Chapitre 38 : Révélation suivie
La porte s'ouvrit silencieusement. Wilson la referma tout aussi silencieusement. Il s'avança vers Allison, qui dormait paisiblement. Il tenait simplement à vérifier que tout allait bien, et si elle était prévenue pour l'opération de sa sœur.
Seulement, à peine eut-il fait trois pas vers elle, qu'il se rendit compte que quelque chose clochait – deux bras entouraient la taille de la jeune femme. Il s'approcha davantage et la découvrit endormie, un sourire serein qui fendait son visage, dans les bras de House. Lui aussi dormait, son sommeil semblant lui enlever tout soucis.
Wilson préféra ne pas les déranger et sortit, sans faire de bruit, bien qu'il soit choqué de cette fameuse découverte.
***
Dans une chambre non loin de celle d'Allison, sa copie conforme s'assoupissait sans pour autant dormir comme sa sœur jumelle.
Elle venait de subir une intervention quelque peu risquée, et elle craignait qu'un geste puisse aggraver son état. Elle attendait la venue d'un médecin qui pourrait lui dire qu'elle n'avait pas d'inquiétudes à se faire, que tout allait pour le mieux. Sauf qu'elle rassemblait trop de symptômes pour que tout ne soit qu'une simple coïncidence.
Elle contemplait, l'œil à moitié fermé, la fenêtre ouverte qui laissait une vue sur la soirée à Princeton. Elle ne venait que très rarement dans cette ville, et avait pour une fois l'occasion d'admirer un couché de soleil, bien qu'elle aurait préféré que ce soit en présence de sa sœur.
« Je veux tellement la revoir… murmura-t-elle pour elle-même, d'une voix faible.
- Vous pouvez toujours attendre. »
Malgré sa surprise, elle se retourna lentement vers le nouveau venu. Elle vit Wilson, lui souriant. Elle ne s'était pas rendue compte de sa présence, tellement elle demeurait atténuée.
« Que faites-vous ici ? demanda-t-elle sans pour autant avoir envie d'entendre la réponse. »
Il s'avança vers elle, après avoir refermé la porte.
« Je reviens de la chambre de votre sœur, avoua-t-il.
- Comment savez-vous que je veux revoir ma sœur ?
- Disons que c'est une… intuition. J'imagine que vous ne vous êtes pas revue depuis longtemps, je me trompe ?
- Non, vous avez parfaitement raison. »
Elle lui rendit son sourire. Elle préférait rester un peu seule, ou du moins pas en compagnie d'un homme vêtu d'une blouse blanche. Mais elle ne tenait pas particulièrement à être désagréable.
« Pourquoi pensez-vous que je la reverrai pas bientôt ? demanda-t-elle, manifestement plus intéressée par ce sujet de conversation. »
Un sourire, malicieux cette fois-ci, s'afficha sur les lèvres du cancérologue.
« Je reviens de sa chambre.
- Elle va bien ? s'empressa-t-elle de demander, se relevant brusquement.
- Oui, ne vous inquiétez pas. Elle dort simplement dans un profond sommeil, dans les bras de House ! »
Elle se laissa tomber sur son oreiller, se représentant parfaitement la scène.
« J'imagine qu'elle doit bien dormir, alors.
- C'est tout à fait juste. Elle a l'air bien sereine.
- Là, c'est officielle, elle est accroc à lui. »
Wilson écarquilla les yeux, et elle s'empourpra de plus belle.
« Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire, mais… balbutia-t-elle.
- Calmez-vous… Je sais qu'elle est amoureuse de lui, c'est compliqué mais disons que oui, elle me l'a dit. »
Elle ne posa pas de question quant au fait qu'Allison lui avait dit qu'elle aimait House. Elle ne pensait pas qu'il s'agissait du plus important en ce moment, et elle savait très bien que sa jumelle était capable de crier à tous les angles de rues qu'elle était follement amoureuse – ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'était qu'elle se trompait totalement sur ce fait-là.
« Je sais que House ne doit pas être un homme facile à vivre… dit-elle. »
Elle se rappela des nombreuses conversations qu'elle avait eu avec sa sœur, où elles se demandaient si House restait un cas désespéré ou si Allison avait une chance, infime soit-elle, de l'avoir…
« C'est sûr que votre sœur doit avoir beaucoup de courage pour l'aimer… répondit Wilson, s'inquiétant à moitié pour le cœur brisé de la jeune femme.
- J'ai déjà eu des conversations avec elle sur ce sujet-là… Et je peux vous dire que son obsession ne doit pas être ignorée. »
Il s'avança vers elle, la regarda posément pour lui faire comprendre à quel point il voulait en savoir plus, bien que cela n'appartenait pas à Ashley. Mais, ignorant pourquoi, elle désirait réellement parler d'Allison et de cette vie qui n'était pas sienne.
« Il ne s'agit pas d'une petite histoire amoureuse qui dure quelque semaine, comme les adolescents de nos jours. Et même certains adultes ne seraient pas capables de porter une admiration pareille envers quelqu'un… Elle l'aime, obsessionnellement, depuis plusieurs années déjà. Quelques semaines après avoir été embauchée. On peut dire que ce n'était pas loin du coup de foudre, vu la manière dont elle en parlait… Elle semblait totalement émerveillée par lui. Elle n'oubliait pas de préciser qu'il n'était pas quelqu'un de facile, quelqu'un de « normal » à proprement parlé. Mais, sans aucune raison, elle aimait ce côté mystérieux et hors du commun qu'il avait. Elle aimait, et aime toujours, pratiquement toutes ses qualités, tous ses défauts. La seule chose qu'elle désire le plus, si ce n'est le fait de vouloir être aimée, c'est sûrement le connaître. Elle préfèrerait être détestée tout en le connaissant parfaitement bien plutôt que d'être aimée en ignorant tout de la vie qu'il avait. »
Elle marqua une pause, voyant à quel point son récit pouvait être long. Mais ceci ne suffit pas à Wilson, qui lui aussi, éprouvait une grande envie de connaître cette histoire.
« Elle vous a dit, clairement, qu'elle était tombée amoureuse ? demanda-t-il. »
Elle hocha la tête positivement.
« Le jour où elle a été embauchée, on s'est invitées. Elle m'a parlait de ses collègues, Foreman et Chase, et de son avis à leur égard. Puis je lui ai demandé ce qu'elle pensait de son nouveau patron, mais elle ne m'a pas répondu. Elle a dit qu'elle devait rentrer, puis on ne s'est plus revue pendant des jours. J'ai décidé de l'appeler, je savais qu'il y avait quelque chose de douter dans son comportement. Je suis venue chez elle et elle m'a avoué qu'elle était tombée amoureuse de son patron. Elle se sentait mal à l'aise, aimer son patron, elle ne supportait pas cette idée. J'ai dû la consoler, l'encourager. Elle a finit par me le décrire, avec des détails étourdissants. La différence d'âge ne la choquait pas, elle s'en fichait, tout ce qu'elle voulait c'était sa vraie personne, celui qu'il était. Pas celui qu'il montrait. Au fur et à mesure qu'elle travaillait avec lui, elle a su que « cette personne qui se cache » souffre terriblement. D'habitude elle a de la peine pour les gens qui souffrent. Mais elle n'éprouvait aucune peine envers lui. »
Deuxième pause. Wilson devina que la partie qui suivrait était l'une des plus importantes.
« Elle ne pensait pas directement à le guérir. Elle voulait… le connaître, davantage. Elle voulait tout savoir sur cette douleur. Et tout savoir sur lui-même, également. Et une personne normale ne penserait pas d'abord à ceci. Elle est terriblement consciencieuse et prévoyante quand il s'agit de lui, et je me suis rendue compte seulement à ce moment-là que jamais, je dis bien au grand jamais, elle ne pourra ce défaire de cet amour. »
Ce fut la fin du discours. Elle observa l'oncologue, mais il demeurait figé. Il ignorait encore tout sur tout et ne voyait pas du tout juste en pensant qu'Allison était folle. Elle savait exactement comment ne pas faire échouer un couple.
« J'imagine que le plus dur sera de faire réaliser à House cet amour… chuchota Ashley, comme si elle redoutait que quelqu'un l'entende. »
Il sembla hésiter quelques secondes, mais finit par se lancer :
« Elle… ne le laisse pas indifférent. »
Ashley le fixa, de peur qu'il ne s'enfuie soudainement en regrettant ses paroles.
« Il m'a dit l'avoir embauchée pour son physique. Au départ je pensais qu'il était comme ça, qu'il ne changerait jamais. Puis ils ont eu un cas… si mes souvenirs sont bons, je crois qu'il s'agissait de nourrissons ayant des symptômes en communs. Cameron était perdue, quand elle devait annoncer à une mère que son enfant est mort. Quand je l'ai dit à House, il était inquiet. Peut-être pas inquiet comme une personne normale, mais il l'était.
- Ce n'est qu'un détail… dit Ashley. »
Il fit « non » de la tête.
« Depuis longtemps il y a… une tension, entre eux. Une tension qui persiste. Je ne sais pas où cela va, mais elle est bien réelle. Et je ne sais pas non plus pourquoi, quand je ne suis pas disponible pour quelque chose, il choisit Cameron.
- Comment ça ?
- Un jour, il m'avait invité à des Monsters Trucks. Mais je n'étais pas disponible. Comme il avait deux billets, il a invité Cameron.
- Elle m'avait parlé d'une chose comme ça, je crois… dit-elle en un sourire qu'il lui rendit. »
Elle s'étira longuement, épuisée par cette conversation.
« Une chose est sûre, elle est accroc à lui et il y a des chances pour qu'elle le soit encore longtemps, dit-elle.
- Elle persiste. Tout comme leur tension. Un jour peut-être, House se rendra-t-il compte à quel point elle lui est chère…
- Il y a peu de chances si vous voulez mon avis…
- Personne ne peut lire l'avenir… »
***
Allison ouvrit lentement un œil, puis le deuxième. Elle ne fut pas étonnée de se retrouver dans les bras de House.
« Vous vous êtes enfin réveillée ? demanda ce dernier. »
Elle releva le visage vers lui. Il lui souriait. Ce sourire… chaleureux. Elle le lui rendit puis s'aida du bras de l'homme pour se redresser et regarder un peu autour d'elle.
« Vous n'arrivez pas à dormir ? finit-elle par demander.
- Si, si, j'ai dormi. »
Elle écarquilla les yeux.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je n'y crois pas, vous m'avez répondu sans me lancer une vague dans la figure genre « oh vous êtes tellement amoureuse que vous vous inquiétez pour moi que c'est mignon » ou autre chose, tout aussi « Housessien »…
- On ne dirait pas, mais je suis capable d'entretenir une conversation normale.
- Pendant combien de secondes ?
- Vous venez de casser ma blague… Je ne vous aime plus. »
Elle fit basculer sa tête sur le côté, réfléchissant quelques fractions de seconde.
« Parce que vous m'aimiez avant, peut-être ? demanda-t-elle avec un ton ironiquement chargé.
- Baaaah… »
Elle fut un peu plus intriguée en voyant le trouble de House. Il ne s'attendait pas vraiment à ce retournement de situation – il s'attendait plutôt à la mettre mal à l'aise.
« Comment peut-il prendre une remarque ironique au sérieux ? se demanda-t-elle.
Et voilà, je suis en train de passer pour un fou… pensa-t-il. »
Elle se redressa, se plaça en face de lui et posa une main sur sa joue pour attirer son attention.
« Je ne voulais pas vous gêner… dit-elle.
- Oh vous êtes tellement amoureuse que vous vous inquiétez pour moi que c'est mignon ! »
Elle rougit brutalement mais il lui caressa la joue, au contraire bien plus « rassuré » maintenant. Il se redressa à l'aide de son coude, collant son front sur celui d'Allison. Il embrassa cette dernière sur les lèvres, avec l'intention de lui donner un prompt baiser mais elle l'enflamma rapidement. Sans se rendre compte, elle se retrouva sur le corps de House à l'embrasser fougueusement. Il passa ses bras autour de la taille de la jeune femme et elle déboutonna les premiers boutons de la chemise de House. Elle se détacha rapidement de lui et le regarda dans les yeux.
« Oups… souffla-t-elle. »
Il ria, une lueur euphorique marquant les traits de son visage.
« Tout ceci me rappelle quelque chose… mais enfin, dans un hôpital, Cameron ! dit-il dans un ton de reproche parfaitement bien joué. »
Elle l'embrassa rapidement pour cacher sa gêne.
« C'est de votre faute si je fais des « crises » ! rétorqua-t-elle contre sa bouche.
- Je vous ai seulement caressé la joue, vous savez ? »
Elle mit ses deux mains de chaque côté du visage de House puis se releva, se retrouvant parfaitement au-dessus de lui. Elle s'humidifia une lèvre, par réflexe.
« J'adore notre position ! dit-elle en souriant.
- Hey, nous sommes à l'hôpital…
- Je n'ai pas l'intention de coucher avec vous, répliqua-t-elle sèchement. »
Un silence de quelques minutes s'installa.
« Mais qu'est-ce que je vienne de dire moi ? Comme si je n'avais pas envie de coucher avec lui non mais ! pensa-t-elle. »
Elle rougit légèrement quand quelques pensées peu saines traversèrent son esprit, ce qui ne s'améliora pas quand House lui porta un regard des plus gourmands. Mais il comprit bien vite ce à quoi elle pensait. Il rapprocha ses lèvres de l'oreille d'Allison et lui souffla :
« Petite perverse… »
Il passa un bras autour de la taille de la jeune femme tandis que l'autre se posait sur son dos, pour l'attirer un peu plus vers lui – la faisant ainsi glisser sur son corps. Elle ferma les yeux quelques secondes, résistant à son envie actuellement.
« Vous n'en pouvez plus… »
Elle plongea son regard dans le sien, tentant d'y trouver une quelconque faiblesse pour qu'il arrête son petit jeu – question d'éviter qu'elle s'engouffre dans un désir trop possessif.
« Vous savez que je suis une humaine ? »
Elle voulait qu'il prenne cette remarque comme un « c'est tout à fait normal que je réagisse comme ça » mais il ne le prit pas comme tel.
« Justement je commence à en douter. Si vous étiez une humaine, vous auriez des envies pas très saines envers moi, puisque vous m'aimez. »
Elle eut un petit choc pendant quelques secondes quand il dit « puisque vous m'aimez ». Ses joues se colorèrent d'un petit rose presque invisible, mais tout de même présent.
« Et qui vous dit que je n'ai pas des envies perverses ? répliqua-t-elle. »
Il ne résista pas et l'embrassa fougueusement. Elle répondit à son baiser mais lorsque leur échange devint plus brusque, elle se détacha de lui à leur plus grande déception à tous les deux – déception bien couverte par un voile opaque.
« Je n'ai pas envie de coucher avec vous dans un hôpital, dit-elle, sûre d'elle.
- Dommage… »
Il la poussa sur le côté et l'entoura de ses bras, provoquant une situation semblable à celle d'auparavant. Ou presque, puisqu'il ne pouvait y avoir deux scènes similaires dans leur vie, tout étant unique pour eux.
« Je vous aime encore moins qu'avant, maintenant ! continua-t-il en prenant le ton d'un gamin de six ans. »
Les joues d'Allison devinrent d'un rose légèrement plus voyant que la précédente fois, mais il ne le remarqua pas – ou fit semblant de ne pas le remarquer, elle ne pouvait savoir et lui n'y prêtait aucune attention en ce moment même.
« Arrêtez de sous-entendre que vous m'aimiez avant, même si c'est drôle pour vous ça ne l'est pas pour moi. »
Il ne s'arrêta pas de sourire, malgré la remarque sérieuse qu'elle avait faite. Plutôt que de se taire tout simplement, il préféra lui répondre :
« Peut-être que je ne vous aimais pas mais… »
Le rose des joues d'Allison se transforma en un magnifique rouge vermillon.
« Je n'arrive plus à passer du temps sans que vous soyez à mes côtés. »
