La disparition de Leandra était pour le moins intrigante. Elle aurait été inquiétante si Lily était tombée sur un Harry surpris ; or, ni lui, ni le professeur Williams ne semblaient penser qu'il y avait lieu de s'inquiéter. A l'évidence, tous deux savaient où était la magnifique blonde. Mais quand même, c'était le deuxième jour de cours qu'elle manquait, et seuls les étudiants avaient l'air d'avoir remarqué l'absence de Leandra.
‒ Tant que Harry ou le professeur Williams ne s'inquiètent pas de son absence, c'est qu'il n'y a rien d'alarmant, déclara Lily.
Réunies dans leur dortoir, pendant que Mary glanait des anecdotes dans la salle commune afin de remplir les pages des journaux de Poudlard, Lily et ses amies tentaient tant bien que mal de déterminer ce qui pouvait expliquer l'absence de Leandra. En général, quand un étudiant était absent plusieurs jours de suite, le directeur de maison faisait une brève annonce pour rassurer les camarades.
Dans le cas de Leandra, cependant, le problème était tout autre : de mémoire, Lily n'avait pas le souvenir qu'elle ait reçu une lettre depuis le début de l'année. Autrement dit, la magnifique blonde ne pouvait avoir quitté Poudlard pour se rendre au chevet d'un proche. Sans oublier le fait que Lily ne rejetait pas l'éventualité que Leandra ait pu venir du même monde que Horol et le professeur Williams…
La conversation surprise dans le bureau du professeur Williams n'était connue que de Sonia et Nathalie, bien que cette dernière n'en ait été informée que la veille. Lily avait médité un long moment sur la confiance qu'elle pouvait attribuer à Nathalie, mais Sonia avait argumenté avec pertinence, même si Lily ne considérait pas que « la manie de Nathalie à se promener en sous-vêtements dans le dortoir » fût un argument convaincant.
‒ L'important, je pense, c'est de se concentrer sur le carré Harry-Williams-Leandra-Allandra ! dit Nathalie.
Le sérieux de Nathalie aurait été intact si elle n'avait pas été en sous-vêtements. Lily et Sonia, cependant, connaissaient suffisamment leur camarade pour savoir qu'elle plaisantait rarement dans des discussions de ce genre.
‒ Que savons-nous ?
‒ Que le professeur Williams vient d'un autre monde, répondit Sonia.
‒ C'est peut-être une métaphore, objecta Nathalie. Enfin, je veux dire… vous croyez vraiment qu'il existe d'autres mondes ?
Lily haussa les épaules.
‒ Il y a énormément de livres sur d'autres mondes, annonça-t-elle. Certains relatent même des récits jugés plus ou moins sérieux. Le ministère mexicain de la Magie a même déclaré, vers le XVIe siècle, qu'une de ces histoires était entièrement véridique, preuves à l'appui. Les quatre aventuriers qui auraient traversé le portail seraient revenus avec la carcasse d'une créature que l'on n'avait encore jamais vue dans ce monde-ci.
Ce n'était pas demain la veille qu'elle oublierait l'extraordinaire stupéfaction inspirée par une photographie récente de la fameuse dépouille, à présent devenue un squelette. Une créature de deux mètres de long et un mètre soixante de haut, à la fois bipède et quadrupède, au crâne très aplati et aux pattes dotées de griffes rétractables et acérées. Tous les experts s'étaient accordés à dire qu'il s'agissait d'un authentique squelette, et non d'un canular.
Nathalie eut une moue indécise, mais elle s'immobilisa dès qu'elle aperçut Sonia se redresser au maximum pour regarder dans son soutien-gorge. La petite brune afficha une expression de totale innocence, mais ses deux amies n'étaient pas dupes : elles connaissaient très bien le don de la comédie que possédait Sonia.
‒ Bref, reprit Nathalie en lançant un regard méfiant vers la petite brune. Williams n'est pas de ce monde-ci, admettons. Elle serait aussi plus puissante que Dumbledore et Vous-Savez-Qui à l'en croire. Elle a également une sorte d'espion, le dénommé Horol, et connaît Leandra, Harry et une certaine Allandra bien avant la rentrée…
« A partir de là, on peut en conclure que ce n'est pas un hasard si ces trois-là sont venus ici, à Poudlard. Trois questions : pourquoi ? Que savent-ils que nous ignorons ? Et que nous faut-il penser de Newman et de Boyle ? »
Toute l'utilité de Nathalie apparaissait à présent clairement. Petite-fille d'un Auror reconnu et respecté, la grande brune avait passé autant de temps avec ses parents qu'à écouter les vieilles histoires de son grand-père. Involontairement ou non, elle avait développé une mentalité assez similaire à celle d'un Auror.
Au grand déplaisir de Lily, toutefois, le réveil de Mary émit un tintement sonore, annonçant le moment venu pour elle d'effectuer sa patrouille nocturne. Poussant un profond soupir, elle vit du coin de l'œil Sonia lui adresser un grand sourire. Sa bonne humeur ressurgit aussitôt. Avec affection, elle déposa un baiser affectueux sur la joue de la petite brune, qui se tortilla sur son fessier avec bonheur.
‒ A tout à l'heure, dit Lily d'une voix lasse.
Ce n'était pas tellement de partir en patrouille qui la dérangeait, c'était surtout d'avoir laissé à Mary l'occasion de partager les dernières nouvelles qu'elle avait récoltées, pendant le dîner. Il paraîtrait – et Lily doutait que ce fut un mensonge – qu'un préfet de cinquième année avait été agressé la nuit dernière alors qu'il faisait sa ronde à proximité de la tour des Serdaigle.
Ainsi le voulait le règlement de Poudlard : les préfets étaient autorisés à patrouiller, mais dans un petit périmètre. Les préfets-en-chef, pour leur part, devait effectuer leur ronde dans tout le château. C'était un gage de confiance : le préfet-en-chef et son homologue féminine n'étaient pas choisis en fonction de leur passé scolaire, mais de leurs capacités à se défendre contre tout élève déterminé à ne pas se laisser attraper.
D'ailleurs, Lily avait été très étonnée de recevoir l'insigne de préfète-en-chef. Des filles telles que Demetra Coldtrip, Kimberley Stewart ou encore Marilyn Rashell auraient été dignes de ce poste. Lily dominait en potions, mais Coldtrip la dépassait en défense contre les forces du Mal et Kimberley en botanique. Quant à Marilyn, la métamorphose lui posait autant de soucis qu'à James ou Sirius ; en d'autres termes, aucun.
Mais c'était Lily qui avait finalement été choisie. Sonia s'amusait à dire que c'était parce qu'il n'y avait personne d'autre qu'elle pour pouvoir crier aussi fort, et c'était peut-être le cas. Tout au long des sept dernières années, la belle rousse ne se souvenait pas d'avoir entendu Marilyn ou Kimberley crier. Concernant Coldtrip, elle se demandait même si la Serpentard connaissait ce verbe.
En arrivant dans la salle commune, Lily marqua toutefois un temps d'arrêt. Assis autour de la cheminée, les Maraudeurs étaient amputés d'un membre, et pas des moindres : James.
‒ Où est James ? lança-t-elle.
‒ Il voulait faire sa patrouille plus tôt, répondit Remus.
‒ Pourquoi ? demanda Sirius avec un sourire taquin. Tu as prévu quelque chose avec lui ?
Lily sourit.
‒ Non, tu sais bien que mes projets ne concernent que toi ! prétendit-elle.
‒ Quand tu veux, répondit Sirius en tirant la langue à la manière d'un chien excité.
Lily lui lança un regard rieur et poursuivit son chemin, s'enfonçant dans le trou circulaire puis franchissant le portrait de la Grosse Dame.
L'amitié distante entre les Maraudeurs et les filles de Gryffondor était récente. James avait été le premier admirateur de Lily pendant un moment, mais il avait finalement abandonné. Jamais Lily n'avait méprisé quelqu'un autant que lui et, pourtant, c'était celui qu'elle préférait, même si c'était avec Remus qu'elle discutait le plus et Sirius avec qui elle plaisantait le plus. La tête dégonflée, James était devenu quelqu'un d'adorable, mais leur relation n'irait pas plus loin.
Rapidement, toutefois, l'étonnante décision de James de faire sa patrouille plus tôt s'échappa au profit d'un tout autre jeune homme : Logan Mirves. Chaque ronde commençait de la même manière. Une fois engagée dans les couloirs, Lily ne pouvait s'empêcher de se demander si le Serpentard apparaîtrait devant elle. Leur dernière – et seule – rencontre s'était gravée dans son esprit, la hantant pendant des jours.
Continuait-il à introduire des choses dans le château ? La question revenait sans cesse, et Lily, sans méchanceté, espérait que oui. Malgré sa promesse de le dénoncer si elle le surprenait, ses espoirs se concentraient uniquement sur les autres secrets que détenait Mirves. Car elle s'était aperçue, dès le lendemain de leur rencontre, qu'il avait dit vrai : Shea Evans et Selena Walsh, des sorciers ayant vécu cinq siècles auparavant, avaient effectivement été des sorciers connus, respectés, mais surtout parents d'un Cracmol.
Comment Mirves savait-il ça ? Lily se le demandait bien, mais son objectif était de pousser le Serpentard à partager davantage de secrets avec elle. Toutefois, elle redoutait de s'en faire un ennemi : la dernière fois, il était ivre, complètement assommé par un alcool dont elle ignorait tout. Se montrerait-il aussi « gentil » s'il était sobre ?
Lily émergea de ses songes bientôt. Fraîchement entraînée dans les couloirs du sixième étage, elle releva brusquement les yeux lorsque, au fond du couloir, un éclair de lumière rouge jaillit d'un angle pour disparaître derrière l'autre. Tirant sa baguette magique, elle accéléra le pas au moment où un trait écarlate fusait dans la direction inverse. Encore un duel ! soupira-t-elle.
La voix qui s'éleva, cependant, la figea instantanément sur place :
‒ C'est tout ce que tu sais faire, Sang-de-Bourbe ? ricana Mulciber.
Lily sentit sa gorge se nouer. Intervenir frontalement lui garantissait déjà une année soumise à des agressions et des humiliations de toutes sortes. Elle n'avait pas oublié le supplice de Mary deux semaines après que celle-ci eût attrapé Mulciber hors de sa salle commune. Elle avait été retrouvée baignant dans son sang, heureusement juste à temps pour qu'une hospitalisation soit évitée.
Lily inspira profondément et bifurqua subitement sur la gauche. Elle savait que c'était lâche et indigne, mais c'était le seul moyen pour se préserver d'une vengeance. Tournant à droite, tout en essayant de contrôler son rythme cardiaque, elle atteignit l'angle du couloir à pas de loup et retint son respiration en lançant un regard dans le corridor voisin.
Par Merlin, pourquoi faut-il que ça tombe sur moi ?? pesta-t-elle mentalement. Mulciber était engagé dans un duel contre un sixième année de Serdaigle qu'elle ne connaissait que trop bien puisqu'il était également à Gryffondor. Ricky Dinamaro.
Lily se souvenait encore très bien du seul tête-à-tête qu'elle avait eu avec le sixième année. Le bal de Halloween, l'an dernier, avait été particulièrement malsain. Le Camouflage, cet alcool indétectable et très apprécié, avait coulé à flots. Nathalie en avait d'ailleurs été victime. A une seconde près, Lily serait arrivée trop tard, mais elle était intervenue à temps.
Alors qu'elle recherchait Sonia, qui s'était cachée quelque part dans le château, Lily avait été témoin d'une scène peu banale. Dinamaro, le phallus raide et brandit, s'apprêtait à explorer le puits d'amour de Nathalie, assommée par le Camouflage. Lily avait tenté la négociation, mais la propre consommation de Dinamaro l'avait rendu sourd à tout sermon, à tout bon sens. Elle en était venue à utiliser sa baguette magique, après qu'il eut réussi à lui enlever sa jupe.
Malgré sa sobriété, Dinamaro restait identique au souvenir que Lily en gardait. Si elle l'aidait, il la menacerait de révéler à Mulciber qui l'avait neutralisé si elle ne faisait pas exactement ce que Dinamaro désirait. Et quoi qu'il désire, il était inévitable que Lily n'apprécierait pas.
Hésitante, Lily finit par relâcher la pression sur sa baguette magique et s'éloigner. Elle n'était pas préfète-en-chef pour rien, mais sa tolérance avait des limites. Entre une année de mauvais traitements par Mulciber ou une année de sexe indésirable avec Dinamaro, elle choisissait leur laisser une chance de s'entretuer plutôt que d'intervenir. Elle savait qu'elle ne respectait pas le devoir qui lui avait été confié, mais une pensée lui redonna du baume au cœur : l'approbation de Sonia.
‒ Tu as bien fait de ne pas intervenir ! lui dirait la petite brune. Personne ne te verra toute nue avant moi ! Et si un garçon te voit nue avant moi, je lui lancerai un sortilège d'Amnésie !
Cependant, Lily se demanda rapidement si elle n'aurait pas mieux fait de rester à proximité du duel opposant le Serpentard et le Gryffondor. Car si l'aile orientale était parcourue de sorts de toutes les sortes, ce qu'elle entendit dans l'aile septentrionale était bien moins rassurant.
Lily s'immobilisa, le cœur battant violemment contre sa poitrine, l'oreille tendue. Elle jurerait avoir entendu… Elle n'avait pas rêvé : un grognement étrange, féroce, s'éleva du couloir tout proche. Que les Lorods réussissent à s'introduire dans Poudlard, elle ne s'en était pas ; qu'une bête inconnue et sauvage y parvienne, c'était autre chose. Or, à en juger par les grondements, il s'agissait inévitablement d'un animal féroce.
Lily recula d'un pas, mais se figea d'horreur. Elle entendait l'animal renifler, comme s'il avait brusquement senti son odeur. Pourquoi faut-il que ça tombe sur moi ? se lamenta-t-elle. Mais à peine eut-elle cette pensée qu'une autre, désagréable, germa dans son esprit : Jamais s'était-il également retrouvé face à cet animal ? Lily fut parcourue d'un frisson glaciale, qui se répéta dix fois plus fort lorsque la bête apparut à l'angle du couloir, face à elle.
Incrédule, Lily crut rêver. La créature avait une longue tête aplatie, au milieu de laquelle deux yeux sombres étincelaient d'une leur sauvage. Puissantes, ses pattes étaient dotées de longues griffes acérées qui cliquetaient sur le sol dallé tandis qu'elle approchait lentement. Sonnée, la belle rousse ne put s'empêcher de comparer cette créature à celle, photographiée, dans le livre sur l'hypothèse d'autres mondes.
Pire, la créature y ressembla violemment lorsqu'elle se redressa sur ses pattes antérieures, très à son aise. Sa peau recouverte d'une épaisse tonsure noir de jais, la créature leva sa patte aux griffes immenses puis l'abattit sur Lily. Au même moment, un claquement sonore résonné. Le cerveau de Lily se remit à fonctionner. Elle aperçut une longe langue de cuir s'enrouler autour du cou massif du monstre, qui fut projeté en arrière avec brutalité. L'extrémité de ses griffes ne firent qu'effleurer Lily, mais elles déchirèrent malgré tout son uniforme. Les morceaux de tissus volèrent, mais Lily ne ressentit aucune douleur.
Lorsque la créature s'effondra, Lily aperçut le propriétaire du fouet, qui se volatilisait déjà au bout de sa baguette magique. Parfaitement sobre, Logan Mirves offrait un visage que très peu de personnes lui avaient sûrement vu. Glacial, impitoyable, le regard brûlant d'une flemme de cruauté terrifiante, le Serpentard pointa sa baguette magique sur le monstre et décocha un trait de lumière éblouissant.
En un clin d'œil, la créature roula sur le côté et bondit dans les airs, frôlant le plafond avant de retoucher le sol dallé avec souplesse, à moins de deux mètres de Lily. Le monstre émit un bref crachement, semblable à un chat, mais sans conteste plus intimidant. Quelque chose jaillit, en fouettant les airs avec la force d'un fouet. Ecœurée, Lily réalisa qu'il s'agissait d'une langue, celle de la créature, qui atteignit Mirves au poignet.
Une profonde entaille s'y forma aussitôt, déchiquetant la manche du Serpentard, qui lâcha par inadvertance sa baguette magique sous l'impact. La créature s'élança aussitôt vers lui, mais le jeune homme ne broncha pas, observant la course du monstre avec un étonnant sang-froid. La préfète-en-chef, cependant, ne resta pas inactive : sa baguette magique se leva et décocha vers la créature un éclair de lumière rouge, qui heurta l'animal au moment où celui-ci bondissait.
Le monstre, propulsé encore plus haut par le sortilège, passa au-dessus de Mirves. Une de ses griffes, toutefois, atteignit le Serpentard à l'épaule, écorchant l'uniforme et faisant jaillir dans une bruine des gouttelettes de sang. Apparemment insensible à la douleur, le jeune homme fit volte-face, récupéra sa baguette et recula rapidement, sans pour autant se presser.
La créature, décidément pleine de surprises, s'était réceptionnée tranquillement sur le mur et y restait accrochée, comme une araignée. Levant sa tête immonde vers les deux élèves, elle leur adressa un sourire carnassier et lécha lentement, amoureusement, le sang de Mirves qui perlait sur sa griffe.
‒ Va prévenir quelqu'un, ordonna Mirves d'une voix incroyablement calme.
‒ Tu n'y arriveras pas tout seul, rétorqua Lily.
A sa propre surprise, Mirves n'insista pas. Tout au moins, Lily le crut, car soudain jaillit, entre le bras et les côtes du Serpentard, un jet de lumière mauve qui projeta Lily contre un mur avec douceur. Comme ligotée, elle essaya de se débattre, mais elle comprit rapidement que Mirves espérait justement cette réaction : plus elle s'agitait, plus ses forces l'abandonnaient.
‒ Relâche-moi ! protesta Lily.
‒ Compte là-dessus, ma belle, ricana Mirves.
Impuissante, Lily vit la créature bondir vers son unique adversaire à une vitesse fulgurante. Le Serpentard arqua les genoux, comme pour se préparer à sauter, ce qu'il fit. Au moment où son monstrueux ennemi ne fut plus qu'à deux mètres de lui, le Serpentard exécuta un salto-arrière. Son pied heurta l'animal au menton. Plus incroyable encore, la créature fut catapultée vers le plafond, comme si Mirves avait été doté d'une force surhumaine.
Heurtant le plafond avec le sommet de son crâne, le monstre se réceptionna laborieusement au sol et poussa un rugissement hargneux. Lily sentit le cri vibrer dans ses entrailles et frissonna de la tête aux pieds.
‒ Approche, sac à merde, approche ! marmonna Mirves entre ses lèvres.
Lily nota soudain un détail alarmant : le Serpentard paraissait plus pâle qu'à l'ordinaire, et ses jambes flageolaient. Etait-il possible qu'il ait été empoisonné par la griffure ? La belle rousse déglutit avec difficulté et se débattit, mais ses dernières forces la quittèrent presque aussitôt. Il n'y eut plus que ses yeux pour lui obéir.
La créature bondit une nouvelle fois. Mirves s'accroupit, et Lily le vit armer son poing. Mais à quoi joue-t-il ? s'étonna-t-elle. Sa stupéfaction passa quasi-aussitôt à l'incrédulité lorsque la manche de Mirves se déchira sur toute sa longueur. Insoupçonnable, la musculature de Mirves paraissait dépasser tout ce qu'elle aurait pu imaginer, car c'était ses muscles qui venaient de rompre les coutures de son uniforme.
Ahurie, Lily le vit se redresser au moment où la créature le surplombait de toute sa taille. Sans la moindre hésitation, Mirves envoya son poing dans la poitrine velue du monstre, qui sembla s'arrêter dans les airs l'espace d'un instant. Puis un borborygme franchit ses babines lorsque le poing ferme du Serpentard transperça sa peau, faisant jaillir une cascade de sang noir. Lily, les yeux exorbités, regarda le liquide dégouliner le long du bras levé de Mirves. Il sort d'où, ce type ?
Mirves rejeta la dépouille au sol, extirpant sans peine son poing de la poitrine de la créature. Il sembla vaciller, mais il retrouva presque aussitôt son équilibre et s'approcha de Lily. De face, le doute n'était plus permis : le Serpentard était souffrant. Une fine pellicule de sueur couvrait son front et ses yeux étaient fiévreux, tandis qu'il passait sa manche intacte autour des cuisses de Lily pour la soulever et la reposer parterre – apparemment, il s'agissait du contre-sort de ce curieux maléfice qu'il lui avait lancé.
‒ Espèce de…
Elle s'interrompit. Au premier mot prononcé, Mirves s'était mis à afficher un sourire narquois des plus provocateurs, mais il bascula presque instantanément. Lily n'eut pas le temps de faire le moindre geste que le Serpentard s'effondrait lourdement au sol, les yeux entrouverts et son épaule toujours sanguinolente.
