Chapitre 38 : Le vol.

Trois mois s'étaient écoulés depuis l'arrestation de Hagrid, et aucune attaque n'était survenue depuis.

Après un tel laps de temps, les règles de sécurité s'étaient considérablement relâchées, et tout le monde au château vivait tranquillement, convaincu que le coupable était derrière les barreaux et que plus rien ne pourrait donc arriver. Les Serpentards en étaient même déçus, puisque cela signifiait pour eux qu'il n'y avait pas eu d'héritier de Salazar Serpentard ni de chambre de secrets ouverte, et que les nés-moldus ne seraient ainsi pas massacrés. Pire : la bête, cette fameuse acromentule, aurait très bien pu s'en prendre à l'un d'eux ! À un sorcier de sang pur !

Au sein des autres maisons, les commérages n'avaient pas cessés après toutes ces semaines. Certains élèves se vantaient de s'être très tôt douté que le garde-chasse était coupable, d'autres qu'ils s'étaient toujours méfié de lui. De nombreuses rumeurs affirmaient que Hagrid avait même volontairement lâché l'araignée sur les élèves, qu'il était un monstre, et qu'il aurait fallu le faire enfermer dès la première fois.

En réalité, de tous les élèves, Harry et Ron étaient peut-être les seuls à croire en l'innocence du géant.

Depuis l'arrestation, les professeurs, eux, n'avaient fait aucun commentaire. Même Rusard se taisait, lui qui était le premier à dire le fond de sa pensée lorsque celle-ci était négative. En fait, tous les adultes du château agissaient comme s'il ne s'était rien passé, comme s'il n'y avait rien à dire.


Ce jour-là, les Gryffondor et les Serdaigle de deuxième année avaient un cours de potions. Le dernier de la journée.

« Avoue quand même que c'est pas bon pour lui, dit Ron à Harry alors que le contenu pâteux de leur chaudron clapotait.
- Ben ouais, je sais bien, reconnut Harry.
- Pas d'attaques depuis qu'il est parti, ça arrange bien le ministre. Il n'attendait peut-être même que ça avant de lancer la procédure de jugement.
- Mais ils n'ont aucun preuve, pourtant ! s'écria Harry. »

Rogue, occupé devant le chaudron d'un autre groupe, quelques mètres plus loin, se retourna vers Harry et lui jeta un regard noir.

« Je comprends mieux la médiocrité de vos préparations, Mr Potter, dit-il à haute voix. Elle s'explique très facilement par votre absence d'intérêt pour la discipline et vos incessants bavardages. »

Harry baissa la tête et s'excusa mollement.

Dès que Rogue eu de nouveau tourné la tête, il reprit sa conversation sans même avoir jeté un œil à sa mixture ratée, qui émettaient maintenant des borborygmes.

« Ils n'ont aucune preuve, dit-il en chuchotant.
- Je sais, répondit Ron, mais tout est contre lui. Et notre justice est parfois un peu, heu, disons expéditive. Il suffit de pas grand-chose : il faut à Fudge un coupable pour calmer les gens, et Hagrid fait un très bon coupable.
- C'est sûr, mais c'est injuste !
- En attendant ça plaît à tout le monde : Hagrid a déjà été mis en cause dans une histoire similaire, tout le monde connaît son penchant pour les créatures dangereuses, et par-dessus le marché les attaques ont cessées depuis son arrestation. Ça fait beaucoup de coïncidence, tu ne trouves pas ? »

Avant que Harry n'ait pu répondre, il aperçut Rogue qui se dirigeait vers eux. Le professeur de potions en avait fini avec son précédent binôme, et s'approchait d'eux comme un fauve s'approche d'une proie. Il se planta devant eux avec un sourire ravi.

« Ah, l'inénarrable duo ! » s'écria-t-il de manière à ce que tout le monde l'entende, et surtout de manière à ce que tout le monde profite de leur humiliation publique à venir.

Il jeta un regard désabusé dans leur chaudron.

« Je dois vous l'avouer : tout à l'heure, vos jacassements m'ont été d'une aide précieuse pour choisir mes deux prochaines victimes. »

Ron déglutit bruyamment. L'affaire s'annonçait mal.

« Et je dois également avouer que je ne suis pas déçu : ce que je vois là est aussi pitoyable que ce que je pouvais imaginer. C'est tristement habituel pour vous, je vous l'accorde, et vous n'êtes donc pas dépaysés, mais c'est malgré tout une défaite. Que dis-je ? Une défaite ? Non, c'est une véritable débâcle. »

Harry se risqua à se pencher sur son chaudron pour contempler l'ampleur du désastre. Rogue n'avait pas tort, elle ne ressemblait en rien à ce qu'ils devaient obtenir…

« Ah oui ! s'écria Rogue. Il est temps de s'intéresser un peu à votre œuvre ! Alors que voyez-vous ?
- Je vois une potion ratée, monsieur. Nous avons été négligents, nous ne l'avons pas surveillée…
- C'est peu de le dire. Mais j'y vois autre chose. »

Harry se pencha plus en avant, pour détailler l'affreux résultat. Le contenu du chaudron s'était crevassé à force de sécher, et le tout puait le brûlé. Mais il ne voyait rien de particulier.

« Je… Je ne sais pas, avoua-t-il.
- Eh bien je vais vous le dire : j'y vois le glas de votre réussite scolaire à tous les deux. J'y vois l'agonie des efforts désespérés que vous avez jusqu'alors déployés pour tenter de maintenir votre incompétence à flot. Mais c'est fini messieurs : cette potion est à la hauteur de votre talent, vous n'avez aucun avenir. »

Puis il tourna les talons.

« Oh ben dis-donc… » lâcha un élève proche d'eux.


Dix minutes plus tard, Harry et Ron s'écroulaient dans les fauteuils de leur salle commune.

« Quelle horreur… dit Ron d'une voix rauque.
- Oh, arrête, tu sais bien qu'il en fait des tonnes. Il veut juste s'en prendre à nous pour faire des exemples, et pour se passer les nerfs.
- Mais en plus il a raison : on a merdé cette fois ! C'est de pire en pire nos potions…
- En même temps il ne donne pas envie de s'investir à fond…
- J'dis pas, mais quand même. »

Ron se prit la tête dans les mains.

« Jamais mes frères n'ont eu droit à ça… se lamenta-t-il. Même les jumeaux ont de bonnes notes en potions ! »

À ce moment-là, Dean Thomas arriva vers eux en courant, affolé.

« Harry ! s'écria-t-il.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonna l'intéressé.
- Il faut que tu viennes voir, répondit Dean. »

Il mena alors Harry et Ron jusqu'au dortoir des deuxièmes années. Dans la pièce, les affaires de Harry étaient c'en dessus dessous.

« Mais qu'est-ce que… ? » dit-il.

Son lit avait été défait, les draps arrachés et le matelas retourné. Son armoire avait été ouverte, et les vêtements sortis et jeté au sol. Ses affaires de cours, livres et notes, avaient été éparpillés en désordre.

« J'ai découvert ça en remontant, annonça Dean. Ça a dû se passer pendant l'après-midi.
- Mais enfin, qui a pu faire ça ? demanda Ron en écarquillant les yeux. Quelqu'un qui t'en veut ?
- Non, ça m'étonnerait, répondit Harry. Mes seuls ennemis sont à Serpentard, ils n'ont pas accès à notre dortoir. C'est forcément un Gryffondor qui a fait le coup… »

Harry, aidé de ses amis, commença alors à ramasser les affaires qui jonchaient le sol.

« Il manque quelque chose ? demanda Dean lorsqu'ils eurent remis un peu d'ordre. Parce que soit c'est quelqu'un qui t'en veut, soit c'était pour voler quelque chose. »

Après avoir réfléchit, Harry trouva.

« Il manque le journal de Tom Jedusor. »