Chapitre 38

Deux jours après leur visite au président, Harry était installé au pied de l'un des arbres du domaine, profitant de la fraicheur de la brise et du calme ambiant. Enfin, jusqu'à ce qu'une bourrasque un peu plus forte lui annonce l'arrivée de Peter.

- Harry faut que tu viennes, annonça le jeune homme.

- A moins que ça ne soit pour une urgence…

- Le président est là.

- Quoi ?

Harry se redressa vivement.

- Il est arrivé sans prévenir, annonça Peter.

- Où ?

- Dans le bureau du professeur.

Harry se leva alors avant de se téléporter devant la porte de l'étude de Charles. Il remarqua tout de suite les deux gardes du corps qui surveillaient l'entrée, mais il ne s'en formalisa pas et s'approcha. Frappant à la porte, il put parfaitement voir la tension chez les deux humains. Le professeur l'autorisa rapidement à entrer et une fois fait, Harry remarqua que deux autres gardes du corps étaient à l'intérieur.

- Monsieur le président, salua Harry en avisant l'homme assis juste en face du professeur.

- Ah Harry, justement j'étais impatient de vous revoir, mon garçon.

- Est-ce que tout va bien ? demanda mentalement Harry.

- Oui, vint la réponse simple du professeur.

Le président, s'il remarqua l'échange n'en dit rien.

- J'ai une conférence de presse qui devrait avoir lieux dans quatre jours et je voulais discuter avec un spécialiste des mutants. J'avais déjà entendu parler de cet endroit mais je ne me doutais pas d'à quel point il serait extraordinaire. Vous avez là une école remarquable professeur.

Charles le remercia d'un sourire et d'un signe de la tête alors que le président reportait son attention sur le jeune homme.

- Si je suis venu ici aussi vite c'est en fait parce que j'aimerais demander votre concours pour ma conférence de presse. J'aurais besoin d'un mutant pour témoigner si je puis dire.

Harry haussa un sourcil en direction de Charles.

- Je suis le témoin ?

Le professeur se contenta de sourire.

- De ce que tu m'en as dit, tu as déjà du traiter avec des journalistes, tu seras le plus à l'aise pour "témoigner"

Le président, qui avait suivi l'échange avec intérêt, se demanda pendant un bref instant quel effet cela faisait d'entendre la voix d'un télépathe dans sa tête. Mais il ne posa pas la question. Il s'apprêtait à prendre la parole lorsque la porte du bureau s'ouvrit à la volée pour dévoiler deux personnes semblant paniquées.

- Professeur Xavier !

- Mr et Mme Grey ? Que se passe-t-il ?

- C'est Jean…

Le regard de Charles s'assombrit en comprenant que l'une de ses élèves était manquante. Il jeta alors un regard vers Harry tout en contactant mentalement Hank. Le fauve entra dans la pièce, faisant fi des gardes du corps qui semblaient de plus en plus nerveux de voir autant de mutants avec le président.

- Hank peux-tu emmener les parents de Jean au salon et rester avec eux ? Mr et Mme Grey, je vais chercher votre fille et je vous promets que nous la ramènerons saine et sauve à la maison.

Les deux parents acquiescèrent et suivirent Hank alors que Charles se levait et quittait le bureau suivi par Harry. Le président leur emboita le pas, les garde du corps pas loin derrière.

- Ils n'ont pas pu lui faire de mal, remarqua Harry la mine sombre, si l'une de mes protections avait lâché je l'aurais su.

- Pour le moment nous ne savons pas si Jean a été enlevée et si c'est le cas par qui.

Ils arrivèrent devant l'ascenseur menant au sous-sol et Charles se tourna vers le Reagan.

- Pardonnez-moi, monsieur le président, mais vous ne pouvez pas aller plus loin.

- Ou bien il pourrait venir seul, remarqua mentalement Harry. Il pourrait voir de quoi tu es capable et il comprendrait peut être que de t'avoir pour ennemi serait une mauvaise idée.

- Il n'est pas un ennemi, ça serait même plutôt un allié, remarqua Charles.

- Oui et il est en contact avec nos ennemis, il pourra sans doute les convaincre plus facilement de la bêtise de nous attaquer s'il voyait comment nous pourrions riposter.

Charles réfléchit un instant avant d'acquiescer et de se tourner vers le président.

- Vous pouvez venir, si vous le souhaitez, mais les gardes du corps restent ici.

Le président ne se le fit pas dire deux fois et entra dans l'ascenseur.

- Monsieur le président, protesta l'un des hommes.

- Attendez-moi là, je ne serais pas long.

Puis la porte se referma au nez des hommes chargés de sa protection. Lorsqu'ils débouchèrent sur un couloir lumineux, Reagan eut à peine le temps de se rendre compte de son entourage que déjà Charles se dirigeait vers l'une des extrémités du couloir. Il s'arrêta devant une porte ronde et, à la surprise du président, il s'agenouilla devant celle-ci pour laisser le scanner prendre l'empreinte de sa rétine. La porte s'ouvrit alors qu'une voix féminine saluait le professeur. Ils entrèrent dans une pièce sphérique, avançant sur une rampe.

- Où sommes-nous ? demanda Reagan.

- C'est le Cérébro, expliqua Harry pendant que Charles allumait la machine, elle permet au professeur d'augmenter la portée de son pouvoir télépathique.

- Essayez de rester le plus immobile possible, recommanda le professeur avant de commencer.

Aussitôt des silhouettes blanches puis rouges firent leur apparition, le tout sous les explications d'Harry pendant que Charles cherchait Jean. Il lui fallut plusieurs longues minutes pour se rendre à l'évidence.

- Je ne la trouve pas, annonça Charles.

- C'est impossible, remarqua Harry en s'approchant, le seule moyen pour que tu ne la trouves pas serait qu'elle soit morte et je l'aurais su, la magie m'aurait averti.

Le président sursauta à cette remarque, il connaissait le monde de la magie, bien sûr, mais il ne s'attendait vraiment pas à trouver un sorcier ici.

- Sauf s'ils ont trouvé un moyen de me bloquer.

- La seule chose qui peut te bloquer, c'est le casque d'Erik et il est en lieu sûr, non ?

- Oui, mais si le casque a été créé alors il peut être reproduit, remarqua Charles en réfléchissant.

- On pourrait se servir du lien, remarqua Harry, avec ma puissance on pourrait renforcer encore ton pouvoir.

Charles hésita un instant avant de se tourner vers Harry, puis il prit sa décision.

- Très bien, mais soit prudent, on ne sait pas les effets que ton pouvoir pourrait avoir sur le mien.

Harry acquiesça avant de s'avancer vers Charles pendant que celui-ci refaisait face au Cérébro. Puis Harry posa avec douceur sa main sur le dos de Charles. Il appela ensuite sa magie pour l'aider à renforcer le pouvoir du professeur. Ce dernier haleta soudainement alors que les silhouettes rouges et blanches apparurent en même temps avant de virer à l'or.

- Charles ? Ca va ? demanda Harry.

Mais le télépathe ne lui répondit pas, bien trop pris avec la sensation de son pouvoir encore décuplé.

- Charles ?

Le télépathe se secoua alors et reprit ses esprits.

- Je vais bien, c'est… grisant. Avoir autant de pouvoir, c'est… merveilleux et terrifiant en même temps.

- Concentre-toi Charles, tu dois trouver Jean.

- Oui, c'est vrai.

Peu à peu les silhouettes doré disparurent jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une.

X

Jean avait eu un mauvais pressentiment ce matin-là, puis l'armée avait débarqué chez elle et avant qu'elle n'ait pu faire un geste, ses parents avaient été pris en otage. Et ils ne seraient relâchés que si elle les suivait sans faire d'histoire, alors la jeune femme avait obéi. Les militaires lui avaient tendu un sac en toile de jute lui demandant de se couvrir la tête et lorsqu'elle avait pu l'enlever elle était dans une cellule faite dans un métal qui stoppait sa télépathie.

- Jean.

La jeune femme sursauta soudainement.

- Jean.

- Professeur ? Comment…?

- Aucune importance pour le moment. Est-ce que tu vas bien ?

- Oui, mais mes parents…?

- Ils sont à l'institut. Ils sont en sécurités.

- Professeur, je suis désolée.

- Ne t'inquiète pas, je vais te faire sortir de là, rassura Charles. Sois juste un peu patiente et surtout n'enlève sous aucun prétexte le pendentif que tu portes. Ca ne sera pas long je te le promets.

Il donna une caresse mentale à la jeune femme pour l'encourager à être forte encore un peu puis il se retira.

- Charles ?

- Je sais où elle est, annonça le professeur.

Ils sortirent alors du Cérébro pour rejoindre le laboratoire de Hank. Le président observa, impressionné le jet qui y était avant de rejoindre le professeur et le jeune Harry devant une table sur laquelle était posé des plans.

- Ici, indiqua Charles en pointant un endroit désert dans les rocheuses. Tu penses pouvoir t'y rendre ?

Harry observa un peu plus la carte, la distance était assez grande mais c'était faisable.

- Oui, je pense. Le problème ça va surtout être pour entrer dans la base.

- Ca n'en sera pas un, assura Charles avec détermination.

- Que vas-tu faire ?

- Puisque les mots ne suffisent plus alors on va agir. Je peux accepter beaucoup de choses de la part de l'humanité, mais pas que l'on touche à mes élèves. Rends-toi là-bas, je m'assurerais que tu puisses entrer.

- Comment ?

- Je n'ai peut-être pas accès à Jean sans ton assistance, mais les soldats et les chercheurs qui se trouvent sur le site ne sont pas protégés de mon pouvoir.

Harry leva les yeux surpris vers Charles. Son compagnon devait vraiment être en colère pour envisager d'utiliser sa télépathie sur des êtres humains.

- Très bien, acquiesça Harry. Dans ce cas j'y vais.

- Soit prudent, recommanda doucement Charles.

Harry acquiesça avant de disparaitre, Charles fit alors demi-tour pour retourner dans le Cérébro, le président le suivit.

- Que comptez-vous faire ? demanda Reagan.

- Mon pouvoir me permet de lire dans les pensées, mais ça n'est que la surface de l'iceberg. C'est l'esprit qui contrôle le corps et avec ma télépathie je peux parfaitement contrôler l'esprit.

Le président se figea alors en comprenant que l'homme devant lui était probablement le plus dangereux mutant qui soit. Et pourtant, il ne se servait pas de ses pouvoirs pour arranger les choses ou pour contraindre les hommes du gouvernement à passer des lois pour aider les mutants. Le professeur utilisait son pouvoir sur les autres avec parcimonie et respect. Sauf lorsque ses élèves étaient en danger apparemment.

Charles réactiva le Cérébro et se concentra sur l'endroit où était Jean. Des silhouettes blanches apparurent devant eux, puis soudainement une silhouette rouge. Aussitôt Charles prit le contrôle, des gardes de la porte d'entrée pour commencer puis peu à peu de tout le complexe. En quelques minutes, il avait tout le monde sous contrôle. Il ordonna aux gardes de relâcher Jean et de la conduire vers Harry et simultanément il ordonna aux scientifiques présents de détruire tout document ou sauvegarde de leurs travaux sur les mutants.

X

Jean observa avec stupeur le garde ouvrir sa cellule avant de lui faire signe de le suivre. La jeune femme hésita avant de remarquer un détail chez le soldat. Son regard était vide comme si… comme s'il était contrôlé par un télépathe. Jean fut alors soulagée en comprenant que le seul télépathe suffisamment puissant pour faire ça était le professeur. Elle suivit donc le garde, remarquant en passant devant les labos que les scientifiques détruisaient tout leur travail. Rapidement, elle fut rejointe par d'autres mutants adultes eux aussi libérés. Le garde les guida alors vers la sortie et Jean fut soulagée de voir qu'Harry l'attendait, elle se précipita vers lui aussitôt et le jeune homme l'accueillit avec un sourire et une étreinte solide.

- Harry.

- Tout va bien, Jean, on va rentrer à la maison. Tout va bien.

Puis, Harry se tourna vers les autres mutants, alors que ces derniers regardaient le garde s'effondrer d'un coup sans connaissance.

- Je m'appelle Harry et je suis envoyé ici par le professeur Charles Xavier.

Harry put voir de la reconnaissance sur les visages des mutants, tous connaissaient de nom le professeur télépathe.

- Vous êtes libres à présent, mais si vous le souhaitez, vous pouvez m'accompagner jusqu'à l'institut, vous y serez en sécurité.

- C'est gentil, gamin, remarqua un mutant un peu bourru, et tu pourras remercier le professeur pour moi, mais je dois rentrer. Ma femme va s'inquiéter et mes gosses me manquent.

D'autres mutants approuvèrent la remarque de leur camarade et rapidement l'évacuation s'organisa, certains forçant les voitures garées un peu plus loin alors qu'un téléporteur offrit d'en ramener deux avec lui. Et bientôt, il ne resta plus que Jean et Harry.

- On rentre, proposa Harry avec un léger sourire.

La jeune femme acquiesça avant de passer ses bras autour du cou d'Harry, le tenant fermement, pendant que celui-ci les téléportait à la maison.

X

Charles sentit ses élèves quitter la base militaire, mais lui n'en avait pas fini. Erik avait raison, s'il ne faisait rien pour arrêter ces hommes alors ils recommenceraient. Mais c'était contre son éthique et sa morale d'user de son pouvoir pour blesser les autres. Alors il avait dû trouver une alternative. Méthodiquement, Charles effaça tout souvenir de l'esprit des scientifiques et des soldats. Il effaça chaque souvenir, chaque connaissance, jusqu'au nom de la personne, ne laissant qu'une chose, la certitude que s'ils avaient tout perdu c'était parce qu'ils avaient attaqué des gens innocents.

Puis Charles se déconnecta du Cérébro et avec un soupir tremblant il ôta le casque et le posa sur la console devant lui. Derrière lui le président l'observait avec une certaine crainte teintée de respect.

- Qu'avez-vous fait ? demanda calmement Reagan.

- J'ai pris leur vie, sans les tuer.

- Comment ?

- En effaçant tous leurs souvenirs, répondit Charles. Absolument tous. De cette manière, ils ne représentent plus une menace pour nous. Remontons, offrit Charles ensuite, vos gardes du corps doivent commencer à s'inquiéter et Jean et Harry doivent être rentrés.

L'homme de pouvoir acquiesça avant de suivre le professeur jusqu'à l'ascenseur. Lorsqu'ils remontèrent, les hommes du président l'entourèrent aussitôt tandis que l'un d'entre eux vérifia que tout allait bien. Charles n'attendit pas et se rendit aussitôt vers le salon où il savait qu'il trouverait Jean et ses parents.