Nom : Les futurs parents
Auteur : Rain
Disclaimer : Shaman King appartient à Hiroyuki Takei. Je ne cherche pas à faire de profits ni à tirer quoi que ce soit à part de l'entraînement de ces écrits.
Thème : 65# Calendar
Soundtrack : Mother Earth (Within Temptation)
Personnages : Sâti, Jackson, Komeri, Hao
Note : Ca m'énerve ! Je voulais faire un truc tout beau tout mignon et mon esprit de sadique s'est débrouillé pour rendre la chose angsty et dark et aaagh. T.T
Le jour où ils sont sûrs, Komeri leur offre un joli calendrier fait-main. Elle a coché elle-même tous les jours qui sont déjà passés, et entouré en orange la date prévue. Le petit objet expose à la vue de l'heureux couple une explosion de couleurs folles et joyeuses, et il reflète bien leur humeur de l'instant : sans soucis et nageant dans le bonheur.
Sâti l'accroche sur le réfrigérateur, suffisamment bas pour que Komeri puisse l'attraper, mais suffisamment haut pour qu'elle-même n'ait pas à se baisser. La grande rousse coche chaque jour avec application, et dès qu'elle le voit elle se met à sourire. Elle sourit beaucoup ces temps-ci.
Un mois passe, et bientôt cela fait douze semaines qu'elle vit pour deux. La jeune femme pioche avec délices dans son bol de framboises tout en lisant un roman d'amour emprunté à Samy. Jackson lui sourit en rentrant de l'entrainement, ce léger sourire timide qui le prend dès qu'il la regarde, puis la rejoint sur le canapé. Elle fait semblant de l'ignorer, il la chatouille, et les framboises volent. Rien ne peut mal tourner.
Les jours passent et son ventre enfle lentement. Komeri s'émerveille devant ce petit miracle et se met à parler sérieusement au futur enfant, décidée à se faire une place dans le cœur du petit avant même son arrivée. Jackson est toujours aussi cérémonieux et ose rarement caresser le ventre de sa femme. Samy et Mamy aident la future maman à trouver des vêtements à sa taille. Daei passe plusieurs fois, sans parler spécialement mais gardant son sourire songeur.
Sâti est depuis toujours rayonnante, mais ces temps-ci elle est devenue un véritable soleil miniature. Reoseb est venu rendre visite à Komeri pendant les vacances. Devant le ventre de Sâti, comme foudroyé, l'adolescent tombe en arrêt, une légère couleur embrasant ses joues. Komeri laisse éclater un rire doux comme de l'eau sur les galets, lui prend la main et la pose sur l'estomac de la princesse des Gandhara. Cette fois-ci Reoseb rougit jusqu'à la racine de ses cheveux alors que sa compagne aux cheveux blancs continue de rire, et Sâti coche une nouvelle semaine sur le calendrier.
Quelques jours plus tard c'est toujours Komeri qui trouve le prénom parfait. Le couple l'adopte immédiatement, et l'adolescente le rajoute au feutre bleu sur le calendrier. Les six lettres luisent alors qu'elles sèchent. Durant les heures qui suivent, Jackson entend Sâti le répéter à longueur de temps comme pour s'en imprégner, pour l'introduire au plus profond d'elle-même. C'est un murmure quand elle marche précautionneusement, un chant quand elle se douche…
Soutenue et aidée par Yanage, Samy et Mamy, Sâti part en raid de shopping pour meubler la chambre du futur petit garçon – parce que c'est un garçon, ils le savent maintenant, au bout de six mois d'attente – et Jackson est heureux qu'il n'y ait pas de problème de portefeuilles dans la famille, parce qu'elle dévalise l'endroit. Les meubles ne sont pas bleus – trop cliché – mais jonglent entre des teintes fauves et brunes, comme pour donner des impressions de savane. Le tout est installé dans la vaste chambre, et Jackson peint avec application un éléphant sur la porte, accompagné d'un nom : Sirrah.
Huit mois sont cochés sur le joli calendrier, accompagnés de nombreux dessins de Komeri, quand elle reçoit une visite pour le moins surprenante. Le roi est d'humeur obscure, mais il ne semble pas prêt à partager ses sombres pensées avec la princesse rousse, qui ne s'en offusque pas. De toute façon, elle est bien trop perdue sur son petit nuage pour remarquer le regard qu'il pose sur elle. Quand il repart, elle lui offre des framboises; gravement, il les accepte.
Trois jours plus tard, tout va de travers. Elle saigne horriblement, elle a mal, tellement que la mort semble bien douce en comparaison. Pourtant elle parle d'expérience; mais cette douleur est nouvelle, et elle ne sait comment s'en protéger. Quand Jackson rentre, enfin, ses joues sont striées de larmes et elle hurle dans le vide. L'homme panique mais tente désespérément de se calmer alors qu'il la porte jusqu'à la voiture. Il part en roulant à tombeau ouvert vers l'hôpital de la région.
Hao les observe de loin, les traits froncés sous le poids de son fardeau. Lui qui sait tout par avance doit s'assoir et attendre en silence que les choses se passent sans intervenir. Ça brûle.
A l'hôpital, tout a une désagréable odeur de chlore. Sâti est depuis longtemps inconsciente, son cerveau refusant de subir plus longtemps cette sensation atroce dans son bas-ventre. Les docteurs font tous les examens, cherchant à comprendre, mais il n'y a rien à comprendre, si ce n'est que Komeri n'aura pas de petit frère. Le monde de Jackson s'écroule, et quand sa princesse s'éveille enfin, il ne sait que dire.
Elle comprend ce qui est arrivé, et ses grands yeux d'ambre prennent, pour la première fois depuis des temps immémoriaux, une couleur d'angoisse et de déni mêlés. Elle hurle, longtemps, comme un loup à la mort.
Puis le silence.
Quand ils rentrent enfin, Sâti s'appuie sur son époux, incapable de réagir. Son esprit s'est simplement fermé à l'extérieur, elle ne les entend, ne les voit plus.
Jackson la veille et lui donne des pilules pour dormir, parce qu'il sait bien qu'elle en aura besoin. Bien vite, elle est loin, et il reste seul.
Jackson sent son âme ployer sous la rage et la souffrance, et il est incapable de ne pas se sentir victime d'une injustice, de ne pas chercher une explication, des signes, quelque chose qui expliquerait ce qui vient d'arriver. Le grand roux sent une douleur, une haine irrationnelle griffer et déchirer ses entrailles, et s'il s'écoutait il… Il quoi ? Cette fois-ci il n'y a pas d'ennemi à combattre. Il n'y a pas de responsable. La colère ne mène à rien.
Cette prise de conscience est comme une flèche qui atteindrait son cœur. Tout est fini. Pouf, disparu. La paix, la tranquillité, Sirrah – rien.
Tout ce qu'il reste, c'est le calendrier.
Sâti : Mais… *larmes aux yeux*
Rain : Je suis désolée, désolée, désolée, sorry, entschuldigung, désolée, sumimasen, gomennasai, désolée…
Hao : (a Sâti) Si tu veux je la brûle.
Rain : Désolééééée !
