Note d'auteur : Salut tout le monde ! Désolé du retard mais je pense que la longueur de ce chapitre le compense, vu que c'est un des plus long. Et encore merci à vous tous merveilleux lecteurs qui continuaient à me suivre après tout ce temps et à vous reviewers dont les commentaires et théories me font chaud au coeur ! Je vous adore ! Et pour vous récompenser enfin la réponse à la question que vous vous posez tous ! Qui est allé chercher Alex et Casey !
Disclaimer : Quitte à posséder un truc je choisirais glee, histoire de donner un minimum de continuité à la série XD
Point de vue de Rose Weasley :
Je suis quasiment sûre que c'est une mauvaise idée, non en fait, je suis certaine que c'est une mauvaise idée !
Non mais qu'est-ce que je fais ici ? À quoi je pensais !
Respire, Rose, respire. Quelle est la pire chose qui puisse arriver après tout ?
C'est vrai quoi, qu'est-ce qu'elle pourrait me faire ? Me crier dessus et m'insulter ou me lancer une de ses chaussures aux talons ultras pointus à la figure ? Se mettre à pleurer… Ok, vaut mieux ne pas répondre à cette question finalement.
La vérité c'est que je n'ai absolument aucune idée de pourquoi je suis venue, j'aurais très bien pu récupérer mes clefs chez Lily incognito et repartir. Mais le bouton de la messagerie clignotait et bien sûr il a fallu que je réfléchisse trop et que je commence à paniquer à l'idée que ce soit un appel important que Lily serait trop « occupée » pour écouter.
Et voilà le résultat !
J'entends encore la voix d'Alex dans ma tête :
« Potter, si tu n'es pas trop occupée à te faire ma meilleure amie, dis-lui de venir me chercher au commissariat moldu de Baker Street… et j'apprécierais que ce soit avant demain, mais bon vous êtes probablement en train d'être exagérément mignonnes à cause de cette fête stupide alors je suppose que je vais devoir passer une nuit dans une cellule qui ne respecte probablement pas les normes hygiéniques entourée de gens susceptibles d'être des serial killers et de m'assassiner dans mon sommeil, mais merci quand même ! Oh et je te déteste ! »
La première chose qui m'est venue quand j'ai entendu ce message c'est « Il n'y a vraiment qu'Alexia pour demander un service à quelqu'un de cette manière » et la seconde « c'est ma faute ».
Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais je sais que c'est ma faute, si je n'avais pas… si je n'avais pas fait ce que j'ai fait elle ne se serait pas attiré des ennuis au point de finir en prison. Ou peut-être que si en fait, mais je n'ai aucun moyen de le savoir. Et au final je ne sais pas ce qui m'a le plus forcée à me déplacer, mon envie de laisser Lily et Thalia profiter de leur Saint Valentin ou ma culpabilité pour avoir blessé Alexia.
Mais maintenant que je me tiens devant la cellule et que je la vois d'aussi près pour la première fois en cinq jours, je crois que j'ai ma réponse, je me sens affreusement mal. C'est pour ça que je me comporte toujours bien, je ne sais pas gérer la culpabilité !
Ma gorge est sèche et j'ai du mal à avaler ma salive, je sais que je devrais dire un truc pour lui faire remarquer ma présence mais aucun mot ne sort de ma bouche.
Parce que, même si apparemment il y a plein de chose que j'ignore sur Alexia, comme le fait qu'elle ait des sentiments pour moi par exemple, je crois la connaître assez bien pour savoir que « Je suis désolée » ne compose pas des excuses valables à ses yeux.
Mais bon, je n'arriverais jamais à me faire pardonner si je retarde encore ce moment, alors je redresse les épaules, prends une profonde inspiration, et avance de quelques pas, assez pour attirer son attention.
Son regard se fixe sur moi, et je peux voir à peu près trois secondes de choc avant qu'elle roule des yeux, croise les bras sur sa poitrine et tourne la tête. Ok, je crois pouvoir conclure avec certitude qu'elle m'en veut toujours.
- Je suis venue te chercher, Thalia était… occupée.
Pas vraiment un mensonge, je suggère juste que Thalia est au courant et m'a envoyée ici, ce qui augmente mes chances qu'Alexia essaie de faire un effort… ou pas. Car je ne reçois aucune réponse à part un son moqueur, qui peut se traduire par « non, tu crois ! ». Mais ne nous laissons pas démotiver.
Je fais un signe de tête au gardien pour qu'il ouvre la cellule mais même quand c'est fait elle refuse de bouger. Non sérieusement, ça devient ridicule !
- Alexia… s'il te plaît ?
Pas vraiment super comme argument, mais pour l'instant c'est probablement le meilleur que je possède. Je n'ai absolument aucune idée de comment me comporter avec elle ! J'ai tellement peur de blesser ses sentiments plus que je ne l'ai déjà fait qu'aucune des répliques mordantes et humoristiques qu'on échange habituellement ne me viennent.
Je dois lui faire pitié… ou alors le mec ressemblant à un clochard à sa droite doit commencer à la faire flipper parce qu'elle finit par se lever avec un soupir.
Elle prend le bras de la blonde à côté d'elle et la traîne derrière elle, assez difficilement vu qu'elle ne semble pas très stable. Et je ne peux m'empêcher de froncer les sourcils parce que, sérieusement ? Je lui brise le cœur et elle s'envoie une fille cinq jours plus tard ? Elle s'est fait arrêter pour quoi déjà ? Outrage à la pudeur ?
Mais avant de pouvoir continuer à m'indigner je me rends compte que je connais sa camarade de cellule.
- Professeur Nott ?
La fille relève la tête à l'entente de son nom et je suis vraiment trop choquée pour pouvoir réagir. Elle a l'air misérable. Ses cheveux sont en bataille, son maquillage a coulé laissant des marques noires sur son visage, et elle a besoin de l'aide d'Alexia pour marcher.
Voilà ! Maintenant je me sens coupable pour avoir tiré des conclusions trop hâtives. Je me place de l'autre côté du professeur Nott pour aider Alexia à la supporter. Jusqu'à ce qu'on atteigne un banc en dehors du commissariat où l'on peut la déposer.
- Tu peux partir maintenant, je m'en occupe.
C'est les premiers mots qu'elle m'adresse depuis ce jour-là, sa voix est tendue et elle ne regarde même pas dans ma direction. Et je sais que je devrais l'écouter, considérer que je suis déchargée de ma dette envers elle et partir, mais je ne peux pas. Je ne peux pas la laisser partir encore une fois sans lui dire à quel point je suis désolée, et sans explication. On a besoin de parler. Et puis même si elle refuse, l'aider allégera le poids qui pèse sur ma conscience depuis la semaine dernière… j'espère.
- Je veux t'aider.
Je peux la voir froncer les sourcils de profil, elle se tourne vers moi lentement et penche la tête sur le côté, ses yeux inquisiteurs et suspicieux. Elle croise ses bras sur sa poitrine, probablement un moyen inconscient de se protéger. Et le fait qu'elle ressente le besoin de se protéger contre moi provoque un pincement désagréable au niveau de ma poitrine.
Elle reste là, à m'observer silencieusement un moment, et ça commence à me rendre mal à l'aise, je replace une mèche de cheveux derrière mon oreille en espérant qu'elle finisse par briser le silence qui s'est installé.
Elle s'apprête à dire quelque chose de probablement pas très agréable étant donné la façon dont elle relève la tête et sa mâchoire se serre mais avant qu'elle n'ait pu faire sortir un son, le bruit du professeur Nott en train de vomir par terre l'interrompt.
Elle soupire, clairement agacée et va tenir ses cheveux. Et wow, c'est tellement bizarre ! Alexia est là en train de prendre soin d'un de nos professeurs, et même si je sais qu'elles se connaissent depuis longtemps, peut-être même depuis toujours, cela me surprend autant que de la voir donner des conseils à Max.
Et je mords l'intérieur de ma joue pour empêcher la soudaine vague de culpabilité qui m'envahit de me submerger. Merlin pourquoi je n'ai pas pensé à ça quand j'ai eu la stupide idée de lui sauter dessus ? Je savais très bien qu'Alexia était plus qu'une fille superficielle et vaniteuse, qu'elle pouvait être agréable et même sensible et pourtant je l'ai quand même fait. Ce soir-là, j'ai oublié tous ses bons côtés et l'ai vue comme la fille que je croyais qu'elle était avant de prendre la peine de la connaitre. J'ai remis en question tout ce que j'avais appris sur elle à cause de commentaires stupides et non fondés.
Et maintenant je me sens horrible. Je le mérite probablement si je l'ai fait pleurer autant que Thalia le dit... et oh mon Dieu !
J'ai fait pleurer Alexia Parkinson !
Malgré toutes les fois où j'ai pensé ou même dit à voix haute qu'elle méritait d'avoir le cœur brisé pour toutes les personnes qu'elle avait séduites puis jetées comme des mouchoirs, je n'en retire absolument aucune satisfaction. Probablement en partie parce que je n'ai jamais envisagé que je serais celle à le faire.
Alors je me tiens immobile, incapable de penser à l'attitude appropriée à avoir dans cette situation. Surtout que la fille en train de vomir est quand même mon professeur, et un qui me déteste en plus.
- Aide-moi à la ramener chez moi.
Je sursaute quand j'entends la voix d'Alexia, et une fois que j'ai analysé ses paroles je reprends ma place de l'autre côté de Nott. Et nous commençons à marcher en direction de l'arrêt de bus le plus proche. Je n'ose pas demander ce qu'il s'est passé malgré toutes les questions qui se bousculent dans mon esprit. Pourquoi on ne prend pas le magicobus ? Pourquoi notre professeur de potions est dans un état pitoyable et absolument à l'opposé de sobre ? Pourquoi elles se sont fait arrêter ? Pourquoi elles ont passé la Saint Valentin ensemble ?
Je doute qu'Alexia me répondrait. En fait, je doute même qu'Alexia accepterait de m'adresser la parole si elle n'avait pas besoin de mon aide.
Je les suis dans le bus, sans aucun mot parce que j'ai peur qu'elle se rende compte qu'elle pourrait très bien s'en sortir toute seule à partir de là. Le trajet est relativement calme, Alexia alterne entre lancer des regards meurtriers au mec qui la fixe avec un air lubrique et un regard inquiet à Nott dont la tête repose contre la vitre. Et plus j'y réfléchis plus je doute que l'alcool soit la seule chose qui circule dans son organisme.
Et la façon dont Alexia prend soin d'elle, un mélange de colère, de désapprobation et d'inquiétude… j'ai envie de voir plus de cette fille là, j'ai envie de la connaître pour de vrai, plus que l'amitié superficielle qui commençait à naître entre nous avant que je gâche tout. Et m'excuser ne semble plus vraiment un objectif si important au final.
Le bus s'arrête en centre ville moldu, un quartier d'affaire où tout est probablement très cher, et c'est là qu'Alexia se lève, entraînant le professeur Nott avec elle, je me dépêche de suivre plus que déterminée à ne pas me faire semer.
Je n'aurais jamais cru qu'Alexia vivrait côté moldu, de ce que je sais sa mère appartenait à une de ces familles fières de leur sang pur soutenant Voldemort durant la guerre. Mais comme pour quasiment tout ce que je sais sur la vie personnelle d'Alexia, c'est une des conclusions que j'ai tirées ou de ce que j'ai entendu à son sujet. Je me demande combien de mes certitudes sont vraies à présent.
On marche pendant cinq ou dix minutes de plus avant de rentrer dans un des bâtiments à l'air luxueux, le genre de ceux qui ont un portier qui connaît ton nom. Et semble uniquement composé de verre qui, quand il fait jour, reflète le soleil. Une fois dans un ascenseur spacieux, elle presse le bouton d'un des derniers étages.
Mon regard reste fixé sur les chiffres qui défilent, j'ai trop peur de croiser son regard que je sais posé sur moi. Il brûle mon profil et j'ai du mal à respirer.
Le ding annonçant qu'on est arrivé au bon étage résonne dans le silence assourdissant et ce qui me paraît être une éternité passe avant que les portes ne s'ouvrent. En face de nous se tient une sorte de hall, long de quelques mètres et au bout duquel ne se trouve qu'une seule porte blanche à l'air sophistiqué.
Je l'aide à sortir Nott de l'ascenseur puisqu'elle semble s'être endormie… ou évanouie. Alex me la laisse quelques secondes le temps de sortir ses clefs et d'ouvrir la porte d'entrée. Et je suis assez choquée quand j'aperçois ce qu'elle appelle « la maison ».
Son appartement fait probablement la taille de ma maison, avec des meubles modernes, classieux et sûrement hors de prix et malgré cette apparence digne d'un magazine de décoration, il dégage une aura chaleureuse. Un des murs est une baie vitrée de laquelle on peut voir les lumières multicolores de la ville nocturne, et c'est vraiment très impressionnant. Enfin quelque chose à quoi je m'attendais… plus ou moins.
- Ferme la bouche, et aide-moi !
Je secoue la tête pour me reprendre et l'aide à manœuvrer la fille inconsciente dans ce que je pense être la chambre d'amis.
Une fois que le professeur Nott est sous les draps, sur le côté, une bassine à côté d'elle en cas qu'elle ait encore envie de vomir et soit assez lucide pour ne pas bousiller les draps en satin, on se retrouve dans le salon.
Alexia reste appuyée contre la porte de la chambre et me dévisage avec un regard que je suis incapable de déchiffrer. Et moi, je reste là, sans faire un geste, j'ai trop peur de ses prochaines paroles, trop peur de la culpabilité que je suis certaine de sentir une fois qu'elle m'aura dit à quel point je lui ai fait mal et qu'elle ne veut plus jamais me voir, comme la dernière fois.
Et je ne sais même pas pourquoi son pardon a autant d'importance pour moi, malgré la sorte d'amitié qu'on avait réussi à créer, ce n'est pas comme si on était aussi proches que je le suis avec Lily ou qu'elle l'est avec Thalia. Mais peut-être que c'est justement pour ça, parce que Lily et Thalia sont ensemble et qu'on va être obligé de se côtoyer et que si cette tension subsiste entre nous, les prochaines années risquent d'être horriblement maladroites… et il y a aussi le fait que Thalia va vouloir me tuer si elle apprend que c'est moi la fille qui a brisé le cœur de sa meilleure amie et je suis quasiment sûre que ce n'était pas juste des paroles en l'air.
- Qu'est-ce que tu fais là ?
La voix d'Alexia me tire de mes pensées, son ton est ferme et méfiant et j'avale difficilement ma salive, quand je me rends compte que je ne sais pas quoi dire soudainement. J'avais ce discours préparé qui résumait combien j'étais désolée et que j'ai eu tord de faire ce que j'ai fait et que je n'avais absolument pas l'intention de la blesser mais que je n'avais aucun moyen de savoir ce qu'elle ressentait. Mais à présent tout ça semble creux, juste des excuses superficielles qui m'aideront à me sentir mieux, mais je ne suis pas sûre que ça ait le même effet sur elle.
Alors je dis la première chose qui me passe par la tête, probablement la chose la plus stupide que je pourrais avoir dite.
- Je… euh… suis venue t'aider à ramener le professeur Nott ?
C'était ridicule !
Cette situation entière est ridicule, et si je me fie à la façon dont elle secoue la tête, dépitée, avant de soupirer, elle pense la même chose. Mais elle ne le dit pas, et un nœud se forme dans mon estomac parce que s'il y a une chose qu'Alexia fait toujours, c'est dire ce qu'elle pense. À la place, elle croise ses bras sur sa poitrine et me fixe avec un regard résolu.
- Et bien, c'est fait alors maintenant tu peux partir.
Sa voix est neutre, dénuée de tous sentiments et je crois que je vais être malade, ça ne lui ressemble pas, Alexia n'est pas comme ça. Elle est passionnée et franche et a cette manie insupportable de toujours dire ce qu'elle pense peu importe si c'est inapproprié ou que ça peut gêner ou blesser les autres. Et qu'elle intériorise tout me fait me sentir pire que si elle se mettait à crier.
- Il faut qu'on parle de ce qu'il s'est passé.
Les mots sortent de ma bouche avant que je ne puisse les en empêcher mais c'est probablement mieux comme ça, je n'aurais probablement jamais eu le courage de les dire si j'avais eu un instant pour réfléchir.
Le ton désespéré de ma voix semble avoir retenu son attention et je peux voir la lueur habituelle dans ses yeux enfin apparaître. Je retiens le soupir soulagé de passer mes lèvres.
- Qu'est-ce qu'il y a à dire? Hein ? Non vas-y éclaire moi Rosie, parce que j'ai cru que c'était assez clair la dernière fois !
Le courage n'a jamais fait partie de mes qualités, assez ironique quand tout le monde sait que la quasi-totalité de ma famille est à Gryffondor, mais c'est dans ce genre de moment que je me rends compte à quel point j'en manque. Parce que le son de sa voix, en colère, blessé, et la façon venimeuse dont elle prononce mon surnom, me fait perdre tous mes moyens. Ça me fait me sentir horrible. Je recule inconsciemment de quelques pas, comme si ses paroles m'avaient physiquement touchée.
Mais je serre les dents, et inspire profondément pour rassembler le peu de bravoure que je possède, parce que j'ai besoin de faire ça, on en a toutes les deux besoins.
- Je suis vraiment désolée…
Elle roule les yeux et détourne la tête comme si le son même de ma voix l'exaspérait mais je continue.
- Je suis sérieuse Alexia, je regrette sincèrement de t'avoir fait souffrir… de te faire souffrir. Tu ne le mérites pas et je… je veux vraiment arranger les choses entre nous, et…
Elle lève la main pour arrêter mes paroles et elle me lance ce regard, le genre qui transmet très clairement « mais qu'est-ce qui ne va pas chez toi ? ».
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans la phrase : Reste. Loin. De. Moi ?
Elle énonce chaque mot très distinctement comme si elle parlait à un enfant très lent, et je suis prise de court par l'énervement que je perçois. Je veux juste m'excuser ! Pourquoi elle est si difficile ! Je sens la frustration monter en moi, cette envie presque malsaine de la secouer pour la faire m'écouter, et je suis bizarrement rassurée par la familiarité du sentiment.
- Je veux juste… Pourquoi c'est si dur pour toi de comprendre que je veux juste t'aider ?
Elle rit, et je ne sais pas si c'est parce qu'elle trouve ça drôle dans son esprit tordu ou si c'est pour s'empêcher de pleurer. Peu importe la raison, le son fait se contracter douloureusement mon cœur dans ma poitrine, et rend l'air que j'ingère un peu plus irrespirable.
Une fois qu'elle s'est calmée, et s'est essuyé les yeux dont s'échappait des larmes dont je doute de la cause, elle avance vers moi mais s'arrête quelques pas avant de m'atteindre, conservant toujours une distance de sécurité entre nous. Elle ouvre la bouche mais arrête ses paroles au dernier moment, et passe juste une main dans ses cheveux en frustration, et je me demande distraitement s'ils sont aussi doux que quand je…
Je secoue la tête pour enlever ces pensées de mon esprit, ce n'est pas le moment de penser à ce qui nous a mis dans cette position douloureuse.
- C'est faux…
Je focalise à nouveau mon attention sur elle, essayant de comprendre de quoi elle veut parler. Mais elle continue, et sa voix monte trop haut pour être totalement contrôlée, et ma gorge se serre quand je me rends compte que peut-être que je viens juste d'empirer la situation.
- Tu ne veux pas m'aider, tu veux juste te sentir mieux et te décharger de ta culpabilité !
Je secoue la tête pour essayer de nier mais la façon dont j'évite de croiser ses yeux révèle la véracité de ses mots, et je me sens encore plus mal. J'essaye d'avaler mais il n'y a soudainement pas assez de salive dans ma bouche pour pouvoir atténuer la brûlure dans ma gorge.
- Non, je…
- Arrête ! Ne mens pas.
Je mords l'intérieur de ma joue pour retenir mes contestations parce qu'elle a raison et on le sait toutes les deux. Mais il y a cette partie de moi qui ne peut pas s'empêcher de nier, de me convaincre que la culpabilité n'est pas mon seul motif.
- Ce n'est pas grave, tu sais…
Je relève mon regard vers elle, et fronce les sourcils, surprise par le soudain adoucissement de sa voix et incapable de comprendre de quoi elle parle. Elle force un sourire et répond toujours calmement, bien que légèrement tremblante.
- Que tu sois secrètement égoïste.
J'ouvre la bouche pour protester mais elle m'arrête.
- C'est une des choses que j'aime chez toi.
Je perds ma voix dès que ses mots s'enregistrent dans mon esprit, et plus particulièrement quand elle prononce le verbe « aimer », et je suis soudainement incapable de soutenir son regard, il est tellement intense que j'ai du mal à respirer. Le fait que je sois quasiment sûre que des larmes commencent à s'en échapper maintenant fait battre mon cœur douloureusement fort contre ma cage thoracique.
Et l'entendre dire ça, ça rend tout tellement réel ! Ça rend le fait qu'elle m'aime réel, et le fait que je lui ai brisé le cœur réel, et je ne peux pas supporter le poids de cette responsabilité. Elle ment, elle doit mentir, parce que vraiment, comment pourrait-elle tomber amoureuse de moi ? Elle a été avec un si grand nombre de personnes différentes, pourquoi moi ?
- Je suis sûre qu'il doit y avoir des choses que tu aimes chez le professeur Nott aussi.
Je sais que j'ai commis une erreur à la seconde où les mots ont quitté mes lèvres. Et je ne sais même pas pourquoi je l'ai dit ! L'idée même qu'il se passe quelque chose entre Alexia et le professeur Nott est ridicule. Et même si c'était le cas, ça ne me regarderait pas. Mais ma tentative pitoyable d'excuse arrive trop tard parce qu'elle fait sortir un son que je ne saurais décrire entre une complainte et une moquerie et recule déjà d'un pas et son ton se durcit.
Merlin, pourquoi faut-il toujours que je la fasse souffrir ?
- Ça rendrait tout plus facile pour toi, non ?
La chose noble à faire serait de nier, et dire que ce n'est pas la commodité que je recherche mais ce serait un mensonge donc je serre les dents et la laisse continuer, je lui dois bien ça.
- Tu crois que c'est facile pour moi ? Tu crois vraiment que tu étais en première position sur ma liste ? Parce que j'ai un scoop pour toi, si j'avais pu choisir, tu serais la dernière personne pour qui j'aurais voulu avoir ces sentiments !
Plus elle parle, plus sa voix se casse et je sens mes yeux brûler, mais je serre les poings et la laisse décharger tout ce qu'elle ressent.
- Tu es tellement… frustrante ! Tu es égoïste et coincée et moralisatrice ! Et le pire c'est que tu ne l'assumes même pas ! Et tu fais toujours tout ce qu'on attend de toi ! À croire que tu es incapable de prendre tes propres décisions ! Et ton besoin de toujours être parfaite ? C'est exaspérant ! Parce que sérieusement, les seules choses qui te rendent intéressante sont tes défauts…
Je sens un pincement désagréable mais je me retiens de croiser les bras, je ne mérite pas de protection contre ses paroles. Je ne lui en ai pas laissé quand je me suis servie d'elle dans cette salle. Je ne lui ai pas laissé le temps de repousser mes gestes et de se préparer à mes mots cruels et blessants. C'est à mon tour maintenant de me sentir mal, plus à cause de l'angoisse qui ressort de ses paroles que des mots eux-mêmes.
Et puis ça arrive, sa voix se brise totalement et je suis obligée de relever les yeux et de la regarder. Elle a l'air perdue, et cassée et tellement, tellement belle. Mais ce n'est pas vraiment une surprise, Alexia a toujours été très belle.
Elle recule jusqu'à ce que son dos touche le pilier du fond, et sa tête rentre en collision avec le mur avec assez de violence pour m'inquiéter et je m'approche d'elle automatiquement, mais je m'arrête dès que je croise ses yeux, c'est comme s'ils me suppliaient de ne pas venir plus près, d'essayer de comprendre. Et le son de sa voix, faible et tremblant me donne juste un aperçu de ce que je lui ai infligé.
- Tu m'obsèdes, je ne peux pas manger ou dormir ou… respirer sans penser à toi. Ça me rend absolument folle, et je… je suis tellement fatiguée… Je veux juste arrêter de me sentir comme ça…
Elle glisse contre le mur jusqu'à ce qu'elle atteigne le sol, ses genoux montés contre sa poitrine, sa seule défense. Et elle a l'air si épuisée, brisée et juste… vulnérable.
Je la fixe un moment incapable de bouger, mes pensées semblent être bloquées sur la touche « repeat ». Partager entre la culpabilité et l'émerveillement de la voir dans un tel état par ma faute et celle de sentiments dont je la croyais incapable il y a encore trois mois.
Une sorte de curiosité malsaine commence à apparaître, comment se fait-il qu'elle ne ressente rien pour des personnes avec qui elle a des rapports physiques mais qu'elle tombe tout d'un coup amoureuse de moi ? Depuis combien de temps a-t-elle ces sentiments ? Qu'est-ce que ça fait d'être amoureuse ?
Je secoue la tête pour me sortir ce genre de réflexion de la tête, je ne peux pas lui demander ça, ce serait limite cruel. Mais cela ne m'empêche pas d'avoir envie de comprendre ce qui a pu se passer pour que ça arrive.
Je ne sais pas ce qui me passe par la tête quand à la place de m'excuser encore une fois et partir, je m'assois à côté d'elle contre ce pilier trop petit pour laisser une distance confortable entre nous.
C'est la première fois que je suis aussi proche d'elle depuis l'incident, si je bougeais de deux centimètres vers la gauche je pourrais la toucher… ce serait probablement une très mauvaise idée, vu la façon dont elle se tend à ma proximité. Mais à ma surprise elle ne proteste pas, et ne fait rien pour augmenter l'espace.
On reste comme ça pendant un moment, assez longtemps pour que je commence à m'engourdir mais bizarrement le silence n'est pas si inconfortable, la maladresse présente tout au long de la soirée finit par disparaitre.
Et elle finit même par m'adresser la parole après un soupir blasé.
-Comment se fait-il qu'on finisse toujours par passer la Saint Valentin ensemble ?
Je ris presque, parce que la question m'a aussi traversé l'esprit. Ok, les circonstances ne sont pas du tout les mêmes, mais c'est assez ironique de voir qu'on se retrouve dans la même situation qu'il y a un an alors que nos relations et sentiments ont radicalement changé.
Ma première Saint Valentin en couple, tout va être absolument parfait, enfin probablement mieux que mes précédentes en tout cas. Ça ne peut être que bien si je n'ai pas de comparatif, non ?
Enfin bref, ça va faire bientôt six mois que Liam et moi sommes ensemble, et tout se passe bien, ce qui est rassurant… je crois. Je m'inquiétais de la transition d'ami à petit-ami mais à part l'augmentation de contact physique et les baisers occasionnels je ne vois pas vraiment de différence, ni dans notre relation ni dans mes sentiments. Mais peut-être que c'est un changement progressif ou un truc du genre et que je vais finir par tomber amoureuse de lui sans même m'en apercevoir. C'est comme ça que se développent les relations normales, n'est-ce pas ?
Peu importe, le voilà ! Il me serre dans ses bras quelques secondes avant de me relâcher et de s'excuser avec ce regard qui fait fondre toutes les filles.
- Hey, Rose ! Désolé pour le retard.
Je réponds avec un sourire parce que pour être honnête je n'avais pas vraiment remarqué l'heure, j'étais trop occupée à me demander à quel stade on en est dans notre relation. Et il continue avec son air tout gêné.
- Je me demandais, j'ai croisé Lewis tout à l'heure, tu sais le gardien de mon équipe de Quidditch ? Ça te dérangerait qu'on change nos plans et qu'on se fasse un double rencard avec lui et sa copine ?
Oook, apparemment il n'a pas vraiment compris le concept de la Saint Valentin qui est le jour le plus romantique de l'année que tu dois passer en tête à tête avec la personne que tu aimes… en tout cas c'est la définition selon le dictionnaire.
Mais bon, je n'ai pas d'attentes spécifiques alors si ça se trouve les doubles rencards à la Saint Valentin sont courants.
- Oui bien sûr, pas de problème.
Il sourit, soulagé que j'accepte sa proposition et que je ne sois pas contrariée. Mais en vérité, ça m'est égal ce que l'on fait pour la Saint Valentin donc aucune raison d'être énervée.
Après tout quelle est la pire chose qui pourrait arriver ?
- Salut Barbie, Ken. Wow vous êtes dehors après vingt heures ? Je suis consternée !
Deux mots pour répondre à ma précédente question : Alexia Parkinson !
Merlin, qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? Faut vraiment que je travaille sur mon karma.
Elle se tient devant nous au bras de Lewis, son sourire arrogant bien en place. Et le fait qu'elle puisse m'irriter avec moins de quinze mots en dit long. Je n'ai jamais pu m'encadrer cette fille, elle est si superficielle et provocatrice ! Et depuis quand elle sort avec Lewis d'abord ? Dix minutes ?
Et sérieusement ? Est-ce que sa garde robe contient autre chose que des mini-jupes ? Ou des mini-robes ? Ou des mini-shorts ? Juste quelque chose qui ne soit pas mini ? Et je peux voir la dentelle de son soutien gorge tellement son décolleté est bas, est-ce qu'elle n'a vraiment aucune modestie ?
Avant même de pouvoir y penser, une réplique sort de mes lèvres, avec un battement de cils et un ton faussement mielleux que je ne me connaissais pas.
- Wow tu portes des sous-vêtements, je suis choquée.
Ma respiration se stoppe net une fois que je me suis rendue compte de mes paroles. C'est difficilement approprié comme accueil, et ce n'est absolument pas quelque chose que j'aurais dit en temps normal, mais elle a juste cette manie de me taper sur les nerfs à un point où j'ai du mal à me contrôler.
Son regard effrayamment intense se fixe sur moi un moment jusqu'à ce qu'un sourire amusé ne se forme sur ses lèvres.
- Je peux toujours les enlever si cela te perturbe tant que ça.
Bien sûr il faut qu'elle réponde avec quelque chose comme ça ! Je roule des yeux et m'apprête à répliquer avec quelque chose dans le genre de « je préférerais que tu t'abstiennes et que tu essayes de garder tes vêtements plus de dix minutes, pour une fois » mais Liam serre délicatement mon bras pour m'en empêcher. Je soupire presque de déception et je jurerais voir Parkinson faire la moue mais elle porte une expression ennuyée quand je revérifie.
Le repas est plutôt maladroit, à part pour Liam et Lewis qui parlent de Quidditch et Alexia et moi qui continuons à nous lancer des piques occasionnellement avant qu'un des garçons ne nous arrête, ce qui au final finit par être plus énervant que ce jeu étrange mais bizarrement intellectuellement stimulant quand on sait que ma partenaire est Alexia Parkinson.
La partie la plus bizarre du repas étant Parkinson qui pose des questions à Lewis sur le travail de sa mère, alors qu'il n'y a pas grand-chose de passionnant au métier de sage femme à Sainte Mangouste, surtout pas la partie paperasse qui semble la captiver. Et pendant trente absurdes secondes, où elle le bassine de questions sur les certificats de naissance, j'en viens à me demander si elle est vraiment attachée à lui vu l'intérêt qu'elle lui porte, mais cette fantaisie ridicule disparaît quand je la vois reluquer la serveuse.
Il vaut mieux pour lui qu'il ne se fasse pas trop d'espoir sur la longévité de leur relation parce qu'à l'allure où elle se désintéresse de lui après qu'elle ait assouvi son étrange soif de connaissances sur le sujet, je dirais qu'ils ne dureront pas jusqu'au dessert. Le pauvre, encore une personne dont Alexia se sert pour son propre amusement !
J'espère vraiment qu'un jour elle saura ce que ça fait.
Je regrette d'avoir pensé ça, je le regrette pour toutes les fois où je l'ai pensé. Ce n'était pas juste de la juger si rapidement alors que je ne me fiais qu'à des apparences. Et maintenant que je la connais mieux, j'en viens à m'interroger sur ses actions ce soir-là, toutes ses questions qui ne lui étaient d'aucun intérêt à moins que…
Wow, je m'en veux encore plus maintenant ! Elle cherchait à retrouver son père.
Son père qu'elle n'a jamais connu et qui est probablement la seule chose qui peut l'atteindre. Une des seules choses qui peuvent lui faire aussi mal que moi.
Peut-être que c'est une des choses qui l'ont poussée à changer. Parce qu'elle est si différente de ce que je pensais ce soir là, elle a tellement changé, elle est plus mature et sérieuse. Et quelque chose me dit que je ne suis la seule responsable de ça.
Je ne sais pas très bien si c'est censé me soulager.
Et pour briser le silence dans l'espoir de faire taire mes pensées, je dis la première chose qui me passe par la tête.
- Tu vas mieux ?
Elle tourne la tête vers moi lentement et me regarde avec cette expression familière, mi amusée mi blasée avant d'exploser de rire. Mais contrairement à tout à l'heure, son rire ne sonne pas creux, non il est sincère, et le son est bizarrement attractif, comme de la musique. Ses yeux brillent et ses fossettes apparaissent.
Elle est vraiment incroyablement belle.
Et quand je me rends compte de l'ironie de la situation, je ne peux pas m'empêcher de rire aussi. Merlin quelle question stupide !
Après quelques minutes on finit par se calmer, et je repose ma tête contre le pilier mon regard fixé sur elle tentant de retrouver une respiration régulière.
Et je suis tellement concentrée sur les lignes qui se forment près de ses yeux qu'il me faut quelques secondes avant de me rendre compte qu'elle répond à ma question.
- En fait, oui, je crois que oui.
Sa voix est toujours un peu plus rauque que d'habitude, probablement à cause d'un mélange de trop d'émotions indiscernables, mais pour la première fois de la soirée elle a l'air paisible. Elle est sûrement trop fatiguée pour être en colère.
Et je sais que je devrais en profiter pour partir, ce serait une bonne fin de soirée, sans amertume et mots blessants. Mais étonnamment, je trouve cette position trop confortable pour avoir envie de bouger. Il doit y avoir un truc spécial au fait de me retrouver adossée contre un mur avec elle.
Et je suis perdue dans mes pensées essayant de comprendre pourquoi, quand elle brise encore le silence avec la dernière question à laquelle je m'attendais.
- Tu ne devrais pas être avec Action man ?
Il me faut un moment pour comprendre qu'elle veut dire Liam, et j'ai presque envie de rire, elle a toujours été très douée pour trouver des surnoms aux gens. Mais je me retiens quand je remarque l'hostilité à peine dissimulée dans la question, et peut-être, un peu de jalousie.
- Non, il est…
Je me stoppe au dernier instant. Je ne suis pas censée dire à quelqu'un que nous sommes seulement en train de prétendre être ensemble. Mais Alex n'est pas juste quelqu'un, elle est une fille qui est amoureuse de moi, et qui apparemment déteste Liam, et je ne suis pas sûre de la réaction logique à avoir.
Mais elle hausse un sourcil en curiosité, et cette action est tellement familière, tellement Alex que je ne peux m'empêcher de lui dire la vérité.
- Il est probablement avec sa copine.
Elle fronce les sourcils mais plus en irritation qu'en curiosité.
- Tu sais qu'il te trompe et tu le laisses faire ?
Je continue assez vite parce que, bizarrement, je ressens le besoin de me justifier auprès d'elle.
- Non, absolument pas, on est… on n'est plus vraiment ensemble, on a parlé et on s'est mis d'acc…
Je m'arrête au milieu de mon explication parce que tout d'un coup ça me frappe, pourquoi n'est-elle pas surprise ? Ok on avait discuté de mes doutes sur la fidélité de Liam il y a… un moment, dans une parenthèse sur laquelle on était toutes les deux d'accord pour ne pas revenir dessus, cependant si elle est en colère mais pas surprise ça veut dire que…
- Attends, tu savais qu'il me trompait et tu ne m'as rien dit ?
Sa bouche se ferme automatiquement et elle évite mon regard, mais je ne suis pas énervée, juste choquée, et ébahie par l'ironie de la situation ! Oh merlin, comme j'aimerais être encore l'année dernière où rien n'était compliqué et où mon plus gros souci était l'interrogation d'enchantements !
Alexia semble ne pas savoir quoi répondre, c'est une première, mais finalement elle finit par avouer.
- Je ne pouvais pas. Et je croyais qu'il y avait mis un terme.
Je fronce les sourcils à ça, ça veut dire qu'ils ont eu une conversation, non ? Et si elle en sait assez pour pouvoir le faire chanter, vu qu'apparemment c'est un des trucs pour lesquels elle est vraiment douée, elle sait peut être avec qui. Et ai-je déjà mentionné à quel point ma curiosité était malsaine ?
- Tu sais qui c'est, n'est-ce pas ?
Elle évite mon regard, et j'allais la presser un peu plus, mais toutes les pièces du puzzle s'emboitent dans mon esprit.
L'enchantement est une des matières où sa moyenne a augmenté du jour au lendemain, ça veut dire qu'elle avait trouvé quelque chose pour faire chanter Cho Chang, quelque chose d'important. Et le fait qu'elle ne m'ait rien dit alors qu'elle ne cache pas son hostilité à Liam, en temps normal elle aurait adoré créer une scène mais si elle disait quelque chose, son plan tombait à l'eau. Elle est vraiment très brillante, une manipulatrice sans scrupules mais incontestablement brillante.
- Le professeur Chang ? Oh. Mon. Dieu !
Wow, je suis choquée ! Non sérieusement ? Liam couche avec Cho Chang ? Notre professeur ? Qui a plus du double de son âge ! Je sais que je lui ai dit que je me fichais de qui c'était tant qu'il était heureux, mais une prof, ce n'est pas cool, c'est immoral, et c'est illégal !
- C'était à peu près ma réaction.
Elle le confirme et si je ne la connaissais pas mieux pour croire percevoir de la culpabilité, et quand je me tourne vers elle, la façon dont ses yeux restent fixés sur le sol et ses doigts jouent avec son bracelet transmette le message très clairement. Elle regrette. Et étrangement je ne ressens pas le moindre besoin de lui en vouloir pour ne pas m'avoir dit la vérité, comme je n'en voulais pas à Liam pour me tromper, même si je suis un encore un peu scandalisée. Je crois que je n'ai jamais été assez investie dans notre relation pour vraiment me sentir concernée.
Sans réfléchir, je saisis sa main qui joue avec son bracelet pour la rassurer, et elle se fige pour d'interminables secondes, son regard fixé sur l'endroit où nos peaux rentrent en contact. Et je ne me rends compte de l'erreur que je viens de commettre seulement quand elle retire sa main aussi délicatement que possible mais avec un côté hâtif. Un sentiment désagréable apparaît dans ma poitrine.
- Je voudrais qu'on soit amies.
Je ne sais pas vraiment d'où c'est sorti mais je le pense. On pourrait être amies, et quand je pense à tous les moments qu'on a partagé ces derniers mois, je me dis qu'on pourrait même être de supers amies.
Elle rit, ce n'est pas un rire cruel, mais il n'est pas non plus sincère, et elle me regarde avec cette expression mi triste mi amusée.
- Pour quelqu'un d'aussi intelligent, t'as vraiment un problème de compréhension des normes sociales.
Je m'abstiens de répondre parce que c'est probablement vrai. Et elle continue.
- Reste loin de moi n'est pas un code secret pour sois ma nouvelle meilleure amie.
Je baisse la tête, parce que oui, c'est logique, et si j'étais encore capable de penser de manière rationnelle je me serais abstenue de faire à peu près tout ce que j'ai fait ce soir. Mais c'est Alexia, et il y a toujours eu chez elle quelque chose qui me fait agir plus spontanément que quand je suis avec n'importe qui d'autre.
J'aime bien qui je suis quand je suis avec elle. Et je sais que c'est égoïste de ma part, comme elle l'a si subtilement souligné mais je veux vraiment continuer à me sentir comme ça. J'ai juste besoin qu'elle le veuille aussi.
- Peut-être que ça pourrait t'aider ? Peut-être que si tu vois qu'il n'y a absolument rien d'extraordinaire chez moi, ça t'aidera à te débarrasser de ces… sentiments ?
- Peut-être…
Elle sourit gentiment et je ne suis pas sûre d'aimer ce qu'elle va dire ensuite.
- Mais j'ai besoin d'un peu de temps avant de pouvoir être près de toi sans penser à… à tout ce à quoi je pense quand je suis près de toi.
J'ouvre la bouche mais la ferme une seconde plus tard quand je me rends compte à quel point ce serait injuste de lui faire supporter ça. Savoir qu'elle a des sentiments pour moi me donne tant de pouvoir sur elle qu'il serait cruel d'en abuser. Je ne peux pas lui faire ça. Mon offre est valable seulement si elle l'accepte de son plein gré je n'ai pas le droit de lui imposer.
Donc j'avale ma salive et force un sourire.
- Ok… juste, penses-y.
À la place de répondre, elle soupire et se relève, ou en tout cas tente de se relever, l'alcool qu'elle a consommé doit finalement faire son effet, la fatigue et l'émotion du moment aidant. Je suis plus rapide et l'aide à se stabiliser en passant mes bras autour de sa taille, une de ses mains se pose sur mon épaule dans un réflexe pour garder l'équilibre.
Ses yeux se fixent dans les miens pendant un long moment mais pour une fois je ne détourne pas le regard face à leur intensité. Et je suis rassurée d'y apercevoir cet éclat si familier. J'observe la façon dont ils caressent chaque centimètre de mon visage, s'attardant à certains endroits, comme mes lèvres ou mes propres yeux.
Elle doit se rendre compte que je l'observe aussi parce qu'elle finit par détourner le regard et ferme les yeux quelques secondes plus tard. Son corps est si proche du mien que je la sens inspirer profondément, et je suis captivée par les émotions que je discerne sur son visage.
Mais quand je vois le léger pli se former entre ses yeux je me rends compte qu'il y a de grandes chances pour qu'elle ne ressente pas que des choses positives à ma proximité et je recule à contre cœur, faisant bien attention qu'elle puisse tenir debout.
- Je vais t'aider à arriver jusqu'à ta chambre.
Étonnamment, elle ne proteste pas et à la place hoche la tête lentement.
Sa chambre est tout ce à quoi on pourrait s'attendre d'elle. Des vêtements éparpillés un peu partout, des magazines de mode, son sac de cours dans un coin probablement pas ouvert depuis le début des vacances. Tout est si Alex, et je ne peux pas empêcher un sourire d'apparaître à cette conclusion.
Avant que je le vois. Un livre. Le livre que je lui ai offert pour Noël. Il repose sur sa table de chevet, un marque page en ressort près de la fin et j'ai le souffle coupé. Elle l'a gardé, et pas seulement gardé mais elle l'a lu.
- Je… tu peux partir maintenant, je peux me débrouiller pour arriver jusqu'à mon lit.
Je roule des yeux, mais la laisse s'installer sur le lit, jusqu'à ce que je m'aperçoive qu'elle compte rester habillée, elle ne prend même pas la peine d'enlever ses chaussures.
Je secoue la tête, dépitée, et commence à travailler sur les lacets de ses bottes.
Quand elle se rend compte de ce que je fais, elle se soulève sur ses coudes pour m'observer, un froncement de sourcils apparaissant sur son joli visage.
- Sérieux ?
Je fais sortir un son qui ressemble à une affirmation et elle se laisse retomber sur son oreiller avec une protestation ridicule dont je ne discerne pas grand-chose.
Je pose les bottes au pied de son lit. Et cherche le genre de vêtements qu'elle pourrait porter pour dormir. Mon regard s'arrête sur un t-shirt délavé avec le logo d'un vieux groupe de rock. J'adore ce groupe. Je le saisis et le jette sur le lit à côté d'elle. Elle pourra se débrouiller à partir de là, et puis je ne suis pas très sûre qu'elle apprécierait si je l'aidais à se changer quand la situation entre nous est si ambiguë.
Je rentre mes mains dans les poches arrières de mon jean, pas vraiment certaine de comment je suis censée mettre un terme à cette soirée et annoncer mon départ.
Mais avant que je n'aie pu ouvrir la bouche, elle me surprend en disant…
- Reste.
Je demeure figée un moment, rejouant le mot dans ma tête pour être sûre d'avoir bien entendu. Elle doit prendre mon silence comme un rejet parce qu'elle continue. Sa voix est lasse et vulnérable.
- S'il te plaît… jusqu'à ce que je me sois endormie ?
Je mords ma lèvre et avance jusqu'au lit, et avec une dernière hésitation m'assois près d'elle. Je peux voir son visage clairement avec la hauteur. Et la façon dont ses lèvres bougent quand elle énonce les prochaines paroles.
- Tu veux bien chanter pour moi ?
Mon cœur rate un battement à sa demande. Ce n'est pas la première fois qu'on me demande de chanter, mon père le fait tout le temps aux repas de famille pour les fêtes, et Lily quelques fois, même Erin me l'a demandé. Mais ça ne m'a jamais paru aussi intime que cette fois-ci.
Jusqu'à présent je n'avais jamais eu l'impression que quelqu'un avait besoin que je chante pour lui. Et je n'avais jamais chanté pour une seule personne en particulier.
Mais j'inspire profondément, ferme les yeux et commence à chanter la première ballade qui me passe par la tête, une mélodie douce et tranquille que ma mère me chantait quand j'étais enfant et que je faisais un cauchemar. Mes doigts caressent ses cheveux sur le haut de sa tête de manière apaisante sans même que je m'en rende compte.
Et quand je réouvre les yeux pour la regarder, elle s'est endormie. Ses cheveux sont étendus comme un voile de soie sur l'oreiller, ses yeux sont fermés, sa poitrine monte et tombe au rythme de sa respiration. Elle a tout de la belle au bois dormant comme ça.
Et je ne sais pas combien de temps j'ai passé à l'admirer comme ça, à admirer sa beauté.
Parce que rien ne sert de se mentir, Alexia est probablement la plus belle fille que j'aie jamais vu, et je prends en compte les mannequins dans les magazines ou les stars internationales. Elle est juste… parfaite. Et je l'ai toujours su, j'étais même sûrement un peu jalouse d'elle en grandissant.
Mais c'est maintenant que ça me frappe, elle est belle oui, mais elle est aussi beaucoup plus que ça, tellement plus.
J'aurais juste aimé m'en apercevoir avant.
Voilà ! C'était le dernier chapitre spécial Saint Valentin.
Prochain chapitre : Alex ! Avec une révélation importante ;)
