
- Rappelle-la Safran !
Elle obéit et la Nidoqueen fut en sécurité quand le Rocket termina :
- Truction !
Smogo se mit à luire et s'approcha de nous. Je pris Safran par la main et commençai à courir vers les exorcistes tandis qu'elle disait :
- Pauvre Pokémon...
Pour ma part, je ne voulais pas y penser. Ce qu'il pouvait ressentir en sachant que son maître lui ordonnai de repeindre les murs avec ses entrailles et qu'il était forcé d'obéir. J'aurais peut-être dû...
- Smogoooooo !
Le Pokémon hurlait de douleur mais le bruit de l'explosion ne s'était pas fait entendre. Je me retournai et vis qu'il était cloué au sol, pris de décharges électriques. Il avait désobéi.
- Dardargnan, fais-toi plaisir, criai-je en le libérant. Seulement ceux en noir !
Je dis à Safran de tourner les yeux mais elle secoua la tête, décidée à regarder notre ami tuer des êtres humains de sang froid. Dardargnan fut si rapide que les Rocket n'eurent pas le temps de se protéger. Il ne resta vite que le Smogo qui s'était avancé que Dardargnan décida d'achever également.
Je m'approchai alors de la guêpe teintée de rouge et la pris dans mes bras :
- Désolé que tu ais eu à faire ça une nouvelle fois...
- Dardargnan !
- Tu ne dois pas y prendre goût, répondis-je sachant pertinemment ce qu'il disait.
Je cessai notre étreinte et le rentrai dans sa Pokéball puis, j'allai vers le vieil homme :
- Tout va bien ?
- Tout dépend de vos intentions... se méfia-t-il.
- Vous ramener à Lavanville. L'esprit d'Ossatueur est déjà calmé.
Un faible sourire se dessina sur son visage.
- C'est une bonne chose de faite... Ma pauvre Ossatueur.
- C'était la vôtre ?
- Oui, j'ai voulu empêcher la Team Rocket de prendre le Sylphe Scope et au final j'ai perdu deux amis... Presque trois, conclut-il en regardant son Osselait restant. Elle a sans doute voulu faire son travail jusqu'au bout mais merci de lui avoir permise de franchir le cap...
- Il fallait que ce soit fait, dis-je simplement.
- Hum, venez chez moi tout à l'heure. Ce n'est pas un endroit correct pour parler.
- D'accord, mais je dois d'abord passer au Centre Pokémon, j'ai le dos en compote.
Il hocha la tête et prit son Osselait dans ses bras ce qui me fit poser une nouvelle question :
- Pourquoi n'utilisez-vous pas sa Pokéball ?
- Les Rocket me les ont toutes cassées pour éviter que je le cache. Osselait était leur meilleur moyen de pression sur moi...
- Je vois...
La descente de la tour se fit sans trop de combat. Quelques Fantominus restaient mais leur nombre avait été réduit. Je pensais qu'ils s'étaient enfuis vers d'autres lieux. Si j'avais bien vaincu tous les Ectoplasma, ce devrait être le cas.
Les exorcistes portèrent le corps de Kaede, c'était bien elle, au premier étage pour la ramener à leur ville d'origine. Safran proposa que l'un de ses Pokémon le fasse mais elles refusèrent, prétextant leur fierté d'exorciste.
Nous arrivâmes pourtant au rez-de-chaussée où la femme de l'accueil continuait de pleurer et crier. Mais cette fois, elle n'était pas seule. Une petite fille de bas-âge se dressait devant elle, couverte de sang, et ricanait. Safran utilisa le Scope Sylphe qu'elle avait gardé sur elle et l'Ectoplasma se révéla. Je m'approchai de lui et l'engueulai :
- Écoute, je sais que tu me comprends. J'ai déjà tué trois de tes confrères Ectoplasma et beaucoup plus des autres, en plus du fantôme qui vous donnait tant de mal. Maintenant, vous dégagez de cette tour. C'est un endroit de calme, de repos et de respect. Vous avez des milliers d'endroits où vous pouvez vivre mais pas ici. Bien sûr, je ne te laisse pas le choix, tu obéis ou tu meurs.
- Plasma... Ectoplasma.
Après avoir dit ces mots, il disparut. Je me tournai vers Safran :
- S'il n'a pas dit oui, on va le traquer, peu importe mon état !
- Il a accepté, ils vont chercher un autre endroit pour vivre.
Tant mieux. Avec ça, nous avions réellement sauvé la ville, non ?
La femme de l'accueil se leva enfin en cherchant des yeux la petite fille et je lui annonçai :
- Il n'est plus là. Il n'y a plus de fantômes dans cette tour, vous êtes sauvé comme promis madame.
Elle ne disait toujours pas un mot et contempla le reste de la foule avec méfiance.
- Venez avec nous, nous vous emmenons au Centre Pokémon.
Elle avança timidement, ne semblant toujours pas croire que c'était réel. Et nous sortîmes tous ensemble.
Les membres de notre groupe s'extasièrent à la vue du soleil qu'ils n'avaient pas vu depuis longtemps même s'il était presque couchant. Moi-même j'étais satisfait de le voir. Qui aurait pu croire qu'un fantôme en plein jour pouvait réellement être effrayant ? J'étais totalement crevé et mon dos me faisait toujours souffrir malgré les pouvoirs encore actifs de Urasue. Je ne voulais même pas imaginer dans quel état il était. D'après M. Fuji, je ne devrais pas être capable de marcher avec un dos pareil. J'avais à nouveau remercié Urasue de son anesthésie.
Le Centre Pokémon nous ouvrit ses portes et l'infirmière nous accueillit.
- Mission accomplie, infirmière Joëlle ! dis-je en rentrant dans le hall.
- Ça a l'air, commenta-elle, me prouvant que c'était la même. Il y avait du monde dans cette tour apparemment.
Je ris et mon dos me fit souffrir à nouveau. Un peu plus que d'habitude.
- Tu devrais te dépêcher, m'avertit Urasue. Mes pouvoirs ont des limites.
J'acquiesçai et courus vers la Machine de Soin dans la chambre après une brève explication à l'infirmière consistant à lui dire que je m'étais cassé le dos. Toute la douleur partit immédiatement et une queue se forma devant la machine. Tous avaient besoin de soins même si certains dommages ne se répareraient qu'avec le temps selon l'Aînée des exorcistes. L'Osselait de M. Fuji fut soigné par ce biais également, puisqu'il n'avait pas de Pokéball, m'apprenant ainsi que c'était possible.
Lorsque tout le monde fut réunit dans le hall en pleine forme, Urasue s'approcha et parla pour le groupe :
- Merci énormément pour tout ce que tu as fait pour nous Red. Sois sûr que tout Safrania connaîtra ton nom et tes prouesses.
- Je n'aurais pas réussi sans vous et vos pouvoirs de guérison, répliquai-je. Je n'ai pas tout le mérite.
- Quand bien même, tu as accompli ce que tout un groupe avait échoué à faire. Nous serons éternellement tes débiteurs.
- Merci à vous, conclus-je sans savoir quoi dire d'autre dans ce genre de situation.
Ce fut alors au tour de M. Fuji de s'avancer :
- Puisque le temps est aux félicitations, permettez-moi de rejoindre. Merci beaucoup mon garçon, pour m'avoir sauvé de ces criminels ainsi que pour avoir sauvé l'âme de ma Ossatueur adorée. Merci... répéta-t-il.
- Encore une fois, je n'ai pas fait ça tout seul... répondis-je, commençant à me sentir gêné.
- En effet, merci à vous également mesdemoiselles pour avoir permis cela.
Elles dirent toutes en même temps que ce fut un honneur en baissant la tête d'une manière parfaitement synchronisée. Le vieil homme poursuivit :
- Tu as bien sûr droit à une récompense pour cela, viens chez moi demain. Je vais faire le tour de la ville pour annoncer aux gens que la ville est saine ce soir. Tu n'auras qu'à leur demander ton chemin.
- D'accord, merci.
- Merci à toi, cher enfant... conclut-il en partant.
Il souhaita une bonne soirée à tout le monde et sortit du Centre.
- Nous allons également nous quitter, m'indiqua Urasue. Les gens de Safrania doivent s'inquiéter de notre absence. Si tu passes par Safrania, viens donc à l'Arène.
- C'est bien mon intention.
- Je pensais bien que tu collectais les Badges... Au revoir, Red.
Les voix des autres exorcistes firent écho à la sienne et le Centre se vida de vie. Seules restaient Safran, l'infirmière Joëlle et la femme de l'accueil de la Tour Pokémon qui s'avança à son tour :
- Je... Je suis désolée de ne pas t'avoir cru tout de suite. Je vais y aller aussi, je n'ai rien mangé depuis des jours... Les réserves d'urgence de la Tour se sont vidées ce mois-ci... Je n'aurais pas survécu plus longtemps, surtout avec ces fantômes. Merci beaucoup...
- Ce n'est pas grave, je comprends. Allez vite manger et retrouvez une vie normale. Un mois là-dedans, ça a du être l'enfer. Reposez-vous bien.
Elle me regarda et, après quelques secondes, me dit :
- Euh... Je comprendrais si vous ne voulez plus revenir dans la tour mais si vous venez demain, j'aurais également une récompense pour vous... Encore merci.
Et elle partit en courant. Un mois là-dedans ? Mais... Et les exorcistes ? Elles n'avaient rien mangé ce mois-ci, comment pouvaient-elles être encore vivantes ? Leurs pouvoirs psychiques ? C'était la seule explication plausible...
Ce fut au tour de Safran de s'avancer. Je craignais qu'elle ne veuille parler des illusions des Ectoplasma et je n'avais pas tort :
- Red... La vision... de Tortank. Tu devrais le rassurer, ça lui ferait du bien.
Oui, je le devais. Les phrases qu'avaient dites l'Ectoplasma sous mon apparence, sous l'apparence de Red, elles n'étaient pas totalement fausses. Je lui mentais depuis le début et je devrais l'abandonner un jour.
- Oui... Safran, tu peux garder mes Pokémon ? Je voudrais lui en parler seul à seul ?
- D'accord, mais tu n'auras pas besoin de traduction ?
- Je me débrouillerai... Merci pour tout Safran, je t'aime vraiment énormément.
Et je le pensais. Pourtant, je devrais aussi l'abandonner. Il ne pouvait en être autrement.
Je libérai Tortank et il se dirigea immédiatement vers la chambre. Je le suivis et refermai la porte derrière moi.
- Tank, tor. Tortank.
- Je ne compte pas te rassurer parce qu'on me l'a demandé. Au contraire, je vais te dire toute la vérité. Es-tu prêt à l'entendre ?
Il hocha sa grosse tête de reptile et je commençai à lui expliquer. Il écouta plutôt calmement sans interruption jusqu'à la fin. Il cria juste de surprise lorsque je lui racontais la réalité sur ce monde et sur moi mais, après ça, il hocha juste la tête à chaque nouvelle information comme s'il trouvait ça logique.
- Voilà, conclus-je. C'est tout.
- Tank...
- Hahaha, j'imagine que tu es surpris... Et je ne peux même pas comprendre ta réponse.
Il soupira et ouvrit la porte avant de grogner son nom. Safran accourut dans la pièce et Tortank lui parla. Je lui avais déjà dit que je ne voulais pas qu'il en parle aux autres et il avait acquiescé quand je lui avais fait promettre. Je me doutais donc qu'il ne lui racontait pas tout.
- Bien sûr ! lui répondit Safran. Comme d'habitude.
Satisfait, Tortank s'avança vers moi... et me mit un énorme coup de patte dans l'épaule qui me fit tomber au sol avec fracas. Le petit craquement dans mon épaule nécessiterait peut-être un voyage à l'hôpital dans mon monde. Je criai donc de douleur tandis que Tortank hurlait.
- Es... Espèce d'abruti ! Tu aurais du me parler de tout ça bien plus tôt ! traduisit Safran en prenant son rôle au sérieux.
Sans doute à la requête de Tortank. La tortue me souleva alors, me faisant pousser un nouvel hurlement de douleur et me plaça dans la Machine de Soin avant de la mettre en route. Je répliquai lorsque j'en sortis :
- Me le dire sans frapper aurait marché aussi...
- Il dit que ça aurait eu moins d'impact... Je... dois repartir ?
- Pas encore... Écoute Tortank, tu as raison. Mais mets-toi à ma place. Une chose comme ça n'est pas facilement avouable, encore moins à vous... Ou à elle.
- Tortank, tor ?
- Il te demande ce que tu comptes faire pour moi...
- Tout mon possible, déclarai-je sans cesser de fixer la tortue géante.
Tortank hocha la tête et annonça par le biais de Safran que la discussion était close mais que je ferais mieux d'en parler à tout le monde. Safran me regarda, pleine d'espoir, mais je secouai la tête :
- Pas encore... Désolé...
J'étais juste lâche. Je le savais. Malgré tout ce qu'elle m'avait dit, malgré le support qu'elle m'offrait, au fond, je n'arrivais pas à lui faire confiance. J'avais peur qu'elle parte si elle apprenait la vérité. Si notre union ne pouvait se conclure que par notre séparation. Je n'étais pas assez fort pour lui imposer cette vérité.
'Ensemble pour toujours' était l'idéal que je m'efforçai de lui faire croire. Mais elle n'était pas bête. Même si je ne lui disais rien, mon manque de confiance lui ferait du mal un jour et pourtant, je ne pouvais toujours rien dire.
Nous attendîmes la nuit dans un lourd silence sur le lit. Nos Pokémon embêtaient Tortank pour connaître le sujet de notre discussion mais il les repoussa violemment, les dissuadant d'une nouvelle tentative. Ember fut la seule qui me demanda directement :
- Tu nous demandes de te faire confiance en refusant de nous la rendre. C'est plutôt hypocrite.
- Oui, ça l'est Ember, dis-je en voulant machinalement lui caresser la tête. Désolé pour tout ça.
Elle esquiva ma main en grognant et couina en sautant du lit :
- Pff, je te pardonne pour avoir fait preuve de considération envers moi avec le spectre de Maman. Mais tu n'auras pas d'autres chances.
Je regardai alors Safran, toujours présente pour traduire. Serais-je un si bon dresseur si elle n'était pas là pour me dire ce qu'il n'allait pas ? Est-ce qu'ils auraient tous tenté de s'enfuir parce que je n'arriverais pas à leur porter assez d'attention ? Je devais vraiment beaucoup à cette petite, jusqu'à ma vie et pourtant... Je la pris dans mes bras et la remerciai une fois de plus. Elle me rendit mon étreinte. Une étreinte qui dura longtemps, je pensais. Je m'étais endormi le premier.
Pour le 'régime' des exorcistes, c'est particulier ; une personne avec des pouvoirs psychiques vit tant que son pouvoir est encore là et que son corps le permet. C'est pourquoi Kaede est morte aussi rapidement, elle a épuisé sa vie par son psy. De même qu'Urasue a joué sa vie dans l'anesthésie de Red. La Machine de Soin a soigné leurs blessures physiques, les a revigorées et a remonté leur 'barre de ki' mais elles sont toujours affamées sans pouvoir en mourir... Ouais c'est horrible.
C'est également à cause de leurs pouvoirs que les Pokémon Spectre les possédaient. Ils pouvaient ainsi s'en nourrir pendant une très longue durée.
