Bonjour les amis!

J'espère que vous allez bien, surtout avec l'immense soleil que nous avons eu toute la semaine mais qui s'est carapaté pour le week-end. Le précédent chapitre a suscité beaucoup de réactions et d'inquiétudes pour ce jeune Adam et ses déboires :) J'espère que la façon dont je vais traiter cette "intrigue" vous plaira, tout comme le reste de l'histoire d'ailleurs !

Un grand merci pour vos reviews très encourageantes et agréables à lire ! C'est un réel plaisir de vous lire chaque semaine ! Je vous laisse à votre lecture :D

Patmol25


Chapitre XXXVII : D'une promenade à l'autre ...

Harry et Cédric échangèrent un dernier regard anxieux avant que le Gryffondor ne frappe à la porte en bois de la cabane du garde-chasse de Poudlard. La voix bourrue de Hagrid retentit aussitôt mais fut couverte par les aboiements de Crockdur.

« J'arrive, j'arrive ! »

Un soupçon d'angoisse traversa Harry en entendant la voix du professeur d'études et de soins aux créatures magiques. Sans grande surprise, Harry et Hagrid s'étaient considérablement éloignés depuis l'exécution de Buck demandée par Lucius. Pourtant, le garde-chasse ne lui en tenait pas rigueur ! Mais la fluidité dans leur relation semblait s'être évaporée avec cet incident. Harry n'osait plus rendre visite à Hagrid, craignant toujours de le déranger ou d'être en trop. Seule Hermione arrivait à le convaincre d'oser l'accompagner boire un thé dans la cabane de leur ami.

La porte s'ouvrit finalement, laissant apparaître l'immense silhouette du garde-chasse. Il occupait toute l'embrasure de la porte, empêchant Crockdur de passer et de leur sauter dessus. Hagrid observa les deux étudiants qui se tenaient devant lui, emmitouflés dans d'épaisses capes d'hiver pour affronter le froid mordant de ce début du mois de novembre. La nuit était déjà tombée et seuls quelques pièces et couloirs éclairés par des torches flamboyantes étaient allumés dans le château. À l'extérieur, quelques rayons de la lune se reflétaient sur l'eau calme du Lac Noir.

« Quelqu'un nous a conseillé de passer la soirée avec vous, Hagrid, » déclara Harry d'une voix timide.

Le demi-géant le dévisagea un instant, silencieux. Cédric le salua poliment mais Hagrid ne lui accorda aucun regard, toute son attention fixée sur le jeune Jedusor. Ce dernier soutient son regard, un léger sourire triste étirant ses lèvres. Finalement, Hagrid attira Harry dans une étreinte bourrue contre lui. L'adolescent entendit ses os craquer mais il ne fit rien pour s'éloigner de l'accolade de l'homme.

« Entrez, » proposa finalement Hagrid. « Nous devons attendre encore une vingtaine de minutes. »

En même temps, il s'écarta de la porte d'entrée, laissant le champ libre à Crockdur. Harry fut traversé par un sentiment de joie intense lorsque l'énorme chien lui sauta dessus, le couvrant aussitôt de bave. Sous la force de l'animal, il recula de quelques pas et ne dut son salut qu'au corps de Cédric qui l'empêcha de chuter. Le plus âgé passa machinalement ses bras autour de son torse pour le maintenir sur ses pieds. Brusquement conscient de leu rapprochement physqiue, Harry se sentit rougir et il s'empressa d'éloigner Crockdur afin de mettre un peu de distance entre Cédric et lui.

« Tu as ta cape ? » demanda Hagrid, inconscient de ce qui venait de se dérouler sous ses yeux. « Personne ne doit vous voir si nous ne voulons pas d'ennuis. »

« Oui, » affirma Harry.

Pour appuyer ses propos, il tapota la poche de sa cape d'hiver. Hagrid hocha la tête d'un air satisfait même s'il ne cessait de jeter des coups d'œil par la fenêtre de sa cabane. Il craignait probablement que quelqu'un le surprenne avec les deux champions de Poudlard et l'accuse de tricherie. N'était-ce pas plus ou moins le cas ?

« J'ai une cape d'invisibilité, » ajouta le Survivant en remarquant le regard confus de son camarade.

« Vraiment ? » s'écria Cédric d'un air émerveillé. « Je peux la voir ? »

Harry rit doucement et sortit le fin tissu de sa poche. Il la déplia délicatement avant de la tendre à Cédric. Ce dernier l'attrapa avec douceur, observant l'objet magique presque religieusement. Il s'amusa à se couvrir le corps avec, laissant seulement sa tête être apparente. Harry s'amusa des expériences de son ami, songeant qu'il avait réalisé les mêmes en découvrant pour la première fois la cape !

« C'est un artefact magique très rare et précieux, » souffla le Poufsouffle, impressionné. « Où as-tu eu une telle cape d'invisibilité ? Elle est parfaite ! »

« Cadeau de James Potter, » répondit-il laconiquement.

Embarrassé par le nom de l'homme, Hagrid se racla bruyamment la gorge. Il se détourna d'eux et mit de l'eau à chauffer dans une marmite. Un léger malaise traversa le regard gris de Cédric mais il eut la décence de le dissimuler aussitôt. Au contraire, il adressa un doux sourire à son ami avant de lui rendre avec délicatesse l'étoffe magique. Harry la replia puis la glissa de nouveau dans la poche de sa cape, à côté de la Carte des Maraudeurs et de sa baguette magique.

« Où allons-nous alors ? » demanda Harry en s'asseyant sur une des énormes chaises en bois de la cabane. « Monsieur Black a dit... »

« Chut ! » l'interrompit Hagrid d'un ton abrupt.

De ses yeux noirs, il se précipita à la fenêtre de sa cabane et inspecta la parc du château plongé dans la pénombre. Ne remarquant aucun mouvement, il soupira de soulagement et se détourna de la fenêtre. Il prit le temps de tirer les lourds rideaux avant d'éteindre les flammes chauffant l'eau.

« Personne ne doit savoir que... vous savez qui vous a conseillé de venir me trouver, » insista Hagrid. « Nous serions tous sévèrement punis ! »

Harry et Cédric hochèrent solennellement la tête, comprenant tous les deux l'importance de rester discret. La veille, Sirius était venu le trouver au détour d'un couloir. Hermione et lui venaient de quitter la bibliothèque. Ils marchaient côte à côte sans échanger le moindre mot, tous les deux plongés dans leurs pensées. Autant elle que lui étaient frustrés de voir leurs recherches stagner. Ou plutôt, ne donner aucun résultat. Ils s'étaient penchés sur les quelques livres évoquant les liens magiques, les sortilèges maléfiques et même les serments sorciers. Cependant, rien ne faisait écho à la situation d'Harry et son père. Leur lien passant par sa cicatrice en forme d'éclair semblait être unique. En tout cas, aucun cas similaire n'apparaissait dans un bouquin !

Sirius les avait alors interrompu dans leur marche silencieuse. Discrètement, il s'était assuré que personne ne se trouvait aux alentours. Un instant, Harry s'était demandé si tous les directeurs de l'école de sorcellerie avait cette capacité à se déplacer aussi furtivement qu'un chat en semblant savoir exactement où se trouvait chaque personne présente dans le château ! Sirius s'était alors penché vers lui.

« Hagrid souhaite vous guider à un endroit, Monsieur Diggory et vous demain soir à la tombée de la nuit, » lui avait-il soufflé dans l'oreille. « Bien sûr, votre discrétion à tous les deux est indispensable. »

Sans un mot de plus, le directeur de Poudlard s'était éloigné à grandes enjambées. Harry avait voulu le rejoindre pour l'interroger sur ses paroles plus que mystérieuses mais Hermione l'en avait très justement empêché. À la place, il était parti à la recherche de l'autre champion de Poudlard afin de lui transmettre cette information. Hormis Hermione, personne n'était au courant de leur escapade programmée avec Hagrid.

Un silence embarrassé s'installa dans la petite cabane du garde-chasse. Cédric n'avait jamais échangé plus de quelques mots avec l'homme jusque là. Pourtant, Hagrid agit naturellement, tant avec lui qu'avec Harry. Il leur servit une tasse de thé fumante et fit glisser jusqu'à eux une assiette remplie de biscuits. Harry cacha son sourire derrière sa tasse en voyant Cédric se jeter dessus avec enthousiasme, tentant de croquer dedans. Évidemment, il se heurta à la dureté des biscuits maison d'Hagrid !

« Dans quelle galère te retrouves-tu encore ? »

La voix d'Hagrid avait une tonalité affectueuse qui fit sourire Harry. Cédric resta silencieux, trempant désespérément le biscuit dans son thé brûlant afin de le faire ramollir. Il observa l'échange entre les deux autres, remarquant l'amitié indéniable qui les liait.

« Je n'en ai absolument aucune idée, » répondit à mi-voix Harry, la gorge subitement serrée. Il s'efforça à afficher un air détaché. « Je n'ai plus le choix maintenant. Le directeur a entrepris des recherches pour essayer de débusquer celui qui a mis mon nom dans la Coupe de Feu. »

« Vraiment ? Tu ne me l'avais pas dis, » s'étonna Cédric, les sourcils légèrement froncés. « Est-ce que ça donne quelque chose pour l'instant ? »

Harry secoua la tête en regardant son thé faire de petits tourbillons avec le mouvement de sa cuillère qu'il s'amusait à tourner dans la tasse. Perdu dans ses pensées, il loupa le regard troublé de son ami. Sirius, avec l'aide du professeur Snape, tentait de comprendre ce qu'il s'était passé pour que la candidature de Harry soit acceptée par la Coupe de Feu. Les sortilèges autour de l'objet magique étaient si puissants que seul un sorcier aguerri et exceptionnellement doué aurait pu contourner les protections mises en place !

« Beaucoup pense qu'il s'agit de... ton père, » confia Hagrid.

Voilà ce qu'appréciait Harry chez le garde-chasse : sa franchise. Certes, il pouvait se montrer maladroit mais le demi-géant ne s'embarrassait pas des convenances sociales et lui disait en face ce que beaucoup murmurait derrière son dos. D'un air désabusé, Harry acquiesça en haussant les épaules.

« Je sais même si je trouve cela absurde. Quel serait son intérêt de me voir être l'un des champions de Poudlard ? Je risque plus de ridiculiser le nom des Jedusor que de le valoriser ! Si le Tournoi est interdit au moins de dix-sept ans, ce n'est pas anodin. »

« Tu... tu le connais mieux que nous, » marmonna Hagrid en évitant son regard.

C'était une façon maladroite de lui assurer son soutien mais Harry en fut particulièrement touché. Il adressa un sourire éclatant à son ami puis se tourna vers Cédric qui observait la scène d'un air concentré.

« Mais Cédric et moi avons décidé de passer au-dessus de ce piège et de nous battre, » ajouta t-il d'une voix déterminée. « Nous allons tout faire pour gagner ce Tournoi, pas vrai ? »

« Évidemment ! Je me suis inscrit dans cet objectif et le fait d'avoir Harry comme coéquipier ne représente pas une difficulté, loin de là, » approuva Cédric d'un air enjoué. « Nous ne cessons pas de nous entraîner deux soirs par semaine et le week-end. »

« Mais ça sera encore plus simple de le faire en sachant autour de quoi nous devons nous entraîner ! »

L'anxiété qui avait déserté les traits d'Hagrid fit son retour aux mots d'Harry. Il jeta un regard nerveux à la vieille horloge suspendue au-dessus de son énorme lit. Vingt et une heure quinze approchait. Il avala d'une traite le reste de sa tasse de thé qu'il avait refroidi avec une ration de Whisky-Pur-Feu.

« Allons-y. Nous devons prendre la Forêt Interdite. »

Cédric et Harry échangèrent un regard excité. Ils se dissimulèrent sous la cape d'invisibilité de James Potter. Plus grand que Harry, Cédric dut plier les genoux afin que leurs pieds ne soient pas visibles ! Les deux garçons pouffèrent, amusés de voir le plus âgé pendre une démarche de canard.

« Allez viens, Crokdur ! » grogna Hagrid en refermant la porte derrière eux. « Restez bien cachés jusqu'à ce que nous soyons dans la forêt. »

Une lanterne à la main, le garde-chasse se mit en route et s'approcha de la lisière de la Forêt Interdite. Le chien gambadait joyeusement devant eux, courant après quelques oiseaux qui s'empressèrent de déployer leurs ailes en le voyant se précipiter sur eux ! Il revenait toujours auprès d'Hagrid, jappant. Ils s'enfoncèrent silencieusement dans la Forêt Interdite, laissant l'obscurité les envelopper totalement.

« Vous pouvez vous découvrir, » autorisa Hagrid. « Nous avons environ dix minutes de marche avant d'arriver. »

Avec un soupir de soulagement, Cédric ôta la cape d'invisibilité. Il se redressa, une grimace traversant son visage. Harry lui lança un sourire complice et manqua de trébucher sur une épaisse racine sortant du sol. Heureusement, la carrure massive du demi-géant l'empêcha de s'étaler de tout son long sur un tapis de feuille. Les joues rougissantes, Harry se massa le front où il avait heurté le dos de Hagrid.

« Est-ce que ça va vraiment nous aider pour la première tâche ? » demanda Cédric d'un ton sceptique. « Normalement, les professeurs n'ont pas à nous mener sur des pistes. »

Le visage de l'adulte se tordit, partagé entre l'angoisse de contourner les règles de la compétition et celle d'être attrapé par quelqu'un !

« Le professeur Selwyn m'a assuré que la tricherie était une habitude, presque une coutume du Tournoi ! » renchérit Harry, un léger sourire aux lèvres.

« Tu t'entends bien avec Selwyn, » observa Cédric.

Harry haussa les épaules d'un air distrait. Il reporta son attention sur le chemin s'ouvrant devant eux, essayant de se guider à la seule lumière de la lanterne qu'Hagrid balançait d'un mouvement régulier de droite à gauche. Même s'il s'entendait très bien avec le Poufsouffle, il n'avait pas besoin d'en savoir davantage sur sa relation avec le professeur de potions. Personne ne devait savoir qu'il apprenait l'occlumencie !

Alors que les arbres s'épaississaient de plus en plus, l'obscurité de la nuit se fit davantage oppressante autour d'eux. Pourtant, Harry s'en sentit presque rassuré. La présence d'Hagrid n'était probablement pas anodine à cela ! Il se rappela un bref instant sa rencontre avec Aragog, l'Acromentula géante et l'ensemble de sa famille lors de sa deuxième année avec Ron. Un frisson le traversa à ce souvenir, se rappelant combien Ron et lui avaient été effrayé à l'idée de finir comme repas à l'ensemble de la famille d'Aragog !

Un grognement bruyant le tira de ses pensées et il sursauta. Les sourcils broussailleux de Hagrid se froncèrent et il se tourna vers les deux adolescents.

« Remettez la cape, » souffla t-il nerveusement. « Ne faîtes aucun bruit ou mouvement et... ne vous approchez surtout pas ! »

Harry et Cédric sentirent une vague d'anxiété les envahir mais ils obéirent sans un mot à Hagrid. À nouveau, ils devinrent invisle etsuivirent l'homme, collés l'un à l'autre. Les grognements se multiplièrent accompagnés de cris humains. Cependant, il était encore impossible pour eux de voir d'où cela provenait ! Harry sursauta lorsqu'une explosion de lumière et de chaleur se fit voir droit devant eux. Par Merlin, qu'est-ce qui était prévu pour cette première tâche ?

Crokdur geignit doucement et il resta collé aux jambes de Hagrid. L'animal semblait également ressentir le danger qui s'approchait.

« Doucement ! Doucement ! » hurla subitement une voix. « Le trajet l'a excité ! Ça ne sert à rien de la secouer ainsi ! »

Harry et Cédric, à la fois excités et craintifs, accélèrent le pas tout en veillant à ne pas trébucher. Ils écarquillèrent les yeux lorsqu'une nouvelle gerbe de flammes grimpa dans le ciel. Le souffle se coupa dans sa gorge et il regarda avec effarement le haut des arbres prendre doucement feu. Une vague d'eau vint immédiatement éteindre la cime des sapins, laissant une forte odeur de brûlé ! Oh Merlin, mais où Hagrid les avait mené ?

« Nous voilà arrivés, » chuchota Hagrid.

Les deux étudiants contournèrent le garde-chasse. Ils étaient tous les trois dissimulés derrière des bosquets épais qui entouraient une énorme clairière. Harry ouvrit grand la bouche en découvrant la scène qui se déroulait dans la clairière ! Une dizaine de sorciers, baguette magique à la main, se déplaçait en courant d'un bout à l'autre de la clairière. Vêtus de vêtements en peaux de dragons, ils hurlaient des sortilèges et des ordres en s'éparpillant dans tous les sens.

« Des dragons ! » s'écria Cédric.

Sa voix fut cependant couverte par de nouveaux cris des dragonniers. Quatre énorme dragons étaient attachés au sol par d'épaisses chaînes magiques qui se renfermaient autour de leurs pattes. Des cages magiques étaient ouvertes et attendaient de recevoir les animaux !

« Oh bon sang, » lâcha Harry, les yeux grands ouverts.

« Un dragon pour chaque équipe, » déclara Hagrid d'une voix absente.

Ses yeux noirs pétillaient d'émerveillement en observant les quatre dragons qui s'excitaient, enfermés dans des immenses cages magiques. Harry se mordit violemment la lèvre inférieur pour retenir la remarque acerbe qui le brûlait de l'intérieur. Comment Hagrid, même avec tout son amour pour les animaux, pouvait-il sembler si émerveillé ?

« Le plus dangereux est celui-ci, » ajouta le demi-géant en pointant du doigt un des dragons. « Le magyar à pointes. »

comme pour confirmer les dires de Hagrid, le dragon ouvrit la gueule en grand et cracha une immense gerbe de flammes qui frôla de quelques centimètres deux dragonniers. A ce moment là, Harry reconnut la touffe de cheveux d'un roux flamboyant de Charlie Weasley, le frère de Ron. Il n'eut pas le temps de le détailler davantage puisque le magyar poussa un rugissement qui fit trembler le sol. La queue de l'animal était recouverte d'imposantes épines qui fit frissonner Harry de sa place.

La boule au ventre, il se tourna vers Cédric dont le teint était livide. Lui-même semblait bien moins enthousiaste à l'idée d'avoir à faire face à des dragons pour la première tâche du Tournoi des Trois Écoles. Visiblement, il ne s'attendait pas à une telle découverte.

« Ça sera en effet plus simple d'orienter nos entraînements, » croassa le Poufsouffle en lui rendant son regard anxieux.

Oh Merlin et tous les autres, comment allaient-ils combattre des dragons ?

x x x

Adam laissa le vent frais s'engouffrer dans ses cheveux, le décoiffant légèrement. Appuyé contre le tronc d'un arbre, il observait attentivement les sorciers s'agitant devant lui. Il tira un peu plus fort sur sa cigarette, laissant le tabac envahir ses poumons. Il recracha la fumée lentement, s'amusant à former des cercles distraitement avec les volutes blanches.

Une dizaine de jeunes sorciers s'affrontaient en duel dans le grand jardin de la demeure. Il commençait à faire relativement froid en ce mois de novembre mais, heureusement, la pluie s'était arrêtée deux jours plus tôt. Le sol était néanmoins toujours boueux et glissant, rendant les pas des sorciers maladroits. Bellatrix et Lucius passaient auprès des binômes et rectifiait d'un ton cinglant leur position, la tenue de leur baguette magique ou leur aboyait des conseils.

« C'est intéressant ? »

Adam tourna la tête vers son père qui s'était approché de lui discrètement. Vêtu d'une robe de sorcier noir, Tom venait de quitter la petite maison derrière eux. La demeure servait de nouveau lieu de réunion et d'entraînement aux hommes de Tom Jedusor. Bien sûr, le terme « Mangemort » était politquement incorrect donc pas utilisé officiellement. Cependant, les sorciers étaient très fiers de se désigner eux même comme tels ! D'ailleurs, la Marque des Ténèbres était apposée partout sur le domaine, notamment sur la porte d'entrée !

Il s'agissait d'une maison de taille moyenne composée de quelques chambres, de commodités, d'une cuisine, d'un bureau, d'un laboratoire de potion, d'une infirmerie et d'une immense pièce destinée à accueillir les rassemblements des Mangemorts ainsi que les entraînements. Ce jour-là, Lucius avait décidé d'organiser un exercice à l'extérieur. Le jardin n'était pas aussi grand que celui du Manoir Serpentard mais la taille respectable permettait d'organiser des duels ! Oh bien sûr, ils étaient loin du faste de la maison du fondateur de Poudlard mais, après l'attaque de la maison en Bulgarie et l'évasion d'Azkaban, Ayeline avait refusé de continuer à recevoir des Mangemorts chez eux. Par mesure de sécurité, rien ne devait les relier aux Mangemorts !

« Très intéressant, » répondit-il finalement à son père. « Bellatrix va faire fuir un bon nombre de tes hommes. »

En effet, la puissante sorcière était une vraie harpie ! Elle aboyait à tout va des ordres et des remarques acerbes. La dizaine de sorciers, âgés entre dix-huit et vingt-sept ans à vue d'œil, la suivait du regard avec crainte. Elle se déplaçait avec grâce, presque sur la pointe des pieds, d'un groupe à l'autre. Ses longs cheveux bouclés descendaient en cascade sur ses épaules même si elle en avait relevé une grande partie.

La plupart des sorciers perdait leurs moyens en la voyant s'approcher d'eux, ce qui donnait évidemment de la matière à la femme pour les houspiller. Néanmoins, personne ne pouvait nier ses talents et sa puissance !

« C'est une furie, » ajouta t-il. « Maman la déteste. Je me demande ce qu'un duel entre elles donnerait ! »

Adam avait appris à côtoyer Bellatrix Lestrange depuis quelques semaines. Ses parents lui avaient d'abord dissimulé l'existence de cette maison. Finalement, ils l'avaient mis dans la confidence avant de l'y amener. Adam avait eu besoin d'un temps avant d'accepter de visiter la maison, secoué par la signification de cet élément. Bien qu'ayant parfaitement conscience que ses parents réunissaient les Mangemorts, connaître un lieu physique concrétisait véritablement la situation !

Alors, Adam avait rencontré pour la première fois quelques Mangemorts célèbres dont la sœur de sa tante Narcissa. Elle l'avait dévisagé de ses grands yeux noirs avec une sorte d'émerveillement et de respect. Bellatrix lui avait affirmé l'avoir déjà vu à plusieurs reprises lorsqu'il n'était encore qu'un enfant. Cependant, Adam n'en gardait pas le moindre souvenir.

« C'est pour cela que je requière de temps à autre la présence de Lucius, » confia Tom en souriant légèrement. « Il est tout aussi dur qu'elle mais son statut et son calme arrondit légèrement les angles. »

Le jeune homme resta sceptique. Certes, son oncle hurlait moins que sa belle-sœur mais il restait tout de même un sorcier puissant et impressionnant.

« Tu les entraînes à devenir des soldats, » observa Adam en portant une nouvelle fois sa cigarette aux lèvres.

Même si ses propos sonnaient comme une affirmation, une question s'y dissimulait derrière. Son ton était neutre et pourtant, des tonnes de questions se bousculaient dans son esprit. Adam ne savait pas comment se positionner face à cela. Une part de son esprit lui hurlait de fuir loin de toutes ces histoires, comme il l'avait conseillé à Harry. Combien de fois avait-il maudit Tom et ses Mangemorts ? Après tout, l'homme avait davantage consacré de temps à ses partisans plutôt qu'à sa famille ! C'était son goût immodéré pour le pouvoir qui l'avait détruit, privant ainsi Adam de son père pendant dix ans !

Mais une autre partie de lui acceptait cette idée de voir de nouveaux Mangemorts suivre son père. Après l'attaque de leur maison en Bulgarie, Adam s'était efforcé de reconsidérer son positionnement. La guerre, bien qu'officieuse, n'était-elle pas déjà lancée ? Son père devait-il attendre ou réagir ? L'évasion de puissants Mangemorts était déjà une réaction de la part de l'homme... Merde, voilà qu'il se perdait à nouveau dans ses pensées contradictoires et angoissantes !

« L'Ordre du Phénix ne va pas rester les bras croisés. Ils ont déjà agis en faisant de Harry un champion du Tournoi des Trois Écoles, » expliqua Tom d'une voix tranchante. « Nous devons parer toute attaque et être en mesure de riposter. »

« Es-tu certain que l'Ordre du Phénix est responsable de la nomination de Harry ? »

Le regard de Tom se voilà un instant d'une lueur rouge qui fit frissonner Adam. Il n'était pas certain de pouvoir s'habituer un jour de ce changement de couleur en fonction de l'émotion ressentie par son père ! C'était foutrement impressionnant.

« J'en suis absolument certain, » siffla t-il entre ses dents. « Celui qui a osé lier Harry à la Coupe de Feu payera cher. »

Les mots de Tom sonnèrent comme une promesse. Le mage noir s'efforça de prendre une grande inspiration et de reprendre le contrôle de ses émotions. Ses traits étaient impassibles malgré la rage qui l'agitait de l'intérieur. Ses doigts se crispèrent en songeant à son fils cadet et à cette incroyable histoire. Il était toujours effaré de ne pas avoir pu empêcher sa participation au Tournoi des Trois Écoles. Cependant, même lui ne pouvait rien contre un contrat magique !

« Harry est effrayé, » confia Adam. « Je lui ai parlé hier soir à travers notre miroir à double sens. Diggory et lui ont découvert la nature de la première tâche. Ce sont des dragons. »

« Black m'a dit qu'il trouverait un moyen de les en informer, » déclara Tom, les sourcils froncés. « Je vais aller faire un tour à Poudlard pour leur donner des pistes sur la manière dont affronter ces créatures. »

Severus était déjà informé de son intention et lui avait assuré qu'il pouvait accueillir Harry dans ses appartements le temps de leur rencontre. Évidemment, Cédric n'était pas convié. Tom était certain que son fils serait en mesure de lui transmettre les informations le lendemain. Il voulait passer un peu de temps seul avec Harry sans la présence dérangeante du jeune Poufsouffle.

« Est-ce que ce Tournoi est vraiment dangereux ? »

L'inquiétude était palpable dans la voix d'Adam même s'il se contraignit à garder un visage neutre. Tom arracha son regard de ces nouveaux soldats apprenant à se battre pour se concentrer sur son fils aîné. La pâleur du jeune homme le frappa alors de plein fouet. Il remarqua qu'Adam avait perdu du poids. Ses joues s'étaient creusées et des cernes noires marquaient le dessous de ses yeux. Inconscient d'être inspecté ainsi par son père, l'étudiant en droit tira une dernière fois dans sa cigarette avant de jeter le mégot au sol, l'écrasant du bout de ses chaussures.

« Nous allons accompagner Harry pour qu'il s'en sorte indemne et peut-être même pour qu'il soit le vainqueur du Tournoi, » répondit-il d'un ton confiant.

Ce serait un pied de nez magnifique à ceux ayant comploté ainsi contre leur famille !

« Si l'Ordre du Phénix voulait le tuer, ils auraient pu choisir une autre option que le Tournoi, » observa Adam, les yeux toujours rivés sur les duels se déroulant devant eux. « C'est bien trop long et pas suffisamment certain d'aboutir dans ce sens. Quel est l'objectif de tout cela ? »

« Ce ne sont que des suppositions, » grogna Tom en sentant la colère le traverser à nouveau, « mais il est possible qu'ils essayent d'approcher Harry pour le rallier à leur cause. »

« Par quel moyen ? » demanda Adam. « Comment l'approchent-ils ? »

« Par qui veux-tu dire, » corrigea l'adulte. « Même si Dumbledore n'est plus là, certains de ses plus fidèles partisans sont encore à Poudlard. Minerva Mc Gonagall. Rubéus Hagrid. Filius Flitwich. L'infirmière. Chourave, le professeur de botanique. Et Diggory. »

« Cédric Diggory ? Son coéquipier ? »

Tom acquiesça. Un rictus traversa rapidement son visage en voyant Bellatrix fondre sur un jeune homme, Marcus Flint. Elle lui attrapa violemment le bras, lui tordant pratiquement le poignet afin de l'obliger à tenir autrement sa baguette magique. L'ancien Serpentard serra les dents, prenant sur lui pour ne pas répliquer vivement face à la femme. Non seulement il n'avait aucune chance face à elle mais en plus de cela, prendre le risque de se la mettre à dos serait une douloureuse épreuve !

« Diggory est le fils d'un fonctionnaire du Ministère de la Magie qui a toujours léché les bottes de Dumbledore. Pour avoir été choisi par la Coupe de Feu, il ne doit pas être le dernier des crétins. Et ton frère paraît grandement l'apprécier. »

Adam haussa les sourcils, surpris par les propos de son père. Harry et lui essayaient de discuter au moins une fois par semaine à l'aide de leur miroir à double sens. Il l'avait bien évidemment interrogé sur Cédric Diggory mais son frère restait plutôt vague sur le jeune homme. Bien sûr, ils étaient forcés de bien s'entendre puisqu'ils faisaient partie d'une même équipe et représentaient Poudlard ! Ils s'entraînaient régulièrement le soir afin de se préparer à la première tâche du Tournoi mais Harry n'avait jamais laissé entendre qu'il s'entendait particulièrement bien avec l'autre étudiant.

« Ils sont amis ? »

« Je suis certain que ton frère va bientôt commencer à se questionner sur sa sexualité et connaître ses premiers béguins. »

L'indifférence avec laquelle Tom prononça ces mots sidéra Adam. Il roula des yeux en reniflant bruyamment. Même s'il avait visiblement remarqué quelque chose concernant Harry, son père avait vraiment peu de considération pour ce genre de détails prenant une importance pourtant capite dans la vie de tout adolescent ! Le tact n'était décidément pas de l'apanage de Tom pour ces sujets.

« Il faudra donc être particulièrement vigilant à l'évolution de sa relation avec ce Poufsouffle. »

Tom lui lança un regard lourd de sens qu'Adam n'eut pas besoin d'interpréter. En étant l'un des confidents privilégiés de son frère, il serait l'un des premiers à pouvoir suivre cette relation et son évolution ! Il hocha lentement la tête, conscient que la protection de Harry restait la priorité de tous dont lui-même ! Sans songer à trahir son frère, il veillerait à ce que Diggory ne se montre pas trop entreprenant !

« Petit imbécile ! Vaurien ! »

La voix stridente de Bellatrix résonna dans tout le jardin. Adam et Tom reportèrent leur attention devant eux. Tous les duels s'étaient arrêtés comme figés par les insultes de la puissante Mangemorte. Aussitôt, Lucius se glissa jusque vers elle et le jeune homme sur lequel elle s'acharnait. Ce dernier était tétanisé et la dévisageait la bouche grande ouverte, un air ébahi peint sur le visage.

Adam ne put s'empêcher de souligner les talents de médiateur de son oncle. Celui-ci était vraiment doué pour désamorcer les situations de crise. Bellatrix, un sortilège au bord des lèvres, se détourna finalement du jeune sorcier. La tête haute, elle s'approcha de deux autres sorciers, dont une jeune femme et entreprit de leur donner de nouveaux conseils. Lucius remit au travail le sorcier puis s'approcha d'eux à grandes enjambées, visiblement furieux.

« Bellatrix est intenable, » siffla Lucius entre ses dents. « Elle était prête à lui lancer un sortilège doloris. Ça ne sera pas possible, Tom, avec ces nouvelles recrues. Même si elle a été cherché la plupart d'entre eux, dont certains en France et en Bulgarie, ils n'accepteront jamais cela. »

Sincèrement, Tom ne voyait pas où était le souci avec les méthodes d'apprentissage de Bellatrix. Lui-même avait longtemps utilisé les mêmes ! Certes, elle n'était guère patiente mais utiliser un sortilège doloris de temps à autre permettait souvent d'apaiser les esprits rebelles et de resserrer les rangs entre les élèves. Après tout, ils étaient les premiers de cette génération à bénéficier d'un entraînement intensif et complet de cette envergure. Ils étaient, comme l'avait souligné Adam, de futurs soldats faisant partie du même camp. Parfois, il était nécessaire d'encourager la fortification des liens entre eux.

« Je me chargerai d'avoir une petite discussion avec Bella, » rassura t-il néanmoins d'un ton las. « Nous ne pouvons pas nier ses talents d'enseignante. Ces jeunes gens ont véritablement progressé en quelques semaines. »

« Difficile de ne pas faire autrement, » souffla Adam.

Lucius resta muet et jeta un regard perçant à son neveu qui l'ignora ostensiblement. Cela faisait à présent cinq jours qu'Adam avait débarqué au Manoir Malefoy dans un état lamentable. Le lendemain, le jeune homme s'était éclipsé bien plus discrètement qu'il n'était arrivé. Depuis, il ignorait délibérément Lucius et Narcissa. Son comportement avait déjà éveillé les soupçons de sa mère qui s'était tourné vers lui, l'interrogeant sur un possible malaise entre lui et son oncle ou sa tante.

Évidemment, Adam avait nié, prétextant simplement être surchargé ces derniers temps par ses cours. Heureusement, Ayeline s'était contentée de cette réponse et n'avait pas cherché à en savoir davantage. Cependant, Adam continuait à éviter les Malefoy. Il était néanmoins stupéfait de voir qu'ils n'avaient pas informé ses parents de sa mésaventure. Chaque jour, il craignait de voir son père ou sa mère le harponner pour lui remettre les idées en place concernant ses consommations... Cette situation l'angoissait tellement qu'il avait déjà construit des arguments pour se défendre au cas où Lucius et Narcissa venant à en parler avec ses parents !

« Comment se passe tes cours Adam ? »

Le jeune homme garda une maîtrise parfaite de ses émotions et de ses pensées. Hormis le pincement de ses lèvres, rien ne vint trahir son embarras ou sa surprise d'être ainsi questionné par son oncle.

« Parfaitement bien, Lucius, merci de t'en soucier. »

Son ton était froid et distant. Même Tom lui lança un regard interloqué, peu habitué à ce comportement de sa part. Adam et Lucius avaient toujours été très proche. Tom n'était pas sans savoir que le frère de son épouse avait assumé certaines parties de son rôle de père durant son absence. Il était plusieurs fois intervenu dans l'éducation d'Adam afin de soutenir Ayeline, parfois débordée durant son adolescence. À certains moments, Tom était persuadé de ne pas pouvoir développer avec Adam une complicité similaire à celle l'unissant à Lucius !

Celui-ci arqua un sourcil, le visage lisse de toute émotion. Son regard bleu était pourtant rivé sur son neveu qui fixait Bellatrix, l'air indifférent. Lucius retint un grognement, ne souhaitant pas susciter des questionnements chez Tom. Narcissa et lui avaient longuement réfléchi ensemble le lendemain, après la fuite misérable d'Adam : devaient-ils en informer les parents de ce dernier ?

Après une conversation houleuse, le couple était parvenu à s'entendre. Pour le moment, rien ne servait de le signaler à Tom ou Ayeline. Ils devaient d'abord en savoir davantage. La souffrance d'Adam exprimée au cours de cette soirée était bien réelle et à prendre en compte. En réalité, tous les deux espéraient protéger Adam des foudres de ses parents. Ils souhaitaient pouvoir intervenir avant d'alerter Ayeline et Tom. Ça ne pouvait pas être si grave, n'est-ce pas ? Et puis, combien d'oncle et de tante tentait de protéger leur neveu ? Ils n'étaient sûrement pas les premiers à prendre une telle décision !

« Messieurs. »

La voix posée du professeur Selwyn tira Lucius de ses pensées et de ses interrogations. L'homme, vêtu de sa tenue de professeur, s'était approché d'eux silencieusement. Tom lui adressa un regard perçant, semblant sonder son esprit d'un coup d'œil. Aurélius Selwyn, parfaitement conscient de l'examen minutieux du puissant sorcier, resta droit mais hocha respectueusement la tête dans leur direction.

Profitant de son arrivée impromptue, Adam se redressa, se décollant du tronc. Il resserra sa fine écharpe verte autour de son cou.

« Je vous souhaite à tous une bonne fin de journée, » déclara t-il poliment.

Sans laisser le temps à quiconque de réagir, il remonta l'allée jusqu'à la maison. Ses chaussures crissèrent sur les cailloux alors qu'il s'empressait de rejoindre la porte d'entrée afin de se rendre à la zone de transplanage de la demeure. Il jeta un regard par-dessus son épaule et fut soulagé de ne pas voir Lucius le suivre. Cependant, son oncle le suivait attentivement du regard, ses yeux gris le transperçant.

Le souffle coupé par la force du regard de l'homme, Adam relâcha sa respiration seulement lorsque la porte de la maison se referma derrière lui. Avant de transplaner, il glissa une main dans la poche de sa veste, s'assurant ainsi de sentir le plastique du sachet de poudre violette, l'Apathia, sous ses doigts.

« Allons à l'intérieur, » ordonna Tom. « Lucius, je te laisse poursuivre la fin de cet entraînement. »

Sans un mot, Tom se mit en marche. Il ne s'assura pas que les deux hommes lui obéissent. Il savait qu'ils allaient le faire. Selwyn se précipita aussitôt derrière lui, silencieux alors que Lucius rejoignait Bellatrix.

Quelques minutes plus tard, Selwyn et Tom entrèrent dans un grand bureau. La pièce n'était pas aussi grande et majestueuse que celle au Manoir Serpentard. Cependant, elle était bien suffisante pour ce qu'il en faisait ! Tom se plaça derechef derrière l'énorme bureau et invita Selwyn à s'asseoir face à lui. Sans un mot, le professeur de potions lui obéit et attendit silencieusement que Tom prenne la parole.

« Comment se déroule l'apprentissage en occlumencie pour Harry ? »

La voix de Tom était posée et sereine. Cependant, Aurélius savait que l'homme attendait beaucoup de lui et de ses cours privés avec son fils cadet.

« Très bien, Monsieur. Il progresse, » assura t-il. « Votre fils est épatant. Cependant, son manque de confiance en lui influe directement ses capacités à vider son esprit. Avec de l'entraînement, il y arrivera de mieux en mieux. »

« Bien. »

Selwyn ne put s'empêcher de se sentir quelque peu déçu par le manque de réaction de l'autre homme. Son bilan était plutôt positif et encourageant, n'est-ce pas ? Après tout, il connaissait Tom Jedusor depuis la première guerre. Il ne pouvait pas en espérer davantage ! Aurélius soupira silencieusement, gardant sous contrôle ses pensées afin que Tom ne les intercepte pas.

« Les autres professeurs t'apprécient-ils ? »

« Il me semble que la vieille Mc Gonagall baisse sa garde, » confia t-il, un sourire satisfait aux lèvres. « Elle mène ceux qui soutiennent encore Dumbledore alors dès qu'elle aura mis de côté toute sa méfiance, l'ensemble des professeurs sera rassuré par mon arrivée ! »

« Et bien, hâte-toi de la convaincre de ton désintérêt pour moi ! »

Respectueusement, Selwyn hocha vivement la tête. Il se garda bien de s'offusquer du manque de reconnaissance et de compliment du sorcier face à lui. Un silence lourd et chargé de tensions s'installa dans le bureau. Tom, d'un mouvement élégant de la main droite, fit léviter jusqu'à eux deux verres. Sans lui demander, il les remplit tout les deux de Whisky-pur-feu et en fit lentement glisser un vers lui. Selwyn n'eut pas d'autre choix que de s'en saisir. « Ce que Tom Jedusor veut, Tom Jedusor a, » songea t-il.

« Tu sais que Severus, en affirmant son soutien à mon égard, n'a pas pu reprendre son rôle d'espion auprès de Dumbledore et sa misérable association de sorciers ridicules ? »

Tom le regarda fixement tout en portant son verre aux lèvres. Il avala lentement une gorgée de Whisky-pur-feu et Aurélius se sentit forcé d'en faire de même. Il laissa l'alcool glisser le long de sa gorge puis eut un mouvement de la tête sec pour acquiescer aux propos de Jedusor.

« J'ai songé à une nouvelle mission pour toi, » ajouta Tom calmement.

Selwyn contrôla le sourire qui menaça d'éclore sur son visage. Il ne put cependant pas s'empêcher de penser que tout allait de mieux en mieux !

x x x

Harry plia la lettre de ses parents, un léger sourire aux lèvres et la glissa sous son oreiller. Pour une fois, son père avait même participé à l'écriture, ne se contentant pas d'apposer sa signature au bas du parchemin ! Ce genre de petits détails, certes niais, l'emplissait toujours de joie. Il donna une dernière caresse à Hedwige qui s'était posée sur le bord de sa table de chevet. La chouette hulula doucement avant de déployer ses ailes. Harry quitta la chaleur de son lit et lui ouvrit la fenêtre du dortoir. Hedwige lui lança un dernier regard perçant avant de s'engouffrer à l'extérieur, disparaissant dans l'obscurité de la nuit.

Ses camarades dormaient déjà comme l'indiquaient le léger ronflement de Ron. Seamus marmonnait dans son sommeil. Harry pouffa doucement en voyant l'immense sourire barrant son visage. Visiblement, l'adolescent faisait un rêve très plaisant !

Se demandant quelle pouvait être la nature du songe de son camarade, Harry se glissa à nouveau dans son lit en songeant avec plaisir que le week-end était enfin là ! Le lendemain, Cédric et lui avaient prévu de s'entraîner toute la journée à lancer des sortilèges spécifiques pour se défendre et attaquer des dragons. Son père lui avait transmis une liste intéressante et exhaustive de maléfices ! C'était une véritable aide pour leurs entraînements !

« Bonne nuit, Harry. »

Le Survivant sursauta lorsque la voix douce de Neville s'éleva dans le dortoir. Il tourna la tête vers le lit de son camarade. Neville était recroquevillé en position fœtale, s'endormant toujours ainsi. Son regard embué de sommeil était rivé sur lui et il semblait prêt à plonger dans le sommeil. Harry le dévisagea un instant avant de se détendre et de lui adresser un sourire amical.

« Bonne nuit Neville. Fais de beaux rêves, » répondit-il.

Le garçon grommela quelque chose entre ses dents avant de se retourner, s'enfouissant un peu plus profondément sous sa couette. Harry, le cœur plus léger depuis que les tensions au sein de la salle commune des Gryffondors s'était apaisée, tira les épais rideaux rouges autour de son lit. Le noir l'envahit alors totalement.

« Lumos, » chuchota t-il.

Aussitôt, une faible lumière éclaira le bout de sa baguette magique, brisant la noirceur l'entourant. Il la posa près de sa tête, derrière lui. Il soupira de contentement puis s'allongea confortablement.

Alors, le garçon s'appliqua à réaliser les exercices donnés par Selwyn pour vider son esprit. Il se concentra d'abord sur sa respiration, essayant de repérer le mouvement de l'air entrant et sortant de son corps. En quelques secondes, il eut l'impression de ré oxygéner son cerveau, faisant taire ainsi bons nombres de ses pensées. Un sourire presque absent se dessina sur son visage. Il ne pensait pas que se concentrer ainsi sur sa respiration pouvait être tant agréable !

Le flot de ses pensées tourbillonnant dans son esprit s'apaisa lentement pour presque s'arrêter. Le professeur Selwyn lui assurait que cette exercice deviendrait de plus en plus facile avec de l'entraînement. Selon lui, il finirait par réussir à vider son esprit en seulement quelques secondes ! Harry avait encore du mal à y croire même s'il devait reconnaître ses progrès en occlumencie !

Oh, il était encore loin de jeter Selwyn hors de son esprit. Cependant, il arrivait de plus en plus à l'éloigner, à le repousser. Chaque fois que cela devenait trop dur, trop éprouvant pour lui, ses doigts trouvaient mécaniquement sa baguette magique. Il mettait alors un terme à l'attaque magique de son enseignant en lui lançant un sortilège sans même que son esprit n'en prenne conscience avant qu'il ne soit soudain libéré de sa présence envahissante ! Selwyn avait, plus d'une fois, manqué de s'écraser violemment contre le mur de son bureau !

Harry se demanda un instant ce que l'homme transmettait à ses parents concernant ses progrès. Lui-même leur donnait parfois quelques informations. Quelques jours plus tôt, son père et lui avaient passé la soirée ensemble dans les appartements du professeur Snape. Ils avaient pu discuter de vive voix de son évolution mais Harry avait eu le sentiment de ne pas avoir pu transmettre réellement ses ressentis et ses progrès concernant cette matière particulière !

Une image apparut subitement devant les yeux de Harry qui sursauta violemment, tiré de son sentiment de bien être. Un plafond se dessina dans son champ de vision mais sa vue était saccadée, floue. Du bruit parvenait à atteindre ses oreilles. Pourtant, le son était grésillant comme s'il avait mal réglé la station d'une radio !

« C'est pas... le Ministère se penche pas encore... hors de danger. »

Cette fois-ci, ce fut de vrais mots qui le heurtèrent. S'ils étaient entrecoupés, arrivant par bribes à ses oreilles, il n'eut besoin que d'une demie-seconde pour reconnaître la voix dont ils provenaient : son père. Fébrilement, Harry, toujours les yeux clos, toucha de la main droite sa cicatrice en forme d'éclair. Il remarqua alors qu'elle pulsait doucement sous ses doigts et qu'une légère chaleur en émanait. Il s'efforça de reprendre le contrôle de sa respiration, inspirant et expirant fortement comme le lui conseillait Selwyn.

Aussitôt que sa concentration fut à nouveau pleine, l'image devint plus nette. Le plafond qu'il fixait sans pouvoir en détourner le regard ne lui était pas inconnu mais il n'arriva pas à détacher son regard pour observer l'endroit où il se trouvait ! Ses doigts toujours appuyés profondément sur sa cicatrice, il continua à suivre le mouvement de l'air entrant et sortant de ses poumons. Son esprit vide et sa cicatrice brûlante -mais pas douloureuse- semblait rendre l'image plus claire.

Sans avoir le moindre contrôle sur ce qu'il se passait, sa vue se tourna vers la droite et il sursauta en tombant nez à nez avec le visage de sa mère. Son champ de vision élargi, il reconnu alors la chambre de ses parents au Manoir Serpentard. Ils étaient tous les deux allongés l'un à côté de l'autre dans l'immense lit. Harry s'attendit presque à la voir hurler de surprise en le reconnaissant mais Ayeline ne sembla pas étonnée de le voir soudainement apparaître à ses côtés !

« Tu crois que cela sera suffisant pour assurer le poste de directeur du département de la coopération magique internationale à Lucius ? »

Harry voulut ouvrir la bouche et répondre à sa mère qu'il n'avait pas la moindre foutue idée de ce dont elle lui parlait ! Il était plutôt tétanisé à l'idée de se retrouvait soudainement hors de Poudlard, dans un lit autre que le sien ! Pourtant, aucun son ne traversa ses lèvres désespérément close. Le Gryffondor voulut bouger mais son corps semblait comme emprisonné. Ses tentatives pour parler et remuer firent fondre l'image de sa mère et il s'empressa de se calmer, rendant sa vision à nouveau nette et claire !

Sans avoir aucun contrôle sur lui-même, sa bouche s'ouvrit et une voix posée et grave en jaillit.

« Bartemius Croupton Junior est prêt à entrer de nouveau sur la scène. Son père va se retrouver aussitôt à Azkaban lorsque la vérité éclatera. Ton frère va aussitôt pouvoir reprendre sa place.

Un frisson traversa Harry lorsqu'il comprit que la voix venant de quitter sa bouche était celle de son père. Voilà qui expliquerait pourquoi sa mère ne semblait pas ahurie de le voir soudainement apparaître à ses côtés alors qu'il était censé être à Poudlard. Il n'arriva pas à contrôler son corps mais il était persuadé que s'il pouvait voir sa main, c'est celle de son père qu'il verrait !

Son choc emplit à nouveau son esprit de questionnements et il se retrouva à nouveau propulsé à Poudlard. Ses yeux s'ouvrirent en grand et il eut presque l'impression de tomber dans son propre lit. Le souffle saccadé, il fixa le haut de lit à baldaquin, tentant de contrôler les tremblements traversant son corps !

« Oh Merlin, que s'est-il passé ? » demanda t-il à voix haute.

Il laissa retomber son bras contre lui, ressentant pourtant parfaitement la chaleur se dégageant de sa marque. Harry n'eut besoin que de quelques secondes pour comprendre que son esprit avait été rendre visite à celui de son père sans que personne ne le remarque – ou ne le contrôle, d'ailleurs !

« Purée, c'est impossible ! » ajouta t-il d'une voix tremblante.

Malgré sa panique, Harry rassembla les différents éléments de manière logique afin d'en tirer une explication. Que faisait-il avant de se retrouver projeté dans le corps de son père au Manoir Serpentard ? Il vidait son esprit. Se concentrait sur sa respiration. Et... il se remémorait sa dernière soirée passée en compagnie de son père ! Est-ce que le simple fait de penser à lui l'avait catapulté dans son corps et son esprit ? Non, toucher sa cicatrice lui avait permis de stabiliser l'image floue l'envahissant alors !

Son souffle se coupa douloureusement dans sa poitrine, le laissant suffoquant, lorsque la réalité le frappa de plein fouet : il avait la possibilité d'entrer dans l'esprit de son père grâce à leur lien !

Oh

Bon

Sang

!

* Alors ?