Cela faisait plus de trois semaines que SungYeol avait perdu son téléphone. Trois semaines qu'il avait cessé de s'alimenter lorsqu'il avait senti son cœur se briser quand le téléphone est tombé dans l'eau. Sa main était bandée et ne semblait pas vouloir se soigner de ses brûlures. Le fait qu'il ne mangeait plus n'allait pas en sa faveur.
Alors pour tenter d'oublier sa peine, il se plongeait corps et âme dans ses révisions pour l'examen. Mais ne pas recevoir de messages de MyungSoo le tuait. Ne pas le voir était déjà difficile, mais là, c'était le coup de grâce.
Il lui avait dit qu'il partirait au Japon avec sa classe. Il semblait tout ravi à l'idée de découvrir cette île. Cela le faisait sourire. MyungSoo lui avait promis de lui envoyer des messages même si sa mère ne serait pas contente lorsqu'elle recevra sa facture de téléphone, mais il s'en fichait bien pas mal. Un message et sa journée était illuminée. Maintenant, autour de lui, tout lui paraissait sombre et il n'avait plus envie de rien. Sauf de le voir. Et ça, il en mourrait d'envie.
Alors il tentait comme il pouvait de combler le vide laissé par MyungSoo. Mais même en allant à l'école, il ne faisait que s'agrandir. Pourquoi ? A cause de tous ces couples qui peuvent s'embrasser, se tenir la main, ou même juste être ensemble et qui ne s'en privent pas. C'est comme si le destin se jouait de lui.
Et ça, ça lui faisait mal.
Chaque soir, en rentrant chez lui, il allait s'enfermer dans sa chambre et il travaillait. Et chaque soir, il s'endormait sur ses livres. Et le lendemain, il se réveillait avec des formules ou des définitions imprimées sur la joue. Il ne parle presque plus. Après tout, à quoi bon parler alors que personne ne peut comprendre ce qu'il ressent ? Et quand bien même, qu'exprimeraient les regards des autres ? De la pitié ? C'est bien la dernière chose dont il a besoin. Même si c'est déjà la façon dont les gens le regardent. Les professeurs lui demandent sans cesse ce qui ne va pas. Et en toute honnêteté, il ne se voit pas leur dire que c'est parce qu'il est séparé de son petit ami. Oui. Un Mec.
En plus d'attirer la pitié, il attirerait le dégoût dans ce pays où l'homophobie est très mal vue. Alors c'était vraiment une option à oublier. De toute façon, à part faire revenir MyungSoo du Japon et lui annoncer que ce dernier allait vivre avec lui à Séoul, il ne voyait pas ce qui pourrait le rendre heureux à nouveau.
Et maintenant que ses examens étaient imminents, il souhaitait plus que tout au monde que ses pensées noires se fassent la malle et qu'il puisse enfin se concentrer sur autre chose que le visage de MyungSoo impliqué dans un accident au Japon ou le rêve toujours aussi récurrent de MyungSoo et de cette fille enceinte dont il ne voyait plus le visage cette fois-ci. Il vivait déjà un cauchemar le jour, et ses nuits étaient fournies en cauchemars aussi.
Quand aura-t'il la paix ?
Certainement pas ce soir là.
C'était la veille du début des examens de SungYeol. Il bossait énormément. Comme à son habitude, EunJi passait sa tête par la porte et lui demandait d'une toute petite voix s'il voulait venir manger. Et comme chaque soir, SungYeol refusait, prétextant avoir énormément de travail.
EunJi partit, triste, il le savait mais il ne pouvait rien y faire. C'est comme si son estomac était devenu inexistant. La sensation de faim avait disparu depuis bien longtemps et il se sentait de plus en plus fatigué.
Ce soir-là comme tous les soirs, il observa la photo de MyungSoo et lui prise le jour de son anniversaire et celle prise par la grand-mère. Il laissa ses doigts caresser l'espace de la photo où MyungSoo était et sentit une larme couler le long de sa joue. Alors qu'il l'essuyait, une deuxième vint la remplacer, et cela dura pendant une dizaine de minutes jusqu'à ce qu'il se décide de se lever de son bureau et de marcher un peu pour regarder par la fenêtre. Le soleil brillait encore un peu, ce qu'il interprétait comme une énième moquerie du ciel. Pourquoi faisait-il si beau alors que tout était triste en lui ?
Pourquoi était-il gelé alors qu'ils étaient à présent en été ? Toutes ces questions n'avaient pas de réponses et, à vrai dire, il n'en attendait pas non plus. Parce que ces réponses ne lui apporteraient rien de plus que ce qu'il sait déjà. Donc ils étaient une perte de temps.
Quelqu'un frappa à la porte et alors qu'il criait encore une fois qu'il n'avait pas faim, la porte s'ouvrit et Soo Yeol fit son apparition dans l'encadrement de la pièce. Sans que personne ne lui donne la permission, il entra et déposa ses mains sur les épaules de son fils après l'avoir bien observé.
- Il est temps que nous ayons une discussion. Ca a assez duré, SungYeol.
- Papa, je …
- Non, écoute-moi. Quand on est revenu de vacances, tu n'étais plus le même. Tu n'étais plus que l'ombre de toi-même. Il t'a fallu un weekend et des messages pour que tu redeviennes toi-même. Et maintenant, tu redeviens cet autre dont nous ne voulons pas, tu comprends ?
SungYeol fixait son père sans ciller et Soo Yeol n'obtint pas la moindre réponse.
- S'il te plait, j'aimerai revoir mon fils. Qui que tu sois, rends-le moi, je t'en supplie.
- Papa, c'est moi, SungYeol.
- Tu n'es pas SungYeol. Mon SungYeol était vivant, toujours à sourire et à sauter partout, à rendre le monde plus beau autour de lui grâce à sa bonne humeur. Mon SungYeol aimait la nourriture de sa mère plus que tout au monde et jamais, au grand jamais il n'aurait refusé de manger. Mon SungYeol était un peu feignant quand il devait faire ses devoirs et traînaient des pieds pour les faire. Mais plus que tout, Mon SungYeol, c'était mon fils. La prunelle de mes yeux. Mon monde. Le petit garçon qui me suivait à chaque fois que j'allais dans l'atelier mais dès que l'heure de manger approchait, il était toujours fourré dans les jupons de sa mère. Et Mon SungYeol, c'était ce jeune homme très grand, très maladroit, très timide et très généreux. Il n'hésite pas à se mettre aux enchères pour aider une vieille dame et ses amis et quand il avait cinq ans, il est tombé d'un arbre après avoir été chercher un chat d'une voisine qu'il appréciait énormément. Mon fils est aussi un grand romantique qui regardait des films à l'eau de rose un moment avec sa mère avant de regarder un film d'action avec moi. C'est lui mon fils.
Le regard de Soo Yeol n'avait jamais quitté celui de son fils. Ses yeux brillaient de tristesse. Il était blessé, très profondément blessé. Un court silence vint s'intercaler entre eux deux. SungYeol le rompit.
- Qui suis-je alors ?
- Toi ? Tu es froid, squelettique et déprimé. Et pire que tout, tu es égoïste. Sais-tu ce que ta mère vit à cause de toi ? Sais-tu quelles répercutions cela à sur le bébé ? Non ? Laisse-moi te le dire alors. Ta mère pleure des heures tous les soirs. Elle est perdue, blessée et elle cherche ce qu'elle a bien pu faire de mal pour que son fils la rejette si méchamment à chacune de ses tentatives d'approche. Et elle se rend malheureuse. Parce qu'elle t'aime et qu'elle cherche tous les moyens possibles et imaginables pour te sortir de l'état dans lequel tu es. Et sans pouvoir t'approcher, c'est très difficile pour elle de t'aider alors qu'elle ne demande que ça. Et le bébé va en pâtir, sérieusement, à cause de ton égoïsme.
- Egoïsme ? Je ne la pousse pas à faire ça pour moi !
- C'est ta mère ! Tu t'attendais vraiment à ce qu'elle reste là, les bras croisés ? C'est très mal la connaître !
Le regard de SungYeol et de Soo Yeol lançait des éclairs. L'ambiance était tendue.
- Et si, au lieu de te rendre malheureux comme ça, tu tentais juste … D'oublier MyungSoo ? Proposa le père, en se massant la tempe.
Le fils ouvrit grand la bouche, un air choqué gravé sur le visage.
- JAMAIS DE LA VIE. C'EST LUI ET PERSONNE D'AUTRE, TU M'ENTENDS ? QUE CA TE PLAISE OU NON !
- C'était une suggestion…
- Tu pouvais te la garder. Il est HORS DE QUESTION que je tente de remplacer MyungSoo. Est-ce que tu as voulu remplacer maman une seule fois dans ta vie ? Non ? Bah c'est pareil pour moi. Il m'aime, je l'aime et je ne laisserai pas une quelconque insinuation douteuse de ta part me voler ça !
SungYeol n'en revenait pas de ce que son père lui avait proposé. Oublier MyungSoo ? Il savait ça complètement impossible. Le jeune homme s'était frayé un chemin jusqu'à son cœur à l'instant même où il a posé les yeux sur lui après avoir été assommé par MyungSoo. Et en apprenant à le connaître, son amour pour lui n'a cessé de grandir et maintenant, SungYeol est convaincu qu'il pourrait déplacer des montagnes pour lui.
L'oublier n'a jamais été, n'est pas et ne sera jamais à l'ordre du jour. Que ça lui plaise ou non. Il était furieux.
Les yeux du père changèrent et soudain, il put y lire de la surprise, et de la tristesse.
- Tu saignes.
SungYeol haussa les sourcils. Il plaça sa main au niveau de son nez et il sentit quelque chose de liquide se déposer sur son doigt. En effet… Du sang.
- Ce n'est rien. Maintenant, sors de ma chambre !
- Très bien …
Le père se dirigea vers la porte et avant de sortir complètement, il dit à son fils :
- Si tu retrouves mon SungYeol, tu peux lui dire qu'il nous manque ? Parce que tu n'es évidemment pas mon fils.
Les paroles de Soo Yeol firent tellement mal à SungYeol qu'il passa la nuit à pleurer tout son soûl.
Quelques heures passèrent et l'ambiance à sa maison était glaciale.
Ce matin là ne fit pas exception. SungYeol se réveilla avec un atroce mal de crâne. Mais il devait se comporter comme si de rien n'était. Quand il se redressa, il vit du sang sur son oreiller. Apparemment, son saignement ne s'était pas calmé. Il se rendit sous la douche et se pressa pour préparer ses affaires et partir vers son lycée car aujourd'hui était un jour spécial. C'était le dernier jour des examens.
Il était stressé et ça n'allait pas en s'arrangeant. Il était sans cesse épuisé et sur le trajet, il ne cessa de s'arrêter à tel point qu'il pensait être en retard pour le début de l'examen. Il courut et arriva à temps. Il prit place dans la salle et les sujets furent distribués. Le silence envahit la salle.
Une demi-heure plus tard, le seul bruit qu'on pouvait entendre était celui des crayons sur le papier ou encore les tics-tacs de l'horloge. SungYeol tentait de se concentrer du mieux qu'il pouvait, mais sans succès. Sa tête lui faisait un mal de chien et le bruit de l'horloge lui paraissait insoutenable. Ses mains tremblaient toutes seules et il se sentait pas bien. Il se força à tenir son crayon et à répondre à au moins une question. Sa vue devenait floue par moment. Sa tête tournait et il passa sa main sous son nez. Du sang. Encore et encore. Il entendit une voix près de lui, tenta de la regarder mais vit tout trouble. Son cœur battait à cent à l'heure et il avait la chair de poule.
Il tenta de se lever pour demander à sortir, mais ses jambes le lâchèrent et le néant l'accueillit à bras ouverts….
Bonsoir ^^
Deux chapitres en deux jours ^^
Pourquoi ? J'avais envie ^^ et vos commentaires me font très plaisir, alors c'est aussi ma façon à moi de vous remercier ^^
Et j'ai encore ... 1 ou 2 chapitres d'avance sur celui-là [frénésie d'écriture, ça m'arrive de temps en temps ^^]
Je m'excuse si la fiction devient angst, c'est l'idée que j'avais en tête. Un amour trop simple à obtenir est bien trop facile à briser de mon point de vue.
J'espère ne pas perdre de lecteurs pour ça.
Le prochain chapitre n'est pas la fin de la fic. Vous devrez encore me supporter un peu :)
A demain surement pour la suite ?
Bisouxxxxxxxx
Myinahla
