Note de l'autrice : Bonsoir, voilà donc le chapitre 37. Merci à Melior pour sa review ! Bonne lecture tout le monde.
Chapitre 37 :
Déclaration
Marais du Zoloom, 2011
Il était bientôt minuit, et Fallen ne parvenait pas à trouver le sommeil. Elle s'était réfugiée dans une salle à l'écart de la grotte principale, qui pouvait faire office d'aven, car elle s'ouvrait sur le ciel. La jeune femme voulait sentir l'air frais et contempler les étoiles – par chance, elles étaient nombreuses ce soir.
Assise sur une formation rocheuse large, le dos appuyé contre le mur, les genoux ramenés contre elle, elle se plongeait dans ses réflexions. Les quelques cristaux éclairaient les lieux en reflétant la lumière pâle de la lune.
À côté d'elle, son carnet d'écriture. Elle avait tenté de mettre en mots ses ressentis de ses derniers jours, mais elle en était incapable. Un vide de plus en plus grand se creusait dans son ventre, dans son âme.
Même si elle était guérie de la Virulose, elle ne mènerait jamais une vie normale. Une vie simple, où elle aurait besoin de si peu de choses. Oh bien sûr, elle avait retrouvé son frère et, avec Shona, ils formeraient un semblant de famille – avec les autres membres de Feyther aussi. Et sa mère biologique, était-elle vivante ? Un goût amer se répandit sur sa langue. Mieux valait qu'elles ne se recroisent jamais.
Ses pensées se dirigèrent vers Genesis. Elle savait que l'éviter était la plus mauvaise idée qu'elle n'ait jamais eue, mais elle échouait à affronter ses propres sentiments. Ça faisait trop mal. Ils ne se connaissaient pas, en fait, et elle ne voyait pas ce qui pousserait le Soldat à se rapprocher d'elle…
— Tu comptes fuir encore longtemps ?
Fallen sursauta ; elle déplia ses jambes, puis se tourna vers la gauche. Le manipulateur de feu s'assit à côté d'elle avec un air indéchiffrable – non, c'était elle qui feignait de ne pas saisir les émotions qui émanaient de lui. Elle frémit lorsqu'il lui attrapa la main et la posa sur son torse.
— Je suis vraiment désolé de t'inspirer autant de crainte.
Fallen prit de plein fouet la douleur dans sa voix. Elle balbutia :
— N-non, ce n'est pas ça. C'est que… C'est moi qui suis lâche. J'ai peur de ma propre ombre…
Les larmes lui vinrent de nouveau aux yeux. La main de Genesis s'égara sur ses joues pour les chasser. Elle marmonna :
— Décidément, je pleure un peu trop depuis quelque temps.
— Il n'y a rien de mal à ça. Il s'agit d'une réaction normale.
Le Soldat lui adressa un sourire et releva son menton. Encore une fois, Fallen se raidit. Elle se força à respirer avec lenteur.
— Orate, euh… Genesis, je ne sais pas si c'est ce que je crois, mais…
Ses lèvres contre les siennes lui coupèrent la parole. La jeune femme ferma les paupières et, enfin, comme si elle avait attendu un tel instant depuis une éternité, se laissa aller entre les bras du Soldat. Elle se retrouva assise sur ses cuisses, le cœur pas loin de la tachycardie, mais la seule chose qui importait, c'était ce baiser qu'elle s'était interdit d'imaginer même dans les moments où elle se sentait bien.
Le souffle court, quelques secondes plus tard, elle lâcha :
— Tu es conscient que nous sommes de parfaits étrangers.
— Je n'ai pas cette vision-là, Fally.
À son plus grand embarras, elle s'empourpra sous le surnom affectueux – merci Rivus, elle lui revaudrait ça de l'avoir dévoilé à tout le monde tout à l'heure lorsqu'il l'avait reconnue.
— Tu étais très proche d'Orate, et moi de Lucéole, puis Nalfel. Des pseudonymes qui résument ce que nous sommes au fond, non ?
— Tu n'as pas tort.
Elle plongea son regard dans le sien, mako si fascinante, au point qu'elle désirait s'y noyer. Genesis resserra son étreinte.
— Je suis tombé amoureux de ta voix, pas de ton prénom, même si je l'aime bien.
— Moi, non. Il veut dire « Chute ». Ma mère m'a stigmatisée dès le départ, marmonna-t-elle.
— Tu peux être considérée comme étant une plume qui finit par reprendre son envol. En tout cas je t'y aiderai.
— Genesis…
Il s'empara du carnet de la jeune femme et le lui donna, l'air mutin.
— Et si tu écrivais maintenant ce poème qui dort en toi ? L'Acte 6 de Loveless ne se rédigera pas tout seul.
Fallen grimaça. Il lui faudrait accepter pour de bon cette histoire d'Élu, mais d'abord…
— Mon Don, ce n'est donc pas la survie ni la mort que je porte en moi, mais…
— Mais ? l'encouragea-t-il, en lui tendant son crayon.
Leurs doigts se frôlèrent ; l'évidence lui creva le cœur. Elle s'était reniée si loin pour le refuser ? Combien de temps mettrait-elle à guérir des traumatismes et violences subies ?
— Le… Le bonheur.
Elle prononça le mot avec un sanglot. En silence, elle posa la pointe du crayon sur le papier, prit plusieurs secondes pour se vider la tête et, lentement, inscrivit les vers libérateurs qui annonçaient sa rédemption :
Je m'immole sur les ailes
D'ombre et de lumière
Mon sang charrie les promesses
De cette justice universelle
Sur nous, le regard de la déesse
Illumine le don
Qui naît de nous-mêmes.
Genesis se saisit du crayon lorsqu'elle eut terminé, puis ajouta sous la signature de Fallen les indications suivantes :
Matéria terrestre – clé déesse gorge (Arme Émeraude). Fallen arqua un sourcil.
— Comment es-tu au courant de ça ?
— En fait, c'est Rivus et Erwann qui l'ont évoqué. Les autres Élus ont dû avoir leurs propres informations grâce à leurs proches, je suppose, après des recherches.
— Et toi, qui t'a révélé quelle ARME et quelle matéria clé te correspondaient ?
Genesis eut une moue.
— Minerva en personne, vu comme j'étais isolé.
Le couple leva les yeux vers le ciel, où une étoile filante se perdit dans le lointain. Un faible sourire s'esquissa sur les lèvres de Fallen.
— Ça me rappelle le conte de la Princesse des Étoiles que Rivus me racontait quand nous étions enfants.
— Hm ?
— L'étoile filante qui vient de passer, précisa-t-elle.
Pour toute réponse, Genesis enfouit son visage dans ses cheveux et lui arracha un délicieux frisson.
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Ruines de Midgar, 2011
Dos à la baie vitrée brisée qui avait orné les bureaux du Président Shinra naguère, Cloud considéra d'un œil dur tous les Turk et Rufus. Vincent parlementait avec Denzel, qui tenait absolument à tous les accompagner malgré son jeune âge – et il n'y avait pas moyen de le dissuader.
Les autres membres d'Avalanche étaient tous là, à l'exception de Cait Sith, qui veillait sur Marlène. Reeve était parmi eux cependant et pouvait surveiller à distance le Septième Ciel grâce à son robot.
Elena dévisagea Yuffie avec un air pincé, que la princesse du Wutaï lui rendait bien. Puis elle se tourna vers Gun. Elles échangèrent de nouveau de longs coups d'œil chargés de souvenirs douloureux. Les deux sœurs ignoraient quoi se dire après tout ce temps. Elena avait appris à ne plus nourrir de rancune à l'égard de son aînée. Hélas, parviendraient-elles à renouer un lien tellement fragilisé qu'il était prêt à se rompre ?
Un peu en retrait, Nanaki finit par se racler la gorge et par déclarer :
— Bon, si nous nous sommes réunis ici, je doute que ce soit pour nous fixer en chiens de faïence, pardonnez-moi l'expression.
Barret ravala un juron dans sa barbe. Cid écrasa sa cigarette avec son talon et grogna :
— J'ai presque terminé les innovations apportées au Shera. Si j'ai bien compris, on va non seulement s'associer, mais il faut aussi qu'on retrouve le groupe Feyther, c'est ça ?
— En espérant qu'ils souhaiteront nous rejoindre, lâcha Vincent avec un visage pensif.
— T'oublies les Tsviets menés par Weiss. Vu que Tifa a… été l'une des leurs pendant un temps, ben…
Yuffie se tut lorsque Shotgun lui lança un regard intrigué. Rufus fronça les sourcils.
— Tant d'alliances contre un seul scientifique… N'est-ce pas démesuré ? Ce n'est qu'un homme.
— Un homme qui a trois Alphæ et une armada d'Épurateurs à sa botte. Ne les sous-estimez pas. Puis vous êtes mal placé pour parler compte tenu du passé d'Hojo, répliqua Barret, l'air mauvais.
Elena soupira avec Rod de concert. Ils n'étaient pas sortis d'affaire. Reno se frotta le menton.
— Mouais… Je ne le sens pas, ce bâtard. Faut vraiment qu'on réagisse. Il a causé autant de mal qu'Hojo et Hollander, sans vouloir vous offenser patron.
Reeve se racla la gorge.
— Cloud, t'as ton mot à dire, non ?
Lentement, celui-ci plongea son regard dans le sien. Un regard animé de détermination même si beaucoup le pensaient plus bas que terre. D'une voix calme, il déclara :
— Si nous devons tous nous unir pour sauver encore une fois Gaïa, alors soit. Nous devons le faire au nom de tout le sang versé.
— Bien parlé, s'exclama Yuffie.
— Par contre, Denzel ne doit pas venir.
Vincent se tourna vers l'adolescent après avoir prononcé ces mots. Avant qu'il ne puisse s'enflammer, il lui lâcha d'un ton sépulcral :
— Tu dois rester au Septième Ciel pour assurer la relève avec Marlène au cas où il nous arriverait quelque chose.
— Mais…
— Personne de ton âge n'a participé à des batailles aussi décisives. Ce n'est pas aujourd'hui que ça commencera.
— Je suis d'accord, renchérit Barret. C'est pas aux gosses d'être de la chair à canon.
— Je ne suis pas un…
— Tu n'es pas non plus un adulte, répliqua Yuffie.
Elle s'accroupit devant lui et lui saisit les mains.
— J'étais comme toi, mais j'ai attendu mes seize ans avant de faire mes preuves. Le temps que mon corps physique soit prêt, tu vois ?
Denzel grinça des dents ; cependant, les arguments de la guerrière avaient fait mouche. Cloud ajouta :
— Il y a eu plus jeune que Yuffie, et c'était Sephiroth, à quatorze ans. Or, nous savons tous qu'il n'était pas ordinaire… Tu n'as aucun héritage de Jenova ou de mako en toi, Denzel, et bénis ce fait.
Il avait achevé sa phrase avec amertume. Les Turks étaient demeurés muets.
— Très bien… mais vous avez intérêt à agir pour le mieux. Je n'ignore pas que certains d'entre vous y resteront, que ce ne soit pas en vain.
Une larme coula sur la joue de l'adolescent, qu'il balaya d'un geste sec. Nanaki hocha la tête. Cait Sith croisa les bras :
— Je vais raccompagner Denzel au Septième Ciel.
— Pendant ce temps, nous faisons route vers la grotte du Zoloom, rétorqua Tseng. C'est là que se cache Feyther.
— Avant, nous prenons contact avec eux, insista Rufus.
— Évidemment.
Un silence de mort plana sur tout le groupe. La poussière des gravats dansait autour d'eux, tel un voile gris et maussade.
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Grandes prairies, 2011
D'un air concentré, Maestro surveillait les alentours. Il avait retiré son casque et exhibait ses cheveux noirs bouclés et mi-longs au vent. Luxière pinça les lèvres.
— Nous devrions nous rendre à la grotte immédiatement. Nous pouvons les maîtriser tous.
— Tu oublies Genesis Rhapsodos, lâcha Maestro d'un ton âpre.
Luxière grinça des dents. Oui, évidemment… Un Soldat qu'il avait tellement envié par le passé. Peu importe ; aujourd'hui, il était meilleur que lui. Maestro dut lire dans ses pensées, car il plaqua sa main sur son épaule.
— Attends qu'il parte en éclaireur. Là, tu pourras capturer la fille. Ne sois pas trop confiant. Cela a été fatal pour Katana.
Luxière marmonna. Son coéquipier avait raison. De plus, s'il sabotait la mission, Narulon serait capable du pire contre lui. Un frisson remonta le long de son échine, tandis qu'un vent léger empreint d'un parfum de terre soufflait sur-le-champ. Il commençait vraiment à craindre le scientifique ; à force de le côtoyer, il avait remarqué certaines choses dérangeantes à son égard. Une fois, il l'avait vu torturer sans état d'âme un cobaye, qui subissait les mêmes expériences que Cinco.
Avec elle, Luxière estimait qu'il avait été moins cruel que n'aurait pu l'être Narulon.
Il frotta machinalement son arme paralysante, puis s'accroupit dans les herbes hautes. Maestro l'imita après avoir remis son casque sur la tête. Au moindre problème, ils détaleraient aussi sec.
L'Alphæ considéra son collègue avec un air pensif. S'il avait été avec Lead, il se serait ennuyé comme un rat mort. Maestro avait l'avantage d'être un peu plus impulsif, tout comme lui. Sur ce point, ils s'entendaient bien. Narulon s'arrangeait pour les envoyer rarement en mission ensemble.
— N'oublions pas que Feyther possède bien plus de ressources qu'elle ne le montre, lâcha Maestro.
— Je sais, ne t'inquiète pas.
— Hmpf.
Ils patientèrent, tels des fauves en chasse.
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Cratère Nord, 2011
Accepter de s'allier avec Feyther était une chose. Réussir à les contacter en était une autre. Les Tsviets n'avaient pas la moindre idée de comment procéder.
Ils ne pouvaient pas sortir du Cratère Nord pour le moment ; sinon, leur tanière pouvait être découverte par Narulon, et ils ne devaient pas se permettre ce luxe même si Kiiro était confiant sur leurs forces.
Violine était occupée à masser le crâne de Cinza, qui grommelait dans son sommeil. Depuis quelque temps, il souffrait de cauchemars qui altéraient son énergie et la qualité de son pouvoir. Nāraṅgī plissa les lèvres tout en contemplant les cristaux de mako sur les parois, puis marmonna :
— Je suis prêt à courir le risque de chercher Feyther. Nous n'avons pas le choix.
— Et si tu te fais attraper ? argua Rosa, qui cuisinait.
— Si nous restons ici sans rien faire, les choses n'avanceront pas.
— Weiss est parti la nuit dernière. Kiiro lui a assuré que nous saurions nous débrouiller. Seulement, regardons-nous. Incapables de prendre une fichue décision, grogna Violine.
— Ne sois pas aussi pessimiste, soupira Shelke, occupée à lire.
Des bruits de pas les interrompirent ; Rosa se retourna la première. Elle avisa Acajou, dont les cheveux auburn étaient attachés en une queue de cheval haute, mais se tendit en remarquant une silhouette inconnue derrière lui. Harā et Kiiro étaient en train chasser… D'un ton éraillé, comme s'il avait subi une ablation partielle des cordes vocales, le Tsviet lâcha :
— Du calme. Ne reconnaissez-vous pas l'Instructrice qui a tout appris à Nero et Weiss ?
Nāraṅgī ouvrit la bouche de stupéfaction. Shelke, elle, se permit un léger sourire. L'inconnue retira son masque. Argento. Ses épaules s'affaissèrent de soulagement. Posée, Argento s'adressa à eux :
— Je sais où se trouve Feyther, et je peux accompagner l'un de vous pour proposer une alliance.
— Nous suivront-ils, vraiment ? s'enquit Violine, sceptique.
— Ils ont une dette envers moi, déclara l'Instructrice avec gravité. Du moins, Genesis Rhapsodos.
Les Tsviets se fixèrent, perplexes, sauf Shelke, qui était au courant de quoi il retournait. Ils n'obtiendraient pas d'autres détails ; cependant, Argento était sûre d'elle. Rosa avait raison : qui ne tente rien n'a rien. Comme pour les encourager, certains cristaux de mako brillèrent davantage – un phénomène naturel qui prouvait qu'ils se chargeaient grâce à la Rivière de la Vie et seraient destinés à devenir des matérias dans une centaine d'années.
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Centre de la Planète, 2011
Face à l'escalier improvisé formé par le sommet de piliers dont la profondeur était sans fin, Weiss réfléchissait tout en contemplant le cristal de jade où était enfermé Nero. S'il devait dénicher Oméga et l'endormir définitivement afin de résoudre la quête de Loveless – qui lui permettrait de libérer son frère –, alors il le ferait. Un sourire cynique s'épanouit sur ses lèvres ; il avait conscience qu'il se trompait sur la quête. Il misait sur le don de Puissance. Cependant, puisque d'après Jade, chaque Élu était destiné à se fourvoyer pour trouver le Don qui lui était échu…
Il sauta sur une des marches, puis une autre, et encore une autre. Il pria Nero de lui pardonner sa folie. Peut-être qu'il n'était pas un Élu, finalement. Dans le pire des cas, lui et son frère se rejoindraient dans la mort. Au moins, Oméga lui offrirait cela s'il échouait dans sa tâche.
Sans faillir, tout en rangeant le cristal dans sa poche, Weiss poursuivit sa lente descente vers les profondeurs de Gaïa, dont les paysages ne lui seraient bientôt plus étrangers.
