Chapitre 15 – partie 1

Severus

Il fait nuit noire et Severus traîne les pieds sur un large chemin caillouteux bordé de grands arbres.

Devant lui marche une fille aux longs cheveux qui lui descend jusqu'à la taille.

Il fait très froid. Pourtant, paradoxalement, Severus a chaud ; terriblement chaud.

— Dis, Lily. On est bientôt arrivé ? Depuis combien de temps on marche sur ce chemin, au juste ?

— Depuis presque trois ans, lui dit-elle sans se retourner.

Severus essuie son front ruisselant de sueur avec le revers de sa manche.

Il regarde autour de lui : des arbres, des arbres, encore des arbres, et ce, à perte de vue.

Devant : rien ; hormis les contours de la silhouette de Lily qui se dandine dans l'obscurité.

— Tu me fais la tête ? lui demande-t-il en accélérant le pas pour essayer de se rapprocher d'elle.

— Pourquoi tu me demandes ça ? s'enquiert-elle en retour. Tu as quelque chose à te reprocher ?

Severus veut la rattraper, mais ses jambes refusent de bouger plus rapidement. Du moins, il relègue son envie d'accélérer le rythme de sa marche à plus tard. En vérité, Severus se sent vidé, totalement épuisé.

— Tu pourrais m'en vouloir pour tout un tas de choses, suggéra-t-il, à défaut de pouvoir la rejoindre. « Comme lorsque je- »

« Enfin, tu vois, quand j'ai- »

« Ou quand tu m'as- »

À son grand désarroi, Severus ne parvient pas à trouver les mots pour exprimer sa pensée.

— Tu vois bien, tu n'arrives même pas à formuler tes arguments, lui dit Lily en riant.

La situation est très frustrante. Il veut la rejoindre, il veut lui présenter des excuses, mais il lui est impossible de se défaire de cette fatigue qui lui plombe littéralement le cerveau.

— Tu sais Sev, dit soudain Lily d'un ton joyeux, toute cette vie n'est qu'un rêve. Rien de ce que tu vois autour de toi n'est réel. En vérité, ce monde est une supercherie, un gigantesque jeu de dupe, cruel et impitoyable, duquel il est impossible de s'échapper !

— Si ce que tu dis est vrai, Lily, lui rétorque machinalement Severus. Si ce monde n'est qu'un cauchemar dont on connaît déjà la fin. Dans ce cas, à quoi bon faire semblant d'y croire encore ?

— Parce que tu crois encore, toi, qu'il existe de l'espoir en ce monde ? lui demande-t-elle d'un ton moqueur.

— Et elle, ne vaut-elle pas la peine de faire semblant ? Tu sais, Lily, elle te ressemble énormément.

— Non, objecte-t-elle sèchement. C'est à toi qu'elle ressemble, Sev !

Severus garde le silence. Après tout, il n'aime pas beaucoup contredire Lily.

« Si tu veux la garder auprès de toi, c'est parce que tu vois en elle la sagesse qui te permettra de transcender ton être, reprend-elle d'un ton plus paisible.

« Je parle de ton âme - pas de cette médiocre enveloppe charnelle qui te sert de corps. »

« Tu sais bien qu'elle ne voit que ton âme, Sev ! »

« Elle se moque bien à quoi tu ressembles et du nombre d'erreurs que cette vie t'a fait commettre. »

« Elle sait tout. »

« Absolument tout. »

« Elle a connaissance de tous les Mystères ! »

« Et tu es parfaitement conscient que sans elle, sans l'embrasser de tout ton être et de toute ton âme, il te sera impossible de survivre dans ce monde de mensonges. »

Ils marchent encore quelque temps, dans un silence légèrement pesant, et Severus finit par distinguer très vaguement les contours d'un bâtiment dans le lointain. En revanche, il ne parvient pas à se faire une idée de sa taille, ni de sa configuration, tant cette grande bâtisse est plongée dans une obscurité profonde.

— On est bientôt arrivé ! lui annonce alors Lily.

Plus ils avancent sur cette allée, plus l'impression de connaître ce lieu, de l'avoir déjà visité par le passé, grandit dans l'esprit de Severus.

— Ça commence à te revenir, n'est-ce pas ? lui demande Lily en tournant de trois quarts son visage vers lui.

Dans la pénombre, Severus ne parvient pas à distinguer le visage de son amie. Il a pourtant très envie de la regarder, mais ça lui est impossible. Car depuis longtemps, Lily n'a plus de visage.

Petit à petit, l'immense bâtisse qui leur fait face devient de plus en plus visible. Et Severus commence à la reconnaître.

C'est une demeure dans laquelle il s'est rendu un soir d'été. Un soir où, comme aujourd'hui, il avait à la fois chaud et froid où il était totalement épuisé.

L'image de cette bâtisse était dissimulée quelque part, dans un coin de sa mémoire, et voilà qu'elle lui apparaît soudain comme une évidence.

Tout devient clair, limpide.

Il sait qu'il ne rêve pas. Ou plutôt, il sait que ce rêve est une réminiscence de ce qu'il a vu de ses yeux.

— Je me souviens mainte… se dit-il, avant qu'une violente quinte de toux l'empêche de terminer sa phrase.

Il porte une main à sa bouche et recrache le miasme qui encombre sa gorge. Le fluide qui s'est répandu dans la pomme de sa main a la couleur de l'argent.

— Ils sont en train de te piéger, Sev, lui dit Lily, les bras le long du corps, immobile, devant l'immense façade du bâtiment qui se dressait au bout du chemin. Et ils s'amusent déjà de te voir tomber dans leur piège.

Severus lève les yeux vers elle.

« Parce qu'il y a des forces du mal très puissantes sur cette Terre.

« Et certains hommes sont destinés à les affronter. »

Ces paroles provoquent en lui une grande frayeur.

« Dis, Sev, reprend-elle en lui souriant – quoique son sourire n'est qu'une sorte de trou au milieu de sa figure –, te souviens-tu des serpents ? »

Honteux, Severus baisse la tête. Le sentiment de culpabilité est si grand, qu'il ne peut la regarder en face. Évidemment, il s'en souvient. Comment aurait-il pu oublier ces maudits serpents… Les serpents…

Les serpents…

Severus se réveilla en sueur, le souffle court. D'un bond, il se redressa dans son lit.

Dans la pénombre de la chambre, il souleva légèrement son édredon et s'aperçut aussitôt qu'il portait encore ses vêtements de la veille. Une fois de plus, il s'était couché tout habillé.

La tête lourde, le corps encore engourdi par le sommeil, il s'accorda quelques instants pour remettre un peu d'ordre dans ses pensées. Alors, les souvenirs de sa nuit passée ne tardèrent pas à lui revenir en tête. La Forêt Interdite, sa rencontre avec le centaure, le rituel du transfert de malédiction, tout était à peu près clair dans son esprit. Quant à comment il avait regagné sa chambre, c'était une tout autre histoire. Il se souvenait vaguement être rentré au château en compagnie de la jeune Egerton, mais à part ça, c'était le trou noir.

Mais comparés à cet étrange cauchemar qui l'avait si violemment sorti de son sommeil, ses petits trous de mémoire lui paraissaient bien dérisoires.

Car Severus avait l'habitude de rêver de Lily dans toute sorte de contexte sordide. Mais ce rêve…, si fou, si étrange et qui semblait pourtant si vrai jamais il n'en avait songé de tel !

Pendant qu'il reprenait son souffle, il entendait résonner au loin un air de musique classique joué par un piano. Cette mélodie qui lui était curieusement familière lui procurait, à cet instant précis, un réconfort inespéré au regard du trouble qu'avait produit en lui ce rêve sordide.

Selon toute probabilité, ce devait être Amelia Egerton qui jouait sur son instrument dans la pièce commune de la maison Serpentard, comme elle avait l'habitude de le faire le samedi, en début d'après-midi.

Ainsi, pour ne pas prendre racine sur son matelas, Severus se glissa aussitôt hors de son lit et fila tout droit dans sa salle de bain pour faire sa toilette et nettoyer son corps de toute cette sueur qui lui brûlait presque la peau.

Il prit un bain très chaud – certainement le meilleur de toute sa vie – puis il enfila des vêtements confortables.

Enfin, à peine sorti de la salle de bain, il s'écroula dans le grand fauteuil tapissé de velours vert qui trônait non loin de son lit.

En examinant le cadran de la petite pendule ensorcelée qui ornait le rebord de la cheminée, il réalisa qu'il était déjà plus d'une heure de l'après-midi. La fièvre et la fatigue accumulée de ces trois derniers jours l'avaient conduit à dormir presque douze heures d'affilées. Il ne s'était pas levé aussi tard depuis une éternité.

Assis bien confortablement dans son fauteuil et drapé dans la fraîcheur de sa robe en soie, Severus observa avec satisfaction que sa fièvre avait considérablement chuté. Son crâne ne le faisait plus souffrir et cette douleur diffuse qui ankylosait chacun de ses muscles semblait également avoir totalement disparu.

Cette constatation l'entraîna immédiatement à méditer sur la malédiction qui planait à présent, selon toute logique,au-dessus de sa tête. Bonté divine, quelle histoire !

Tout ce périple insensé pour en arriver là... Pourtant, depuis son réveil, rien ne lui avait indiqué un accroissement spectaculaire des phénomènes d'infortunes autour de lui, ou un quelconque changement de paradigme du même ordre. Il ne s'était pas cogné le pied en se glissant hors de son lit il n'avait pas glissé par mégarde sur le carrelage de sa salle de bain en sortant de sa baignoire comme il ne s'était pas plus tranché accidentellement la gorge en se rasant. Malédiction ou non, à première vue, tout allait pour le mieux.

Alors, Severus mit de côté ces questions ô combien épineuses et s'accorda un instant de répit pour écouter plus attentivement le piano qui résonnait au loin.

La musique lui parvenait comme un murmure, un filet de voix qui semblait s'adresser directement à lui et qui l'invitait doucement à se détendre, à purger son esprit de toutes ces interrogations hautement ennuyeuses.

Ainsi, il résolut définitivement à lâcher prise et tout en fermant les yeux, il bascula lentement sa tête en arrière pour l'appuyer contre le dossier de son fauteuil.

Ce morceau de piano, il l'avait déjà entendu. D'ailleurs, non seulement cet air lui était familier, mais il avait le sentiment de l'entendre régulièrement depuis des années.

Le plus frappant, c'était que les accords, la mélodie, le tempo n'exprimaient pas à proprement parler la gaieté, ni la tristesse, ni une tout autre émotion particulière. Ils évoquaient plutôt quelque chose de l'ordre d'une observation. Comme un récit traduit en note de musique, décrivant l'image d'une personne qui marcherait au loin que l'on observerait sans qu'elle s'en aperçoive dont on comprendrait tout, sans jamais lui avoir adressé la parole ; et dont on saurait la tristesse et la joie, les doutes et les certitudes, sans même la connaître.

Un flot de notes, comme autant de caresses qui effleuraient son visage.

Parce que même s'il ne s'en souvenait plus vraiment même s'il ne lui restait qu'un vague souvenir du trajet qui l'avait conduit de la forêt jusqu'à sa chambre même si son esprit avait partiellement oublié sa peau, quant à elle, s'en souvenait encore. Car ce que l'esprit oublie, le corps s'en souvient toujours.

Il en était certain. Ces mains qui pianotaient sur le clavier de cet instrument avaient touché sa peau la nuit dernière. Il pouvait encore sentir leur douceur sur son visage. D'ailleurs, voilà que lui revenait le parfum de rose, comme resurgit d'un lointain souvenir. Du reste, depuis quand l'odeur des roses produisait-elle en lui un tel sentiment d'exaltation ?

Lorsqu'il réalisa jusqu'où l'avait conduit sa réflexion, Severus poussa un long soupir d'exaspération et porta une main à son front pour se masser les yeux.

— Quel imbécile… se dit-il en enfonçant ses doigts dans ses paupières.

C'était acté, il était fait comme un rat ! Piégé à son propre jeu !

Un jeu bien trop dangereux auquel il s'était adonné avec une jeune fille bien trop jolie. Et voilà qu'il se retrouvait maintenant acculé, dos au mur, tiraillé par une foule de sentiments beaucoup trop contradictoires pour être traités par un seul cerveau. Voilà que survenait en lui la frustration d'un désir voué à rester stérile. À quoi devait s'ajouter le déshonneur de s'être laissé aller à des égarements totalement irresponsables avec l'une de ses plus brillantes élèves. Et surtout, voilà que maintenant, il était submergé par une peur panique de retomber dans les affres de la chose sentimentale… Lui qui s'était pourtant juré de ne plus jamais remettre les pieds sur ce territoire hautement hostile. Ces mésaventures passées avec la gent féminine ne lui avaient-elles pas servi de leçon ?

Et puis, de toute manière, cette fille n'était pas pour lui ! Sans compter sur son statut d'élève intouchable, elle était bien trop belle et bien trop radieuse pour le sale type qu'il était. Toujours cette maudite manie de n'être attiré que par la beauté, alors que lui, justement, il en était l'incarnation du contraire !

Pourtant, même s'il essayait inlassablement de se convaincre qu'il n'en était rien, Severus éprouvait bien des difficultés à considérer cette jeune fille comme une élève lambda – une gamine, comme les autres -, à qui il tentait d'inculquer de vagues savoirs sur la magie.

Car après tout ce temps passé en sa compagnie, c'était tout bonnement impossible de la voir autrement que ce qu'elle était vraiment : un petit être magnifique, doté de ce que l'humanité peut engendrer de meilleur et de plus charment.

Et de la même façon, il lui était difficile de ne pas remarquer les regards qu'elle lui lançait en permanence, son sourire radieux lorsqu'elle le croisait dans les couloirs du château, sa façon de se raconter à lui naturellement, sans artifice, sans son masque de petite fille modèle issue de l'aristocratie mondaine. Avec lui, elle ne trichait jamais et c'est pourquoi, en retour, il ne trichait que très rarement avec elle.

Sans compter qu'au-delà de sa beauté de femme, au-delà de cette grâce d'enfant qui ne l'avait pas encore tout à fait quitté, au-delà même de sa finesse d'esprit et de son intelligence, c'était précisément ce qui se cachait sous le masque des apparences qui le faisait totalement ployer.

De fait, il était totalement vain de se voiler la face. Cet émoi était bien là, ancré en lui, comme une évidence qu'il s'évertuait à ignorer depuis des mois, pendant qu'elle sautait aux yeux de bien trop de personnes de son entourage.

Alors, que devait-il en faire, à présent ? Persister à le nier ? Essayer de l'étouffer dans l'œuf, avant qu'il ne soit trop tard ?

Avait-il vraiment le choix ? Elle était si jeune. À peine 17 ans. Ce n'était encore qu'une enfant, une petite fille qui n'avait rien à faire avec un type comme lui, bien trop rongé par le chagrin et les regrets. Il lui avait épargné le courroux d'une malédiction, ce n'était donc pas pour l'entraîner au fond du trou avec lui. Cette enfant était faite pour le bonheur, la joie et la lumière du soleil, pas pour le spleen, le doute permanent et l'obscurité glacée de ces maudits cachots. Elle valait mieux que ça, et, d'une façon ou d'une autre, il devait s'efforcer de la tenir à l'écart de son monde de ténèbres.

Au fil de sa réflexion, le souvenir de son cauchemar lui revint progressivement en mémoire. En se remémorant les propos échangés avec cette vision fantomatique de Lily, il constata combien toutes ces préoccupations hantaient son esprit depuis bien trop longtemps, au point de resurgir de la pire des manières dans ses rêves.

Comme il était mortifiant d'imaginer parler de tout ça à Lily… La confusion de Severus était telle, que son inconscient commençait à imaginer des conjonctures aussi paradoxales que malsaines, qui, en définitive, ne lui inspiraient que de la répugnance.

Mais si ce rêve avait tous les aspects d'un délire produit par la fièvre, il n'en restait pas moins effrayant et troublant. Car au fond de lui, Severus avait la quasi-certitude que cette scène n'avait pas été imaginée de toutes pièces. En admettant que la présence du spectre de Lily était le fruit de son imagination, cette allée interminable bordée de chênes, et ce grand manoir qui se dressait dans l'obscurité, il les avait déjà vus de ses yeux !

Alors, si ce cauchemar était la retranscription d'un de ses souvenirs, pourquoi rêver maintenant de cette demeure dont il avait totalement oublié l'existence ?

Tout en s'interrogeant silencieusement au fond de son fauteuil, ses yeux s'abandonnèrent à la lueur vacillante des chandelles qui se consumaient sur sa table de chevet. Les flammes qui oscillaient lentement et qui se reflétaient sur le métal semblaient donner vie au long serpent d'argent qui s'enroulait autour du pied de son chandelier. Pourquoi cette maison vouait-elle un tel culte à ces étranges créatures ? Sur le territoire Serpentard, il n'y avait pas une tenture, un tapis, une poignée de porte qui ne représentaient pas ce maudit reptile. Même le Seigneur des Ténèbres leur vouait une passion obsessionnelle, au point de les introduire dans ces délires macabres, lorsque par exemple, il s'agissait de terroriser les pauvres gens. Et Severus en savait quelque chose... Ce diable était un véritable toqué des serpents… Des serpents

Tout à coup, Severus empoigna fermement les accoudoirs de son fauteuil et se redressa d'un bond.

Bon sang, mais ce rêve n'était pas un délire ?! Cette impression de déjà-vu découlait bien d'un souvenir !

C'était une nuit d'été chaude et humide. Severus fouilla dans sa mémoire : un coffre rempli de serpents beaucoup de serpents le corps sans vie d'une jeune femme drapé dans un drap de percale une requête de leur maître. Ce rêve si bizarre, si morbide, était en

définitive la réminiscence d'une soirée qui avait débuté chez son ami Lucius Malefoy. Severus en était certain !

Le petit était-il déjà né ? Oui. Il entendait encore ses pleurs provenant de sa petite chambre de bébé, à l'étage. C'était probablement quelques mois après sa naissance.

Narcissa se plaignait du corps de la jeune fille qui gisait au milieu du séjour. Cette vision d'horreur lui glaçait encore le sang. Il se souvenait parfaitement lorsque Nacissa se mettait en colère à cause de ce genre de choses et qu'elle le prenait à parti devant Lucius. Leurs cris, leurs disputes incessantes après la naissance du garçon, et l'impression plus que désagréable de servir constamment de tampon entre eux deux. C'était donc peu de temps après la mort de ses parents…

Cependant, Severus avait beau se gifler violemment le front, son cerveau ne parvenait pas à inhumer les détails de ce souvenir bien trop flou, bien trop fractionnés. Cette maudite mémoire qui lui jouait des tours commençait sérieusement à le rendre fou…

Comment devait-il procéder pour y voir plus clair ? Comment devait-il s'y prendre ? Existait-il un charme, un sortilège pouvant l'aider à reconstituer ces souvenirs ?

Severus se leva de son fauteuil, et commença à faire les cent pas dans sa chambre.

— Et si Dumbledore avait une idée quant à la manière dont je pourrai m'y prendre ? se demandait-il en foulant de ses pieds nus le grand tapis qui recouvrait le parquet. Lui, qui a toujours une solution à tout, il pourrait certainement trouver une solution à mon problème… ?

Sans attendre davantage, Severus mit la main sur sa baguette magique et se prépara aussitôt à faire sa sortie.

Le besoin viscéral de déterrer ce souvenir était plus fort que tout. Il avait la certitude qu'il n'avait pas rêvé de cette bâtisse par hasard. Non. De toute évidence, une association d'idées avait emmené son inconscient à faire ressurgir ces images dans sa mémoire. Une allée interminable qui débouchait sur une immense demeure… Un manoir presque semblable à celui des Malefoy. Qu'était-il allé faire là-bas ? Pourquoi ne s'en souvenait-il plus du tout ?

Severus se drapa dans une cape et prit aussitôt la porte de ses appartements.

Comme tous les samedis après-midi, les cachots grouillaient d'élèves allants et venants entre la salle commune et les étages supérieurs. Certains le saluèrent respectueusement sur son passage, en lui lançant des petits regards compatissants. Ainsi, il n'eut aucun mal à comprendre qu'on avait dû justifier son absence de la matinée en prétextant une quelconque maladie hivernale.

Alors que le piano d'Amelia Egerton résonnait toujours au loin, il emprunta les escaliers qui le conduisirent rapidement au rez-de-chaussée.

Il traversa le hall dans la foulée et juste devant la porte de la salle des professeurs, il croisa le professeur McGonagall, drapée dans une longue cape d'hivers, les bras chargés de dossiers. Cette dernière, qui paraissait fort occupée et peu encline au sarcasme et aux réflexions désagréables, lui indiqua rapidement que le directeur se trouvait dans ses appartements.

Alors, Severus prit aussitôt la direction du second étage et finit par se retrouver nez à nez avec la grosse gargouille de pierre gardant l'entrée du bureau directorial. Il prononça le mot de passe et la statue s'écarta, laissant apparaître le petit escalier qui montait en colimaçon. Une fois face à la porte du bureau, il frappa trois coups avec le beau heurtoir de cuivre en forme de griffon.

Au bout d'un bref instant, la porte s'ouvrit, laissant apparaître un Dumbledore plus que souriant.

— J'ai tout de suite reconnu les trois coups secs et vigoureux ! lui dit-il en le regardant affectueusement par-dessus ses petites lunettes en demi-lune. Je me suis dit tout de suite : ah ! voilà Severus qui vient me rendre une petite visite !

[fin de la première partie du chapitre 15]