Chapitre 38 :
Le vol n'a pas duré des heures et heureusement. Après à peine quelques minutes, Malefoy a retiré sa main de la mienne et l'a enfouie au fond de sa sa poche. Le visage tourné vers le hublot, il s'est absorbé dans la contemplation des nuages blancs qui s'étiraient sans fin. Une vue qui aurait vite lassé n'importe quel être humain normalement constitué... Mais pas Malefoy. En désespoir de cause, j'ai passé le reste du voyage à faire semblant de somnoler, comme si son indifférence ne m'atteignait pas - ce qui était loin d'être le cas...
Par la suite, les choses ne se sont pas tellement arrangées et, quand je repense à ces quatre derniers jours, je me demande comment la situation a pu m'échapper à ce point. J'attrape la carotte suivante, non sans jeter un regard vers Malefoy. Il semble toujours aussi mal en point et la boule dans ma gorge se fait plus étouffante. Bon sang, mais comment a-t-on pu en arriver là ? Comment ? J'attendais beaucoup de ce voyage en France, mais certainement pas... ça. Je baisse les yeux, priant pour que les nombreuses caméras ne s'attardent pas sur moi. Je n'ai pas besoin d'étaler mon trouble devant des millions de moldus...
Au sortir de l'avion et durant tout le trajet en bus, qui nous a conduit de l'aéroport jusqu'à l'hôtel, Malefoy est resté silencieux, le regard obstinément fixé devant lui. Je ne savais pas qu'on pouvait être à la fois si proche et si... inaccessible. Le seul moment où son masque d'indifférence s'est fendillé, c'est lorsque Murdoch lui a remis les clefs de nos chambres. Deux clefs, pour être plus précis. Seulement deux chambres pour quatre personnes, un enfant de cinq ans serait parvenu au bon résultat. J'ai vu son expression se modifier tandis que son regard passait de moi aux clés et des clés à moi. J'avais abrégé ses souffrances en déclarant que je partagerais la chambre de Ron et Hermione.
La voix sèche de mon amie me tire de mes pensées et me ramène à la réalité.
- Dépêche-toi un peu, Harry !
Je pose ma carotte sur le tas des légumes épluchés puis, prenant bien garde à bouger les lèvres le moins possible, je souffle :
- A quoi bon ? Il est en train de perdre...
Hermione me jette un regard furieux qui ne masque pas son inquiétude. Oui, Malefoy est en train de perdre. Et j'ai de plus en plus de mal à repousser le sentiment de culpabilité qui menace de submerger. Pourtant, je sais bien que c'est lui qui a dépassé les bornes. A force de chercher à me pousser à bout, il a réussi... Mais voilà, il est en train de perdre et j'ai l'affreuse impression que j'aurais pu empêcher ça. J'essuie mon économe contre mon tablier et je reprends ma tâche. Le seul avantage que je vois à cette corvée, c'est qu'elle me laisse le temps de réfléchir.
Je me souviens m'être installé dans la chambre de mes amis. Ron n'avait pas encore retrouvé son état normal et il est tombé comme une masse dans son lit. Avec Hermione, nous avons grignoté le plateau repas laissé à notre attention par la production. Puis, je me suis allongé dans le canapé, prétextant être fatigué. J'ai passé plusieurs heures à maudire Malefoy, ce qui ne m'a pas aidé à trouver le sommeil, bien au contraire...
En désespoir de cause, à deux heures du matin passées, je suis allé prendre l'air. C'est là que j'ai vu la lumière, dans la chambre voisine. J'ai eu une demi-seconde d'hésitation. Et puis j'ai refermé la fenêtre, très délicatement. Sur la pointe des pieds, j'ai traversé la chambre. Il m'a semblé entendre Hermione se redresser légèrement, mais je n'ai pas osé me retourner pour vérifier. J'ai quitté la pièce sans un regard derrière moi. Puis j'ai marqué un temps d'arrêt, comme pour me laisser une chance de changer d'avis et de rentrer bien gentiment me coucher...
Je regarde autour de moi en finissant d'éplucher ma dernière carotte. Seul le petit ami de Rachel est encore en train de s'escrimer sur ses pommes de terre, qui semblent avoir été taillées au marteau-piqueur. Même Ron est parvenu à un meilleur résultat, c'est dire... Je glisse un regard vers le plan de travail de Malefoy, mais ce que j'y aperçois ne me plaît pas. Ses gestes, habituellement précis et assurés, sont lents et hésitants. Il regarde ses plats comme s'il ne savait plus quoi faire. Pour se donner contenance, il remue vaguement sa viande. Jamais je ne l'avais vu comme ça.
Est-ce qu'il s'attendait à ce que ce soit moi qui revienne ? Est-ce que ce sont ces quatre jours qui l'ont mis dans cet état ? Quatre jours sans s'adresser la parole, quatre jours passés à s'ignorer froidement, les dents serrées. Rarement je me suis senti si en colère. Si furieux même... Devant les autres - les chefs, les candidats, les proches - je me suis efforcé de montrer une indifférence polie. Ça n'a pas été facile. Et, lorsque Malefoy a été félicité lors d'un exercice de dressage, j'ai applaudi avec les autres. Mais moins longtemps - et je sais qu'il l'a remarqué.
Chaque jour, j'ai suivi sans broncher les cours qui étaient organisés par la production, bien loin de toute préoccupation touristique. A nous, les proches, on nous a appris à tailler les légumes : tourner les champignons, faire des billes de carotte, découper les courgettes en étoile... Ron était déjà d'une humeur moyenne à cause de cette histoire de potion calmante et toute cette verdure n'a pas arrangé les choses. Il y a mis une mauvaise volonté incroyable, sous l'œil agacé d'Hermione. Un peu plus loin, les chefs enseignaient des techniques de la gastronomie française aux candidats. Pas de quoi sortir Malefoy de ce mauvais pas, visiblement... Son teint est encore plus pâle que d'habitude et ses yeux, rougis à force d'être frottés, sont cernés.
- Harry ?
Mon regard s'attarde sur ses mains tremblantes - je me demande comment il arrive à tenir son couteau - avant de se tourner vers Hermione.
- Est-ce que tu vas enfin me dire ce qui s'est passé ?
Je hausse les épaules et je l'entends souffler :
- Tu aurais dû faire un effort avant l'émission !
Son reproche me fait l'effet d'un coup de poing. Je ne réponds pas et je détourne la tête. Faire un effort ? A-t-elle la moindre idée du nombre d'efforts que j'ai faits ces dernières semaines ? Alors pourquoi serait-ce encore à moi de me sentir coupable ? Doucement, Hermione effleure mon poignet. Elle sait qu'elle m'a blessé et elle murmure :
- Je suis désolée. C'est juste que si...
Elle s'interrompt, laissant sa phrase en suspens, mais je sais ce qu'elle s'apprêtait à dire. Si Malefoy se fait éliminer...
Quand j'y repense, les choses avaient fini par s'améliorer. Comme je n'avais pas du tout envie de retourner bien gentiment me coucher, j'ai frappé à la porte de Malefoy. Il est venu m'ouvrir, sans un mot. Je m'attendais à un "encore toi, Potter ?" acerbe, voire même à ce qu'il me laisse planté là, dans le couloir. Mais il est simplement resté silencieux. Après quelques secondes de silence, il s'est écarté pour me laisser entrer et a refermé la porte derrière moi. Puis il est retourné s'allonger sur son lit, se plongeant dans la lecture d'un énorme livre, et j'ai avancé de quelques pas.
Sa chambre est en tout point semblable à celle de Ron et Hermione : deux lits simples aux épaisses couvertures beiges, un grand dressing à l'entrée, une table design accolée au mur, deux chaises confortables et un canapé, près de la fenêtre. Une porte coulissante, agrémentée d'un large miroir, dissimule le coin salle de bain. J'ai pris appui sur la table et j'ai balayé la pièce du regard. Sur le lit qui aurait dû être le mien, Malefoy avait déposé sa valise. Visiblement, il n'avait encore rien déballé, à part le livre aux dimensions impressionnantes. J'ai légèrement penché la tête pour voir le titre et j'ai grimacé. Les deux cents plus grandes recettes françaises ? Rien que ça... Puis, mon regard s'est posé sur son plateau repas, intact.
- Tu n'as pas faim ?
Il est resté immobile quelques secondes, puis il a levé les yeux vers moi.
- Tu n'abandonnes donc jamais, Potter ?
J'ai souri. J'ai attrapé le plateau et je me suis assis sur l'autre lit, à côté du sien, en prenant bien garde à ne pas déplacer sa valise. J'ai enlevé le papier en cellophane qui protégeait les sandwichs et je lui en ai tendu un. Il n'a pas bougé pendant peut être dix ou quinze secondes, mais je n'ai pas baissé le bras. Alors, il a soupiré et s'est redressé. Assis en tailleur, il m'a pris le sandwich des mains.
- Mange l'autre, a-t-il sifflé en désignant le plateau. Après tout, c'est ta part.
J'avais déjà mangé celui de Ron, mais je ne me suis pas fait prié. Nous avons avalé notre sandwich en silence, moi perdu dans mes pensées, lui feuilletant le livre de cuisine. Puis, balayant les miettes tombées sur mon pantalon, j'ai demandé :
- Deux cent recettes françaises... Tu révises pour la prochaine émission ?
Il a acquiescé et, sans demander la permission, j'ai tendu ma main jusqu'au livre. Au moment où mes doigts se sont refermés sur la couverture, il a saisi mon poignet. Je n'ai pas réussi à cacher ma surprise, mais je n'ai pas cherché à me dégager. J'ai planté mon regard dans le sien et je l'ai senti perdre son assurance, comme s'il se demandait soudain ce qui lui prenait.
- Qu'est-ce que tu fais ? m'a-t-il demandé.
J'ai savouré le contact de ses doigts frais contre ma peau avant de répondre.
- Je vais t'interroger, c'est tout.
Il a hésité, longuement, et a desserré ses doigts.
- Tu es fou, Potter.
J'ai ramené le livre vers moi et je l'ai ouvert au hasard.
- Je sais. Coq au vin.
Pendant plus d'une heure, Malefoy a récité les ingrédients entrant dans la composition des plats que je citais. J'ai vérifié chacune des grandes étapes qu'il énonçait, corrigeant si besoin le temps de cuisson, réparant les oublis. Avec une mauvaise foi évidente, Malefoy a contredit la moindre de mes interventions. Mais je sais qu'il s'efforçait de tout retenir. J'ai tourné quelques pages, m'arrêtant sur une recette au hasard, lorsque je l'ai entendu murmurer :
- La sœur de ta mère. La moldue...
J'ai levé les yeux, stupéfait, et il a péniblement demandé :
- Elle a réagi comment quand... quand elle a su... pour sa soeur ?
J'en suis resté muet plusieurs secondes et il a ajouté, comme pour combler le silence :
- Ça a dû lui faire un choc, non ?
J'ai fini par comprendre que Malefoy essayait d'engager la conversation. Sur le coup, je n'ai pas su quoi répondre. J'ai haussé les épaules et, pour gagner du temps, j'ai lu la recette suivante :
- Pot-au-feu.
Il a froncé les sourcils, mais n'a pas insisté. Je me suis efforcé de suivre sur le livre les ingrédients qu'il énumérait, sans pouvoir détacher mon esprit de sa question. Avait-il déjà parlé des navets ? Et des trois sortes de viandes ? J'ai eu un instant de flottement puis, d'un geste sec, j'ai refermé le livre.
- J'imagine, oui.
Il n'a pas compris tout de suite alors j'ai précisé :
- Que ça a dû lui faire un choc.
Il s'est redressé sur son lit et s'est penché vers moi avec un intérêt qui m'a plu. Beaucoup plu.
- Pourquoi nous déteste-t-elle ? Je veux dire... nous les sorciers.
J'ai eu du mal à en croire mes oreilles. Malefoy englobait dans ce "nous" non seulement moi, mais aussi ma mère, une née-moldue... Brusquement, j'ai eu envie de lui dire toute sorte de choses, des choses auxquelles j'avais longuement réfléchi en essayant de retracer l'histoire de ma famille. Au dernier moment, je me suis rattrapé et j'ai contre-attaqué :
- Et toi, pourquoi les détestes-tu ?
Il a balayé ma question d'un geste.
- C'est toi qui racontes, Potter.
Mais j'ai tenu bon.
- J'en ai marre de me faire avoir, Malefoy.
J'ai lu la colère dans son regard mais j'ai détendu l'atmosphère en prenant un air de martyr :
- Je te raconte toujours tout. On ne peut pas en dire autant de toi...
Je l'ai vu se mordre les lèvres pour s'empêcher de sourire et mon cœur s'est remis à jouer du tambour contre ma cage thoracique. Puis il a soupiré, rendant les armes :
- Quelle question ?
Je me suis efforcé de contenir mon expression victorieuse.
- Ce que tu penses de ces histoires de sang pur...
J'ai attendu sa réponse, tandis qu'il fixait le sol, le visage légèrement de biais. Enfin, il a lâché :
- Très bien...
J'ai serré les poings, ravi, et il a capté mon geste. Il a levé les yeux au ciel en soupirant ostensiblement. Je n'ai pu me retenir de rire, un rire dont j'ai immédiatement eu honte tellement il était... doux. Heureusement, il a dissipé ma gêne en grognant :
- Toi d'abord.
J'ai tassé le coussin derrière moi et je me suis confortablement installé avant de commencer.
- Elle ne détestait pas les sorciers. Pas à l'origine, du moins.
La façon dont j'ai capté l'attention de Malefoy m'a une fois de plus épaté.
- Tout ça, ce n'était pour elle que des histoires pour enfants. Tu ne peux pas détester ce en quoi tu ne crois pas, n'est-ce pas ?
Il a acquiescé et je me suis concentré pour trouver les bons mots. Il m'est encore difficile de faire le lien entre ma tante et la petite fille qu'elle était.
- C'était la grande sœur, tu sais ? ai-je repris. Tout ça, ce n'était plus de son âge. Elle était le modèle, la protectrice. Je crois qu'elle a perdu ce rôle le jour où ma mère a reçu sa lettre. Je crois qu'elle a été la première à comprendre ce que ça signifiait vraiment. Je crois même qu'elle l'a su immédiatement. Lily allait entrer dans un autre monde, un monde où elle n'avait pas sa place...
Malefoy ne me quittait pas des yeux, silencieux et attentif. J'avais l'impression étrange qu'il comprenait exactement ce que je voulais dire, même si je ne le disais qu'à demi-mots.
- Je pense que c'est pour ça qu'elle en a tant voulu à ses parents. Ils n'auraient pas dû être si contents, si fiers. Elle aurait voulu qu'ils disent non, qu'ils gardent ma mère avec eux, dans leur monde, près d'elle. De gré ou de force.
J'ai marqué une pause et j'ai murmuré :
- Et elle en a voulu à Dumbledore aussi.
Malefoy n'était pas sûr d'avoir bien entendu et il a répété, incrédule :
- A Dumbledore ?
- Oui. Elle aurait voulu y aller, à Poudlard. Aussi ridicule que ce soit, c'est ce qu'elle a désiré le plus chèrement. Et, très franchement, je ne crois pas que la magie l'ait attirée, ne serait-ce qu'une seule seconde. Changer des pelotes d'aiguilles en hérissons, s'occuper de créatures magiques, se défendre contre les forces du mal... Toutes ces choses auraient fait horreur à ma tante. Même les sorts ménagers ne lui auraient été d'aucune utilité. Pour elle, c'est l'effort de récurer qui rend quelque chose propre. Frotter, aspirer, cirer... Après seulement, elle se sent bien. Agiter une baguette, ça ne remplace pas ce besoin qu'elle a de toujours tout astiquer.
La tête entre ses mains, les coudes posés sur ses genoux, Malefoy buvait mes paroles. Son attention me procurait une sensation étrange, celle d'être proche de lui. Et même trop proche... Un peu perdu, j'ai poursuivi :
- Non, la seule chose qui l'intéressait à Poudlard, c'était Lily. J'avais cru que c'était de la jalousie, au départ. De la simple jalousie. C'est après que j'ai compris. Elle a supplié Dumbledore et lorsqu'il a dit non, elle a su que sa soeur allait s'éloigner d'elle et que personne ne pourrait plus rien y faire.
J'ai levé les bras dans un geste fataliste :
- Alors elle a tranché tous les liens qui l'unissait à ma mère et elle s'est mise à la haïr.
Malefoy a patienté, mais je lui ai fait signe que c'était à son tour. Il a acquiescé doucement, puis a soufflé :
- Je ne déteste plus les moldus, Potter. Je vis parmi eux. Moi-même, je vis comme eux. Je ne suis pas encore parfait, mais j'ai beaucoup appris.
- Comment ?
Je n'avais pu contenir ma curiosité, mais il a secoué doucement la tête.
- Ce n'est pas la question. Tu m'as demandé si je croyais toujours à la supériorité des sangs purs.
- Et la réponse est ?
Il m'a regardé droit dans les yeux et j'ai retenu un frisson.
- Non.
J'ai souri. Puis je l'ai poussé un peu :
- Pourquoi tu y as cru ?
Il a haussé les épaules avec lassitude.
- Parce que ça faisait de moi un être supérieur, un sorcier de première classe. Et parce que ça me donnait une excellente raison pour mépriser les autres.
Puis, il s'est soudain animé :
- Je vais te dire quelque chose, Potter ! A Poudlard, j'ai souvent dit que l'école aurait dû être réservée aux sorciers de pure souche. Mais je ne l'ai jamais pensé. Jamais. Si nous avions tous été des sangs purs, de quoi aurais-je pu être fier ? Qu'est-ce qui aurait fait de moi un être exceptionnel ?
Son visage s'est fait amer et il a continué, d'une voix si basse que j'ai du tendre l'oreille pour l'entendre :
- Il m'a fallu du temps pour comprendre que je n'avais rien d'exceptionnel. Que je pouvais moi-aussi être torturé et tué... Qu'à ses yeux, je ne valais rien. Et quand tu te tords de douleur sur un sol de pierre, que tu hurles à en mourir, que tu pries pour que tout s'arrête, tu comprends que le sang qui coule dans tes veines n'est pas différent de celui des autres...
Il s'est levé en secouant la tête, comme s'il regrettait d'en avoir trop dit. Il s'est assis par terre, le dos appuyé contre le bois de son lit et il a levé les yeux vers moi. Je ne sais pas comment, mais j'ai su quelle question il allait poser avant même qu'il ouvre la bouche.
- Ta tante... Tu penses qu'elle s'en veut ?
J'ai secoué doucement la tête. Puis, je me suis levé et assis au sol, comme lui. Son regard s'est fait plus prudent et il a plissé les yeux. J'ai fait comme si je n'avais rien remarqué, comme si je trouvais simplement la moquette plus confortable que le lit et que cette position n'avait rien à voir avec le fait de me rapprocher de lui. J'ai étendu mes jambes en soupirant et mon pied s'est arrêté à quelques centimètres de sa main. Il s'apprêtait à protester lorsque j'ai répondu :
- Non. Je pense qu'elle a fait exactement ce qu'elle pensait devoir faire. Elle a épousé un homme parfaitement normal et terre-à-terre qui lui a fait un enfant qu'elle juge tout aussi normal et terre-à-terre. En parallèle, ma mère a épousé un fou, ils se sont faits exploser par un autre fou et elle a hérité de moi. Dans son esprit, il n'est pas dur de savoir qui d'elle ou de sa sœur avait raison.
- Mais elle a dû souffrir en...
J'ai interrompu Malefoy d'une voix sèche :
- Peut-être. Mais moins que ma mère, non ?
Il a baissé les yeux et je me suis soudain senti très bête.
- Je ne cherche pas à l'excuser, a-t-il murmuré. Ce qu'elle t'a fait, je ne peux le comprendre.
- Mais ce qu'elle a fait à ma mère, oui ?
J'ai essayé de conserver une voix neutre et il a acquiescé.
- Elle a essayé de se protéger, elle, quitte à tout détruire autour d'elle. C'est quelque chose que je comprends mieux que tu ne le penses, Potter.
J'ai fermé les yeux. Puis, j'ai basculé sur le côté et je me suis allongé de tout mon long, sur la moquette. Je ne m'attendais pas à ce que Malefoy fasse de même. Vraiment pas. Et pourtant, il s'est allongé près de moi. J'ai retenu mon souffle, comme si une simple respiration risquait de briser l'instant. J'ai profité de sa présence électrisante, le cœur battant, sans oser bouger le moindre muscle, persuadé que, d'un moment à l'autre, tout serait fini. Puis, voyant qu'il restait immobile, j'ai tourné mon visage vers le sien. Il a gardé ses yeux levés vers le plafond, sans me prêter la moindre attention. On est restés longtemps ainsi, l'un près de l'autre, sans parler. Il a fallu du temps à mon corps pour se calmer. Mais, peu à peu, les battements de mon coeur ont retrouvé un rythme plus supportable et mon souffle s'est apaisé. Je me suis concentré sur le corps de Malefoy, si près du mien et j'ai dû résister à l'envie de prendre sa main dans la mienne. J'avais peur que ce geste l'effraie et qu'il m'échappe, comme il le faisait à chaque fois. Et le temps s'est étiré sans que Malefoy ne se lève. J'ai commencé à laisser le sommeil me gagner, avec l'étrange impression de ne plus distinguer le rêve de la réalité. Il devait être plus de quatre heures du matin lorsque, dans un dernier sursaut de lucidité, j'ai tendu le bras et refermé mes doigts sur l'épaisse couverture beige, la tirant sur nous.
- Ça ne va pas du tout, gémit Hermione. Ça ne va pas du tout...
Ron, qui la traite froidement depuis le premier réveil, passe un bras autour de ses épaules, oubliant sa rancoeur. Je sens son regard qui cherche le mien, mais je reste fixé sur Malefoy. Je n'ai pas d'explication à donner. Ne me regardez pas comme ça, je n'y suis pour rien. C'est de sa faute à lui.
A deux minutes de la fin, Malefoy dresse un plat qui ne ressemble que de très loin à une blanquette de veau, à en croire le chef Ofwordan. Je serre les dents. Bien sûr, même s'il rate l'épreuve, il reste encore le test sous pression... Mais mon regard s'attarde sur son visage fatigué. Je ne suis vraiment pas sûr qu'il soit en état de disputer un test sous pression. Hermione doit lire dans mes pensées car elle souffle :
- Quoi qu'il se soit passé, il faut que tu ailles arranger ça...
Son ton ne laisse pas la place à une réponse et je me contente d'acquiescer. Au fond de moi, je sais qu'elle a raison. Pourtant... Pourtant, ça aurait dû être à Malefoy de s'excuser. A genoux même. Je serre les poings. C'est la lumière qui m'avait réveillé. D'abord, je me suis maudis pour avoir oublié de tirer les rideaux. Je me sentais si bien... Puis, j'ai pris conscience de l'endroit où j'étais - sur le sol, dans la chambre de Malefoy - et du corps chaud que je tenais dans mes bras. Cette nuque sur mon bras, cette jambe sous la mienne... Je me suis légèrement redressé, ne sachant si je devais y croire ou non. Malefoy a dû sentir mon mouvement car il a ouvert les yeux. Il lui a fallu peut être deux ou trois secondes pour me reconnaître. J'ai lu quelque chose dans son regard qui m'a fait peur et, sans même savoir pourquoi, j'ai précisé :
- Ne t'inquiète pas. Il ne s'est rien passé.
Je n'ai pas eu le temps de me sentir idiot. Il m'a repoussé violemment en arrière et je me suis cogné la tête contre le pied du lit. Sonné par la douleur, j'ai tenté de me relever et c'est là qu'il l'a craché.
- Ne t'approche pas de moi ! Espèce de... Espèce de pervers !
Je suis resté immobile, sous le choc, pendant plusieurs secondes. Puis j'ai achevé de me redresser. Je n'avais plus mal à la tête. Je n'avais plus mal nulle part. Je ne comprenais plus rien.
- Dégage ! a-t-il hurlé en me désignant la porte. Tu dégages !
Je n'ai pas bougé. Mon cerveau s'est remis à fonctionner d'un coup et j'ai vu la vérité en face. L'homme que Malefoy avait traité de pervers, c'était moi. Alors, j'ai vu rouge.
- Répète un peu ce que tu as dit ! Répète !
En y réfléchissant, ça avait dû lui demander du courage d'ignorer la menace qui perçait dans ma voix et de répéter l'insulte. Mais il l'avait fait, en plissant ses yeux méchamment, et j'ai revu plus clairement que jamais le Malefoy que j'avais connu à Poudlard.
- Pervers !
Il y a eu une longue seconde de silence, puis j'ai lâché d'une voix blanche ;
- Très bien... Et bien, tu sais quoi ? Va te faire voir, Malefoy !
Je suis sorti de la chambre en claquant la porte. J'ai débarqué dans celle de Ron et Hermione, les interrompant en pleine dispute. Ils ont ouvert des yeux ronds en me voyant débouler ainsi et je me suis empressé de m'enfermer dans la salle de bain, pour échapper à toute question. J'ai pris une longue douche. Pervers... Un simple mot mais je me suis senti si sale et si anormal que je suis resté plus d'une heure sous l'eau brûlante. Là, je l'ai pensé. C'est bien fait pour toi, idiot. Tu n'avais qu'à fuir Malefoy comme la peste.
- Harry...
J'ignore l'appel d'Hermione et je m'efforce de lisser mes traits. Ce n'est pas le moment de laisser ma colère me trahir. Ce n'est pas le moment, sinon Malefoy court droit à l'élimination. Je règlerai mes comptes après. La présentatrice annonce la fin de l'épreuve et les candidats s'éloignent de leur plan de travail, les bras levés. Les chefs s'installent à la table qui leur est réservée et j'inspire profondément, me remémorant les paroles d'Hermione. Quoi qu'il se soit passé, je dois aller arranger ça.
La dégustation par est une vraie torture. Je ne retiens pas grand chose, n'attendant que le tour de Malefoy. Le passage de Julia me marque tout de même. C'est l'une des premières fois où je la vois se faire rabrouer. Sa viande est trop dure, sa sauce manque de puissance, le plat en lui-même est décevant. Charles, qui passe juste après, récolte une pluie de compliments que j'écoute d'une oreille distraite, avant qu'il ne regagne sa place, fier comme un coq. Je tente un regard vers Malefoy, mais ses yeux sont baissés sur son plan de travail. Il reste droit et immobile, tendu, les mains croisées dans le dos.
Lorsqu'il est appelé, il sursaute presque. Il attrape son plat et rejoint le jury. Sa démarche n'est pas aussi fluide et aussi assurée que d'habitude et je me demande si je ne ferais pas mieux de fermer les yeux. Je ne suis pas sûr de vouloir voir ça... C'est le chef Ormon qui lance les hostilités.
- Des pommes de terre dans une blanquette ?
Malefoy garde le silence et le chef poursuit :
- Si vous ne connaissez même pas la recette, je ne vois pas comment vous pourriez-vous en sortir.
Je serre les dents alors que les chefs goûtent l'assiette qui leur est présentée. Ofwordan est le premier à prendre la parole.
- La blanquette peut être accompagnée de pommes de terre, mais nous ne vous demandions pas de cuisiner un accompagnement.
- Le problème, achève Kandborg, c'est que votre plat n'a aucune cohérence.
Je songe un instant à Dudley et je me dis que le spectacle a dû relever de la torture pour lui. De là où nous sommes placés, il était assez difficile pour Ron, Hermione et moi de suivre les préparations de Malefoy. Face à son écran de télévision, mon cousin n'a rien raté de l'épreuve et des commentaires de la présentatrice. Je l'imagine sans peine, seul sur son canapé, effondré... Alors que Malefoy retourne à son plan de travail sans broncher, je cherche à nouveau son regard. Sans succès : il ne se tourne pas une seule fois de notre côté.
La fin de la dégustation me paraît durer des heures. Cathy, la juge au visage aimable et aux cheveux courts et désordonnés, en prend elle aussi pour son grade mais je serais bien incapable de dire ce qu'elle a raté. Je reste fixé sur Malefoy et je détaille ses traits fatigués, la même question tournant en boucle dans mon crâne : s'il va en test sous pression, pourra-t-il l'emporter ? Pas dans cet état, me souffle une petite voix gênante venant de mon cerveau. Pas dans cet état...
La présentatrice se perd dans un blabla insipide tandis que les chefs délibèrent dans un coin. J'ai de plus en plus de mal à me concentrer sur ce qui est dit. J'échange un regard sombre avec Ron, qui tient la main d'Hermione dans la sienne.
- Ça va aller, lis-je sur ses lèvres.
J'aimerais y croire mais j'en suis incapable.
Quelques secondes plus tard, les chefs reviennent au centre de la salle. Kandborg prend la parole :
- Très peu d'entre vous ont su exécuter les grands classiques français à la perfection.
Il marque une courte pause avant d'ajouter :
- Charles, votre plat est un plat d'exception...
Le jeune homme s'avance d'un pas triomphal et la présentatrice le félicite. Je l'entends parler d'un grand honneur pour le seul candidat d'origine française de l'émission. Puis elle se tait, laissant Ofwordan prendre la relève.
- Lauryn, vous avez également réussi haut la main cette épreuve. Votre plat était plein de saveurs et très bien dressé.
La candidate timide s'empresse de rejoindre Charles, souriant et rougissant à la fois. C'est une surprise pour moi : je ne garde aucun souvenir de la dégustation de son plat. En temps normal, je me réjouirais pour elle, mais seul le sort de Malefoy m'inquiète pour l'instant. Ofwordan poursuit :
- Cathy... Vraiment, vous êtes passée à côté de l'épreuve. Vous êtes la première candidate désignée pour le test sous pression.
Je ne suis pas surpris. Le plat de Julia était décevant, mais elle en connaissait la recette. Ce n'est malheureusement pas le cas de Malefoy. Comme pour me donner raison, Kandborg se tourne vers lui.
- Thomas... C'est vous qui affronterez Cathy.
Je ferme les yeux et je déglutis avec difficulté. J'entends le chef Ormon qui ajoute :
- Nous n'avons vraiment rien compris à votre plat...
C'est un cauchemar. Un cauchemar dont je n'ai pas l'espoir de me réveiller.
Je me force à rouvrir les yeux. Les caméras sont partout autour de nous, elles nous épient de toute part. Je déteste cette sensation, celle de me retrouver dans un placard à balais, seul à seul avec Rita Skeeter. Mon regard se pose sur Malefoy, planté au centre de la pièce, à côté de Cathy. Une fois de plus, il garde les yeux consciencieusement fixés au sol. La présentatrice lui tend un tablier noir qu'il enfile et qui le fait paraître encore plus pâle. Pour la dixième fois au moins, je me demande comment nous en sommes arrivés là. Pendant quelques instants, dans l'avion, tout m'avait paru si simple. J'avais caressé le dos de sa main avec mon pouce, j'avais entremêlé mes doigts aux siens... La scène avait quelque chose de délicieusement irréel et la réalité m'a bien vite rattrapée... Pervers, hein ? Mais si je suis un pervers, moi, alors qu'est-ce que tu es, toi, Malefoy ?
La présentatrice annonce d'une voix enjouée la page de publicités. Avant même que j'ai le temps de réagir, Malefoy traverse la salle d'un pas vif et disparaît dans la pièce qui fait office de vestiaires. Je n'hésite pas et je m'élance à sa poursuite. Je me faufile entre les candidats et leurs proches qui célèbrent leur qualification à grand renfort d'étreintes et de cris. Seule Cathy se tient à l'écart, la mine lugubre. Son mari lui souffle quelques mots à l'oreille et ses deux enfants s'efforcent de la rassurer. Je les dépasse sans m'attarder et, enfin, je pousse la porte à double battants qui me sépare des vestiaires.
La pièce est petite, éclairée d'une lumière blanche et froide. Sur la droite, trois lavabos d'un blanc étincelant sont installés en enfilade, sous un large miroir qui fait paraître la pièce deux fois plus grande. Sur la gauche... Malefoy se tient debout, appuyé contre le mur, la tête rejetée en arrière, de telle manière que le sommet de son crâne repose contre la faïence blanche. Le grincement de la porte lui a fait ouvrir les yeux et son regard gris me stoppe net. Un instant, je me demande ce que je fais là, ce que je suis censé dire ou faire. Puis je m'avance d'un pas. Il s'efforce de conserver un visage neutre, presque indifférent, mais je remarque un petit pli dans le coin de sa bouche. Un petit pli amer qui n'a justement rien d'indifférent.
Je m'installe à côté de lui, dans la même position, dos au mur. Le miroir me renvoie nos reflets. Nous sommes de la même taille, peut être a-t-il un ou deux centimètres de plus que moi. Il est un peu plus mince aussi. Pour le reste, nous sommes si différents que les paroles d'Hermione me reviennent en mémoire. Ton exact opposé... Je suppose que oui. Ses cheveux d'un blond presque blanc sont fins et disciplinés, sagement ramenés vers l'arrière. Et puis ses yeux, gris et pâles, d'une couleur rare, que je n'ai jamais vue chez personne d'autre, sauf chez son père. Ils se ressemblent beaucoup d'ailleurs...
- Qu'est-ce que tu as ?
Sa voix traînante tranche le silence et me fait presque sursauter. Je ne m'attendais à ce qu'il parle en premier. Je me tourne vers lui, mais il préfère continuer à m'observer à travers le miroir. Je me rends compte que j'ai froncé les sourcils et serré les poings. Je n'aime pas penser à Lucius Malefoy et encore moins à sa ressemblance avec son fils. Je secoue doucement la tête et je m'efforce de me concentrer sur ce qui est vraiment important, là, maintenant.
- Il faut que tu te qualifies.
Comme il se tait, je poursuis :
- Tu es bien plus fort que Cathy.
- Tu crois que ça suffit ?
Son ton est sec, cassant. Je le regarde, étonné. De près, son épuisement est encore plus criant. Mais la façon dont il me dévisage a quelque chose de vif, comme s'il attendait une réponse.
- Oui. Il faut juste que tu te reprennes.
Il renifle d'un air dédaigneux, mais j'insiste.
- Dans moins d'une heure, tout sera fini. Je sais que tu peux encore tenir une heure. Même si tu es fatigué, même si c'est dur. Tu peux l'emporter. Tu dois l'emporter.
Il me regarde toujours, à travers le miroir, sans ciller, sans répondre non plus. Je dois me retenir pour ne pas le secouer.
- Tu comprends ce que je te dis, Malefoy ? Ce n'est pas le moment de lâcher !
Enfin, il daigne ouvrir la bouche.
- Tu es censé ne plus me parler, tu te souviens ? Tu es censé m'ignorer...
J'essaie de contenir la colère qui monte en moi. Si je me souviens ? Si je me souviens ? Merci, Malefoy, mais je me souviens très bien. Trop bien même. J'inspire profondément et je finis par hausser les épaules en sifflant :
- J'attendais simplement des excuses. J'espérais au moins que tu regretterais.
Pour la première fois, il baisse les yeux, incapable de soutenir mon regard. Il entrouvre la bouche et je retiens mon souffle, mais rien ne vient.
- Laisse-tomber, soupiré-je. Il y a plus urgent. Tu dois...
- Je... Je ne le pensais pas, m'interrompt-il doucement. Je voulais juste... te faire du mal.
Je hausse les sourcils, surpris. Ce sont... presque des excuses ? Malefoy me prend au dépourvu. Et, lorsqu'il poursuit d'une voix faible, je n'en crois tout simplement pas mes oreilles.
- C'était un moyen de faire comme si le... problème venait uniquement de toi. C'était nul... Vraiment nul.
Il tourne la tête vers moi pour me regarder droit dans les yeux et il est si hésitant, si gêné, si perdu que je sais qu'il est sincère. A cet instant, il ressemble si peu à son père que je me demande comment j'ai pu penser le contraire, moins de deux minutes plus tôt. Je le vois qui se tord les doigts et se mordille les lèvres, avant de lâcher enfin :
- Alors je... je suis désolé.
Doucement, cédant à l'envie, je glisse mes mains sur ses épaules et je l'attire contre moi. Je sais qu'à travers sa chemise et son tablier noir, il sent mon cœur qui bat à tout rompre. Mais je m'en fiche. Je m'en fiche même complètement.
- Le test sous pression, soufflé-je à son oreille. Tu vas le gagner, je le sais.
Il secoue la tête pour dire non, mais je le serre plus fort dans mes bras pour lui dire que si, il va gagner. Car ça ne peut pas s'arrêter là. Ni pour Master chef. Ni pour lui et moi...
Coucou ^^
Désolée, j'ai peur de m'être lancée dans un truc un peu compliqué avec une alternance présent - passé... Vous savez, quand on lit une histoire et qu'on comprend seulement au fur et à mesure ce qui est arrivé. Malheureusement, c'est beaucoup plus difficile que ce que je pensais T_T J'espère que le texte reste suffisamment clair et que les passages passé-présent ne sont pas trop abrupts.
Voilà, sinon j'ai repassé les écrits de mon concours. C'était trop dur aussi (décidément !).
Et, en vrac : la tactique de me poser des questions dans les reviews est bien tentée, mais je n'ai pas le droit d'y répondre pour des raisons de suspens :D Je conseille au monde entier de lire Des fleurs pour Algernon (Daniel Keyes) et je vous remercie pour vos petits mots !
A bientôt,
Fantaisiiie
