Bonjour !

Deux semaines de retard, j'ai honte... Je suis sincèrement désolée de ne pas avoir posté plus tôt mais le temps m'a cruellement manqué. Pour ne rien vous cacher je suis toujours dans mon délire déménagement/travaux/emménagement, ceci expliquant cela (et inutile de vous préciser que je n'avais plus Internet… -_-). J'ai hâte que tout se calme un peu pour avancer sur cette histoire !

Rien à voir (enfin si) mais en farfouillant dans mon ordi je suis tombée sur un vieux fichier Word datant d'il y a deux ou trois ans où j'avais déjà écrit une ébauche de cette fiction. Certes il ne faisait que deux pages mais je l'avais complètement oublié ! Quand je vous disais que cette histoire me trottait dans la tête depuis un moment ! ^^

Sinon je suis contente que le denier chapitre vous ait plu, d'ailleurs quelques personnes ont ajouté cette fiction dans leurs favoris et je les remercie pour ça ! N'hésitez pas à laisser des reviews, je prends toujours beaucoup de plaisir à les lire et à y répondre !

En attendant je vous souhaite une bonne lecture pour ce chapitre (qui est d'ailleurs le plus long de cette histoire jusqu'à présent, oui je me suis un peu emballée, hé, hé...) ! ;)

Blond'sparkle

Réponses aux reviews :

plume228 : Merci beaucoup pour ton commentaire ! Si tu attendais de voir Charlotte chez les Vélanes ce nouveau chapitre devrait te plaire. Comme toi j'ai hâte que Charlie et elle se retrouvent, ça va faire des étincelles, c'est certain ! ^^
Merci encore et à bientôt ! :)

Niakovic : Merciiii ! :) Je suis super contente que ce dernier chapitre t'ait plu, je sais que c'est frustrant mais c'est comme ça, un peu de patience et tu connaîtras la suite ! ^^
A bientôt et bonne lecture ! :)


Chapitre 14 :

The curse

Elle observait les grains de poussière voleter dans les rayons de lumière qui passaient à travers les vitraux de la haute fenêtre. Elle ignorait depuis combien de temps elle était là, depuis combien de temps elle attendait que quelqu'un prenne enfin la parole, que quelqu'un brise enfin cet étouffant silence.

- Charlotte…, entendit-elle alors murmurer à l'autre bout de la pièce. Charlotte, nous devrions…

La jeune femme se leva brusquement, coupant court à la réplique de la femme qui se tenait debout un peu plus loin. Elle sentait sa respiration s'accélérer, son souffle se bloquant dangereusement dans sa gorge tandis que les battements de son cœur résonnaient dans sa tête. Elle porta une main tremblante à son visage avant de jeter un regard implorant à Calion qui n'avait pas bougé d'un pouce.

- Pourquoi ?..., souffla-t-elle d'une voix blanche. Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?...

Il allait ouvrir la bouche mais fut stoppé dans son geste par la voix de la vieille femme :

- C'est moi... C'est moi qui lui ai fait promettre de ne rien te révéler.

La blonde se tourna vers sa grand-mère. Celle-ci se tenait droite comme un i, ses cheveux lâches cascadaient jusque dans le creux de ses reins et étaient simplement maintenus par une broche dorée au-dessus de son oreille gauche. Elle portait une robe longue et vaporeuse d'un bleu profond qui contrastait fortement avec sa peau laiteuse. Charlotte la trouvait inchangée depuis la dernière fois qu'elle l'avait vue et pourtant de nombreuses années s'étaient écoulées depuis. Même ses yeux bleus restaient identiques à son souvenir… Ces yeux qui ne la quittaient pas, qui semblaient la sonder… La jeune femme détourna le regard, fixant un point invisible sur le mur face à elle. Elle tenta d'ignorer la boule d'angoisse qui nouait son estomac, qui faisait trembler tous ses membres, en vain... Jamais elle ne s'était sentie aussi furieuse qu'à cet instant.

- Je n'arrive pas à croire…, parvint-elle à prononcer d'une voix éraillée. Depuis tout ce temps…

- Charlotte…, continua la vieille femme dans une supplique, se rapprochant d'elle par la même occasion.

- Tu étais là et nous… n-nous…

- Charlotte, il faut que tu m'écoutes…, supplia sa grand-mère, les bras tendus dans sa direction. Ce n'est pas…

- On te croyait morte ! s'emporta l'autre, sa voix résonnant contre les murs.

Un vase près d'eux éclata, répandant son contenu sur la console et le sol marbré, les marguerites et les œillets qui composaient le bouquet terminèrent leur course au pied du meuble tandis que l'eau continuait de goutter dans un clapotis régulier. La tension dans la pièce était palpable. La jeune femme fixait désormais sa grand-mère qui avait les yeux grands ouverts dans une expression de profonde surprise, Calion quant à lui, lui jetait des coups d'œil répétés comme s'il craignait qu'elle ne s'enfuit.

- Est-ce qu'on pourrait discuter de cela ailleurs ? proposa finalement celui-ci. Le Conseil doit moyennement apprécier tes effets de voix, ajouta-t-il à l'adresse de la blonde.

Celle-ci haussa les épaules, passa devant son aïeule en l'ignorant superbement et suivit le Vélane dans la haute salle. Elle ne pouvait cependant pas ignorer les regards torves que lui lançaient les personnes assises là. Sentant le malaise l'envahir à nouveau elle accéléra le pas et calqua sa marche sur celle du blond qui avait maintenant emprunté un escalier en colimaçon. Celui-ci débouchait dans un petit salon circulaire dont les murs étaient tapissés de bleu, sur le plafond s'étalait une fresque céleste où volaient plusieurs cygnes au plumage éclatant. La jeune femme repéra la fenêtre en face et s'en approcha lentement, elle s'assit sur le rebord avec douceur et profita de la vue qui s'offrait à elle, au-delà des vitraux croisés s'étendait la cité de la Triade. En contrebas, ce qu'elle devina être l'une des places centrales de la ville grouillait de monde, d'étals en tout genre et d'autres marchands ambulants qui vantaient les mérites de leurs produits. Pour la première fois depuis qu'elle était arrivée, elle remarqua des canaux serpenter le long des rues de la cité tel des longues traînées d'argent se croisant et s'entrecroisant sous ponts et passerelles et déversant leurs eaux plus loin, dans le port. Là-bas s'amoncelaient petites et grandes embarcations dont les voiles, gonflées par la brise du large, étaient semblables à d'étranges nuages dans la mêlée que formaient les mâts des navires dans le ciel bleu. La surface de l'eau brillait comme un miroir sous le soleil, projetant mille éclats de lumière sur les murs de la ville, la blonde vint à se demander si c'était la mer ou simplement un lac qui répandait ses eaux là, jusqu'à l'horizon, mais elle n'obtint jamais la réponse. Une porte claqua derrière elle et la fit sortir de sa rêverie, brusquement elle se retourna et avisa sa grand-mère qui se tenait debout de l'autre côté de la pièce, l'air soucieux.
Charlotte soupira et se concentra de nouveau sur le paysage derrière la fenêtre mais elle n'en voyait plus rien, son esprit vagabondant loin, très loin de cette curieuse contrée. La jeune femme ne savait plus si elle se trouvait dans un rêve ou non, tout lui paraissait invraisemblable, incroyable. Dire qu'elle se tenait là, quelque part dans une cité dont elle ne soupçonnait même pas l'existence il y a encore quelques mois, quelque part dans un monde où s'était réfugiée sa grand-mère, relevait de l'absurde. Elle n'y croyait pas, elle ne voulait pas y croire… C'était fou ! Complètement fou !... Elle soupira une nouvelle fois et sentit l'angoisse lui nouer les entrailles, elle était tellement loin de Londres, si loin… Comme si rien de ce qu'elle y avait vécu n'avait été vrai et c'était une sensation qui lui était intolérable…

- Tu as toutes les raisons du monde de m'en vouloir, déclara tout à coup sa grand-mère, immobile devant la porte close. Je vous ai abandonnés, toi, ton père et ton grand-père et il n'y a pas un seul jour où je ne regrette pas ce que j'ai fait mais c'était pour le bien de tous.

Sa réplique fit l'effet d'une gifle à la blonde, tout à coup elle prit pleine conscience de ses mots, de sa présence et de ce que tout cela signifiait… Elle sentit un sanglot se coincer dans sa gorge et ne put retenir les larmes traitresses qui franchirent la barrière de ses paupières closes pour dévaler ses joues pâles, allant s'écraser sur ses poings, serrés sur ses genoux.

- Tu aurais pu rester…, sanglota-t-elle alors, la voix brisée. Tu aurais pu rester ! A cause de toi grand-père est mort ! Il est mort !

Le souffle saccadé, elle s'était relevée et pointait désormais un doigt accusateur sur son aînée. D'un geste brusque elle attrapa un vase sur un guéridon, le balança et celui-ci alla se fracasser sur le mur le plus proche, juste au-dessus de Calion qui ne bougea pas d'un millimètre.
Charlotte tremblait de rage, elle ressentit la douleur dans sa poitrine se réveiller et l'envelopper toute entière alors, instinctivement, elle tourna le dos aux autres et enroula ses bras autour d'elle. Le corps secoué de spasmes, elle continuait de pleurer en silence, le visage dissimulé derrière le rideau de ses cheveux. Soudain la jeune femme sentit une main se poser sur son épaule, elle sursauta légèrement mais ne se retourna pas pour autant, au contraire elle se laissa faire quand quelqu'un glissa ses bras autour d'elle et la serra dans une étreinte. Elle frissonna. Presque aussitôt une douce chaleur se répandit dans tout son être, une chaleur aimante et réconfortante, une chaleur qu'elle n'avait plus ressentie depuis des années. Enfin, un parfum de lilas vint effleurer ses narines, le parfum de sa grand-mère… La blonde pleura de plus belle tandis que le sentiment de bien-être qui s'était emparé d'elle quelques instants plus tôt ne la quittait pas, elle se sentait coupable. Coupable d'apprécier cette étreinte.

- Charlotte… Pourras-tu un jour pardonner ma faiblesse ?..., entendit-elle murmurer après un moment.

Prenant enfin conscience de son geste, la jeune femme s'écarta vivement de son aînée, ravala ses larmes et essuya d'un revers de main ses joues humides.

- Je voudrais rentrer chez moi…, lança-t-elle alors d'une voix grave, ignorant par la même occasion la demande de sa grand-mère.

- Tu ne peux pas rentrer chez toi, déclara Calion d'un ton sentencieux en s'approchant d'elles. Du moins, pas tout de suite. Nous n'avons pas fait ce voyage pour rien, ajouta-t-il en lançant un coup d'œil équivoque à sa poitrine.

La blonde porta machinalement sa main à la naissance de ses seins, au travers de son corsage elle pouvait presque sentir la brûlure du tatouage.

- Je sais… Enfin, nous savons tous pourquoi tu es là aujourd'hui puisque c'est le Conseil lui-même qui t'a fait demander, expliqua sa grand-mère et Charlotte releva vers elle un regard surpris. La malédiction, bien sûr, ajouta-t-elle avec un hochement de tête.

- Co-comment…, commença la jeune femme mais la suite de sa question mourut dans sa gorge.

- Il me semble que plusieurs personnes ont affirmé, par le passé, que la Triade pourrait t'aider et elles n'avaient pas tort, comme tu peux aisément l'imaginer aujourd'hui.

- Fleur…

- Fleur t'a mise sur la voie, en effet. Je crois que sans elle, il nous aurait été impossible de te faire venir jusqu'à nous.

- Mais c'est Calion qui m'a… Fleur n'avait pas…

- Sa seule croyance en la Triade a permis à Calion de venir te chercher, la coupa Rùmil avec un geste de la main. Il faut que tu saches que pour qu'une personne atteigne la Cité, il faut qu'elle y croie ne serait-ce qu'infimement.
Fleur a beaucoup insisté pour que tu te renseignes sur la Triade, n'est-ce pas ? C'était une bonne chose et je ne la remercierai jamais assez pour cela car tant tu n'y croyais pas il était impossible pour nous de te faire venir ici. Finalement le temps a fait son œuvre... J'ai vu combien toute cette histoire te faisait souffrir et ce jeune homme que tu as…

Charlotte sentit l'émotion la gagner à nouveau quand elle comprit à qui elle faisait allusion et détourna les yeux, elle fit mine de ne pas entendre l'exclamation dédaigneuse de Calion mais ne pouvait ignorer le regard perçant de sa grand-mère sur sa nuque.

- Ce… Ça n'a plus aucune importance, bafouilla-t-elle, dissimulant ses mains tremblantes sous les pans de sa cape.

- Quand tu as accepté de rencontrer Arthémise..., continua sa grand-mère avec hésitation. Je savais que les choses seraient différentes car alors, tu n'aurais plus d'autres choix que de croire en la Triade.

La jeune femme acquiesça doucement, elle oublia un instant son précédent malaise et demanda :

- Et la malédiction ?

Elle ne manqua pas le coup d'œil échangé entre les deux autres, elle croisa les bras sur sa poitrine et attendit patiemment qu'on lui réponde.

- Pour ce qui est de la malédiction, expliqua Rùmil, d'une voix incertaine. Nous connaissons les… tenants et les aboutissants de celle-ci mais nous n'avons pas encore de solution pour y remédier… Pas véritablement…

- Qu'est-ce que ça signifie ? demanda la blonde avec fébrilité, sentant la panique l'envahir à nouveau.

- N'aie aucune crainte, nous allons essayer d'y mettre un terme ensemble. Comme je viens de te dire…

- Je croyais que… Vous n'avez aucune idée pour l'arrêter, c'est ça ?! s'exclama Charlotte en lui coupant la parole.

- Ce n'est pas ce que nous avons dit, répondit Calion en fronçant les sourcils.

- Mais c'est ce que j'ai compris ! lâcha la blonde avec hargne.

Elle lâcha un soupir de frustration puis se mit à faire les cent pas dans la pièce, les bras résolument serrés sur sa poitrine et le cœur battant à tout rompre contre ses côtes. Une boule d'angoisse obstruait sa gorge, l'empêchant de respirer correctement et à chaque fois qu'elle essayait d'ouvrir la bouche elle avait la désagréable impression que ses nerfs allaient la lâcher à tout instant, comme si elle n'avait plus aucun contrôle sur ses émotions. Charlotte était en proie à une véritable crise d'hystérie.

- Tout le monde sait que les malédictions ne peuvent être défaites chez les sorciers, tout le monde ! s'emporta-t-elle enfin, la voix montant dans les aigus. Je ne sais pas…Je ne sais pas pourquoi je suis venue ici…, soupira-t-elle avant de faire marche arrière. Qu'est-ce que j'imaginais ? Que tout allait se régler en un coup de baguette ?!...

- Tu oublies que tu es en partie Vélane…

- Quelle importance ? C'était une erreur de venir ici, si j'avais su que… que… Je suis persuadée de pouvoir vivre avec cela comme une personne normale, je… Oui… C'est la meilleure chose à faire… Je dois rentrer.

Et sans prévenir elle fit volte-face, se dirigea d'un pas vif vers la porte qu'elle ouvrit brutalement.

- Charlotte, sois raisonnable, supplia sa grand-mère tandis qu'elle s'apprêtait à descendre les escaliers. Tu ne peux pas retourner là-bas, tu ne peux plus…

- Pardon ?! s'exclama la jeune femme en refermant la porte. Alors je devrais rester ici ? Eternellement ?! Tu n'as pas le droit de me dire ce qu'il convient de faire ou non ! J'ai le droit de vivre ma vie comme je l'entends !

- Si tu restes avec cette malédiction en toi tu vas…

- Quoi ?! Qu'est-ce qu'il va m'arriver ? hurla-t-elle en réduisant l'espace qu'il y avait entre elle et Rùmil. Je vais perdre les gens que j'aime ?! C'est déjà fait !

- … tu vas mourir…, lâcha l'autre dans un souffle et ce fut assez pour la réduire au silence.

L'atmosphère devint tout à coup pesante et Charlotte sentit son cœur tomber dans sa poitrine comme s'il n'était qu'une vulgaire chape de plomb. Tout lui parut alors étrangement lointain, les paroles de sa grand-mère n'étaient plus qu'un bourdonnement désagréable à ses oreilles, les palpitations dans sa poitrine semblaient engourdies elles aussi. C'était à peine si elle sentait son propre corps, la jeune femme avait l'impression de flotter quelque part dans les limbes, coincée entre deux mondes. Interdite, elle vint buter contre le fauteuil derrière elle et s'y laissa tomber non sans lâcher une exclamation étranglée.

- Je… Est-ce que… Qu'est-ce que tu viens de dire ?..., balbutia-t-elle alors d'une voix éraillée.

- Ne me le fais pas répéter…

La blonde eut un rire nerveux et porta une main devant sa bouche, elle se rendit compte que la tête lui tournait.

- Je ne suis pas sûre d'avoir saisi…

- Tu as parfaitement entendu, l'arrêta d'un ton dur Calion, qui s'était avancé dans la lumière.

Les sourcils froncés, formant une ligne mince au-dessus de ses yeux, il semblait une nouvelle fois la sonder de ses iris pâles tandis que son visage affichait cet air calculateur qu'elle détestait.

- Calion, je t'en prie…, commença Rùmil, implorante.

- Non, ça suffit ! la coupa-t-il avec un grand geste de la main. Depuis le début elle n'a eu de cesse de se plaindre et de pleurnicher, j'en ai plus qu'assez !... De plus, il me semble t'avoir déjà prévenu de ne pas retenter l'expérience ! ajouta-t-il dans un mouvement de cape alors que Charlotte voyait sa baguette magique sauter de ses mains pour retomber dans un bruit mat, un peu plus loin sur le tapis.

- Et moi j'en ai plus qu'assez que tu me traites comme une enfant ! gronda celle-ci en serrant les poings.

- Parce que c'est ce que tu es ! Alors ravale tes larmes petite fille et cesse tes jérémiades. Ici-bas tu n'as pas le monopole de la souffrance…

Et dans un tourbillon de tissu le Vélane disparut derrière la porte qui se referma dans un claquement sourd. Il y eut un instant de silence qui s'étira en longueur jusqu'à ce que sa grand-mère reprenne la parole :

- Ne lui en veut pas, il n'a pas eu une vie facile, dit-elle sur un ton d'excuse.

- Parce que la mienne l'est peut-être ?! ne put-elle s'empêcher de cracher avec dureté.

Encore une fois la jeune femme se détourna de son aînée, celle-ci ne dit plus rien pendant un long moment. Il y eut par la suite un léger bruissement de tissu et elle devina que sa grand-mère s'était assise dans l'un des nombreux fauteuils qui meublaient le salon. Charlotte continuait cependant de fixer le ciel bleu derrière la fenêtre, impassible.

- Pour en revenir à notre précédente conversation…, entendit-elle finalement, après d'interminables minutes. Effectivement, je connais ta malédiction, tout du moins son histoire.

La blonde tiqua et, ne pouvant ignorer indéfiniment sa grand-mère, s'arracha à sa contemplation pour l'observer de toute sa hauteur. D'un mouvement de tête elle lui fit savoir qu'elle avait toute son attention et son aïeule en profita pour continuer :

- Je t'ai dit tout à l'heure que l'on ne connaissait pas véritablement de solution pour annuler cette malédiction, en vérité il existe bien un moyen… Un moyen peu fiable, certes mais c'était la seule chose que nous pouvions faire alors…

- Qu'est-ce que c'est ?

- Une prophétie.

La jeune femme ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit, elle leva un sourcil sceptique et…

- Pardon ?

- Pas qu'une simple prophétie, expliqua son aînée en se redressant dans le fauteuil. En vérité j'ai aidé à la créer, je…

- Attends, quoi ?! la coupa alors sa petite-fille, saisissant enfin la teneur de ses précédents propos. Une… prophétie ?!... Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ?!

Avec une exclamation dédaigneuse, Charlotte laissa ses bras retomber le long de son corps puis se mit à faire les cent pas devant la fenêtre, ne pouvant s'empêcher de pincer et mordiller ses lèvres, agacée. Elle sentait la patience la quitter à nouveau.

- C'était il y a très longtemps…, reprit sa grand-mère. Assied-toi s'il-te-plaît…

La blonde se stoppa et avisa l'autre femme comme si elle ne la remarquait que seulement et, pour la première fois depuis qu'elle l'avait revue, elle vit se peindre sur son visage une profonde lassitude. Un sentiment de culpabilité fit alors tressauter son estomac, bon gré mal gré Charlotte se dirigea vers son aînée et s'assit dans un fauteuil en face du sien.

- Tu n'es pas sans savoir que je suis née ici, que mes parents étaient… Bien, dit-elle tandis que la jeune femme hochait la tête. Mes… parents, mes véritables parents j'entends, firent la bêtise, à ma naissance, de promettre ma main à un homme de bonne famille. A l'époque c'était une pratique courante, même chez les Vélanes. C'était une manière de nous préserver, en quelque sorte… Aujourd'hui c'est une tradition un peu désuète bien que certains continuent de l'appliquer, les sorciers des anciennes familles entre autres.
Quand cet engagement fut décidé je n'étais qu'une enfant, j'en ignorais la véritable signification puis avec la guerre et notre exil en France, tout cela n'avait plus lieu d'être… Enfin, c'était ce que je croyais alors.
Bien des années plus tard… Oh, je m'en souviens comme si c'était hier, je venais de rencontrer ton grand-père… Bien sûr nous nous connaissions déjà, nous avions simplement quelques années d'écart à Beauxbâtons mais… - Elle laissa échapper un rictus amusé – Nous habitions dans le même village, nous avions l'habitude de jouer ensemble quand nous étions enfant et à partir de son entrée à l'académie il m'a complètement ignorée, je n'étais plus tellement intéressante comparée aux jeunes filles de l'école qu'il fréquentait alors.

- Vraiment ?

- Oui, vraiment, mais je ne lui en avais pas voulu pour autant, les jeunes gens ont souvent tendance à déborder d'arrogance et de fierté, sans doute ne fus-je pas mieux que lui, dit-elle tandis que son regard se perdait au loin, empli de mélancolie, son visage affichant un sourire tremblant.

Charlotte attendit avec patience que son aînée resurgisse d'entre ses souvenirs. Elle-même apprenait à redécouvrir ses grands-parents, d'une certaine manière... Après tout elle n'était qu'une enfant quand ils la quittèrent si bien qu'elle n'eut jamais vraiment l'occasion de partager ce genre de moment, ce genre d'histoire...

- Mais ce n'est pas le sujet aujourd'hui, entendit-elle enfin, se reconnectant elle aussi à la réalité. Un jour, Dagnir - c'était son nom - est venu me trouver chez mes parents en Bretagne. Tu imagines bien ma surprise quand je l'ai vu sur le pas de la porte, je ne le connaissais pas, peut-être l'avais-je vu une ou deux fois quand j'étais enfant mais cela remontait à si loin... Lorsqu'il m'a donné la raison de sa visite j'ai d'abord cru à une mauvaise plaisanterie jusqu'à ce qu'il me mette le contrat de mariage sous les yeux. Mes parents étaient furieux, ils ne comprenaient pas qu'un tel engagement puisse encore être valable après l'état de conflit qu'avait connu la Triade. Dagnir n'en démordait pas, on l'avait préparé à ce mariage toute sa vie et il refusait tout bonnement que le contrat soit brisé. D'ailleurs il n'y avait aucun moyen de le faire, le parchemin ne présentait aucune faille, aucune brèche qui aurait permis de l'annuler.
Je crois que ce jour a fait partie des pires que j'aie connu… François était tellement en colère, jamais encore je ne l'avais vu dans une telle fureur… Comprend-le, nous venions de nous fiancer...

Encore une fois elle fit une pause, son regard accrocha un instant celui de la jeune femme et celle-ci sentit une bouffée d'affection l'envahir. Elle n'avait jamais envisagé les choses de cette manière, engoncée dans son malheur et sa souffrance elle ne s'était pas ouverte à celle des autres. Immanquablement elle repensa aux paroles de Calion qui l'avait traitée d'égoïste, elle ne put s'empêcher de songer qu'il avait raison. Elle n'était qu'une égoïste.

- Tu ne peux pas t'en vouloir pour des choses qui se sont passées avant ta naissance, déclara tout à coup sa grand-mère, comme si elle avait lu le cours de ses pensées. Si tu le veux bien j'aimerais poursuivre mon récit, peut-être continuerons cette autre discussion plus tard… Qu'en penses-tu ?

La blonde acquiesça lentement et s'enfonça davantage dans son fauteuil.

- Il fallait donc que nous trouvions un moyen de rompre ce contrat, coûte que coûte. Me vint alors l'idée de rejoindre la Triade, cela paraissait insensé mais c'était là la seule solution. Mes parents étaient complètement effrayés à l'idée que je quitte la France pour une cité légendaire, comme tu peux t'en douter... Cependant ils m'ont fait confiance jusqu'au bout et m'ont laissée partir, je ne les ai jamais assez remerciés pour ça... Bon gré mal gré François et moi avons accepté de suivre Dagnir jusqu'ici, je vais bien évidemment t'épargner les difficultés de notre périple et celles rencontrées lors de notre arrivée dans la vallée bien que certaines anecdotes restent très amusantes à entendre mais ce sera pour plus tard... Une fois dans la Cité nous avons pu être immédiatement reçus par le Grand Conseil, j'ai donc posé ma requête auprès de lui mais comme le père de Dagnir en faisait partie il a fait opposition. Pour lui c'était un véritable scandale que je veuille briser un contrat pris sous le joug de la Triade.
Finalement, quand il fut décidé que le contrat de mariage n'avait plus lieu d'être car signé sous l'ancien Conseil, Dagnir entra dans une colère noire. Ce fut à ce moment très précis qu'il me jeta la malédiction, cela restera à jamais gravé dans ma mémoire… Pour rien au monde je ne voudrais le revivre…, continua-t-elle d'une voix rauque. Malheureusement ce sortilège fut le dernier geste qu'il put faire de son vivant, il lui a en effet coûté la vie, c'était le prix à payer… La magie, surtout la magie noire, a toujours un prix, c'est bien connu…
Bien évidemment je ne comprenais pas ce qu'il s'était passé, pour moi il avait juste jeté un sort qui n'avait pas fonctionné, qui s'était même retourné contre lui... Ce ne fut qu'après que j'appris qu'il était issu d'une très ancienne famille d'ensorceleurs du peuple au-delà du lac, peuple réputé pour ses très grands pouvoirs magiques. Quand je compris que je venais d'être la victime d'une malédiction, j'étais effondrée…

- Attends un peu…, l'arrêta Charlotte en fronçant les sourcils. Quel est le rapport avec moi ? Toi aussi tu as été maudite ?... Je ne comprends pas…

- J'y viens… Pour ne rien te cacher, si tu portes cette malédiction aujourd'hui c'est à cause de moi. Une seule et unique personne avait été maudite à l'époque, c'était moi.

- Mais… Alors pourquoi ? Pourquoi moi ? Qu'est-ce que j'ai à voir avec toute cette histoire ?

- Quand Dagnir m'a jeté cette malédiction j'étais déjà une adulte et j'ai appris bien plus tard que ce qui m'avait sauvée à ce moment-là c'était la vie… la vie que je portais…

- Je ne vois pas…

- J'étais enceinte de ton père… Je l'ignorais bien sûr, cela n'était l'affaire que de quelques semaines mais il n'empêche qu'il m'a sauvé la vie. Porter un humain, un sorcier qui plus est, a empêché la malédiction de se propager, d'atteindre son but cependant…

- D'accord, d'accord… Mais je ne vais pas faire un enfant simplement pour contrer le sortilège ! s'exclama la jeune femme en serrant les bras du fauteuil avec force.

- Pour toi malheureusement le stade est beaucoup trop avancé, tu portes cette malédiction depuis ta naissance, elle a simplement attendu un élément déclencheur pour se développer. Aurais-tu une quelconque idée de ce qui aurait pu déclencher cela ?…

La blonde croisa les bras sur sa poitrine et ferma les yeux, réfléchissant à toute cette histoire. Irrémédiablement elle pensa à Charlie mais elle savait qu'il n'était pour rien dans tout cela, elle ne le connaissait même pas quand le tatouage lui était apparu… Soudain, comme si elle venait de se prendre un coup de poing dans le ventre, tout lui parut très clair. Elle sut alors quel était le point de départ de tous ses maux.

- Paul…, murmura-t-elle en fixant sa grand-mère, sans pour autant la voir.

- Paul ? questionna celle-ci. Qui est-ce ?

- Plus personne maintenant…, répondit Charlotte en se levant du fauteuil puis en le contournant, une nouvelle fois elle se plaça devant la fenêtre et admira le ciel. Au loin, vers l'horizon, des nuages gris commençaient à s'amonceler.

- C'est l'amour qui est le point d'orgue de cette malédiction, déclara sa grand-mère après un instant de silence. Il en est l'élément déclencheur, il en sera donc le libérateur pour toi comme il le fut pour moi.

- Je croyais que c'était parce que tu étais enceinte que ce sortilège ne t'avait pas atteint, lança la jeune femme en faisant volte-face.

- Tu ne comprends pas ?..., questionna l'autre en se levant à son tour. C'est l'amour qui m'a aidée… Le fruit de notre amour, à ton grand-père et à moi…

Charlotte la laissa s'approcher d'elle, observant le tissu vaporeux de sa robe se mouvoir à chacun de ses pas. Quand elle fut arrivée à son niveau la blonde se concentra de nouveau sur le paysage au dehors.

- L'amour ? Vraiment ? lança-t-elle enfin avec une exclamation dédaigneuse. ...Allons… Nous ne sommes pas dans un conte de fée… N'a-t-on pas quelque chose de plus concret ? Je veux dire… Je ne suis pas une spécialiste des sentiments, jusqu'à maintenant cela n'a causé que désastre et souffrance autour de moi alors… alors... Je ne pense pas que ce soit la meilleure des solutions... N'y aurait-il pas une autre option ?

- Charlotte, si tu es là, avec cette malédiction en toi c'est pour une bonne raison, c'est que tu as su aimé autrefois et peut-être qu'aujourd'hui tu aimes à nouv…

- Non ! la coupa-t-elle d'une voix tremblante. Non… J'ai dit : plus de sentiment, plus d'émotion… A cause de ça, j'ai failli tuer des gens que j'aim…

La jeune femme s'arrêta en plein milieu de sa phrase et détourna les yeux, sentant ses joues s'empourprer sous le regard perçant de sa grand-mère.

- N'y a-t-il vraiment personne que tu voudrais voir plus que tout ? questionna cette dernière avec douceur. Une personne chère à ton cœur ?...

Charlotte ferma les yeux douloureusement, alors qu'un sanglot lui entravait la gorge elle vit danser devant ses yeux l'image d'un rouquin aux yeux délavés.

- Non…, décréta-t-elle enfin. Non, il n'y a personne…

- Soit. Alors passons à l'autre solution, déclara Rùmil avec détermination.


Le ciel gris et menaçant au-dessus de leurs têtes ne semblait en rien perturber la nuée d'oiseaux qui volait là, passant d'un nuage à un autre. Avec un soupir, Charlotte détourna le regard de l'immense verrière qui faisait office de toit et se concentra sur la galerie que sa grand-mère et elle traversaient. La pierre blanche était dominante mais ponctuée par endroit de rosaces sculptées dans ce qu'elle devina être de la turquoise, quelques lierres et chèvrefeuilles poussaient là, à même les colonnes soutenant le plafond de verre, montant toujours plus haut et donnant un aspect féerique à l'espace. A travers la fenêtre la jeune femme vit qu'une autre galerie de verre avait été construite en parallèle de celle-ci, un étage plus-bas. Un groupe d'étranges lutins la traversaient alors...

- Vous aimez beaucoup voir ce qui vous entoure j'ai l'impression, ne put-elle s'empêcher de lancer. Toutes ces fenêtres, tous ces vitraux dans chaque pièce...

- Nous vivons avec l'humeur du ciel et des étoiles, expliqua son aînée en continuant sa marche. Ils sont nos guides.

- Je devrais vous présenter un ami, je suis sûre qu'il adorerait vivre là..., marmonna la jeune femme pour elle-même en ignorant du mieux qu'elle pouvait le pincement douloureux dans sa poitrine.

Lorsqu'elles eurent traversé la galerie, elles arrivèrent au pied d'un escalier de pierre qui débouchait sur deux ailes en colonnades, Rùmil se stoppa un instant avant de prendre la direction de l'aile ouest. Une nouvelle fois les deux femmes traversèrent plusieurs couloirs, pour la plupart déserts et ce ne fut que lorsqu'elles gravirent un énième escalier que Charlotte s'interrogea :

- Ne devait-on pas rejoindre la grande salle ?...

- Non, pour ton cas nous avons fait uniquement appel au Conseil Restreint. Il utilise la Salle des lumières au quatrième étage. Elle est beaucoup moins solennelle que la Salle du Conseil.

- Pour en revenir à cette histoire…, reprit la jeune femme en baissant la tête sous une arcade. Je n'ai toujours pas compris pourquoi je suis maudite… Après tout, si tu as réussi à en réchapper, pourquoi je porte cette malédiction aujourd'hui ?

- C'est ce que j'essayais de t'expliquer tout à l'heure…, répondit sa grand-mère en s'arrêtant au milieu du couloir. Tu n'es pas sans savoir que lorsqu'une malédiction n'est pas contrée elle se transmet aux générations futures, bien sûr dans mon cas je pensais y avoir échappée vu que le sortilège n'avait pas eu le temps d'atteindre mon cœur mais ce que j'ignorais c'est qu'il s'était greffé à l'âme de ton père…

- Mais…

- Laisse-moi finir, la coupa-t-elle avec un geste de la main. Nous nous en sommes rendus compte que bien trop tard, pour lui il n'y eut aucune conséquence cependant tout s'est joué sur la génération suivante.

- Tu veux dire...

- Oui… Toi. Je ne l'ai compris qu'après ce terrible accident en Bretagne, c'est d'ailleurs à partir de ce moment que j'ai décidé de rejoindre la Triade. Quand je suis revenue ici pour la seconde et dernière fois le Conseil m'a bien sûr aidée à créer cette prophétie dont je t'ai parlée précédemment.

- Comment se fait-il que Papa n'ait jamais…

- Il semblerait que la malédiction ne touche que les sujets féminins, n'oublie pas qu'elle m'était destinée… C'était, j'imagine, une sorte de vengeance afin que jamais je ne l'oublie, afin que jamais je n'oublie Dagnir…

- Donc… Si jamais j'ai une fille à mon tour… Elle aussi…

- Oui, si la malédiction n'a pas pu être annulée avant…

- Ça n'arrivera pas…, décréta Charlotte d'une voix défaite. Ça n'arrivera pas car je n'aurais pas d'enfant, je me suis déjà refusée à… Je ne veux faire vivre cela à personne…, ajouta-t-elle dans un murmure douloureux en enroulant ses bras autour de ses épaules.

Elle sentit alors une pression au niveau de son bras, en tournant la tête elle vit sa grand-mère lui faire un sourire compatissant.

- Tout n'est pas vain... Tout n'est pas vain jusqu'à ce qu'on décide que ça l'est...

Après encore quelques minutes de marche Rùmil se stoppa devant une porte qu'elle ouvrit d'un geste de la main, elle s'effaça pour laisser entrer sa petite-fille. Celle-ci trouvait l'endroit semblable à celui qu'elles venaient de quitter à un détail près, en effet une partie des murs de la pièce se constituait en une baie vitrée offrant une vue imprenable sur le port de la cité. Les rayons du soleil, aveuglants, pénétraient dans l'espace avec tant de force que la blonde dut mettre sa main en visière un instant.

- Je comprends pourquoi vous l'appelez la Salle des Lumières, marmonna-t-elle en s'approchant de l'immense fenêtre.

A peine eu-t-elle terminé de prononcer cette phrase qu'une petite porte sur le côté, coincée entre deux bibliothèques, s'ouvrit, dévoilant un petit nombre de personne qui pénétrèrent à leur tour dans la pièce. La jeune femme les observa prendre place un à un autour de la table en bois, sans un regard pour elles. Calion fermait la marche, lui non plus ne la regarda pas, elle le vit s'adosser avec nonchalance contre le mur du fond avant de croiser les bras sur son torse.

- Charlotte, reprit tout à coup sa grand-mère et la Française se tourna vers elle, retenant son souffle. Voici le Conseil Restreint, expliqua-t-elle en s'asseyant à son tour à la table. Réuni à ma demande.

D'un même mouvement tous se tournèrent vers elle, la dévisageant avec curiosité.

- Bonjour, dit-elle alors d'une voix mal assurée, prenant place sur la seule chaise libre entre son aïeule et une femme aux pommettes extraordinairement roses.

- Je pense parler au nom de tous en disant que c'est un enchantement de rencontrer la petite-fille de Rùmil, lança alors l'un d'entre eux, la faisant sursauter. Cela fait tellement longtemps que nous attendions ta venue.

- Voici Targen, présenta sa grand-mère en désignant celui qui venait de parler.

C'était un homme grand, les yeux d'un vert brillant et les cheveux noirs enroulés en une tresse qui reposait sur son épaule. Il portait un complet clair rehaussé d'une lavallière blanche autour du cou.

- Je… merci…

Avec un sourire en coin, il inclina la tête, comme pour la saluer, et les autres firent de même.

- Bien, nous sommes réunis ici présent pour proposer une solution à la malédiction qu'a contracté ma petite-fille, par ma faute, il y a de cela cinquante ans. Certains d'entre vous se souviendront de ma première requête, quelques années en arrière, à la suite de laquelle a été créée la prophétie.

- Bien évidemment, répondit une voix rauque de l'autre côté de la table. Charlotte tourna la tête vers celle-ci et découvrit un homme entre deux âges, élancé et dont le crâne chauve luisait à la lumière du soleil. Ses yeux noirs et perçants la sondèrent une seconde puis elle détourna le regard, sentant ses joues s'enflammer.

La jeune femme n'était pas à son aise dans cette pièce surchauffée, la chaleur et la lumière, transperçant les baies vitrées derrière elle, lui donnaient mal à la tête. Pendant un instant elle ferma les yeux, tentant de faire disparaître la douleur mais rien n'y faisait. Le bruit des conversations devenait désagréable à ses oreilles, se transformant peu à peu en un bourdonnement sonore qui lui faisait vibrer le crâne. Les yeux toujours clos, elle ne prêta plus attention à ce qui se disait autour de cette table. Au contraire elle reposa sa tête contre le dossier de la chaise et laissa son esprit vagabonder loin, très loin de cette pièce où il faisait décidément bien trop chaud…
Aussitôt une puissante lumière l'aveugla, des bribes de conversations lui parvenaient de manière très lointaine…

- Ne serait-on pas en mesure…

- … je ne suis pas d'accord !

…mais elle n'avait aucune envie de les écouter, à la place elle préférait suivre cette lumière et cette voix, cette autre voix qui lui était plus agréable à écouter, douce et chaude comme une caresse. Elle semblait l'appeler encore et encore mais la blonde ne parvenait pas à l'atteindre.

- … à l'époque…

- Non, c'est complètement insensé…

Elle avançait toujours dans la lumière, guidée par cette voix qu'elle connaissait, elle en était certaine !

- …conséquences seraient terribles…

Cependant il y avait encore ce bourdonnement qui l'agaçait au plus haut point mais peu à peu il s'atténua, devenant presque inaudible, jusqu'à disparaître complètement. Aussitôt la lumière diminua, elle put alors distinguer une ombre avancer jusqu'à elle et s'arrêter à quelques mètres à peine.

- C'était toi…, murmura-t-elle d'une voix émue en reconnaissant l'homme qui se tenait désormais devant elle.

Charlie était là… Charlie qui la regardait, qui lui souriait en tendant une main vers elle et à l'instant même où ses doigts frôlèrent les siens il bascula en arrière comme s'il n'était qu'un vulgaire pantin, tombant sur le sol avec dureté. Charlotte eut grand-peine à retenir un hoquet de surprise quand il se mit à convulser, ses yeux roulants à toute vitesse dans ses orbites tandis que ses nerfs se contractaient sous sa peau burinée.

- Charlie ! Charlie ! cria-t-elle en s'agenouillant à ses côtés. Charlie ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que tu as ? ne put-elle s'empêcher de hurler, hystérique.

Alors elle lui saisit les épaules et se mit à le secouer en espérant qu'il se réveille mais pire encore, son état s'aggrava. A présent des taches de sang apparaissaient sur son tee-shirt immaculé, grandissant à vue d'œil et inondant le sol sous son corps meurtri.

- Répond-moi ! Répond-moi ! CHARLIE !

Et elle pleurait, pleurait… Serrant contre elle le dragonnier, le berçant en gémissant de douleur.

« Charlotte ? »

La jeune femme sursauta violemment et comprit immédiatement qu'elle s'était endormie, il n'y avait qu'à voir tous ces regards braqués sur elle... Certains arboraient une mine grave, d'autres lui lançaient des coups d'œil mécontents tandis que sa grand-mère gardait sa main serrée sur son épaule.

- Je… Pardonnez-moi, je me suis assoupie…, marmotta-t-elle alors en se redressant sur sa chaise.

- Qu'est-ce que tu as vu ? questionna son aînée avec une légère pression sur son bras.

- Quoi ? demanda la blonde en fronçant les sourcils, ne comprenant pas où elle voulait en venir.

- Tu as eu une vision, expliqua celle-ci. Qu'est-ce que tu y as vu ?

- Je me suis juste endormie, c'était un rêve… Rien de plus…

- C'est dans notre nature de voir, d'entrevoir entre les lignes.

- C'est ridicule… Jamais je n'ai…

- Qui est ce Charlie que tu appelais tant ?

- Je n'appelais personne, c'était juste un rêve ! répéta-elle avec force.

Tout à coup sa grand-mère lui lâcha le bras comme si elle avait été brûlée, la blonde détourna la tête et tenta d'ignorer le regard des autres. Son cœur battait à toute vitesse contre ses côtes, ses mains tremblaient violemment sous la table ; cela lui avait semblé si réel… Elle pouvait encore sentir la chaleur du corps de Charlie contre le sien, sa peau rendue brûlante par la fièvre et son pouls qui s'accélérait, sa respiration qui se coupait…
L'angoisse la saisit à la gorge en même temps que l'effroi lui glaça le sang. Non, cela n'avait rien d'un rêve…

- Il faut que tu saches…, reprit sa grand-mère après un instant, lui fournissant ainsi une raison de détourner son esprit de l'image de Charlie, agonisant. Il faut que tu saches que ta venue ici n'est pas anodine, tes pouvoirs de Vélane s'en trouvent sensibilisés, décuplés et malheureusement l'emprise que la malédiction a sur toi également… Ce sortilège dénature ta condition de Vélane, elle développe considérablement la noirceur de ton pouvoir. Ton âme est bonne, cela a permis à ce côté sombre de demeurer faible jusqu'à un certain point et ta nature humaine t'a préservée de cette noirceur, comme la vie de ton père a sauvé la mienne. Cependant en venant ici tu as embrassé ta véritable nature, je crains maintenant que les choses se compliquent pour toi à l'avenir…

- Mais si je suis ici c'est pour trouver une solution, un remède, non ?! s'écria Charlotte d'une voix éraillée. Tu m'as parlée d'une prophétie ! ajouta-t-elle en se tournant vers sa grand-mère. Qu'en est-il ?

- La prophétie a été prononcée il y a presque vingt ans maintenant par Angus le Sage. Les prophéties sont des artefacts rares et inconstants, il n'est pas donné à n'importe qui de pouvoir les créer… Un simple mortel, un sorcier ne pourrait y parvenir sauf sous le joug du destin. Angus possédait ce don étrange.
C'est donc lui qui m'a aidé à l'époque à fabriquer l'éventuel contre sort qui pourrait mettre fin à cette malédiction.

- Très bien ! Alors, allons trouver cet Angus et…

- Angus ne vit plus par ici, la coupa l'homme chauve en croisant les bras sur son torse. D'ailleurs… Il ne vit plus nulle part.

- Qu'est-ce que ça signifie ?

- Angus est mort il y a quelques années, expliqua sa grand-mère avec une moue désolée. Ce fut d'ailleurs sa dernière prophétie…

- Bon d'accord…, lança la blonde en se levant de sa chaise. Admettons… - Elle se mit à faire les cent pas entre la table et la baie vitrée - Admettons que cette… prophétie me permette d'annuler le mauvais sort. Où pourrais-je la trouver ? Certes celui qui l'a créée est mort mais… mais il me semble que les prophéties prononcées se rassemblent en un lieu privilégié et le seul endroit, à ma connaissance, où l'on puisse s'en procurer demeure à Londres, dans la Salle des prophéties… Salle des Prophéties qui, je le rappelle, a été détruite il y a presque dix ans. Alors… Que fait-on ?

- Nos prophéties ne vont pas jusqu'à Londres, répondit sa grand-mère avec un sourire énigmatique. Nous ne sommes pas des sorciers, rappelle-toi... Alba ? demanda-t-elle alors en se tournant vers une femme aux cheveux noirs et brillants.

Celle-ci se leva et sortit de la pièce sans un mot. Le silence s'installa durablement autour de la table, Charlotte délaissa les autres pour le point de vue qu'offrait la baie vitrée. Elle observa un instant le reflet des montagnes sur l'eau qui s'étendait en contrebas avant de sentir une présence à ses côtés.

- C'est beau, n'est-ce pas ? souffla sa grand-mère, ses yeux brillant à la lumière du soleil.

- Oui… Oui, je le reconnais…

- As-tu peur ?

La jeune femme allait répondre mais ses mots moururent dans sa gorge, finalement elle haussa les épaules.

- Il est encore trop tôt pour le dire.

- Je suis désolée de t'avoir arraché à ta vie mais c'était le seul moyen pour…

- Je sais… Je sais. De toute façon je n'avais pas d'autres choix, et tout allait tellement de travers depuis quelques temps… Ce n'est peut-être pas si mal finalement…, lâcha-t-elle avec un rictus étranglé.

- Alba est là, déclara quelqu'un derrière elles.

Charlotte sursauta légèrement et avisa Calion par-dessus son épaule, le regard indéchiffrable. En effet, la jeune femme aux longs cheveux noirs se tenait debout devant l'assemblée réunie autour de la table, tenant un coffret ouvragé entre ses mains. Rùmil s'approcha d'elle d'un pas aérien, prit la boîte qu'elle lui tendait avant de faire demi-tour et de se diriger vers sa petite-fille. Celle-ci la regarda faire et saisit mécaniquement l'objet que son aînée lui offrait.
Avec ce coffret entre les mains et tous les regards braqués sur elle, la jeune femme se sentait parfaitement ridicule.

- Qu'est-ce que je dois en fai…

- J'en ai gardé un exemplaire, déclara son aïeule en l'intimant à l'ouvrir.

La blonde baissa les yeux sur cette étrange boîte, elle ne s'attarda par sur les runes gravées qui en ornaient le bois et défit le loquet de cuivre qui le maintenait fermé. D'une main tremblante elle souleva le couvercle et, instinctivement, retint son souffle, pressentant que ce qui se trouvait à l'intérieur de ce coffret n'était pas de bon augure… Là, dans un écrin de velours mauve reposait une sphère transparente dans laquelle s'agitait une brume informe et grise. La prophétie…
Charlotte crut percevoir des visages, des voix mais très vite elle mit cela sur le compte de son imagination et éloigna le coffret.

- Écoutons-la, proposa alors Targen en lui désignant la sphère.

La jeune femme avisa d'une moue réprobatrice la petite boule de verre, peu encline à s'en saisir et complètement effrayée par ce qu'elle pourrait lui révéler. Finalement elle soupira, résignée. Avait-elle réellement le choix ?... Sans réfléchir davantage elle prit une grande inspiration et à l'instant même où sa main rencontra la surface lisse et chaude de la sphère la pièce plongea dans les ténèbres, la tête puis le buste d'un homme très âgé s'éleva de l'objet. Quand il se mit à parler, sa voix rocailleuse rebondit sur les murs de la pièce et répéta inlassablement ces mêmes mots :

« Né au crépuscule de l'automne

Quand la nature s'endort d'un long sommeil,

Celui qui d'un seul homme

Délivrera du mal qui s'éveille,

Celle pour qui son cœur éclate

Et protégera son âme du danger d'Umarth.

Né au crépuscule de l'aut… »

- C'est véritablement ridicule…, souffla Charlotte en jetant brutalement la prophétie dans la boîte.

Elle reposa sans douceur le coffre sur la table et s'éloigna de celle-ci, croisant ses bras sur sa poitrine et soupirant bruyamment.

- Remettre en cause une prophétie d'Angus ? Quel blasphème ! s'époumona tout à coup une femme de l'autre côté de la pièce.

La blonde tourna violemment la tête vers elle et la défia du regard. Elle remarqua à peine Calion qui s'était redressé et observait maintenant la scène avec grand intérêt.

- Je ne fais pas partie de votre monde, j'ignore tout de vos idéaux et de vos croyances et, à dire vrai, je m'en fiche complètement... Cela posa-t-il un problème à quelqu'un d'autre ? lança-t-elle à l'assemblée d'une voix forte.

- Je suis sûr que Dalys ne voit aucun problème à ce qu'on passe au sujet le plus important de cette réunion, n'est-ce pas ? supposa finalement l'homme chauve en se tournant vers la concernée qui se ratatina sur sa chaise, ses joues plus roses encore.

- Odon a raison, approuva Rùmil en se levant à nouveau, ses mains posées de part et d'autre de la table. Cessons de nous quereller pour des choses aussi futiles que cela.

- Tout de même c'était…, commença la dénommée Dalys dans un marmonnement avant d'être coupée par Targen.

- Nous devons absolument trouver qui est la personne désignée par la prophétie, elle est la clé qui nous permettra de mettre fin à cette malédiction, déclara-t-il avec détermination.

- Elle pourrait être la clé, rectifia Odon avec réserve.

- Qu'est-ce que ça signifie ? questionna Charlotte, les sourcils froncés

- Les prophéties ne montrent pas l'avenir, pas vraiment, répondit l'autre. Elles sont le récit du passé sur lequel nous bâtissons notre futur, en évitant de commettre les mêmes erreurs… Nous ne pouvons pas laisser reposer tous nos espoirs sur elle.

La jeune femme eut un rire nerveux. Son futur reposait donc sur une prophétie douteuse, prononcée par un vieux sage il y avait des années de cela et qui pouvait, de plus, se révéler complètement inutile... Décidément le destin prenait un malin plaisir à la tourmenter.

- Super ! lança-t-elle sans joie. Être dépendante d'une personne que je ne connais pas, qui ne sait sans doute pas que j'existe et qui doit en plus me délivrer d'une malédiction… Me voilà rassurée ! ajouta-t-elle avec sarcasme.

- Ne sois pas aussi négative, répliqua sa grand-mère. Jusqu'à aujourd'hui les prophéties d'Angus se sont toujours révélées salutaires. Il suffit de trouver la réponse à l'énigme posée et…

- Rien que ça ?! éructa Charlotte, acide. Allons-y, jouons aux charades et confions mon avenir à un total inconnu !... Ça pourrait être n'importe qui ! Et imaginons que je le trouve, qu'est-ce que je dois faire de lui ? Saura-t-il au moins comment m'aider ?!... C'est stupide, véritablement stupide…, ajouta-t-elle dans un souffle, se laissant tomber sur la chaise la plus proche.

Il y eut un instant de silence puis la discussion reprit de plus belle, comme si ce qu'elle avait dit auparavant n'avait pas eu lieu d'être.

- Pourquoi ne demanderions-nous pas à Arwen ? Il est toujours de bon conseil…

- Non mais ça ne va pas ?! Il est complètement sénile…

- Il est clair que cet homme en né en décembre, nous devrions peut-être établir un profil défini…

- Je suis d'accord avec Targen…

- Umarth… Umarth… Cela désigne le mauvais sort. C'est une divinité, un esprit obscur me semble-t-il…

- Se pourrait-il que ce soit lui la personne désignée ? Cela me paraît tout à fait plausible.

- Non, c'est grotesque ! Tout le monde sait que cet esprit est un mythe créé de toutes pièces par ces imbéciles de…

- Mon neveu est né en décembre, ce pourrait très bien être lui….

- HÉ, HO ! cria tout à coup la blonde, mettant ainsi fin à l'intense discussion qui se jouait autour de la table. N'ai-je pas moi aussi mon mot à dire dans toute cette histoire ?! Après tout c'est de moi dont il s'agit, de ma vie et moi !

- Aurais-tu une idée à nous suggérer, Charlotte ? demanda sa grand-mère avec un sourire doux.

Tous les regards se braquèrent sur elle, attendant visiblement qu'elle leur expose son point de vue. Mal à l'aise elle glissa une mèche de cheveux derrière son oreille et s'éclaircit la gorge à plusieurs reprises.

- Ecoutez…, reprit-elle d'une voix mal assurée. Tout le monde sait que les prophéties sont issues d'une branche de la magie plus que nébuleuse… - La Vélane aux joues roses laissa échapper une exclamation outrée - Je suis d'avis que l'on cherche un autre moyen, je suis sûre qu'il en existe un autre…

Les hommes et les femmes autour de la table ne dirent mot mais ne manquèrent pas de se lancer des coups d'œil sceptiques.

- Allons…, insista la jeune femme dans une supplique. Vous êtes des Vélanes, vous devez bien avoir une idée !

- En effet, il pourrait y avoir un autre moyen…, déclara tout à coup Odon de sa voix rauque, Charlotte tourna vers lui un visage plein d'espoir, …toutefois nous ne sommes pas aptes à pratiquer ce genre de magie.

- Alors qui pou…

- Au-delà du lac, il faut que tu te rendes au-delà du lac, la coupa-t-il.

En entendant les soupirs d'effroi autour de la table, Charlotte observa les personnes réunies et au vu de leurs mines graves elle comprit que tous savaient ce que cela signifiait.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Cela veut dire, répondit Calion en s'approchant d'elle, qu'il te faut quitter la cité de la Triade et la Haute-Vallée pour te rendre dans la forêt de Torn.

- Je ne vois pas où est le problème.

- C'est un périple dont on ne revient pas indemne, petite fille, déclara-t-il d'une voix d'outre-tombe. Il se peut que tu y découvres des choses sur toi-même… des choses que, peut-être, tu ne soupçonnais pas et qui bouleverseront ta vie à jamais…


- Voici ta chambre.

En s'avançant dans la pièce Charlotte découvrit un espace clair et lumineux où les meubles et la décoration semblaient avoir été choisis avec soin. A gauche, contre le mur, trônait un imposant lit à baldaquin surplombé de voilages blancs tandis qu'à droite, dans un renfoncement, se tenait un petit salon avec une table de travail en bois sculpté et des fauteuils recouverts de chintz doré.
Il y avait également une porte au fond de la pièce, menant à une salle d'eau entièrement carrelée où quelques sirènes en peinture s'ébattaient autour d'une lagune aux eaux turquoise. Au centre la baignoire sur pieds prenait tout l'espace, sur le petit guéridon à sa tête reposaient quantité de sels et d'onguents ainsi qu'une pile de serviettes blanches et moelleuses.
En revenant dans la chambre la jeune femme remarqua la grande baie vitrée donnant sur un petit balcon, elle observa quelques secondes la vue qui s'offrait à elle avant d'être interpellée par sa grand-mère.

- Elle te plaît ? demanda celle-ci en désignant la pièce dans son ensemble.

- C'est… joli, admit la blonde en s'approchant de la coiffeuse, près de la porte-fenêtre.

Un instant son regard s'attarda sur les bibelots et les divers objets posés dessus ; une boîte à bijoux peinte, des bracelets en argent, un de ses romans préférés… Tous lui semblaient étrangement familiers puis quand elle vit le coffret contenant les lettres de Charlie, elle n'eut plus aucun doute. Toutes ces babioles lui appartenaient...

- Comment…

- C'est Calion qui a tout rapporté depuis Londres, il y avait également un tas de choses que tu avais emporté dans ton sac, expliqua sa grand-mère en désignant la petite bourse de perles posée sur le lit.

Charlotte hocha mécaniquement la tête et ne put s'empêcher de penser à son ancienne demeure, à son ancienne vie…

- Quand j'ai su que tu allais venir ici…, continua son aînée en s'approchant, je t'ai choisi cette chambre et j'ai pensé… j'ai pensé que ça te ferait du bien d'avoir des objets qui te rappelleraient ta vie là-bas… En attendant que tu y retournes bien sûr.

La jeune femme lui adressa un faible sourire et continua d'observer la coiffeuse, sa main s'attarda un instant sur le coffret puis avec un soupir résigné elle fit volte-face.

- Toi aussi tu vis ici ? questionna-t-elle alors.

- Membre permanent du Grand Conseil, acquiesça sa grand-mère.

La blonde sentit soudain une boule d'angoisse tordre à nouveau ses entrailles, d'une démarche incertaine elle se posta devant la fenêtre et croisa les bras sur sa poitrine, dissimulant ainsi ses mains tremblantes aux yeux de son aïeule.

- Tu sais, il ne faut pas que tu prennes trop à cœur les paroles de Calion, déclara cette dernière, comme si elle ressentait ce qui la tracassait. Il aime rajouter un peu de théâtralité à ses propos...

- Vraiment ? Je n'avais pas remarqué ! ne put s'empêcher de lâcher Charlotte, sarcastique.

Elle n'ignora pas le soupir de lassitude que poussa sa grand-mère, comme si tout à coup le poids des années semblaient être tombé sur ses épaules. Alors, le lourd silence qui les avait enveloppées lors de leurs retrouvailles refit son apparition, les enveloppant de ses bras forts, nouant leurs gorges comme voulant les étouffer. Un instant la jeune femme croisa le regard blessé de son aînée et s'en voulut aussitôt pour la dureté de ses mots. Elle l'observa traverser la pièce, la démarche gauche, jusqu'à atteindre l'entrée.

- Je ferais sans doute mieux de te laisser, déclara-t-elle, une main sur la poignée de la porte. La journée a été longue...

Charlotte se mordit la lèvre avec force, elle passa une main dans ses cheveux avant de s'entendre dire :

- Écoute, pour ce que je t'ai dit tout à l'heure…

- Tu n'as aucune raison de regretter tes paroles, elles étaient justifiées, l'arrêta sa grand-mère en faisant volte-face. Maintenant tâche de te reposer, demain beaucoup de choses nous attendent…, ajouta-t-elle juste avant de fermer la porte.

La blonde resta immobile un long moment, ses yeux fixés sur la porte de la chambre. Partagée entre l'envie de pleurer et celle de démolir quelque chose, elle lâcha finalement un soupir étranglé avant de s'asseoir sur le lit, sans douceur. Elle s'en voulait... Elle s'en voulait et pourtant, elle n'arrivait pas à regretter ses mots. Depuis qu'elle était arrivée ici, depuis qu'elle avait retrouvé sa grand-mère elle avait la désagréable impression que tout allait de travers, comme si ses sentiments et ses émotions avaient pris le contrôle de son corps, de son âme, à tel point qu'elle avait du mal à se reconnaître. Charlotte ne savait même plus si ce qu'elle vivait était la réalité, après tout elle venait de retrouver un être qu'elle avait perdu presque vingt ans plus tôt... Comment pouvait-elle croire cela ? Comment pouvait-elle imaginer que tout ce qui se trouvait autour d'elle était vrai ?...
Jamais elle ne s'était sentie aussi seule, aussi éloignée des siens. Pendant un instant, un court instant, la jeune femme regretta sa folie, elle regretta d'être venue ici. Alors elle songea à sa naïveté, elle qui avait cru pouvoir tout contrôler s'était lourdement trompée... Elle qui pensait que cette histoire de malédiction allait se régler au plus vite, qu'elle allait pouvoir rentrer en Angleterre, qu'elle reverrait les siens, Charlie… Charlie... Elle laissa échapper un rictus étranglé, coincé entre le rire sans joie et les larmes. Comme elle avait été naïve…
Dans l'alcôve de sa chambre, tandis que l'orage grondait dehors, Charlotte se roula en boule sur le lit, tremblante et meurtrie par cette abominable journée qu'elle venait de vivre... Dans un haut-le-cœur, les larmes qui menaçaient de couler depuis plusieurs heures franchirent enfin la barrière de ses paupières closes, dévalant à toute vitesse ses joues pâles pour venir mourir sur les draps immaculés. Des heures durant la jeune femme pleura tout son soûl, implorant mille divinités de lui venir en aide, implorant ceux qu'elle aimait de venir la chercher... Et dans un regain de lucidité, elle songea encore et encore aux paroles de Calion qui tournaient dans sa tête comme une litanie... Elle ne sortirait pas indemne de toute cette histoire...


Le crépuscule mourait, laissant doucement sa place à la nuit, humide et venteuse. La blonde avisa les nuages noirs au loin, annonciateurs d'un orage, et resserra sa cape autour de ses épaules tandis que ses cheveux se faisaient balayer par d'intenses bourrasques glaciales. Cependant ni le mauvais temps ni la nuit qui tombait la freinaient, au contraire elle continuait d'avancer, d'errer, sans but. Au détour d'une allée gravillonnée un oiseau s'envola dans un battement d'ailes, la blonde le regarda s'éloigner un instant avant de reporter son regard sur les jardins qui s'étalaient devant elle, à perte de vue. Ils auraient pu être jolis si les averses orageuses qui se succédaient depuis quelques heures n'avaient pas ravagé les parterres de fleurs, inondant les rangées de rosiers et créant de véritables flaques de boue parmi les massifs d'hortensias. Uniquement accompagnée du crissement de ses pas sur les graviers, Charlotte descendit les quelques marches de pierre qui la séparaient d'un petit kiosque à l'anglaise, elle contourna une rangée de buis avant de s'arrêter devant un puits mal en point. Elle s'en approcha, s'accouda au rebord de pierre rongé par les intempéries et tenta d'en distinguer le fond, sans succès.

- On dit que si tu penses très fort à quelque chose que tu désires, il le fera apparaître.

La Française sursauta et fit volte-face, une main sur son cœur, seulement pour voir Calion s'avancer vers elle avec nonchalance.

- Tu me suis ? questionna-t-elle avec véhémence.

Il haussa les épaules et s'accouda lui aussi au puits, ses longs cheveux blonds pendant au-dessus du vide. La jeune femme continua de l'observer un long moment avant de s'en détourner.

- Tu crois que ça fonctionne avec les malédictions ? lâcha-t-elle dans un murmure.

- Ça ne coûte rien d'essayer, répondit-il avec un autre haussement d'épaule.

Charlotte fut étonnée de sa réponse, elle fronça les sourcils et se tourna vers lui non sans lui lancer un coup d'œil suspicieux.

- Pourquoi me regardes-tu comme ça ?

- Pas de sarcasme ? Pas de remontrance ? Pas même une pointe d'ironie ?... Où est donc passée ta répartie légendaire ?

- Il se pourrait que j'aie envie d'être… comment dit-on déjà ? Gentil… Oui c'est ça, j'essaye d'être gentil avec toi... Après tout tu as déjà cette malédiction sur le dos en plus d'être peu gracieuse, maladroite – La blonde laissa échapper une exclamation outrée – J'en passe et des meilleures… Le destin n'a pas été clément avec toi, c'est su… Ouch ! - Elle venait de lui balancer son poing dans l'épaule - D'accord… Sans doute l'avais-je mérité celui-là, marmonna-t-il en massant énergiquement son membre endolori.

Contre toute attente la jeune femme lâcha un éclat de rire, c'était infime mais assez salvateur pour faire envoler le poids qui logeait au creux de son estomac depuis qu'elle avait quitté le Conseil Restreint, plusieurs heures auparavant.

- J'ai au moins le mérite de t'amuser…, lança le Vélane avec douceur.

C'était l'une des rares fois où Charlotte le voyait sourire, un sourire franc et doux qui n'avait rien à voir avec le rictus ironique et moqueur qu'il arborait à longueur de journée. Mais à peine eut-elle le temps de l'admirer que déjà il disparaissait pour laisser place à une mine soucieuse.

- Plus sérieusement, reprit-il, sombre. Comment tu te sens ?

Il n'en fallut pas plus à la blonde pour sentir ses entrailles se tordre avec violence tandis que la brûlure dans sa poitrine refaisait surface, plus ardente encore. Elle ignora tant bien que mal la douleur mais ne put retenir un soupir plaintif.

- Lésée, acculée… Quoi d'autre ? Trahie... Comme... Comme quelqu'un qui se trouve au bord d'une falaise et qui n'a d'autre choix que de sauter. T'en faut-il plus ? ajouta-t-elle d'une voix hystérique.

Calion soupira à son tour, ses sourcils ne formaient plus qu'une ligne mince au-dessus de ses yeux.

- Je ne devais rien te dire, il y avait d'autres priorités pour la Triade qu..., commença-t-il en se redressant mais très vite il fut coupé dans son élan.

- Alors que moi, tout le monde s'en fiche ! Qui suis-je après tout ? Qui suis-je à côté de la grande et belle Triade !

- Tu recommences à dérailler..., marmonna-t-il.

- J'ai parfaitement le droit de dérailler ! Parfaitement ! s'emporta-t-elle. Peux-tu te rendre compte ? Peux-tu te rendre compte de la situation dans laquelle je suis ? Dans laquelle on m'a mise ?!... M-Moi je n'avais rien demandé ! A personne !

- Tout cela, c'est uniquement pour ton bien.

- Mon bien ?! Que savez-vous de moi ? De mon bien-être ?

- Tu préfères faire souffrir les gens que tu aimes ? Tu préfères mourir ? C'est donc cela que tu veux ? questionna le jeune homme avec hargne tandis qu'elle s'éloignait.

- Je souhaite que l'on me laisse en paix ! En paix ! hurla la blonde en faisant volte-face. C'est tout ce que je demande... termina-t-elle dans un murmure douloureux.

- C'est impossible et tu le sais très bien.

Charlotte lui tourna le dos et enroula ses bras autour d'elle mais rien n'y faisait, le froid de la nuit la glaçait jusqu'aux os et faisait trembler ses membres avec force. Derrière elle, Calion ne bougea pas d'un pouce comme s'il attendait qu'elle réplique, ce qu'elle ne fit pas. Enfin, après ce qui semblait être une éternité à la jeune femme, il s'approcha et vint se placer à sa hauteur, ses yeux demeurant fixés sur l'horizon.

- Je t'ai déjà dit que tu n'as pas le monopole de la souffrance ici, il n'y a pas que toi qui a perdu ce que tu avais de plus cher.

Et avant même qu'elle ne puisse répondre la blonde le vit sortir un médaillon de sous sa veste, tenu par une longue chaîne en or.

- Qu'est-ce que c'est ? questionna-t-elle, intriguée, tandis qu'il lui tendait le collier.

- Ma malédiction, répondit l'autre en l'intimant à l'ouvrir.

Charlotte, d'une main tremblante, défit le loquet qui retenait les deux pans de métal gravé et découvrit une jeune femme aux longs cheveux d'ébène lui souriant depuis l'alcôve de son portrait.

- Qui est-ce ? demanda-t-elle dans un souffle. Ta petite-amie ?

Calion se mit à rire, secouant la tête de gauche à droite, puis répondit :

- Non petite-fille, non... C'était ma sœur.

- C'était ? reprit la blonde en fronçant les sourcils.

Aussitôt une ombre passa sur le visage du Vélane, un bref instant son sourire disparut mais très vite, il plaqua sur sa figure une mine de convenance.

- Elle n'est plus là aujourd'hui, expliqua-t-il d'une voix étrangement rauque.

Il se racla la gorge et adressa un rictus tordu à Charlotte, il avait tout simplement l'air de quelqu'un qui avait essayé d'avaler un Souafle.

- Je suis désolée...

- C'était... C'était il y a longtemps.

La jeune femme observa Calion lever la tête vers le ciel menaçant, ses cheveux se soulevant au rythme des rafales de vent qui balayaient les jardins. Elle remarqua que sa colère s'était envolée, cédant sa place à une profonde curiosité. Combien de fois avait-elle essayé d'en savoir plus sur lui ? Et combien de fois l'avait-il repoussée ? Elle avait perdu le compte de ses tentatives... Mais aujourd'hui c'était lui qui était venu vers elle, lui encore qui lui parlait de sa vie passée sans qu'elle n'en sache la raison... A quoi jouait-il au juste ?

- J'ignorais que tu avais eu une sœur, fut la seule chose qu'elle put dire.

- Tu ignores beaucoup de choses à mon sujet, répondit le jeune homme avec son éternel sourire en coin.

- Ce n'est pas faute d'avoir essayé, répliqua-t-elle du tac au tac.

Il continuait de sourire, ses yeux braqués sur elle avant de les reporter vers le ciel.

- Ava a disparu il y a presque trente ans maintenant..., entendit alors Charlotte, elle tourna si brusquement la tête vers le jeune homme que sa nuque craqua. Nous avions quelques années d'écart bien sûr mais nous nous entendions si bien, e-elle était tout pour moi... Ce jour-là, quand elle a quitté la Triade, je ne comprenais pas, je me sentais trahi... Il m'a fallu des années pour enfin comprendre q-que...

- Pourquoi est-elle partie ? ne put s'empêcher de demander la Française, lui coupant la parole par la même occasion.

- Je n'ai jamais vraiment su comment elle l'avait rencontré, continua-t-il sans l'écouter. Je savais qu'elle faisait quelques escapades en dehors du territoire surveillé, parfois la nuit je l'entendais se glisser à l'extérieur de la maison et revenir au petit matin, mais je n'imaginais pas qu'elle allait si loin... Elle était ma grande sœur, mon modèle ! Comment aurais-je pu croire un instant qu'elle s'acoquinait avec un sorcier ?!

La blonde recula de quelques pas, abasourdie par la véhémence dont manifestait Calion. Elle le vit passer une main lasse sur son visage, ses yeux trahissant une colère évidente...

- Que s'est-il passé ? questionna-t-elle en serrant le médaillon dans son poing.

...et pourtant quand il reprit la parole ce fut d'une voix grave et profonde, un mot à peine plus fort que l'autre :

- La guerre.

- Voldemort..., en déduisit Charlotte et le Vélane acquiesça lentement.

- Il faisait parti d'un des plus fervents groupuscules d'action contre ce mage noir. D'après ce que j'ai compris à l'époque, c'était un réseau qui ralliait tous les partisans des pays de l'est, ils étaient peu nombreux bien sûr, beaucoup croyaient encore en Grindelwald et ses préceptes malgré sa défaite bien des années plus tôt alors défier Voldemort, c'était impensable pour la plupart d'entre eux... Quand nous avons découvert qu'Ava avait fuit avec lui, qu'elle voulait se battre à ses côtés, pour ses idéaux, nous avons fait appel au Grand Conseil pour qu'il nous vienne en aide, qu'il nous la ramène... Comme nous étions naïfs, si naïfs... Nous n'avions alors pas mesuré la puissance de ses sentiments envers lui...

- Qu'est-il arrivé ensuite ?

- La Triade avait bien entendu envoyé des Gardiens...

- Des Gardiens ?

- Ce sont eux qui sont envoyés de l'autre côté pour ramener ceux que l'on appelle les Égarés, les Vélanes qui ont quitté la Triade sans autorisation.

- Ah... Et donc ta sœur et...

- Ils n'ont pas survécu, lâcha-t-il sans prendre de gant. Une mission qui a mal tourné... Quand son sorcier est mort, Ava était dévastée. En la ramenant ici nous pensions pourtant que tout allait rentrer dans l'ordre, nous étions tellement loin d'imaginer à quel point nous avions tort... Elle s'est... elle s'est laissée mourir de chagrin, une vie sans son amour lui paraissait insupportable. Peu de temps après mes parents l'ont suivie, on dit toujours qu'on ne survit jamais bien longtemps à la perte d'un enfant... Pourtant j'étais encore là, j'aurais pu les aider...

Le Vélane se tut. Autour d'eux, plus aucun bruit ne se faisait entendre, l'orage s'était éloigné et la nuit était complètement tombée. Charlotte continuait de fixer le jeune homme, son regard semblait s'être éteint, vide de toute lueur, de toute émotion...

- Calion..., murmura-t-elle en posant une main délicate sur son bras. Calion, je suis sincèrement désolée...

- Ne t'en fais pas petite-fille, c'était il y a longtemps, tenta-t-il de la rassurer mais la jeune femme voyait bien que ressasser cette histoire l'avait bouleversé.

- C'est pour cette raison que..., commença la blonde en comprenant soudainement.

-... que je me méfie des sorciers ? Oui, entre autres. Ava l'aimait et cela lui a coûté la vie, comment pourrais-je ne pas en vouloir à cet humain ?... - Il lâcha un rictus amer - ...Le pire dans cette histoire c'est que je ne lui ai jamais vraiment pardonné d'être partie...

La Française ne dit mot, elle savait très bien qu'aucune parole ne pouvait panser la plaie béante dont son cœur souffrait. Elle n'était pas sans connaître la douleur que l'on ressentait à la perte d'un être cher, malheureusement elle en avait fait l'expérience plusieurs fois dans sa vie...

- Il y a peu je te disais que l'amour était vain, continua le Vélane, qu'il n'amenait que destruction et souffrance mais il faut que tu saches que, malgré tout, la solitude ne tient pas chaud la nuit, son étreinte est plus froide encore que la mort.

- Qu'est-ce que tu v... Mais la blonde fut coupé dans sa phrase.

- Une vie sans amour, ce n'est pas une vie. Si tu aimes ce sorcier, va jusqu'au bout pour être avec lui. C'est ce qu'a fait Ava et c'est ce qu'elle aurait fait aujourd'hui encore.

- Je ne suis pas Ava...

- Tu lui ressembles beaucoup, bornée à l'excès..., expliqua Calion avec un sourire nostalgique. Je pourrais être égoïste et te dire de renoncer à cet humain mais je ne le ferais pas, par respect pour ma sœur qui a suivi son instinct jusqu'au bout, qui a suivi celui qu'elle aimait jusqu'à la fin.

La jeune femme se détourna de lui, mal à l'aise devant ses yeux bleus qui semblaient la sonder, encore. Au loin, le hululement d'une chouette résonna dans la nuit, faisant écho contre les montagnes environnantes. Tout à coup, pulsé par l'adrénaline qui s'insinuait rapidement dans ses veines, un sentiment nouveau gagna Charlotte, faisant battre son cœur à toute allure dans sa poitrine, accélérant son pouls et rendant sa respiration erratique.

- Tu crois que là-bas... ? parvint-elle à peine à prononcer.

Calion acquiesça solennellement.

- Si je m'y rends, m'accompagneras-tu ?

- Bien sûr, sourit-il.

- Alors, faisons ce qui doit être fait…


Note de l'auteur : Voilà pour ce trèèèès long chapitre. J'espère qu'il vous a plu autant que moi j'ai mis de temps à l'écrire ah, ah... -' Trêve de plaisanterie, il est vrai que j'ai mis beaucoup de temps à l'écrire, outre le manque de temps j'ai aussi eu des grosses périodes de passages à vide. C'est quand même un chapitre complexe où je reviens sur l'histoire de la malédiction, je voulais quelque chose d'à peu près bien ficelé et pas complètement extravaguant et où l'on effleure la suite des événements. Beaucoup de conversations, de discussions, de disputes... C'est donc un chapitre dense et riche, qui peut paraître compliqué à lire mais j'ai essayé de faire mon possible pour qu'il ne soit pas trop barbant. J'espère avoir à peu près réussi, dite-moi tout !
Encore une fois merci à tous d'être là, de me suivre, de commenter et surtout d'être patient. Certes c'est mon premier retard de publication mais je sais combien c'est frustrant d'attendre encore et encore les mises à jour des fictions. Merci encore...

Blond'sparkle