Relecture Brynamon.
Merci à Supergirl971 : Embry va s'en remettre, t'inquiètes, il sera bien aidé ;-)
Bienvenue aux nouveaux.
Bonne lecture !
CHAPITRE 38: Ma patience a des limites.
POV LEAH CLEARWATER LAHOTE
Hier matin
J'étais tellement heureuse que Paul soit revenu avec seulement quelques égratignures. L'attente avait été effroyable. En fait, je me sentais mieux parce qu'ils étaient tous revenus sains et saufs de cet affrontement. Et puis il avait fallu cette réunion hier soir depuis on était en froid Paul et moi et ça me fichait le cafard. Nous nous étions embrouillés à cause de Quil et de sa décision de parler à sa copine de ce qu'il était. Quand il avait lâché cette bombe, bien sûr ça avait pété. Mais pas comme il fallait car en fait ce n'était pas le Conseil contre la décision de Quil mais des avis partagés qui avaient mis le feu aux poudres. Andrea, moi et Bella étions pour, les autres étaient contre, Embry n'était pas là et Jake restait neutre. Je lui en avais bien voulu pour ça d'ailleurs et le lui avait fait comprendre. Il n'avait pas changé d'avis pour autant.
-Vous êtes des filles c'est pour ça, avait rétorqué Paul. Vous croyez que la vie est une grande romance mais vous vous plantez ! Cette fille on l'a connait pas, qui nous dit qu'elle ne va pas nous balancer au premier venu ?
-Parce que moi je la connais ! S'était égosillé Quil. C'est ma copine depuis un an et je ne veux pas la perdre.
-Un an et tu ne nous l'as jamais présentée, avais-je souligné malgré moi. Pourquoi ?
-A ton avis ? Nous ne sommes pas les meilleurs amis du monde et ce n'est pas parce que maintenant il y a la meute que ça va changer.
J'aurais cru pourtant.
-Le mal est fait, était intervenu Seth. Pourquoi ne pas nous la présenter dans ce cas ? N'est-ce pas la meilleure solution ?
-Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Avait sèchement rétorqué mon père.
Ces deux là c'était encore une autre histoire. Mon père avait débarqué chez moi avant la réunion pour parler à Seth. Sauf que ça avait dégénéré. Je leur avais ordonné d'aller gueuler ailleurs, mon fils n'avait pas besoin d'assister à ça. Je ne voulais pas me mêler de leurs histoires mais du coup j'étais tiraillée.
En regardant par la fenêtre, je souris. C'était un chouette dimanche, il faisait beau. Nous aurions pu aller pique-niquer ou faire du vélo avec Noah. Il fallait que je trouve un moyen de régler les tensions. Des tensions causées par des tiers. Je m'activai, préparant un méga petit-déj, il était déjà neuf heures. Ils dormaient encore tous les trois. Mon portable sonna.
-Quil ? T'es tombée du lit ? Me moquai-je.
-Oui, j'ai pas eu le choix. Claire voulait que je voie avec toi si tu voulais venir manger un morceau avec nous ce midi ?
-Heu…
-Oui je sais, on s'y prend tard. Je lui ai parlé d'hier soir et elle croit qu'il faut que je fasse les choses dans les règles même si c'est au fur et à mesure. Elle s'en veut d'être à l'origine de tensions dans le groupe.
-Ce n'est pas de sa faute, fis-je remarquer. Elle semble de bon conseil, en tout cas moi ça me tente. Il faut que je voie avec les garçons d'abord.
-Rappelle-moi vite. Faut que j'aille faire des courses…pfff un dimanche…
Je compatis.
-Tu veux que je ramène quelque chose ?
-Non, c'est bon.
Comme si j'allais venir les mains vides !
-Ok, je te rappelle.
La table dressée, j'allais réveiller la troupe. Je commençai par Paul. Je me glissai dans notre lit me collant dans son dos, je lui embrassai le cou tout en l'entourant de mes bras. Il grogna un peu puis émergea tout sourire, se tournant vers moi. Soulagée, je lui rendis son sourire. Je n'aimais pas quand on était fâchés. C'était trop récurrent depuis que Sam était entré dans notre vie. Je voulais la paix. Je lui caressai la joue.
-Tu viens, j'ai préparé le petit-déjeuner.
Il m'enlaça.
-Avant je veux un encas.
Si je n'étais pas partante, il me motiva d'une manière des plus radicales sauf qu'un petit bonhomme débarqua nous coupant en plein élan. Son père soupira, désespéré. Et ce fut pire quand Seth s'incrusta comme si de rien était et plongea dans le lit sous le fou rire de Noah. C'était contagieux, je participai à la liesse.
-Vous êtes sérieux là ! S'écria Paul, dégoûté.
La journée s'annonçait bien. On déjeuna tranquillement, je leur parlai de l'invitation de Quil. Ils étaient emballés !
-Je pourrai me faire une idée, rétorqua Paul.
Je confirmai donc le rendez-vous et ce fut vers midi et quart que l'on débarqua chez lui les mains chargées de deux tartes aux pommes maisons des plus odorantes.
-Fallait pas, dit-il pour la forme mais il bavait déjà dessus.
Je savais qu'il aimait mes tartes aux pommes, elles étaient réputées car j'avais ma botte secrète.
-Entrez.
Nous fîmes la connaissance de Claire. Une jolie jeune fille brune au teint mat comme nous. Elle venait vraisemblablement de la réserve mais je ne la connaissais pas. Elle était mal à l'aise, elle s'était mise sur son trente et un alors qu'on était plutôt relax, tous en bermuda (moi y comprise), polo ou chemise, sans compter les claquettes ou les tongs.
-On est dimanche, il fait beau, on se croirait en vacances, pourquoi s'emmerder…
-Paul surveille ton langage, le repris-je.
-Vous avez raison, abonda-t-elle. Mais je voulais tellement faire bonne impression.
-Le fait que tu supportes Quil nous prouve que tu es quelqu'un d'exceptionnel pas besoin de te casser la tête, se moqua Paul.
Une tape derrière la tête.
-Hey ! Dit-il en me regardant.
-C'est pas moi cette fois.
-Ça t'apprendra ! Le sermonna Quil.
-Allez à table, nous convia Claire.
Tout était parfait. On discutait de tout et de rien, Noah étant là nous ne pouvions aborder le thème qui nous tenait à cœur. Cependant, était-ce si urgent ? En la voyant, je comprenais pourquoi Quil voulait la garder. Elle était aussi douce et calme qu'il était impulsif et nerveux. Et oui, il en était raide dingue, ça se voyait à sa façon de la regarder et c'était réciproque. Ses révélations nous concernant n'avaient pas eu d'incidences sur son amour pour lui. Je remarquai souvent son regard posé sur nous, nous détaillant avec curiosité mais rien de malsain ou de négatif. Elle devait beaucoup s'interroger. J'aurais aimé en parler avec elle.
L'occasion se présenta quand elle alla chercher le dessert, je lui proposai de l'accompagner. En déballant mes tartes, elle me demanda pourquoi elles sentaient si bon.
-Je vais te le dire mais je te fais une faveur.
Elle était toute ouïe.
-Tu rajoutes des tranches d'ananas avant les pommes en les ayant fait caraméliser auparavant avec du sucre de canne et de la cannelle.
-C'est une bonne idée.
-Tu rajoutes encore un peu de cannelle sur les pommes avant de mettre la tarte au four (Nda : c'est la recette de ma sœur, j'espère qu'elle ne va pas me tuer !)
-Comment t'as eu cette idée ?
-Je fais des expériences…
Elle éclata de rire.
-Moi si je fais une expérience, ça tourne toujours mal.
-Pourtant tout était délicieux.
-Oui, parce c'est Quil qui a tout fait.
-Tu plaisantes, il ne sait même pas faire bouillir de l'eau. Il s'incruste toujours chez son père pour manger.
-Ce n'est plus le cas depuis longtemps.
C'était vrai.
-Et comme il ne voulait pas mourir de faim ou intoxiqué, il s'y est mis sérieusement.
-Je ne le connais pas si bien en fin de compte. On a beau faire partie de la même bande au final…
-Je passe mon temps ici et depuis hier je vis ici avec lui, me révéla-t-elle.
-Ah bon ?
-Quand il s'est montré franc avec moi, j'ai franchi le cap.
-Tu n'as pas eu peur de ce qu'il est ?
-J'avais peur qu'il me trompe, voilà ce qui me rongeait. Ses absences inexpliquées et répétés depuis un mois m'avaient mis le doute. J'étais loin du compte en fait. Mais passé le choc initial, je trouve que c'est cool.
-Comment il te l'a dit ?
-Il n'a rien dit, il s'est transformé devant moi.
Je restai bouche bée. Quoique ça lui ressemblait.
-Il est venu chez moi hier matin, il m'a supplié de l'écouter. Supplié…
Elle était troublée.
-Quil est très fier, continua-t-elle. Pourtant, il n'a pas hésité à se mettre à nu.
-Il t'aime beaucoup ça se voit.
-Il savait que je croyais qu'il me trompait et comme j'ai refusé de le laisser entrer, il s'est…il est devenu…enfin, tu sais bien.
J'opinai, en soupirant.
-Il a fait ça en pleine rue, constatai-je.
-Les maisons de la réserve sont éloignées entre elles tu le sais. Je vis avec ma sœur mais elle n'était pas là. J'ai cru d'ailleurs halluciner.
-Mais tu n'es pas partie en courant, c'est déjà pas mal.
-Je n'en menais pas large.
-Vous faites quoi !
Ils s'impatientaient. Nous les rejoignîmes à table. Noah était dehors avec Seth, ils jouaient au foot. Je coupais la tarte quand Paul se pencha vers Quil d'un air de connivence.
-C'est pour quand le mariage ?
-Paul ! M'indignai-je.
-Ce n'est rien Leah. On en parle c'est vrai…
J'en lâchai mon couteau.
-Ah oui ? Dis-je en me rasseyant intéressée.
-Et vous voulez des enfants ? Continua Paul.
Là oui j'étais mortifiée. Je me tournai vers Paul et le dévisageai avec reproche.
-Quoi ? Je m'informe c'est tout.
-En fait c'est déjà concret, nous révéla Quil, les yeux brillants. Mais on préfère garder ça pour nous pour l'instant, rajouta-t-il nous voyant amorcer des gestes de félicitations.
-C'est pas à moi que ça arrivera, se plaignait Paul.
Ils le regardèrent sans comprendre, je le fusillai du regard.
-Ce n'est pas le moment Paul.
-Pourquoi ? Tu vois comme ils sont heureux, on pourrait l'être nous aussi.
-On a déjà Noah.
-Il a besoin d'un frère ou d'une sœur.
-Ça c'est toi qui le dis.
-Pourquoi tu refuses d'en discuter ?
-Heu…on va vous laisser, déclara Quil.
-Non, la discussion est close.
Je me tournai vers eux, laissant Paul ruminer.
-Vous l'avez su quand ?
-Claire me l'a dit hier soir quand elle a posé ses valises. Elle le savait depuis quelques jours mais comme on était en froid…
-C'était pas prévu mais je me suis vite faite à l'idée. C'était comme une évidence sauf que je vivais ça toute seule.
-Je suis désolé.
Il lui prit la main. Sa nouvelle condition aurait pu lui coûter beaucoup, me rendis-je compte. En fait, ça nous jouait à tous des tours. Je les observai tous les deux, leur amour tout neuf était beau à voir.
Paul, dégoûté, quitta la table et sortit à l'extérieur. Il participa au match.
Il était dix-sept heures quand on passa le seuil de la maison. Ils s'installèrent dans le canapé, démarrèrent la console de jeu. Je m'installai non loin, le pc portable en main. J'avais des mails. Mon ancienne collègue me relançait pour le poste qui se libérait. Elle me disait de m'activer sinon j'allais passer à côté. Je lui répondis que j'allais passer demain pour tâter le terrain. C'était de plus en plus enthousiaste à cette idée. Je jetai aussi un œil à nos comptes, ça allait mais si je retravaillais on pourrait épargner et aussi partir en vacances.
Des vacances, ouais ça serait cool.
Je fis un saut sur Twitter. Je soupirai, j'avais vraiment besoin de sortir. Une sortie entre filles, j'entends. Je devrais en parler à Bella et à Claire maintenant qu'elle faisait aussi partie de la bande…
Je me rendis en cuisine, Seth s'y trouvait déjà.
-Va te poser, je vais faire à manger.
Je ne me fis pas prier et me faufilai dans ma chambre pour bouquiner un peu. Vingt minutes plus tard Paul déboula. J'avais déjà oublié notre désaccord chez Quil, il se fit un plaisir de me le rappeler.
-Je ne suis pas prête pour un autre enfant Paul.
-Le temps passe Leah, et tu as entendu le Doc vampire, tu risques de ne plus pouvoir être en capacité d'en avoir si tu persistes à muter.
-C'est pour ça que tu me harcèles !
-Je te connais, tu es têtue, tu vas en faire qu'à ta tête et…
-C'est mon devoir tout comme toi, cela n'a rien d'un caprice !
Il s'assit sur le lit.
-Laisse-moi finir. Tu risques de le regretter plus tard. Regarde comme on est heureux avec Noah, ce bonheur je te le dois, je le sais. C'est toi qui m'as fait ce cadeau et il m'est précieux. Je suis égoïste peut-être mais je veux encore partager ça avec toi.
Et merde…
Je me redressai et m'assis à ses côtés, radoucie. Je fixais le sol.
-Je ne suis pas faite pour avoir des enfants Paul.
-Ne dis pas de bêtises, tu es une mère poule avec Noah.
-Parce que c'est mon fils. Quand je le vois, je te vois toi. Je ne peux que l'adorer, répondis-je comme si c'était une fatalité.
Il passa son bras autour de mon épaule. Il se pencha pour me regarder.
-Regarde-moi Leah.
J'obtempérai et fus déstabilisée par son regard plein d'espoir.
-Je sais ce que tu as en tête, ce dont tu rêves.
-Je ne suis pas sûre.
-Tu es ma femme, je te connais et je t'écoute quand tu me parles même si je ne dis rien. Quand on s'est marié, je savais que tu n'étais pas faite pour rester à la maison. Mais Noah est arrivé et tu as fait des sacrifices. J'aurais dû te dire que j'appréciais tous tes efforts mais tu me connais aussi, je ne suis pas doué pour les confidences et les discussions sérieuses.
Ebahie, je l'écoutais me dire tout ce que j'avais voulu entendre ces trois dernières années.
-Je sais aussi que tu rêves de reprendre ton travail, que ça te manque. Et puis il y a la meute. C'est ce dont tu avais besoin même si ça me fait peur, je sais que tu as trouvé ta place.
-C'est exactement ça, Paul. Tout est parfait pour moi. Je suis heureuse aujourd'hui. Noah grandit, on peut faire plein de choses avec lui. J'ai une piste pour reprendre mon boulot. J'ai de nouveaux liens, grâce à la meute j'ai rencontré Bella et Claire. Et puis il y a toi. On est uni comme aucun couple ne peut l'être. Cette connexion que nous avons quand nous sommes loups est une bénédiction. Je ne veux rien de plus, tu comprends ?
-Je comprends.
Il me sourit d'un sourire triste qui me fendit le cœur. Je me mis à califourchon sur lui, me blottissant contre lui dans son cou.
-Ne m'en veux pas.
J'étais triste à mon tour. Il ne répondit pas. Je reculai pour mieux le voir, je plongeai dans ses yeux noirs et le temps se figea. Il m'étreignit brutalement, me donna un baiser si profond que je perdis pied.
-A table !
Il me relâcha tout aussi vite, haletant. Frustrée, je soutins néanmoins son regard sérieux.
-Promets-moi de m'aimer pour la vie et je me ferai une raison.
-Tu n'as aucun souci à te faire, le rassurai-je.
Le repas se passa tranquillement jusqu'à ce que l'on entende des bruits suspects. Paul se redressa, en alerte.
-On dirait que ça vient de chez Billy, il faut y aller.
Je me redressai déjà, pleine d'adrénaline.
-J'y vais avec Paul, toi tu restes avec Noah, décréta Seth.
-Qu'est-ce qu'il y a ? S'interrogea mon fils.
-Rien mon chéri, tu as fini de manger ?
-Oui.
-Tu peux aller regarder la télé.
Il s'exécuta, Paul approcha.
-Vas-y Leah, je sais que tu veux y aller. Mais fais très attention.
Touchée, j'allais lui répondre quand Seth s'interposa :
-Non, tu ne viens pas. Tu devrais écouter Paul, il a raison de te demander de ne pas muter.
Figés nous l'observions, interdit.
-Ne te mêle pas de ça Seth, intervint Paul. Ça ne te concerne pas.
-C'est ma sœur, sa santé me préoccupe et sa sécurité aussi. Elle reste ici. Ne perdons pas de temps.
Il s'élança déjà dehors. Paul s'énerva. Je le poussai vers la porte.
-Vas-y Paul parce que si j'y vais c'est lui que je vais tuer.
POV MARY-ALICE BRANDON
Hier
Après une nuit sans sommeil, je me levai à cran. Il était à peine sept heures et demie. J'avais espéré toute la nuit un appel de la Police pour me dire qu'il l'avait retrouvé. Je ne comprenais pas ce qui avait pu se produire et tout ce sang, était-ce le sien ? Qui pouvait lui en vouloir ? Qui pouvait l'attaquer dans un cimetière en plein jour à part une personne déséquilibrée ? L'image de Victoria flotta devant mes yeux, je le repoussai. J'avais l'estomac noué, j'étais incapable de manger quoi que ce soit.
Mon portable sonna. Je reconnus le numéro de Cynthia. Elle était en bas. Je lui ouvris par l'interphone et attendis qu'elle monte. J'avais été surprise par son appel hier. Elle voulait s'excuser pour son attitude égoïste et blessante. Elle avait su me convaincre de sa sincérité et je lui avais annoncé l'affreuse nouvelle. Elle avait exprimé le souhait de venir, je ne m'étais pas senti le courage de lui dire non. Je n'avais pas appelé mes parents, ni mes amis. Je manquais de soutien même si les parents de Kate et son frère étaient adorables. Celui-ci m'avait proposé de rester chez lui, le temps d'avoir des nouvelles.
Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, laissant apparaitre ma sœur visiblement choquée par ce qui m'arrivait, tout me parut moins sombre. Je pleurai longuement sur son épaule, enveloppée dans ses bras rassurants. Elle m'avait manquée. Nous passâmes la matinée à discuter, elle fit la connaissance des Sutherland et fit preuve de beaucoup de tact. Vers midi, nous partîmes déjeuner. Elle m'y obligea. Nous restâmes en ville un moment, gardant toujours en main mon téléphone. J'étais vidée, amorphe, comme un zombie. Ma vie était trop belle, j'avais payé pour être trop heureuse. Victoria de nouveau se matérialisa dans ma tête. Devais-je en parler à la Police, Cynthia me confirma que oui. En fin d'après-midi nous étions dans le salon, dans un silence de plomb. Les parents de Jason étaient retournés au cimetière voir leur fille sous la désapprobation de leur fils. J'en profitai qu'il était seul pour lui soumettre mon hypothèse. Comme je m'y attendais il se braqua :
-Non, Victoria est incapable de faire du mal à quelqu'un. Et elle ne connait pas James.
-Elle les a peut-être vus quitter votre appartement et elle les a suivis, supposa Cynthia.
-Oui, et elle a attendu qu'il soit seul pour l'attaquer, continuai-je.
-Pour quelle raison aurait-elle fait ça ?
-Parce qu'elle est dérangée, conclut Cynthia.
-Ma sœur n'est pas folle, elle essaie juste de vivre malgré cette tragédie. Tout comme moi.
Cynthia voulut intervenir, je la retins d'un geste sur l'épaule.
-N'en parlons plus.
Elle était contrariée. Pourquoi donc ?
Elle s'excusa auprès de moi vers vingt heures, elle était fatiguée et allait rejoindre son hôtel. Je n'avais pas envie qu'elle parte mais je ne pouvais l'imposer ici.
-Appelle-moi dès que t'as du nouveau.
-Promis.
Assise dans la cuisine, je buvais un énième café quand mon portable sonna. Je le fis tomber tellement j'avais sursauté. L'agent en ligne m'annonça la nouvelle que j'espérais. Je devais me rendre aux urgences de l'hôpital général mais d'abord je devais venir au Poste procéder à une identification sur les deux suspects arrêtés.
-J'arrive !
Je sautai de ma chaise, pris mon sac-à-main et jetai un œil à Jason qui dormait dans le canapé face à la télé en route. Je préférai le laisser tranquille, je fermai la porte doucement et cherchai un moyen d'aller là-bas. Je n'avais pas de voiture. Je tentai d'appeler Cynthia mais pas de réponse, stressée, je contactai les renseignements pour avoir le numéro d'une compagnie de taxi.
Après quinze minutes d'attente, il arriva.
Assise face au lieutenant de Police, celui-ci me détaillait avec curiosité, m'expliquant comment ils avaient réussi à le retrouver suite à un appel anonyme. Je remerciai mentalement ce bon samaritain et attendis la suite. Sauf que ce qu'il me révéla me plongea en plein marasme.
-Non, vous vous trompez !
Je me relevai, tremblante, vacillante. Il me rattrapa in extremis avant que je ne tombe.
-Je vous laisse une minute.
Je me rassis, cherchant à comprendre. Je croyais qu'elle n'avait plus de contact avec ce Laurent. Il avait tellement été une source de problèmes pour elle, l'embringuant dans les pires combines.
-Qu'a-t-elle dit ?
-Elle refuse de parler. Par contre, lui l'a dénoncée, c'est elle le cerveau de l'affaire. Il l'a aidée pour éponger une dette qu'il avait envers elle.
-Menteur ! C'est un menteur ! Criai-je.
-Calmez-vous ! Je sais que c'est éprouvant.
-Vous ne savez rien, il a ruiné sa vie dès qu'elle l'a rencontrée. Elle est tombée dans la drogue et l'alcool. On a eu du mal à la sortir de là.
Je cherchai désespérément un moyen d'expliquer ce comportement inacceptable.
-Elle était encore avec moi il y a quelques heures.
-Elle vous a manipulé, ni plus ni moins.
Choquée, je restai muette. J'avais envie de vomir.
-Vous devez les identifier.
Silence. Je tentai de ravaler ma bile.
-Mlle Brandon ?
- Ok. Allons-y.
-Suivez-moi.
Debout devant la vitre sans teint, j'attendais, stoïque. Trois femmes entrèrent dont Cynthia qui gesticulait, refusant de se laisser faire. Je la fixai comme si je voyais une étrangère, elle n'avait plus rien de ma sœur. Son visage était dur, rempli d'animosité, marqué par des traces de coups. Quand elle se tourna vers moi, fixant la vitre avec fureur, je tressaillis.
-C'est bien ma sœur celle qui se trouve au milieu, confirmai-je au Lieutenant.
Ce fut au tour de Laurent, sauf qu'il était plus calme. Entouré lui aussi de deux hommes, je me crispai à sa vue et confirmai son identité.
-Merci, ce sera tout pour le moment.
-Je veux la voir.
-Je vous le déconseille.
-Je veux la voir !
Il céda.
-Peut-être qu'elle vous dira quelque chose ou fera un faux pas.
L'idée de l'enfoncer me révulsait malgré tout ce qu'elle m'avait fait. Il m'emmena dans une salle d'interrogatoire. Accompagnée d'un agent de police, je patientai, la pression montait en flèche. Elle entra cette fois sans se faire prier, menottée. Elle se précipita vers moi, j'eus un mouvement de recul.
-C'est un coup montée, il faut que tu me crois.
Elle n'était plus elle-même. Ses yeux brillants semblaient comme fous.
-Dis-moi la vérité.
-Je te le jure. Je n'ai rien à voir avec son enlèvement.
-Pourquoi tu te trouvais là-bas alors ?
-J'ai eu un appel de Laurent me disant d'aller le rejoindre à cette adresse.
-Je croyais que tu ne lui parlais plus.
-Je…en fait il a repris contact avec moi il y a quelque temps mais j'ai refusé de le voir !
-Pourquoi tu y es allée alors quand il t'a appelée ?
-Il avait l'air dépassé, il avait besoin de mon aide. Il était en affaire avec quelqu'un et ça s'est mal passé. Ils se sont battus, il a cru qu'il avait tué le gars.
-En affaire ici ? A Seattle ?
-Il réside ici depuis peu.
Elle avait réponse à tout.
-Quel genre d'affaires ?
-Drogue.
-Avec qui faisait-il affaire ?
-James.
Ma main s'envola malgré moi, la giflant si fort qu'elle manqua de tomber.
-Comment oses-tu ?
-Je te jure…
Rebelote.
Elle tomba cette fois. Le lieutenant à l'écart ne bougea pas le petit doigt pour la ramasser. Elle se démena pour se rasseoir, elle leva la tête vers moi, perdue.
-Je saurai la vérité Cynthia. James, lui, ne me mentira pas. Je t'ai laissé une chance de tout me dire pour que je puisse cesser de te haïr mais tu as échoué lamentablement. Tu ne me feras plus de mal. Plus jamais. Désormais je n'ai plus de sœur. Je suis fille unique.
Elle devint pâle comme la mort. Je la contournai, ignorant ses suppliques et quittai la salle. Je marchai d'un pas décidé cherchant la sortie.
-Mlle Brandon ! Me héla le Lieutenant.
Je continuai mon chemin.
-Faites-en ce que vous voulez, je ne veux plus rien avoir à faire avec elle.
Oo0oO
Il était déjà minuit quand je franchis le seuil de sa chambre d'hôpital. Je me précipitai à son chevet, vérifiant son état général. C'était pire que la fois dernière. Je visionnai les perfs, les machines, le bandage autour de sa tête. J'étais autorisée à rester comme j'étais sa fiancée. Il avait des contusions, une commotion cérébrale, il avait été drogué mais il était en vie et allait guérir. C'était l'essentiel. J'avais hâte qu'il ouvre les yeux. Je pris une chaise non loin et me posa près de lui, la tête près de son bras. Je m'endormis au bout d'un moment.
Je sentis un mouvement dans mes cheveux.
-Toi aussi t'as une impression de déjà-vu ?
Je me réveillai complètement, le cœur papillonnant, me rapprochant de James qui était enfin réveillé. Il était un peu pâle, ses lèvres étaient gercées, des bleus se prononçaient près de son arcade. Ses yeux bleus brillaient d'émotion.
-Viens m'embrasser.
Je n'hésitai pas cette fois.
-Je suis tellement désolée, pleurai-je entre deux baisers.
-Tu n'y es pour rien, bébé.
Tout à nos retrouvailles, nous ne remarquâmes pas la présence d'une personne qui venait d'entrer.
POV VICTORIA SUTHERLAND
Hier vers minuit
Je courais à travers bois comme une folle. Je n'avais pas de voiture et j'étais partie sans prévenir personne malgré les conseils de Jasper. J'avais quand même laissé un message à Edward au cas où il rentrerait avant d'aller travailler. Je ne lui avais pas dit où j'allai, il m'en aurait empêchée. J'avais besoin d'air, de décompresser avant d'aller voir James. Je ne savais même pas ce que j'allais lui dire. Il était déjà minuit quand j'aperçus les lumières de la ville. Je contactai Jasper, il était vers l'hôpital. Il avait suivi Alice.
-Nous devrions attendre demain matin, qu'en penses-tu Jasper ?
-Si tu veux.
-Je vais chez moi, tu viens ?
-Non, je préfère rester ici. J'irai me rafraichir plus tard chez Carlisle.
-D'accord, je te rejoins vers huit heures.
-A moins que tu n'aies besoin de moi ? Se ravisa-t-il.
Il avait perçu mon hésitation.
-Non, ça va merci.
Avant de prendre la direction de chez moi, je partis en chasse. J'étais si assoiffée comme insatiable. La peur de déraper me pris au tripes. J'étais seule. Seule et angoissée…
Chez moi, je tournai en rond. J'avais pris une douche, je m'étais changé. J'avais fait le ménage, tout remis en ordre depuis la dernière visite d'Edward. Il me manquait tellement, j'avais la sensation d'être amputée d'une partie de moi-même. Je m'assis sur le bord de ma table basse, la tête entre les mains, prête à m'arracher les cheveux. J'étais trop sensible à la présence de mes voisins.
-Ça ne sert à rien que je reste ici.
Dix minutes plus tard, je toquai à la vitre de la voiture de jasper.
-Je ne pensais pas te voir si tôt.
-Je ne tenais plus.
Je fis le tour, m'installai à ses côtés. Il me dispensa instantanément des ondes apaisantes.
-Merci. Je te dois beaucoup Jasper.
-Si tu parles de James, tu ne me dois rien. Je ne l'ai pas fait pour toi.
-Je sais, c'est pour cette Alice.
Il n'eut aucune réaction. Je n'insistai pas.
-Ton don est une bénédiction, changeai-je de sujet.
-Oui, je suis content de pouvoir moi-même en bénéficier. Il y a eut un moment où j'ai cru ne pas pouvoir me contrôler.
-Ah oui ? Quand ça ?
-Hier, avec la sœur d'Alice, cette femme est malfaisante.
-Je ne comprends toujours pas pourquoi elle a fait ça à James ?
-Elle le désire, elle veut le garder pour elle.
-C'est insensé, il en aime une autre.
-Exact, elle n'a rien compris. Personne ne peut forcer qui que ce soit à l'aimer.
J'abondais dans son sens.
-Si elle l'aimait vraiment elle n'aurait jamais cherché à gâcher son bonheur, rajoutai-je.
-Ni chercher à lui faire du mal, finit-il. Cette femme n'aime personne. Elle a un problème comportemental lié à son manque de personnalité, elle se laisse facilement influencer.
-Je ne vais pas la juger, je suis moi-même loin d'être un modèle.
Il cessa enfin de fixer le bâtiment, m'observant avec curiosité.
-Je serai curieux de connaitre ton histoire.
-Tu le sauras bien assez tôt.
Maintenant c'était moi qui fixai le bâtiment. Je déviai le regard sur ma gauche, contemplant l'annexe tout en baies vitrées.
-Je peux te demander quelque chose ? Le questionnai-je avec fébrilité.
-Je t'écoute.
-J'aimerais me rendre dans les locaux de mon travail…
Il suivit mon regard.
-Je t'accompagne.
Oo0oO
Invisible, nous passâmes l'accueil sans problème, passant par l'escalier nous fûmes rapidement au premier. Nous longeâmes le couloir, le carrelage marbré était brillant, les murs blanc cassé étaient impeccables, le bureau de mon chef était vide. Il y avait des collaborateurs, je reconnus Chuck et Jennifer. Ils étaient des couche-tard comme moi. Ils pouvaient passer leur vie au boulot vu qu'ils étaient célibataires aussi. Je resserrai involontairement ma main sur celle de Jasper tellement je fus saisie par une soif des plus violente.
-Ne restons pas là Victoria.
Je m'éloignai d'eux, tiré par Jasper. Je retrouvai nos labos d'analyses, j'y avais passé tant de temps, elles étaient presque toutes vides. Il était encore tôt. Certaines machines bipaient. Je reprenais contenance.
J'aimais la clarté de cet endroit. Tout était visible, même les portes étaient en verre.
-J'imaginais ton lieu de travail plus lugubre, me fit remarquer Jasper.
-Je sais, c'est la réaction de tout le monde. Travailler au côté des morts inspire une atmosphère sombre où ne peut régner la joie.
-Oui, c'est ça.
-Tu as tord comme les autres. Côtoyer la mort est naturelle, nous le faisons tous. Certains plus que d'autre comme moi. La mort n'est qu'une étape de la vie qui doit se faire de manière naturelle et non de façon criminelle. Mon travail est de faire en sorte que les morts partent en ayant obtenu justice.
Je sentais son regard pesant même si il était invisible.
-Nous y sommes.
Nous étions débout face à une porte coulissante opaque. Au dessus de cette porte trônait une plaque avec une inscription latine.
-Où sommes-nous ?
-C'est la morgue, mon espace de prédilection.
-Je…
-Entre, ce n'est pas si horrible.
-Non, vraiment. Ça ne me tente pas. Je vais me planquer à côté, je te fais confiance pour être raisonnable avec ces pauvres défunts.
J'esquissai un sourire. Il me lâcha et s'éclipsa. Je pénétrai dans la salle…
Oo0oO
Vers huit heures et quart, nous franchîmes les couloirs du service traumato. Jasper était d'une aide précieuse face à l'agitation de ma gorge.
-Edward a essayé de m'appeler, m'informa-t-il. Je n'ai pas répondu.
-Tu as bien fait. Réglons cette histoire et ensuite je l'appellerai.
Je reconnaissais certains visages mais je n'étais pas prête à les affronter. Difficile d'être ici dans un endroit si rempli de monde, de gens blessés, de sang. Jasper se démenait pour m'apaiser. J'avais l'impression de broyer sa main. On approchait…
Devant la porte, il hésita.
-Je t'attends ici.
-Je ne pourrais pas sans toi.
Je le tirai, il n'eut pas le dessus. Le spectacle d'Alice dans les bras de James était émouvant pour moi, pénible pour Jasper qui arracha sa main de la mienne pour s'en aller, se rendant brusquement visible.
POV EMBRY CALL
Nous nous baladions tranquillement Sylvia et moi dans le jardin de Carlisle qui ressemblait plus à un parc. Il y avait des bancs, une fontaine, de l'herbe, des allées.
-C'est très jolie, dit-elle, fixant l'horizon.
J'acquiesçai, soudain mélancolique. J'aurais eu envie de marcher près d'elle.
-Mais pas autant que toi, rajoutai-je.
Elle tressaillit, se renferma.
-J'entends ça souvent. Mais ça n'a plus de sens pour moi.
-Pourquoi ?
-La beauté c'est très subjectif.
-Oui c'est vrai mais c'est quand même réel.
Elle prit place sur le banc le plus proche. Je lui fis face, elle se pencha vers moi.
-Alors dis-moi pourquoi je me fais toujours doubler par des gamines de vingt ans ?
-Explique.
-Le père de Sarah, il m'a quitté pour sa secrétaire de vingt-deux ans.
-C'était quand ?
-Il y a sept ans. Ensuite j'ai rencontré quelqu'un, et j'y ai cru pendant un an jusqu'à ce que je le surprenne au lit avec une fille à peine majeure. Tu trouves ça normal ? Je me suis posée beaucoup de questions. Je me suis même incriminée. Depuis, je ne me suis plus engagée avec personne. Je fais des rencontres sans lendemain. C'est tout aussi bien. Tu ne crois pas ?
-C'est dommage d'en arriver là.
Mais je la comprenais. Faire confiance c'était difficile.
-Je le sais. J'ai quarante ans, je suis divorcée avec une adolescente que je n'ai pas su protéger. Ma vie est…
Elle s'arrêta, comme si elle réalisait quelque chose.
-Je ne devrais pas me plaindre, ce n'est pas dans mes habitudes.
-Tu as le droit de te plaindre. Tu vis des choses difficiles avec Sarah.
-Ce n'est pas insurmontable. Toi, tu es en fauteuil, tu as toutes les raisons de te plaindre.
-Ça ne va pas durer, n'est-ce pas ce que tu m'as dit ?
Elle me sourit à peine mais cela suffit à mon bonheur tant ses traits s'étaient adoucis.
-C'est vrai mais je sais que tu as d'autres souffrances en toi, des peines profondes qui te rendent méfiant. Nous nous ressemblons.
Était-ce pour cela que je recherchais autant sa présence ? Je n'eus pas le temps d'approfondir, contrarié.
-C'est pas vrai !
-Qu'y-a-t-il ?
-Ma mère, soupirai-je. Elle est là.
-Comment tu le sais ?
-J'ai une ouïe très fine.
Elle se tourna vers notre point de départ, il y avait bien quelqu'un avec Carlisle. Il m'appela.
-En effet je constate. Bon, je te laisse alors, dit-elle avec un regret évident.
-Ce n'est que l'affaire d'une minute, ne va pas trop loin.
-D'accord, répondit-elle promptement.
Elle me caressa la joue.
-Tu fais de la magie noire je parie ?
-Allons donc, pourquoi tu me dis un truc pareil ?
-Pourquoi je n'arrive jamais à te dire non alors ?
J'aurais aimé faire un trait d'humour mais son air si sérieux me troubla. Je plongeai dans ses yeux, captivé.
-Embry ?
Je réalisai que ma mère était à côté de nous. Sylvia se redressa, lissant sa robe et tendit sa main vers elle dans un sourire maladroit qui m'aurait amusé si ma mère ne l'avait pas mal interprété.
-Bonjour.
-Bonjour Madame, se contenta-t-elle de répondre, ignorant la main de Sylvia et se tourna vers moi.
Sylvia baissa son bras recouvrant un air neutre. Elle amorçait déjà son départ, je tentai de bouger mon bras qui réagit bien mieux qu'il y a une demi-heure. Je parvins à attraper sa main. Elle se rapprocha, m'interrogeant du regard.
-Maman voilà Sylvia.
Cela voulait tout dire. Elles se toisèrent. C'était pire.
-Attends-moi dans la salle d'examen, j'arrive.
Elle s'éloigna tranquillement. J'étais à nouveau mal.
-Billy m'a dit ce qui s'était passé hier soir.
-Ça va maman, m'agaçai-je.
Elle me contourna pour être dans mon champ de vision. Elle semblait avoir vieilli de dix ans.
-Ne t'inquiètes pas, la rassurai-je, plus conciliant. Jacob s'occupe bien de moi tout comme le docteur vampire.
-Le Dr Cullen est très gentil, il m'a expliqué ce qu'ils avaient dû faire.
Elle s'assit, complètement retournée.
-Je retrouve des sensations, bientôt cela ne sera plus qu'un mauvais souvenir.
-J'en suis heureuse. Tu veux que je te ramène à la maison ?
La maison signifiait « sa maison » en fait. Elle ne s'était toujours pas remise de mon départ précipité à dix-huit ans. Je m'agaçai de nouveau.
-Non.
-Ton grand-père serait rassuré de t'avoir avec nous.
-Tu dépasses les bornes ! Criai-je.
Elle sursauta, prise en faute. Elle savait que je l'adorais, elle s'en servait.
-Je veux que tu t'en ailles.
-Mais pourquoi ?
-Dis-moi les choses franchement au lieu d'utiliser des excuses. J'en ai marre que tu te serves de lui pour avoir ce que tu souhaites.
-Oui, c'est vrai, admit-elle, mais si je fais ça c'est parce que c'est le seul moyen pour que tu viennes à la maison. Je ne te vois pas sinon. Tu refuses toute discussion avec moi, tu me rejettes sans arrêt.
Je voulais me détourner mais l'émotion m'empêcha de manœuvrer.
-Tu as décrété que je ne méritais pas ton amour, continua-t-elle. Ce n'est pas juste, tu es mon seul enfant, mon fils unique et tu me reproche une chose dont je ne suis pas responsable.
-Ce n'est pas le moment de parler de ça.
-Je le sais, mais me laisses-tu le choix ?
-Que veux-tu dire ?
-Tu as plus d'affection pour cette femme que tu connais depuis quoi ? Cinq minutes ? Et moi ta mère, je suis persona non grata. C'est trop. Ça fait trop pour une mère.
J'encaissai, pourtant j'étais au plus mal. Et dans mon corps ça bouillonnait.
-Elle n'est pas quelqu'un de fréquentable.
-Qu'en sais-tu ?
-C'est une femme volage. Ça se sait.
-Je m'en fiche ! Qui es-tu pour la juger !
-Je suis ta mère, ça m'en donne le droit.
-Ça ne te donne aucun droit ! M'emportai-je. Ce qu'elle a fait la regarde et ce n'est certainement pas moi qui le lui reprocherait vu la vie que je mène.
-Ce n'est pas pareil, tu es un homme…
-Ça suffit ! Ne t'enfonce pas !
Elle se tut. Je tentai de me calmer, alarmé par les sensations de mon corps en fusion.
-Je ne suis pas ton ennemie, dit-elle après une minute ou deux. Je n'ai pas fermé l'œil, te sachant si mal en point. Il m'a fallu du courage pour venir sachant ta réaction alors qu'accourir à ton chevet aurait été normal. Je me sens presque coupable de t'aimer.
Je l'écoutai encore. Pourquoi maintenant ? Pourquoi fallait-il que ça pète maintenant ? Je n'étais pas préparé à ça. Mon mal de crâne amorçait son retour.
-Arrête maman !
-Non ! Je veux que tu viennes à la maison, je vais m'occuper de toi.
-Tu travailles, ce n'est pas réaliste et de toute façon je ne veux pas de ton aide.
-Tu ne peux pas rester ici.
-Je sais, je vais rentrer chez moi.
-Tu ne peux pas rester seul. Sois raisonnable, laisse-moi t'aider !
Elle me prit le visage entre ses mains, je les repoussai avec mon avant-bras d'un seul coup sec, dégageant mon visage de son emprise. Etonné par la précision de mes mouvements, je ne vis pas toute suite les larmes de ma mère. Elle se leva.
-Prends soin de toi.
Elle était déjà loin. Je fermai les yeux, je ne devais pas me laisser attendrir. Mais c'était trop tard, elle avait rouvert de vieilles blessures. Les yeux brillants, je luttai contre le chagrin. Je sentais la présence de Sylvia et du Dr C. Mais aucun d'eux ne vinrent à ma rencontre. Je leur en su gré. Après quelques minutes je les rejoignis à l'intérieur. J'étais fatigué.
-Venez vous reposer, me proposa-t-il. Après nous pourrons faire quelques exercices étant donné les progrès fulgurants que vous avez faits.
-Ça chauffe dans mon corps, je ne sais pas ce qui se passe.
-Votre organisme se répare plus vite que nous le pensions. Les connexions se font correctement.
Il était soulagé, sans aucun doute.
-Je vous remercie d'avoir convaincu Jake de le faire, sinon je serai encore cloué sur cette table.
-C'était une décision difficile, nous l'avons pris en commun. En tout cas, les choses rentrent dans l'ordre. Déjeunez et ensuite reposez-vous un peu, me conseilla-t-il en me montrant un coin de la pièce, c'est nécessaire.
Il avait rajouté un lit dans la pièce. Je ne fus même pas surpris. Cependant j'étais réticent.
-Je préférerai rentrer chez moi.
-C'est encore un peu tôt.
-Ne le prenez pas mal mais ici je ne suis pas à ma place.
-Pourquoi dis-tu ça ? Demanda Sylvia, perplexe.
-Je préfère ne pas t'expliquer.
Elle nous regarda de travers mais ne releva pas.
-J'ai une solution, si le Dr Cullen veut bien te prêter son fauteuil.
-Laquelle ?
-Viens chez moi. C'est bien adapté, ma sœur elle-même est en fauteuil.
-Je suis désolé…
-Un accident de la route.
Elle leva la main, elle ne voulait pas s'étendre.
-Il a besoin de rééducation, s'opposa le Dr C.
-Je pourrais la lui faire, montrez-moi comment procéder, lui proposa-t-elle.
Il resta sans voix, elle était vraiment pleine de surprises. Elle affichait un air sûr et déterminé qui me convainquit. Ça éviterait qu'on vienne me harceler chez moi et ce serait moins déprimant.
-Moi je suis partant.
-Embry…
-S'il vous plait, insistai-je.
-Bien. Mais c'est moi qui viendrais vous faire la rééducation.
-Nous sommes d'accord, conclut Sylvia, je vais faire quelques courses le temps que tu te reposes, je reviens en fin de mâtinée te récupérer.
-En fin d'après-midi, corrigea le docteur C.
Elle soupira, me jeta un coup d'œil, j'approuvai. Elle s'éclipsa.
-Je ne voulais pas le dire devant elle, reprit le docteur C. mais vous n'avez pas pensé à tous les problèmes techniques que ça impose.
-Comme quoi ?
-La douche, les sanitaires…
J'étais refroidi.
-Je me débrouillerai.
-Testons tout de suite, j'ai installé des barres de soutien.
A quel moment ?
-Si vous parvenez à vous mouvoir seul, je vous laisse partir.
Oo0oO
Assis dans la voiture de Sylvia, je repensais à mes galères pour obtenir l'autorisation de Carlisle. Je n'avais pas cédé, j'avais persisté, j'avais eu gain de cause sur mon corps. Cette petite victoire me remplissait d'espoir. Le trou noir était gris maintenant.
J'avais beaucoup dormi, mangé et fait pas mal d'exercice. J'avais une dette envers le docteur C. et envers Jake aussi, il faudrait que je trouve un moyen de la payer.
-Je voudrais voir Jake, on peut faire un détour vers son cabinet ?
-Si tu veux.
Une fois sur place, je détaillai avec curiosité le bâtiment. Je n'étais jamais venu. Sylvia défit sa ceinture.
-Qu'est-ce que tu fais ?
-Je vais lui parler, j'arrive.
Elle était déjà dehors avant même que je réplique. Je fus plein d'appréhension jusqu'à ce qu'elle revienne, toujours aussi imperturbable.
-Alors ?
-Il est ravi que tu restes chez moi et passera te voir demain.
-Comment tu as réussi ce tour de force ?
J'étais saisi par son audace. Je savais bien que Jake n'approuverait aucunement mon départ de la villa. Elle esquissa un sourire.
-Je ne vais pas te révéler tous mes secrets.
Elle démarra, j'aperçus Jake, debout devant la porte me fixant à travers la vitre. Je lui fis signe. Il resta de marbre.
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Assis dans la cabine de douche, j'appréciai le jet brulant. Sylvia avait laissé la porte ouverte et passait devant sans arrêt. Elle préparait une chambre pour moi, la seule qui se trouvait au rez-de-chaussée. Tout était beau chez elle, oui, tout était nickel comme elle. Cette maison lui ressemblait. J'étais content de pouvoir me débrouiller seul. Je saisis la serviette de bain accroché non loin et me séchai tranquillement. Elle avait disposé des habits, les miens, près du radiateur. Elle était passée chez moi prendre des affaires. Elle avait toujours les clefs, voilà pourquoi elle était partie à ma recherche hier soir au lieu de rentrer chez elle. Elle ne l'avait pas exprimé clairement mais elle se sentait responsable de ce qui m'était arrivé. Je lui avais répondu :
-Rien n'est dû au hasard. Ce qui s'est produit devait se produire, il n'y a rien de plus à en dire.
Je m'habillai (pff… quelle galère !) d'un seul bas de pyjama. Je sortis de la salle de bain et la retrouvai dans la chambre. Elle m'avait entendu arriver, le bruit de fauteuil n'était pas discret, elle rangea un truc dans la commode.
-Tu as faim ?
J'opinai.
-Allons préparer le diner.
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Face à face, nous terminions de diner, elle se servit un verre de vin. J'étais abonné à l'eau pour l'instant. Elle était ailleurs.
-Tu es préoccupée ?
-Sarah, elle m'a appelée ce matin. Il faut que je l'emmène voir notre avocat demain après-midi.
-Pourquoi ?
-Il a des points à revoir avec elle pour son témoignage à ce fichu procès. Si ça ne tenait qu'à moi, il n'y aurait pas de procès, je le castrerais et je le laisserais se faire dévorer par les loups en pleine forêt.
Elle posa sur moi des yeux durcis. Je m'imprégnai de sa colère.
-Je serai ravi de te rendre ce service.
Elle posa son verre, soupira soudain lasse. Il y eut un long silence.
-C'était gentil de m'avoir défendue contre ta mère, changea-t-elle de sujet.
-Comment tu le sais ?
-Le Dr Cullen me l'a dit, il a une ouïe très fine lui aussi.
Elle s'interrogeait sur lui c'était évident mais j'étais trop contrarié pour m'en soucier. Elle le remarqua. Elle rajouta :
-J'étais mal de t'avoir mis en porte-à-faux avec elle, il a voulu me rassurer. Il est gentil.
Elle s'était radoucit en parlant de lui.
-Je le sais. Je lui dois beaucoup, répondis-je, moins contrarié.
-Il n'est pas désobligeant comme cette gamine écervelée.
-Qui Bella ?
Elle me scruta soudainement avec intensité.
-Quelle est la nature de votre relation ?
-Pourquoi tu me demandes ça ?
J'étais gêné.
-Elle te protège comme son bien.
-Elle est comme ça avec ses amis. Elle a de l'affection fraternelle pour moi rien d'autre.
-Cela te contrarie on dirait.
-Je…
Silence
-Intéressant.
-Tu te méprends, elle sort avec mon meilleur pote, Jake.
-Quoi le Dr Black ?
-Oui, lui-même. Ça te surprend ?
-Un peu, il est marié.
-Ce n'est plus le cas.
-Première nouvelle. Ça va déclencher un raz de marée.
Je ne voyais pas l'intérêt de répondre.
-J'ai tenté ma chance à une époque, me confia-t-elle.
-Pourquoi ça ne me surprend pas, m'agaçai-je trop vivement.
-C'était peine perdue, continua-t-elle en m'ignorant, il ne me voyait même pas. Un peu comme mon ex-mari.
J'attendis ses explications, trop intéressé.
-Il ne m'a jamais aimée, j'ai fini par l'admettre. Il m'exhibait comme un trophée au début. J'étais l'intouchable Sylvia, j'avais une autre réputation à l'époque. Je rejetais tous les prétendants, les uns après les autres. Jusqu'à ce que je tombe sur lui. Je suis tombée amoureuse tout de suite et j'ai cédé trop vite, aveuglée par ma passion pour lui. On s'est marié un an après, j'avais vingt-et-un ans. Sarah est arrivée un an plus tard. Et c'est là qu'on commencé ses déplacements à rallonge…
-Je ne comprends pas ce type de gars. Pourquoi s'engager si c'est pour ensuite se décharger de toute responsabilité envers sa famille ?
Cela me renvoyait vers ma propre histoire, ma propre famille. Je tentai de ne pas y penser.
-Oui, j'aimerais bien le savoir. Au fil du temps, je me suis rendue compte qu'il ne m'avait jamais regardée comme une femme souhaite être regardée. Il ne m'a jamais regardée comme toi tu me regardes. Ni personne après lui, d'ailleurs.
Elle laissa entrevoir un léger trouble, qu'elle tenta de camoufler. Elle n'était pas la seule.
-Je te regarde comment ?
-Tu me regardes vraiment.
Elle se leva, débarrassa, mettant tout dans son lave-vaisselle. Je réfléchissais à ses paroles qui faisaient comme un écho en moi.
-Je monte me changer, m'annonça-t-elle.
-Où est mon portable ?
-Dans la chambre, sur le bureau, dit-elle tandis qu'elle s'éloignait déjà.
Je le trouvai en charge. Je le débranchai, lus les messages laissés par des collègues, me souhaitant un bon rétablissement ou me reprochant d'avoir trop tiré sur la corde. Qu'est-ce que Jake avait bien pu leur dire ? Il y en avait un de Bella, je l'ignorai. J'écoutai les messages sur mon répondeur. Il y en avait un de mon grand-père. Sa voix fatiguée me fila le cafard, il voulait me voir dès que je serai sur pied. Je me promis d'y aller. Je repartis vers le séjour, traversant le long couloir. Je me figeai face à l'escalier. Sylvia s'y tenait, légèrement vêtue d'un négligé orangé vaporeux.
Je tendis mon bras vers elle.
-Viens voir par ici.
Elle secoua la tête.
-Non. Si tu veux tout ce que tu vois…
Elle remontait doucement, tournoyant lentement sur elle-même.
-…il faudra venir le chercher.
Elle me mettait au supplice. Elle arriva sur la dernière marche et s'éloigna, disparaissant de ma vue. Je pris appui sur la rampe et m'extirpai du fauteuil non sans mal. J'avais une montée d'adrénaline à l'idée de la rejoindre dans son lit. Mes jambes étaient en coton, soutenant difficilement mon poids. Je jaugeai les nombre de marches, ce n'était pas insurmontable. J'entamai mon ascension, déterminé et me vautrai. Je recommençai et me vautrai encore. Chaque chute me coutait physiquement et fragilisait mon amour-propre. Le temps s'éternisait, je m'accrochai, il était impossible que je renonce. La dernière marche atteinte, je balayai le couloir à la recherche de sa chambre, une porte était ouverte. Appuyé contre le mur, je piétinai, m'affalai de tout mon long. La honte. Je rampai, incapable de me relever. Affaibli mais sans pitié, je continuai à ramper. Je me servis de la porte et du chambranle pour me relever. Elle était assise sur le rebord du lit, les jambes croisées, elle n'en avait pas perdu une miette.
-Je suis là, dis-je simplement.
Elle s'allongea, dans l'attente. Son cœur battait aussi fort que le mien. Les derniers pas vers elle furent les plus faciles. Je me hissai sur son lit auprès d'elle, un bonheur sans précédent m'envahit. Sa seule présence m'apaisait. Elle se mit sur le côté pour être face à moi, plongeant ses yeux magnifiques dans les miens. Elle était admirative. Elle enroula ses bras autour de mon cou. J'exhalai un long soupir, épuisé. Elle le comprit, ne s'en offusqua pas. Je l'enveloppai de mes bras, posai mon front contre le sien, fermai les yeux, heureux d'avoir trouvé la paix qui me faisait défaut depuis tant d'années.
Réponse de bry : c'est bon je te pardonne. La mienne sera toujours la meilleure ;-)
