UN TIT MESSAGE JUSTE POUR VOUS PREVENIR QUE LA NOTIFICATION PRECEDENTE ETAIT UNE ERREUR DE MA PART! J AVAIS EFFACE LE CHAPITRE 3 ET TENTE DE LE REMETTRE A SA PLACE, CE QUE JE N AI EVIDEMMENT PAS REUSSI... HEUREUSEMENT TOUT EST RENTRE DANS L ORDRE GRACE A MA BETA CHERIE QUI A TOUT REMIS A SA PLACE!
VOICI DONC LE NOUVEAU CHAPITRE!
Hi doudidoudous! je ne vais pas trop parler aujourd'hui parce que votre lecture vous l'avez vu va être longue et, je l'espère, pas trop fastidieuse!^^ J'ai bien pensé à le couper mais nous en sommes venues après lecture ma charmante bêta et moi à considérer que ce ne serait pas judicieux!
merci à toutes celles et ceux qui m'ont ajouté à leur favoris, follows etc! Encore un plus grand merci à celles qui me suivent et prennent le temps de me laisser ces magnifiques reviews qui me filent un smile de dingue! si vous saviez, on dirait le Joker!
Merci à: Toutouille, Juliefanfic, Eryniel Greenleaf, Virginie, Mane-Jei, ma Sandra, Tyra Misu...Vous êtes merveilleuses!
Bêta en or/relectrice: bella dona Toutouille à qui je dédie ce chapitre monstrueux! Mon captain Fracasse... tu fracasses tout!
Bonne lecture...
Chapitre 37.
Le Léviathan,
Sturten avait donc donné son consentement! Le Wallen tournait comme une bête fauve dans le salon tendu de draps de lin sombres. Il grimaça de dégoût en pensant à la société elfique et à leurs manières à son sens surannées. Ces oreilles pointues avaient le goût des choses précieuses et délicates, fines et ouvragées. À l'inverse, lui appréciait la simplicité militaire qui lui avait été enseignée dès son plus jeune âge. Il n'avait besoin que d'une paillasse et encore... s'il n'y avait que lui, il en serait d'ailleurs ainsi mais il n'était pas décisionnaire au sein de la Cité. Cependant un rapide coup lui permit d'apprécier la sobriété de son propre logement. Un immense lit occupait un pan entier de sa chambre alors qu'un unique bureau trônait en face de la couche ainsi que deux fauteuils. Aucune décoration si ce n'étaient quelques esquisses au fusain de Dragons et autres reptiles gigantesques. Ses appartements lui ressemblaient tellement crépusculaires et énigmatiques.
Un sourire menaçant se dessina sur son visage anguleux. Bientôt, tout serait terminé. Wallens, elfes, nains ou encore les hommes, plus rien n'aurait d'importance. La Terre du Milieu ne serait plus qu'un ventre stérile en désespérance de ses enfants. D'un revers de la main, il balaya tout le fatras accumulé sur son bureau. L'homme en avait assez de se cacher aux yeux des autres. Il voulait voir sa magnificence éclater au grand jour comme le soleil d'été à son zénith. À son instar, il brûlerait tout sur son passage, les dévorerai sans aucune pitié.
Repenser aux accrocs qui s'accumulaient dans la machine si bien huilée qu'il avait mis un temps fou à façonner le laissa rageur. Des années, des centaines d'années qu'il plaçait minutieusement toutes ses pièces sur l'échiquier géant qu'était Arda... Et tout cela pour se faire damner le pion à cause d'un requin esclave de ses pulsions de chair! À cause d'un roi qui préférait fermer les yeux que d'engager une guérilla coûteuse contre un elfe qui avait tout de même réussi à lui ravir sa fille sous ses yeux! À cause d'un Loup trop malin! À cause d'un Dragon sans âme et d'un autre à l'éther bien trop présente, elle!
Son poing s'abattit sur l'accoudoir du fauteuil où il venait de se jeter. Les méandres de son esprit nébuleux n'auraient jamais imaginé que le roi Phénix se laisse ainsi fléchir. Il avait si bien su distiller les graines de la haine dans le cœur ténébreux de Sturten... Jamais celui-ci n'aurait dû consentir à laisser sa fille aux mains de l'irascible ellon. Bien au contraire, il avait prévu qu'il engage immédiatement les hostilités quel qu'en fut le prix... mais voilà où résidait très certainement sa première erreur. Le souverain wallen n'était pas capable de sacrifier le bonheur de sa peste de fille.
Perdre son premier enfant avait ramolli le suzerain au cœur dur comme le diamant. La voir épouser celui qu'il considérait comme l'assassin de Kennocha aurait dû le rendre ivre de rage. Le Wallen avait pourtant été à deux doigts de le convaincre que la seule issue possible à ce conflit était une guerre sans merci mais l'intervention du Cerbère avait ruiné ses efforts et tout son travail. Les siens respectaient tant Kentigern. Sa réputation n'était plus à faire et sa parole était d'or. Sturten avait donc donné son assentiment à cette union improbable...
Le Léviathan espérait qu'un sursaut reprenne le Phénix une fois arrivé aux cavernes du royaume sylvestre mais c'était peu probable. Le Guerrier se faisait tout simplement vieux. Les milliers d'années qu'il avait passé sur ces terres avaient assoupli son caractère ombrageux, trait de caractère qu'il partageait avec ses enfants. Toute cette lignée, malgré leurs airs bravaches et leurs emportements légendaires, n'était que poudre aux yeux. Il n'y avait qu'à voir cette Sirène pathétique ployant sous le joug du roi elfe et de cet amour nauséabond. Il éclata de rire. Elle était bien belle la famille royale de la Cité sur la Mer ! Tous des incapables aussi policés que les pierres précieuses de la Montagne Solitaire.
Dire que le souverain avait quitté leur domaine avec toute une délégation et des présents... pour des elfes ! L'idée même le répugnait, lui soulevait ce cœur dont il n'avait pourtant pas utilité, condition de Léviathan oblige. Mais il ne pouvait pour autant s'emparer de la cité flottante. Son temps imparti était serré et tout absolument minuté. Les runes étaient plus qu'explicites. Le moment propice ne serait venu que d'ici une année et demie, pas avant. Pourquoi? Il ne le savait pas exactement lui-même mais il avait appris à respecter le pouvoir divinatoires des écritures noires. Au moins aurait-il le temps de redresser la barre des quelques erreurs disséminées ça et là.
Cet idiot de requin... qu'avait-il bien pu révéler ? Pas énormément de choses, trop peu informé qu'il était. Le Wallen avait pris soin de tout compartimenter avec une grande prudence et savait qu'Iffrin ne le trahirait pas. Il était évident qu'accorder du crédit au Dragon Rouge était un pari risqué. Risqué mais nécessaire. L'aîné de Klaùs irait toujours en priorité là où résideraient ses intérêts certes mais le craignait trop pour dévoiler les secrets dont il avait connaissance. C'était l'archétype du roseau qui plie mais jamais ne rompt, bien trop avide et rusé. Il avait eu la présence d'esprit de s'enfuir au moment même où il avait compris que la folie de l'Aqua n'était plus... comment dire... étanche. Mourir pour les cuisses d'une femme? Quelle idée franchement! Oui, elles pouvaient se révéler être un agréable divertissement tout comme l'étaient une bonne pinte de bière ou une partie de Skak-tafl*!
Non, la seule chose qui procurait le grand frisson, celui qui vous remonte le long de la colonne vertébrale pour exploser au creux de votre abdomen... cela il n'y avait que la perspective de tout dévorer sur cette maudite terre qui arrivait à le lui provoquer.
Un nouveau rire lugubre secoua son corps massif. Il songea au fil des réflexions dont lui avait fait part le vieux roi. Savoir qu'il était arrivé à la conclusion logique à ses yeux que le félon devait être aux ordres de Melkor était tout bonnement risible. Il n'avait cure de ces soi-disant divinités, qu'elles soient infernales ou non. Tout ce qu'il vénérait tenait en deux concepts qui à eux-seuls résumaient la violence de son éther ou plutôt de son absence consumée: Chaos et Destruction, destruction et chaos. A chaque moment de la journée, il y pensait, un voile carmin épais devant les yeux. À chaque instant de la nuit, il y rêvait... Rien d'autre n'en possédait la beauté délirante, cette aura brûlante et givrante tout à la fois. Il se leva tout de go, grisé par la vision de lui-même au milieu d'un champ de ruines jonché de cadavres. La beauté éclatante du désespoir le plus noir... Voilà ce qui réchauffait son sang et faisait battre son cœur. Tout à coup, le Wallen sut où il devait se rendre. L'homme arracha sa tunique noire avant de se mirer dans le miroir accroché au mur nu, seule fioriture présente. Son regard passa brièvement sur son visage tanné par la vie au grand air. Ses yeux sombres et fiévreux semblaient habités par le feu intérieur qui le consumait depuis tant de siècles. Sa main droite claqua la chair velue de son ventre musclé tandis qu'il ébouriffait sa tignasse brune de l'autre, un sourire sanguinaire tordant ses lèvres fines. Il lui fallait se vêtir pour la circonstance. Il ne devait, ne pouvait décevoir sa chère amie...
Il sortit de ses appartements, claquant la porte à la volée. Il grimpa les marches quatre à quatre avec une célérité qui n'avait rien à envier aux jeunes soldats de la Garde. Il se faisait l'effet de bondir comme un cabri, de ceux qui paissaient tranquillement dans le lit des différentes vallées. Les escaliers qu'il avait emprunté n'étaient connus que de quelques initiés et avaient pour eux de toujours être vides. Ils lui permettaient de circuler sans être vu, sans croiser qui que ce soit. Le chemin était étroit, les paliers hauts et escarpés. Après avoir monté plusieurs étages, il ouvrit une porte dérobée creusée dans le renfoncement rocheux.
La porte s'ouvrit derrière une teinture uniquement destinée à cacher l'ouverture béante dans le mur. Elle débouchait sur une pièce circulaire et enfumée de vapeurs d'encens. Son odorat surdéveloppé apprécia les relents de sauge et de romarin qu'il reconnut aussitôt. Les exhalaisons blanchâtres qui s'élevaient du gouffre donnaient à la salle une atmosphère moite et difficilement supportable pour les non-initiés.
Le Wallen savait que la jeune prêtresse baignait en permanence son aura dans cette espèce de bain lustral qui la nettoyait de toutes les impuretés que les visiteurs, même peu nombreux, apportaient avec eux... péchés, vices et autres turpitudes de ce monde auquel la jeune fille n'appartenait pas réellement. Dès sa nomination, elle devenait une espèce de poupée réceptacle des Valar. L'homme avança à pas de loup et, d'un signe discret de la main, ordonna au garde de sortir. Celui-ci obéit sans broncher et referma derrière lui. Le Léviathan sourit. La persuasion, talent que lui conférait son double, était décidément très utile... Les éclats d'ambre et d'airain qui constellaient les parois rocheuses de la pièce étincelaient comme s'il s'était agi d'une des légendaires mines précieuses du royaume des nains. La lumière des quelques braseros installés çà et là permettaient à peine d'apercevoir les contours juvéniles de la demoiselle. Ses traits enfantins alliés à la blancheur éblouissante de sa peau d'albâtre tranchaient durement avec le sérieux que renvoyaient ses prunelles grises.
-Prêta, ma jeune Prêta, ne vois-tu rien venir? fredonna-t-il en marchant les bras écartés tel un funambule sur l'arête du gouffre. Un seul pas et il chuterait dans ce puits sans fond. Cela le divertissait de voir l'espoir irrationnel traverser le regard de l'adolescence.
-Puisses-tu tomber reptile et que ce gouffre devienne ton tombeau! cracha-t-elle en avançant légèrement son buste dépourvu de forme féminine en-deçà de sa balancelle.
Le Wallen la menaça de son index, amusé.
-En voilà bien de vilaines paroles dans cette bouche sensée rester pure! Peut-être devrai-je t'enseigner la politesse? Tu verras, je sais me montrer très... pédagogue.
L'Oracle frissonna, ses pieds nus se recroquevillant au-dessus du néant. Alors, il reprit rasséréné de voir que, en dépit de cette rebuffade, son emprise sur elle ne s'était pas amoindrie. Il recommença à déambuler devant elle silencieusement, tout à ses pensées ténébreuses. Les rouages de son esprit intelligent s'enclenchaient devant les yeux méfiants de la toute jeune fille. Soudain, il s'arrêta et l'observa de son regard si noir qu'elle n'y voyait que les abîmes les plus profonds.
-Prêta, ma douce enfant... quelque chose me turlupine. Je sais que tu as la réponse. Pourquoi Illùvatar risquerait-il ainsi la destruction mutuelle de deux royaumes pour une hypothétique union? Certes, les Dieux savent qu'une menace gronde sur leurs terres et leurs enfants bien-aimés mais tout miser sur une alliance plus qu' hasardeuse est un pari que même Erù ne peut gagner aussi aisément! À moins que les dés n'en soient pipés... réalisa le Wallen, ses lèvres fines déformées par un pli rageur. Je sais que tu as la réponse.
Un sourire narquois éclaira le visage poupin de la jeune prêtresse. Ses yeux gris flamboyèrent d'un feu couvert.
-Tu ne sais donc pas tout, monstre? Toi qui es si rusé, tu n'as pas idée de ce que te réservent les Valar et le Père de Toutes Choses? Le grand Dévoreur se fera dévorer... Ils t'annihileront rit-elle, sois en certain Démon. Ce sera comme si tu n'avais jamais existé, Léviathan... Traître à ton peuple! Félon à ton roi! s'époumona la voyante.
Les fumées nébuleuses s'intensifiaient au gré de la colère puérile de la jeune Prêta. Tout à coup, l'air se chargea d'une odeur putride, à la limite de la pestilence. Alors que le brouillard obscurcissait sa vue, la balançoire de la jeune fille ploya sous un poids nouveau. Une masse sombre s'était littéralement abattue sur elle arrachant au passage les guirlandes de fleurs aquatiques qui décoraient son assise. Un cri de terreur pure s'égraina d'entre ses lèvres, ce qui provoqua le rire guttural de son assaillant. Le Wallen n'était plus qu'à quelques centimètres d'elle, son visage pratiquement collé contre le sien. Il avait partiellement muté, comptant sur la peur indicible de l'adolescente pour la faire plier à sa volonté. Son faciès reptilien s'était totalement recouvert d'écailles d'obsidienne aussi noires que son cœur et dures comme le mythril. Ses mâchoires s'éployèrent pour laisser place à une montrueuse dentition affûtée comme les plus pures lames elfiques. L'homme savait qu'il était réellement effroyable et jouissait de voir la terreur contracter les traits de la prêtresse.
-Ne me tente pas jeune fille, dit-il d'une voix basse semblée sortir droit des entrailles de Melkor. Je ne te ferai pas tomber, sois rassurée. Cha, susurra-t-il avant d' empoigner sa nuque. Ses doigts désormais éperonnés entaillèrent méchamment la peau si fragile. Je te dévorerai plutôt. Morceau par morceau... et finirai en suçant ta moelle de jeune vierge de chacun de tes os... garce! gronda le Wallen alors qu'elle glapissait de douleur. Dis-moi tout!
La magie avait beau coulé à travers son corps, la Prêta n'en restait pas moins une enfant épouvantée par ce monstre sorti des contes destinés à faire peur aux plus jeunes. Elle ne pouvait rien contre lui, il était bien trop fort. La jeune fille jeta l'éponge en espérant de toutes ses forces qu'il finirait par être battu.
-L'union entre la Sirène et le Cerf n'est pas tant utile que symbolique, déclara-t-elle d'un ton chevrotant.
-Alors, pourquoi dans ce cas? Carson?
-Parce qu'elle sera transcendée par la naissance d'un enfant dans les mois à venir, débita-t-elle tout à trac. Une Chimère qui aura la force de t'abattre, monstre!
-Comme si un seul enfant, même odieux croisement de ces deux races, en avait le pouvoir! ricana le Wallen malgré les feux d'alarmes qui semblaient s'être allumés dans ses iris noires.
Un sourire timide mais triomphant éclaira le visage tordu par la peur de la Prêta.
-Bien que cet enfant soit la puissance même ... Je n'ai jamais dit qu'il n'y avait qu'une seule Chimère.
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L'après-midi touchait à sa fin mais Ilyrià aurait pu jurer sur ce qu'elle avait de plus cher qu'il était déjà excessivement tard et que la nuit était bien avancée tant elle s'ennuyait à mourir. Jamais la jeune femme n'avait tiré plaisir à passer du temps à s'occuper de fanfreluches. Elle n'était point du genre à se préoccuper de ces choses futiles plus que de nécessaire. Or, cela faisait maintenant des heures qu'elle se tenait là au milieu de son salon immobile dans cette robe à paniers à laisser une étrangère la palper pour prendre ses mesures.
Ces séances, de plus en plus régulières à l'approche de la cérémonie, la laissait toujours mortifiée devant les regards chargés de commisération de la couturière. Elle ne trouvait visiblement aucune grâce à la Wallen et ses formes trop généreuses, n'ayant aucun plaisir à habiller une femme si loin des critères que prônaient les elfes. Il y avait toujours un souci, un détail à peaufiner pour tenter d'embellir Ilyrià. L'elleth sous-entendait dans chacun de ses mots quelle masse de travail elle devait fournir pour en faire une mariée à peu près digne de leur souverain. Trois jours plus tôt, les cuisses rondes de la Sirène posaient un réel problème, trop soulignées par le tissu aérien du jupon; il y avait une semaine, c'était sa taille trop épaisse... Ilyrià sentait sa paume la démanger d'aller se ficher sur le beau visage concentré de l'elfine aux cheveux roux. Cela lui aurait procuré un intense soulagement, elle en était persuadée.
Après tout, n'était-elle pas enceinte? Ne disait-on pas qu'il fallait souscrire au moindre désir d'une femme dans son état? L'idée la séduisait de plus en plus mais les regards réprobateurs d'Astareth comme de Cendera la privaient de toute tentative. Bien malheureusement...
De plus, l'estomac de la Wallen commençait sérieusement à trouver le temps long et criait famine. Elle loucha un instant sur la collation mise à disposition par sa suivante mais se retint. La couturière ne se privait déjà pas pour lui lancer des piques comme quoi elle était plus que généreuse et elle ne voulait pas ajouter de l'eau à son moulin.
L'elfine s'approcha avec l'objet de tous les plus noirs cauchemars d'Ilyrià entre les mains, des épingles coincées entre ses lèvres. Le corset. Si elles avaient passé les heures précédentes sur les jupes et jupons, il était visiblement l'heure de passer aux choses qui fâchent. Un profond soupir s'exhala de sa gorge nouée. Oh bien sûr, le vêtement était somptueux. Taillé dans les plus riches étoffes, il la moulait comme une seconde peau ivoirienne pour terminer en pointe sur sa taille comme le voulait la mode, bombant joliment sa poitrine mais le laçage était une torture des plus cruelles.
La Wallen ne se rappelait que trop bien le précédent essayage une semaine plus tôt et les larmes de désespoir qu'elle avait versé après le départ des elfines. Lui faisant signe de lever les bras, la couturière plaça d'une main sur le corselet autour du buste nu de la jeune femme. Elle commença ensuite à tirer avec force sur les rubans dorsaux pour permettre au laçage de lui faire la taille la plus fine possible. Le souffle de la Wallen devint de plus en plus erratique, pressé par la gaine de soie. Elle dut faire un énorme effort pour se remettre à respirer à peu près correctement. Ilyrià avait l'impression que son torse était pris en étau et qu'elle allait littéralement régurgiter sa poitrine. Sa main se posa instinctivement sur son ventre compressé et ses doigts se recourbèrent comme les serres de son amie l'Aiglonne qui la regardait avec compassion.
-Je... je crois que je vais suffoquer! marmonna-t-elle avec difficulté. Ne sommes-nous pas censés éprouver de la liesse le jour de notre mariage? Cela doit-il ressembler à une vraie torture?
-Dame Ilyrià, la gourmanda Mayana en terminant de nouer les cordons dans la chute de reins de la jeune femme.
-Que dit ce proverbe des hommes déjà? grommela Astareth avec l'ombre d'un sourire planant sur ses lèvres fines. Ah oui! il vous faut souffrir pour être belles...
-Mouiii bien sûr, bouda Ilyrià avec un clin d'œil à Cendera, il nous faut souffrir... Parce que les ellyth sont si somptueusement magnifiques naturellement... point comme nous, chère amie wallen!
Il plaisait à la Wallen que sa camériste ait plaisanté avec elle. Peut-être qu'un jour, leur relation aurait la possibilité de prendre une nouvelle direction, plus amicale. Elle savait pertinemment que l'elfine mourait sans hésiter une seconde pour la protéger car il seyait à son roi qu'elle prenne ces risques. Il la voulait près de la jeune femme comme une seconde ombre en plus du Ceanar, une qui pourrait la suivre dans n'importe lequel de ses déplacements dont ceux où un homme ne pourrait se rendre. Elle lui sourit sans lui tenir rigueur de ne lui adresser en retour qu'un regard froid et professionnel.
Ses poings se serrèrent convulsivement et se posèrent sur ses hanches que le corselet soulignaient plus encore, tentant de reprendre une respiration un tant soit peu moins saccadée. Seulement quelque chose... comment dire... clochait. Ses yeux bicolores descendirent d'un étage pour se poser sur le décolleté pigeonnant. Ses sourcils s'arquèrent de surprise comme de consternation.
-Heuuuu... Mayana? Je crois qu'il y a... un problème avec le corset? Êtes-vous absolument certaine qu'il s'agisse là des mensurations prises la dernière fois?
La couturière fit le tour de la jeune femme sur les genoux alors qu'elle piquait l'ourlet de la jupe de soie. Ses yeux aigue-marine s'agrandirent d'effarement. L'incompréhension la plus totale se lisait dans son regard. Elle se releva gracieusement et tira sur la pointe du corsage avant de faire remonter ses mains agiles sur le fil qui couvrait la poitrine, ou du moins tentait de la recouvrir... Le vêtement étiré était tendu à l'extrême et il semblait que les seins de la jeune femme risquaient à tout moment de prendre la poudre d'escampette, prêt à jaillir de leur prison de soieries. Au lieu de bomber délicatement sa gorge, le corset n'arrivait plus à contenir ses opulents appâts. C'était tout bonnement indécent et il était certain que le roi irait directement dans les cavernes de Mandos si sa promise se montrait ainsi en public.
Cendera partit d'un grand éclat de rire franc devant les mines déconfites de son amie comme de Mayana. Elle se leva de son pas aérien et tourna autour de la jeune femme à son tour avant de la regarder fixement.
-Cha, décidément non tu ne peux sortir ainsi sourit-elle en fronçant ses sourcils. Ton père lui-même ferait une jaunisse de te voir ainsi vêtue!
Elle alla se rallonger sur la méridienne avec une élégance qui frôlait celle des elfes, la tête négligemment posée sur son avant-bras replié. Ses iris noisette la dévisagèrent avec amusement mêlée aussi d'une petite pointe de pitié. Elle savait pertinemment pourquoi la jeune femme ne remplissait que trop bien son corselet mais il était hors de question de dire quoi que ce soit devant Mayana. Un cercle très restreint était au courant de sa grossesse et il fallait qu'il en reste ainsi. Thranduil comme elle, ne pouvaient se permettre que plus de monde apprenne l'arrivée future de cet enfant qui étalait au grand jour les relations qu'ils avaient entretenu hors mariage. La position du souverain était déjà précaire et, si certains nobles l'apprenaient, elle n'en serait qu'encore plus fragilisée entraînant Ilyrià dans sa chute. Le Sinda avait été extrêmement clair à ce sujet.
-Que... commença l'elfine.
-Mais voyons Manaya ! Que vous arrive-t-il donc? la coupa abruptement Astareth, outrée. N'avez-vous donc pas pris en compte les mensurations prises lors des derniers essayages?
-Bien sûr que si, se défendit l'elleth. Je les ai scrupuleusement suivies! Pour qui me prenez-vous donc? Je les ai observées à la loupe alors qu'excusez-moi du peu, la tâche n'est pas aisée! Loin de là!
Le visage en cœur de la Wallen s'empourpra de gêne comme de colère. Elle allait lui répondre, une aigreur certaine au bord de ses lèvres rondes quand sa suivante prit les devants.
-Si vous connaissiez votre travail, la poitrine de Dame Ilyria ne donnerait pas l'impression qu'elle risque à chaque instant de passer par-dessus bord! Vous avez failli, l'accusa-t-elle tout en sachant sciemment que la pauvre elfine n'y était pour rien.
La camériste de la jeune femme ne pouvait malheureusement faire autrement. Sa propre tâche consistait à défendre bec et ongle sa maîtresse. Jamais elle ne trahirait son seigneur et maître. C'était inimaginable pour elle en dépit de ce qu'elle avait tout d'abord ressenti à cette nomination. Dans un premier temps, Astareth s'était sentie flouée. Depuis des centaines d'années, elle œuvrait dans l'ombre des soldats des Cavernes et, le jour où elle croyait enfin sa valeur reconnue par son roi, ce dernier lui avait asséné un coup de massue.
Il la positionnait à la place la plus indigne qui soit, dans le sillage de cette étrangère. Puis, au fil des semaines, elle avait enfin compris une chose essentielle. Thranduil l'avait mise là car il plaçait toute sa confiance en ses capacités. Il la savait assez forte pour maintenir Ilyrià à l'abri des duplicités du palais sans pour autant perdre de vue quelle était sa place et celle de l'amante du roi. Il ne souhaitait pas d'une seconde Elëa au cœur trop sensible et malléable. Non il voulait quelqu'un qui saurait tenir tête à la Wallen lorsque celle-ci s'obstinait.
Elle était la dépositaire, en dehors des quelques privilégiés de leur cercle intime, des secrets de ce couple hors normes. L'ellon savait qu'elle ferait tout pour être digne de la mission qu'il lui avait confiée sans toutefois tomber sous le charme de ces sauvages. Bien sûr, son cœur s'était légèrement assoupli au fil des semaines passées aux côtés de la Sirène du roi. Et puis, elle était l'une des seules à savoir que la jeune femme était enceinte et cela, son cœur d'elfe ne pouvait l'occulter. Quitte à bafouer l'honneur de quelqu'un, mieux valait celui de la couturière plutôt que celui de leur souverain ou encore de la future reine.
-On ne vous demande en aucun cas de donner votre avis sur quoi que ce soit, reprit-elle cinglante. Ou alors devriez-vous peut-être en faire part à notre suzerain? Je suis certaine qu'il trouverait vos remarques sur sa fiancée... constructives dirons-nous. -le visage ovale de l'elleth rousse se tordit d'effroi, aussi en profita-t-elle pour asséner- Alors, reprenez-vous. Le plus tôt sera le mieux. Il est définitivement clair que cette robe est immettable en l'état. Le modèle même ne sied pas à notre future souveraine. Tout est à refaire. Sans aucun doute. Et quant à vous, dame Ilyrià, finit-elle avec une moue désapprobatrice, il est temps de délaisser les plateaux de sucreries qui empâtent votre taille.
Les joues de la Wallen prirent une teinte cramoisie de honte consommée. Elle savait que sa suivante ne faisait qu'éloigner d'elle et du secret qui nichait en son sein les soupçons mais tout de même! Astareth n'avait pu résister à la tentante envie de la faire rager. Cependant, ce n'était que justice. Elle en bavait assez pour ne pas plus lui laisser une certaine marge de liberté et puis... cette petite pique était tout compte fait justifiée.
Valar, était-ce la grossesse qui lui donnait cette impression de toujours mourir de faim? Et pas que de nourriture d'ailleurs... Ilyrià n'avait qu'à penser à son roi pour s'enflammer, en particulier depuis ces trop nombreux jours où elle ne faisait que l'entrevoir au détour des conseils qu'il présidait et de toutes ces autres réunions qu'elle jugeait bien évidemment à tort inutiles. Il se faisait un point d'honneur à ne pas se retrouver trop longtemps seul avec elle, ne souhaitant pas s'égarer plus que de raison.
Et pour cause. Les mauvaises langues se déliaient à une vitesse affolante depuis quelques jours... depuis qu'elle avait tué Muireall en réalité, depuis que Thranduil l'avait ramené chez elle lui-même en restant dans ses appartements une bonne partie de la nuit.
Elle soupira en passant par-dessus les jupes que Mayana venait de faire glisser le long de ses jambes. La Wallen repassa une fine camisole sans rien d'autre au grand dam d'Astareth tandis que la couturière prenait à bras le corps les vêtements qui ne serviraient plus à rien malgré qu'elle ait passé des semaines dessus. Ilyrià lui attrapa le bras et lui sourit gentiment.
-Tha mi duilich... je suis désolée. Votre travail était superbe.
-Ne le soyez pas ma Dame, rétorqua l'elfine en se dégageant doucement. Vous serez notre reine dans deux jours maintenant. Il ne vous sied plus de demander pardon à une humble elfe sylvestre. Heureusement, j'ai quelques patrons qui pourront je crois faire plus que l'affaire... J'aurai d'ailleurs dû y penser plus tôt, marmonna-t-elle pour elle-même en ouvrant la porte des appartements. Au vu de votre corpulence, ils sont beaucoup plus adaptés...
La couturière avait à peine refermé derrière elle et Astareth que Cendera éclatait d'un rire difficilement contenu jusque-là. L'Aiglonne attrapa une pâtisserie avec laquelle elle salua son amie avant de lentement la déguster. Ilyrià attrapa un châle qui traînait et le froissa en boule avant de l'envoyer au visage de la Wallen allongée en lui tirant la langue. Elle se laissa tomber à ses côtés, l'écrasant à moitié sciemment.
-Ma corpulence est fatiguée, bougonna-t-elle avant de faire passer la masse de ses boucles sur son épaule gauche.
-Ta corpulence devrait alors se reposer un peu, répondit Cendera en faisant basculer les jambes fourbues de la jeune femme sur les siennes. N'oublies pas que tu n'es plus seule à partager ladite corpulence...
-Je ne suis pas malade... juste des seins à la limite de l'explosion et horriblement faim, se plaignit-elle.
-Alors, il n'y a pas réellement de changements, sourit Cendera en commençant à masser les mollets d'Ilyrià.
-Cha effectivement, vu comme cela... Tu n'es pas obligée tu sais, souffla la Sirène avec un râle de bien-être sous les doigts experts de la jeune chamane.
-Non je le sais mais il me plaît de te faire plaisir...
-Mmmmm... rien d'autre? Quelque chose semble te tracasser mo caraid? bailla Ilyrià. Sa tête avait roulé sur le côté et elle l'observait à travers ses longs cils.
-Rien si ce n'est que je n'étais pas là... pour Muireall.
Ilyrià se redressa et prit la main de son amie entre les siennes, le regard empreint d'une gravité qui ne lui était pas coutumière.
-Tu ne peux être là tout le temps mon amie. Il te faut apprendre à vivre cette vie que tu as mise entre parenthèses depuis... Klaùs. Ne dis pas non, argua-t-elle alors que l'Aiglonne allait nier. Tu sais que j'ai raison. Tu ne peux tout résoudre et ce problème-là était le mien, non celui de quelqu'un d'autre. Je vais bien. Je vais épouser l'elfe qui a ravi mon âme, mon père arrivera incessamment sous peu avec une délégation entière des nôtres et mon Seigneur n'a pas encore perdu la tête à cette idée, rit la jeune femme avec une candeur qui fit naître un léger sourire sur les lèvres de Cendera. Mon cousin est de retour parmi nous... Aye, il est temps que tu puisses trouver toi aussi une part de ce bonheur dont on nous rabâche les oreilles depuis notre enfance! Et je suis certaine qu'un prince de ma connaissance se fera une joie de t'aider à y parvenir, conclut-elle en reposant sa tête contre le dossier de la bergère.
-Ciod? lâcha Cendera en sursautant.
-Allons mo caraid... je suis peut-être un brin écervelée mais je ne suis pas non plus née de la dernière pluie... Je vois les regards dont il te couve comme la manière que tu as de l'éviter depuis quelques temps.
Cendera se mit à rougir violemment. Elle avait beau être l'apprentie du mage le plus puissant qui foulait cette Terre, elle n'en restait pas moins une jeune femme. Une jeune femme qui, plus est, était légèrement non même excessivement discrète et moins expansive que son amie ou leur peuple. Elle ne donnait que très difficilement sa confiance ou son amour. Celui-ci n'avait été mis qu'entre les mains d'une seule personne en dehors de Legolas et il l'avait foulé aux pieds sans le vouloir. Klaùs. Elle aurait tout sacrifié à l'époque pour le rendre heureux et lui donner tout ce qu'elle pouvait offrir mais le guerrier n'était pas prêt, si tant était qu'un jour il le fut. Il était tellement... tellement impétueux et sûr de ne rien mériter de bon...
Elle avait alors plongé tête la première dans ses devoirs envers le Guérisseur, sacrifiant toute idée de bonheur terrestre. L'Aiglonne y avait préféré l'universalité d'un amour qu'elle pouvait partager avec tous ceux qui l'entourait. Or sa rencontre avec l'elfe à la crinière dorée avait tout remis en question. Tout non mais beaucoup de choses tout de même et le fait d'avoir cédé à cette folle impulsion charnelle n'avait pas amélioré sa situation.
Oui elle l'évitait même si, fière comme elle l'était, elle ne l'aurait jamais admis. Cendera devait comprendre seule ce qu'elle souhaitait réellement, ce que l'engagement de Legolas signifiait dans sa vie si bien rangée. Elle ne pouvait ni ne voulait abandonner l'enseignement de son maître et la sauvegarde des siens.
Mais d'un autre côté, elle ne pouvait cacher le désir qui brûlait au fond de son ventre dès qu'elle sentait son parfum. Cendera ne pouvait nier qu'il l'avait ensorcelée ce traître d'elfe. L'amour était un jeu dangereux, il n'y avait qu'à voir celui auquel s'adonnait son amie et le roi sinda. Voilà qu'elle devenait sentimentale... et pourtant elle s'était jurée que l'on ne l'y reprendrait plus. Elle croyait pourtant avoir appris sa leçon avec Klaùs.
Et là, tout vacillait à nouveau... le tourment des sentiments, la valse de la passion wallen qui l'animait. Bien sûr, l'amour fatal n'était pas pour elle, elle laissait ça volontiers aux fous furieux de l'acabit de son amie et de son amant. Cha, ce qu'elle désirait ardemment c'était la communion totale entre deux âmes, deux corps. Or, elle devait avouer qu'elle avait ressenti ce lien indéfectible entre elle et Legolas... ce qui l'avait poussé dans ses bras de la façon la plus spontanée qui soit. Elle hésitait encore mais savait l'aimer. Toutefois, trop de paramètres entraient en jeu entre eux deux. Elle prônait l'amour et le respect, haïssait la violence et lui, en dépit d'être un elfe, était un guerrier, le premier des soldats du royaume sylvestre en dehors de son père.
-Te voilà bien pensive, souffla Ilyrià à son oreille.
-Je...
L'Aiglonne ne put aller plus loin. Un coup bref retentit à la porte et, avant que son amie puisse dire quoi que ce soit, celle-ci s'ouvrit à la volée pour laisser place au seigneur des lieux suivi de son fils.
-À quoi cela sert-il de frapper si ce n'est pour ne jamais attendre la moindre invitation? se plaignit la Sirène en haussant les épaules.
Cendera se releva tranquillement pour saluer gracieusement les deux ellyn. Elle sentait le regard inquisiteur de Legolas sur elle mais évita de s'y attarder trop longtemps. Ilyrià, quant à elle, ne prit pas la peine de se lever, se contentant de dévorer de son regard avide le souverain. Un profond soupir intérieur saisit la chamane alors qu'elle prenait sagement place sur le sofa. La Sirène ne changerait donc jamais. Elle ne pouvait masquer la moindre de ses émotions, si crue soit-elle.
Comment les elfes de ce royaume n'avaient-ils pu deviner ce qui se cachait devant eux avec si peu de retenue? Ils étaient si obnubilés par leur dégoût qu'ils ne prenaient même pas conscience que ce qu'ils prenaient tous pour un mariage forcé n'était désormais que l'expression d'une union amoureuse entre deux essences perdues. A leur propre façon, eux aussi communiaient même si ce n'était pas de la manière dont elle, elle l'aurait souhaité. Ils étaient l'un pour l'autre, leur malédiction et leur propre remède... Illùvatar était réellement le Père de Toutes Choses, celui qui voyait au-delà de tout à n'en point douter pour forger un tel couple...
Thranduil s'installa sur dans un grand fauteuil à oreilles puis croisa jambes et bras, les sourcils froncés. Ses yeux pâles scrutaient la jeune Wallen alanguie en face de lui sans un mot. Il ne lui convenait pas vraiment qu'elle ne prenne pas la peine de se lever et de présenter convenablement à son entrée. Toutefois il ne cessait de la caresser du regard. La folie le guettait avec cette diablesse... Elle n'était même pas habillée réalisa-t-il soudain. Son cœur endurci se mit à tambouriner violemment alors qu'il apercevait la ligne de son ventre, la pointe de ses seins tendus sous la fine baptiste de sa chainse. Un sourire moqueur incurva les lèvres rondes de la jeune femme qui avait dû lire dans ses pensées. Elle tira doucement une couverture légère sur elle pour s'en couvrir.
-Veuillez excuser ma tenue vestimentaire sire, dit-elle posément en l'enveloppant de son regard luisant. Tous ces essayages m'ont épuisé.
-Ilyrià a besoin de repos,assura Cendera à son tour. Les jours à venir vont être littéralement éprouvants et ce n'est bon ni pour elle ni pour l'enfant...
Le regard hivernal de Thranduil se posa sur elle, royal. Il la dévisagea de haut en bas comme si l'Aiglonne ne représentait absolument rien, encore moins que la plus servante des suivantes. Le courroux qu'elle lisait dans ses prunelles la firent frémir mais non de peur. Elle aussi sentait la colère pointer le bout de son vilain nez, la colère et l'incompréhension. Elle doutait que Legolas ait dit quelque chose à son propos sans le lui en parler tout d'abord. Encore aurait-il fallu qu'elle le laisse l'approcher pour la prévenir de quoi que ce fut. Pour le moment, le prince était adossé nonchalamment au manteau de la cheminée où ronflait un léger feu, Ilyrià se plaignant de la chaleur excessive un peu plus tôt.
-J'avais bien compris ma Dame, demoiselle Wallen. Je n'ai en aucun cas besoin que l'on me traduise ses dires ou besoins. Je sais prendre soin d'elle.
-Effectivement, nous avons pu nous en rendre compte par nous-même, répliqua Cendera en pinçant ses lèvres fines.
Elle ne savait pourquoi exactement mais le conflit qui menaçait d'éclater envahissait le salon à grande vitesse. Ilyrià s'était assise pour mieux les observer. Legolas, lui, avait quitté sa place d'observateur et, sans s'en rendre compte, s'était placé aux côtés du divan où elle se tenait bien droite.
-Pour la protéger comme il se doit, il serait primordial que je ne sois écarté de certaines informations capitales.
La voix du souverain avait claqué avec virulence. L'ire contenue dans sa voix de velours était pire encore que s'il s'était mis à hurler. Enfin, Cendera comprenait ce dont il était question. Il gardait rancune contre elle. Il détestait l'idée qu'elle ait su avant tout le monde qu'Ilyrià porterait un jour leur enfant et qu'elle l'ait mise-elle au courant en le laissant dans l'ignorance.
-Certaines choses doivent être révélées et d'autres non. Il y a un temps pour chaque chose, et chaque chose en son temps. Ne connaissez-vous pas cette maxime? railla doucement Cendera.
Il ne lui seyait pas du tout que l'ellon, tout roi qu'il était, s'en prenne ainsi à elle.
-Ada, intervint Legolas dans cette lutte muette, vous ne pouvez vous en prendre ainsi à Dame Cendera. Elle n'a à cœur que le bien de Dame Ilyrià et de ceux qui lui sont chers, vous également.
Le regard de Thranduil s'égara sur le visage de son fils. Lisse et sans témoigner d'une quelconque émotion, ce dernier restait d'un calme olympien mais son père le connaissait suffisamment bien pour savoir que le léger tic qui pinçait sa narine n'était pas anodin tout comme ses doigts qui se crispaient autour de la poignée de sa miséricorde. Une donnée lui manquait et il se jura de faire ce qu'il fallait pour la découvrir. Mais là n'était pas le moment. Il sentait l'attention pesante de sa Wallen sur lui et ne voulait lui causer le moindre tourment. D'ailleurs il avait besoin de lui parler. En privé.
-Certainement. Nous reprendrons cette discussion plus tard. Pour le moment, je dois m'entretenir avec ma Dame.
Le congé donné sans appel d'une voix aussi douce que péremptoire qui ne souffrait aucune contradiction. Aussi l'Aiglonne se releva-t-elle sans donner l'air d'avoir saisi la menace sous-jacente dans les dernières paroles du roi. Elle le salua avant de presser la main tendue de son amie et sortit avec élégance suivie du prince.
Les deux amants restés seuls se fixèrent un moment sans échanger un seul mot. Ilyrià repoussa la couverture avant de poser ses pieds nus sur le sol, les mains bien à plat sur l'assise de la méridienne.
-Étais-tu réellement obligé de te montrer si désagréable, mo chridhe?
-Ton amie m'indiffère, se défendit l'ellon.
-Vraiment?
Le ton ironique de la jeune femme heurta l'elfe toujours assis. Il décroisa ses longues jambes et s'accouda, le menton calé au creux de sa main. Il se rembrunit et Ilyrià put admirer à loisir la profonde ride qui se creusa entre ses deux sourcils.
-Je n'apprécie guère les secrets que vous m'avez si obligeamment caché toutes les deux. Je ne peux rien faire contre toi, tu es une partie de mon âme mais elle... dit -il dédaigneusement.
Il n'alla pas plus loin. La jeune femme s'était levée et glissée jusqu'à lui, l'enjambant de façon à se retrouver à califourchon sur ses genoux. Sa chemise vaporeuse s'était retroussée sur ses cuisses rondes et il était odieusement conscient de cette chair étalée sous ses yeux. Toutefois, il était hors de question de céder. Le moment ne s'y prêtait absolument pas.
Quand il leva les yeux sur elle et que leurs regards s'ancrèrent l'un à l'autre, il ne put empêcher un sourire d'incurver ses lèvres jusque-là serrées. Elle caressa le fil de sa mâchoire, le forçant à se décontracter un minimum avant de poser un léger baiser sur son nez. Il sentait ses doigts fins prendre possession de ses cheveux et y glisser avec délice avant de venir taquiner ses oreilles puis son cou.
-Que fais-tu melleth? Nous n'avons pas de temps à perdre en futilités.
-Mmmm... Certes mon amour mais qu'est-ce que quelques petites minutes? Qu'est-ce pour toi si une vie d'homme n'est déjà qu'un battement de cœur?
Elle sut au moment même où elle lâchait innocemment ces mots qu'elle aurait mieux fait de se taire. Elle l'avait visiblement blessé sans le vouloir. L'ellon n'avait pu que faire le parallèle avec sa propre vie et le peu de temps à ses yeux qu'ils auraient à partager. Elle se fit le serment de lui faire comprendre que la moindre seconde passée ensemble était un cadeau précieux. Le temps était leur ennemi mais ils devaient apprendre à l'apprivoiser, voilà tout.
Elle donnerait absolument tout à cet irascible ellon, son cœur lui dictait cette rémission sans plus aucune passe d'armes... du moins pour le moment. Ilyrià se connaissait suffisamment pour savoir qu'ils auraient sans aucun doute d'autres sujets de chamailleries... à commencer par cette odieuse elfine qui lui tournait autour et à qui elle risquait d'arracher les yeux. Ils avaient au moins cela en commun... une jalousie viscérale et souvent pour peu de choses voire rien du tout. Absolument et purement ridicule. Elle avait beau savoir que le fëa de l'elfe s'était lié à elle de façon irrémédiable, quand serait-il quand elle ne serait plus là? Il lui déplaisait de penser que cette hypocrite elleth pourrait se glisser dans la couche de son elfe. Non jamais, il ne la laisserait faire bien trop au courant de l'antipathie qu'elle éprouvait à son égard.
Thranduil sentit le changement d'humeur de sa compagne et, l'agrippant par son fessier, se releva pour la poser délicatement sur la table.
-Ciod?
-Tu dois te vêtir melleth... J'étais venu pour cela, te prévenir que les éclaireurs sont rentrés. -il inspira un grand coup avant de déclarer d'une voix à peu près égale: ton père n'est plus très loin.
-Valar! s'écria sa compagne en sautant de la table où il l'avait juchée.
Elle disparut dans sa chambre avant de revenir avec une robe qu'elle lui fourra dans les bras d'autorité. Sans se soucier de sa présence, la jeune femme ôta sa camisole et se tortilla pour enfiler ledit vêtement. Elle enfila ensuite un surcot et lui tourna le dos en soulevant la masse de ses cheveux noirs.
-Aide-moi mo righ. Lace-le, lui intima-t-elle devant son air perdu.
L'ellon s'exécuta sans rien trouver à y redire, trop abasourdi, alors qu'elle se coiffait à la va-vite à l'aide d'un peigne d'écailles. Un tel degré d'intimité lui était inconnu. La bienséance et l'éducation elfique avaient fait qu'il n'avait jamais connu cela avec Artanis mais il devait avouer que cela lui plaisait assez. Il avait l'impression d'être n'importe quel ellon... Elle se retourna vers lui et se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser rapidement sur le coin de sa bouche.
-Allez aran nîn. Tu sais ce que l'on dit chez moi? Mieux vaut ne pas laisser s'infecter une plaie mais y faire face...
Elle disparut au détour de la porte non sans lui avoir envoyé un baiser du bout des doigts. L'ellon s'autorisa enfin à soupirer avec douleur. Elwë lui avait confirmé ce qu'il redoutait grandement. Le roi Sturten était aux portes de la cité, accompagné d'une quinzaine des siens.
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Ilyrià se tenait une fois de plus sur l'esplanade principale des cavernes dans l'attente d'accueillir de prestigieux invités sauf que cette fois-ci, il s'agissait du pire? Du meilleur? Dont elle aurait pu rêver ici... son père, le roi, le Phénix... bref Sturten, athair pour elle. Les lourdes portes s'ouvrirent sur un grincement sinistre, faisant lever les yeux au ciel de la jeune femme. Pourquoi faire moins mélodramatique?!
Elle se tenait seule, un peu en avant du Ceanar, de son cousin et de Cendera. Les quelques elfes assez téméraires pour venir voir ces sauvages restaient plus loin derrière les gardes, leur roi ou bien encore leur prince. Elle devait bien admettre qu'elle pouvait comprendre leurs réticences. Leur réputation n'était plus à faire avec l'épisode de Muireall tentant de l'assassiner même si son abjecte tentative de possession avait été passée sous silence ou bien son cousin devenant fou... Plus rien ne pouvait redorer un tel blason...
Soudain, le bruit de sabots la tira de ses pensées. Son attention se porta sur un cavalier venu un peu en amont des autres.
-Alors là, c'est une plaisanterie... murmura Ilyrià sans se préoccuper du fait que l'ouïe des elfes pourrait permettre à n'importe lequel d'entre eux de l'entendre.
Stupéfaite, elle fixait le Wallen, la bouche légèrement entrouverte. Âgé d'une quarantaine d'années humaines, il était massif, sa carrure renforcée par la cape de fourrures qui habillait ses épaules. Les cheveux bruns portés mi-longs et libres de toute entrave, ses traits burinés lui conféraient une allure des plus sauvages. Deux yeux verts intelligents perçaient son visage mangé par une épaisse barbe. Il sauta de sa monture avant que celle-ci ne soit complètement à l'arrêt et se dirigea droit vers Ilyrià. L'homme était tout simplement immense. Thranduil, d'où il se tenait, serra les dents en le voyant soulever sa Sirène de terre comme s'ils étaient seuls et non entourés d'une foule d'yeux curieux. Il sentait déjà sa patience s'amenuiser à la voir tournoyer dans les airs. L'homme la reposa ensuite et colla brièvement ses lèvres aux siennes pour la saluer avant d'apposer son front contre le sien.
-Youl... murmura Ilyrià en le saisissant par ses avant-bras. Je suis heureuse de te voir même si je ne pensais pas que tu ferais partie du voyage.
-Ton père a le sens de l'humour, que veux-tu... Il lui était amusant de faire venir un ancien « ami » ma chère, dit-il sur le même ton confidentiel, mais ne t'inquiète pas pour cela.
-Je ne le suis pas, je te connais mon ami, sourit-elle.
-Dis-toi bien que tous ceux qui l'accompagnent à défaut d'anciens amants sont... de dignes représentants de notre peuple, mo caraid mais tous des amis.
-Illùvatar! soupira la jeune femme. Laisse-moi deviner... Aostell? Fergus?
-Entre autres... Tiens, tu vas pouvoir constater par toi-même, fit-il avant de se décaler au bruit de pas battant la pavé rocheux du pont.
Il salua le roi et le prince elfe d'un simple hochement de tête en bon Wallen pas très porté sur la politesse et se retourna pour voir apparaître la suite de la caravane en provenance directe de la Cité sur la Mer. Plusieurs hommes aux cheveux longs pour la plupart tressés étaient là, vêtus eux aussi de fourrures, à brailler plus fort les uns que les autres. Quelques femmes les accompagnaient avec le même air barbare que leurs homologues masculins.
L'arme à la ceinture, leurs visages couverts de tatouages, ils firent frémir la plupart des elfes présents. La sauvagerie suintait de tous les pores de leurs peaux et de leurs mises si étranges aux yeux de la perfection elfique. Ils encadraient sans marcher pour autant devant lui leur souverain bien-aimé.
Vêtu entièrement de cuir de son pourpoint travaillé d'entrelacs d'argent à ses chausses, un manteau rouge sang flottait sur ses épaules restées puissantes malgré l'âge. Ses cheveux neigeux se balançaient doucement au rythme de la légère brise qui s'était levée. Ilyrià se sentit directement transpercée par son seul œil valide. Tout ce qu'elle y lut était ce dont elle avait besoin depuis des lustres... L'amour filial, la joie de la retrouver malgré les circonstances.
Elle se mit à courir vers son père sans tenir compte des usages qu'elle s'était promise d'observer scrupuleusement. Elle se sentait l'âme d'une petite fille à qui son seul parent avait indubitablement trop manqué. La jeune femme se jeta dans les bras du souverain Phénix et déclencha par ce simple geste un enchaînement éblouissant de retrouvailles de leur cru.
Les Wallens derrière elle, qui étaient restés sagement en retrait pour souscrire au bon plaisir de leur amie, allèrent au-devant des nouveaux arrivants. Les elfes furent abasourdis devant tant d'impulsivité. Tous ces rustres se tapaient dans le dos sans vergogne, se prenaient dans les bras, s'embrassant à pleine bouche comme le voulait la coutume, y compris les hommes entre eux.
Un peu partout fusaient des prénoms, du moins les elfes le supposaient, criés avec ces intonations gutturales qui étaient le propre de leur langue.
-Aostell!
-Sileyn! Ciamar a tha thu?
-Teigue!
-A Ceanar! A tha sibh wit a elfens?!
-Vinnian!
-Klaùs! Conàs ta tù?
-Laoghaire! Mo boidhchead*...
Tous ces cris tournaient la tête du souverain elfe. Thranduil ne détachait pas son regard de sa Wallen toujours dans les bras de son père. Il ne pouvait entendre ce qu'ils se murmuraient dans le tumulte ambiant et le regrettait amèrement. Il n'avait qu'une peur, c'était que le roi soit venu en personne réclamer sa fille ou pire la convaincre de le suivre à la Cité. Comment réagirait-il face à une telle situation? Il fit taire cette petite voix pernicieuse et se força à avancer jusqu'au Phénix. Elle l'aimait, était enchâssée à lui comme lui l'était à elle et portait leur enfant. Nulle tentative ne pourrait la détourner de lui, il en était certain. Il devait en être certain.
Arrivés à quelques pas du Phénix, il s'arrêta, Legolas ainsi que quelques soldats sur les talons. Les gardes wallens étaient tous regroupés derrière leur suzerain et il prenait enfin la pleine mesure de leur unicité comme de leur animalité. Sturten ressemblait à un chef de meute qui n'avait qu'un geste à faire pour les faire leur sauter à la gorge. Il reposa sa fille à terre et l'ellon se retint ne fois de plus de lui attraper le bras et de la tirer puérilement vers lui.
Le père d'Ilyrià retenait sa petite main dans la sienne. Thranduil comprenait malgré tout. Il était père lui aussi. À chaque fois que Legolas revenait d'un raid, il devait avouer qu'il résistait difficilement à l'envie de le prendre dans ses bras et vérifier lui-même qu'aucune blessure ne risquait d'attenter à sa vie.
Les deux souverains n'auraient pas pu montrer plus de froideur mais chacun ici présent pouvait apprécier qu'ils n'aient pas sorti leurs armes. Le vieux guerrier avait incroyablement pris sur lui pour assister à cette union qu'il désapprouvait de toute son éther. Ils se saluèrent sobrement, tous deux dans leurs retranchements, soucieux que l'autre ne tente rien de stupide. On ne pouvait chasser des siècles de rancœur juste par le biais d'une personne aimée en commun, si charmante soit-elle.
-Gallion vous accompagnera à vos appartements, roi Sturten où l'on vous fera servir le dîner. Je ne doute pas que vous souhaitiez profiter à loisir, et ce dans l'intimité, de votre fille et de vos compagnons en cette soirée.
-Ne prenez pas la peine d'une collation, seigneur des bois! rugit le Phénix dans un gros rire. J'ai apporté ce qu'il me sied de manger en ce jour de retrouvailles avec mon enfant! Point de boustifaille elfique ce soir! Enfin de la vraie nourriture pour ces pauvres malheureux depuis si longtemps privés! Mo caraids, regardez ma fille! Elle n'a plus que la peau sur les os!
Autant de mauvaise foi flagrante faisait grincer des dents. Ilyrià pressa les doigts de son père, l'enjoignant à mesurer ses propos. La détermination qu'il lut dans ses yeux vairons eut raison de son entêtement à vouloir jouer les troubles-fête.
-Je vous sais gré a righ Thranduil Oropherion, déclama-t-il pompeux, de laisser cette nuit à notre disposition. Je me réjouis d'avoir ma fille pour moi ce soir. Après tout, d'ici quelques heures elle sera vôtre... totalement.
Sur ces mots au summum de l'amabilité pour le Phénix, le groupe des Wallens se détacha des elfes pour suivre l'Intendant. Bien. On pouvait certainement dire, d'un côté comme de l'autre, que cela ne s'était pas trop mal passé... Ils ne s'étaient pas entre-tués et rien que cela, c'était à la limite de l'exploit. Voilà pourquoi l'ellon, en concertation avec Ilyrià, avait convenu que le temps passé ensemble entre les deux peuples devait être minuté au compte-gouttes. Ils auraient tout le loisir de passer les festivités suivant la cérémonie à se mêler les uns aux autres... Aussi, il leur avait paru préférable que chacun passe cette première soirée cloisonné.
De plus, la jeune femme lui avait fait sous-entendre que leur réunion risquait de flamber tout sur leur passage. Mieux valait qu'il n'y ait pas trop de témoins lui avait-elle dit en occultant l'éclat de dégoût qui avait parasité son regard gelé. Thranduil frémit en sentant le frôlement de la jeune femme lorsqu'elle passa à côté de lui, ses doigts s'entrelaçant brièvement aux siens. Ils n'échangèrent aucun regard, savourant simplement le contact fugace de leurs peaux. La logique voulait qu'il ne la reverrait pas ou prou avant la cérémonie.
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Quelques heures plus tard, la fête battait son plein. Les nouveaux venus avaient ri comme des fous en voyant la magnificence des appartements qui leur avaient été préparés. Ilyrià savait que son père refuserait de se séparer des siens autant par souci de sécurité que par habitude. Cela ne dérangeait en rien le souverain wallen de dormir par terre entre ses soldats. Ainsi étaient les Wallens... une meute. Ils avaient aussitôt commencé à pousser contre les murs les différents meubles sans tenir compte de leur richesse puis avaient installés moult plaids de la cité, autres teintures ainsi que des coussins pour s'asseoir à même le sol.
Les bougies et des bâtons d'encens furent allumés tout comme les lampes à huile projetant mille couleurs et dessins au-travers des entailles ciselées sur le fer forgé. Aostell, un Wallen de taille moyenne aux cheveux blonds comme les blés, renvoya les servantes elfes et leur repas non sans donner à l'une d'entre elles une claque sonore sur ses fesses. Finnàm le tança vertement avec un sourire en coin. Beaucoup d'entre eux le questionnèrent sur l'origine de ses nombreuses cicatrices et qu'il réponde de façon relativement évasive fit froncer les sourcils gris du roi. Il était loin d'être dupe apparemment.
Allongés de tout leur long, ils dînèrent grassement, se régalant de diverses sortes de poissons et autres coquillages auxquels les Wallens des cavernes n'avaient pas goûtés depuis longtemps. Ils en étaient aux desserts quand Tressach, un homme aux longs cheveux blancs du fait de son âge avancé, risqua enfin la question, celle que tous se posaient:
-Alors... Vivre avec les elfes?
Tous se turent, y compris Klaùs qui serrait de très près Laoghaire, une jeune Wallen au teint de pêche. Les regards inquisiteurs des nouveaux venus convergèrent sur eux. Le Ceanar se racla la gorge et but une gorgée d'hydromel pour se laisser le temps de répondre. Les yeux rusés du Loup les dévisagèrent les uns après les autres.
-C'est comme... comme vivre auprès de personnes qui donnent l'impression de toujours sentir une odeur pestilentielle lorsque vous les approchez... dit-il en les mimant avec grandiloquence sous les rires. Ils sont d'une pruderie incroyable et prompts à porter un quelconque jugement. Ceci étant dit... continua-t-il avec un clin d'œil à Ilyrià qui le toisait, désabusée- tous ne sont pas ainsi. Nous avons rencontré de fiers guerriers, honorables et loyaux comme le prince ou encore... le roi, asséna-t-il en regardant Sturten.
-A righ, cracha Fergus passablement éméché. Il va te falloir vivre avec ça Sirène... réchauffer la couche d'une banquise relèvera de l'exploit!
Tous se remirent à rire exception faite de son cousin, du Ceanar et de Cendera. Elle se releva à demi sur son coude et balança une miche de pain à moitié entamée sur son compatriote.
-Amadan! Tu es idiot, crétin de hyène! Aussi stupide que ton double! grogna-t-elle en riant.
-Crois-tu qu'il sera semblable à une planche de bois au lit? demanda Mairé, la jeune serval.
-Chaaaaa, la gourmanda Laoghaire, joueuse. Je pense qu'il cache bien son jeu... Tu sais ce que l'on dit... le feu sous la glace...
-Mon seigneur est un véritable brasier, dit tranquillement Ilyrià en se relevant pour rejoindre son père sur la terrasse.
Tous la regardèrent avec des yeux ronds. Elle venait de leur couper l'herbe sous le pied. Heureuse de les voir, il ne lui plaisait cependant pas de les entendre se gausser ainsi de son elfe, leur hôte. La jeune femme aussi avait trop bu. En fait pas vraiment mais le peu qu'elle avait ingurgité avait légèrement vrillé sa raison. Aussi, la retenue à laquelle elle s'était astreinte s'en allait loin dans les cieux danser la gigue avec les filles de Varda.
-La preuve en est fichée dans mon ventre, annonça fièrement la Wallen en caressant amoureusement son abdomen.
-Ilyrià! tonna la voix de son père depuis le dehors. N'était-ce pas sensé rester de l'ordre du privé?!
-Et bien ne sommes-nous pas en famille? lança-t-elle à la cotonnade avec un grand sourire.
Tous se taisaient, leurs regards braqués sur la jeune femme. L'information qui leur avait jusque là échappé remonta à leur compréhension teintée du voile alcoolisé de l'hydromel et de la bière.
-Valar, bana-phrionnsa... tu es éprise de cet elfe? demanda franchement Goulwen qui se trouvait être la plus âgée des femmes présentes.
Sturten avait emmené cette femme pour qu'elle accompagne Ilyrià dans les différentes préparations qui devaient précéder la cérémonie. Le double singe de l'aînée faisait d'elle une des sages de la Cité.
-Aye, déclara la jeune femme d'une voix vibrante. Ce mariage arrangé par Illùvatar sera finalement célébré sous le signe de l'amour mutuel. Alors faîtes-moi plaisir. Ne gâchez pas tout quoi que vous ait demandé Athair.
Son regard bicolore se posa successivement sur Aostell et Teigue.
-Je vous en prie mes amis. Je ne me marierai qu'une fois. Ne l'oubliez pas et refrénez vos ardeurs, idiots que vous êtes.
Klaùs se mit à genoux, un hanap à la main droite et la gauche sur la taille de Laoghaire où elle se perdait dans les jupons de la jeune femme.
-Je te le jure mo ruin que moi, grand vilain Dragon ripailleur, sac à vin et grand amateur de cuisses légères, je ne te ferai pas honte... enfin... pas trop, conclut-il en embrassant goulûment la jeune femme à ses côtés.
Sous les regards moqueurs, il se leva, tanguant, et, le bras enroulé autour de ses hanches, il l'attira à lui. Il les salua tous d'un petit signe de la main avant de tituber vers la porte, Laoghaire sur son épaule comme une vulgaire charge. Ils l'entendirent tous grommeler.
-Tu ne saisis pas à quel point tu vas prendre, petite chatte... Tu auras du mal à marcher demain, tu peux me croire...
Tandis que tous éclataient de rire, Ilyrià alla trouver son père sur la terrasse. Il était tranquillement assis dans un grand fauteuil en osier, le regard perdu à fumer sa longue pipe d'ivoire. Elle s'installa à ses côtés sans un mot et attendit que le Phénix prenne la parole, ce qu'il fit au bout de quelques minutes d'un silence assourdi par le vacarme de leurs compagnons qui devait résonner dans toute la cité.
-Tu es certaine de ce que tu fais, mo clann*? dit-il posément en tournant son œil gris vers elle. Es-tu sûre de ne jamais regretter tes choix? Tu pourrais changer d'avis... Si tu le fais maintenant, je peux encore agir. Il sera trop tard après...
Il n'arriva pas à aller plus loin. La main d' Ilyrià étreignit la cuisse de son père alors qu'elle posait sa tête sur son épaule.
-Je l'aime, Athair.
-Tu crois l'aimer mais serait-ce possible si tu...
-chhhh, souffla-t-elle avant de se serrer contre lui. Je sais tout mais là, il s'agit de moi. Pas de toi ni de mère. Elle a fait son choix, j'ai fait le mien. Ma vie est avec lui. Je ne te remercierai jamais assez de ne pas tenter quoi que ce soit de fou et d'inconsidéré Athair.
Le roi se mit à rire en caressant les boucles folles de sa fille.
-J'y ai pensé plus que de raison mais... Kentigern m'a fait voir la situation sous un nouvel angle. Et s'il plaît aux Valar que tu sois l'épouse de... son épouse, reprit-il, qui suis-je pour m'interposer? Je dois focaliser mes dernières forces pour débusquer ce traître qui foule ma cité comme si de rien n'était...
-Certes. Athair... j'ai encore une requête. Je voudrais que Finnàm, Klaùs et Cendera restent ici avec moi. Je sais qu'ils devraient repartir avec vous mais...
Sturten l'attira un peu plus à lui et l'embrassa sur la tempe.
-tu portes mon petit-enfant, ma fille. Il est hors de question que je vous laisse sous la surveillance exclusive d'elfes, chuchota-t-il en resserrant son étreinte. Ce n'est pas parce que je te laisse en épouser un que je leur accorde ma confiance. Ils sont à l'aise entre ses murs, je le vois bien, soupira-t-il. Aussi resteront ils avec toi au moins jusqu'à la naissance de ton héritier.
Il posa sa large main sur le ventre plat de sa fille.
-Je me demande quelle sera sa part wallen et s'il aura un double à lui... -il se concentra sur le visage de sa fille qu'il empauma doucement- Ma chère enfant, je t'aime et suis bien trop faible pour te laisser te marier sans être à tes côtés... Cependant, je ne resterai pas après la cérémonie. Je m'éclipserai, dit-il avant qu'elle ait pu dire quelque chose. Les nôtres seront présents jusqu'à la fin des festivités mais tu ne peux m'en demander plus.
Ilyrià n'ajouta rien, ce n'était clairement pas nécessaire. Tout était dit, tout ce qu'elle avait désespéré d'entendre un jour. Il l'aimait et respectait ses choix de vie. Entre les lignes, elle comprenait qu'il se rangerait à leurs côtés lorsque cette Ombre maudite se déciderait enfin à sortir des ténèbres.
Wallens comme elfes, ils n'étaient plus isolés.
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Le lendemain matin, ils furent réveillés par une Astareth dont les yeux sortaient littéralement de ses orbites devant cet enchevêtrement de corps couchés sur les tapis. L'elleth dût enjamber plusieurs de ces sauvages. Hommes comme femmes, ils dormaient amoncelés les uns sur les autres. Elle avait l'impression d'être entrée dans la tanière de fauves et que, si elle faisait un geste de travers, elle risquait de se faire dévorer toute crue. L'elfine repéra sa maîtresse un peu plus loin et un sourire ironique se dessina sur ses lèvres. Si le seigneur Thranduil la voyait là tout de suite, en dépit de ses millénaires et de sa vie d'immortel, il serait très certainement terrassé par une crise d'apoplexie. Coincée entre Finnàm dont elle reconnaissait le crâne tatoué et un autre Wallen aux cheveux blonds tressés, elle dormait comme une bienheureuse.
Elle alla jusqu'à elle et la réveilla doucement. L'air ahuri que lui renvoya la jeune femme, ses yeux écarquillés, lui donna envie de rire mais elle se contint.
-Vous avez déserté votre chambre Dame Ilyrià sans en avertir qui de droit. Je dois vous prévenir que sa Majesté n'est pas des mieux disposée au vu de cette incartade... surtout que votre cousin, finit-elle avec une moue dégoûtée, semble s'être perdu... Nous l'avons retrouvé dans votre lit avec une de vos... compagnes.
Ilyrià grimaça un sourire avant de se lever. Elle réarrangea ses cheveux qui ressemblaient à un nid de rapace et se jeta sur la desserte que l'elfine avait apporté avec elle. La bonne odeur des brioches tout juste sorties des fours lui chatouillaient les narines alors que les autres Wallens commençaient à se réveiller autour d'eux comme en témoignaient les grognements. Les yeux encore embrumés par leur beuverie, ils se mirent debout à leur tour. Youl prit la jeune femme dans ses bras et l'embrassa au sommet de sa tête avant de mettre un coup de pieds dans les côtes d'Aostell.
-lèves-toi fainéant! Nous avons une tâche à accomplir! Le bain de la demoiselle ne va pas se faire tout seul! Il nous faut tout préparer avant que ces dames ne prennent possession des lieux! Debout bande de clampins!
Voyant qu'Astareth la regardait avec surprise, Ilyrià se fit un devoir de lui expliquer en quoi consistait ce rite. Tout en croquant dans un second petit pain chaud, elle lui dit, la bouche pleine:
-La coutume veut que la future mariée prenne ce que nous appelons un bain lustral. Il nous permet de nous débarrasser des impuretés de notre première vie pour commencer l'union sur de nouvelles bases, loin des turpitudes de notre adolescence, de nous offrir libre de corps et d'esprit à notre époux.
Elle entraîna l'elfine plus loin, à l'abri des oreilles indiscrètes.
-Astareth, comment va mon seigneur? Est-il fâché contre moi? Contre les miens? demanda-t-elle avec une innocence naïve qui incurva les lèvres fines de l'elleth.
-Ne vous inquiétez pas pour notre roi, répondit-elle doucement. Il sait que vous profitez du temps qui vous est imparti avec les vôtres et le comprend. Il a lui-même un certain nombre d'obligations auxquelles il se doit de souscrire...
-Bien. Peux-tu lui dire... Cha, non, je le lui dirai demain, conclut-elle avant de retourner auprès des siens et de donner congé à sa suivante.
La journée passa à une rapidité affolante. Klaùs ne fit son apparition qu'en fin d'après-midi, les yeux injectés de sang, alors que tous les hommes avaient déjà tout installé dans les sous-sols du palais. L'absence de Laoghaire ne passa cependant pas inaperçue.
-Elle se repose, leur répondit-il carnassier. Elle en a bien besoin la pauvre et crois-moi, elle ne peut t'accompagner à ton bain... l'impureté lui colle à la peau! s'esclaffa-t-il en la prenant dans ses bras.
-Tu es impossible, murmura sa cousine à son oreille. Dis-moi, a co-ogha,un mot en privé...
-Ciod? Dis-moi, tu sais que je ne peux rien te refuser mon cœur.
L'air chiffonné qui tordait le minois de sa cousine le fit froncer les sourcils. Ses yeux d'onyx se plissèrent de mécontentement. Qui osait torturer l'esprit de sa charmante Ily alors qu'elle s'apprêtait à commettre cette bêtise monumentale qu'était le mariage? S'il le fallait, il déchiquetterait sans état d'âme celui ou ceux qui s'en prendraient à elle.
-Il... il y a cette elleth qui tourne autour de... tu vois ce dont je parle, j'en suis certaine, déclara-t-elle d'une voix rapide. C'est puéril je le sais mais quelque chose me taraude l'esprit sans relâche. Je ne sais pourquoi elle est là toujours sur mon chemin mais cela ne me dit rien qui vaille.
-Tu veux que je m'en occupe?
Les grands yeux de sa cousine s'agrandirent. Sa main se posa sur la joue du jeune homme.
-Je ne veux pas que tu lui fasses le moindre mal Klaùs! Enfin quelque part si mais non! Garde-là à l'œil, c'est tout.
-Ha. ne t'inquiète mo chridhe... Comment se nomme donc cette empêcheuse de tourner en rond?
-Niobé, répondit-elle en plissant son petit nez. J'ai tellement de choses à faire, soupira-t-elle, que j'en perds la tête... Ne fais pas attention à ce que je viens de dire, c'est tout bonnement ridicule.
Elle tourna la tête alors que Goulwen et Cendera l'appelaient pour descendre là où avait été préparé son bain. Thranduil avait fait mettre un espace à disposition dans le plus grand secret afin qu'aucun elfe ne puisse la surprendre dans son rituel. Elle ne risquait pourtant pas grand-chose. Les hommes resteraient devant la porte close à jouer très certainement aux cartes.
-Je dois y aller ou Goulwen va m'arracher les yeux! rit-elle en déposant en baiser sur la joue râpeuse du Dragon avant de partir rejoindre les femmes.
Klaùs la regarda s'éloigner avec un pincement au cœur. Qui que soit cette elfine, il était clair qu'elle posait un réel problème. Et les problèmes, il les éradiquait d'un coup de talon. Un sourire de prédateur retroussa ses lèvres charnues. Il se fichait comme d'une guigne du contre-ordre que venait de lui donner Ilyrià. Il allait retrouver cette elleth, la retrouver et lui faire comprendre à quel point mieux ne valait pas se retrouver sur la route d'une Sirène et de son cousin le Dragon.
Ils descendirent tous dans les entrailles du Palais pour entrer dans une petite pièce circulaire aux murs nus mais rendus chaleureux grâce aux divers candélabres et lampes disposés un peu partout en hauteur. Elle avait une allure des plus douillettes malgré la roche froide grâce aux banquettes qui la garnissaient. Des récipients en bois remplis d'eau claire avaient été disposés entre les sofas avec de petits tabourets où trônaient les pains de savons et autres ustensiles propres à la toilette de la future mariée.
Ilyrià vit en entrant les bacs de pierres chaudes et les grandes louches utilisées spécialement pour les asperger d'eau afin de produire la vapeur nécessaire à ce bain purifiant. Par ce geste, elle allait se dépouiller de sa vie pour embrasser sa nouvelle condition. La jeune princesse se retourna sur le pas de la porte vers ses compagnons. Dans leurs sourires bienveillants, elle lisait l'amour qu'ils lui portaient tous. Elle croisa les bras sur sa poitrine pour caler ses poings fermés sur le bas de ses épaules en inclinant la tête.
-Moran taing mo caraids.
Elle avança ensuite à reculons dans la pièce, laissant Cendera refermer la porte sur elles. Ilyrià se plaça ensuite au centre de la pièce sans dire un mot. Dans le silence le plus total et lourd malgré tout de sens, elle écarta les bras et se laissa faire. La plus âgée d'entre elles se plaça derrière elle alors que Cendera se tenait au contraire devant elle. Elles la déshabillèrent entièrement avec lenteur et l'invitèrent à s'allonger sur la banquette la plus longue. Tout en psalmodiant de leurs voix douces, elles commencèrent à mouiller les pierres chaudes. Bientôt toute la pièce fut envahie de brumes blanches au délicat parfum.
La Sirène pouvait sentir les effluves des herbes et autres fleurs sauvages qu'elles avaient posées sur les roches grises. Elle reconnut l'odeur du lys, du myrte et des fleurs de cerisier sensées lui conférer leurs propriétés magiques. Alanguie sur le divan, elle laissa son corps au bon soin des deux femmes. Cendera lui massa le corps avant de l'enduire doucement d'huiles embaumantes alors que Goulwen passait un peigne en os d'olifant dans ses boucles sombres. Après avoir enduit ses jambes de dropax*, l'Aiglonne passa un racloir d'ivoire pour chasser les indésirables.
Soudain, la voix de Goulwen retentit, faisant sursauter la jeune promise qui somnolait légèrement, totalement décontractée.
-Ton corps redevient pur de toutes tes actions passées, des amants qui ont pu en tirer le moindre plaisir. Te voici... chaste aux yeux de ton promis, déclama-t-elle puis avec un sourire espiègle: il me paraît difficile de sacrifier au vierge traditionnel au vu de ta situation, dit-elle en effleurant son ventre. Nous allons aussi passer sur le rituel des dattes ma jeune princesse. La fertilité de ton futur époux n'est plus à encourager, il me semble.
Toutes les trois se mirent à rire. Ce moment de légèreté leur faisait à toutes un bien fou alors qu' Ilyrià sentait la nervosité due au mariage du lendemain commencer à l'étreindre, que Cendera pensait un peu trop à un certain prince et que la vieille Wallen n'était pas des plus à l'aise hors de la sécurité de sa cité. Quelques heures passèrent ainsi, à l'abri de ces murs à bavarder de tout et de rien.
Ilyrià finit par se relever sous l'impulsion de la jeune chamane et, une fois de plus, s'exposa au milieu de la pièce. L'étape finale du bain lustral consistait à la rincer à l'eau froide. Elle couina sous la morsure de l'eau parfumée sensée resserrer les pores dilatés de sa peau mais aussi accroître la puissance magiques des herbes au pouvoir aphrodisiaque. Elle avait du mal à reprendre son souffle alors que Cendera se moquait gentiment d'elle. Goulwen les regardait d'un œil attendri terminer le rituel. L'Aiglonne la vêtit d'une longue tunique blanche qu'elle ceignit d'une cordelette aux galons dorés. Puis, d'un geste adroit, elle plaça la couronne nuptiale tressée de fleurs sur ses cheveux brossés minutieusement.
-Tu devras garder cette couronne signe de ton appartenance à ta famille jusqu'à ce que ton époux l'enlève lui-même au pied de votre lit conjugal, annonça-t-elle avec un sourire pour la jeune femme devant elle qui n'en menait visiblement pas large.
La Sirène avait beau avoir un caractère emporté, elle ressemblait à toute autre jeune femme de leur peuple devant l'imminence de son engagement. Le vivrait-elle un jour elle aussi? Cendera ne s'était plus posée la question depuis de nombreuses années mais là, dans la moiteur du bain, sa rêverie avait pris un drôle de chemin alors qu'elle s'occupait du corps de son amie. Legolas avait le don de lui faire oublier ses devoirs et de lui laisser entrevoir toutes ses possibilités... En regardant Ilyrià sourire rêveusement, les yeux brillants de son amour pour le roi, oui elle se rendait compte qu'elle aussi souhaitait tout cela.
Elle voulait l'amour de son prince. Cendera se promit de le trouver et de voir si tout cela n'était dû qu'à l'ambiance qui régnait ici ou bien si ce qu'elle ressentait était réellement le cheminement de sa pensée amoureuse. Bientôt. Pour le moment, il lui fallait se concentrer sur sa jeune amie.
-Il est l'heure d'aller te reposer, mo caraid. La journée de demain sera plus qu'éreintante.
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Une lumière d'une clarté insoutenable aveugla la jeune femme endormie. Elle roula sur le ventre et enfouit son visage affecté dans l'oreiller moelleux en grognant comme un animal sauvage.
-Charmant... commenta une voix féminine avant de tirer les rideaux. Lèves-toi, il est tard. Nous t'avons laissé dormir mais il est maintenant l'heure de commencer à te préparer. Je te rappelle juste que d'ici quelques heures, tu seras la souveraine détestée de tout un royaume.
-Tu as le don pour donner envie... ronchonna la Wallen, les yeux plissés. Es-tu sûre de bien suivre les enseignements de ton maître, Aiglonne? Souscrit-il vraiment à cette façon de faire? Parce que si oui, rappelles-moi de lui dire ce que j'en pense...
-Tu pourras le lui dire tout à l'heure, rit Cendera en la tirant hors du lit encore chaud. N'oublies pas qu'il vous unira pas plus tard que tout à l'heure!
-Mmmmm...
Ilyrià se leva tout à fait et, le pas encore peu sûr après la nuit tumultueuse qu'elle venait de passer, se rendit à la salle d'eau se rafraîchir. Elle avait suivi les conseils de son amie et était rentrée tout de suite après le bain dans sa chambre. Un court moment, elle avait hésité à monter voir le roi mais avait renoncé. Ce n'était pas l'envie qui lui avait manqué mais le courage. Le bain l'avait totalement ramollie, épuisée et elle ne ressentait que l'envie de s'allonger pour s'abandonner paisiblement aux bras d'Irmo.
Malheureusement, était-ce dû aux doutes, à la peur ou quoi que ce fut, elle dormit très mal, d'un sommeil entrecoupé de cauchemars et de rêves dont elle n'arrivait pas à se rappeler.
Lorsqu'elle passa dans le salon, la jeune femme vit que Cendera n'était pas seule. Goulwen, Astareth et son ennemie jurée du moment, la couturière démoniaque, étaient déjà là à l'attendre. En sautillant, elle alla se servir une tasse de thé en se perchant sur la table sous le regard scandalisé de Mayana. Elle mordit à pleine dents dans un gâteau au miel et leur lança en se léchant consciencieusement les doigts:
-Déjà prête Cendera? Mais n'est-ce pas un peu prématuré?
-Dame Ilyrià, fit Astareth consternée. Vous rendez-vous seulement compte de l'heure tardive? Il ne vous reste que trois heures avant la cérémonie.
Ilyrià recracha un morceau sur le tapis en s'étranglant à moitié sous les rires moqueurs de Cendera et Goulwen. Les elfines se seraient bien mises à rire elles aussi, seule leur éducation et leurs rangs respectifs les en empêchaient.
-Ciod? Est-ce une tradition de railler ainsi la future mariée?
-Cha mo caraid... Le roi, ton futur époux, dit doucement la chamane -elle lui caressa le bras diplomate- tout comme ton père ont demandé à ce que tu puisses te reposer... Ta santé est leur priorité.
-Oh oui, d'accord, répondit Ilyrià en jetant un coup d'œil rapide à Mayana, seule ignorante de son état. Bon et bien je suppose que je n'ai pas le choix...
-Non effectivement, fit Astareth en l'enjoignant à venir la rejoindre au milieu de leur cercle.
Ilyrià se dépêcha de terminer son breuvage au goût délicieux de fruits des bois et écouta docilement les instructions que toutes lui donnaient en même temps. Elle avait l'impression de se tenir au milieu d'une vraie basse-cour tant toutes les femmes caquetaient en même temps qu'elles lui tournaient autour, la jaugeant d'un œil critique.
Sa chemise de nuit lui fut enlevée sans qu'elle ne puisse le faire elle-même et se retrouva absolument nue, offerte aux regards critiques. Goulwen se chargea d'oindre la moindre parcelle de son corps d'un baume aux enivrantes senteurs de figue et de baies alors qu'elle réussissait au prix d'une longue lutte à enfiler elle-même son sous-vêtement.
La jeune Wallen fut assise de force sur le tabouret de la coiffeuse improvisée et s'abandonna aux mains expertes de sa suivante. Astareth tordit ses cheveux et les sépara en six tresses qu'elle remonta en un chignon compliqué au sommet de sa tête. L'elfine plaça ensuite délicatement une carrëa d'argent en crépine sur ses boucles ainsi domptées avant de remettre la couronne nuptiale.
Pendant ce temps, Cendera ne perdait pas son temps. Armée de divers onguents, elle avait rapproché une chaise et avait entrepris de la farder à la mode wallen. Elle traça d'une main sûre un trait de khôl sous les yeux de la jeune femme, accentuant ainsi la singularité de son regard et lui appliqua une fine couche de poudre de riz et d'or sur le visage. Elle termina avec un baume coloré sur ses lèvres pulpeuses pour leur faire prendre une jolie couleur irisée.
Impuissante, la Wallen regardait ses compagnes faire par-delà le reflet de l'énorme miroir posé en face d'elle. Des heures qu'elle était là à se transformer en cet ersatz d'elle même à mi-chemin entre une wallen et une elfe... Tout cela lui semblait d'une telle futilité, comme si ce n'était pas elle assise là à se laisser tripoter par toutes ces mains étrangères.
Ilyrià enfonça ses ongles dans ses cuisses nues. Tout son être lui criait de prendre ses jambes à son cou et de les planter là. Elle ressentait le besoin intense et primale de monter d'un étage et de voir celui pour lequel elle s'astreignait à ces corvées. Thranduil était resté invisible depuis trop longtemps, voilà où était le fin fond du problème. Elle ne l'avait pas vu depuis l'avant-veille et mourrait d'envie de se blottir entre ses bras à l'abri de ces harpies. Oh bien sûr, si seule Cendera avait pu être présente, tout aurait été plus simple. Heureusement qu'elle l'avait avec elle sinon la Wallen se serait déjà très certainement défenestrée. Elle soupira en se levant. Plus qu'une heure, elle le retrouverait enfin et pourrait se noyer de sa présence et de son parfum délectable.
Elle n'écoutait que d'une oreille distraite les directives lointaines de Mayana et leva les bras. Le tissu soyeux de sa nouvelle robe bruissa voluptueusement sur son corps nu, la ramenant à la réalité. Un sourire éclaira son visage quand elle se vit dans la psyché face à elle. Elle qui avait craint que la couturière ne lui présente une fois de plus un instrument de torture était plus que soulagée.
La robe était d'une vaporeuse mousseline, fluide et sans contrainte ni fioriture exagérée. Sans mouler son corps, elle le drapait légèrement. Dépourvue de corset, d'une belle couleur bleue pâle semblable aux yeux de givre de son amant, tout juste resserrée sous la poitrine par un large ruban pastel, elle bombait délicatement la naissance de ses seins par un charmant décolleté large et carré. Elle lui donnait une allure très féminine sans en faire de trop. Les manches tombantes s'évasaient pour couvrir ses bras ronds et la protéger ainsi du froid. Astareth s'accroupit pour lui faire passer une paire de chaussons à rubans qu'elle noua haut sur ses bas.
Ilyrià regarda Mayana et lui saisit la main qu'elle embrassa dans un élan de sympathie afin de la féliciter pour son travail.
-Vous avez abattu un travail absolument remarquable, Dame Mayana... Cette robe est tout bonnement splendide! Jamais je n'aurai pu imaginer telle splendeur!
La couturière rosit de plaisir sous l'avalanche de compliments. Elle voulut remercier la wallen mais un coup discret l'en empêcha.
-Je crois bien qu'il est l'heure mo caraid, souffla Cendera en allant ouvrir.
Elle resta figée sur le pas de la porte. Alors que l'Aiglonne l'avait tout d'abord évité pendant des jours entiers puis qu'enfin elle s'était décidée à lui parler, voilà qu'il se trouvait là devant elle. Son prince. Vêtu d'une cotte courte verte feuillage brodée d'or sur des chausses de la même couleur légèrement plus sombre, il était magnifique. Ses longs cheveux blonds libérés de l'entrave de ses tresses de combat n'étaient retenus que par un diadème d'argent seul symbole de son rang. Ils se dévisagèrent quelques secondes avant que Legolas ne se reprenne. Un sourire félin étira ses lèvres parfaites alors que ses iris bleutés s'assombrissaient du désir de la toucher, de se saisir d'elle et de l'emmener loin de tout ce vacarme dans un endroit où lui seul pourrait profiter d'elle.
-Il est temps, dit-il simplement.
Cendera se décala pour le laisser passer. L'ellon put sentir le parfum de soleil chaud envahir son corps entier. Elle le grisait complètement malgré qu'elle ne cesse de faire l'anguille ces derniers temps et le fuisse comme la peste. Son regard eut du mal à se détacher du balancement de ses hanches emprisonnées dans le jupon de soie ivoire qu'elle portait. Son cœur bondit de plaisir en entendant le tintement des bracelets à breloques ceints à ses chevilles fines. Ils ne faisaient que lui rappeler la soirée où il l'avait vue pour la toute première fois. L'elfe s'arracha de la contemplation de la jeune chamane dont la brassière perlée menaçait de le rendre fou de jalousie si un autre que lui posait les mains sur sa peau restée nue pour se focaliser sur la Sirène. Il la salua une main sur le cœur.
-Vous êtes ravissante, Dame Ilyrià.
-Nous le sommes toutes, ne trouves-tu pas prionnsa? répliqua-t-elle avec un rapide clin d'œil qu'il fut heureusement le seul à surprendre.
-Certes, vous m'enlevez les mots de la bouche, répondit-il galamment en souriant à toutes les femmes présentes. Il est toutefois temps de partir. Le chemin n'est pas long mais mieux vaudrait-il ne pas faire trop attendre notre roi.
Toutes prirent son conseil plus qu'au sérieux. Elles sortirent non sans que la couturière ne dispose un mantel doublé d'hermine sur les épaules de la Wallen. Ilyrià allait quitter les lieux à son tour quand Legolas la retint, une main sur son bras. Elle le fixa interrogatrice.
-Wen Ilyrià, j'ai un présent pour vous... de la part de mon père. Il souhaitait vous l'offrir avant la cérémonie au cas où il vous siérait de le porter. Le protocole fait que je suis son humble messager.
Il dégagea de son pourpoint un carré d'étoffe et le tendit à une Wallen plus que curieuse. Délicatement, elle écarta les pans de tissu pour y trouver niché une fine chaîne d'argent au bout de laquelle pendait un merveilleux pendentif.
-Un hippocampe, sourit Legolas en lui prenant le bijou des doigts, le symbole de Uinen, la déesse des mers intérieures reine des Sirènes. On raconte que sa longue chevelure couvrirait les fonds marins...
Il se plaça dans son dos et lui passa le bijou autour du cou qui alla se caler confortablement entre ses seins. Il lui tendit ensuite son poing fermé.
-Y allons-nous?
-Legolas... hésita-t-elle un instant avant de se lancer: je suis désolée du tourment que tu as vécu prionnsa. Toutefois, je crois qu'il y a une raison à chaque chose et Cendera...
-Ilyrià, la coupa-t-il doucement. Nous nous comprenons. Cela suffit, il n'y a pas besoin d'autre explication, d'autres paroles.
Un sourire éclaira le visage de la Wallen.
-Tant mieux. Qu'attendons-nous alors? Mais tout d'abord où m'emmènes-tu prionnsa?
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Sous les directives de son roi, Legolas n'avait pas voulu révéler quoi que ce soit. Toutefois, il n'avait pas fallu longtemps à la jeune femme pour comprendre où ils se rendaient. Thranduil avait fait en sorte que la cérémonie soit célébrée dans le seul endroit où la Wallen se sentait merveilleusement bien. Les grottes. Il savait que le rite voulait que la Sirène s'unisse au pied d'un point d'eau. Quel endroit plus propice que celui-là où ils avaient su pour la Pousse?
Des lampes chamarrées égayaient les parois rocheuses de la caverne. De longues guirlandes de fleurs aquatiques louvoyaient çà et là entre les braseros arrangés pour donner un minimum de clarté tandis que de longs fils d'or et d'argent flottaient au rythme du vent de cette fin d'hiver. Des lampions avait été accrochés Ilyrià ne savait comment tout du long du plafond, donnant l'illusion d'un toit à ciel ouvert comme si les étoiles bénissaient leur union. Les domestiques avaient disposé de petites fontaines en pierres blanches en deux rangées distinctes surplombées de flambeaux.
Elles donnaient l'illusion d'une allée qui la mènerait vers son destin le moins funeste soit-il se prit-elle à espérer, légèrement sinistre.
Au bout du chemin, elle aperçut les siens d'un côté et les elfes de l'autre compactés séparément comme mus par l'appréhension de se mélanger. Une agréable odeur de cannelle et de sauge lui emplit les narines. Que ce fussent les Wallens ou bien les nobles qu'avaient dû inviter Thranduil à regret, ils étaient debout dans l'attente de leur arrivée. Pas question de sièges, les invités privilégiés se devaient de rester debout pour entourer le couple.
Finnàm arriva vers elle d'un pas souple et empressé. Le Ceanar était incroyablement beau pensa la jeune femme avec un sourire. Sanglé élégamment dans une tunique de cuir tressé noire, sa force s'imposait d'elle-même. La barbe qu'il avait laissé pousser sur ses joues abîmées était taillée rase si ce n'était sur la longueur accentuant ainsi son animalité.
-A Ghraidh, tu es magnifique, s'exclama-t-il, ses yeux jaunes brillants. N'aies pas peur... souffla-t-il en détachant sa main du bras de Legolas auquel elle se cramponnait. Tout est prêt, j'y ai veillé... Même cet idiot d'hyène s'est mis au travail! Alors aye, tu n'as pas que des amis là-bas mais, a Ghraidh, fixe ton attention sur lui et uniquement lui. C'est tout ce dont tu as à besoin. Il est là tout comme ta famille. Et... si quelqu'un se permet la moindre remarque, je connais un Dragon qui n'attend qu'un signe pour occire n'importe qui...
Il sourit en entendant le rire perlé de la jeune femme.
-Tu es une Wallen, ne crains personne.
-Tu es fou bel-ami... As a chiall*!
Il s'approcha un peu plus près d'elle et, enroulant sa nuque de sa grande main, il lui murmura à l'oreille.
-Je pense qu'il serait préférable que je te mène à ton seigneur... Il vaut mieux laisser ton père entre les nôtres, qu'il cultive son amertume seul plutôt qu'au su des elfes.
-Aye, tu as raison mo caraid, comme toujours.
Ilyrià sourit au jeune homme avec confiance. Il savait si bien pointer du doigt ce qui la tracassait, les tourments qui lui rongeaient les entrailles... Et comme à son habitude, il avait entièrement raison. Qu'importe qui était là-bas, qui la fusillerait du regard comme s'il se retenait de' la tuer, qui médisait, qui qui qui... Rien n'avait d'importance si ce n'était que, malgré les différentes épreuves qu'ils avaient traversé dont certaines dues à eux-mêmes et celles qu'ils rencontreraient encore, enfin il allait être sien.
En réalité, à bien y réfléchir, ils s'appartenaient déjà et ce depuis la première nuit où il l'avait prise après qu'il l'ait retrouvée dans le ruisseau de sa maudite forêt. Elle ne retenait jamais grand-chose des leçons qu'elle prenait sur les us et coutumes elfiques mais il est vrai que depuis l'annonce imminente de son mariage, la Wallen s'était documentée sur ce que leur union impliquait exactement pour Thranduil. Elle avait compris que la relation physique était le point de non-retour pour les elfes lorsque leur fëa s'en mêlait. Oui ils s'appartenaient quoiqu'en disent leurs détracteurs.
La jeune femme releva le menton avec morgue avant de se saisir de la main de son ami. Ils étaient seuls. Tous avaient déjà pris place dans le cercle sacré tracé par le Guérisseur un peu plus tôt. Elle n'en revenait toujours pas des sacrifices auxquels avait consenti son roi. Laisser le mage mener la cérémonie, le texte rituel wallen... seul l'échange d'anneaux restaient l'aspect elfique auquel ils n'avaient voulu déroger.
Le brouhaha des voix lui parvenait de plus en plus fort à mesure qu'ils avançaient. Ilyrià pouvait voir les deux groupes séparés comme si une barrière invisible se dressait entre eux. Ils se tenaient dans le cercle de pierres blanches au bout duquel elle distinguait l'autel de fortune posé au bord de l'eau. Son clapotis se mêlait agréablement au son du piob et de la lyre qui jouaient doucement.
Le piédestal fait des pierres bleues de la Cité et incrusté d'ambre ainsi que d'airain brillait doucement. On aurait pu croire qu'un halo de lumière l'inondait tout particulièrement. Elle aperçut le bol sacrificiel rempli, elle le savait, d'hydromel ainsi que la branche de gui traditionnelle.
Thranduil se tenait là, droit et fier, aux côtés du Guérisseur enveloppé de son éternelle pèlerine foncée. La jeune femme eut l'impression, l'espace d'un fugace instant, qu'ils étaient seuls au monde. Son souffle se bloqua tant il était absolument... lui. Comme s'il l'avait senti, l'ellon tourna son visage impassible vers elle, la transperçant de ses yeux pâles. Il ne sourit pas, n'en avait pas besoin. Son regard resta de glace comme elle avait appris à l'aimer mais Ilyrià connaissait la lave qui brûlait en lui.
La jeune femme se rendit compte que sans le vouloir, du moins le crut-elle naïvement, ils s'étaient parfaitement accordés. Le seigneur de Vert Bois avait revêtu un bliaud de couleur bleue sombre, une cotte longue resserrée à la taille par une large ceinture bordée de soieries sur des chausses gris perlé. Sa sous-tunique avait la couleur exquise de ses prunelles. Pour compléter sa tenue, une cape rectangulaire était attachée sur son épaule droite par une fibule d'argent.
Ilyrià se détacha du Ceanar qui alla se placer à la droite de son père dissimulé entre les leurs. Elle tendit machinalement la main pour frôler celles tendues des Wallens sur sa gauche. A contrario, elle ne percevait plus les regards noirs et médisants des courtisans elfiques. En quelques pas, Ilyrià rejoignit son amant, un grand sourire étirant ses lèvres rondes. Elle était tout simplement à sa place. A ses côtés.
Thranduil prit sa main qu'elle avait laissée pendante, perdue dans sa contemplation méditative. Le voile de désir qu'il lisait dans son regard faisait écho à celui qui lui enflammait ses propres sens. Valar, elle était atrocement délicieuse dans sa toilette de la couleur d'un ciel de printemps... Deux jours qu'il ne l'avait pas vu, deux longues journée odieuses qui lui avaient fait prendre conscience à quel point il était perdu. L'amour qui les consumait lentement menaçait de les faire basculer à tout moment. C'était pourquoi le roi s'interdisait d'irradier d'une quelconque joie ou tout simplement de sourire. Hors de question de nourrir les quolibets des nobles qui les scrutaient, n'ayant que peu l'habitude de les voir l'un à côté de l'autre.
D'un simple mouvement de tête, il l'enjoignit à se tourner vers le mage wallen. Alors seulement, il autorisa ses lèvres à s'incurver doucement face au plaisir qu'elle montrait à s'unir dans ce lieu. Les langues, qu'elles soient elfiques ou wallen, se turent lorsque la voix du Guérisseur s'éleva, puissante et vibrante.
-Salut au Jour, Salut aux fils et filles du Jour. Salut à la Nuit et au regard bienveillant de ses filles qui nous garantit la victoire. Salut aux Valar, Salut à Erù Illùvatar, Salut à la Terre Gracieuse, donnez-nous la sagesse et des mains remplies de vos grâces tant que nous vivrons! Il y a une Grand Frêne Blanc que je connais avec ses grandes branches scintillantes et sa rosée brillante qui s'écoule dans les vallées verdoyantes. Je consacre cette union au nom du Père de Toutes Choses, récita le Mage aux étranges yeux bridés le visage à peine visible sous son large capuchon. Elen siluva aurenna veryanivesto, une étoile brillera durant la belle journée de votre mariage.
Un murmure appréciateur parcourut l'assemblée elfique en entendant leur langue rouler si plaisamment et sans aucun accent dans la bouche du chamane. Thranduil coula un œil vers le Guérisseur. Malgré la situation, il ne pouvait s'empêcher de se poser mille et une questions à son sujet. Il restait un ellon de pouvoir adonné aux multiples rouages politiques après tout.
-Te donnes-tu de ton plein gré, Sirène? demanda le sorcier pour la forme.
-Certes pas du mien, maugréa Sturten à voix haute.
-Aye, asséna Ilyrià en se retournant à demi pour fusiller son père du regard.
Thranduil reporta son attention légèrement dissipée sur la jolie jeune femme à sa gauche lorsque sa voix s'éleva suavement, tentant de dissimuler le léger trémolo incertain qui l'agitait. Ses grands yeux de biche s'accrochèrent aux siens. L'ellon retint difficilement un mouvement de surprise quand il l'entendit parler en sindarin bien qu'imparfait et bardé d'un accent rocailleux. Voilà donc cette surprise, celle qu'elle préparait depuis des semaines, il le savait. Elle ne pouvait rien cacher, bien trop entière pour cela.
-J'en appelle à tous ici présents de témoigner que moi Ilyrià, fille de Sturten roi Phénix et de Kennocha Reine sous la Mer, je prends cet elfe Thranduil Oropherion roi du Royaume de Vert-Bois et que je comprends la solennité de ma décision.
L'ellon, lui, garda le silence. Cette consécration était dans la plus pure tradition wallen. Il n'existait rien de semblable dans les rites de l'union des fëar elfiques. Le chamane saisit alors la branche de gui sur l'autel qu'il trempa dans le bol d'hydromel. Il l'agita sur le couple de façon à ce qu'il soit aspergé de quelques gouttes puis fit de même sur l'assemblée réunie derrière eux. Plusieurs elfes se mordirent la langue pour ne pas s'écrier au scandale, le regard de Legolas les clouant sur place. Il s'était mis en première ligne derrière son père alors que Klaùs s'était placé tout au fond derrière le groupe des Wallen. Chacun pouvait apprécier les réactions des invités et ne se privaient pas de prendre note de tout ce qui pourrait les chagriner.
Ilyrià attrapa d'une main désormais plus sûre le hanap que lui tendit le Guérisseur et de l'autre prit celle de l'ellon qu'elle posa sur le gobelet de bois.
-Ce hanap t'apportera, roi cerf, la force et la puissance, la gloire et les charmes ainsi que de nombreux fils -elle rougit divinement à ces derniers mots- de très bons sortilèges et des runes joyeuses.
Le Guérisseur ouvrit sa paume droite où se trouvaient deux anneaux d'or ciselés.
-Placez vos mains sur les anneaux sacrés que chacun d'entre vous passera au tassa droit de sa moitié d'âme. Un anneau n'a ni commencement, ni fin comme l'Amour. La main droite, elle, est le symbole de la force qui vous unit désormais.
Thranduil passa l'anneau à l'index d'Ilyrià qui fit de même, effleurant ses doigts plus longtemps que nécessaire. Il frémit au contact de sa peau contre la sienne. Ses joues roses lui donnaient des envies crapuleuses et il dut se faire violence pour ne pas passer le dos de sa main sur sa pommette. Avec douceur, tout en gardant une distance entre eux deux, il s'inclina vers elle et posa ses lèvres closes sur les siennes.
A ce simple geste, un boucan d'enfer retentit entre les murs de la grotte. Tous les Wallens présents avaient saisi un bouclier déposé à leurs pieds ainsi qu'une hache et fracassaient frénétiquement l'arme contre le bois de l'écu en les fixant comme s'ils attendaient quelque chose de plus.
Alors, la main de sa toute nouvelle femme disparut dans son dos, entre sa robe et son manteau. Avec une aisance qui prit tous les elfes de court, elle sortit un petit poignard de sa prison de tissu dont elle appuya sensiblement la lame contre le cœur du souverain. Des éclats de voix se mirent à vociférer se heurtant au tonnerre assourdissant provoqué par les Wallens.
Néanmoins, l'ellon ne craignait pas qu'elle le blesse. Au contraire. Il sentit une pointe de désir malvenu lui mordre les reins alors que le regard d'Ilyrià flamboyait de cette passion qui la caractérisait tant.
-Mo righ, aran nîn, s'écria-t-elle d'une voix claire, voilà qui me vengera de tes infidélités, saches-le. Si tu manques à ta parole envers moi, ma lame, elle, ne te manquera pas.
Avec la même célérité, elle fit tournoyer le couteau entre ses mains et l'envoya à Finnàm qui le rangea à sa ceinture, satisfait. Elle claqua ses mains l'une contre l'autre et s'exclama, ravie.
-Bien! Et si nous allions nous régaler? Que la fête commence!
O0o0o0o0o
La grotte s'était vidée très rapidement. Tous les elfes étaient déjà repartis vers le Palais du Roi où se tiendrait le banquet nuptial. La Wallen savait que Thranduil avait chargé Gallion de préparer la Grande Salle en vue des festivités qui devaient s'y dérouler. Cendera avait pris sur elle avec l'aide de Finnàm de donner un coup de main, histoire d'être sûrs que quelques éléments traditionnels wallens seraient bien présents.
Les compagnons d'Ilyrià avaient fait leurs adieux à leur souverain qui, ils le savaient tous, avait pris la décision de repartir dès la fin de la cérémonie. Sturten avait fait un énorme effort sur lui-même et ses principes mais ne pourrait en supporter plus. Ilyrià ne lui demandait d'ailleurs pas, toute à son bonheur qu'il ait été là.
Ils s'étaient fait leurs adieux discrètement alors que le vieux roi avait pris ses dispositions pour repartir sous sa forme de Phénix à l'abri des regards. Il ne voulait personne à ses côtés et surtout pas sa fille au moment où il s'en irait, désireux de ne pas céder à un moment de faiblesse émotive. Seul le Ceanar, avec qui Sturten souhaitait s'entretenir, était resté sur avec lui. La désormais nouvelle reine esquissa un léger sourire. Certes, elle se sentait triste mais les choses n'allaient pas si mal. Ilyrià savait qu'elle reverrait a athair d'ici quelques mois. Effectivement, son père lui avait murmuré à l'oreille qu'il n'aurait d'autre choix que de venir pour la naissance de l'héritier, celui qui, de par sa seule venue au monde, réunifierait les deux improbables royaumes.
Klaùs s'approcha d'elle toujours rêveuse et, la prenant par la taille, la plaça devant le souverain elfe sur le dos de sa monture. Elle réalisa alors seulement qu'enfin, cette place lui était légitime. Elle n'avait plus à se cacher outre mesure pour l'approcher sans déclencher une suspicion malvenue. Il ne restait plus que son cousin et le Ceanar lorsqu' eux-mêmes prirent le départ pour la cité. Aussi se blottit-elle entre les bras de Thranduil, le bout de son nez caché dans les plis de sa cape. Il la tint serrée contre son torse et lança sa monture au galop.
L'air, en cette fin d'hiver, était froid et mordant mais la jeune femme s'en moquait. Pour rien au monde, elle n'aurait échangé sa position avec qui que ce soit. La Wallen était soulagée que la cérémonie rituelle se soit bien passée et que personne, d'un côté comme de l'autre, n'ait provoqué le moindre esclandre si ce n'était le léger trait d'humour noir de son père.
Frigorifiée, elle glissa sa main dans le pourpoint de l'ellon à la recherche d'un peu de chaleur alors que ses yeux s'écarquillaient de plaisir en découvrant la citée parée des mille flambeaux et torches qu'avaient installé les serviteurs de la Maison du Roi. De grands tréteaux étaient disposés un peu partout le long de rues pierreuses surchargés des mets préparés dans les cuisines du palais. L'air embaumait de l'odeur délicieuse des venaisons et entremets savamment entreposés là. Le souverain avait ainsi voulu faire participer l'entièreté de son peuple à la liesse sensée régner. De nombreux elfes acclamèrent leur roi à son passage, des elfing jetaient des brins de niphredils et autres fleurs d'hiver sous les sabots du cheval royal à leur passage.
L'amour du peuple à l'égard de leur seigneur était palpable et vibrait dans l'atmosphère, la parant d'une exquise beauté qui réchauffa le cœur de la jeune épousée. Bien évidemment, elle savait qu'elle ne comptait que peu dans cet engouement mais il lui était agréable de voir à quel point Thranduil était un roi aimé de ses gens.
Arrivés au pied des marches du palais, l'ellon sauta à bas de la monture et jeta les rênes au premier venu. Il saisit la Wallen et l'aida à descendre en veillant à ne pas déranger sa mise. Il s'astreignait à rester distant mais ne put résister à l'envie de l'attirer à lui le temps de glisser au creux de son oreille :
-Il me tarde, ma Dame, que cette mascarade se termine et de sceller cette première nuit – sa voix se fit velours et le corps entier d'Ilyrià frémit sous l'onde de désir qui déferla en elle- Je compte bien user de toi à ma guise jusqu'à ce que tu me demande grâce melleth nîn...
Il s'écarta aussitôt mais son regard ne pouvait dissimuler la concupiscence qui y luisait comme autant d'étoiles polaires. Elle délaça lentement le cordon qui retenait les pans de son manteau, se révélant ainsi aux yeux de l'ellon avec un sourire diabolique. Elle monta quelques marches tout en sachant qu'il ne loupait absolument rien et se retourna de trois quart pour lui lancer négligemment :
-Peut-être est-ce toi qui m'imploreras mon seigneur et maître ?
Un frisson d'excitation saisit l'elfe. Il était affamé et ce n'était visiblement pas de nourriture... enfin pas tout à fait.
O0o0o0o0o0o
Adossé au mur jouxtant la porte d'entrée de la salle, les bras croisés sur sa tunique de cuir rouge sang, Klaùs regardait d'un œil critique les convives évoluer entre les tables et l'espace dédié aux musiciens. La salle avait été richement décorée entre les profusions de vases fleuris et autres candélabres mais ces détails ne 'l'intéressaient... comment dire? Ah oui, point du tout. Son attention aurait peut-être été titillée si des danseuses nues avaient été présentes et encore.
Non ce soir, cette nuit, il la réservait à bien d'autres occupations. Il surveillait. Le Dragon avait pris seul la décision de garder un œil sur tout à chacun pour être sûr que personne n'entraverait le bonheur de sa co-ogha. Elle avait bien trop lutté pour être avec ce satané elfe. Même si ça lui paraissait absolument fou et contre-nature de vouloir à ce point posséder l'essence d'un autre être, il refusait que quoi que ce soit entache sa soirée. L'indolence de son comportement prêtait à confusion, il le savait et en jouait.
Les courtisans de la haute société sylvestre, restaient fidèles à eux-mêmes. Ils étaient regroupés en quelques groupes disparates d'où ne fusaient que de légers murmures. Jamais un mot plus haut que l'autre... c'était d'un ennui mortel à ses yeux... Ceci étant dit, ils devaient se faire le même genre de réflexions à contre-sens en ce qui concernaient les siens. Il les voyaient eux aussi s'esclaffer comme des baudets, parlant et riant extrêmement fort sans se préoccuper le moins du monde des médisances dans leurs dos.
En dehors de lui et de Finnàm, les hommes s'étaient vêtus des plaids traditionnels qui dévoilaient leurs jambes musclées emprisonnées dans leurs bas de laine aux couleurs azuréennes de la Cité sur la Mer. De tels vêtements avaient dû défrayer les commérages! Mais les Wallens s'en moquaient éperdument. Ils ne pensaient pour le moment qu'à s'amuser, éventuellement aux dépens des elfes, ou encore boire. Bière, vin ou encore hydromel, tout était bon du moment que cela se buvait à grands traits. Soudain, ils se mirent tous à applaudir bruyamment. Klaùs tourna la tête et aperçut la raison de cet émoi.
Sa cousine venait d'entrer au bras de son époux. Ils acclamaient tous leur amie en bon Wallens qui se respectaient. Le regard d'Ilyrià s'étrécit tout à coup lorsque celui-ci posa sur un groupe d'elfines. Le Dragon suivit la direction où ses yeux s'étaient égarés et là, il comprit la raison de son comportement agacé. Un sourire torve et carnassier étira lentement ses lèvres. L'elleth. Celle que craignait sa cousine. Elle était là au milieu de tout un lot de ces dindes aux oreilles pointues mais il savait jusque dans ces tripes de laquelle il s'agissait. De longs cheveux blonds. D'immenses yeux verts aussi vicieux que ceux qu'il apercevait tous les jours dans le miroir. C'était elle, celle qu'il cherchait depuis deux semaines et qui s'amusait à lui échapper inlassablement. Enfin il l'avait retrouvée.
Son instinct de prédateur rugit comme jamais. Leurs regards se croisèrent et il eut le plaisir d'y lire la passion qu'il soupçonnait l'égale de la sienne ainsi qu'un léger effroi qui n'était pas pour lui déplaire. Au contraire. Il avançait vers elle, le pas félin quand il se fit happer par Aostell qui lui fourra un hanap dans la main.
-Mo brathair, brailla-t-il, les yeux brillants par la boisson. Viens avec tes frères et tes sœurs!
Le visage de l'elfine se para d'une charmante moue ironique et il dut refréner son envie de s'arracher aux bras de son ami pour s'en saisir sur le champ. Il soupirait de lui ôter de gré ou de force son petit air mesquin.
-Tu ne perds rien pour attendre, articula-t-il silencieusement en l'observant. Il vida une seconde coupe d'un trait, transi à l'idée de ce qu'il allait faire une fois qu'il aurait mis la main sur elle.
Tout à coup, alors que tout le monde venait de prendre place à la grande table et qu'ils bavardaient tranquillement, Youl se leva, hanap à la main. Les yeux se braquèrent sur Ilyrià, assise à la droite de son nouveau seigneur. Le silence se fit automatiquement. Tous avaient leurs regards rivés sur ce colosse tout de fourrures vêtu.
Comme à chaque rassemblement, une pensée pour ceux qui ne sont plus, ceux qui sont désormais sur les Terres Éternelles de Tir Na N'Og. La Mémoire, voilà ce qui fut, ce qui est et qui toujours sera.
Tous les Wallens saisirent leurs gobelets et se levèrent comme un seul homme sous l'œil calme des elfes. Ils étaient incroyablement sérieux tout à coup. Leur coupe à la main et le poing sur le cœur, ils se tournèrent vers le nord d'un seul bloc et déclamèrent d'une seule et même voix:
-Voyez ceux-là, je vois mon père. Voyez cela, je vois ma mère, mes frères et mes sœurs. Voyez ceux-là, je vois tous mes ancêtres qui sont assis et me regardent. Voilà qu'ils m'appellent et me demandent de prendre place à leurs côtés, là où les braves vivent à jamais!*
Ils se rassirent et reprirent leurs conversations comme de rien n'était. Klaùs ne pouvait lâcher l'elleth du regard et, dès qu'elle avait le malheur de croiser son regard, la langue fendue du Dragon dardait sensiblement entre ses dents. Au bout d'une demi-heure, il la vit se lever et sortir sans avoir l'air de tenir compte de lui. Or, il savait qu'il n'en était rien. Il recula sa chaise dans un grincement et alla embrasser sa cousine. Le Wallen planta un baiser sonore sous le regard noir de Thranduil sur sa joue.
-Mo chridhe, le banquet est terminé pour moi...
-Déjà? souffla-t-elle, inquiète.
-Aye... cela dit... La nuit ne fait que commencer. Tel que tu me vois, je compte allier travail et plaisir. Ne te préoccupe plus de ton elfine, je m'en charge.
Un sourire fourbe fleurit sur les lèvres de la jeune femme.
-Alors, amuse-toi et profite, murmura-t-elle.
-Tu me connais...
En quelques enjambées, Klaùs sortit de la salle où la réception battait son plein et prit deux secondes pour humer l'air. Sa langue sibilant entre ses dents, il la suivit dans un couloir adjacent. Klaùs pressa le pas et la rattrapa facilement alors qu'elle errait, le nez en l'air, toute à ses pensées. Il ceintura sa taille et la plaqua contre le mur. La bougresse ne se laissa pas faire pour autant. Ruant et se cabrant, elle lui mordit la main puis tenta d'envoyer son genou là où il était certainement le plus sensible. Une de ses mains libérée, l'elleth l'agrippa par les cheveux et les tira en arrière. Il la força à la faire lâcher en enroulant sa main libre sur la naissance de sa gorge pour la resserrer doucement.
-Je te l'avais dit que je te retrouverai, belle... Niobé, susurra-t-il.
-Cela ne m'intéresse pas de savoir que je suis l'objet de vos délires, rétorqua l'elleth dédaigneuse.
-Mmmm...
Joueur, il se pencha vers elle et laissa sa langue reptilienne courir sur l'arête de son cou.
-Vous mentez mal elleth...
-Je vous ferai châtier! dit-elle hautaine.
Si ses yeux en avaient eu le pouvoir, ils l'auraient très certainement pourfendu.
-Ne me tente donc pas plus, femme. Ne réveille pas le Dragon qui sommeille...
-Ah oui? souffla-t-elle en approchant ses lèvres à quelques millimètres des siennes. Et si moi je voulais le voir ce Dragon?
-Es-tu sûre de vouloir jouer avec le feu? gronda Klaùs en sentant son bas-ventre s'enflammer.
Sa raison vacillait de plus en plus. Son parfum d'orchidées lui chatouillait dangereusement les narines. Elle le savait, la garce, qu'il avait du mal à garder l'esprit clair. Elle le cherchait et allait le trouver à n'en point douter. Encore assez lucide, il muta encore un peu plus, un tout petit peu plus, juste assez pour que son index se pourvoie d'une griffe épaisse et recourbée. D'un geste vif, il fit sauter les lacets du corsage de l'elfine et écarta les pans du vêtement sans qu'elle ne fasse le moindre mouvement pour l'en empêcher. Au contraire, elle continuait de le fixer de son regard de vipère assoiffée.
-Tu ne me fais pas peur Wallen, siffla Niobé entre ses dents.
-Tu devrais.
Sur ces mots et sans la prévenir, Klaùs la retourna fougueusement face au mur et fit remonter sa main griffue le long de sa cuisse. Puis, sans lui demander son avis, il se saisit d'elle et l'emprisonna entre ses bras puissants où chaque muscle roulait sous l'effort. Hors de question que cette harpie lui échappe cette fois-ci. Il avait une promesse à tenir, celle qu'il lui avait faite dans sa cellule et il ne comptait pas se parjurer. Cette péronelle était bien trop tentante à se tortiller ainsi, enflammant sa masculinité.
-Où m'emmenez-vous, saleté de Wallen? fulmina Niobé sans renoncer à se débattre.
Il passa son bras sous ses genoux et gronda sans la regarder.
-A ton avis, vile gourgandine? Où mérites-tu d'aller, toi qui ne cesses de chercher des noises à ma cousine, le seul être que je chéris en ce monde? -il sourit d'aise en la sentant se raidir entre ses bras, signe qu'elle voyait très bien où il voulait en venir. Il la défia du regard, un sourcil arqué par l'ironie- je t'emmène dans mon antre... dans mon lit.
Cette nuit serait la sienne, celle à partir de laquelle cette diablesse d'elleth ne pourrait plus se passer du Dragon Rouge.
o0o0o0o0o0o
Le repas, explosion de saveurs pour les papilles, était terminé. Seuls les entremets et le vin épicé restaient encore sur les tables alors que les musiciens avaient repris de plus belle. Tous ceux encore présents pouvaient ainsi évoluer au rythme gracieux des instruments wallens qui avaient pris la suite. Le son du piob, de la lyre ou des sifflets et autres flûtes faites en branches de sureau bruissaient agréablement. Les elfes eux-même ne se récriaient pas de ces tonalités étranges et brutales. Tant s'en fallait, les nouveaux venus de la Cité sur la Mer purent se rendre compte qu'ils avaient quelque peu sous-estimé la société sylvaine. Les elfes bougeaient avec charme et élégance sur cette musique inconnue. Certains Wallens tels que Youl avaient même réussi à entraîner des ellyn aux tables de Skak-tafl* et de Kvatru-tafl* tandis que d'autres comme Aostell dansaient frénétiquement.
Legolas était resté sagement assis à la gauche de son père, les yeux rivés sur l'Aiglonne installée quelques mètres plus loin. Il bouillait de la voir aussi à l'aise avec ses amis alors que lui devait se plier aux usages lui imposant de tenir la conversation à ses voisins de table. L'ellon retint un soupir. Il commençait sérieusement à s'ennuyer tout comme son père à première vue.
Les doigts du seigneur sinda tapotaient nonchalamment sur la table en fixant, impassible, Ilyrià qui pouffait aux plaisanteries fort douteuses de son ami Vinnian. Il était clair que le souverain en avait assez et souhaitait quitter au plus vite la salle de réception. Il abhorrait très clairement les attitudes guignolesques que se donnaient leurs invités hauts en couleurs. L'hilarité et la paillardise n'était pas leur fonds de commerce, loin de là.
Legolas se leva avec brusquerie en voyant Cendera faire de même. Il était décidé à lui parler, à enfin crever l'abcès qui gangrénait ce début de relation qui était la leur. Elle l'évitait sans aucun doute depuis qu'ils s'étaient trouvés. Pourtant le moment qu'ils avaient partagé avait été d'une merveilleuse symbiose et il lui déplaisait au plus haut point de la voir mettre à mal cette intimité qu'il chérissait. Il la rattrapa rapidement alors qu'elle tournoyait gracieusement au bras d'un Wallen âgé. La voir rire et s'ouvrir aux autres alors qu'elle lui refusait le moindre regard l'enrageait profondément. Il fit un pas de côté de façon à se placer sur le chemin des deux danseurs. Cendera fronça les sourcils à le voir s'interposer de force.
-Puis-je? demanda-t-il plus pour la forme qu'autre chose.
Ne voulant pas faire d'esclandre au milieu de tous les convives, la jeune femme sourit à son partenaire avant de poser sa main fine sur le poing présenté de l'ellon. Ils se saluèrent avant de commencer à glisser ensemble. Un pas de côté... il la ramena vers lui un peu plus brutalement que nécessaire, l'écrasant contre son torse minéral. Visiblement, elle ne comptait pas ouvrir les hostilités à en juger par ses lèvres désespérément closes. Et bien puisqu'il en était ainsi, il ne voyait aucun problème à lui livrer le premier le fond des sombres pensées qui l'agitaient.
-Je ne supporte pas votre indifférence, ma Dame...
Elle s'écarta pour qu'il puisse la faire virevolter au son plus aigu du piobaire avant de revenir s'enlacer entre les bras puissants de l'elfe. Du coin de l'œil, il vit son père s'aligner avec Ilyrià à son bras pour une pavane. Il sourit avant de se concentrer à nouveau sur la danseuse qui louvoyait entre ses bras. La musique qui venait de reprendre, plus lente et majestueuse ressemblait à sa Wallen... auguste, solennelle et effacée. Ils firent un double pas à gauche en se tenant d'une main.
-Je ne vous évite pas ernil, finit par dire Cendera, le regard ancré dans le sien. La vérité si vous la voulez tient au fait que je regrette...
Ils se firent face en se tenant les mains pour former un cercle avec l'ensemble des autres danseurs. Les mouvements brutaux de l'ellon démontraient à quel point elle venait de le blesser.
-Regretter? fit-il avec colère.
-Laisse-moi terminer, chuchota l'Aiglonne en pressant son bras. Nous n'aurions pas dû céder si rapidement. L'impulsivité de mon geste me surprend encore et m'effraie. Je ne veux pas me perdre à ton contact Legolas. Je ne désire pas la fatalité d'un amour qui me consume. Je ne veux pas que nous devenions néfastes l'un pour l'autre. Je suis une Wallen indépendante... soupira Cendera, les yeux brillants.
-Et je n'ai jamais souhaité qu'il en soit autrement, que tu ne sois qu'une part de moi comme moi de toi melda heri, sourit l'elfe avant de s'éloigner d'un geste gracieux.
Il la plaqua de nouveau contre lui sans se soucier du regard pesant de son père sur eux. La musique avait beau continuer tout comme les autres couples de danseurs autour d'eux, il n'en avait cure.
-Ce que je veux melleth, c'est toi dans l'intégralité de ton âme. Je ne désire que la beauté de cet amour transcendant qui me transporte. Cendera...fit-il dans un souffle douloureux, ne comprends-tu donc pas? Tu as beau être l'apprentie d'un des mages les plus puissants qui soit, tu peux te montrer si obtuse... Mon fëa s'est lié à ton essence. C'est ainsi, tu n'y peux rien...
Un râle douloureux s'exhala de la poitrine de l'ellon. La Wallen, émue par cet aveu, dégagea sa main de la sienne pour la poser sur la joue du prince. Le désir qu'elle sentait poindre à chacun de leur contact, l'embrasa. Elle le sentait se diffuser comme un raz-de-marée torrentiel à-travers son corps aussi tendu que celui de son amant. Il était l'heure de prendre une décision capitale, de celles qui régissent la suite d'une vie entière.
Toutefois, elle savait pertinemment que cette décision, elle l'avait prise depuis bien des jours. Oui, elle le voulait. Elle le désirait même s'ils avaient encore certaines choses à mettre au point comme ce père qui la fusillait du regard dans son dos. Cela ne lui faisait pas peur. La jeune femme avait beau être une chamane prônant l'universalité de l'amour, elle n'en restait pas moins une Wallen, une Aiglonne dont les serres acérées la défendraient sans rémission. Elle colla son front contre celui de l'elfe.
-Viens, lui dit-elle simplement en l'entraînant hors de la salle de banquet.
-Où m'emmènes-tu, melleth nîn ?
-Dans mon nid, souffla Cendera.
O0o0o0o0o0o
La nuit bien avancée était à son apogée, la lune haute dans le ciel illuminé des lampions lâchés un peu plus tôt sous les clameurs émerveillées. De nouveau assise après avoir dansé avec chacun de ses amis présents ainsi qu'à plusieurs reprises dans les bras de son nouvel époux, Ilyrià s'ennuyait ferme.
Thranduil était lancé dans une éminente conversation avec un de ses conseillers venu prendre la place de Legolas laissée vacante. Elle jouait avec l'une de ses boucles échappée de sa coiffe, enroulant son doigt autour pour la regarder tire-bouchonner sur elle-même. La Wallen en louchait presque à force de se concentrer dessus. Tout ce qu'elle visait, c'était se mettre au lit, se pelotonner sous l'édredon moelleux et permettre à la petite Pousse de gigoter librement.
La jeune femme croisa les bras et posa sa tête dessus sans tenir compte des regards objurgateurs autour d'elle. Elle se sentait partir doucement vers cet état de somnolence si doux qui donnait l'impression d'être enveloppée dans un épais coton lorsque la voix d'Aostell retentit forte et claire en dépit de tout l'alcool qu'il avait ingurgité. Ainsi étaient un des points forts des Wallens, leur propension à boire tout en ayant la capacité de se relever avec dextérité si nécessité faisait loi.
-Mes Seigneurs, votre Altesse, énuméra-t-il avec une petite courbette exécutée avec une grâce insoupçonnée, il est l'heure que la jeune épousée aille... se coucher. -tous les Wallens se mirent à rugir, entre vulgarité et paillardise assumée- Regardez-la, elle tombe de sommeil et il serait dommage que tant de fraîcheur ne s'affadisse!
Ilyrià éclata de rire sous les yeux horrifiés des derniers elfes présents. Le sous-entendu mal dissimulé sciemment dans les paroles du guerrier blond n'était que trop évident. Les mâchoires de Thranduil se contractèrent sensiblement mais il ne dit rien. Finnàm lui avait auparavant fait la liste des différents us de la coutume wallen et il savait qu'il devrait en passer par là.
De plus, mieux valait y souscrire rapidement et éviter encore d'autre ribauderies de la part de ces rustres qui finalement l'arrangeaient. Les heures défilaient et il voyait la Sirène à ses côtés se fatiguer. Les nobliaux l'avaient complètement harangué, la laissant abandonnée à elle-même. Or tout ce qu'il souhaitait ardemment était de ramener sa femme dans leurs appartements et pouvoir passer un peu de temps seuls en dehors des devoirs qui le rattraperaient dès le lendemain.
Aussi se leva-t-il avec grâce et raideur tout à la fois. Il tendit le bras à Ilyrià qui s'en saisit doucement, légèrement vaseuse et salua d'un mouvement de tête ceux encore présents. Trois Wallens s'avancèrent vers eux dont le fameux Aostell. Celui-là lui faisait penser à un lutin des landes. Sa petite taille, sa démarche sautillante, tout chez ce Wallen tranchait furieusement avec les autres hommes de son peuple, véritables masses de muscles. Une nouvelle fois, le guerrier se courba en tendant le bras pour les inviter à sortir par la grande porte.
Comme le voulait la tradition, le couple suivit les trois hommes jusqu'aux appartements qui leur étaient destinés. Plus ils avançaient, plus les remarques grivoises des trois Wallens insupportaient le souverain. Il sentait la petite main d'Ilyrià serrer ses doigts pour l'enjoindre à rester calme, ce qu'il réussissait difficilement. Les soldats de la Cité prenaient visiblement leur rôle de témoins à cœur, profitant de ce rite pour railler gentiment l'elfe aux manières surannées. Leur charge consistait à emmener le nouveau couple jusqu'à leur chambre et, pire encore, au pied de leur lit. A la grande surprise de la Wallen, ils ne montèrent pas aux appartements du souverain mais s'arrêtèrent devant sa propre porte. Thranduil s'inclina légèrement vers elle alors qu'Aostell déverrouillait l'entrée.
-Je ne souhaitais pas t'imposer de passer la nuit dans mon propre logis, wen nîn. De cela, nous en reparlerons plus tard.
Son souffle hérissa le grain de peau d'Ilyrià. La langueur qui l'avait saisie s'était envolée et, au contraire, tous ses sens étaient de nouveau sur le qui-vive. Elle frissonna en s'accrochant à la main de l'ellon tandis qu'ils entraient dans le grand salon. Les trois Wallens riaient aux éclats de leurs plaisanteries graveleuses. Elle sentait la tension monter dans les membres de l'elfe à ses côtés. Ilyrià devait cependant bien admettre que le voir restreindre ainsi ses envies de meurtre à n'en point douter faisait remonter en elle un désir tout ce qu'il y avait des moins honorables. Elle se hissa sur la pointe des pieds pour lui murmurer d'une voix suave en effleurant sa joue:
-Encore quelques minutes de patience mo righ... Laisse-moi me préparer puis ils partiront. Ils se gaussent mais ne sont pas non plus des plus à l'aise face à toi...
Elle s'échappa derrière les voiles de sa chambre en lui lançant un sourire éblouissant de moult promesses. Thranduil sentit son, désir d'elle monter sournoisement en lui et s'emparer de chacune de ses pensées. Les éclats de voix féminines en provenance de la chambre voisine lui indiquèrent qu'elle n'était pas seule.
Il reporta son attention sur les trois hommes qui se dandinaient d'un pied sur l'autre en l'observant. Il n'avait qu'à les regarder chuchoter pour comprendre qu'ils se posaient énormément de questions sur lui et le type de relation qu'il entretenait avec la fille de leur roi. L'un d'entre eux se toucha le ventre en grommelant quelque ineptie à ses compagnons. Ils savaient donc. Elle n'avait pu tenir sa langue sa petite écervelée. Après, elle considérait particulièrement ces Wallens comme sa famille et de ce fait ne voulait rien leur cacher. Il en était là dans ses réflexions, le visage calé contre son poing quand il sentit une paire d'yeux le dévisager. Levant la tête, l'elfe sentit sa respiration se bloquer dans son larynx et son fëa hurler comme un fauve devant sa proie innocente. Enfin pas si innocente que ça en réalité...
Ilyrià venait de passer de nouveau dans le salon, une vieille femme derrière elle. Elle avait revêtu une tenue traditionnelle wallen pour leur nuit de noce. Si la robe cousue par des mains elfique était tout en splendeur délicate, il n'en allait pas de même pour celle-ci. Son corps était moulé dans une robe de lin qui en soulignait les moindres détails.
La longue tunique blanche était maintenue sur son épaule droite par une large bretelle qui ne couvrait qu'un seul sein pour rejoindre la ceinture dorée haute sur sa taille. Un seul sein était couvert, réalisa-t-il abasourdi, alors que l'autre pointait avec arrogance vers lui. La Sirène lui sourit sans tenir compte de ses comparses très à l'aise avec la nudité de leur amie. Sans éprouver la moindre gêne, il était cependant soulagé de constater qu'il n'y avait aucun désir dans leurs yeux railleurs.
La jeune femme vint le chercher sur le sofa où il avait pris place et l'invita à la suivre sous les sifflements des trois témoins. Ce n'était pas grave, Thranduil leur arracherait la tête dès le lendemain... Pour le moment, il se sentait à mille lieux de toutes ces futilités. Il ne souhaitait que profiter de l'instant présent sans se soucier des jours suivants comme n'importe quel ellon de plus basse extraction.
Le couple passa derrière le voile menant à la chambre de la jeune reine spécialement ornée de fleurs à l'odeur délicate sous les regards des Wallens. L'un d'eux dit quelque chose mais se fit reprendre par une Ilyrià combative. Les trois hommes les saluèrent alors et reculèrent en leur adressant sourires et clins d'œil appuyés.
-Qu'ont-ils dit? demanda l'ellon, ses yeux polaires rivés sur sa jeune femme.
Elle sourit et haussa les épaules.
-Des idioties, quoi d'autre? rit-elle. Teigue voulait savoir s'ils devaient rester avec nous pour témoigner de ta vigueur mon roi...
Devant l'air à proprement horrifié de l'ellon, l'hilarité la gagna complètement.
-Mais que vas-tu croire? Pour qui nous prends-tu? Nous sommes des sauvages certes, non des bêtes.
-Tu n'es plus wallen ma Dame, dit-il d'une voix posée. Plus totalement.
-Alors que suis-je? Je ne suis pas une elfe aran nîn et ne le serai jamais.
-Non effectivement, lâcha le roi. Tu n'es pas une elfe, plus tout à fait une wallen... Tu es à moi.
-Comme toi tu m'appartiens.
Ilyrià se mordit la lèvre. Son regard cerclé de khôl se posa sur lui, le détaillant avec une avidité qui, si elle continuait, risquait de le faire se sentir comme une jeune pucelle effarouchée. Ce qu'il n'était clairement pas. Au contraire, il sentait la bête rugissante dans les tréfonds de son âme affluer à nouveau comme à chaque fois que la Wallen se montrait ainsi. Cela changerait-il un jour? Il en doutait très sérieusement, trop dépendant d'une simple éphémère. Elle habitait désormais sa solitude, avait tous les droits sur lui comme lui sur elle. Il était difficile d'avoir tant besoin de quelqu'un, de devoir assumer les règle d'un jeu inconnu où l'on n'était pas seul maître à bord...
-Toutes les femmes de ton peuple portent ce genre de tenue? demanda l'ellon, incrédule.
-Aye mo righ, fit-elle avec désinvolture en tournant sur elle-même. Aimes-tu?
-C'est odieusement attrayant, répondit Thranduil toujours debout face à elle.
-Ta franchise est savoureuse... Maintenant, je te voudrai mon égal, susurra Ilyrià en s'approchant de lui. Laisse-moi faire mon seigneur.
Les mains fébriles de la Wallen détachèrent doucement la fibule d'argent et laissèrent tomber la cape à terre avant de s'attaquer à la cotte et autres vêtements du souverain. Elle le déshabilla avec lenteur sans le quitter du regard. Une fois qu'il fut nu, elle se colla à lui, écrasant sa poitrine contre lui. Ses grands yeux de biche se firent timides au-travers de ses longs cils mais il n'était pas dupe.
La sensualité qui s'exhalait d'elle comme une mue le rendait fou. Se fondre au plus profond d'elle, perdre la raison entre ses seins ronds, se noyer dans ses effluves de mer déchaînée... qu'elle soupire pour lui, que son éther si jalousement couvée par sa Sirène soit prise au piège des bois du cerf... Voilà ce qu'il désirait... l'abandon à la douceur zestée de cette violence, de cette sauvagerie à laquelle ils s'adonnaient si bien tous les deux.
Thranduil enleva délicatement la couronne nuptiale de la tête d'Ilyrià pour la poser sur une console. Il ôta une à une les épingles qui retenaient ses longues boucles sombres. L'ellon la prit alors par les épaules et la jeta sur la couche derrière elle.
Il serpenta jusqu'à elle en remontant très lentement le fin tissu sur son corps offert. Le roi releva la tête pour planter son regard brûlant dans le sien énamouré et languissant. Le feu larvé entre eux jaillit comme un geyser. L'elfe la releva contre lui pour la débarrasser sa robe. Alanguie entre ses bras, il n'en voulait que plus se saisir d'elle et lui faire l'amour. Ses longues mèches blanches glissèrent sur sa peau nue avec un doux bruissement, l'habillant de la plus douce des parures, la seule qu'il lui seyait de voir sur sa femme.
-La nuit va être longue melleth nîn...
-Je ne demande que ça mon époux, je ne demande que ça.
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Skak-tafl et de Kvatru-tafl: échecs et baggammon.
La prière à table des Wallens est inspirée librement d'une prière viking.
Mo boidhchead: ma beauté.
As a chiall: fou.
Amadan: idiot.
Ciamar as a thu: comment vas-tu?
Conas ta tù: comment ça va?
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voili voilou! je ne m'étendrai pas trop vu que le nombre de mots devient atrocement effrayant! :) Cela dit j'espère que vous avez aimé ce que vous venez de lire... Soyez mignons, laissez-moi une tite impression car je dois dire que celui-là m'a filé des sueurs froides!^^ je le voulais tellement abouti pour votre plaisir et le mien d'ailleurs! Alooooors n'hésitez pas!
Merci à toutes et éventuellement tous! bisous tout doux les mignons!
