Chapitre 35

Pov Jacob

J'étais assis au bord de la falaise, observant les vagues qui s'écrasaient contre la roche. Quil et Embry restaient là, silencieux. J'étais certain que Sam leur avait ordonné de me surveiller. A vrai dire, je ne savais pas ce que je voulais faire.

-Tu sais Jake, commença Quil, on sait tous que ce n'est pas ta f…

Un regard noir et un grognement l'arrêtèrent net. C'était la dix-huitième fois qu'il le répétait, alors je savais ce qu'il allait dire. Et il avait totalement tort. C'était ma faute si Bella était au seuil de la mort.

Je n'avais pas su empêcher une chose somme toute naturelle, mais qui ici était contre-nature. Il avait couché avec Bella, ça se sentait à des kilomètres à la ronde. Si la fille de Charlie avait moins senti le vampire, j'aurais peut-être, je dis bien peut-être, réussi à garder la tête froide et réfléchir correctement en me battant contre les italiens. J'étais également coupable d'avoir été trop présomptueux en croyant que tuer un vampire était très facile.

Bella avait été conduite chez les Cullen, et en moins de dix minutes, la chambre de la jeune fille ressemblait à celle d'un hôpital, avec tous les équipements possibles : oxygène, perfusion, moniteur cardiaque, et d'autres machins que je ne connaissais pas. Le médecin, en qui j'avais un peu plus confiance qu'au début, nous fit sortir. Ce furent les deux minutes trente les plus longues de ma courte vie, et je crus que mon monde s'écroulait quand, après nous avoir rejoints dans le couloir, il nous donna son verdict : Bella n'en avait plus que pour quelques heures, ses blessures étant mortelles.

-Je vais tout faire pour qu'elle ne souffre pas, mais si nous n'intervenons pas, elle mourra. Nous pouvons empêcher cela.

En disant ça, il regardait chacun d'entre nous : sa famille, et la meute ainsi que mon père. Sans vraiment demander, nous avions suivi les vampires chez eux, pour ma part parce que je ne voulais pas quitter Bella des yeux. Et comme tout le monde, j'avais compris ce que le toubib voulait dire : il demandait l'autorisation de la transformer.

-Oui !

-Non !

Mon cri et celui de mon père se mêlèrent, tout en étant très distincts. Nous nous fusillâmes des yeux, et après avoir interrogé Sam du regard en vain, puisqu'il ne m'appuya même pas, je partis, transformé avant même d'arriver en bas de l'escalier.

Et maintenant, j'étais là, à chialer comme un gosse. Aucun de mes potes ne commentait, laissant le bruit des vagues nous assourdir. La haine des vampires était dans notre sang, et envisager un instant que Bella puisse en devenir un me donnait la nausée. J'avais envie de reprendre ma forme lupine et courir, courir loin, aussi loin que mes pattes pouvaient me porter. Être un loup avait l'avantage que l'instinct prenait le dessus, qu'on pouvait le laisser nous guider, qu'il n'y avait pas à réfléchir.

Mais partir comme ça n'allait pas aider Bella. Si je devais partir, quitter la meute, je devais auparavant prendre une décision pour l'avenir de mon amie. Si je n'acceptais pas, Bella mourrait, et nous chasserions, voire tuerions, la famille Cullen en entier. Alors que si je donnais mon accord, Bella continuerait à vivre sous une autre forme. Mais serait-elle la fille que j'aimais un peu trop ? Aurait-elle la même vivacité d'esprit ? Aurait-elle le même sourire ? Aurait-elle le même sens de l'humour ? Sa peau serait-elle juste moins chaude, ou glacée ? La seule chose dont j'étais certain, c'était que son odeur changerait radicalement, et que je n'allais pas du tout aimer, elle me donnerait envie de transmuter et d'attaquer. Pourquoi une telle responsabilité pouvait-elle m'incomber ? Billy était le fils de l'Alpha de la précédente génération de loup, et Sam avait pris le parti de mon père, parce que c'était un Ancien.

« -Nous devons tous être d'accord pour cette décision. Billy, tu as accepté, et moi aussi. Mais il ne se passera rien tant que Jake refusera. »

Tels avaient été les mots de Sam en réponse à la demande cachée du patriarche vampire. Comment pouvais-je prendre une telle décision ? Je n'étais qu'un gamin qui refusait même de faire son lit ou de préparer à manger !

Une odeur de vampire se fit soudain sentir, mais je ne relevai même pas les yeux, poussant seulement un soupir. Embry se décala, laissant la place à la petite Alice. C'était le monde à l'envers : depuis quand les vampires entraient sur notre territoire comme dans un moulin ? J'étais trop fatigué pour la faire partir, et en étant honnête, je savais qu'elle ne ferait rien à mes amis, la tribu ou même à moi.

-Comment va-t-elle ?

-Pas bien du tout. Elle va mourir Jacob, et nous ne pourrons bientôt plus rien faire. Si tu l'aimes, tu peux faire le bon choix.

-Mais elle deviendra mon ennemi naturel !

-Tu peux combattre cet instinct, comme tu le combats à cet instant. Comme tu combats également ton instinct d'Alpha.

Je lançai un regard surpris à la Cullen. Comment le savait-elle ?

-Je crois qu'il n'y a plus de secret entre nos deux peuples, rit-elle. Mais ça prouve que nous pouvons nous entendre. Et surtout, que tu peux continuer à être ami avec Bella. Elle est jeune, elle a encore la vie devant elle si elle devient vampire. Sinon, elle rejoindra Charlie au ciel, et tu t'en voudras toute ta vie. Ne sois pas égoïste, pense à elle avant tout je t'en prie. Je comprends que ta tribu ait cherché à la protéger en nous ordonnant de ne mordre personne, surtout pas elle, mais là, ce n'est pas par volonté ou facilité. Nous aimons tous Bella, et la perdre maintenant serait une perte immense dont nous ne nous relèverons pas. Toi non plus, j'en suis convaincue. Tu dois décider, très rapidement. Chaque minute compte.

Je fermai les yeux, voyant tous les moments que j'avais passés avec Bella défiler derrière mes paupières closes. Sur la plage, au cinéma, nos mains jointes, la sienne, toute menue et chaude, dans la mienne, grande et puissante, nos promenades, ses rougeurs lorsqu'elle était gênée ou énervée, sa façon d'agir, réfléchissant après, sa fidélité à son vampire peu importe ce qui se passait. Bella était loyale et entière, elle méritait de vivre encore. A cause de moi – pas totalement, puisque le vampire italien l'avait autant blessée que moi, si ce n'est plus – elle allait perdre la vie, alors lui permettre de continuer à vivre pouvait être une façon de me racheter, et peut-être d'alléger le poids de mon cœur, et peut-être mieux respirer sans souffrir.

Une petite main se posa sur mon épaule.

-Je retourne la voir. Ne tarde pas à prendre ta décision s'il te plaît. Bella ne pourra pas attendre longtemps, malgré tous les soins de mon père.

Son odeur flotta dans l'air quelques secondes, avant de se déliter.

-Te pardonneras-tu si elle meure ?

Embry me connaissait très bien. Il savait très bien que si je ne faisais rien, je ne pourrais plus jamais me regarder dans un miroir, ou même me montrer devant quelqu'un. Surtout sachant qu'elle était si mal en point en partie à cause de moi.

-Si tu dois blâmer quelqu'un, ça doit être le clan italien. Ce sont eux qui ont voulu sa mort. Alors tu vas lever ton cul, tu vas autoriser les Cullen à la transformer, et on rappellera ces soi-disant tout-puissants pour leur tendre le piège du siècle. Allez, bouge !

Il me tendit la main, que j'attrapai, puis nous courûmes jusque chez les Cullen. J'avais l'estomac tordu, espérant vraiment ne pas arriver en retard. Un cri se fit entendre, alors que nous étions à moins d'un kilomètre de la villa, suivi d'un signal aigu continu, à la place des bips irréguliers du moniteur cardiaque. Mon sang se glaça, m'obligeant à m'arrêter : j'avais mis trop longtemps à autoriser la transformation, et par ma faute, Bella venait de rendre son dernier soupir, me condamnant à l'enfer.

Pov Alice

Quand Jacob était parti en courant, j'avais eu un espoir. Il n'avait pas répété son refus, alors peut-être que sortir lui ferait du bien, qu'il réfléchirait.

-Vous allez vraiment la laisser souffrir sans rien faire ? S'indigna Rose en fusillant notre père et toute la meute réunie des yeux. Elle va mourir, merde !

Elle caressa les cheveux de Bella d'un geste tendre, avant de s'en prendre à Edward.

-Et toi, tu laisses faire ça ? Elle a mal, et si on écoute cet abruti de Jacob Black, elle n'aura jamais une autre vie.

-N'insulte pas Jake, grogna Sam. Vous permettre de la transformer serait rompre le pacte, alors nous devons tous être d'accord pour le briser.

-Vous prenez des décisions à la place des gens sans leur demander leur avis ! Riposta Edward. Vous ne supportez pas de voir qu'on est pacifique, et non des êtres sanguinaires. Pour l'amour de Dieu, laissez-nous la sauver !

-Pas tant que nous ne serons pas tous d'accord, trancha Sam. Je suis désolé pour elle, mais l'intérêt du plus grand nombre prime sur une seule vie.

Le grand Quileute croisa les bras sur sa poitrine, défiant Edward du regard. Finalement, Carlisle fit sortir tout le monde parce que la tension était très forte dans la pièce, et un seul mot de travers pouvait nous conduire loin. Edward sortit, avant de s'en prendre aux arbres, cognant dessus avec rage. Emmett le regardait faire, très sérieux pour une fois. La meute, mon mari, Rosalie, Jasper, Carlisle et Esmée avaient pris place au rez-de-chaussée et ils discutaient, cependant je n'écoutais pas, préférant me concentrer sur Edward et le cœur de Bella. Un seul Quileute restait devant la porte de la chambre, veillant sûrement à ce que personne n'emmène Bella pour la transformer.

Pour ma part, je préférai rester dans la chambre de Bella, essayant à nouveau de provoquer une vision avec elle. En vain. Rien ne venait, et je n'étais même pas sûre que j'en aie une si Jacob prenait la bonne décision. Ma gorge me faisait souffrir atrocement, parce que les larmes étant interdites à notre espèce, seuls les sanglots permettaient d'exprimer notre chagrin, et je ne pouvais plus m'arrêter de sangloter. Les bips continus du moniteur cardiaque étaient très irréguliers, de plus en plus, et il était clair que même inconsciente, elle souffrait. Je lui parlais, espérant que cela l'aidait.

-Jacob est le fils de Billy, c'est un homme sage, alors je veux croire que son fils prendra la bonne décision. S'il te plaît, attends-le, ne nous laisse pas.

Sa main serra la mienne convulsivement, mais ça ne voulait pas dire qu'elle m'entendait. Carlisle vint quelques minutes plus tard, pour l'ausculter à nouveau. Il secoua la tête de dépit.

-Elle perd trop de sang, et celui que je lui transfuse ne suffit pas. Selon mon expérience, elle ne tiendra pas une heure.

Je n'attendis pas la suite : je devais raisonner Jacob, quitte à lui botter les fesses. Le retrouver fut très simple. J'avais bien senti que Jasper m'avait suivie de loin, mais tant qu'il ne restait pas trop près, je n'avais pas besoin de le renvoyer. Je me doutais que c'était par souci pour ma sécurité, sans compter qu'il pouvait influencer la décision du Quileute.

Le fils de Billy était assis au bord de la falaise, ses deux Frères inséparables à ses côtés. Embry me fit une place, m'ayant repérée avant même que je ne débouche de la forêt, et je pris place à côté de Jacob.

-Comment va-t-elle ? Demanda-t-il, soucieux.

-Pas bien du tout, répondis-je franchement. Elle va mourir Jacob, et nous ne pourrons bientôt plus rien faire. Si tu l'aimes, tu peux faire le bon choix.

-Mais elle deviendra mon ennemi naturel !

Il était perdu, ça se voyait. J'avais de la peine pour lui, mais l'heure n'était plus à la réflexion, seulement à la décision. Il hésitait entre son instinct et son cœur : à moi de bien le diriger.

-Tu peux combattre cet instinct, comme tu le combats à cet instant. Comme tu combats également ton instinct d'Alpha.

Ma déclaration le surprit, il ne devait pas savoir que nous connaissions cette facette de lui.

-Je crois qu'il n'y a plus de secret entre nos deux peuples, ris-je. Mais ça prouve que nous pouvons nous entendre. Et surtout, que tu peux continuer à être ami avec Bella. Elle est jeune, elle a encore la vie devant elle si elle devient vampire. Sinon, elle rejoindra Charlie au ciel, et tu t'en voudras toute ta vie. Ne sois pas égoïste, pense à elle avant tout, je t'en prie ! Je comprends que ta tribu ait cherché à la protéger en nous ordonnant de ne mordre personne, surtout pas elle, mais ce n'est pas par volonté ou facilité. Nous aimons tous Bella, et la perdre maintenant serait une perte immense dont nous ne relèverons pas. Toi non plus, j'en suis convaincue. Tu dois décider, très rapidement. Chaque minute compte.

Il avait beau être un jeune homme, bourré de testostérone et en pleine adaptation à son statut, il restait sensible, je le comprenais en regardant les différentes expressions qui se succédèrent sur son visage. Je le vis fermer les yeux, et je compris qu'il avait saisi l'importance et surtout l'urgence de la situation.

-Je retourne la voir, finis-je. Ne tarde pas à prendre ta décision s'il te plaît. Bella ne pourra pas attendre longtemps, malgré tous les soins de mon père.

J'espérais vraiment avoir trouvé les bons mots, tout comme j'espérais que le Quileute nous donnerait une réponse très rapidement. Je me relevai, retrouvai mon mari un peu plus loin, puis main dans la main nous rentrâmes chez nous. Sam n'était plus dans la maison, ainsi que d'autres loups, ne laissant que Seth et Jared. Billy et Seth étaient revenus dans la chambre de Bella, Edward aussi. Carlisle refaisait un bandage, ce qui éloigna Jasper une poignée de minutes, le temps de chasser à nouveau. Sa gorge devait le faire souffrir plus que d'ordinaire, l'obligeant à se nourrir quasiment toutes les heures. Dès que je passai le seuil de la porte, toutes les têtes se tournèrent vers moi.

-Jacob n'est pas avec toi ? S'inquiéta Billy.

-Non, mais il va bien. J'espère l'avoir convaincu. Pourquoi Sam ne peut-il pas juste lui donner un ordre ? Ou toi Billy ?

Ce dernier fit la moue.

-Il pourrait ordonner à Jacob d'accepter, surtout s'il utilise son pouvoir d'Alpha, mais il ne le fera pas. D'une part parce que Sam a horreur de contraindre ses Frères, et ensuite parce que c'est une décision qui rompra le pacte.

-Dans ce cas, pourquoi Sam est-il d'accord ? Pourquoi ne consulte-t-il pas les autres membres de votre clan ? S'insurgea Rosalie, présente dans la chambre également.

-Sam est l'Alpha, et en temps normal, la voix de Jake n'aurait pas pesé, sauf si c'est une décision collective. Dans le cas présent, mon fils est très lié à Bella, alors son opinion compte beaucoup. La vraie question ici n'est pas : faut-il laisser Bella mourir ou la sauver, mais bien : Serez-vous nos ennemis parce que vous avez transformé Bella, ou bien allons-nous vous laisser en paix en considérant que le pacte n'est pas rompu ? Et même si j'ordonnais à mon fils d'accepter, ça ne marcherait pas parce que la hiérarchie de la meute est bien définie, et que je n'ai pas de pouvoir. Sam a confiance en moi, ce qui l'a incité à être d'accord, mais ça s'arrête là.

Lorsque notre père eut terminé les soins, il vint me voir.

-Tu ne vois toujours rien la concernant ?

Je secouai la tête négativement.

-Non, mais ça ne veut rien dire, puisque les loups sont partout autour de nous. Combien de temps encore ?

-La vie humaine n'est pas une science exacte Alice, ce n'est pas un chronomètre.

Il ne rajouta rien, mais un regard d'Edward me fit comprendre qu'il pensait plus que ce qu'il en avait dit. Ce dernier secoua la tête en se massant les paupières, comme s'il était accablé de fatigue. Vu les regards meurtriers qu'il lançait à Jared, posté à l'entrée de la chambre, et sa posture tendue, je me doutais qu'il avait juste envie de bondir, de transformer Bella, quitte à blesser les loups. J'aurais été dans cet état d'esprit si Jasper avait été à la place de Bella. Notre père allait-il laisser Bella mourir juste à cause de ce fichu traité ? Allait-il attendre jusqu'au dernier moment et forcer la main aux Quileutes en les mettant devant le fait accompli ? Il devait bien avoir un plan, une tactique ! Il le fallait. Edward ne s'en remettrait jamais, et malgré une carapace, il était très sensible, aussi craignais-je qu'il ne fasse une bêtise si Bella devait cesser de vivre. Impossible de demander vraiment à Carlisle, ni à Edward qui devait tout lire dans l'esprit de notre père. A ce moment-là, j'aurais souhaité avoir le don de notre nouveau frère adoptif, pour calmer mes nerfs. Jasper était revenu, il tentait de m'insuffler du calme, en vain.

Ce qui se passa ensuite fut tout simplement une horreur. Le cœur de Bella commença à s'affoler, battant de plus en plus vite, puis le cri d'Edward précéda l'inévitable : son hurlement et les battements du précieux organe de notre jeune amie humaine s'éteignirent en même temps. Le silence qui suivit fut assourdissant, seulement rompu par le faible son aigu continu du moniteur cardiaque que Carlisle débrancha, avant qu'un autre cri, tout aussi puissant que celui d'Edward, retentisse.

-Faites-le !

Carlisle ne se le fit pas dire deux fois : il ordonna à Edward de mordre Bella autant que possible sur les grosses artères tandis qu'il lui faisait un massage cardiaque. Notre père dut secouer notre nouveau frère adoptif pour le sortir de sa torpeur, avant de lui répéter son ordre. Seth fut le seul à rester dans la pièce, courageux face à l'horreur que devait inspirer la scène. Pour ma part, je préférai descendre, écoutant de toutes mes oreilles les bruits provenant du premier étage. Je guettais le moindre battement de cœur naturel pouvant montrer que tout n'était pas perdu. Des murmures dans le jardin furent la goutte d'eau qui fit déborder le vase.

-C'est de ta faute ! Criai-je à Jacob en sortant pour me jeter sur lui. Je t'avais demandé de faire vite !

Personne ne me retint, et lui-même se laissa faire. Je me défoulai en lui assénant coups de poing sur coups de poing, sans qu'il ne bouge, laissant ma rage prendre le contrôle de mon corps. Il ferma juste les yeux, sans réagir. Je voulais qu'il se batte, qu'il riposte, mais il ne le fit pas. Ce furent Jasper et Embry qui me séparèrent de l'indien à terre, le visage en sang et couvert d'hématomes.

-D'abord il enlève Edward, va jusqu'à l'étêter, et maintenant il nous prive de Bella ! Tu nous as accusés de vouloir la tuer, mais c'est toi qui l'as fait !

Jasper et Emmett me maintenaient, tant je me débattais pour retourner donner une leçon à Jacob.

-Tu sais très bien qu'il se sent coupable de l'avoir blessée en partie, chuchota mon mari à mon oreille. Ne laisse pas la colère t'envahir tant qu'il y a encore un espoir, même minime. Bella a besoin qu'on y croit pour elle.

Je croisai le regard du fils de Billy, et vis à quel point il regrettait. Son regard était désespéré, mais j'étais trop en colère pour prendre ça en considération. Rosalie vint se placer devant moi, prit mon bras et me conduisit d'autorité jusqu'à l'intérieur. Nous nous assîmes sur le divan, nous étreignant les mains. Jasper était resté à l'extérieur, discutant avec Sam. Esmée nous rejoignit, et ainsi commença une attente qui semblait interminable.

Pov Edward

Les pensées de Carlisle étaient on ne peut plus chaotiques.

D'abord, il savait que Bella était condamnée, et que d'ici quelques minutes, elle perdrait la vie si nous ne prenions pas l'initiative. Pour lui aussi, la disparition de celle qui m'était destinée était inconcevable.

Ensuite, le médecin ne comprenait pas pourquoi les Volturi étaient intervenus avant la fin du délai fixé par Aro. Qu'est-ce qui l'avait décidé à passer à l'action ? Il comptait tirer cela au clair plus tard. Cependant, il craignait une réaction de la part des italiens, qui serait proportionnelle au ressentiment du trio. Il détestait ne pas savoir qui était l'instigateur de cette attaque, et voulait savoir de quelle ampleur serait la riposte, si riposte il devait y avoir. Pourtant il lui faudrait attendre avant de savoir si nous étions hors de danger grâce à la transformation de Bella – si nous réussissions – ou si le trio vampirique nous en voulait pour les blessures à Jane et aux autres.

Et pour finir, il s'inquiétait pour moi. Il était certain que si malgré tout Bella ne devait plus être de ce monde, je ferai tout pour le quitter également. Le reste de la famille espérait que ce ne soit pas le cas, mais le médecin était le plus réaliste. Il avait déjà vu des vampires se tuer ou se laisser tuer après la perte de leur âme-sœur, et savait que vivre seul après avoir connu notre moitié n'était plus possible.

Lorsqu'Alice revint, après avoir été voir Jacob, et après avoir essayé de convaincre Billy de consentir à la transformation de Bella, Carlisle lui demanda si elle avait eu une vision pouvant nous dire si les choses se passeraient bien. Or, rien n'était venu. Quand ma sœur adoptive demanda à notre père combien de temps Bella tiendrait encore, il donna une réponse évasive, très différente de ce qu'il pensait.

« Il va falloir être rapides, les battements de son cœur commencent déjà à devenir irréguliers. D'ici moins d'une minute, elle mourra, alors dès qu'elle fera de l'arythmie, il faudra se décider. Nous ne pouvons pas la laisser mourir, et j'espère de tout cœur que même si nous leur forçons la main, les Quileutes ne nous créeront pas d'ennuis. »

Je le regardai brièvement, pourtant il dut parfaitement lire le désespoir qui m'habitait. Si les indiens décidaient de nous chasser, voire de nous combattre parce que Bella se transformait, alors les choses deviendraient dangereuses pour la jeune fille. Dans sa tête, Alice avait l'espoir que Carlisle ait un plan, elle le voulait de tout cœur. Jasper entra dans la pièce, et sans le savoir se fit l'ange de la mort. Il était celui des Cullen dont l'instinct vampirique était encore le plus fort, et ce n'était pas la tristesse profonde de sa moitié qui l'avait attiré dans la pièce, comme il le pensait, mais bien l'odeur de la mort qui arrivait.

Personne ne devrait vivre ce qui se passa ensuite, pourtant j'avais conscience que de nombreuses familles l'avait vécu. Le cœur de Bella partit dans une course folle, le moniteur cardiaque faisant écho à ses battements, avant de cesser complètement. Mon esprit s'embrouilla, et le monde autour de moi devint flou. Je perçus que le matériel médical avait été éteint, qu'il y eu des cris, des sanglots, mais je ne pus saisir qui faisait quoi, j'avais besoin de ce détachement, ne voulant pas affronter la réalité si le pire devait se produire. Ce fut Carlisle qui me sortit de cet état en me secouant, hurlant dans le silence de son esprit.

« Edward ! Nous n'avons que quelques secondes avant qu'il soit trop tard ! »

Ne me posant pas plus de question, je fis ce qu'il m'ordonnait : mordre Bella pour que le venin agisse très rapidement, pendant que le médecin pratiquait un massage cardiaque, le temps de permettre au cœur de pomper le venin, l'envoyant dans tout le corps de la jeune fille.

Rien d'autre que Bella et ce que nous étions en train de faire ne comptait. Carlisle le savait : il tenait la vie de Bella et la mienne entre ses mains. Le futur de la famille Cullen changerait aussi, selon l'issue de l'histoire.

Après avoir mordu chaque poignet, chaque cheville et la carotide, je commençai à bander chaque endroit délicatement après avoir embrassé chaque marque. J'avais conscience que le jeune Seth était derrière moi, observant la scène, et de lui-même, il m'aida, nettoyant le sang qui avait coulé. J'avais cessé depuis longtemps de croire en Dieu, mais je m'étais mis à prier, sans même vraiment me rendre compte de quand j'avais commencé. Je priais pour que le cœur de mon amante reparte, pour qu'elle ait une deuxième chance. Je priais pour l'avoir à mes côtés tout au long de mon immortalité.

Quand les blessures de Bella furent propres et bandées, Seth mit sa main sur mon épaule, me forçant à m'éloigner du lit tandis que le médecin continuait le massage. Les secondes passaient, trop lentement mais tellement rapides ! Et il ne se passait rien, malgré l'acharnement de Carlisle. Pourtant il n'abandonnait pas, ne s'avouait pas vaincu, m'enjoignant silencieusement à faire de même. Il s'employait à faire circuler artificiellement le sang de la jeune fille, encore et encore. J'observais de loin, hésitant entre espoir et désespoir, entre feu et glace, me demandant à chaque instant si je voulais rester ou m'enfuir loin, très loin. J'entendais Alice qui insultait Jacob, après l'avoir frappé à plusieurs reprises. Quand Rosalie l'avait forcée à rentrer, elle s'était laissée faire, s'était assise, mais continuait à déverser un flot d'injures à l'encontre du Quileute dans sa tête. Pour le moment, je n'avais pas la force de descendre pour lui mettre une raclée, ou juste chercher à comprendre. J'entendais à quel point il se sentait coupable, et lui aussi avait le projet de fuir, de se couper de la meute en ne laissant que son instinct le guider. C'était tentant.

Cependant, j'entendais Jasper qui réfléchissait. Il se remémorait seconde après seconde la bataille, ses propres mouvements mais aussi les mouvements de tous les membres de notre famille et de nos alliés. Il se concentrait surtout sur l'affrontement de Félix contre Jacob et moi, retraçant nos mouvements à partir des fréquents regards qu'il avait lancé autour de lui quand lui-même se battait contre les autres Volturi. Il était très aisé de voir à quel point il avait de l'expérience dans le corps à corps, ce qui fait que je ne fus pas étonné qu'il imagine dans sa tête la réalité du combat qui nous opposait, Jacob et moi, à Félix. En revanche, sa conclusion me surprit : si l'indien n'avait pas poussé Bella, la blessant profondément, l'italien l'aurait tuée d'un seul coup fatal. Donc dans un sens, Jacob Black avait sauvé Bella.

Le miracle que j'attendais arriva enfin : le cœur de Bella repartit. Imperceptiblement, timidement d'abord, puis plus rapidement, retrouvant un rythme qui, bien qu'irrégulier et faible, donnait une deuxième chance à Bella. Toute la tension que j'éprouvais s'envola à partir de cet instant, surtout grâce au commentaire de Carlisle.

-Le processus est enclenché. A partir de maintenant, elle est sauvée.