Chapitre 37 : Conférence de presse.

« - J'ai peur de ne pas assurer. » Soupira Chloé dans un souffle.

Gustav pinça les lèvres. Pas la peine de la laisser poursuivre, il avait compris.

Elle avait peur de ne pas être à la hauteur sexuellement. Etant vierge, et surtout sachant que Tom avait une expérience non négligeable, elle appréhendait le moment où il ile/i feraient. Jusqu'à maintenant, même si ils avaient formé un couple, allant jusqu'à dormir ensemble, Chloé s'était sentie comme rassurée par la distance que la non-officialité de leur histoire aux yeux de la presse et des fans posait. Néanmoins, dans quelques heures à peine, l'Europe entière connaitrait son existence, et si à en croire les centaines de journalistes et fans confondus agglutinés devant l'hôtel, son visage ne serait un mystère pour tout le monde. On la reconnaitrait dans la rue, et surtout, on leur poserait des questions sur leur vie sexuelle. Et que répondrait Tom en pareil cas ? i « Malheureusement, ma copine est tellement coincée que je risque de devoir prendre une fuck-friend. »/i Il ne dirait jamais ça. Elle le savait. Mais ne risquait-il pas de le penser, à un moment où un autre ? Un instant d'égarement, où la raison n'est pas la où elle est attendue, où seules les envies importent, et où on feint d'oublier qu'il peut y avoir des conséquences à nos actes.

Le batteur sortit de la pièce et revint quelques secondes plus tard avec un verre d'eau et le sac de Chloé à qui il le tendit.

« - Je ne t'ai pas dit ce qui … » commença-t-elle.

« - Je sais. Mais j'ai compris. Et là-dessus je ne peux pas t'aider. Seul Tom fera la différence. Et crois moi, depuis qu'il est avec toi, tout ce qu'il fait est différent. »

Chloé hocha la tête et attrapa les boites de cachet au fond de son sac. Les premiers jours du traitement, elle avait mal supporté les médicaments, passant des journées entières à dormir, et à se sentir mal à son réveil. Le docteur Salander l'avait vite rassurée, et lui avait simplement expliqué qu'il fallait un temps d'adaptation. Aujourd'hui, elle les supportait très bien, et sa seule crainte était de ressentir un manque à la fin de son traitement. Mais bon, elle n'y était pas encore, et elle avait largement le temps de voir venir.

Elle posa les trois gélules sur sa langue, et se dépêcha de boire de longues gorgées, grimaçant alors que les petites billes passaient dans sa gorge.

La salle de séjour de la suite avait été aménagée de façon intimiste, et quatre chaises installés les unes à coté des autres au milieu de la pièce. Tout autour, en arc-de-cercle, dix chaises réservées à dix journalistes des plus grandes chaines de télé ou journaux du pays et d'Europe.

Tom regarda les journalistes, ses bourreaux personnels, regarder leurs carnets de notes avec une gourmandise qui faisait, selon lui, peur à voir. La plupart étaient assez jeunes, moyenne d'âge de trente-cinq quarante ans, mais dans leurs yeux pétillaient une lueur de curiosité qui les différenciait aisément des autres personnes présentes. David était en grande conversation avec le photographe chargé de couvrir l'évènement.

Finalement, David leur fit signe de venir s'installer, et les jumeaux furent les premiers assis, sur les chaises du milieu. Tom remarqua que la main de Bill tremblait, alors il la prit dans la sienne, mais lui tremblait tout autant. Georg partit chercher Gustav, et ils revinrent avec Chloé qui s'appuya contre le chambranle de la porte, Morgane à ses côtés.

Quand tout fut près, que les personnes non autorisées furent sorties de la suite, une journaliste prit la parole.

« - Messieurs, je suis Myriam Bothwell, et je vais vous expliquer un peu comment vont se passer les quarante prochaines minutes. Pour éviter tout cafouillage, nous nous sommes mis d'accord, avec mes collègues des autres médias, sur une liste de questions. Nous vous poserons ces questions conjointement, dans un intérêt purement égoïste : nous voulons un maximum d'informations. Est-ce qu'on peut commencer ? »

La femme était jeune, pas plus de trente ans. Elle portait un pull à col roulé noir et un jean droit bleu clair qui lui allait magnifiquement bien. Son visage avait beau ne pas être des plus gracieux, elle inspira la sympathie au groupe, et sans le savoir, à Morgane et Chloé.

« - J'ai quelque chose à dire, moi. » Intervint Gustav alors qu'un journaliste allait parler.

L'homme eut un petit sourire, et autorisa le jeune homme d'un signe de tête à parler. Gustav soupira intérieurement. L'homme pensait avoir le pouvoir, mais c'était un point sur lequel il avait complètement faux. On ne lui permettait pas, pas plus qu'à Georg, Bill ou Tom, de parler ou de se taire. Ici, c'étaient eux les stars, c'étaient eux le centre d'attraction. Et même si tout le monde n'en avait pas conscience, ils avaient le pouvoir.

« - Sachez que nous ne répondrons pas aux questions trop personnelles, et que nous ne répondrons pas non plus à des questions auxquelles un autre membre du groupe aura refusé de répondre. »

« - Cela me parait correct. » Approuva l'homme, un géant dégarni. « Nous pouvons commencer ? »

« - C'est partit ! » Sourit Tom en lançant un regard discret à Chloé.

« - Bien. La première question, nous avons été nombreux à nous la poser. Quelles sont les vraies raisons de cette année sabbatique, dont vous êtes d'ailleurs sortis pour cette conférence de presse ? »

Le mot d'ordre pour les quatre amis était simple : pas de réponse irréfléchi, il fallait faire comprendre aux fans qu'ils avaient besoin de respect, dont ils avaient trop manqué ces derniers temps. En même temps, il fallait qu'elles reconnaissent leurs idoles, et c'était là que le challenge était, puisqu'ils avaient changé. Ce fut Georg qui répondit.

« - Nous avons vécu une année difficile. Moi, dans ma vie personnelle, et l'ensemble du groupe à un niveau plus professionnel. Nous avions besoin de ce retour aux sources, en quelque sorte, pour nous reposer, et pour nous retrouver tels que nous sommes réellement. Même si pour le moment les choses auraient pu se passer plus calmement. »

Les journalistes ne cachèrent pas leur surprise : ils s'étaient sans doute attendus à ce que ce soit Bill ou Tom qui réponde, et pas Georg. Les jumeaux n'avaient pas encore dit un mot, contrairement à leur habitude.

Une journaliste se pencha en avant, et fixa Georg avant de demander :

« - Justement, vous avez parlé de raisons personnelles. Peut-on savoir quelles sont-elles ? Est-ce en rapport avec votre soi-disant homosexualité ? »

Georg inspira profondément. C'était dans des moments tels que celui-ci qu'il avait désespérément besoin d'Eliot, des moments comme ça qu'il se rendait compte à quel point le surveillant comptait pour lui.

Gustav passa la main derrière les jumeaux pour la poser sur son épaule, et Bill lui tapota la cuisse. Ils savaient tous que c'était un moment que Georg avait longtemps craint. Jusqu'à quelques heures plus tôt, en réalité.

« - Oui, c'est en rapport avec mon homosexualité. Pas ma soi-disant homosexualité. Concernant l'année passée, disons qu'il existe malheureusement encore trop de gens qui pensent que l'amour est réservé à des couples hétérosexuels, qui pensent que les hommes ne sont pas fait pour aimer. Je n'en dirais pas plus, si ce n'est que je suis amoureux de la personne la plus merveilleuse qu'il existe en ce monde – désolé les gars, mais avouez que tous les trois on ne pourrait pas rêver mieux, même si c'est moi le mieux loti. » Expliqua Georg, avec un regard malicieux vers Bill et Tom qui tournèrent la tête vers Morgane et Chloé.

Les journalistes, pas dupes, suivirent le mouvement, et sous leurs regards, les deux jeunes filles rougirent.

Tom se racla la gorge. Il avait bien vu le mal-être de Chloé quand tous les regards s'étaient tournés vers elle et Morgane. Tout le monde reporta son attention sur le groupe.

« - Bill, on a beaucoup parlé de votre sexualité. Peut-on considérer que votre couple est une réponse à ces rumeurs ? »

L'androgyne prit le temps de réfléchir quelques secondes. Il savait parfaitement quoi dire, mais c'était le plan : paraitre plus faible pour attaquer plus fort.

« - Ce n'est pas une réponse ; si je faisais ma vie en fonction de ce qui se dit sur moi ou sur le groupe, ça se saurait. Je suis tombé amoureux de Morgane, et ce n'était pas une négation des rumeurs sur mon homosexualité : si elle avait un homme, je l'aurais aussi aimée. Sans vouloir faire bateau, je dirais seulement que l'amour c'est comme l'argent, ça n'a pas d'odeur : si j'aime quelqu'un, je l'aime pour ce qu'il est en lui-même, pour son âme comme dirait Gustav, et pas pour la forme et la taille de son sexe. »

Tom et Georg échangèrent un regard : en répondant ainsi, Bill faisait passer les journalistes pour des incompétents, et mettait les choses au point : si on cessait d'écouter leur musique parce qu'ils préféraient les hommes aux femmes, c'est qu'on n'avait aucune sensibilité, aucune cohérence avec soi-même.

Chloé donna un coup de coude à Morgane ; cette dernière avait les larmes aux yeux. Bill avait beau lui avoir dit plusieurs fois déjà qu'il l'aimait, il venait de faire une déclaration publique de son amour pour elle. Même si elle ne savait pas trop quoi penser de son opinion sur l'homosexualité.

« - Quand comptez-vous revenir sur le devant de la scène ? »

« - Nous avons déjà répondu à cette question. A vous de vous tenir au courant. » Répondit froidement Tom.

« - Vous avez un rapport plus distant avec la musique, vous semblez différents. Vos réactions sont plus adultes, plus sages aussi, et vous semblez avares de sourires. A quoi est dut ce changement ? »

« - Nous sommes fatigués d'entendre que nous ne sourions plus, que nous ne rions plus. Bien sur que si nous rions, et nous avons presque constamment le sourire ! Mais ces moments là sont intimes, et c'est précisément cette intimité qui nous manquait : les gens connaissaient tout de nous, nous voyaient dans nos moments les plus intimes. Maintenant, nos sourires sont plus rares, mais plus vrais aussi. A vous de voir si vous préférez de vrais sourires ou des grimaces hypocrites. » Protesta calmement Gustav.

« - Nous aimons toujours autant notre musique, mais elle n'est plus notre raison de vivre, le lien qui nous maintenait tous ensembles. Aujourd'hui, nous savons que si nous arrêtons définitivement la musique, cela ne nous empêchera pas d'être amis, et ne nous éloignera pas. Nous ne sommes plus un groupe de musique, mais un groupe d'amis qui font de la musique. C'est là toute la différence. » Poursuivit Georg.

Il avait raison. Il n'avait pris conscience de cette réalité que quand Gustav avait commencé à répondre : ils étaient amis, avant d'être un groupe de musique. Leur amitié devrait maintenant passer avant leur musique. C'étaient deux éléments distincts, il leur fallait ne pas l'oublier. Il sentit les regards de Bill et Tom sur lui. Ils étaient surpris. Pas Gustav. De toute façon, Gustav était trop rarement surpris pour son propre bien.

« - Tom, que pouvez-vous dire sur votre couple ? » demanda un jeune homme chauve.

Tom posa son regard sur Chloé, dont les yeux brillaient. Il voulait lui faire passer tellement de choses par ce regard, lui dire tout ce qu'il ne dirait jamais devant un journaliste – encore moins devant dix. Tant pis, il le lui dirait plus tard. Bien qu'il se douta qu'elle avait déjà compris.

« - Je n'ai rien à dire sur mon couple. Je l'aime. C'est tout. Et vous n'en saurez pas plus. »

« - Bien. Nous avons une note concernant une hospitalisation de votre petite amie, et l'intervention du chef du service psychiatrique de l'établissement, le Professeur Salander. Pouvez-nous nous en dire plus ? »

Chloé poussa un cri choqué, qu'elle tenta d'étouffer avec sa main, mais trop tard, tout le monde l'avait entendue. Tom se leva aussitôt et en un éclair franchit les quelques pas qui les séparaient. Il la serra contre lui, et alors qu'elle commençait à pleurer, l'entraîna elle ne savait où. Vaguement, elle entendit David dire que l'entretien était terminé, et quelques journalistes protester.

Tom la fit entrer dans une des chambres de la suite, celle où elle s'était réfugiée pour pleurer quelques instants auparavant. Entendre la journaliste parler de sa « maladie » l'avait secouée. Tout le monde allait-il être au courant ? Qu'allaient dire les gens ? Elle imaginait déjà le pire ! Tom amoureux d'une malade mentale, et encore ce n'était pas le pire.

Le guitariste la poussa doucement sur le lit, et se mit à genoux face à elle. Chloé serra ses genoux contre sa poitrine, et cacha son visage entre ses cuisses. Elle sentait les mains caresser ses mains et ses cheveux, mais pour l'instant elle avait besoin de pleurer. Ce n'était pas pour elle qu'elle avait peur, mais pour Tom, pour le groupe. Ce genre de rumeur pouvait détruire leur si courte et fulgurante carrière, aussi rapidement qu'elle avait commencé.

« - Chloé … » Marmotta Tom d'une voix étrangement rauque.

Elle leva les yeux, et vit le regard inquiet de son petit ami. Il venait d'avouer qu'il l'aimait, et elle ne trouvait rien de mieux à faire que pleurer pour des histoires ridicules.

Avec des gestes doux, Tom la força à lever la tête, desserra l'étau que formaient ses bras autour de ses genoux, et déplia ses jambes. Il s'installa derrière elle sur le lit, et la tira contre lui. Elle sentit son torse finement sculpté contre son dos. Elle aurait pu rester des heures dans cette position, mais visiblement Tom n'était pas de cet avis.

Doucement, il commença à l'embrasser dans le cou. Soulevant ses mèches, découvrit comme pour la première fois la douceur de la peau de sa nuque, le velouté de ses lobes d'oreilles qu'il aurait voulu mordre jusqu'à la fin des temps.

« - Tom, je ne suis pas sûre que ce soit le moment … » Marmonna Chloé, déjà prête à donner d'elle tout ce qu'il exigerait.

« - Tu crois ? » Répliqua-t-il en passant les mains dans son dos.

Elle frissonna en sentant les mains calleuses caresser la peau douce de son dos, jouant avec les bosses que formait sa colonne vertébrale.

« - Tom … On avait une discussion sérieuse là … »

« - C'est très sérieux ce que je suis en train de faire … »

Elle soupira. Et s'éloigna de Tom, lui faisant à présent face. Pénaud, il avait les yeux brillants, mais semblait refuser de croiser son regard.

« - Excuse-moi, je n'aurais pas du … Je ne sais pas ce qui m'a pris, je m'en veux tellement. Tu avais besoin de parler, et moi je te saute dessus … » Avoua Tom.

Chloé haussa les épaules.

« - J'en avais envie aussi. Mais j'ai besoin de temps, et puis (elle prit les mains de Tom entre les siennes et embrassa chaque paume, tendrement) j'aimerais que ce moment soit parfait, et le faire dans une chambre d'hôtel avec des tas de journalistes juste à côté et des centaines de fans agglutinées dehors … je sais pas … je trouve ça bizarre. »

Tom la regarda avec étonnement.

« - Tu aurais été plus loin dans d'autres circonstances ? »

« - Tom, on va pas parler boutique maintenant ! Je viens de foutre en l'air votre première interview depuis quatre mois ! » S'indigna Chloé.

« - Amour … Tu n'y es absolument pour rien ! Si cet abruti de journaliste n'avait pas posé cette question, s'il avait un minimum réfléchit, rien ne serait arrivé. Et tu peux me croire, le docteur Salander va m'entendre. » La rassura Tom.

Chloé le regardait, un grand sourire plaqué sur les lèvres, les yeux brillants.

« - Quoi ? »

« - Tu m'as appelé "Amour" ! »

« - C'était pour te consoler ! Ne crois pas que ça arrivera souvent ou quoi que ce soit ! » Se renfrogna le guitariste.

« - Même quand on sera vieux ? »

« - Ah ! Mais cher amour, on ne sera jamais vieux ! Tant qu'on est ensemble, je suis immortel ! »

« - Tom, tu gagatises ! Et tu m'as encore appelé "Amour". Evite de trop faire dans la guimauve, les lecteurs vont se lasser … »

« - Je t'aime, tu le sais ? C'est pas trop gâteux pour toi, ça ? »

« - Je t'aime aussi. Tu me refais la même chose que tout à l'heure ? Tu sais, tes mains dans mon dos et tes lèvres dans mon cou … »

Saki arriva, sa longue silhouette imposant tout de suite le respect aux personnes présentes dans la pièce. Il adressa un immense sourire-soleil à ses protégés, et les six lui répondirent.

« - Bon, les monstres, vous ne sortez que quand je vous le dis, et surtout, vous ne vous approchez pas trop des barrières, ok ? »

« - Pourquoi on prend autant de précautions ? » S'étonna Georg.

Une fois n'est pas coutume, ce fut Gustav qui répondit, récoltant un sourire de remerciement de Saki.

« - Avec cette histoire concernant Chloé, et la fille qui la regardait bizarrement tout à l'heure, il faut faire attention. Et puis c'est notre premier bain de foule en quatre mois. Alors forcément, ça attire le peuple. »

Simple, rapide, du Gustav tout craché.

Saki ouvrit la porte, et Gustav et Georg sortirent en premier, suivit de Tom et Bill tenant leurs petites amies respectives par la main, hanches contres hanches.

Chloé garda le regard fixé au sol, et si Tom ne lui avait pas tenu les mains aussi étroitement, elle se serait sans doute bouché les oreilles. Les hurlements semblaient ne faire qu'un avec les battements de son cœur, et elle fut chagrinée d'entendre quelques insultes, à son égard ou à celui de Morgane, elle ne savait plus trop, et à vrai dire, s'en moquait. Complètement.

Ils atteignirent rapidement le van, et s'y engouffrèrent avec soulagement. Par un malheureux hasard, le regard de Chloé croisa celui de la jeune fille, la motarde, qui l'avait fixé avec tant de haine. La petite amie de Tom se sentie prise de tremblements incontrôlables, et fut reconnaissante à Georg de fermer la porte coulissante du van, bloquant la vue à la mystérieuse fille.

Tom regarda Chloé avec inquiétude, et la serra contre lui. Elle se laissa aller contre son torse avec plaisir. Son odeur lui chatouillait les narines, et elle sentit peu à peu les tremblements se calmer.

« - Qu'est-ce qui t'arrives ? » Chuchota Tom à son oreille, alors que le van démarrait et tentait tant bien que mal de se dégager de ce dédale, sans pour autant écraser qui que ce soit.

« - Je t'expliquerais plus tard, d'accord ? » Supplia Chloé, qui se sentait à bout de nerfs.

« - D'accord. »

Tom la serra un peu plus contre lui. Il n'aimait pas être aussi sensible du sort de quelqu'un, jusqu'à présent la seule personne dont il s'était réellement soucié était Bill, et dans une moindre mesure, Georg et Gustav.

Mais c'était plus fort que lui, il sentait son cœur se briser à chaque fois que les yeux de Chloé menaçaient de déborder de larmes.

Il repensa à son malaise, quelques jours plus tôt. Il n'avait jamais eu aussi peur de sa vie. Avait cru la perdre, irrémédiablement, et dans un coin de sa tête, s'était juré de la suivre partout où elle irait. En tout lieux et en tout temps. Il l'aimait, qu'y pouvait-il, à part la rendre heureuse ? Elle le méritait tellement.

Elle était sa bouée de sauvetage, le bateau qui menait au pays des rêves. Au pays de ses rêves. Quand il était arrivé dans cette ville, avec son frère et ses amis, il s'attendait à vivre une année ennuyeuse au possible. Pas à rencontrer celle dont il était complètement fou.

Quand ils arrivèrent à la maison, Morgane et Bill s'isolèrent dans la chambre de ce dernier : la jeune fille devait être rentrée chez elle pour vingt heures, et ses parents ne tolèreraient aucun retard. Georg appela Eliot, qui arriva quelques quinze minutes plus tard, au grand plaisir de Chloé.

Ils étaient dans le salon à discuter, ignorant superbement Georg et Tom. Les deux petits-copains oubliés se réfugièrent dans la salle de musique, et du rez-de-chaussée, Chloé et Eliot les entendirent rejouer leurs classiques.

« - Ca fait longtemps qu'on n'a pas discuté comme ça… » Remarqua Chloé.

« - Oui, c'est vrai. Ca me manque … » Soupira Eliot.

« - Tu te rappels, la première chose que tu as dis à Bill et Tom sur moi ? »

« - Sur les yaourts à la mure non ? »

Chloé sourit.

« - Oui. Maintenant, c'est rare qu'il y ait un midi sans qu'on prenne notre yaourt à la mure, Tom et moi. Même Bill s'y est mis. »

« - Je les aime bien. Ils sont … surprenants. Vraiment loin de ce que j'imaginais d'eux. »

« - Moi aussi j'ai été surprise. Mais regarde nous maintenant … »

« - Toi avec ton Tom, Morgane avec Bill, et moi avec Georg. Surprenant hein ? »

« - Non. Merveilleux. »

« - Tu es heureuse. »

« - Oui. Il m'a complètement fait oublier Milo. Ma vie a repris un nouveau départ quand je l'ai rencontré. »

« - C'est horriblement niais ce que tu dis là. »

« - Je sais. Mais je suis amoureuse. »

Tom reposa sa Gisbon, et fit craquer ses doigts, en quasi-simultanée avec Georg. Ils s'étaient défoulés, vraiment.

« - Ca faisait longtemps qu'on avait pas joué comme ça. » Fit remarquer Georg.

« - Ouais. Ca fait du bien. »

« - Tu crois qu'ils ont fini de parler, en bas ? »

« - Non. Ils sont en pleine liste de tous vos défauts et qualités. Autant dire qu'ils ne sont pas prêts d'avoir fini. » Répondit Gustav en entrant dans la pièce et en s'installant derrière sa batterie.

« - Alors, raconte moi ce qu'il s'est passé avec cette fille, ce matin. Jeanne, c'est ça ? » Demande Tom.

« - Elle s'appelle Jade. Et il n'y a rien à dire sur elle. »

« - Comment ça ? Elle te plait non ? »

« - Euh … Oui mais … c'est que … » Bafouilla le blond en rougissant.

« - Hey, Gus, tu es peut-être doué pour comprendre et conseiller les gens, mais carrément aveugle en ce qui te concerne ! » Constata Georg, avec une pointe de regrès dans la voix.

« - Ecoutez, les mecs, elle est sympa, je lui ai donné mon numéro. Ca va pas plus loin de toute façon. Et puis, vu la vie qu'on mène, comment vous voulez que je puisse avoir le temps d'avoir une copine ? »

« - Et comment on fait nous à ton avis ? On les achète à la Foire Fouille ? » Ironisa Tom.

« - Bravo pour ta spiritualité ! Je ne suis pas sur que Chloé apprécie ce genre de commentaire. » Répliqua froidement le batteur.

« - Tu sais très bien ce que je veux dire ! C'est à toi d'y mettre du tiens, Gus ! Lança Tom en levant la voix.

« - Oui, je sais, et je dis juste que c'est pas facile pour moi ! Vous, vous ne voyez que vos propres problèmes. Entre le maquillage de Bill, les histoires de cul de Tom – oui je sais que c'est différent avec Chloé mais laisse moi parler, bordel ! – et celles de Georg, ça vous arrive de vous demander ce que je vis moi ? Toutes les filles sont à vos pieds, et beaucoup n'attendent qu'un coup d'œil pour enlever slip et soutiens-gorges. Moi, je suis le petit batteur, un peu enveloppé, qu'on ne voit que quelques minutes à la fin du concert, qui parle si peu, toujours à l'ouest. Les gens se foutent de savoir ce que j'aime ou ce que j'aime pas : par exemple, yen a plein qui s'imaginent que j'ai une passion pour les pates, alors que mon truc à moi, c'est plutôt le riz. »

« - C'est pareil le riz et les pates non ? » Demanda très sérieusement Georg, ce qui lui valut un coup de coude de Tom.

« - Te victimise pas, Gusti chéri ! » Minauda Tom avec un grand sourire. « Je sais que t'es parfois laissé un peu à l'écart, mais tu es le premier à dire qu'au fond ça t'arrange bien. Je me trompe ? »

« - Non, c'est vrai. Mais j'aimerais aussi que vous compreniez que je suis pas transparent. »

Georg et Tom se regardèrent, et une lueur de malice dans le regard, s'avançèrent de chaque côté de Gustav. D'un même geste, ils l'embrassèrent sur la joue.

L'histoire ne dit pas si ce dernier apprécia ou non le geste affectueux.