Puis… Un rire s'éleva peu à peu. Pour secouer entièrement ma poitrine, et finir par être haut et irrépressible.

- Qu'est-ce que t'as encore ?

Berçant Randy, je me mis à chantonner entre deux pouffements :

- « I dont want… anybody else… when I think about you… I… touch myself… »

Je fus brutalement repoussé à coups de poings et de pieds. Un oreiller m'atterrit en pleine figure.

- Dégage !


Je le détestais. Si fort, de toutes les cellules de mon corps superbe, que c'en était obsédant. Je l'avais détesté quand il m'avait surpris, haï quand il m'avait rit au nez, abhorré toute la nuit. Le matin suivant je l'avais méprisé de ton mon être en le voyant mordre sa lèvre, intéressé avec moquerie, quand il me voyait. J'avais mis toute ma haine dans ce baiser de dernière minute que John m'avait arraché en riant avant que je ne sorte en trombe, parce qu'enfin, je le détestais.

C'était la pause du midi. J'écoutai une bande de soldats qui me parlait, selon les consignes qui nous avait été données. Je crois bien que c'était avec eux que je passais le plus de temps, John n'avait pas été là ce matin grâce à une séance de dédicaces. L'homme continua d'une voix bourrue, et j'attrapai mon portable qui venait de vibrer. John. Un ouragan de pulsions sexuelles hérissa ma colonne vertébrale lorsque mes yeux parcoururent les quelques mots. Je le refermai, relevai les yeux. Laissai en plan la bande de militaires après une excuse bâclée.

« Devine ce que je porte… »

Pour John tout cela n'avait aucune importance. Ces trucs auxquels je prêtais attention, il s'en contrebalançait. Il fonçait au travers de la domination, sauf pour le sexe ; au travers de la fierté… surtout pour le plaisir… il broyait, pulvérisait d'un sourire éblouissant la honte. Lorsque j'ouvris la porte, des éclats de désir brut m'éraflèrent. Me rendant dingue. Je le détestais, mais j'étais déjà tellement raide en ayant imaginé combien il aimerait que je joue avec son uniforme trop serré… que de voir son regard bagarreur et ses lèvres en feu me défiant de venir le prendre… me fit le détester d'une façon bien plus, vraiment plus jouissive. Une dernière caresse fripouille agita le corps étendu dans une position équivoque, scandaleuse, nonchalamment. John, tu sais vraiment ce qui me plaît.

- Rompez les rangs !

Quasiment rien n'effaçait l'expression heureuse qu'il arborait après de la baise, et cette fois-ci n'y avait pas fait exception. Toute l'après-midi avait été passée au tir à l'extérieur, à la course d'endurance et autres. Je sentis de nouveau les regards insistants dans mon dos et m'éloignai, John sur mes talons. C'était le but. Nous fîmes le voyage retour jusqu'à l'entrée de la zone B. Je les sentais toujours. Je les avais vus. Depuis hier.

Par habitude, moi et John nous étions arrêtés sur la zone bétonnée. Je tentai de ne rien laisser passer lorsqu'il me parla, je ne fis que répondre.

Ils étaient là, ils attendaient.

Je savais comment ça allait se passer. Quand John m'avait proposé de venir en Irak, j'avais d'abord catégoriquement refusé car je craignais trop qu'il lui arrive quelque chose ici. Je suppose que je n'avais pas envisagé ce scénario. Rires glacés carnassiers, silencieux. Nous étions à présent les deux derniers dehors, à l'exception d'un certain groupe en retrait, derrière la rangée d'arbres. Je me fixai sur le visage de John dont la voix grave s'éleva à nouveau. Soudain, durant quelques secondes, j'observai ses yeux toujours plein d'orgasme, bleu bébé, sa peau masculine, douce, la bouche, et me perdis dans mes pensées. Si j'avais accepté qu'il vienne… C'était parce que cela me rassurait qu'il soit à mes côtés. Pour veiller sur lui. Comprenant que je le regardais, il sourit et je m'ébrouai. La moitié de mon corps était tendu vers un instinct sanguinaire et animal, froid, de givre, qui ensanglantait ma bouche.

- Je vais passer à la douche, lâchai-je d'une voix blanche, tu peux retourner à la chambre chercher mon portable ?

Que faire d'autre ? Les ombres qui épiaient se déplaçaient. John opina avec un de ces « Bien sûr » qui cachaient une chose plus grande, et se retourna. Il s'élança vers les escaliers en ciment. Trop vite, trop rapide… Je restai immobile, levai les yeux vers lui.

- John ! Hélai-je.

Il se retourna. Un coup de fouet me saisit au ventre en le voyant s'immobiliser en quelques bonds, et se retourner d'un coup, la main sur la rampe, un sourire aveuglant sur le visage. Je le regardai intensément.

- Prends ton temps.

Le sourire s'agrandit, mais doux. Il hocha la tête. S'éloigna en marchant. Parfait.

Je ne fis pas de détour pour atteindre les vestiaires où j'avais posé mes affaires. Au loin, les bruits de pas étaient nettement audibles. Un silence rouge me facilitait la tâche. Je les atteignis, y pénétrai, enlevai mes bottes de militaires, me déshabillai. Ils entrèrent. Si j'avais eu le dernier doute concernant ce qui allait se passer, il fut aussitôt balayé. Mais j'avais su dès le début. Ce n'était pas grave, j'avais évité le pire. Mon portable, il était dans ma poche.

- Alors Orton…

Je me relevai, à moitié-nu, leur fis face avec un air indifférent. En voyant la tronche de mecs qui avaient insulté John hier, je ne pus m'empêcher d'esquisser un rictus de dédain. Deux des trois se déployèrent sur mes côtés. M'entourèrent. Malheureusement, je ne pensais pas être assez arriéré pour avoir leur force. J'entendais presque ce qu'aurait pu lancer John à ce moment, quelque chose comme « Ouh, mon pauvre, Dieu ne t'a pas aidé depuis hier, tu as toujours cette même tête de gland. Un cheveu sur la langue en plus. ». Va-t-en John, va-t-en doucement.

- Chopez-le.

Plus rapide, je fondis sur le gars de droite. Lui donnai un coup de poing, enchaînai avec un coup de coude dans le visage de celui qui était derrière. Le troisième arriva, l'un d'eux jura. Je fis volte-face. Et bientôt je ployai. Mes bras furent immobilisés. Respiration coupée par un coup dans l'estomac. Je me débattis, la rage au corps. Prends ton temps, prends ton temps surtout… Je contractai la mâchoire. Les prises se resserraient sur mes bras. Les insultes et rires plurent. Je me débattis. Le chef eut bientôt tout le loisir de me voir sans défense.

Il abaissa mon boxer.

Me pénétra à sec.

Ce n'était pas comme John. J'écarquillai une seconde les yeux en me contractant. Rien n'avait la douceur de ses reins. Les fermai en serrant les dents. Rien ne vous déchiquetait, ne vous écartelait comme une plaie quand c'était John. Va-et-vient non désirés. Même quand il était violent… quand il était violent, l'acte était doux et plein d'attentions. Horreur, sang. Pas comme John. Je pinçai les lèvres, les yeux fermés, ne criai pas. Ce n'était pas comme John, ce n'était pas bon, rien n'était aussi chaud et tendre. Tout était fait pour que je vomisse de souffrance. John. Vulgaire, horrible. Le plaisir d'avec John… Les coups étaient cruellement enfoncés. Gifles, insultes. Je restai silencieux. John… John… La douleur me révulsait. Ça va passer ! Un hurlement réprimé franchit mes lèvres. Plus brutal, John, John, John, John, John…


Je saluai gaiement quelques soldats en regagnant la chambre, et discutai un peu avec Oliver. Je finis par le laisser quelques mètres avant de tourner, car, si tout le monde savait que nous avions pris une chambre à nous, je préférais tout de même que l'endroit leur reste inconnu. J'ouvris distraitement la porte et me mis à la recherche de son portable. J'étais fou de cette chambre, j'en étais fier. Un sourire se peignit sur mon visage. Deux nuits que nous avions passées ensemble. En ce moment, la balance semblait s'inverser au niveau de la domination, et je devais souvent me détourner pour émettre un rire réprimé en voyant combien Randy semblait subir son statut d'inférieur avec répugnance. J'adorais ça ! Le voir de plus en plus humilié ! J'ouvris rapidement le tiroir qui contenait les photos, le refermai le plus rapidement possible en constatant qu'il n'y était pas. Le bonheur était fugitif dans notre relation, aussi dégustais-je avec le sourire cette période reposante depuis hier au soir. Enfin… oui il avait voulu me frapper plusieurs fois avec un air bougon quand je pouffais un peu trop fort en repensant à sa petite découverte intim- Où était bien passé son portable ? Il ne le posait que sur la table de chevet, il ne s'en séparait pas d'habitude. Je me redressai, me dirigeai vers la porte. Il l'avait sûrement laissé dans les vestiaires.

Quelque chose de bizarre irrita ma poitrine lorsque je fis le chemin inverse. Je me rapprochais. Le couloir était vide, tous les soldats avaient fini leur douche. Je me rapprochai. Ralentis une seconde. Du bruit. Un bruit sale, des rires, des insultes, un hurlement gémit entre les dents. Non. La douche. Non ! Je courus à toute vitesse. Atteignis la porte. Je me trompais, ce ne pouvait pas…

J'adorais ça ! Le voir de plus en plus humilié !

Je ne connus jamais plus un aussi grand froid dans mes veines. Mon cœur, pétrifié, sembla s'arrêter dans un battement perforant alors que j'ouvrais des yeux… Randy… Randy qui fermait les siens, souffrant… Trois hommes… il se faisait… Deux hommes le maintenaient immobiles tandis que l'autre… Le sang se glaça… fut projeté à une violence incontrôlable dans mon corps.

- Randy ! Hurlai-je.

Je courus dans une volonté et une peur implacables et défonçai brusquement le tas, chopant par le col celui qui avait osé le violer. Une haine sans nom implosa dans ma poitrine. Un instant de panique passa dans le groupe à terre. Mais je ne voyais plus. Mes yeux exorbités de fureur. Alors, ma main passa autour de son cou et le souleva de terre. Vision de Randy souillé. Le frappa sur le mur. La souffrance contenue de ses lèvres. Recommença encore, encore, prise de panique, Randy violé, encore. L'empoigna pour lui péter sans remords le nez contre le carrelage, contre un mur. Je le lâchai, joues humides. Randy à terre. Sans vie dans les yeux. J'empoignai le second, implacable, hurlai une injure pleine de larmes. Pourquoi ? Je cognai la tête dans la douche, qui tomba évanouie, cognai encore contre son propre sang, encore, pris de peur, secoué d'angoisse, pourquoi, pourquoi Randy, cognai plus fort, la hargne, les yeux explosés. Les traits contractés de haine. D'angoisse.

- Bande de salauds ! Rugis-je d'une voix trop aiguë, la vue brouillée.

Le troisième me fonça dessus, mais n'eut le temps de rien faire du moment que je le chopai par le crâne pour l'envoyer de toute ma puissance se briser les vertèbres sur les casiers.

J'haletai. La fureur fut soudain diluée. Dans l'effroi, une peur monstrueuse rythmée par l'eau jaillissant d'un tuyau brisé et la substance angoissante s'échappant de Randy. Le silence qui s'était rétabli me tordit les entrailles.

Randy avait les yeux ouverts sur le plafond. Des yeux secs. Cadavériques. Je poussai des soupirs d'angoisse, de détresse. Tombai à ses genoux. Il ne me vit pas. Seul son cœur battait. Son corps, son regard, tout, tout sembla tellement mort que je ne pus que mordre ma lèvre et passer une main autour de son visage baignant dans l'eau. Il saignait. Qu'est-ce qu'il s'était passé ? Aussi vite… Ma poitrine fut broyée dans un étau de culpabilité.

- Randy… Murmurai-je ou vociférai-je, navré.

Je m'approchai de son visage immobile, froid, froideur résignée. Je répétai, ajoutant du sel amer dans l'eau déjà abondante qui trempait nos vêtements :

- Randy… Randy…

Ma vue était noyée. Mes doigts caressèrent la peau masculine, le visage bafoué, tremblants. Mon amour, mon amour… L'eau autour qui éclaboussait son corps nu, et le gémissement de douleur d'un survivant derrière… Les yeux blafards, beaux à faire peur. Je ne contrôlais plus, je ne voyais plus rien…

- C'est fini… Promis-je, implorant, c'est f-fini… Je suis venu…

Trop tard, pensai-je. Mes mains tremblèrent plus fort sur le visage immobile qui refusait de revenir. J'étais au supplice. Alors, ayant entendu ma voix pleine de pleurs et pris conscience du balancement convulsif de mon corps au dessus du sien, il mit en mouvement une de ces grandes mains pour la poser sur ma cuisse, me caressant d'un pouce. Je me mordis la lèvre, n'entendis pas les sons gémis redoubler lorsque je vis combien son regard restait immobile, mort. Sa bouche sembla juste s'entrouvrir et se refermer en un mouvement atone, expirant d'un souffle :

- Ça va aller.

- Je vais m'occuper de toi. Me hâtai-je de répondre.

Que s'était-il passé ? Je passai mes mains sous le corps de Randy qui ne broncha pas, puis le pris tendrement dans mes bras. Un tic de souffrance secoua la commissure de ses lèvres quand je rehaussai son bassin et je me fis plus prévenant. J'aurais dû être là. J'observai avec déchirement les lambeaux de colère injuriés. La façon dont ils l'avaient traité… m'appartenait. J'empêchai un frissonnement de rage. Je ne sus plus de quelle manière nous avions regagné la chambre.

A partir de cet instant, ce fut la promesse que jamais je n'aurai brisée.


Le plan avait été bien pensé : qu'aurais-je pu faire pour les éviter ? Rien, sauf fuir tout le séjour ou les dénoncer. Les dénoncer ? Ils en auraient gagné un public pour taper un grand coup avec ma relation homosexuelle. Fuir ? Pour les laisser réaliser leurs plans sur John ? Hors de question.

- Randy ? Randy, on est à la chambre bébé, je vais juste te passer un pyjama… Non, ne t'inquiète pas, ne t'inquiète pas je t'en prie, c'est moi.

Et une fois le plan accompli, pas d'issue. Car ils savaient que l'affaire ne devait absolument pas s'ébruiter. Que je préférerais sûrement encaisser seul plutôt que d'alerter les autorités. Tout se savait, même si on promettait l'anonymat. Et mon dossier… était déjà bien chargé question secrets délicats. Cependant j'étais persuadé qu'ils avaient balancé cette allusion sur moi et John sans songer qu'elle était fondée. Mais une fois l'idée lancée dans les médias, ceux-ci se chargeraient de trouver des fausses preuves, puis des vraies. Oui, bien pensé.

- Et vous trouvez ça normal que l'on n'est pas de trousse de secours ? Bon sang, arrêtez, mais arrêtez de parler et ramenez-la moi ! Comment ça nous avons besoin de vous expliquer ?

Cependant le plan n'avait pas dû se passer comme prévu. Ils n'avaient pas pu me… Ils n'avaient sûrement pas prévu l'arrivée de John, qui enverrait deux des trois soldats à l'hôpital américain le plus proche en pays ennemi.

- Merde ! MERDE !

Car je ne pensais pas qu'ils avaient même prévu d'être finalement surpris et stoppés par ce qui se révélait être la superstar la plus violente du monde du divertissement sportif. Ce ne furent ni les visions, traumatismes, à répétitions, ni la douleur que je me refusais à avouer, ni l'impression sale ou la rancœur d'avoir été mis par des hommes. Mais le silence soudain et assourdissant qui explosait depuis cinq minutes dans la salle de bain, qui me ramena. Quelques secondes avant John avait balayé tout ce qui se trouvait sur les étagères d'un revers de la main. Je pris conscience de la couverture soigneusement bordée contre moi, de la chaleur, et tournai lentement la tête vers la salle de bain.

- John, commençai-je, arrête de pleurnicher de l'autre côté.

Alors, un reniflement se fit entendre, et il apparut à l'embrasure de la porte. Son visage baissé au sol était blême de colère, ses poings, contractés. Je ne vis ses yeux froncés et humides que lorsqu'il me les offrit en relevant la tête. Rien qu'une seconde. Une seconde il les releva, et tout un arc-en-ciel de chagrin et de tendresse passa avant qu'il ne les abaisse de nouveau, s'approchant du lit, muet et penaud. C'était ce qui me sauvait. Soudain, John s'élança vers moi et me bondit dessus tout d'un bloc, m'entourant les épaules. Mes instincts de défense annihilés, je fermai les yeux. Il était secoué de tremblements, de souffles effarouchés, hachés de colère. J'étais la faiblesse de John Cena. Et il devait certainement avoir été bouleversé. Inconsciemment, j'arrêtai de ruminer pour le prendre dans mes bras. Mes mains se posèrent sur son dos. La lourdeur et la fraîcheur tiède de son corps étaient apaisantes, protectrices. Les sanglots secs dans mon cou anesthésiaient la douleur, me firent perdre pied quelques secondes. Les bras puissants me serrèrent contre eux, jaloux, coupables.

- J'aurais dû être là… murmura-t-il, ravagé, d'une voix adorablement et si tristement aiguë. Si je m'étais dépêché on aurait pu les arrêter, j'aurais dû te protéger…

Une main glissa jusqu'à ses cheveux, s'y posa. Mon estomac se contracta. Je laissai mes paupières closes. Il se croyait fautif, et les quelques mots que je savais vrais ne parvinrent pas à sortir de ma gorge. « Mais je ne voulais pas qu'ils te touchent. » Je l'avais souhaité ainsi… Car si nous n'avions pas réussi à les arrêter tous les deux… Je changeai aussitôt de sujet de pensée. Cela avait été mon devoir de toute façon. L'intérieur de mon corps était dévasté de douleur et de souillure… mais l'extérieur, contre John, semblait se décontracter. J'inspirai son odeur de mâle, dont la délicatesse dans le sauvage sembla me renverser tout à coup.

- Tu n'y es pour rien. Assurai-je.

Il déglutit difficilement. Je compris que cette blessure aurait du mal à cicatriser, et qu'elle s'ajouterait à celles, purulentes, vives, que nous possédions déjà. Ses lèvres vinrent au creux de mon cou. Celui-ci se raidit un instant, crispé au rappel des derniers touchers que j'avais reçus d'un homme, mais aussitôt elles se posèrent sur la peau avec tendresse dans la chaleur. Une de ses mains remonta contre mon cou, puis sur ma mâchoire, robuste. Insensibilisé depuis ce qu'il s'était passé, je laissai le visage se mettre devant moi, me regarder, fermer les yeux… poser l'une après l'autre ses lèvres sur les miennes. John bougea lentement sa bouche d'une pression, puis ne bougea plus, n'arrivant pas à reculer. Quelque chose coula dans ma peau depuis mes lèvres. Il finit par se détacher en notant mon manque de réaction, puis me caressa la mâchoire. Je fixai ses yeux bleus aussi humides que les autres jours, lui donnant cet air d'enfant désespéré lorsqu'il n'était pas violent, et l'entendis décréter que je devais manger. Je le suivis du regard lorsqu'il se leva et se dirigea vers la porte.

- Où tu vas ? Demandai-je, me réveillant.

Il était déjà à moitié en train de sortir, mais s'arrêta en constatant le ton de ma voix.

- Juste chercher à manger au self, je re…

- Non, fis-je précipitamment, non. Tu n'es pas obligé de partir.

Plusieurs expressions s'affrontèrent sur son visage, mais une chose que je ne saisis pas lui fit légèrement incliner la tête. Je continuai :

- Tant pis je ne vais pas manger, je n'ai pas très faim.

Au bout de quelques secondes, il sourit puis referma doucement la porte en lui lançant un coup d'œil. Puis il attrapa son portable et s'assit à côté de moi. Je l'entendis passer commande à la restauration, intransigeant lorsqu'ils refusèrent d'abord : John se montrait d'un je-m'en-foutisme étonnant pour m'accorder le meilleur. D'abord la chambre… et d'autres choses. Le repas arriva. Il hésita à me donner à manger. Cena, je peux très bien me nourrir tout… Se ravisa et me releva sur le lit, me provoquant un violent rictus de douleur. Tout allait bien. La dernière chose à faire aurait été de montrer à quelqu'un, quelqu'un comme John qui savait déjà, combien cela m'avait… Je devais supporter comme un homme. J'allais juste éviter de m'asseoir. En tournant la tête je m'aperçus que John s'était assis de son côté du lit, la tête dans les mains, l'assiette de haricots intacte à côté de lui.

- Mange, ordonnai-je.

Je refusais catégoriquement de le voir plus touché que moi. Cela n'avait pas été le but.

John se retourna pour me regarder. Je ne sus pas combien de temps dura ce regard de son point de vue lorsque son visage silencieux ne se garda pas de papillonner vers mon corps, sur mon cou, ma mâchoire, mes mains. Je continuai à manger.

- Randy… Je…

T'aime ? Mon portable venait de sonner à ce moment, et je tournai les yeux dans les siens.

- Vais te chercher ton portable. Finit-il avec un sourire dans la voix.

Il s'exécuta, et dans un mouvement, regarda qui appelait avant de me le donner. La sonnerie était insistante. Quand je décrochai, il partit dans la salle de bain sans un mot. La voix s'éleva, paniquée. Merde, pas ça. Je rejetai la tête contre mon oreiller, fermai étroitement les paupières, seul.

« Randy ! Randy mon amour, comment tu vas ? Oh je viens de recevoir un appel de la base, ils m'ont… tout raconté… C'est vraiment abominable ! Oui, abominable… Comment tu vas chéri ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi Randy ? »

Le contrecoup de ce que je venais de vivre tomba en entendant Samantha, et ma respiration fut coupée une seconde tout comme mon corps qui fut paralysé. Le portable commença à glisser de ma main froide. Je me ressaisis, le broyant, plein d'une colère qui me fit froncer davantage les sourcils et serrer les dents. Samantha savait. Elle savait… que j'avais été… par des hommes. Comment pourrait-elle continuer à me lancer ce regard plein de fierté ? Elle avait dû imaginer. Et ce n'est pas la première fois que tu le fais, souffla une voix. Le ton de Sam… était… rempli d'horreur, de dégoût. John était simplement mort de fureur et révolté, pas… écœuré par l'acte. Samantha insista. Le mutisme dans la salle de bain ne bougea pas lorsque je gardai le silence.

« On en parlera quand tu seras reposé d'accord ? Mon cœur, je suis avec toi tu sais… On m'a dit que c'était ce John Cena qui était intervenu… »

Je laissai couler, épuisé, seule ma conscience eut un sursaut méfiant.

« Tu l'as remercié j'espère ? »

Lentement, j'ouvris des yeux sur la porte fermée, à travers la lumière tamisée et basse, orangée de la chambre, puis les détournai.

- Non, pas encore, je n'ai pas eu l'occasion.

« Oh, pense à le faire pour moi, je ne pourrais jamais assez le remercier ! »

Deux minutes après que la conversation fut finie, John apparut timidement à la porte, et sortit définitivement lorsqu'il vit que j'avais raccroché et m'étais allongé, distrait, pour regarder le plafond. A qui profitait cette blague ? Qui était la personne trompée dans ce « Je ne pourrais jamais assez le remercier » ? Sam, remerciant l'amant ? John, subissant une ironie douloureuse ? Celui-ci se déshabilla, puis sembla hésiter à garder ou non son boxer. Il finit par le garder, et se glissa sous les couvertures à côté de moi, sans vraiment s'approcher au début. Comment aurais-je pu deviner ce que concoctaient ses idées malines ? John ne disait rien pour ne pas me forcer, il savait que la pire chose qui avait été violée dans les vestiaires était mon honneur. Comment aurais-je pu deviner qu'il se retenait alors de me serrer contre lui pour chuchoter timidement :

- Tu peux me prendre dans tes bras ?

Surpris, je tournai les yeux vers lui. John m'observait de ses deux grands yeux profonds rendus sombres par l'obscurité, francs, avec un quelque chose de quémandeurs. Je feignis l'indifférence et lui fis un signe de tête pour qu'il vienne. Une sorte de contentement m'envahit lorsqu'il se rapprocha pour mettre sa tête sur mon torse. Il se mit à caresser mes pecs d'une main, calme doucement, sa jambe nue entre les miennes. Que ferais-je demain ? John avait tout pris en charge pendant la soirée, je l'avais entendu évoquer l'infirmerie, des privilèges, et autres « Je m'occupe de tout, tu pourras sortir en toute sécurité. ». Nous étions le jeudi soir. Dimanche nous devrions rentrer, quitter cette atmosphère étrange où nous étions enlacés et ou en quelque sorte… nous vivions ensemble. Et alors… une fois rentrés en Amérique… Oui… Lorsqu'on rentrerait en Amérique… Mon regard se plongea de nouveau au plafond, mais mes pensées restèrent tournées vers John qui attendit avec patience que je l'enveloppe de mes bras. Il poussa un ronronnement de plaisir et roula son dos pour que je l'enlace plus fort, ce que je fis, le pressant sur ma poitrine. Autre soupir. Soumis, obéissant.

Lentement je commençai à sombrer de fatigue, et je sentis à peine John rouvrir ses yeux plus tôt navrés, maintenant vigoureux et reprenant leur véritable rôle, puis m'emprisonner de ses bras robustes pour renverser la position et me caler contre son cœur. « Boom-Boom. Boom-Boom. » Toute la nuit jusqu'à la lueur d'aube azurée qu'il attendrait. « Boom-Boom. » Chaude et rassurante inconscience.


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