Little Sister
Disclamer: Les personnages de SOA appartiennent à Kurt Sutter... malheureusement!
Résumé: "- Happy a une sœur!" "- Non sérieux?" "- Si j't'le dis!"
Note: Introduction d'un personnage de mon imagination.
Note 2: L'histoire débute lors de l'épisode 02x05 – Représailles. Il y aura donc des spoilers et des scènes refaite à ma sauce.
Bonne Lecture!
Je traverse les étages et les couloirs séparant le service de Tara de la chambre de Gemma en silence, en trainant des pieds. J'ai un coup de barre, et les révélations de la doc m'ont mis un coup au moral. Avec tout ça, je ferais mieux de retourner fissa au club et de sauter au cou de mon frère, passer un peu de temps avec lui, mais je crois qu'il est plus important d'oublier mes propres envies : Gemma va bientôt partir pour le Central California Women's Facility(1) de Chowchilla. Je m'en vais donc lui demander si elle veut que je lui amène quelques chose. Un truc spécial dont elle n'aurai plus le droit, une fois incarcéré. Ou parler. J'avoue être un peu dépassée et ne pas trop savoir quoi faire pour lui remonter un peu le moral dans un tel moment.
C'est à l'angle de deux couloirs que je croise Tig et Bobby ; ou plutôt que le premier me tombe littéralement dessus. Au téléphone, il ne m'a pas vu, et moi je ne faisais pas attention, trop plongé dans mes pensées. Et d'ailleurs, cet imbécile m'a vraiment fait mal!
« - Ça va, Léna? »
Heureusement que le secrétaire, dans un élan compatissant s'intéresse un peu à moi.
« - Oh oui! J'adore être projetée contre un mur par un si beau matin! D'ailleurs, celui-ci a un vieux goût de moisi! »
Je me redresse et reprends contenance, tandis que le sergent d'arme raccroche son téléphone et me regarde, un sourire malicieux – ou pervers, au choix – accroché aux lèvres. Il s'approche de moi, qui suit toujours adossé contre la cloison.
« - Tu veux vraiment que je te plaque contre le mur, Léna?
- C'est tellement excitant! »
Lui et moi avons très bien vu le visage de Bobby, oscillant entre incompréhension et consternation, et c'est bien pour ça que je rentre dans le jeu de ce vieux pervers d'Alex Trager. Pourquoi répondrais-je à une provocation comme celle-ci, autrement?
Alors que Tig s'avance dangereusement vers moi, et que je ne me départie pas de mon sourire, le secrétaire fini par repousser mon vis-à-vis, l'air sévère d'une mère découvrant que son fils fait des bêtises, collé sur le visage.
« - Les enfants! Excusez moi mais on a autre chose à faire!
- Quel rabat-joie celui là! T'as vu ça, gamine? Juste parce qu'on lui a pas proposé de participer! »
Je fini par rire devant la mine défaite de Bobby : ne me dites pas qu'il y a vraiment cru? Venant du sergent d'arme, ce ne serai pas étonnant, mais moi, quand même!
Je passe mon bras autour des épaules du secrétaire alors que nous nous dirigeons vers la chambre de la First Old Lady.
« - T'y as vraiment cru? Sérieusement?
- Avec lui, on ne sait jamais! Je ne m'étonne plus de rien.
- Je suis vexée que tu me vois comme une fille facile, Bobby! »
Mon voisin détourne le regard, un peu confus. Mais devant le faux air dramatique que je lui accorde par la suite, il comprend que je ne fais que me moquer de lui, et se permet un sourire.
« - Facile, non. Dérangée, absolument! Mais j'aime ça bébé, alors, ..! »
Je me stoppe net, éberluée devant la réplique du sergent d'arme : il est sérieux? C'est un message subliminal, ou bien..?
« - Tu n'es qu'un vieux pervers dégueulasse, Trager! »
Ou bien, je préfère ne pas y penser!
« - C'est pas ce que tu disais hier soir. »
Cette fois, le biker aux cheveux longs n'est pas le seul outré par ces paroles, même si c'est pour des raisons différentes. Bordel, il est grave! Je m'avance vers le brun aux yeux bleus, alors qu'un sourire narquois s'affichent sur ses lèvres, et lui colle un coup de poing sur l'épaule. Ce n'est pas méchant, mais ça lui montre que ce n'était pas drôle... ou alors juste un peu. Mais chut! Il ne faut pas le dire!
« - Ne compte même pas sur moi pour plaider ta cause devant mon frère quand il viendra te refaire le portrait! »
C'est à ce moment que Bobby nous dis de nous retourner : Jax et Clay arrivent. Timing Parfait! Je suis sauvée.
« - Qu'est ce que vous faites là?
- T.O a appelé. Ils ont besoin d'aide.
- Pourquoi?
- On sait pas. Il pleurait trop fort. »
Oulah... Mais qu'est ce que je fou là, moi? C'est pas mon problème ; et d'ailleurs, Clay doit se demander la même chose vu le regard mauvais qu'il me lance. Non, sérieusement, il pense vraiment que je suis venue avec ces deux marioles? Pour cette histoire de mec pleurant comme un bébé?
« - On reste calme, j'allais voir Gemma! »
Puis, après un signe en direction du sergent d'arme.
« - Et j'essayais de m'éloigner de ce malade! »
Je contourne le groupe, après un clin d'œil à la personne visée, et disparait dans le couloir.
…
On frappe trois coups légers à ma porte et je m'essuie rapidement les yeux et les joues. C'est avec un sourire aux lèvres et un faussement air enjoué que j'accueille Léna. Pourtant, si elle le voit, elle a la bonne idée de ne rien dire. Elle vient même me faire la bise, ce qui est une nouveauté totale. Mais une nouveauté que j'apprécie vraiment.
« - Tu as besoin de quelque chose? Je ne sais pas trop ce que je pouvais faire pour toi, alors j'ai préféré venir te demander... »
Son geste me va droit au cœur, même si je sais que c'est en rapport avec mon départ prochain. J'aurai aimé que cela se passe dans d'autres conditions.
« - Non. Juste, assieds toi. »
Je ne suis pas dupe : les quelques changements que j'ai pu voir depuis quelques jours, et surtout ce matin, ne sont pas dû au soleil du dehors. Ou à une poussée de compatissance aigüe. Et j'ai ma petite idée de ce qui lui arrive, ou plutôt une grosse idée. J'ai mes sources! On ne peut décemment pas être une bonne First Old Lady sans un bon réseau d'indic!
« - Tu peux faire une faveur à une femme qui va finir le reste de sa vie en prison?
- C'est pas une question, pas vrai?
- Est ce que tu peux? Il s'agit juste de répondre à une question.
- Bien sur. Mais plutôt parce que tu m'as accepté au sein du club. Et que tu m'as toujours bien traité. »
J'aime cette réponse! Son franc parler et sa sincérité me font plaisir.
Je me redresse dans mon lit afin de mieux voir mon interlocutrice, assise sur l'unique chaise de cette foutue chambre. Je me permets de la détailler quelques secondes avant de reprendre la parole : elle porte un jean moulant noir, des bottes à lacets montant jusqu'aux genoux et un débardeur gris. Pour le reste, ses cheveux châtains, bouclés, tombent sur ses épaules et lui donne un coté sauvage et redoutable. C'est vraiment une jolie fille : trop classe pour être l'une des putes du club. Et puis, elle n'aurai pas pu le devenir avec un tour de poitrine si petit, alors tant mieux pour son frère!
« - Dis moi ce qui te rend de si bonne humeur aujourd'hui? Je doute que ce soit le départ de ton frère pour de lointaines contrées. »
Léna se crispe légèrement : si elle croit que je ne l'ai pas vu!
« - Tu m'as dit que tu répondrais : tu te rappelles?
- C'était avant que tu ne me la poses. »
Son rire n'est qu'une façade. Beaucoup n'y aurai vu que du feu, mais pas moi : je suis la reine de la manipulation, on ne me la fait pas.
« - J'avais vu juste, n'est ce pas? Pour Juice et toi?
- Je ne vois pas pourquoi tu penses ça.
- Cassie est venue se plaindre à moi hier soir. »
Léna se raidit une nouvelle fois sur son siège, la bouche entre-ouverte par la surprise, les yeux rivés sur moi. Elle doit surement se demander si je bluffe.
« - La salope! »
Et si je l'avais fait, j'aurais obtenu la réponse la plus éloquente possible. Malheureusement, ce n'est pas le cas : la blonde est passée me voir, hier, en début de soirée, soit disant pour m'apporter des fleurs, mais plus franchement pour se plaindre et me demander conseils sur la marche a suivre pour évincer cette nouvelle rivale.
« - Si ça peut t'aider, je lui ai dit que le portoricain saurai faire le bon choix entre vous deux.
- Le bon choix, d'après toi, c'est elle. Je me trompe pas? »
Mince! Elle s'emporte, et me voit comme l'amie de Cassie : ce n'est pas bon pour les confidences. Ce n'est pas ce que je voulais obtenir. Mon séjour ici a enroué mon bon sens et ma maitrise de la manipulation!
« - D'accord, j'ai pas la tronche de l'emploi! Je fais tâche au milieu de toutes ces putes, et alors? Leurs ressembler n'est pas mon ambition dans la vie!
- Je n'ai jamais dit le contraire! Et heureusement!
- Alors quoi? Pourquoi ne pas juste lui dire de lâcher l'affaire? Elle le perd, et ça, moi, j'y peux pas grand chose. Si ça n'était pas moi en face, ça en serai une autre. Et le résultat serai le même! »
Léna a entièrement raison. Je suis totalement d'accord avec elle : Juice n'était avec elle que pour palier à l'absence de relation. Mais il n'a jamais eu l'intention de faire de Cassie sa légitime : c'était juste une passade, en attendant mieux. Ce n'est pas par méchanceté qu'il le faisait, il a juste suivi le mouvement, fait comme les autres Sons : on ne trouve pas facilement chaussure à son pied, alors on s'accommode.
Pourtant, plus le temps passait, et plus j'ai eu l'impression que ses sentiments, à lui, changeaient. Comme s'il désespérait de ne pas trouver mieux, ou comme s'il s'habituait à la présence de la blonde. Et, à mon grand désespoir, j'ai cru qu'il allait la légitimer, l'introniser comme sienne ; d'après moi, elle n'en a pas la classe, et c'est pour ça que je suis assez ravie de voir qu'il s'est rapproché de la sœur d'Happy. C'est une bonne fille, avec du caractère, qui saurai tenir un biker, lui faire passer l'envie d'aller jouer lors des runs. Elle est ce que n'est pas encore Tara : belle, douce, mais intransigeante et forte.
« - Tu l'aimes? »
Elle détourne le regard mais ce que j'y lis est sans équivoque : oui, elle est folle de lui. Mais elle préfèrerai mourir que de l'avouer, parce que tout serai plus compliquer. Son frère, sa place au sein du club, le regard des autres, tout changerai. Elle ne serai plus Léna, la sœur de l'Unholy One, cette gamine insolente et drôle dont Chibs semble s'être entiché. Elle deviendrai Léna, la légitime de Juice, et entrerai pleinement dans le petit cercle des femmes du club.
« - Tu ne te défendrais pas comme ça si ce n'était pas le cas.
- Peu importe. »
Léna balaye mes paroles d'un revers de main et récupère sa veste et son sac sur la chaise. Elle s'apprête à partir ; j'aimerai juste la faire changer d'avis avant. Ou du moins que mes mots la fasse réfléchir. Le portoricain est un bon gars, égal et droit, qui la comblerai, j'en suis certaine : je connais assez les hommes de SAMCRO pour pouvoir l'affirmer. Ils feraient une combinaison parfaite au sein du club.
« - Au contraire, c'est important. Je sais ce que tu penses : tu as peur de la réaction d'Happy, et c'est normal. Mais tu es sa sœur, et il t'adore, il comprendra tes choix. »
Elle se retourne vers moi, avec rage, lâchant la poignée de la porte, et vient se poser au pied du lit.
« - Tu sais que dalle sur moi, Gemma! Ni sur moi, ni sur Hap, pour la simple est bonne raison que vous ignoriez tous mon existence avant que je ne débarque ici. Tu ne sais pas de quoi il est capable, et je refuse de le voir gâcher son amitié avec Juice pour moi. »
Dans ses yeux se mélange la colère, contre moi et son frère, mais aussi le doute, et la peur.
« - Il ne comprendrai pas, Gemma. »
Et puis elle s'en va, me laissant de nouveau seule.
…
Je traverse rapidement St Thomas. L'ascenseur est trop lent, alors je prends les escaliers. Je croise Tara, mais ne m'arrête pas. Je bouscule même plusieurs infirmières. J'ai besoin d'air. J'étouffe.
Ce n'est qu'une fois dehors, appuyée contre la voiture de la First Old Lady, que je me permets de respirer correctement et profondément. Les paroles de Gemma m'ont secoué : elle sait, alors qu'elle ne devrait pas. Et ma première question est aussi la plus angoissante : quand finira t-elle par lâcher le morceau à mon frère? A Clay, ou à Jax, si elle ne le dit pas à Happy? Dans tout les cas, cette langue de vipère finira par le dire, et l'information fera le tour du club plus vite que je ne peux l'imaginer. Mais après tout, qu'importe la personne qui colportera tout ça, le résultat sera le même : je perdrai la confiance des seules personnes qui comptent pour moi. Hap me détestera et Juice refusera surement de s'opposer à l'Unholy One pour moi. Quand aux autres... qui sait ce qu'ils diront ou feront. Mais tous resteront fidèle à leurs frères.
Ma respiration s'accélère de nouveau, mais je ne peux remplir mes poumons tellement ma peur les oppresse. Je panique, voilà tout. Et tout ça rien qu'en pensant à ce que je devrais faire si je dois quitter cette ville. Je ne veux pas perdre tout ces mecs complètement barrés, ils sont devenus mes amis, ma famille.
Je prends mon portable : j'ai envie de voir Hap. Non, j'en ai besoin! J'ai besoin de savoir qu'il m'adore, et que je suis ce qui compte le plus pour lui. J'ai besoin de sentir qu'il ne peut me détester. Qu'il serra toujours là pour moi.
Je ne l'appelle pas, un texto suffit.
Tu es au club? J'ai envie de faire un tour de moto avant que tu ne m'abandonnes lâchement.
J'appuie sur le bouton d'envoi et fond en larme, au milieu du parking, sous les yeux des passants : je finis par me réfugier dans l'habitacle du luxueux coupé noir. Je suis dans un état pitoyable, et la seule chose qui me vient à l'esprit, c'est de voir mon frère. Si, avec ça, je ne l'alarme pas, c'est que quelqu'un lui a crevé les deux yeux.
Il me faudra plusieurs minutes pour me calmer complètement, et un grand nombre de mouchoirs en papier. La réponse d'Happy est arrivée depuis un certain temps déjà, mais j'ai préféré me remettre en de mes émotions avant de la lire.
Non, désolé Léna. Problème avec les Calaveras. Je vais surement rentrer tard... juste à temps pour repartir.
Quelle merde! Ils sont vraiment chiants ces connards de mexicains! Je les hais!
J'expire fort : c'est frustrant de ne pas pouvoir passer un peu de temps avec mon frère avant qu'il ne s'envole pour le vieux continents. Et j'ai très envie de me remettre à pleurer... je me déteste quand je suis dans cet état.
Toujours avec mon portable entre les doigts, je cherche quelqu'un d'autre à voir, mais je me doute que s'il est occupé, il en est de même pour Chibs, ou pour Juice. Non, vraiment, c'est très énervant!
Je tourne la clef dans le nieman et le moteur vrombit, calmant un peu mes nerfs, à fleur de peau depuis quelques minutes.
…
La matinée a été vraiment merdique, et je suis assez heureux d'être rentré chez moi. Même si ce n'est que pour quelques minutes : le temps de préparer mon sac.
Salazar a fait descendre un Grim Bastard, Lander, le meilleur pote de TO. Et sans aucunes discrétions : un couteau planté dans le crâne. Le message est assez clair. Pourtant, les représailles sont délicates : comme l'ont dit Jax et Clay, le deal avec les Mayans est tout frais, et s'en prendre à un Calaveras, peu importe ce qu'il a fait, serai mal vu sans l'accord d'Alvarez. C'est pour ça qu'on a débarqué à l'une de leur petite fête : des courses de bécanes, avec alcool et pute à gogo. Juste de quoi faire tourner la tête de Tig!
La suite, c'est justement le sergent d'arme qui nous l'a raconté : fallait bien que certains monte la garde. Et c'est toujours les mêmes! Salazar a fini par lâcher l'un de ses hommes, que les Bastard ont descendu, et puis ce connard de mexicain a perdu son blouson. Qui a fini dans la cuvette des chiottes. J'aurai aimé voir ça! Juste pour l'humilier encore plus, et lui montrer que la roue tourne : je ne suis plus le seul a m'être fait arracher mon cuir!
Je ferme mon sac et regarde l'heure sur mon téléphone : si je me dépêche, j'aurai le temps de voir Léna avant de repartir pour Stockton.
…
Ma sœur finit par arriver au garage, au volant du coupé de Gemma. J'ai faillit attendre... je me lève de la table, où je me trouvais avec Chibs et Opie, et me dirige vers elle. Je suis en colère qu'elle ne m'ait pas dit où elle se trouvait, et je suis inquiet car elle n'a pas répondu à mon message, mais je n'ai pas envie de m'engueuler avec elle. Pas comme quand je suis parti à L.A.
« - Quand tu m'as envoyé ton texto, je pensais que tu serais au club à mon retour. »
Elle claque la portière et vient se poser devant moi, un petit sourire d'excuse sur le visage.
« - Désolée. J'avais besoin de me vider la tête. »
Comment ça, « se vider la tête »? Pourquoi? Elle n'a déjà rien dans le crane, que veut-elle y vider? Bon, d'accord, ça, c'était méchant, et archi faux. Mais c'était simple comme réplique. Plus sérieusement, sa réponse m'inquiète. Surtout que ses yeux sont rouges. Elle a pleuré?
« - Tu as des problèmes, petite sœur?
- Ne t'inquiètes pas. Je vais bien. »
Elle vient m'enlacer par la taille, tandis que mes mains entourent ses épaules et que je la serre contre moi. Les autres mecs nous regardent, et alors! Chibs est le seul à qui j'ai confié quelques unes de mes peurs concernant ma sœur. Et Opie, et bien il a des enfants, et Jax est comme un frère pour lui : il sait ce que c'est d'avoir une personne pour qui on est prêt à tout. Une personne que l'on aime et que l'on protégera, peu importe les conséquences. Ils comprennent, j'en suis sur.
« - Et j'ai même un cadeau... »
Elle se détache et va ouvrir le coffre de la voiture, dans lequel se trouve plusieurs packs de bières.
« - Le voyage va être long.
- Tu es la meilleure!
- Par contre, pour les petits gâteaux, faut que tu trouves un autre fournisseur! »
…
Toujours assise sur cette satanée chaise, le nez au dessus de la poubelle, le crâne tournant
à mille à l'heure, et le cœur en miette, je n'entends même pas Tara frapper à la porte. Je ne me rebranche à la réalité qu'une fois la doc en face de moi, l'air inquiet
« - Des nausées? »
Ce n'est pas moi qui suis enceinte! N'inverse pas les rôles, s'il te plait.
« - C'est les médocs?
- Non. »
Pourquoi cherche t-elle absolument une cause médicale à tout ça? Je me doute que j'ai une mine affreuse, cela veut tout dire. Non?
Mon dieu, comment ai-je pu être si crédule, pendant vingt ans! Je savais que John me trompais, même si je ne l'ai jamais dit à personne d'autre que Clay. Et je haïssais mon mari pour ça, pour me laisser auprès de Thomas qui sombrait, seule, sans réconfort, ni aide. Jamais je n'aurai pensé qu'il ferai un enfant, avec Maureen, à des milliers de kilomètres de Charming. Jamais je ne pourrais lui pardonner cet affront, ni comprendre ce qui lui a pris : remplacer un fils par un autre enfant? C'est vraiment ce à quoi il pensait? J'ai beau avoir un doute à ce sujet, penser qu'il n'était pas aussi égoïste pour me faire ça, une part de moi a envie de lui cracher à la gueule! Et le découvrir maintenant ne fais qu'amplifier la trahison : parce que j'ai perdu mon petit fils, et que cette garce irlandaise possède une part de John auprès d'elle. Au final, cette femme et sa famille m'ont tout pris.
« - J'ai vu passer Léna dans les couloirs de l'hôpital. Elle avait pas l'air bien. »
Tara revient de la salle de bain, dans laquelle elle a déposé la poubelle ; pourtant, l'odeur âcre de mon vomi est toujours présent, bien implanté, dans mes narines.
« - Je sais. Et c'est de ma faute.
- Qu'est ce que...
- On peut parler d'autres choses? »
C'est vraiment une journée pourrie, et ma tête va finir par exploser. N'y a t-il pas de sujets plus légers?
« - Le docteur Gallagher a autorisé ta sortir.
- Super. »
J'ai dit léger! Sympathique! Enthousiasmant! Pas morbide et déprimant! Je vais déjà me retrouver entre quatre murs gris, entourée de lesbiennes qui n'en auront qu'après mon cul, sans ma famille pour me protéger... ai au moins l'obligeance de me faire rire!
« - On s'assurera que tu ais ton traitement. »
J'ai presque esquissé un sourire! Ça, c'était assez drôle : suivre un traitement médical en taule! Tara, sort de ta bulle! Tu crois vraiment que les médecins m'auront à l'œil et s'assureront bien de ma petite santé? Je pourrais très bien revendre mes petites pilules qu'ils n'y verraient que du feu!
« - Je suis désolée, Gemma. Je sais que c'est dur. »
Bon, apparemment, pour l'ambiance festive et détendue, faudra repasser. Et je ne vais lui demander de changer encore de sujets. Je peux toujours essayer de dévier par mes propres moyens!
« - Au moins, je sais que j'ai un nouveau petit-fils en route. »
Alors que j'allais poser ma main sur son ventre, elle se dérobe. Bon sang, qu'est ce qui se passe aujourd'hui? Qu'est ce que j'ai fait pour avoir autant de poisse? Devoir téléphoner à Belfast et perdre le peu de confiance que Léna avait en moi n'est pas suffisant?
« - Quoi? »
Tara va s'assoir en face de moi, sur mon lit.
« - Je pense pas que Jax... soit prêt pour un autre bébé.
- De quoi tu parles?
- Je l'ai surpris avec cette salope du porno ce matin. Il essaie de me faire fuir et il a gagné. C'est fini. »
Il y a quelques secondes, je la trouvais triste, angoissée. Mais maintenant, après m'avoir raconté, c'est la colère qui prédomine sur son visage. Et la résignation.
« - Il s'en veut pour tout ce qui est arrivé à Abel. Il supporte pas l'idée que quelque chose puisse t'arriver. Il est perdu, et toi tu dois être sa constante. Tiens bon. »
C'est pas possible ça! Je ne pouvais pas la sentir : je fais des efforts pour l'apprécier, la mettre à l'aise, et maintenant que c'est fait, ils veulent se séparer? Mais, qu'est ce qu'ils ont dans la tête ma parole! J'ai si mal éduqué Jax pour qu'il agisse ainsi? Et Tara est si stupide pour se laisser faire?
« - J'ai pas ta force, Gemma. »
Ça, c'est ce que je vois! Un regard un peu serré et tu te mets a trembler de partout et a chouiner! Mais bordel, ressaisie toi! Tu as bien réussi à affronter Ima une fois, à Caracara, en criblant sa caisse de balles. Tu n'as qu'à en faire de même cette fois encore! Tu es enceinte, ma belle. Et de mon fils! Si tu crois que je vais vous laisser tout foutre en l'air pour une blonde sous développée!
« - Il ne ferai pas ça s'il savait pour le bébé!
- Il doit pas savoir! C'est à moi de décider du sort du bébé. Je suis sérieuse : personne ne doit savoir! »
Une fois de plus aujourd'hui, j'ai l'impression de perdre de mon autorité, de mon influence, sur les femmes qui gravitent autour du club. Je déteste ça! Et je déteste me rendre compte qu'une fois enfermée, plus jamais je ne récupèrerai cela.
Non! Je ne veux pas perdre tout ce que je possède. Ma famille, le club, mes hommes. Je veux rester la First Old Lady : indispensable, craint et respectée. Je n'irai pas en prison.
« - Tu veux mon silence? Alors j'ai besoin d'un service. »
…
Après avoir déchargé les packs, avec l'aide de Chibs, d'Opie et de mon frère, j'accompagne ce dernier au premier, le temps qu'il prépare ses affaires. Il faut que je vous avoue quelque chose : il appartient désormais à SAMCRO, et vit donc à Charming, mais ce gros fleimard crèche au club, plutôt que dans une maison qu'il louerai. Et qui dit le club, dit ma piaule : Happy vit donc dans mon espace, et laisse trainer toutes ses fringues par terre. S'il y a bien une chose que je hais chez les hommes, c'est leur sens du désordre!
« - Tu as pris assez de capotes pour tenir une semaine? Tu es sur? Juste une boite, ça me paraît peu.
- Léna... t'as pas honte de me demander ça?
- Je m'informe, c'est tout! Les filles d'ici, déjà on sait pas où elles ont trainé, mais alors celles de là-bas... Rien que d'y penser, j'ai envie de vomir!
- T'es pas possible! »
Mon portable vibre dans ma poche ; un texto de Juice.
Je viens d'arriver au club : la salle informatique, tout de suite? Faut que je te parle.
Idée intéressante. Mais avec un frangin dans le coin, c'est tout de suite moins enthousiasmant. Sauf si...
« - Tu devrais prendre une douche avant de partir Hap. Un, tu sens le chacal. Et deux, paraît que y'a pas d'eau courante à Belfast!
- Ton humour est à chier. Mais t'as pas tort, je risque pas de conclure dans mon état! »
Gagné!
…
Je me rendais dans mon bureau lorsque je vois Léna arriver à l'autre bout du couloir ; elle entre à ma suite et verrouille la porte, avant de s'y adosser. Bordel, qu'elle est canon avec cette attitude aguicheuse, encore plus qu'habituellement. Je viens me coller à elle, une main entre ses reins, l'autre effleurant la peau de sa mâchoire.
« - Ton frère?
- Il prend une douche.
- Ça nous laisse vraiment peu de temps. »
Son ventre vient se frotter au mien, provoquant un choc électrique entre nos deux corps. J'ai envie d'elle, tout de suite, et peu importe qui pourrait nous surprendre. : il y a des fois où le risque passe au second plan. C'est juste elle et moi, ici et maintenant. Notre désir et cette envie insatiable d'être avec elle, de la posséder. De savoir qu'elle n'appartient qu'à moi, qu'aucun autre ne peut poser ses mains sur elle... pour l'instant. Et j'aimerai que cela dure éternellement.
« - Alors ne parlons pas! »
Ses mains glissent jusqu'à ma nuque et elle m'attire à elle pour un baiser enflammé.
Mes doigts vont se perdent sous son haut et explorent, une fois de plus, cette peau si douce et tentatrice. J'aimerai pouvoir retracer ses courbes de ma bouche, mais le temps nous manque.
Elle finit par relâcher mon cou pour s'aventurer sur mon torse, par dessus mon top rocker : le contact avec le cuir, et le pouvoir qu'il représente font fantasmer un bon nombre de fille, mais je ne pensais pas Léna de celle là. Après tout, son frère en porte un aussi, ce n'est pas une nouveauté pour elle ; il va finir au sol, comme mon propre t-shirt, et comme son débardeur.
Nos lèvres ont eu beau se séparer de quelques centimètres, nos regards sont restés plongés l'un dans l'autre. Elle n'a d'yeux que pour moi, et j'aime la sensation que cela me procure ; pour la première fois, je me sens important, et heureux. Ma main revient près de son visage et je caresse tendrement sa peau alors qu'elle me sourit avec tendresse.
Et puis, ses doigts rompent cet instant de flottements, reprenant leurs activités : descendant le long de mes côtes, de mes hanches, jusqu'à atteindre la barrière de mon jean. Elle glisse l'un deux sous l'élastique de mon boxer, dans une douce caresse qui fait bouillonner mes sens. J'aime qu'elle me torture ainsi. Je ne pourrais vivre que de ça : son regard posé sur moi, empli de désir, ses courbes et ses doigts jouant sur ma peau.
Mon souffle se coupe lorsque enfin, après des secondes qui m'ont paru des heures, elle atteint mon aine, et des frissons parcourent ma colonne vertébral. Elle sait comment faire pour me rendre dingue, sans conteste.
Mon bras droit vient se poser contre la porte, et je m'oblige à me décoller d'elle pour reprendre ma respiration, et ne pas sauvagement lui sauter dessus. Mais séparé comme ça d'elle, j'ai froid. D'un coup, je me rend compte que je ne suis pas seulement accroc à nos petits jeux de séduction, je suis simplement accroc à elle, dans son entier. Rien que de la voir passer devant moi me réchauffe de l'intérieur, et je suis jaloux de toutes les fois où elle est dans les bras de son frère. J'aimerai la lui arracher et dire tout fort aux autres de ne pas la toucher, qu'elle est à moi. Qu'elle est ici, à Charming, uniquement pour moi.
C'est sa main sur mon pectoral qui va me ramener à la réalité ; la belle me regarde avec interrogation. Je n'avais pas conscience d'avoir déconnecté, plongé dans ses yeux noisettes.
Je la sens frémir alors que mon index gauche effleurent le haut de l'un de ses sein, dégageant ainsi quelques mèches de cheveux de son décolleté.
« - Tu es sure? On a pas beaucoup de... »
Ses lèvres viennent interrompre mes paroles, quelques secondes. Oui, elle est sure d'elle! Elle se fiche des conséquences. Et moi aussi. Je ne peux rien lui refuser.
« - Si tu t'arrêtes maintenant, je te jure que tu partiras en Irlande avec un autre suçon. »
Quand je la vois comme ça, je me moque pas mal du nombre de marques qu'elle pourrai laisser ; mais, c'est plutôt pour après que je m'inquiètes!
Sans aucune délicatesse, mes mains viennent empoigner ses fesses et je la soulève du sol : nous n'avons plus de temps à perdre en mots doux si elle veut vraiment une folle partie de plaisir. Ses bras et ses jambes viennent automatiquement s'enrouler autour de moi alors, qu'une fois de plus, nos bouche se scellent l'une à l'autre.
Je suis raide dingue de Léna. Voilà, c'est dit.
…
Mes gestes sont saccadés mais dans ma tête, tout est étrangement calme. Je suis vidée. Jax, Gemma, tout tourne de travers : et alors? Je commence à me sentir détaché de toute cette merde. J'ai pris des décisions importantes depuis ce matin, je les ai accepté, plus rien ne peut m'atteindre. Du moins, c'est ce que je pensais, avant que Jax ne débarque, de fausses excuses dans la bouche.
« - Je suis désolé pour ce matin.
- Tu as eu ce que tu voulais. »
Ma rage envers lui s'est réveillée. J'étais anesthésiée, je ne le suis plus. Je répétais les gestes que j'allais effectuer un peu plus tard, pour Gemma, mais tout c'est évaporé.
« - Je voulais pas te blesser.
- Au contraire. »
Et plus il parle, pire c'est. Tout ce qui n'a pas été dit, tout ces secrets, tout ce que nous avons enterré, tout ça fini par remonter et je ne contrôle plus vraiment ce que je dis.
« - Tu me penses responsable pour tout ce qui est arrivé à Abel. Tu me hais, mais tu n'arrives pas à le dire. »
J'ai juste besoin que cela sorte. J'ai juste besoin de le blesser comme lui l'a fait. J'ai besoin de le voir aussi vulnérable que moi, de voir que je ne me trompe pas : qu'il me déteste pour tout ce qui s'est passé. De voir que j'ai raison, et que les autres ont tort.
« - Ta mère pense que c'est pour me protéger.
- Je te protège.
- De quoi?
- Donna... Abel, Sack, choisis!
- C'est des conneries! On sait tout les deux que rien ne m'arrivera! C'est juste... une bonne excuse pour partir. »
Je ferme le sac devant moi. J'en ai marre de toutes ces conneries et de tous ces mensonges. J'en ai marre que l'on me croit vulnérable : je suis capable d'encaisser beaucoup de choses, tant que Jax est avec moi. Mais maintenant? Oui, j'en ai marre. Je ne veux plus vivre comme ça. Alors si c'est ce que Jax veut, qu'on se sépare, je pense pouvoir faire de lui une homme heureux.
« - Tu sais quoi? Le prince ne trouve pas toujours une princesse!
C'est fini.
…
Les derniers préparatifs avant le départ sont presque fini : les sacs s'entassent à l'arrière du van, la petite glacières contenant les bières rejoint le tout. Le départ est imminent, encore une demi-heure, peut être plus : c'est Piney et Bobby qui gèrent ça.
« - On va prendre la dépanneuse, pour dire au revoir à Gemma.
- Je viens avec vous. »
Tandis Tig s'invite à St Thomas, j'observe, silencieux, le groupe, réunit en cercle à l'arrière de la camionnette : personne ne semble prêter attention aux regards que se lancent Léna et Juice. Et oui, je ne suis pas encore con et aveugle, les enfants! Va falloir vous y faire : vous êtes cramés! Bon, c'est vrai, j'ai envie de sourire devant leur petit jeu. Ils sont vraiment trop mignons : Léna, retenue par son frère, et qui souris narquoisement à Juice qui, lui, lance des œillades à la fratrie, envieux. Oui, clairement, il aimerai être à la place d'Happy à ce moment là, pour pouvoir poser ses mains sur la miss en toute impunité. Le portoricain est jaloux, tout dans son attitude nous le fait comprendre, et je ne sais pas comment les autres peuvent passer a coté : mâchoires et poings serrés, respiration bruyante, le regard noir rivé sur l'Unholy One et sa sœur, presque inconscient de tout ce qui se joue autour de lui.
- A tout à l'heure. »
Clay, jax et Tig partent. Pas besoin de le leur dire, ils apporteront notre soutient à Gemma. Elle en a besoin, même si elle ne restera pas longtemps enfermé. Mais ça, elle ne le sait pas.
« - Assure toi qu'ils soient à l'heure.
- Ils le seront. »
On avait pas l'intention d'être en retard, en même temps! Le seul qui pouvait le faire, c'était Tig, mais il n'est pas avec nous, donc..!
La dépanneuse démarre alors que nous pénétrons dans le club-house. A l'extérieur, Opie est resté seule avec Lyla, qui vient de le rejoindre.
…
La dépanneuse garée sur le parking principal de l'hôpital, Clay, Tig et moi nous dirigeons vers l'entrée : ma mère va bientôt être emmené pour des meurtres dont elle n'est pas responsable. Ou pas entièrement. Et ça me fait mal de l'abandonner dans un tel moment. Mais je sais qu'elle refuserai de nous voir rester ici : Abel est plus important qu'elle.
Mon portable sonne. Je l'extrais de ma poche : c'est Tara. Merde, c'est pas le moment! Je regrette ce qui c'est passé hier, cette nuit, ce matin. Notre engueulade cet après midi, alors que je venais préparer mon sac. Quand je l'ai suivi dans le couloir, je voulais m'excuser. Oui, j'aimerai qu'elle parte, qu'elle s'éloigne de moi et du club. Parce que j'ai peur pour elle. Mais, en même temps, je m'imagine mal vivre sans elle à mes cotés. Mais c'était trop tard, elle était parti. Je n'ai jamais eu beaucoup de volonté quand cela la concerne ; c'est mon plus gros défaut. Je n'ai pas envie de répondre, mais ai-je vraiment le choix?
« - Hey.
- C'est maman. Tu es à l'hôpital?
- Oui. Ça va? »
Je m'arrête, stupéfait qu'elle se trouve à l'autre bout du combiné. Le prèz et le sergent d'arme se tournent vers moi, interrogateurs.
« - Écoutes. Retrouve moi à l'entrée de service, j'y serai dans pas longtemps. »
Elle me fait quoi là? Comment ça, je dois la retrouver à l'entrée de service?
« - Quoi?
- Vas-y! »
Elle raccroche. J'ai bien peur de savoir à quoi elle joue et ça ne me va pas!
« - C'est quoi le problème?
- Ma mère... Venez. »
Je ne peux pourtant qu'obéir à sa demande. Je ne peux décemment pas ne pas la retrouver en bas, et la laisser seule.
…
Comme me l'a dit Tara, l'ascenseur mène bien à l'entrée de service, et son badge débloque la porte près de laquelle se trouve une caméra : la seule rencontrée lors de mon évasion. Pour le service de sécurité, ils repasseront! A l'extérieur, Jax, Clay et Tig m'attendent, et mon fils est furieux.
« - Qu'est ce que tu fous?
- Je viens! »
Finalement, furieux est un euphémisme : j'ai un instant l'impression qu'il veut me laisser là, en plan. Qu'il n'acceptera jamais que je vienne. Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais en fait : des fleurs, un gros câlin... non, une engueulade!
« - T'as passé un deal. Avec les fédéraux?
- Je m'en tapes. Ces menottes attendront mon retour!
- Écoutes moi... »
Oh non Clay, ne t'y mets pas aussi! C'est décidé, je viens. Et maintenant, il est trop tard pour faire demi-tour. Vous croyez quoi au juste? Que je vais faire le tour de l'hôpital et que je vais me pointer à l'accueil, genre ''salut les mecs c'est moi! J'ai fait mon petit tour, je rentre!'' Et Tara dans tout ça? Déjà qu'elle va avoir du mal à expliquer tout ça aux fédéraux, et à sa patronne trop zélée! Je ne peux décemment pas faire ça!
- Laisser tomber. Je sais de quoi je parle. »
Heureusement que Tig me comprend! Au moins un qui me soutient!
« - Je viens. »
…
Mais c'est pas vrai! Qui m'a foutu une mère aussi bornée et stupide! Elle va tout foutre en l'air avec ses idées à la con! D'accord, elle ne veut pas aller en taule, mais elle pourrait au moins me croire quand je lui dis de me faire confiance, qu'elle n'ira pas. Mais non, Gemma dans toute sa splendeur! J'agis et je réfléchis ensuite... Et puis elle sort avec la blouse de Tara. Et avec le sac que ma régulière a préparé plus tôt. J'arrive pas à croire qu'elles soient de mèche toute les deux. En même temps, y'a rien de très étonnant à tout ça : ou elle s'engueulent et ne peuvent pas se sentir, ou alors elles font des conneries. Le meurtre de l'aide soignante. L'évasion. Non, vraiment, je suis entourée de femmes géniales et créatives au possible!
« - Ta fièvre est tombée à ce que je vois. Des gens t'attendent. »
Quand à Unser, il se pointe vraiment au meilleur moment. Un timing parfait. Comme si je n'avais que lui a gérer. A quoi elle s'attendait, Gemma? A ce que personne ne remarque son absence?
« - Dis leur que je reviens bientôt.
- Désolé, Gemma. Si tu viens avec moi, je dirai que tu t'es rendue. Que tu as changé d'avis, et personne ne sera complice.
- Et si elle refuse?
- Désolé, je ne laisse pas le choix. »
Et on fait quoi, maintenant? Unser ne veut pas nous laisser passer. Ma mère ne veut pas retourner à l'intérieur.
« - C'est pas... »
Ah bah oui, j'avais pas vu les choses sous cet angle : Tig qui sort son flingue et qui braque un flic.
« - … ce que je voulais! »
Prendre le parti d'une fugitive fait partie des choses stupide dont est capable cet abruti. De toute façon, il ne peut rien refuser à ma mère. Et il est toujours dans le même panier que les emmerdes : si on prend le coup de l'aide soignante guatémaltèque: qui a aidé les femmes de ma vie? Évidemment, le sergent d'arme!
La suite, je ne l'ai même pas capté : quelques mots échangé très bas entre ma mère et Unser. Et puis ce dernier qui baisse son arme.
« - Prends la Cutlass! »
…
Il fallait bien se douter que ce vieux cancéreux allait nous lancer des unités aux trousses. Depuis la Cutlass de Tara, je fais signe à Jax, qui conduit le camion, de s'arrêter sur un parking, à peine quelques centaines de mètres après être sorti de l'hôpital.
« - Unser a dû nous balancer. On sortira pas de Charming. Ils cherchent le camion : prenez la Cutlass et allez prendre l'avion!
- On a besoin de toi!
- Ta mère encore plus! »
Pour moi, c'est normal de ne pas les accompagner : nous ne pouvons pas tous aller à Stockton et Gemma s'étant évadée, il est normal qu'elle les suive. Clay, l'un des First Nine, et Jax, le père d'Abel, il n'est pas envisageable qu'il reste ici. C'est donc à moi de rester et de leur donner un moyen de rejoindre l'aéroport.
« - Traversez la ville. Je les emmène sur la 18. »
Je n'ai aucun doute que mon plan marchera : les flics sont tellement cons!
…
Assise sur le haillon arrière du van, mon frère à ma droite, son bras passé sur mes épaules, je passe les derniers instants en compagnie des Sons avant leur envol pour Belfast.
Calé contre Hap, mon regard passe de Bobby à Opie, puis à Chibs qui me sourit, avant de s'arrêter sur Juice, qui me dévore du regard. Personne n'a vraiment l'air de nous calculer, hormis peut être l'écossais ; et les deux dernières heures me reviennent en mémoire. La discussion que j'ai eu avec Chibs, notamment. Et puis notre dernier moment en tête à tête avec le portoricain.
Je glisse mon bras dans le dos de mon frère et pose ma main sur sa hanche, afin de me rapprocher un peu plus de lui : ses doigts viennent serrer mon épaule, me faisant sourire. Il pense que j'ai besoin de réconfort, alors que mon seul but est de faire enrager l'iroquois. Et ça à l'air de marcher, comme me l'a fait remarquer un peu plus tôt Chibs.
Il y a presque deux heures, l'écossais m'a rejoint dans la cuisine, alors que je plaçais les bières dans une petite glacière, pour me parler de moi, et de Juice. Évidemment.
« - Tout le monde se pose des questions sur le suçon. C'est pas discret.
- Ça tombe bien alors. Je voulais pas que ça le soit. »
J'ai posé tout mon bordel sur le plan de travail pour faire face au Son. La porte était fermée : je ne m'en étais pas aperçue. Bien sur, après ce que m'a révélé Juice ce matin, comme quoi son mentor l'avait surpris, je m'attendais à une discussion de ce genre. Et mon idée première était de faire front. Ce que nous faisons ne regarde personne. Même mon frère, malgré ma culpabilité à son égard.
« - Ça lui à causé quelques soucis ce matin. »
Je sais parfaitement ce que je fais. Y compris pour le suçon : sur l'instant, je ne pensais qu'à le garder près de moi. Sans penser aux conséquences. Juste lui et moi. Sans aucunes autres filles pour lui tourner autour.
« - Sérieusement? Vous lui avez pris la tête pour ça?
- Cassie. Ils se sont engueulés. »
J'ai juste haussé les épaules, me mettant, une fois de plus, dos à mon interlocuteur, pour ne pas lui montrer mon contentement, mon sourire narquois.
« - Je sais que tu l'as fait pour l'emmerder, elle.
- Et alors? J'y peux rien si elle sait pas tenir son gars!
- Il a pris ta défense. Ils ne sont plus ensemble. »
Ça m'a fait un choc de l'entendre. Bien sur, ça m'a fait plaisir : cette sale cruche n'est plus une rivale, mais il a vraiment pris ma défense? Genre « je la préfère a toi, dégage »?
« - Il ne joue pas, Léna. »
Ensuite, l'écossais m'a raconté l'altercation, et comment elle c'est finie ; Cassie plaqué contre le mur par un Juice hors de lui. Apparemment, elle avait menacé de s'en prendre à moi, et lui n'a pas apprécié.
Et puis, après m'avoir embrassé sur la joue, il m'a laissé... pour méditer m'a t-il dit! Peu de temps après, j'ai retrouvé Juice dans son antre, une fois encore, alors qu'il éteignait ses ordinateurs. Prêts au départ. Nous avions peu de temps devant nous, bien moins qu'un peu plus tôt. Juste le temps de lui dire que j'étais au courant pour Cassie, et le temps pour lui de me faire taire en m'embrassant avec fougue et en baladant ses mains sur mon corps : je pense qu'il ne voulait pas perdre nos précieuses dernières minutes d'intimité.
Ensuite, le départ à été donné par le secrétaire du club : personne n'a répliqué lorsque Happy m'a proposé de les accompagner. Je pense d'ailleurs qu'il avait déjà prévu son coup et demandé à Bobby. Voilà comment je me suis retrouvé ici, sous cet hangar, collé à mon frère, sous le regard jaloux de mon amant.
…
Les gars arrivent enfin : il est presque l'heure de décoller. Un peu plus et ils foutaient tout en l'air. Mais la vraie question c'est : pourquoi ils ont la voiture de Tara au lieu du camion?
Jax et Clay sortent, mon VP à la mine contrariée, alors qu'Oswald lui fait remarquer qu'ils sont en retard.
« - Il était temps!
- Désolé. On a pris un passager! »
Un passager? Tout le monde se tourne vers la Cutlass, alors qu'apparaît, par la porte passager, Gemma, un grand sourire aux lèvres, l'air épanouie.
« - C'est pas mon idée. »
Si ça c'est pas une surprise! Et je veux bien te croire que c'est pas ton idée Jax : ça ne fait absolument pas parti du plan! Clay m'envoie un grand sac noir, plutôt lourd, qui doit contenir tout le nécessaire de la First Old Lady, alors que celle-ci s'avance vers nous.
Pourtant, il y a un truc qui me turlupine : si c'est Gemma qui était à l'arrière de la voiture. Et que, d'ailleurs, il ne sont pas venue ni avec la dépanneuse, ni avec le Sergent d'arme, alors...
« - Où est Tig?
- Quasiment à Modesto. »
C'est donc ça : il ne va pas nous accompagner. Maintenant, il ne me reste plus qu'a comprendre pourquoi il serait complètement à l'opposé de là où nous sommes. A moins que la dame se soit évadée avec perte et fracas, et que Tig ait fait diversion pour laisser le reste du groupe se diriger, en paix, vers Stockton.
En tout cas, le sacrifice à l'air de plaire à Gemma : elle fait le tour de chacun des membres pour nous saluer. Elle va même discuter brièvement, et à voix basse avec Léna.
…
J'ai cru halluciner en voyant Gemma débarquer au hangar, et apparemment, personne ne s'y attendait non plus. Certains en ont sourit, notamment Hap qui m'a glissé à l'oreille que nous étions aussi farfelus l'une que l'autre. Et puis, il y a ceux qui ont tiré la gueule : Oswald notamment. Moi, au final, je trouve ça assez drôle : la First Old Lady est imprévisible, et un peu tarée, tout comme l'est le club.
Une fois la surprise passée, il est temps de nous séparer : Piney, moi et les prospects d'un coté, les autres membres, de l'autre. Et, contre toute attente, certains d'entre eux, viennent m'enlacer. Chibs, Bobby, Juice bien sur. Si j'ai fait promettre au premier de passer un maximum de temps avec sa famille, et d'en profiter à fond, le secrétaire, lui, m'a une fois de plus mis en garde contre le sergent d'arme. Je pense qu'il se demande où est vraiment la limite entre nous deux. Quand à l'iroquois... nous n'avons pas échangé une parole, juste une accolade un peu plus longue qu'avec les autres. J'aurai aimé qu'il reste, qu'il soit à la place de Tig, dans la dépanneuse, à promener les flics à travers tout le comté ; c'est égoïste et puéril, mais que voulez-vous? J'aurai voulu qu'il reste avec moi, mais Abel passe avant.
Et puis il y a eu Gemma. Et, comme lorsque je me suis retrouvée chez son père, elle m'a surpris en venant me serrer dans ses bras. Avec sincérité. Et me promettant, tout bas, qu'elle veillerai à ce que mon frère et mon amant rentre en un seul morceau. Et qu'elle ne dirai rien à personne. Je ne savais trop quoi dire, ni si je devais vraiment la remercier. Je lui ai juste dit de revenir avec le fils de Jax. Et de faire attention à elle.
Hap et moi avons ensuite échangé qu'un regard. Belfast, Jimmy O, l'IRA : il y a tout un tas de raisons qui me font avoir peur pour lui, et je ne veux pas la lui communiquer. Il ne changera pas d'avis sur ce voyage, et je n'ai aucune envie qu'il reste pour moi (contrairement au portoricain dont j'aurai voulu profiter un peu plus). Le club aura besoin d'un mec cinglé pour le sale boulot et mon frère a besoin de se vider la tête. De m'oublier un peu, et de faire ce pour quoi il porte le patch d'Unholy One.
« - Belfast nous attend. »
Aux cotés de Piney, je regarde les Sons et Gemma s'en aller vers l'avion cargo qui se trouve sur le tarmac ; je ne vais d'ailleurs bouger qu'une fois l'appareil hors de vue.
Revenez juste en entier, et avec Abel. C'est tout ce qu'on vous demande.
(1) Seule prison pour femme de l'État de Californie.
A suivre...
