.Neiphtys16: De rien, quand je fais les choses c'est toujours de bon coeur (ou je ne les fais pas héhé ^^). En fait pour les Nains, ils ne sont pas exactement à l'endroit où tout commence. Mais tu as raison de soulever ce point, car il y a un effet un petit détail qui échappe à nos amis pour le moment. Les Elfes sont trop peu nombreux à présent pour se permettre une bataille rangée. Les peuples d'Arda devront compter sur leur amour de ces terres, ou s'en passer. L'avenir le dira ... ;) Quant à Thranduil, j'essaye, comme toujours, de garder à l'esprit que c'est un roi, et un coeur bien malgré lui, amoureux et férocement attaché à son âme soeur. Pas forcément évident de marier les deux intelligemment ! :) (Il me donne un mal de chien le bougre ! XD). Alexandra n'est pas une experte en art martial mais elle s'en tire haut la main, et a eu un excellent professeur. Elle surprend, car personne ne connait ce type de combat en Terre du Milieu ^^ Oui, Legolas et elle partage un amour pur et chaste, comme tu dis, une vibration bien au-delà des considérations charnelles, qui peuvent exister entre elle et le roi. Merci pour ta fidélité ! ^^
.Milyi: Hey mon Diabolo Menthe ! Lol position foetale, tu n'en fais pas un peu trop là ? ^^ Et oui la folie fait partie de toi, c'est foutu, mais bon, paraît que ça a un côté attachant ! ;p Ou attachiant ... XDD Skal subit les effet indésirable de sa race. Contre cela il ne peut lutter, comme les elfes ne peuvent se battre contre les attachements entre âmes soeurs. Ou à leurs risques et périls ... Tu m'as fait mourir de rire avec le "j'habite pas chez une copine" et tout ce qui y est rattaché! Folledingo va ! XD Legolas l'aime oui, mais tu vois, je crois qu'il ne lui viendrait pas à l'esprit de coucher avec, et même si l'idée l'effleurait, il ne passerait jamais à l'acte. C'est un amour chaste, comme une espèce de "vénération" ... je dis pas qu'il la vénère comme une déesse hein ... mais c'est un lien hautement spirituel qui les lie. Elle est un peu comme un esprit, un ange, qui l'a guidé sur les sentiers de la guérison ... bref ... tu m'as comprise ;p Le passage avec Faramir m'a demandé du travail. Je ne savais pas réellement ce que j'allais transcrire, car énormément d'idées squattaient mon esprit Trop même ... pffff Ravie qu'il t'ait plu en tout cas ! Non pas de lien avec Sephiroth :p Comme à chaque fois je suis scotchée par cet engouement que tu as pour "mon Thranduil", que je ne comprends pas, tu le sais ;) Mais il me fait très plaisir ... Bon ok, je te laisse Angrod pour quelques heures, mais me l'abîme pas trop ! XDD
.JulieFanfic: Et bien quelle belle visite tu nous offre là ! Les ateliers du Père Noël t'ont inspiré dis-moi ! XD Je suis contente que ces quelques mots écrits par Thranduil t'aient à ce point touché. (J'avoue que j'ai hésité longuement à faire aussi court, mais c'était la chose la plus logique à faire ^^). La dératisation ... je sais pas, mais vu tes emportements lyriques, si tes moyens sont aussi musclés pour te débarrasser de la vermine, je crois que tu vas me cramer Arda ! XD J'espère qu'en parlant de bonbons, tu auras été sage et auras ménagé ton foie ! mdr Merci pour l'effort que tu as fait pour écrire une review sortant des sentiers battus ! Je sais à quel point cela n'est pas évident ! :)
.Toutouille: Ouais Alex déchire tout parfois ! XD Elle fait pas vraiment dans la dentelle ! Mdr Faramir est un personnage que j'apprécie grandement, et tu as raison, lui et Boromir sont souvent "sous-exploités" dans les Fictions. (Je plaide coupable la première ^^). Héhé pour la réincarnation en Valinor, l'idée est belle et plaisante ... pour la fin ... tu verras ce qu'il en est ... à la fin ... XDD (Ouais je suis très inspirée aujourd'hui ! mdr). Merci pour ta lecture et ta review, je sais à quel point le temps te manque.
.Eilonna: Tu peux continuer la poésie, elle ne fait de mal à personne ! ;) Oui le mal commence à sérieusement se révéler. Dans les prochains chapitres vous aurez par ailleurs, plus de détails à ce sujet ^^. Oui oui je sais ... ma gentillesse me perdra ... ou pas ... XDD (Ouais non parce qu'en fait je suis une punaise, une chieuse, et la gentillesse, bien que présente chez moi, n'est pas ma qualité première ! mdr). ;p
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Et voilà la suite ! En espérant que vous n'aurez pas trop fait d'excès pour les fêtes !
(Non Milyi ! Toi je sais que tu es un cas désespéré ! mdr)
MERCI encore pour TOUT ! Vos reviews et vos ajouts !
BONNE LECTURE !
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La pluie s'écrasait sur les carreaux, comme si les larmes du ciel essayaient de l'atteindre. La tête reposée sur ses avant-bras croisés et étalés sur la table, Alexandra se noyait dans ses sombres pensées, tout comme la terre sous le déluge. Une profonde apathie l'avait tiré de son lit le matin même, et elle avait apparemment décidé d'élire domicile en son sein. Les pages froissés du livre gémissant sous le moindre geste, ne trouvaient pas grâce à ses oreilles. Rien en ce jour ne pouvait l'atteindre, si ce n'était ce froid humide et désagréable qui s'insinuait partout. Envahissant les soupiraux de son âme. Laissant un filet lacrymal déborder quelque fois, et coloniser la peau fine de ses joues. Le combat d'il y avait plusieurs jours à présent, lui avait laissé un vide dans le coeur, et un beau bleu sur le côté gauche. L'épuisement était de mise. Un abattement tel qu'elle n'en avait plus connu depuis des années. Quand son esprit avait peu à peu compris, que tout était de toute façon joué. Comme si les dés étaient résolument pipés, d'une façon ou d'une autre. Tant de combats, de sacrifices, de morts, pour des causes perdues d'avance. Ses obscures tergiversations ne voyaient plus la lumière, et elles la guidaient sur des méandres où la pénombre enveloppait sa réflexion. Rien. En ce jour le Rien dominait Tout. Le profil de Thranduil s'esquissa dans ses pensées, et ses doigts eurent une contraction toute instinctive sur les feuilles écrasées par son poids. Même en ce monde, tous essayaient de l'atteindre, d'une façon ou d'une autre, ou tentaient d'obtenir quelque chose d'elle. « A part peut-être le Prince Legolas, Brilthor et Aredhel … je crois que de tous, ce sont les seuls qui m'ont toujours prises telle que j'étais, sans rien attendre en retour …. et Angrod aussi … Angrod … que j'aimerai vous avoir à mes côtés en ces jours sombres. Vous auriez sûrement l'esprit assez posé et analytique pour démêler ce sac de noeuds que j'entrevois. Et ce sentiment de sécurité que vous m'insuffliez aussi, me fait cruellement défaut aujourd'hui. Mon premier guide en cette terre ….. mon premier ami …. disparu …. ». La lancinante piqûre qui perça son coeur ne fit qu'aggraver sa dépression. Les larmes roulèrent alors, se fichant éperdument d'entacher de leur eau saline, les livres vieux de plusieurs décennies, vois siècles . Un coup de vent fit trembler sa fenêtre. Le temps était à l'orage en ce jour, et les éclairs déchirant le ciel, animaient une étendue cotonneuse, presque noire comme le charbon. Elle frissonna, leva une tête paresseuse vers le feu dans sa cheminée, et la braise rougeoyante semblait l'appeler désespérément à l'aide. Se redressant, reniflant un peu, elle essuya ces larmes qui la tourmentaient tant d'un geste sec, et alla ranimer l'âtre. Tandis que les flammes reprenaient vie, elle repensa au soir de la tentative de vol dans la grande tour. La mort malencontreuse du voleur était pire que tout. Il était clair que des informations fuyaient du château. Un « indic » ou autre chose, fourrait son nez là où il ne devait pas. Or, fait tellement plus fâcheux et impitoyable, ils étaient peu nombreux au Conseil. Ce qui voulait dire que le, ou les traîtres, étaient présents lors de ses démonstrations. Et que malheureusement, c'était bien ce savoir destructeur, qu'elle transportait avec elle, qui était le trésor tant convoité à présent. « J'aurai mieux fait de me reclure dans cette cité souterraine, et mourir de ma belle mort ! Ou m'enfuir et me perdre dans la masse pour vivre en paysanne ! » rugit son esprit malmené. Elle donna un coup de tisonnier plus violent dans l'âtre et une gerbe d'étincelles oranges brasilla quelques secondes. Puis avec un rictus dédaigneux elle continua « Ben voyons ! Malgré tes efforts, jamais tu n'aurais pu te fondre dans ce monde si arriéré ! Tôt ou tard tu te serais trahie ma pauvre ! Pfff …. quel karma de merde sérieux ! ». Une fraction de seconde elle faillit partir dans un éclat de rire pitoyable, tant la situation était ironique dans le fond. Terriblement caustique même. La danse aérienne des gerbes de feu lui rappela les petits êtres des bois. Jouant toujours avec la barre en fer forgé chauffant au contact des flammes, elle grimaça. « Et eux dans tout ça ? Que font-ils ? Pourquoi n'avertissent-ils pas les Elfes et les Nains, ou même les Hommes ? Ils doivent bien pouvoir le faire, agir en conséquence ! Je ne comprends pas cette barrière qui existe. Même Thranduil ne les voit pas …. ne les voyait pas. Ne m'a-t-il pas dit qu'en Lorien il avait réussi à entrer en contact avec eux ? …. J'en reviens donc à mes premières interrogations … je suis lasse de cet Ourouboros …. tourner en rond n'a jamais été mon fort …. ». Elle soupira longuement. Le vent ululait au-dehors, poussant une complainte digne d'une Banshee. Soudain elle sursauta quand on cogna à sa porte. Combien de temps s'était-elle laisser allée ? Ici le temps tournait sans qu'elle puisse s'en rendre compte. Et le ciel surchargé n'allait pas aider. Elle se leva très lentement, n'arrivant pas à se décider. Allait-elle ouvrir ou pas ? Une fois devant la surface close, elle finit par tourner la poignée, et revit le jeune page s'incliner devant elle. La Reine Arwen, et Dame Eowyn la faisaient à nouveau quérir. Pour une fois qu'elle était en robe. Il faut dire que c'était devenu une tenue d'intérieur pour elle, car confortable. En fait, ces magnifiques toilettes tenaient lieu de « robe de chambre » ou de « chemise de nuit » à présent pour la Terrienne. Délaissant ses appartements, elle suivit sagement le page, un silence pesant accompagnant chacun de ses pas. Quand il ouvrit la porte, la même atmosphère rose et ouatée se dégagea des lieux. Mais cette fois-ci, Alex n'en trouva pas le sentiment quasi sécuritaire et maternel qu'elle avait ressenti la première fois. Tout semblait avoir perdu de son éclat. Les suivantes n'étaient pas là, et secrètement Alexandra espéra que la belle Ailein soit avec son ami Silfren. Que lui au moins passe une belle journée sous ces maussades atmosphères. Elle imaginait déjà la chevelure flamboyante de cette magnifique femme, rayonner pour lui comme un soleil. Illuminant son visage et son regard. Pansant des plaies que trop profondes pour être oubliées. Son astre à elle, à la chevelure à la fois tendrement dorée et blanche argentée, était loin, et, le soyeux toucher de cette crinière de fauve discipliné, était d'une absence abjecte, qui la minait. Voilà ce qui clochait. Thranduil lui manquait beaucoup trop. Elle, si indépendante, si fière, si intrépide, se retrouvait la proie de sentiments qui la submergeaient, et la faisaient s'effondrer inexorablement. Une riposte toute pédante la mordit « Quelle connerie ! Depuis quand tu te sens tributaire d'un mâle, quel qu'il soit ?! ». Pourtant, le néant qui s'insinuait en elle portait les marques d'une nécrose inexplicable. « Une bonne cuite ! Voilà ce qu'il me manque ! » harangua son esprit désabusé. Le regard d'Arwen s'assombrit quand elle la vit pénétrer dans la pièce. De suite elle se leva, et avant même qu'Alexandra puisse riposter ou se dérober, l'elfe lui prit les mains, et l'arrêta nette. Elle porta une main à son visage, et de sa voix douce, elle murmura presque:
« Que de sombres pensées vous animent. Vous êtes plus morte que vive en ce jour mon amie. Elle fit une pause, et approchant son visage du sien, comme si elle voulait lui baiser la joue, elle continua dans un souffle, attention Alexandra, il n'y a pas que les elfes qui peuvent se lasser de leurs âme soeur, au point d'en avoir des désagréments physiques. Je sais que ce que vous traversez est dur, mais courage. Thranduil va revenir. Jamais il nous vous laissera seule plus que de raison ».
Alexandra ne sut pas si Arwen avait trouvé les mots justes, ou si c'était simplement elle qui était trop affaiblie pour réagir au mieux, mais la boule brûlante qui habitait son larynx, comprima ses cordes vocales au point de la rendre muette. Encore une fois, l'envie de pleurer et de se rouler en boule dans le giron de cette magnifique Reine, la chatouilla douloureusement. Peut-être que l'absence de présence féminine dans son entourage lui faisait défaut. Peut-être qu'à force d'être sous le fer des hommes, elle en oubliait une part d'elle-même, pourtant primordiale. La reine la conduisit sur le luxueux sofa aux couleurs tendres, et une fois calée dans les coussins confortables, elle se sentit totalement vidée. Comme si son esprit venait purement et simplement de toucher le fond. Il n'avait guère plus la force de se démener comme à l'accoutumée. Les yeux presque hagards, elle contempla le ventre rebondi d'Arwen, qui ne cessait de le caresser en murmurant des mots en elfiques. Des mots en Sindarin. Autre brûlure dans le corps et le coeur. Cette sensation de dépérir sans aucune explication, la rendait folle. Après l'abattement, la colère aveugle se mêlait de la partie. Pourquoi tant de souffrances ? Elle n'avait rien fait. Elle n'avait pas demandé cela ! Tout un tas de pensées chaotiques se mirent à tournoyer dans son crâne, et les plus viles se pourléchaient les babines en aboyant des idées terribles. L'enfantement par exemple. Elle qui ne pouvait donner la vie, méritait-elle cette affection de la part d'un roi ?! Un Roi des Elfes de surcroît ? Ici elle était une bête à part. Une brebis noire et égarée. Ne correspondant à aucune case. Aucun rôle. Si ce n'était celui de semer la discorde malgré elle. Eowyn lui servit de quoi boire, et elle but sans même réellement prendre conscience de la chaleur du breuvage qui lui cuisit la langue. Les deux femmes lui parlèrent de l'affrontement qui avait eu lieu. Comme d'habitude, les yeux d'Eowyn brillaient d'une franche excitation quand elle lui décrivait tout ceci. L'appel de l'épée devait souvent la tarauder. Mais là que la belle blonde, extatique face au récit, ne cessait de lui poser des questions, Alexandra elle, ne souhaitait qu'une chose, s'isoler. Même si ce n'était certes pas la chose la plus sage à faire. Puis de questionnements en babillages, elles réussirent à la sortir de son apathie. Au final, une douce légèreté flotta dans la pièce, et quand l'heure du repas arriva, Alex fut conviée à la table des souverains. Elle vit à la tablée des soldats que Silfren et Skalladrin étaient absents. Cela lui causa un trouble de plus. Aux côtés de Gimli qui lui parlait de tout et de rien, ce qui dans le fond ne lui faisait pas de mal, elle grappillait plus qu'elle ne mangeait. Cependant, aucun son ne franchissait le seuil de ses lèvres, à la surprise générale. Elrond et Celeborn jetèrent un regard inquiet à Arwen, qui hocha gravement la tête. Tous les elfes présents, soupçonnaient ce qui était en train de se produire. Son état trahissait clairement et sans le vouloir, l'attachement qui les liait, elle et le Haut Roi. Avant que Thorin ne puisse s'insinuer dans cette faille béante, car il n'était pas idiot, Arwen interpela la Terrienne, et déclara d'une voix claire et enjouée:
« Vous devez être épuisée Dame Alexandra. Tous ces efforts, ces combats, doivent vous être accablant. Vous pouvez regagner vos appartements si vous le souhaitez, nous n'en prendrons pas ombrage …. ».
Alexandra leva vers elle une attention presque reconnaissante; puis s'excusant, elle quitta la table. Thorin grommela quelque chose que personne ne comprit, et Aredhel se leva à sa suite. Legolas devant rester à table en l'absence de son père. Il savait que son ami veillerait comme il se doit sur l'humaine, il n'avait nulle crainte. Elrond regarda Celeborn, et parla doucement en Sindarin:
« Nous sommes sans nouvelles de l'Eryn Lasgalen depuis trop longtemps. Deux longues semaines se sont écoulées depuis l'envoi des missives de Thranduil à son fils.
- La Dame fuit vers les Havres .. répondit simplement Celeborn, en ancrant ses yeux clairs dans ceux du semi-elfe.
- Vous le savez depuis quand ? Questionna Elrond, saisi par cette réponse à laquelle il ne s'attendait certes pas.
- Depuis le début, avoua Celeborn. Depuis mon départ de L'Eryn Lasgalen …
- Mais .. pourquoi n'avoir rien dit ? S'exclama Elrond abasourdi par cet aveu incompréhensible.
- Si nous avions dit au Conseil que les nôtres se retirent, que pensez-vous qu'il se serait passé ? Les Rohirrims et les Nains auraient regagné leurs terres ! Thranduil lui-même n'aurait pas emmené cette humaine jusqu'ici ! Tout ceci est trop important pour que nous ne le menions pas à terme, Elrond! Cette femme, les Valar la préservent, est un élément déclencheur qui avale tout sur son passage ! Ce n'est pas seulement sa présence qui chamboule l'ordre établi, mais tout ce qui gravite autours d'elle !
- Que savez-vous que nous ignorons ? Demanda sans détour Elrond, dont les yeux gris venaient de se durcir tels des pointes de lance.
- Que ce qui va advenir sera si terrible, que nous ne pouvons en parler, sans crainte de perdre nos maigres soutiens. Notre ennemi, n'est pas commun au peuple de nos royaumes. N'avez-vous donc rien compris lors de cette tentative avortée d'assassinat ? Elle n'en parle pas, avec sagesse. Elle n'est pas folle, ni stupide, mais croyez-moi, ce qu'elle découvrira, dépassera ce qu'elle imagine. Laissons l'espoir, Seigneur Elrond, sans lui, nous ne sommes plus rien. Sans lui, elle ne pourra aller jusqu'au bout …. vous savez ce que son comportement dénote. Si Thranduil se fait trop attendre, elle dépérira. Nous savons depuis le début qui elle est, ce qu'elle est. Le don des Eldar ne coule plus dans ses veines …. notre force, notre immortalité. Sans son âme-soeur à ses côtés, elle pourra se laisser mourir sans même s'en rendre compte …. ».
Le Semi-Elfe porta un air profondément triste vers la silhouette d'Alexandra qui disparaissait dans les couloirs, suivit de cet elfe qu'il avait également, connu jadis sur les champs de bataille. Puis il glissa le même air morne vers Arwen, dont les yeux venaient de se troubler. Elle posa une paume sur son ventre, et Elrond serra les couverts en argent au point de s'en faire rentrer les angles dans les chairs. Aragorn avait entendu la discussion en Sindarin, mais, en toute intelligence, il tenait un discours animé avec les Hommes et le roi Thorin. Faisant comme si de rien n'était, mais il serra discrètement la main de sa femme sous la table, et cette dernière s'y cramponna avec ardeur.
Legolas, témoin discret, posa ses iris gris-bleu sur les restes qui ornaient son assiette à moitié vidée; et comprit bien malgré lui, tout ce que le Seigneur Celeborn venait de dire, mais également, de taire. Un pénible ressentiment germa en lui. Accusant, tout comme son roi et père, le comportement de la Dame Blanche. L'appétit le déserta, et ce fut avec une patience qui lui coûta, qu'il attendit la fin du repas. Quand il quitta la tablée; Brilthor sur les talons comme à son habitude quand Thranduil était absent; il refusa un verre de plus en compagnie de ses amis. Il alla directement devant la porte close de son amie humaine. Aredhel était là, pensif. Il leva ses yeux verts vers le Prince, et le saluant, il expliqua avant que les questions ne fusent :
« Elle s'est cloisonnée dans ses appartements. Impossible d'en tirer quoi que ce soit. Elle ne veut parler à personne.
- Je l'ai déjà vu faire chez le Roi Thranduil, osa émettre Brilthor en s'avançant quelque peu. Et croyez-moi, ce n'est jamais bon signe ….
- Nous n'allons pas défoncer la porte pour aller la chercher, s'exclama Legolas dont le regard s'était quelque peu assombri. N'acceptant d'être à ce point aussi désemparé face à une chose aussi anodine qu'une saute d'humeur mortelle. Demain nous essaierons de voir ce que nous pouvons faire. Laissons la. Elle n'a pas besoin de nous pour le moment ».
Dieux qu'il se trompait. Mais Alexandra avait un orgueil mal placé qui lui interdisait de quérir du réconfort aussi aisément. Malgré ce qui ne cessait de croître en son sein. Seule, son sommeil fut pénible et chargé de cauchemars plus horribles les uns que les autres. Elle se revit des années en arrière, baignée de solitude face aux horreurs qu'elle n'avait pas réussi à éviter. Face à la mort de ses parents et de sa soeur. Face à la disparition de Joshua, de la trahison de Damon. Puis elle fixa ses mains pleine du sang d'Angrod à qui elle n'avait pas pu dire « au revoir ». Toutes ses choses qui l'avaient percuté de plein fouet comme si elle avait pris un bus de face. Indéniablement la blessant, l'amoindrissant toujours un peu plus. Le Grand Chêne s'imposa à son esprit. Malingre, dépérissant, ses feuilles jaunes et racornies rejoignant l'eau stagnante qui pourrissait ses racines. L'asphyxiant peu à peu. Il trembla avant de pousser un cri sinistre tandis que ses branches brisées, se tordaient douloureusement sous les assauts d'une pelle mécanique, agissant sous les ordres d'un Damon dont la colère déformait les traits de son visage pourtant si charmant. Elle se sentit coupée en deux, écartelée. Un cri d'épouvante s'extirpa de sa gorge tandis qu'elle voyait le chêne résister aux attaques vaillamment. Elle se redressa d'un seul coup. En sueur, haletante. Sentant ses vieilles blessures se raviver comme les braises sous la cendre. Une envie de pleurer irrépressible secoua ses épaules, mais elle lutta pour ne pas flancher. Au dehors, la maigre clarté d'un nouveau jour, perçait. Son monde, aussi défraîchi et malade fut-il, lui manquait. Ses compagnons d'arme, lui manquaient. Ici, tout ce qu'elle faisait, c'était juste brasser du sépia et de la paperasse depuis trop de jours entiers. Au point que l'encre maculant les pages, devenait comme le sang qu'elles lui drainaient petit à petit. Elle n'avait jamais été faite pour cela, et ne le serait jamais. Il fallait qu'elle s'aère, qu'elle renoue contact avec son essence. Idhril n'aurait jamais pu vivre ainsi. Elle de même. Son âme demeurait malgré tout, trop sauvage, trop indomptable. Cherchant désespérément un moyen de s'échapper quand elle se sentait emprisonnée. Enchaînée à des situations qui l'étouffaient littéralement. Elle avait la désagréable impression de se retrouver, tout en se perdant inexorablement toujours un peu plus chaque jour. Elle se leva, et alla se laver. Peut-être que de passer par ce rituel l'aiderait à décrasser cette lassitude qui la collait, comme le ferait une gangue de pétrole, gluante et poisseuse. Peine perdue.
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Le vent s'était calmé au-dehors, et la pluie également. Des nuages chevauchaient le ciel, créant des zones d'ombres et de lumières. Errantes comme des touches de peintures sur un tableau humide. Quelques petites averses alimentaient encore les fleuves et cours d'eau, grossissant leur lit. Mais le tumulte de la veille allait en s'apaisant. Sur le perron de la grande porte du château, Alexandra huma l'air frais et odorant du printemps. Elle coula un regard sur les jardins, puis elle entendit un hennissement au loin. Une merveilleuse idée traversa son esprit grisâtre, lui apportant une chaleur aussi salvatrice que celle procurée par rayon de soleil. D'un pas leste elle se dirigea vers les écuries, et fonça voir Syrthio et Harthad. Chipant des pommes dans un seau à l'entrée des stalles, elle les donna aux deux équidés qui ne se firent pas prier. Ils enfournèrent sans hésiter ces offrandes bienvenue. Elle s'occupa longuement d'eux. Se plaisant à se couper du monde des Hommes, ne partageant que silences et langage corporel, avec ses amis aux robes si magnifiquement brillantes sous sa brosse. Cet apaisement de l'âme lui fit un bien fou. Puis, réfléchissant, elle sella Syrthio. Venant vers la jument qui tendait le nez pour la humer, et par la même voir si elle n'avait pas autre chose à lui offrir, Alexandra lui gratta le bout du nez en s'excusant « Ho ma belle, je suis navrée. Mais il est arrivé le premier tu sais, et je ne peux me résoudre à le laisser ainsi de côté ! Je te sortirai demain d'accord ? ». La jument grise secoua vivement la tête en s'ébrouant, faisant danser ses crins couleurs de cendre dans les rais obliques du soleil, qui dardaient leur blanche clarté par les grandes fenêtres en hauteur. La jument exprimait clairement son mécontentement face à ces explications. Elle ne put que suivre de ses magnifiques yeux de velours brun, le cheval bais et la cavalière sortir des vastes écuries. Au-dehors, l'air s'était chargé d'une humidité moite, mais la douceur qui émanait de l'astre solaire, était un pur régal. Elle se mit en selle, et se pressa de sortir de la ville. Plus le temps passait, et plus la blancheur des murs devenaient fade et stérile à ses yeux. La forêt lui manquait affreusement. Les bribes de son âme elfique hantant son quotidien loin de cette nature tant chérie. Son cheval et elle se lancèrent dans un petit trot agréable sur les plaines détrempées du Pelennor. Après quelques minutes où seul le pas de son destrier sur la route ferme s'élevait, elle vit deux cavaliers au loin, s'adonner à une course endiablée. Des rires puissants vrombissaient dans l'air, et leur écho se perdait dans les brises printanières. Des gerbes d'eau et de boue jaillissaient de dessous les sabots martelant les sols lourds. Salissant armure, habits et peaux. Mais les deux hommes ne semblaient pas s'en soucier. Arrivant dans un rythme effréné, Alexandra reconnu Silfren quand il fut à une cinquantaine de mètres, avec à ses côtés, le Roi Eomer. L'humaine ouvrit une bouche muette, déformant ses traits sous une moue de totale perplexité. Ne s'attendant certes pas un Roi s'adonner à tel amusement. Surtout celui-ci. Les deux cavaliers lui passèrent à côté avec la délicatesse d'un train lancé à pleine vitesse, et continuèrent leur chemin jusqu'à atteindre un point précis. La monture d'Eomer gagnant la course d'une tête. Ils arrêtèrent leurs chevaux couverts d'écume, leur souffle bouillant créant de timides fumerolles à l'horizon de leur naseaux dilatés. Les bêtes, le sang en effervescence dans leurs veines, semblaient insatiables, désireuses de repartir à grandes foulées. La terre piétinée sous leurs pieds puissants se transforma rapidement en une marre de boue glissante, et les deux hommes les mirent au petit trot pour les calmer. Syrthio, dansait sur place, éprouvant l'équilibre d'Alexandra qui n'avait pas monté depuis plusieurs jours. Mais, aux côtés des elfes et de leurs longues chevauchées, elle s'était construite une assiette sûre et affirmée. S'amusant des soubresauts de contentement que sa monture exprimait, elle tourna bride sur la droite, et commença à emprunter le chemin descendant vers le Sud, qu'elle avait déjà pris lors de cette fameuse sortie où Legolas lui avait offert ce chaste baiser. Le souvenir de cette chaleur et de cet amour innocent, lui extirpèrent un fugace sourire. Regardant où Syrthio mettait les pieds, elle s'éloigna, ne voulant pas s'incruster dans cette partie de jeu toute « Rohirrimesque ». Imposant par la même sa présence féminine à ces deux hommes. Et de toutes façons, elle n'avait pas le coeur à partager quoi que ce soit avec ces pairs depuis quelques temps. Fixant son regard sur le ciel dont les nuages ressemblaient à des moutons en fuite devant un prédateur invisible, elle fit avancer Syrthio dans un trot plus rapide qu'elle ne le souhaitait, car trahissant son désir de fuite. L'accélération du sang dans ses veines, dut à l'effort et l'envie de liberté qui ne cessait de la démanger au point de lui faire mal, la poussa à augmenter la cadence. Son cheval passa au galop sans qu'elle s'en rende réellement compte. La voix de Silfren l'appelant, se perdit dans le bruit rassurant des foulées percutant le sol boueux qui défilait sous elle. L'air frais et chargé des fragrances des fleurs naissantes, vint emplir ses poumons, lui injectant une ivresse à la limite de la folie. Partir. Partir vers l'infini. Ne pas se retourner. Disparaître. Comme si la Nature elle-même l'appelait au loin. Une masse sombre et bruyante la dépassa, comme si un orage venait la faucher dans sa tentative pitoyable, et Syrthio s'arrêta brusquement, se cabrant violemment, alors que quelque chose lui barrait le passage. Elle s'agrippa aux crins de sa monture de toutes ses forces, se penchant en avant, tout en calant ses pieds dans ses étriers pour de pas glisser. Resserrant ses abducteurs sur sa selle désespérément. Tout son corps se tétanisa sous l'effort incroyable que cela lui demanda. Elle eut le souffle coupé quand Syrthio retoucha terre dans un mouvement violent, et essoufflée, elle regarda ce qui avait pu effrayer sa monture ainsi. Un rugissement presque bestial remonta le long de sa gorge, et explosa littéralement quand elle vit Silfren qui lui avait, purement et simplement, coupé la route.
« Non mais ça va pas ! Imbécile de Rohirrim ! J'ai pas ton aisance à cheval, j'aurai pu me briser le cou ! ».
Silfren se décomposa devant sa véhémence. L'air penaud qu'il afficha un bref instant la calma un peu, mais un frisson la parcourut quand elle entendit la voix du Roi Eomer surgir derrière elle. Exprimant d'une voix qu'on utiliserait pour réprimander une enfant :
« Il a fait cela selon mes ordres ! La route que vous empruntez est dangereuse. Nous ne sommes pas encore en meilleurs termes avec les contrées du Harad. Vous risquez votre vie stupidement. Pire, vous pourriez être enlevée, et revendue comme esclave ! Vous qui chérissez tant votre liberté et le statut indépendant de la femme, vous en seriez pour vos frais ….. ».
Elle nota la pointe d'ironie cuisante des derniers mots, et elle rongea son frein sévèrement pour ne pas simplement l'envoyer paître. Il était roi, et elle devait composer avec. Surtout en ces temps où son seul partisan de poids, était loin d'elle. La pensée de Thranduil écorcha son âme déjà à vif. Elle tourna sa monture pour faire face au roi des Rohirrim, et les deux cavaliers se firent front en silence, à seulement quelques coudées l'un de l'autre. Il nota qu'elle le regardait franchement dans les yeux, et que la seule flamme qu'il pouvait lire dans ses iris noisettes, était une colère presque animale, qui ne demandait qu'à se défaire de ses liens. Et briser tous carcans. Il la craignait. Autant qu'il l'admirait. Mais jamais il ne ferait mention de ces derniers faits. Il comprenait ses pairs, cette fascination qu'elle provoquait, car étrangère à tout ce qu'ils connaissaient. Mais Eomer, bien qu'issu d'un peuple plus rude que celui du Gondor, n'était pas dénué de logique et d'intelligence. Il savait, le danger qu'elle représentait. Et ses idées novatrices, surtout concernant les femmes, soulevait l'abolition de moeurs que top ancrées en lui. Il avait beau faire, tout ceci lui était viscéral. Il ne pouvait voir la femme autrement que comme; lui et son peuple; l'avaient toujours vu. Bien que les nobles soient quand même moins rustres que les premiers paysans venus. Enfin, ça, c'est ce qu'il se plaisait à penser, car la vérité était souvent toute autre. Il avait un amour et un respect sans borne pour sa soeur, Eowyn. Alexandra, la lui rappelait, indéniablement. Mais l'inquiétude qu'elle lui inspirait, lui intimait la retenue. N'avait-elle pas défait, seule, un homme qui la menaçait avec deux armes ? N'avait-elle pas en sa possession, des écrits et des schémas qui fomentaient des inventions répandant morts et désolations ? Silfren vint à la hauteur de son amie, et de les voir ainsi côtes à côtes, sortit le roi de ses tergiversations. Alexandra crispa ses doigts sur les rênes de ce cuir qui était légèrement collant avec l'humidité, et elle répondit d'une voix sèche comme la pierre :
« Alors quoi ? Je dois vivre avec un chaperon continuellement ?
- Oui! Si cela nous permet de vous garder en vie, et brider cette stupide défiance qui vous fait vous mettre en danger, indéniablement, oui ! VOUS nous avez réuni ! VOUS nous avez imposé ce conseil, hors de question que vous nous abandonniez, ou nous fassiez défaut à présent ! Et votre mort soudaine ne ferait qu'empirer les choses ! Et si, pour sauver mon peuple, je dois vous enchaîner dans un donjon, je le ferai ! » répliqua Eomer avec aplomb.
Ses yeux clairs étaient durs, aussi inflexibles que le ton de sa voix. Tous deux exprimaient sans doute possible, son rang et l'autorité dont il était investi. Alexandra sut qu'elle ne gagnerait pas ce face à face. Elle renifla dédaigneusement, et talonnant son cheval, elle fit simplement en passant à côté du roi sans le regarder « Bien! ». Elle laissa les deux hommes en arrière, reprenant le chemin de la cité. Rien que l'idée de retourner entre ces murs blancs, la révulsa au plus haut point. Silfren s'avança vers son roi, et déclara d'une voix grave:
« Pardonnez-la Seigneur, elle n'est pas au mieux depuis son arrivée à Minas Tirith.
- Que je la pardonne ? Fit Eomer surpris, mais néanmoins de bonne humeur. Je ne lui en veux pas, Silfren. Mais imagines ce que les elfes diraient si elle disparaissait, ou mourait ? Nous aurions plus à craindre encore, que les attaques sporadiques d'orcs et de gobelins. Elle est peut-être intelligente, mais elle n'a pas encore compris cela. L'affection que lui porte le roi Thranduil lui est favorable, mais que dans une certaine mesure. Elle ne peut imaginer le poids qui pèse sur les épaules de ceux qui l'entourent, en l'absence du Haut-Roi des elfes. Et de ce fait, le devoir qui leur incombe concernant sa sécurité. Elle peut me détester, je n'en ai cure. Si par mes décisions je sauvegarde les miens, elle peut même me haïr, je m'en fiche …. royalement …. ».
Le dernier mot fut dit avec un humour mordant qui fit sourire le Rohirrim. Il savait le roi Eomer juste et noble. Et connaissant les caractères de ce dernier et de son amie, il était clair qu'une entente cordiale, aurait peine à venir. Ils la suivirent de loin, et rentrèrent en silence à la cité. Ils la virent marquer un court arrête devant les grandes portes, portant une regard au loin, plus au Nord, et tous deux surent qu'elle pensait à l'Eryn Lasgalen. Le coeur lourd, elle s'engouffra à nouveau dans les rues pavées. Ils entrèrent presque tous les trois en même temps dans les écuries, et Eomer délaissa sa monture à son écuyer. Son moment de détente passée, il fallait qu'il reprenne en mains ses obligations. Ne resta plus que Silfren et Alexandra dans les vastes stalles éclairées.
Finissant de s'occuper de sa fidèle monture dans des gestes secs qui trahissaient son état de nerfs, elle vit l'ombre de Silfren se découper dans le mur de lumière qui lui faisait face. Se posant sur la paille dans un dessin presque abstrait. Les poussières des foins et de la terre fine emprisonnée dans le pelage des chevaux, donnaient des nuages mouvants. Dansant en de fines particules dans l'espace. Reposant les brosses dans le seau posé sur une étagère à l'entrée de la stalle où était son cheval, elle passa à côté du cavalier sans lui accorder une attention. Elle demanda juste un « Quoi? » rude, qui fit sourire Silfren. Celui-ci rétorqua en levant les yeux au ciel :
« Parfois l'on pourrait se poser la question si vous êtes bien une femme, de part vos manières et vos amours pour le combat …. elle se retourna vivement vers lui, une lueur meurtrière dans le regard, et il continua, ne se laissant pas démonter par cette attention assassine … et des fois, on ne peut le nier tant vos réactions sont, si purement, féminines …. »
Choquée par ce qu'il venait de lui dire, elle serra le poing, et déglutissant avec effort pour ne pas l'incendier, elle répondit avec toute la réserve dont elle était capable:
« Forcément, quand une femme ne réagit pas comme cela vous convient, c'est forcément que ses hormones la travaillent. Et bien j'ai une nouvelle pour vous Silfren ! Vous ne valez pas mieux ! Les hommes, vous êtes tout autant soumis que nous à des réactions totalement stupides et incompréhensibles, pour nous, les femmes ! »
Silfren eut un petit rire grave et chaud, et venant vers elle, il ancra son regard noir dans le sien, un sourire bienveillant accroché aux lèvres. Il vint prendre affectueusement une mèche de cheveux qui pendait négligemment devant le visage de son amie, et l'écartant, il demanda cordialement :
« Je sais que vous n'allez pas bien. Et je dois avouer, que tout part à vau-l'eau depuis quelque temps. Je n'aime pas ces atmosphères lourdes qui planent. Je sais …. même si vous vous en défendrez, que vous allez de mal en pis, Alexandra. Je ne sais exactement pourquoi, mais vous semblez vous éteindre peu à peu ….. Elle détourna le regard un bref instant, percée à jour. Il était son ami depuis de longs mois à présent. Ils avaient même eu un semblant de rapprochement à un moment. Que pensait-elle ? Qu'il ne verrait rien ? Sentant les larmes l'envahir à nouveau, elle les refoula à grand peine. Il cala la mèche derrière son oreille, et continua, j'aimerai que nous partagions un moment de détente, vous, Skal et moi, et ceux qui voudront se joindre à nous par ailleurs. Cela vous tenterait-il ? »
Elle fixa des yeux ronds de surprise, ne s'attendant pas à cela de sa part. Surtout à présent. La bouche sèche et la gorge brûlante, elle demanda presque maladroitement :
« Mais … et Ailein ? La Soeur de Darren ? …. Ne risque-t-elle pas de prendre mauvaise humeur face à cela ?
- Pas si ledit frère me chapeaute, lança-t-il avec un clin d'oeil superbe de malice. De plus, bien que sa compagnie soit des plus agréable, vous me manquez .. Alexandra … vous avez, ce que les femmes de nôtre monde, n'ont pas encore. Et qui fait tout votre charme, et votre chaleur. Même si beaucoup pensent que vous êtes sans coeur …. pire qu'un homme ... ».
Cet aveu lui plomba la poitrine. Cependant, jamais elle n'avait laissé l'avis des autres dicter sa vie et sa conduite. Ou si rarement que ça en devait anecdotique. Ce n'est pas maintenant que ça allait changer. Réfléchissant quelque peu, elle fixa Silfren, dont la pointe de tendresse, tenace, qui perça dans son regard sombre, la fit se sentir coupable. Et peut-être, redevable, de tout ce qu'il ressentait, malgré lui et elle-même, pour sa personne. Elle esquissa une ombre de sourire, et hochant la tête, elle fit, vaincue:
« Soit .. que proposez-vous ?
- Un repas dans une taverne, avec du vin, de la musique, des danses peut-être ! Qu'en dites-vous ?! Quitter un peu cette atmosphère pompeuse des hauts dirigeants ?! »
Jamais elle n'aurait pu soupçonner que cette simple idée, puisse à ce point gonfler son coeur de joie. Ses yeux s'illuminèrent comme un ciel de fête. La perspective de se mêler à la masse ne l'enchantait guère, mais de vrais partages comme ceux-ci, lui manquaient, au point de l'ulcérer.
« Nous prendrons place dans une belle auberge, ne craignez rien ! Je connais de bonnes adresses ici. Nous serons accueillis comme des rois, et traités comme tels !
- Ou comme une reine ! Appuya Alexandra, sentant sa bonne humeur se frayer difficilement un chemin dans les méandres tortueux de ses états d'âmes, qui devenaient sérieusement handicapant.
- Oui ! Renchérit Silfren, apparemment très heureux qu'elle accepte. En ce cas, tenez-vous prête, je viendrai vous cherchez plus tard ! Je ne vous ferai pas l'affront de vous demander de vous vêtir en robe. Faites comme bon vous semble ! »
Et avant qu'elle ne puisse ajouter quelque chose, il prit le chemin de la sortie, et la laissa seule. Alexandra eut un fin sourire, s'apercevant juste à cet instant, l'état pitoyable de son ami, couvert de boue à cause de cette formidable chevauchée aux côtés du Roi Eomer. D'ailleurs, ce dernier lui faisait se poser d'innombrables questions. Elle le voyait comme un homme de bien. Mais elle n'arrivait pas encore à bien le cerner. Avec tout ce qui se tramait autours d'elle, elle ne parvenait plus à avoir l'esprit tranquille pour essayer de jauger la situation, et les gens, au mieux. Flattant le chanfrein de Syrthio, elle regretta que sa balade n'ait pas duré plus longtemps. Finissant de ranger ses affaires, et constatant son état d'abattement imposant et tenace, elle félicita l'entreprise de son ami Rohirrim. En effet, une sortie, de l'alcool et du bon temps, étaient plus que louables.
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Quand la porte s'ouvrit, ce fut un nuage de fumée odorante qui les accueillit en premier lieu. La salle était bondée. Nains, Elfes, Humains, tous levaient leurs chopines dans une apparente décontraction, tandis que les vapeurs des rôtissoires et des pipes, formaient un brouillard translucide odorant. Les corps se devinaient par endroits, plus qu'ils ne se voyaient, masqués par le trouble nébuleux brouillant leur vue. L'aubergiste les accueillit avec un sourire des plus chaleureux, faisant une accolade amicale à Silfren. Il n'avait pas menti en disant qu'il connaissait bien les lieux. Ils entrèrent donc, et furent menés à leur table, sous les regards suspicieux des clients. Il faut dire qu'un Nain, un Elfe, le capitaine de la garde royale, un Rohirrim, et surtout, une femme portant des habits d'homme, et tous ceux-là ensemble, avaient de quoi soulever des questions. Le tenancier les mena dans le fond de la salle, ne les exposant pas trop aux curieux, ce qu'Alexandra apprécia fortement, et ils s'installèrent calmement. Silfren, Darren et Aredhel avaient un sourire éloquent, ces trois là étaient fait pour s'entendre, c'était plus que certain. Alexandra, elle, avait du mal à prendre ses marques, quant à Skalladrin, son humeur ombrageuse était toujours là, même si il faisait des efforts pour ne pas paraître trop imbuvable. Legolas et Brilthor avaient dû rester au château, les chefs d'état discutant depuis l'après-midi sur des accords commerciaux, et des taxes de circulation.
Ils étaient tous vêtus d'habits simples, même Aredhel avait opté pour une tunique, des pantalons et des chausses, aux couleurs brunes et vertes, communes aux elfes sylvestres. Leurs armes avaient été laissés au château. Enfin, les plus visibles. Jamais un homme sain d'esprit se promènerait dépourvu d'au moins une dague, pour se défendre au cas où. L'elfe quant à lui, avait une épée courte dissimulée sous sa cape. Seule Alexandra était dépourvue d'arme, et pour cause, la seule qu'elle avait, était cette épée qui dormait sagement dans son fourreau sur son lit.
Aredhel, Alexandra et Silfren étaient assis sur un banc, Darren et Skalladrin sur l'autre, en face d'eux. L'elfe et le Rohirrim l'encadraient avec chaleur, et déjà on vint leur apporter des pintes sur la table. Elle ouvrit sa maigre bourse en cuir qui se vidait inexorablement peu à peu. Silfren vit son geste, malgré le soin qu'elle prenait à ne pas le montrer, puis lui posant une main amicale sur les siennes, il déclara:
« Je vous en prie …. nous paierons votre part ….
- Non ! Rétorqua Alexandra piquée au vif par cette remarque. Elle ne voulait pas le vexer, mais elle n'était pas une mendiante. Il dut lire son indignation dans son regard sombre, et avec son habituel sourire, il répondit :
- Je ne vois pas le mal à inviter une amie à partager un repas ….
- En effet, de plus, ce serait un manque de savoir-vivre certain ! Renchérit Aredhel avec ce petit air hautain, qui sur lui, devenait de suite si charmant ».
Elle ne sut que répondre. Elle nota l'étincelle d'amusement qui dansait dans l'iris clair de Darren, et cela la renfrogna encore plus. Dépitée, elle rangea sa petite bourse de cuir, et glissa son regard vers Skalladrin. La première chose qui la surprit fut la fixité de ses yeux posés sur elle. Jamais il n'avait eu ce comportement. Ils parlaient à coeur ouvert, franchement et sans détour. Ils avaient travaillés ensemble pendant de longues semaines, mais la lueur qu'elle décelait là, la mit mal à l'aise. Ces yeux gris étaient aussi dérangeant que ceux d'un prédateur prêt à fondre sur sa proie. Or, jamais Skalladrin n'avait eu de telles intentions à son égard. Du moins, l'avait-elle toujours pensé. Il dut s'apercevoir de son comportement, car sa barbe noire soignée, et fournie, se déforma sous un sourire honnête, mais triste, qui rassura quelque peu son amie. Le capitaine des gardes leva sa chopine, et trinqua :
« Aux amis, à la paix, et aux femmes ! Aussi étranges et déraisonnables soient-elles ! »
Il adressa un clin d'oeil à la terrienne, qui se surprit à rosir légèrement. « Il est totalement conscient de ce qu'il dégage l'enfoiré ! Dire qu'il me fait de plus en plus à Joshua, est peu de le dire …. » pensa-t-elle, quelque peu énervée d'être à ce point sensible à ses réactions. Le souvenir de son ancien amant ne cessant de revenir sur le fil de ses pensées. Forcément, la tendresse qu'elle ressentait toujours pour lui, perçait inexorablement. De ce fait, elle ne pouvait totalement s'armer face à cet homme …. enfin … semi-elfe. Ils levèrent leurs verres de concert, et burent tous ensemble. Les hommes attablés, furent toujours aussi étonnés par la descente de l'humaine. Reposant son bock sur la surface boisée torturée par les nombreux repas qu'elle avait vu passer, elle eut un sourire carnassier, et lança avec une désinvolture cinglante :
« Il est certain que seule une femme étrange et déraisonnable pourrait vous accorder de l'attention Capitaine ! Surtout si l'on prend en considération vos ascendants! ».
L'air légèrement narquois de Darren se dilua d'un seul coup. Les contractons infimes de sa mâchoire trahirent son malaise, et aiguisant son regard, il demanda, en resserrant ses phalanges sur sa chope vide; ce qui n'échappa nullement à Aredhel qui se raidit quelque peu :
« Puis-je savoir à quoi vous faites allusions ?
- Votre lignée, Capitaine …. seuls les Hommes ne connaissant pas les elfes, peuvent passer outre. Mais pas moi …. alors, qui était un ou une elfe dans votre famille ? Vos parents ? Grand-parents ? ».
Skalladrin et Silfren rivèrent sur lui un air totalement abasourdi. Seul Aredhel ne broncha pas. Il était évident qu'il l'avait décelé cela dès le début. Cependant, il ne soupçonnait pas qu'Alexandra irait jusqu'à le pousser dans ces retranchements-ci. Cette attaque l'irrita, autant qu'elle l'amusa. Il l'avait en grande affection, et son côté frondeur y était pour quelque chose. Malgré les traits de son visage qui s'étaient durcis dangereusement, Darren esquissa un franc sourire. Il s'adossa confortablement au mur qu'il y avait derrière lui, et soupira avec une mine faussement navrée:
« Et bien, je ne pensais pas que cela était si flagrant …
- Je n'irai pas jusque là, mais dès que je vous ai vu, j'ai su. Votre soeur a d'ailleurs bien plus de caractéristiques elfiques, que vous. Mais j'imagine que c'est bien mieux ainsi … je ne sais comment se comportent vos corps d'armée, mais, les « sang-mêlés » ne sont pas toujours bien vus …. elle laissa sa phrase en suspens sciemment ».
Le temps sembla se suspendre. Aredhel, Silfren et Skalladrin avaient l'impression de se retrouver sur le bord d'une route, où deux prédateurs se croisaient. Campés sur leur position, attendant que l'autre fasse peut-être le geste de trop. Cependant, Darren tout comme Alexandra ne souhaitait entamer querelle. Le capitaine savait qu'elle l'éprouvait avec dessein. Et peut-être, à sa manière, lui faisait payer son évacuation des aires d'entraînements ce fameux matin. Il passa un index pensif sur le fil de sa mâchoire, la toisant de biais. Le bleu-vert de son oeil étincelant comme une aigue-marine de toute beauté. Les secondes semblèrent s'étirer à l'infini. Donnant à l'atmosphère déjà plombée de fumée, de rires, et de chants grivois, un poids encore plus étouffant. Darren se redressa légèrement, une moue totalement féline étira ses lèvres pleines, et il répliqua de sa voix grave :
« Je pense que ce doit être aussi bien vu qu'une femme menant des hommes au combat …. ».
« Hoo … bien joué ... » se dit Alexandra qui ne put empêcher le coin de sa bouche de se rehausser dans un soupçon de sourire. Silfren, Skalladrin et Aredhel ne cessaient de faire glisser leur attention sur l'un puis sur l'autre, puis sur l'un, comme si ils assistaient à un match de tennis. Alexandra leva sa chope, et fit avec une dérision fabuleuse, avant de finir le peu qui remuait dans le fond de son verre :
« En ce cas, je pense que ce doit être très bien vu ! Buvons aux meneurs d'hommes ! »
Un petit rire grave sortit de la gorge du capitaine. Ce dernier secoua la tête, amusé par le comportement de la femme qui se tenait en face de lui.
« Je comprends pour quelle raison vous devez lui faire escorte, elle se ferait égorger au premier coin de rue ! Déclara-t-il en riant quelque peu, totalement provocateur en donnant un coup d'oeil entendu à ses amis.
- Ho et vous n'avez rien vu ! Elle a le don de s'attirer les ennuis, et nous avons eu parfois de belles frayeurs en l'accompagnant ! Avoua Silfren en la bousculant un peu.
- Hey ! S'exclama Alexandra faussement indignée en se tournant vers son ami. Je ne vous permets pas !
- Cependant, elle a aussi ses bons côtés. Et son caractère lui a permis de survivre dans nos contrées, ajouta Aredhel, en lui offrant un regard de biais qui aurait fait fondre n'importe qui.
- Sans compter son sens des affaires ! Renchérit Skalladrin. D'ailleurs ma proposition tiens toujours Alexandra ! Fit-il en faisant un geste avec sa chopine dans sa direction, l'appuyant d'un clin d'oeil magistral.
- Ha non ! Elle m'a déjà ruiné une fois ! Tu t'en prendras à quelqu'un d'autre mon ami ! ria Silfren en se souvenant du premier jour de leur rencontre ».
Voyant le visage perplexe que leur dépeignait le capitaine des gardes, Silfren appuya ses coudes sur la table, et commença à lui expliquer ce qu'il s'était passé ce fameux jour d'été. On leur apporta de quoi manger et boire. Aucun vin ne vaudrait celui des caves de Thranduil, mais il conforta leur palais et leur sang. Abreuva leurs rires, et franches exclamations. Prise dans l'élan de la soirée, et galvanisée par l'alcool, Alexandra leur détailla des opérations qu'elle avait mené. Se souvenant avec tendresse de certaines campagnes et missions de sauvetage, qui lui avaient apporté une richesse humaine que beaucoup lui envieraient. Darren, malgré lui, fut totalement absorbé par les descriptions, les histoires, les faits presque héroïques dont les hommes sous son commandement, avaient fait preuve. Oblitérant sciemment, qu'elle dévoilait une part d'elle, totalement secrète. Car il était établi que tout ceci ne correspondait, ni de près, ni de loin, à leur monde. Bientôt elle leur fredonna des chansons de pirate. Certaines reprises par Skalladrin qui lui fit choeur pour celles qu'il connaissait. L'ambiance chaleureuse qui se dégagea de ce lieu en marge de la pièce, se répandit dans l'auberge, et beaucoup se prirent au jeu des chansons. Bientôt, une saine et bonne humeur agitait les clients, et Darren comprit pour quoi ses amis tenaient tant à elle. Tout chez cette femme était teinté d'une fraîcheur à la fois novatrice et perturbante. Un grain de folie des plus atypique, mais qui attirait inexorablement. Tenant et levant son verre à la manière des hommes, donnant de la voix comme eux. Personne n'avait encore jamais vu cela en Terre du Milieu. Du moins, pas sa connaissance. A un moment, bras-dessus, bras-dessous avec ses deux comparses, elle suivait le mouvement d'un tangage appuyé. Chantant fort et en cadence, échevelée, presque à bout de souffle, les joues rouges sous l'ivresse. Elle était clairement désirable, car trop différente. Skalladrin, après de trop nombreuses minutes à totalement la boire du regard, se ressaisit. S'apercevant qu'il était limite en apnée. Pendu, perdu, au bord de ses lèvres, des courbes de sa nuque dégagée; car elle avait relevé sa chevelure sous la température ambiante; de ses mains fines mais agiles, qui parfois s'amusaient avec les couverts. Qu'il aurait aimé ne pas la désirer ainsi. Ne pas avoir cette brûlante morsure de jalousie qui lui dévorait le coeur à chaque fois que Silfren, ou cet elfe de malheur, la touchait. Les tensions qui commençaient à le bourreler, n'étaient plus amicales. Et la géhenne que cela lui infligeait, devenait intolérable. Serrant ses doigts sur le cuir de ses braies, il respira à fond, essayant d'oblitérer la tension tyrannique qui lui distendait le bas-ventre. Il leva ses yeux gris sur la salle pleine de fêtards. Cherchant désespérément du regard son salut. L'on trouvait des prostituée partout en ville. Les plus chères se tenaient dans de tel lieu. Limite « poule de luxe », vu que les gueux ne pouvaient pourvoir aux frais qu'impliquait un repas en cet hôtel. Une femme à la longue chevelure d'or, pressée contre un homme jouant aux cartes de façon trop appuyée pour être honnête, attira son attention. Elle était jeune, et belle. Féminine dans sa robe de velours bleu nuit, qui laissait entrevoir son opulente poitrine ronde. Aux antipodes de l'objet de ses désirs qui ne cessait de le torturer sans même s'en apercevoir. Mais il fallait qu'il passe à l'acte, avant que l'aliénation qui se repaissait de sa raison, ne vienne à l'emporter, et lui faire faire, ou dire des choses, intolérables. Il poussa Darren presque brutalement, en s'excusant à peine, ce qui coupa un peu l'élan de ses amis. Le capitaine le laissa passer plus ou moins de bonne grâce, ne tolérant que peu d'être ainsi malmené, puis ils le suivirent du regard. Silfren démontra un étonnement non feint face au spectacle qui se déroula sous leurs yeux. Jamais il n'avait vu son ami s'adonner aux plaisirs de la chair avec une femme de petite vertu. Depuis la tentative de vol raté, il savait que son ami était au plus mal. Le Nain n'avait pas voulu lui dire quoi que ce soit à ce sujet. Ne voulant rompre une amitié de deux décennies, il avait pris dès-lors ses distances, et avait gardé ses questions pour lui. Vu que le calme était revenu au château, il avait même voulu oublier tout ceci. Mais les agissements soudain de Skalladrin, le perturba au plus haut point. Quand le Nain prit la direction de l'étage avec la belle blonde accrochée à son bras, Darren déclara avec une espèce de fierté toute masculine :
« Ha! Il y a des choses qui ne peuvent attendre ! »
Alexandra ne sut quoi dire ou quoi faire face à tout ceci. Etrangement, elle qui avait vécu pendant toutes ces années au milieu d'hommes, se sentit mal à l'aise en cet instant. Quelque chose lui échappait, elle en était certaine, et elle se maudit de ne pas faire preuve de plus de clairvoyance. Elle porta sur Silfren une expression teintée d'une féroce perplexité, mais celui-ci haussa les épaules, secouant lentement la tête pour lui signifier que lui aussi, n'y comprenait rien. « Après tout … c'est un mâle, et seul …. quoi de plus logique qu'il s'adonne à ce genre d'activités. Ne m'a-t-il pas dit qu'il était solitaire, et que nulle femme n'avait voulu partager son existence avec lui jusqu'à présent. D'ailleurs … est-ce que les Nains conçoivent l'amour comme nous ? Après tout ce temps, c'est la première fois que je me pose la question. Tant pour moi ce sujet semblait si hors de propos. A présent, je me demande si je n'ai pas péché par manque de considération. Il est clair que Minas Tirith, à part pour les Gondoriens, amène son lot de changements …. peut-être que Skal se sent autant en prison que moi ici …. Il faut que je lui parle. Trop longtemps nous n'avons pas échangé un peu, alors que je ne suis pas aveugle, je sais que quelque chose le perturbe. Il m'a aidé lui-aussi. Il a été un de mes compagnons de route en ces royaumes inconnus. Un ami digne, courageux, et fiable…... Oui …... je me dois de lui accorder plus de temps …... » finit-elle par se décider, tandis que les minutes continuaient leur ellipses indéfiniment.
Sentant qu'il était temps d'aller soulager un peu sa vessie après toute cette bière et ce vin ingurgités, elle demanda à Aredhel de lui laisser le champ libre. L'elfe lui demanda sans détour :
« Où allez-vous ?
- Au lieu d'aisance mon ami. Je n'ai hélas pas la vessie d'un homme et malgré ma témérité face à la boisson, les lois de la nature sont impitoyables, à un moment, je dois vidanger …. ».
Aredhel resta interdit quelques secondes face à sa répartie, ne s'attendant pas qu'elle soit si directe sur un sujet aussi intime. Puis, reconnaissant pleinement le charme décoiffant de sa protégée, il eut un petit rire, et se levant pour la laisser passer, il ajouta tout de même :
« Soit, mais je vous accompagne ….
- Pardon ? Fit-elle, réellement abasourdie par sa remarque. Heu …. vous vous prenez pour une femme accompagnant son amie au petit coin pour blablater ou quoi ? Seigneur Aredhel ? Je n'ai pas besoin de votre aide pour me soulager !
- Aide peut-être pas, mais j'ai fait une promesse au Prince Legolas, où que vous alliez, je vais … c'était la condition sine qua non pour que vous puissiez sortir ce soir ! » présenta alors l'elfe, dont le charmant regard vert s'était quelque peu durci. A sa mine fermée, elle sut qu'il ne reviendrait pas sur sa décision, et accessoirement, promesse. En ces quelques secondes, tout du Grand Général transpirait à travers lui. Alexandra sut qu'elle n'aurait dès-lors pas gain de cause. Ravalant la verve qui lui montait dans la gorge, se parant d'un délicat fard sur les joues, elle serra le poing, et rétorqua sèchement « Soit! ». Silfren et Darren les regardèrent se perdre dans la foule en direction du fond de la bâtisse. Une des serveuses lui indiqua que les latrines pour les femmes et les hommes étaient séparées, mais que elles se tenaient dans l'arrière-cour de l'auberge. Bien évidemment Alexandra ne put s'empêcher de penser à un « Les joies du Moyen-Âge tiens ! » bien cinglant, et prenant le petit couloir qui passait à côté des cuisines, elle déboucha sur la cour plongée dans la quasi pénombre. Elle s'arrêta sur le seuil de la porte ouverte, Aredhel sur les talons. Quelques lampes à huile donnaient une pauvre clarté tremblotante dans la minuscule enceinte. Une fine pluie était tombée, car les dalles étaient humides, et l'air ambiant se trouvait envahi par une humidité presque suffocante. Prenant conscience qu'elle n'y voyait presque rien, à par les contours indécis des caisses de marchandises entreposées sous l'appentis, et un tas de fumier provenant des petites écuries attenantes à l'auberge, sa poitrine se serra d'une appréhension irrationnelle. Elle se tourna, levant un air presque penaud vers l'elfe qui était sur ses gardes, et demanda sur un ton frôlant l'excuse :
« Vos yeux d'elfes voient-ils quelque chose qui m'échappe ? »
L'ellon lui posa une main chaleureuse sur l'épaule et s'avança légèrement, il scruta les alentours, mais même pour des yeux comme les siens, le brouillard était gênant. Après quelques secondes a avoir balayé l'espace de ses iris perçants, il fit un mouvement de tête, et dit simplement :
« Il me semble que vous ne risquez rien, après, il n'y a qu'une quinzaine de mètres entre ici et le fond de la cour ….
- Vous avez raison, je me demande même pourquoi je me pose tant de questions ! » s'exclama Alexandra réalisant le ridicule de la situation.
« C'est vrai ça ? Pourquoi j'ai la trouille du brouillard moi aujourd'hui ?! N'importe quoi sérieux! » s'engueula-t-elle tandis qu'elle avançait sur les pavés mouillés.
La brume s'effilochant comme la chevelure diaphane d'un cadavre, s'étira à son passage, pour finalement engloutir sa silhouette dans les ombres. Ce fut Aredhel qui entendit le bruit en premier. Comme un crissement, le chuintement du pavé sous une semelle. Quelque chose bougea sur la gauche, et il entendit un cri de surprise étouffé.
Alexandra était presque arrivée aux portes closes, à peine séparées d'un ridicule petit mètre, mais elle en avait vu d'autre, quand elle entendit le traitre bruit. Mais trop tard. Elle sentit une main brutale la saisir par derrière et se plaquer sur ses lèvres pour étouffer son cri, tandis qu'un bras sans douceur vint lui comprimer la taille en lui immobilisant les bras. Son assaillant eut le malheur de basculer légèrement en arrière, et alors qu'une autre personne dont l'aura sombre perça le brouillard pour se jeter sur elle, elle poussa de toutes ses forces en arrière. Accentuant le léger déséquilibre de son agresseur. Leurs deux corps allèrent s'écraser sur une des poutres de soutient de l'abri attenant aux murs du patio. L'homme derrière elle poussa un cri de douleur, l'arrête en bois lui coupant la respiration et lui rentrant dans les chairs. La souffrance lui fit relâcher sa prise, et Alexandra donna un coup de pied en arrière, tapant du talon le tibia qui faillit craquer sous la force du coup. Autre cri. Elle se pencha en avant pour se libérer, mais l'autre homme se rua sur elle, et lui asséna un coup de poing violent sur la tempe gauche. Sonnée, elle tomba à quatre patte, les oreilles bourdonnant et la ouate brumeuse enserrant son regard. Elle entendit à peine la voix d'Aredhel rugir à ses côtés. On lui saisit la nuque avec une force animale, et la relevant, elle vacilla alors qu'on la placardait à nouveau contre un corps à la fois trempé et bouillant. Une odeur nauséabonde de transpiration lui emplit les narines, manquant de la faire vomir. Puis, la morsure glacé d'une lame vint embrasser la peau fine de sa gorge. A moitié assommée, elle vit Aredhel se figer; tandis qu'il se précipitait vers elle pour l'aider. Médusé, il resta immobile quelques secondes. Puis, il sortit sa longue dague dans un geste lent et calculé. Bientôt la pointe d'un poignard se glissa entre ses omoplates, avortant son action. Un frisson glacé lui parcourut l'échine. Il aurait pu se défaire de ce gueux sans courage, mais la vie de son amie était en jeu. L'haleine fétide et brûlante de son agresseur chatouillait l'oreille gauche d'Alexandra. Et malgré sa vue brouillée et son hébétement, elle sut ce qu'il se passait. Son enlèvement à la cité de Thranduil revint la fouetter comme un coup de poignard acéré. La mort d'Angrod envahissant ses pensées cotonneuses.
« Lâche ça oreilles pointues ! Ou je la saigne comme une truie ! » menaça l'homme en resserrant l'étreinte de la lame sur la jugulaire d'Alexandra. La chair se scinda tandis que le fer entaillait les premières couches de son derme. Elle sentit une goutte tiède couler le long de sa gorge. Malgré elle, elle exprima un gémissement d'appréhension. Ce qui donna un rire gras et puant à son assaillant. Aredhel laissa couler son bras le long de sa jambe, et il posa sa dague sur les pavés maculés d'une boue poussiéreuse. Se redressant lentement, il grimaça quand il l'entendit lui intimer :
« Tuez-les Aredhel ! Par les Dieux ! Ne l'écoutez pas ! »
Trop proche pour ignorer le sang qui entachait la peau claire, il déglutit avec effort. Elle tremblait, et il savait que cela provenait du coup qu'elle avait reçu. Un seul, mais bien envoyé, et assez fort pour lui ôter toutes forces. Déjà il voyait la colère de ses souverains, la honte dont ils serait la proie, le remord éternel dont il souffrirait, si quoi que ce soit de fâcheux lui arrivait. Plongé dans ses sombres réflexions, tout en ne perdant pas un quart de seconde des yeux leurs adversaires, il faillit hurler quand elle continua.
« Aredhel ! La mort plutôt que la capitulation ! Jamais personne ne doit ….
- Tu vas te taire chienne ! s'écria le premier homme qui l'avait attrapé. Il la gifla si fort qu'un goût métallique vint envahir sa bouche. Je n'aurai aucun scrupule à te couper la langue ou un doigt pour te faire taire ! »
La voix pleine de fiel ne prouvait que trop qu'il n'hésiterait pas une seconde à le faire. L'elfe et l'humaine se regardèrent en silence. Une tension palpable, dépassant celle induite par les événements, se dégagea entre eux deux. Une corde invisible les liant, distendue au maximum, et sur le point de rompre. Un éclat sauvage brilla dans les prunelles brunes d'Alexandra, et il tressaillit, sachant pertinemment ce qu'elle allait faire. Elle n'eut pas le temps d'exécuter quoi que ce soit, qu'un rugissement féroce se dirigea vers eux, déchirant la bruine assassine. Aredhel se sentit propulsé en avant comme si un taureau lui avait foncé dessus par derrière. Le défaisant par la même de son agresseur. La masse sombre qui fonça sur leurs assaillants ressemblait à un sanglier blessé, chargeant à toute vitesse. Personne n'eut le temps de réagir, que leur sauveur percuta de plein fouet Alexandra et son agresseur, les faisant tomber tous les deux. Aredhel faillit hurler un juron, voyant les dangers de ce geste désespéré. Mais c'était sans compter sur la réactivité de l'humaine, qui profitant du tumulte, et dans un dernier espoir, avait balancé un coup de tête en arrière, fracturant le nez de l'homme qui la tenait si désagréablement contre lui. Il y eut un bruit de métal et de corps qui chutent, accompagné de cris rauques.
Skalladrin avait décelé les cris d'Alexandra au travers de la fenêtre entrouverte de la chambre. Son ouïe, certes pas aussi fine que les elfes, avait réussi à dépasser les couinements de la femme qui accueillait ses assauts, pour l'entendre. Sans attendre, il s'était retiré de ce fourreau brûlant de luxure, pour se rhabiller en jetant un oeil à l'extérieur. Tout son être devint exsangue en distinguant au mieux la scène qui se déroulait en contre-bas. Il était sorti dès-lors de la chambre en trombes, passant outre les exclamations indignées de la prostituée. Dévalant les escaliers avec la délicatesse d'un boulet de canon, qui fit craquer et gémir le bois sous ses lourdes bottes. Tous dans la salle l'avaient regardé comme si ils avaient un dément en face d'eux, et seul Silfren comprit. Sans réfléchir, il se jeta à sa suite, Darren sur les talons. Jouant des coudes au travers de la foule, pour le rejoindre. Quand ils arrivèrent sur les lieux, c'était une scène chaotique qui se déroulait dans les pénombres vaporeuses. Ils entrevoyaient des corps en plein combats, sans savoir pour le moment qui était qui. Plein d'appréhension, ils avancèrent, et se retrouvèrent de suite pris à parti par des hommes planqués dans les écuries. Une dizaine contre cinq.
Une fois au sol, Alexandra se redressa, entendant son agresseur suffoquer derrière elle tandis que l'hémoglobine envahissait ses sinus et sa gorge. Il essaya de l'agripper pour la tirer au sol, mais elle se dégagea avec rage. Ses instincts primaires de survie prenant possession de son corps. L'homme fit un geste lourd de sa main droite, et la dague trancha les airs, découpant son pourpoint au passage. Dépassant la peur d'être entaillée, elle lui agrippa le poignet, et avec une rage frisant le désespoir, elle frappa l'articulation plusieurs fois sur le pavés glacé. Elle distingua un rateau posé non loin. Envoyant un genou dans les parties de l'homme en-dessous d'elle pour le clouer au sol, elle s'étira au maximum pour le faire chuter. Quand l'outil tomba, elle planta ses doigts dans la chairs de l'homme, et tira sa main vers le bord métallique et aiguisé de l'ustensile. A moitié suffocant dans son propre sang, son agresseur hurla quand elle réussit à lui fracasser l'os sur l'arrête saillante, lui faisant lâcher son arme. Sans réfléchir, elle l'empoigna, et avec un cri de démente, le poignarda une fois, puis deux. Visant le coeur. Sentant les côtes céder sous ses coups dans un craquement sinistre. Elle ficha la lame jusqu'à la garde, et ne se décontracta que quand il finit de tressaillir sous elle. Les derniers soubresauts de vie l'ayant quitté, elle se redressa, haletante, pantelante, et leva les yeux sur ce qui l'entourait. Skalladrin, sur sa gauche, avait fauché son adversaire avec un bout de bois qui traînait par terre, et actuellement, il déversait sur le malheureux, toute sa fureur. La tête de l'homme ne ressembla bientôt qu'à une bouillie informe qui lui donna la nausée. L'odeur du sang et de la mort prenait peu à peu place dans la cour. Le Nain et l'Humaine échangèrent un regard entendu. Tout deux satisfaits d'avoir vaincu, et heureux de se trouver. Même si le sang qui les recouvrait les faisait ressembler à des sauvages de quelques tribus barbares. Les sons des autres combats les tirèrent de leur étrange communion mortuaire, et Skalladrin aida Alexandra à tenir debout. Elle avait encore quelque peu le tournis, et son crâne semblait brisé sous la douleur. Aredhel, Silfren et Darren se battaient tous de leur côté. L'elfe, ayant récupéré son arme, ne fut pas long à réduire au silence plusieurs de leurs assaillants. Sa vue de chat fouillant et décelant tout ce qui se produisait dans cet espace trop exiguë pour un tel combat.
Le brouillard offrait un linceul aux morts, et un rempart naturel aux vivants. Bientôt, seuls les amis d'Alexandra se trouvèrent face à face. Essouflés, effarés par ce qu'il venait de se produire. Ne revenant pas qu'une si belle soirée, puisse ainsi se finir dans un tel bain de sang. Skalladrin, tenant fermement le bras d'Alexandra pour l'aider au mieux, leva ses yeux gris vers elle, et même si elle ne put réellement distinguer leur couleur dans ce sombre mortifère, elle put y lire la flamme de soulagement qui les fit briller. Tout sourire, il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais aucun son n'en sortit. Il resta là, les yeux écarquillés de stupeur, poussant un grognement de bête blessée, alors que son regard se portait vers son côté gauche. Ils ne l'avaient pas vu venir, ni même entendu. La lame brilla d'un éclat blanc dans la nuit, et Skalladrin étouffa un cri quand elle sortit de ses chairs en éclaboussant le dallage d'une traînée rouge. Avant qu'Alexandra ne puisse réagir, la dague d'Aredhel fendit les airs, et alla se ficher dans la tête du fourbe qui venait de les frapper par derrière. Skalladrin se tint immobile quelques secondes, puis, levant son visage vers son amie, il expira « Alexandra .. » avant de chuter. Cette dernière se jeta en avant pour le retenir. A genoux à ses côtés, elle posa ses mains sur son torse, puis elle hurla « Non ! Non ! Skal ! ». Les yeux hagards et dévorés de larmes, elle s'écria « De la lumière ! Vite ! ». Silfren se rua à leur hauteur, et s'agenouillant, il fit en empoignant la main de Skalladrin « Hola hola mon ami ! Ne t'endors pas compris ! Restes avec moi ! ». Darren revint avec une torche arrachée à un des murs extérieurs, et les rejoignit. Seul Aredhel resta sur le qui-vive. Venant reprendre son arme qu'il retira dans un bruit à la fois glauque et humide. Il essuya le mithril sur les habits du malandrin dans un geste quasi chirurgical, et scruta les alentours.
Au sol, Skall luttait contre la douleur qui était en train de lui déchirer le corps. Alexandra fit signe à Darren de l'éclairer, et quand le halo de lumière toucha le parvis, elle devint blême. Chassant d'un geste rageur les larmes qui lui brouillaient la vue, elle fit signe à Silfren de mettre leur ami sur le côté. Quand elle dégagea la blessure, elle s'immobilisa. Ils l'entendirent murmurer « Non .. non … pas ça ... ». Elle défit son pourpoint entaillé, et déchira le vêtement sous les yeux ébahis des hommes autours d'elle. Le fin tissu de sa chemise blanche était trempé par l'humidité et la sueur, et lui collait à la peau. Mais elle n'en avait cure. Se penchant vers Skalladrin, elle expliqua « Skal, je vais faire un point de pression, qu'il va falloir que je garde. Pour ça je vais devoir serrer très fort, ça va faire très mal, mais ça nous permettra de te ramener à la Maison de Guérison ».
Le Nain gémit douloureusement quand elle plaqua le cuir contre la plaie. Puis trouvant un morceau de tissus dans l'arrière-cour qui devait faire office d'essuie-mains, elle entoura la taille du Nain et lui fit une sorte de garrot, qui arracha un vagissement à son ami. Tremblante, elle porta ses mains pleines de sang au visage de son ami, et elle déclara chaleureusement « On va te sortir de là. Je te laisserai pas tomber tu entends! Elle vit qu'il voulait lui dire quelque chose, mais elle lui posa les doigts sur les lèvres, et continua, garde tes forces, on parlera plus tard ... ».
Elle se releva, et d'une voix d'urgence, elle déclara aux autres :
« Aredhel, Silfren, je ne peux le porter, je dois maintenir le bandage de fortune pendant que vous le transportez. Il faut vite le ramener au château … Darren …. ?
- Oui, je vais calmer la populace et faire quérir mes hommes. Trouvez ma soeur, je ne connais pas meilleure guérisseuse. Hâtez-vous ! » fit le capitaine des gardes devinant ses intentions.
Ils eurent peine à entendre leur ami étouffer les cris de douleur vaillamment. Quand ils sortirent par les écuries, nombre de badauds s'étaient agglutinés, attirés par le bruit des affrontements. Darren, connu et reconnu, leur furent d'une grande aide, tant tous l'écoutaient et s'exécutaient sans broncher. Bientôt la foule fut dispersée, et les hommes de Darren enlevaient les cadavres. C'est à cet instant précis que l'oeil acéré du capitaine décela quelque chose sur le sol. Maculé de sang, un médaillon dardait pourtant des éclairs blanchâtres. D'un pas souple il vint ramasser le bijou, et passant un pouce pensif dessus, caressant ainsi la surface opaline, il n'arriva pas à se souvenir où il avait déjà vu cet ornement. Le glissant dans la poche de sa tunique, il prit le chemin du château, priant pour que leur ami soit encore de ce monde à son arrivée.
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Même au dernier étage de la ville, l'ascension fut pénible et éprouvante. Alexandra voyait avec épouvante le sang goutter et s'échapper de son bandage de fortune, maculant que trop souvent les dalles qui accueillaient leurs pas pressés. Malgré la barbe et la chevelure fournies du Nain, elle voyait sa peau devenir de plus en plus pâle. Et Skalladrin avait de plus en plus de difficulté à se tenir éveillé. Silfren, dans un effort incroyable, ne cessait de lui raconter des anecdotes de leur passé commun. Souvent Aredhel et Alexandra se surprirent à sourire face aux facéties que ces deux-là avaient pu commettre ensemble. Sur les derniers mètres, Aredhel stoppa et intima :
« Silfren partez devant ! Avertissez les gardes, et qu'on vienne nous aider. Je vais le porter seul jusqu'au bout …
- Hors de question …. qu'un elfe … me porte …. les mots s'extirpèrent dans un calvaire innommable de la bouche crispée du Nain.
- Si vous pouvez râler Maître Nain, c'est que vous êtes encore en vie ! Alors maugréez autant que vous le souhaitez ! Lança Aredhel très sérieusement ».
L'elfe le hissa sur son dos, et il lui fallut le concours de toutes ses forces surhumaines pour maintenir Skall. Ce dernier ne pouvant plus fournir le moindre effort pour se maintenir au mieux. Jamais derniers mètres parurent plus interminables. Silfren loin devant, donnait de la voix, et son écho se répercutait dans les vastes couloirs. Une cloche, différente de celle qu'ils avaient entendu le soir du vol, retentit dans la nuit. Le carillonnement mat se répercutant sur le brouillard de plus en plus dense. Une fois au château, une cohorte de gardes leur fit escorte, et des guérisseurs venaient déjà. Ailein était avec eux. Silfren alla directement vers elle, lui expliquant ce qu'il venait de se produire. Aredhel posa le Nain sur le lit le plus proche. Les chandelles en veilleuse dans la pièce suffisaient à dévoiler l'ampleur des dégâts. Alexandra ne cessait de parler à Skal. Essayant de le maintenir hors du sommeil tant bien que mal. Mais son ami sombrait inexorablement. A un moment, il lui agrippa la main si fort, qu'elle crut qu'il allait lui briser les phalanges. La tirant vers lui, elle comprit qu'il voulait qu'elle se rapproche. Il murmura quelque chose qu'elle ne comprit pas au début. Collant presque son oreille aux lèvres de son ami, elle réussit à entendre « Pardonne-moi …. ». Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas. Elle se redressa légèrement, plongeant ses yeux rougis par les larmes dans le gris minéral de son ami. Elle avait les habits et le visage couverts de sang. Un hématome commençait à se former sur sa joue, et sa gorge portait les stigmates de ce baiser métallique, qui avait failli lui coûter la vie. Pourtant, jamais il ne l'avait trouvé plus belle. Il porta une main fébrile à son visage, et osa le caresser. Leur souffle suspendu, ce ne fut qu'à cet instant qu'elle comprit. La tendresse qui se dégagea de son regard, la transperça. L'assommant totalement. Jamais elle n'aurait pu le soupçonner .. l'imaginer. Puis, quelqu'un la bouge sans ménagement, brisant le contact qu'ils avaient instaurer avec une brutalité aussi sèche qu'un coup de poing. On l'écarta de lui, et elle ne put s'empêcher de pleurer à nouveau quand ils le bougèrent et retirèrent le bandage. Quand elle vit que les reins étaient touchés, une terreur et une folie abyssales s'emparèrent d'elle. Elle se jeta en avant, s'arrachant avec violence des bras qui la maintenaient. Puis, entendant à peine les mots « trop tard » et « on ne peut rien faire », elle planta ses doigts dans la tunique du nain, et sombrant dans l'hystérie, elle hurla « Non ! Il n'est pas trop tard ! Il faut le transfuser ! Recoudre la plaie; et le transfuser ! » . Ils la regardèrent tous comme si elle avait perdue l'esprit, ne comprenant pas un mot de ce qu'elle disait. Une poigne de fer s'abattit sur elle, et la traîna de force en arrière. Ses propres blessures se réveillèrent, la forçant à se calmer. Un hurlement de bête sauvage s'extirpa de sa gorge brûlante. On la ceintura, et la tira malgré elle au-dehors. Elle mit du temps à reconnaître la voix d'Aredhel qui lui intimait de se calmer. Elle se débattit en criant « Lâchez-moi ! LÂCHEZ-MOI PAR LES VALAR ! ». Il s'exécuta, et elle tomba lourdement sur le sol. Ne s'apercevant qu'en cet instant qu'il la portait. Elle rampa presque sur les dalles glacées, et trouvant un mur, elle se plaqua dessus. Assise, le flanc en appuis sur la surface lisse et froide, la tête lui tournait, et elle avait envie de vomir. Ses plaies lui faisaient mal, mais la géhenne de la perte de son ami, était un bourreau bien plus implacable. Elle regarda ses mains, son corps. Tout était maculé de sang. L'odeur de fer qui s'en dégageait lui emplissait les narine. Seuls le contact frissonnant de la pierre, et ces effluves de mort, avaient de la consistance pour elle. Tout le reste semblait diffus, comme perdu au loin. Quand Silfren revint vers eux, elle sut, à son visage, que tout était fini. Elle ne put contenir le torrent de larmes qui se mit à pleuvoir sur ses joues, traçant des lignes claires dans le masque de sang séché qu'elle arborait. Aredhel, anéanti de la voir ainsi, vint s'accroupir à ses côtés, et murmura :
« Venez Alexandra, vous ne pouvez rester ainsi …
- Si .. si je le peux …. laissez-moi …. rétorqua-t-elle en hoquetant pitoyablement ».
La folie semblait s'être emparer d'elle. Recroquevillée comme un tas de chiffons malmené, elle leur inspira peine et attendrissement. Aredhel, ayant que trop vu ce genre de comportement sur les champs de bataille, passa outre ses protestations. Il glissa ses bras sous son corps meurtri, et la souleva en la collant contre lui. Bien sûr elle tempêta, vociféra, et hurla, mais que pouvait-elle face à la fermeté d'un elfe ? A bout de forces, à bout de nerfs, elle ne put lutter indéfiniment contre la voix douce de l'ellon qui s'était mis à lui parler en Sindarin. Et, comme à chaque fois, la part cachée de son âme elfique y répondit. Le visage enfoui dans les cheveux auburn de son ami, elle se mit à trembler de tout son corps, recherchant d'instinct la chaleur divine qui se dégageait de lui. Elle se pressa contre son torse, et ses pleurs se firent plus calmes. Quand Legolas arriva, il se figea à quelques mètres. Toisant Aredhel d'un attention si dure, qu'elle le gifla presque. Mais le général garda la tête haute. S'approchant de son prince, il le salua courtoisement,et accueillit la remarque cinglante qu'il méritait peut-être :
« Je vous donne ordre de veiller sur elle, et c'est ainsi que vous la ramenez ? Seigneur Aredhel ?! J'exige des explications !
- Ce n'est pas sa faute Prince Legolas, arriva en renfort Silfren qui pensait bien faire ».
Cependant, l'attention polaire que lui jeta le prince des elfes, ralentit ses ardeurs. Legolas, d'une voix peu amène, répondit:
« Je compte bien m'entretenir avec vous à ce sujet également ! Rohirrim ! Ce qui concerne le peuple elfique, ne vous regarde guère !
- Alexandra est humaine ! Elle n'appartient pas à votre peuple …. prince … rétorqua alors Silfren d'une voix égale. Car tout respect que je vous dois, je n'obéis qu'à un seul seigneur, le Roi Eomer ! »
Legolas allait surenchérir, quand un filet de voix vint atteindre ses oreilles. « Pitié … arrêtez ... » le murmure déchirant trouva écueil, et Legolas se sentit mal à l'aise. Reprenant contenance, essayant de taire la colère qui le minait, il déclara :
« Nous en reparlerons. Nous devons nous occuper d'elle. Je vous serai reconnaissant de faire rapport de tout ceci à votre souverain.
- Cela sera fait, vous avez ma parole. » promit alors Silfren en s'inclinant avec sincérité.
Puis il repartit dans la salle où leur ami venait de les quitter. Le souvenir du visage de son amour éperdu, comme dernier compagnon de route.
Legolas s'approcha d'Arehel, et soulevant une mèche de cheveu qui s'était collé au visage de l'humaine, il grimaça vivement. Tournant les talons, il fit simplement :
« Suivez-moi, nous devons faire vite. »
Il prit la direction des appartements de l'humaine. Inquiet, ravagé. Se demandant sans cesse ce que son père allait bien pouvoir dire une fois son retour. Il pria pour qu'il se fasse dans quelques jours, le temps que les plaies et autres ecchymoses se résorbent un peu. Il imagina sans peine sa colère, et frissonna. Ils croisèrent Aragorn dans les couloirs, se pressant pour voir quel était ce sujet de haute importance, qui l'avait tiré de son lit. Quand il vit Alexandra dans les bras de l'elfe précédé de son ami Legolas, il sut que cela était d'une extrême gravité, et que les répercutions allaient avoir un impact que même lui ne pouvait encore s'imaginer. Il pressa le pas vers la maison de guérison, les mêmes inquiétudes qui envahissaient l'esprit du prince sylvestre, pénétrant également ses réflexions.
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Quand les portes s'ouvrirent, les bougies étaient allumées, et le feu crépitait péniblement dans la cheminée, offrant une chaleur toute relative aux lieux. Legolas déposa sa cape sur le canapé, et ouvrant les pièces, il alla faire couler un bain brûlant. Silencieux, la mine sombre, Aredhel savait que son mutisme cachait le tumulte qui le dévorait. Le père et le fils se ressemblaient trop. Et bien plus qu'ils ne le pensaient la plupart du temps.
« Il faut la dévêtir, la laver pour voir les blessures, et la réchauffer, exposa Legolas en se dirigeant vers eux ».
Alexandra, plus absente qu'autre chose, réagit à peine quand il l'appela. Cramponnée à sa source de chaleur salvatrice, elle ne sentait plus la force, ni l'envie, de bouger. Ou de faire quoi que ce soit d'ailleurs. Se déconnecter de toutes ces horreurs, se perdre dans le vide, était une option si charmante et tentatrice à présent. Elle ne réagit pas quand ils la menèrent dans sa salle d'eau, et que, patiemment, ils entreprirent de la dévêtir. Les doigts de Legolas marquèrent un temps d'arrêt tandis qu'il allait déboutonner sa chemise. Se sentant fautif, voir honteux, de violer ainsi son intimité. Mais le bien-être de son amie allait bien au-delà de ça. Il fut tout de même soulagé quand il vit les sous-vêtements qui offraient un ultime et chaste rempart à sa nudité. Mais même ainsi, les deux elfes furent quelque peu émus par cet instant des plus particulier. Se parant d'une magique intemporalité. Voyant l'incroyable fragilité de cette enveloppe mortelle, mais aussi, toute la force qui s'en dégageait. Par le délié de ses muscles, la tension qui habitait tous ses nerfs et tendons malgré la fatigue accablante qui la fauchait. Le respect et l'admiration totalement secrets, que les immortels portaient, malgré eux, aux Hommes. Ils lui laissèrent ces bouts de tissus, garants de son honneur, et la plongèrent telle qu'elle dans les eaux savonneuses. Elle gémit plusieurs fois tandis qu'ils la bougeaient et la lavaient pourtant avec d'infinies précautions. Souvent leurs mâchoires se crispèrent quand ils apercevaient un bleu, ou une plaie. Celle sur sa carotide étant la pire de toute. Elle laisserait une infime cicatrice, mais rien que l'idée que sa vie ait pu tenir à un battement de gorge, les terrifiait. Elle ouvrit les yeux après de longues minutes de silence. Elle les fixa longuement sans rien dire, et sa tête pencha mollement de l'autre côté. Le regard perdu dans le vide, aucun mot ne sortit de sa bouche. Elle les laissait faire, comme si tout cela n'avait plus d'importance, ou n'était que vacuité. Legolas et Aredhel craignaient le pire. L'absence de Thranduil prenant un caractère d'urgence que lui-même ignorait. Ils la laissèrent se changer seule, une fois qu'ils l'eurent sortie du bain, puis Legolas demanda à Aredhel d'aller aux nouvelles et de faire quérir Brilthor. Legolas l'avait congédié pour le reste de la soirée. Après tout, lui ne risquait rien ici. A présent, ils seraient les seuls à l'approcher, il s'en fit le serment.
Quand elle sortit de la salle d'eau, ses yeux cernés et son visage marqué, lui retournèrent le coeur. Il vint vers elle, et avant qu'il ne dise quoi que ce soit, c'est elle qui vint le prendre dans ses bras. Puis, délicatement, elle pleura sur son épaule. Se défaisant du carcan de la bienséance et de l'orgueil. Recherchant désespérément un appui amical et solide. Ils restèrent ainsi longuement. Lui ne souhaitant briser l'instant, elle, ne voulant ressentir ce néant qui ne cessait de l'aspirer. Cet abîme qu'elle avait jadis connu, et qui lui avait à une époque, ôté toute envie de vivre. Ce fut lui qui la coucha dans son lit, et sentant ses doigts faibles accrocher les siens, il lui fit la promesse de rester avec elle en cette nuit. Elle n'eut qu'un sommeil sporadique, entrecoupé de larmes et de cauchemars. A chaque fois il vint l'étreindre pour la calmer et la rassurer. Ce n'est qu'à l'aurore qu'il entendit la porte du salon s'ouvrir, sans que personne ne s'annonce. Assis dans un des deux fauteuils de la chambre, il prit sa lame en se levant sans un bruit. Attendant patiemment que l'intrus se dévoile, l'épée fermement tenue entre les doigts, prête à frapper. Ses magnifiques yeux bleu-gris marquèrent la stupéfaction la plus totale, quand il vit qui se tenait ainsi devant lui. Seul au milieu du salon, sa silhouette se découpant sur le mur de flammes en arrière-plan.
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Les flancs de son cerf ruisselaient d'une sueur épaisse. Les nuages de vapeurs blanches qu'expulsait son museau fin, se lovaient au brouillard ambiant comme si ils retournaient à la source. Des perles d'eau se formaient sur le velours de ses bois, glissant de temps à autres, charriées par le vent que créait la bête dans sa course effrénée. La nuit touchait à sa fin, et Thranduil, commençait à sérieusement ressentir les effets de la fatigue. Tout comme son vaillant et vif destrier. La brume trempait le pelage dru de l'animal, et les habits de voyage du roi; qui commençait à en avoir assez de cette humidité ambiante qui collait vêtements et cheveux. Gênant grandement ses gestes durant ce voyage éprouvant. Le brouillard prit progressivement une teinte mauve, pour se parer peu à peu d'un saumon grisâtre. Cette dernière deviendrait jaune dans quelques minutes, quand le soleil toucherait les couches successives de brouillard, qui stagnaient et étouffaient les plaines du Pelennor. Son cerf et lui-même traversaient ce rempart naturel telle la flèche perçant les nuages. Rien n'arrêterait sa course, il n'avait que trop retardé son retour. Pire, depuis quelques heures, le sentiment d'urgence qu'il ressentait depuis ces semaines, avait littéralement atteint son paroxysme. Il savait que quelque chose de grave c'était produit à Minas Tirith, et que cela concernait un des deux êtres qu'il chérissait le plus au monde. Il se retint plusieurs fois de pousser son cerf plus avant, de le faire courir plus vite qu'il ne le faisait déjà. Il lui aurait fait exploser le coeur. La pauvre bête donnait déjà tout ce qu'elle avait pour satisfaire son cavalier. Ils croisèrent quelques marchands ambulants longeant les routes, tels des fantômes errant dans les limbes, enveloppés d'un linceul gris et morne. Les hommes et les femmes, gelés par les températures humides et froides de ce jour nouveau, les regardaient passer, presque hagards, se demandant si ils n'avaient pas rêvé, tant la course de l'animal était surnaturelle. Ses ongles frappant le sol boueux de la grande route dans un bruit mat, laissaient des empreintes caractéristiques comme seule preuve de son passage.
Thranduil, se pencha vers l'oreille de sa monture, et dit en elfique « Nous sommes bientôt arrivés mon ami ! La cité n'est plus très loin ... ». La bête força l'allure d'elle-même, consciente qu'arrivée à bon port, elle goûterait les joies d'une stalle propre et sèche, ainsi qu'un repas convenable. Car cela faisait des jours qu'ils parcouraient les route, s'arrêtant rarement pour prendre du repos et se sustenter convenablement. Rendant ce voyage exténuant et difficile. Quand Thranduil devina, plus qu'il ne vit, les immenses murs noirs de l'enceinte de la capitale, il ne put empêcher son coeur de tambouriner, tant sous l'inquiétude que la joie qu'il avait de revoir son fils, et son amante. Ils gravirent les étages imposants de la ville en quelques minutes, surprenant les habitants éveillés aux lueurs de l'aube. Arrivés aux écuries, il sauta de l'animal, lui flattant l'encolure avec ferveur, le remerciant de tout coeur de l'avoir ainsi mené. Il donna des instructions précises aux palefreniers qui se hâtèrent à sa rencontre, et prirent le cerf pour lui octroyer les soins qu'il méritait. Thranduil prit son paquetage de voyage, et fila directement au château, sans même se faire annoncer. Il ne savait pas où il trouvait encore la force de franchir ces mètres avec une telle vélocité, mais quelque chose semblait le rendre léger au point de le faire voler sur les dalles des couloirs. Euphorie étrange se mariant à une angoisse despotique. Quelque chose n'allait pas. Il y avait trop de monde dans les coursives en ces heures prématurées. Trop de gardes, trop de regards fuyants, de murmures. Il passa outre, et fila directement vers l'aile de leurs appartements. Quand il arriva à l'orée du couloir qui menait chez eux, il repassa de suite au pas, son élan brisé par la vue d'Aredhel, en compagnie de Brilthor, qui montaient la garde sur le palier de la suite d'Alexandra. Un cognement au coeur, vif, infernal, qui sembla le perforer sans une once de remord. Quelque peu essoufflé, il avança, suspicieux, alarmé par les visages qu'ils lui offraient tous deux. Quand il fut à leur hauteur, le capitaine et le seigneur s'inclinèrent en même temps.
« Sire ! Que nous sommes heureux de vous revoir ! » fit Brilthor sincèrement, un sourire aux lèvres comme à son habitude. Mais celui-ci était morne et opaque, comme si un poids incommensurable plombait ses lèvres.
Au visage de marbre de leur souverain, l'un et l'autre surent, que d'une façon ou d'une autre, Thranduil pressentait ce qui allait suivre. Le sérac de son regard se posait sur eux comme une condamnation invisible les pressant d'avouer. Aredhel fit un pas devant Brilthor, le protégeant ainsi de la colère algide de leur roi. Enfin, froide qu'en apparence, car les flammes qui animaient ces iris bleus, étaient tout sauf glacées. Quelques mots suffirent pour témoigner que ses appréhensions n'étaient pas vaines. « Seigneur, il s'est passé quelque chose ... », la voix d'Aredhel s'était élevée, grave, teintée d'un dur regret, que Thranduil balaya d'un simple geste. Il toisa la porte close des appartements de son âme soeur, et déposa son sac, sans un mot, dans les bras de son général. Puis il avança, silencieux, ne daignant même plus leur accorder d'attention. Indifférent à tout ce que pouvaient ressentir les deux ellons à son service. Il saisit la poignée, évitant de trembler devant ses hommes, alors que tout en lui hurlait le chaos le plus total. Mais rien ne vint à le trahir. Même pas son souffle, qui resta calme et posé, tandis qu'il ouvrait et pénétrait dans la vaste pièce. Les rideaux étaient tirés, mais la clarté du jour les nimbait peu à peu de lumière. Il vit que le feu était vif dans l'âtre, preuve que quelqu'un était assez mobile pour le maintenir. Ce qui le soulagea un instant. Apaisement fugace, qui fondit comme le maigre espoir que tout ceci ne soit juste qu'un rêve, quand il se retrouva face à son fils. Cerbère fidèle et implacable, qui se dévoila dans l'encadrement de la porte, arme à la main. Il y eut quelques secondes, où l'un comme l'autre, ne surent comment réagir. L'un rongé par la contrition et la honte. Soulagé malgré lui de revoir la figure forte et inébranlable d'un père, revenir vers lui. Et l'autre, malmené par une incompréhension légitime, et une détresse allant s'agrandissant, tandis qu'il réalisait que son propre fils montait la garde. Au final, Legolas ne put soutenir plus l'attention inquisitrice de son père. Il riva ses yeux clairs sur les tapis du salon, et émit d'une voix rauque en serrant la garde de son épée :
« Je suis désolé père …. je n'ai pas été assez vigilant …. ».
Là le cardiaque de Thranduil bondit dans son thorax au point qu'il crut qu'il allait lui sortir purement et simplement de la poitrine. Une bête fauve rugissante, qui voulait se libérer d'entraves trop asphyxiantes. Il ne fit que trois pas amples vers la porte, et poussant sans trop de douceur son héritier, il s'immobilisa. Malgré la pénombre, il vit l'état de celle qu'il chérissait tant. Un murmure douloureux s'extirpa de sa gorge « Alexandra ... », le seul mot qu'il put émettre. Tremblant, mal assuré, comme si la parole le désertait peu à peu. Puis, il se sentit aussi frêle qu'un faon quand elle leva les yeux vers lui, et qu'il découvrit entièrement son œil gauche quelque peu gonflé, et le bleu violacé qui lui prenait une partie de la tempe et de la joue. Elle n'eut même pas la force de relever la tête complètement. Dans dans un piteux sourire qui le déchira, elle chuchota juste, tandis que ses yeux se bordaient de larmes acides « Thranduil …. enfin … vous êtes revenu ... ».
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