Titre : Underground Ch.28 - Stratégie.
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : La plupart des personnages sont à CLAMP, le reste est à moi, le monde d'Argaï aussi. Le boulot aussi. La connerie aussi (malheureusement...). Les fautes d'orthographe et de français sont à quelqu'un d'autre.
Note : Et voilà, la suite ! Merci à toutes les gentilles personnes qui ont pris le temps de me laisser un mot.
Temps passé sur ce chapitre : 5 heures
Réponse aux reviews :
Riri : oui non mais voilà, faut pas se gêner. Heureusement que Fye est là pour veiller sur ses affaires hein parce que tout le monde le convoite, son Kuro.
Kayoo : coucou et merci pour ta review. Je suis contente de voir que ces ambiances te plaisent, il faut en profiter parce que ce sera pas toujours aussi détendu :) En ce qui concerne ta réponse sur les lecteurs et les reviews, bien sûr, j'apprécie toujours de voir que mes chapitres sont suivis avec régularité. Si ce n'était pas le cas, ce serait vraiment très difficile de continuer.
Et tu sais, je ne suis pas non plus là juste pour compter les reviews (si c'était le cas j'irais faire du Johnlock, c'est la mode et je suis sûre que je serais pas plus ridicule qu'une autre sur ce fandom). Chaque mot que tu me laisses me fait plaisir, et l'essentiel est que j'arrive à te faire passer un bon moment en lisant un texte qui te plait. Pour moi, le plus grand plaisir dans l'écriture, c'est de parvenir à en donner aux autres dans la lecture, leur faire vivre toutes les émotions, rire ou pleurer, être en colère, jubiler... Si j'arrive à ça, ça me convient. Seulement comment savoir si j'y arrive, si les gens restent muets ?
Lily : Eh coucou ! Contente de te revoir et ravie que mes chapitres t'aient plu. J'avoue que moi aussi je me suis posé la question du « et après... », c'était pas évident de rebondir et de repartir dans l'intrigue après ce passage orageux ^^
Lily (2) : En effet, on ne va pas exactement vers du calme et de la tranquillité. Ça risque d'être un peu agité avant qu'ils ne puissent rentrer chez eux (en supposant qu'ils finiront par pouvoir). Merci de continuer à me lire et à m'encourager :) Et sinon, pour l'instant, non, je ne pense pas qu'il le lui dirait spontanément, vu qu'il n'en est pas vraiment fier. Mais bon, je ne pense pas non plus que ce soit très important. C'est pas comme s'il avait encouragé Loé ou s'il l'avait laissé s'imaginer des choses.
Pour reviewter, c'est en bas au centre !
Trente-septième jour – le 10 mars – Stratégie.
Sebhan Depestre s'éveilla en sursaut et s'assit d'un bond sur son lit. Il avait entendu un cri. Il se leva précipitamment, enfila un bas de pyjama, et courut dans le salon qu'il trouva désert. D'après la luminosité et la douceur, la légèreté, de l'air qui entrait par les fenêtres ouvertes, il déduisit qu'il devait être encore tôt. Tout était calme et silencieux. Apparemment, il était seul. Est-ce qu'il avait rêvé ? Un peu étonné, il haussa les épaules et se détourna pour aller se préparer un café.
Mais tout à coup, un autre cri retentit, ou plutôt une sorte de râle, et il reconnut nettement la voix du magicien. Cela venait du balcon. L'inspecteur s'approcha prudemment et s'arrêta à quelques pas de la fenêtre. Il n'était pas armé, il ne savait pas ce qui se passait, là, de l'autre côté du mur, et il n'était pas exactement en pleine forme, en plus. Il se décala légèrement sur le côté, et c'est alors qu'il le vit.
De là où il se trouvait, il ne pouvait apercevoir que la tête et la poitrine de Fye, qui était étendu sur le plancher, sur le dos, torse nu. De sa main gauche, il s'accrochait à la balustrade en fer forgé, et les tendons de son poignet saillaient sous l'effort tant il serrait. L'autre bras était plaqué au sol par la main halée du ninja. De longues griffes noires très impressionnantes s'agitaient au bout des doigts du blond, qui semblaient se crisper spasmodiquement. La tête légèrement renversée en arrière, les yeux fermés, le mage gémit doucement.
- Kuro-chan arrête ! Ça fait vraiment trop mal !
- Il faut bien que je l'enfonce et que je la retire !
- Eh bien fais-le plus doucement ! lança fraîchement le vampire. Je ne suis pas... Aaaah ! Kuro... -chan !
- Laisse-toi faire !
- Tu es vraiment... une brute !
- Mais tu aimes ça.
- Non !
- Ça y est !
- Dieu merci !
- Désolé, répondit doucement le brun en lâchant son poignet pour le lui caresser gentiment le ventre. C'est fini maintenant, ça va aller.
Le policier vit clairement le visage du magicien se détendre, son corps se relâcher, tandis qu'un long soupir soulagé lui échappait.
- C'est bon ? demanda le ninja. Ça va ?
- Oui. Ça fait du bien.
Fye haletait légèrement, les joues et le front rosés, et ses cheveux blonds collaient à ses tempes trempées de sueur. Il remua un peu, puis tourna la tête vers le salon, aperçut Depestre qui gobait les mouches, resta un instant surpris, puis lui sourit.
- Inspecteur, désolé, on ne vous a pas réveillé, j'espère !
- Euh...
- J'en étais sûr, on vous a réveillé. Tu vois, Kuro-chan, je t'avais dit qu'on ne devait pas le faire ici.
- Où tu voulais qu'on le fasse ? On allait quand même pas faire ça dans la rue.
- Oui mais je crois... commença le mage avait de s'interrompre, de regarder une nouvelle fois le policier, de sourire encore plus, et de reprendre d'une voix malicieuse. A voir la mine qu'il fait, je crois... que l'inspecteur se méprend complètement sur ce que nous étions en train de faire.
La tête de Kurogane apparut dans l'encadrement de la fenêtre quand il se pencha par-dessus son compagnon pour jeter un coup d'œil à l'intérieur. Afin de conserver son équilibre et de ne pas piquer du nez sur celui-ci, il posa son autre main – celle que le policier n'avait pas encore vue – sur la poitrine du blond. Elle était pleine de sang.
- Bon dieu mais qu'est-ce que vous fichez, vous deux ? demanda Depestre.
Fye lâcha la balustrade, prit quelque chose sur le plancher, le tint entre son pouce et son index pour le montrer à leur hôte. C'était petit et difficile à identifier de loin, alors ce dernier s'approcha. Ce qu'il découvrit quand il eut une meilleure vue sur le balcon le laissa sans voix.
Le mage était étendu sur un drap maculé de plusieurs taches d'un rouge sans équivoque. Trois trous ornaient son ventre, lui aussi plein de sang. Muet de stupeur, le policier s'approcha et s'accroupit près du blond. De près, il put voir la pâleur de son teint et le fantôme de ses souffrances au fond de sa prunelle. Mais Fye lui sourit et déposa quelque chose dans le creux de sa paume. Quelque chose qu'il reconnut immédiatement : trois balles de revolver.
- Ça trainait à l'intérieur de moi et ce n'était pas très agréable, dit le blond. Alors Kurogane les a brutalement retirées.
- Et comment tu voulais que je les retire, sinon ?
- Amoureusement ?
- Tu sais, je peux te les remettre, si tu continues à m'emmerder crétinement.
- On vous a emprunté votre pince à épiler, gloussa le mage, en recentrant son attention sur le policier.
- Ne bouge pas, d'ailleurs, fit le ninja, j'ai pas fini.
Tandis que Depestre, dépassé par les événements et écœuré, allait s'installer sur une chaise pour ne pas gêner, le brun attrapa des compresses de gaze et du désinfectant, et s'affaira à nettoyer les plaies et la peau du blond. Pour une soi-disant brute, il agissait avec une douceur touchante, et l'expression de son visage indiquait clairement les sentiments que les blessures du magicien lui inspiraient. Et malgré les protestations qu'il avait émises plus tôt, ce dernier se laissait faire sagement, détendu et en confiance même quand le brun farfouillait à l'intérieur des blessures pour être sûr de n'avoir rien laissé.
L'inspecteur se demanda furtivement ce qu'il était vraiment advenu de Stoker, puis se dit qu'il valait sans doute mieux ne rien savoir. Ces deux-là étaient un peu trop... différents pour être totalement compris et acceptés. Il était préférable d'ignorer certaines choses à leur sujet.
Cette pensée lui fit voir les deux compagnons sous un jour nouveau. Arrivés de nulle part, dotés de pouvoirs auxquels les gens normaux ne croyaient même pas et d'une force effrayante, liés par une relation dont le moins qu'on pouvait dire était qu'elle sortait vraiment de l'ordinaire, les choses ne devait pas être faciles pour eux. Ils n'avaient probablement personne à qui parler, personne qui soit capable de se mettre à leur place et d'alléger un peu leurs soucis. Ils étaient tout l'un pour l'autre et ne comptaient que sur eux. L'inspecteur s'en était douté quand il avait vu à quel point l'absence du magicien plombait le moral du ninja, et maintenant qu'il les voyait ensemble, il comprenait mieux. Dans un monde ordinaire, ils étaient en quelque sorte des monstres qui devaient cacher leurs différences pour se faire accepter. Il n'y avait que lorsqu'ils étaient entre eux qu'ils pouvaient vraiment être eux-mêmes. Cependant, cela ne semblait pas les déranger. Ensemble, ils étaient forts, et si proches que leur relation avait de quoi rendre jaloux.
- Il est bien pensif, ce policier, observa le mage. Je pense qu'il est un peu secoué parce qu'il vient de voir.
- Peut-être que si tu bougeais, je pourrais enlever ce drap plein de sang et il se sentirait mieux.
- Pardon, s'excusa le blond avant de se lever.
Ce fut seulement à ce moment-là que Depestre remarqua. Stupéfait, il tendit la main et, du bout des doigts, toucha le ventre du magicien. Sa peau était douce. Fye lui adressa un regard étonné.
- Il n'y a presque plus rien... Vous étiez blessé, j'ai vu le sang, les trous...
- Je cicatrice très vite. C'est pour ça, d'ailleurs, que ces balles sont restées prisonnières dans mon corps.
- C'est... impressionnant.
- Vous êtes tout pâle, inspecteur. Vous n'auriez pas dû vous lever si tôt. Je suis désolé qu'on vous ait réveillé. Je vais aller vous préparer votre petit-déjeuner et après manger vous pourrez aller vous recoucher.
A peine le mage avait-il franchi la porte, il fut happé par une poigne de fer, perdit l'équilibre, et se retrouva niché entre les bras du ninja qui le serrait contre lui en l'embrassant. Les mains du brun se promenant sur la peau nue de son dos lui donnaient des frissons.
- Tu vas bien ? demanda-t-il, quand il fut décidé à le laisser respirer.
- Mais oui, Kuro-chan, je vais très bien.
- Ce type... on peut pas le ressusciter pour que je le re-tue ?
Fye sourit, lui pinça le menton pour le faire grogner, puis se libéra et se dirigea vers la cuisine. Kurogane avait changé, durant les jours où lui-même était prisonnier du chasseur. Il ne savait pas au juste ce qui lui était arrivé, mais le ninja était différent, comme s'il s'était libéré d'une crainte ou d'une barrière. Il avait franchi une étape importante, et il paraissait bien mieux dans leur relation, apaisé, et ce n'était pas le blond qui allait s'en plaindre, bien au contraire.
Lorsqu'il revint avec le plateau du petit-déjeuner, il trouva le ninja et le policier en pleine discussion au sujet des options qui s'offraient à eux. C'était bien joli de vouloir mettre un coup de pied dans la fourmilière, encore fallait-il auparavant déterminer par quelle fourmilière commencer, et en ce domaine, ils avaient l'embarras du choix.
- Le Bouillon des Poisons semble le meilleur endroit pour débuter vos recherches, suggéra Depestre. Mais après le coup de filet qu'on vient d'y faire, personne ne parlera à des étrangers.
- On peut demander à l'indien de venir avec nous, fit Kurogane en se penchant par-dessus le balcon pour regarder dans la rue.
Il s'aperçut, avec un peu de honte, que Loé était déjà arrivé et l'attendait à sa place habituelle, sur le muret. Il siffla entre ses dents pour attirer son attention, et lui fit signe de monter. Un instant plus tard, le jeune vampire saluait tout le monde en rougissant et prenait place avec eux autour de la table du petit déjeuner.
- Même avec moi, dit-il quand on lui eut exposé le problème, ça ne changera pas grand-chose. Ils me connaissent pour ce que je suis réellement, rien d'autre qu'une petite putain qui échange du sexe contre du sang. Ils n'ont aucun raison de me parler. Ils parleraient à un roi, à un grand-prêtre vaudou ou à un caïd, mais certainement pas à moi...
Le ninja fronça légèrement les sourcils ; il n'aimait pas que ce garçon, qu'il avait appris à apprécier et qu'il considérait comme un ami, se déprécie de cette manière. La franchise de l'indien semblait avoir un peu dérangé l'inspecteur. Quant à Fye, il posait sur lui un regard pensif, et même Kurogane n'était pas capable, à ce moment, de deviner ce qui lui passait par la tête. Il ne pouvait qu'espérer que tout allait bien, mais sans montrer de franche hostilité, il semblait que les deux vampires n'étaient pas exactement partis d'un bon pied. Loé ne cachait guère que le blond le mettait mal à l'aise, et ce dernier ne se montrait pas, avec lui, aussi chaleureux qu'il avait coutume de l'être même avec les inconnus ; il restait légèrement sur la réserve, et le guerrier se demandait pourquoi.
- A quoi ça ressemble, ce Bouillon des Poisons ? demanda le mage.
Ses trois compagnons se mirent en devoir de lui décrire, avec force détails, les deux étages de Bas-Fonds. Au fur et à mesure qu'ils parlaient, ils virent un petit sourire apparaître sur ses lèvres, s'élargir, et son regard se mettre à pétiller d'amusement. Quand ils eurent terminé, il les regarda un par un, leur adressa le plus radieux des sourires de sa panoplie, et lança un « j'ai peut-être une idée » qui donna au ninja des frissons d'appréhension.
.oO0Oo.
- Je pense que vous êtes tous les deux complètement fous, et que je suis encore plus fou de vous suivre ! s'exclama Loé.
- Techniquement, tu nous précèdes, corrigea Fye, toujours serviable.
Le jeune indien le flagella d'un regard, et se détourna pour s'engager dans les escaliers menant au parking souterrain. Le mage gloussa et lui emboita le pas. Tous les trois avaient troqué leurs vêtements habituels contre de grandes djellabas rayées de noir et de gris trouvées dans une friperie musulmane que Depestre leur avait indiquée. Ils portaient également, sous leurs capuches, des bonnets pour cacher leurs cheveux et des foulards dissimulant le bas de leur visage. Il leur avait fallu un certain temps pour mettre en place leur stratégie et trouver de quoi s'habiller pour la circonstance. Aussi l'après-midi était-il bien entamé quand ils se glissèrent dans les escaliers menant à Bas-Fonds.
Loé allait devant, suivi du mage, et le ninja fermait la marche. Arrivés sur un palier, leur guide poussa une porte en fer et ils entrèrent dans le premier sous-sol. Ils avaient décidé de ne pas se rendre directement au Bouillon, préférant ménager leurs effets. Ils restèrent donc un long moment à déambuler dans les allées. Le marché noir était plus calme que lors de leur précédente visite, même s'il n'avait été que peu touché par la vague d'arrestations. Les gens qui avaient leur commerce dans cette partie étaient du trop menu fretin pour intéresser réellement Depestre. S'ils avaient été impliqués dans un complot contre le président de la république, leur rôle n'avait sans doute été que très secondaire et ils ne savaient probablement rien de très intéressant. Et puis, la prison était déjà pleine à craquer.
Le jeune indien guidait les deux autres, et s'arrêtait souvent devant des stands ou des étals pour montrer les marchandises, présenter certains commerçants, expliquer, commenter. Kurogane restait toujours un peu en arrière, comme s'il était un garde du corps, et Fye écoutait Loé, dans une attitude attentive mais froide, et ne prononçait pas un mot. De temps en temps, il tendait un doigt en direction d'un article pour que son compagnon en fasse l'acquisition. Sa manche remontait alors un peu, découvrant sa main, et on pouvait apercevoir une longue griffe noire à l'extrémité de son index. Il arriva même, accidentellement, que sa capuche glisse et qu'on puisse apercevoir, l'espace d'un instant, la pâleur de son teint et l'éclat doré de ses cheveux.
Après avoir fait quelques emplettes, ils se dirigèrent vers la partie du fond, où se déroulaient les combats divers. Ils y restèrent un moment, à faire mine de profiter du spectacle. Lorsque l'un des lutteurs, en montant sur le ring, se tourna vers eux et inclina respectueusement la tête avant de commercer son match, ils surent que le moment était venu de passer à l'étape suivante.
Loé abandonna ses deux compagnons et s'en alla discuter avec un groupe d'hommes qui comptaient des billets à une table. La conversation se poursuivit un moment. Les hommes secouaient la tête et les mains en signes énergiques de dénégation, et le jeune indien insistait, en conservant un calme froid. Au bout de quelques minutes, apparemment lassé, il désigna Fye et Kurogane de la main et prononça quelques mots supplémentaires. Ses interlocuteurs se figèrent, se consultèrent entre eux du regard, puis finirent par lui donner la réponse qu'il attendait. Le vampire les quitta sans les remercier, et alla rejoindre ses compagnons. Il ne leur restait plus qu'à descendre d'un étage.
Tandis qu'ils s'engageaient dans les escaliers, le ninja ne pouvait s'empêcher de se sentir nerveux. Les choses s'étaient plutôt bien passées la dernière fois qu'ils étaient venus, sauf que, la nuit même après leur passage, l'homme auquel ils avaient parlé avait été arrêté, et il y avait de fortes chances qu'on les soupçonne de l'avoir dénoncé. Cela n'arrangeait pas leurs affaires au moment de revenir se promener dans cet endroit rempli de tueurs de toutes sortes, dont certains se livraient à de très étranges pratiques.
La plupart des gens, avait-il constaté, ne croyaient pas vraiment au vaudou ; ils pensaient que c'était simplement une invention, assaisonnée de rituels savamment orchestrés et de diverses drogues, pour lui donner de la crédibilité. Mais lui, il savait. Si les magiciens existaient, si on pouvait voyager à travers les dimensions et le temps, alors les mambos et les houngans avaient tout autant de réalité, et leurs pouvoirs une existence véritable. En ce cas, personne ne savait vraiment jusqu'où ils étaient capables d'aller, et personne n'avait envie d'attirer leur regard.
Au Bouillon des Poisons, l'ambiance était totalement différente de celle de l'étage supérieur, et sinistre. Un silence brumeux, à l'odeur d'encens, flottait dans l'atmosphère. On circulait entre des tentes, à visage couvert, et on chuchotait commandes et tarifs. Guidés par Loé, ils longèrent rapidement les allées, sans s'attarder, et en prenant bien soin de ne regarder personne dans les yeux. Seul le mage avançait la tête haute, et fixait ostensiblement les visages des passants qu'il croisait.
Ils atteignirent enfin une tente, qui ne ressemblait en rien au marabout de Fragon Lavoie. On aurait plutôt dit une tente de spectacle, comme celles qu'utilisaient les diseuses de bonne aventure dans les fêtes foraines et les cirques. Elle était haute et noire, faite d'une étoffe épaisse, et par le rabat entrouvert on pouvait apercevoir une lueur rougeâtre à l'intérieur. Un tapis à motifs carmin et noirs guidait les pieds des visiteurs. Alors que les trois compagnons marquaient un instant d'hésitation devant l'entrée, une fillette apparut et écarta le panneau de tissu pour leur ouvrir un passage. Une voix de femme, chaude et suave comme une coulée de miel, les interpella.
- Entrez, puissant Dossou. La Voisin est honorée de votre visite, et prête à vous servir.
