Alors voici le chapitre 38. Vu que je pars pendant trois semaines (et bien oui, c'est les vacances), le prochain chapitre sera posté à mon retour. Comme je viens de le finir, je pourrai le poster immédiatement, et puis je crois que vous ne voudriez pas attendre trois semaines pour avoir le chapitre 40 (vous verrez à la fin du 39). Donc, une pause après le chapitre 38, et la suite à mon retour.
Chapitre 38 : Mauvais présage et réaction
La semaine suivante, Théodore était de meilleure humeur. Bien que débordé de travail à cause du temps que lui prenaient les retenues de Rogue, le Serpentard se sentait mieux, soulagé d'avoir réglé ses problèmes avec Blaise et Justin. La seule zone d'ombre était la distance qui existait toujours entre lui et Tracey, qui était toujours aussi difficile à aborder. Néanmoins, bien qu'il ne puisse toujours pas l'approcher, Théodore avait remarqué que Tracey ne mangeait presque plus lors des repas, et que son visage était marqué par de bien vilaines cernes, ce qui laissait supposer qu'elle ne dormait pas bien. En plus de cela, l'héritier des Nott l'avait souvent surprise en train de lui lancer des regards inquiets. C'étaient des regards très furtifs, mais ils devenaient de plus en plus fréquents, ce qui n'était pas pour rassurer Théodore. A plusieurs reprises, il tenta de se rapprocher d'elle, mais sans succès, jusqu'au mardi soir où, étrangement, elle vint d'elle-même le rencontrer.
Théodore fut agréablement surpris lorsque, alors qu'il était assis sur un banc du parc à contempler le paysage enneigé, elle s'approcha de lui.
- Théodore ?
Théodore se leva d'un bond, pour faire face à la jeune fille, qui se tenait debout à quelque pas de lui, et qui avait l'air particulièrement nerveuse.
- Heu… Théodore, je tenais à…
- Je m'excuse pour ce que j'ai fait pendant les vacances, l'interrompit Théodore, et je veux que tu saches que j'ai changé d'avis : je ne ferai rien de stupide !
Il s'interrompit, craignant d'avoir été trop hâtif dans sa réaction. Cela faisait tellement longtemps qu'il attendait l'occasion de s'excuser auprès d'elle qu'il s'était laissé emporté. Il se mordit la lèvre, espérant de tout son cœur qu'elle ne prendrait pas mal sa réaction. De son côté, Tracey le regardait avec des yeux ronds, surprise par son attitude, mais elle finit bien vite par baisser les yeux.
- Ce serait plutôt à moi de m'excuser… murmura-t-elle.
- Pourquoi ? s'étonna Théodore.
- Pour ma réaction… s'expliqua-t-elle sans oser lever le regard. La semaine dernière, j'ai été stupide. Je t'aime, Théodore… Je t'aime et je ne veux pas te perdre, alors je te suivrai, et ce quelle que soit la route que tu choisiras. Je ne t'abandonnerai jamais, quoi que tu puisses faire.
Elle avait enfin levé les yeux, et Théodore se rendit compte qu'elle était au bord des larmes. Le Serpentard n'y tint plus, et se rapprocha d'elle, puis la serra dans ses bras. Cette fois-ci, Tracey ne chercha pas à le repousser et se blottit contre lui.
- Idiote… Le seul qui a quelque chose à se reprocher ici, c'est moi. Et ne me dis pas le contraire, tu le sais aussi bien que moi ! J'ai été égoïste, je n'ai pensé qu'à moi. A aucun moment je ne me suis soucié de ce que tu pourrais ressentir si je venais à disparaître. Mais maintenant je crois que je vois les choses de façon plus lucide. Tu n'as plus aucune raison de t'inquiéter, je n'ai plus l'intention de me comporter de la sorte, je ne prendrais plus de risques inutiles. Et puis… si je mourrais, je ne pourrais plus tenir ma promesse…
- Ta promesse ? demanda Tracey, toujours blottie contre lui. Celle de venger ta mère ?
- Non, celle de protéger.
La jeune fille leva la tête d'un coup, comme si ses paroles la surprenaient. Elle ouvrit puis referma la bouche à plusieurs reprises, comme un poisson hors de l'eau, incapable de trouver ses mots, ce qui fit rire Théodore.
- Ne t'inquiètes pas, j'ai bien appris ma leçon, je ne ferai plus rien de stupide. Et puis, je dois reconnaître qu'après ton départ, Zabini a eu des arguments assez… frappants… Quoi qu'il en soit, je crois que je vais suivre son conseil et arrêter les frais : je me suis déjà attiré assez d'ennuis comme ça depuis le début de l'année.
- Et… et pour ta mère ?
- Je vais attendre que la situation se calme, puis je vais tenter une action en justice. Personnellement, je trouve qu'Azkaban serait une punition trop légère comparé à ce qu'ils méritent, mais bon… Si je me lance à leur poursuite, je risque d'empirer la situation plus qu'autre chose donc va pour le procès.
- Je t'aiderai de mon mieux, Théodore ! s'exclama soudain Tracey. Je te soutiendrai quoi qu'il arrive, même si tu décides de faire autrement, même si tu ne fais pas un procès, je resterai à tes côtés !
Bien qu'il apprécie de voir que Tracey avait décidé de le soutenir quoiqu'il arrive, Théodore fut surpris par sa réaction. En effet, la jeune fille semblait désespérée, comme si elle craignait de le perdre à tout moment. Théodore fronça légèrement les sourcils, ce n'était pas normal. Elle avait été perturbée par les évènements des vacances, certes, mais l'intuition du jeune sorcier le poussait à croire que ce n'était pas tout, qu'il y avait autre chose. Il s'assit donc sur le banc qu'il occupait avant l'arrivée de Tracey, et invita la jeune fille à l'imiter.
- Tracey… commença-t-il. Que se passe-t-il ? Pourquoi es-tu si inquiète ?
La jeune fille ne répondit pas immédiatement, et baissa les yeux. Pendant un moment, elle resta silencieuse, avant d'avouer dans un souffle.
- J'ai eu une nouvelle vision…
- Une vision ? As-tu découvert de quoi il s'agît ?
Elle secoua la tête.
- Je ne comprends toujours pas le sens exact, mais… mais je sais que ça te concerne…
- Moi ? s'étonna Théodore.
- Oui, toi. Vois-tu, pendant les vacances de Noël, la vision que j'avais eu te concernant était très nette : j'ai vu un cercle, avec des pierres précieuses qui reflétaient la lumière, et au centre il y avait un étrange oiseau. Je n'avais jamais vu une créature semblable, il avait un long cou, comme un cygne, et de longues plumes ornaient sa queue, comme un paon, mais c'en était pas un. Je ne sais pas comment je l'ai su, Théodore, mais j'ai tout de suite su que c'était toi…
- Tu n'avais pas tort… marmonna Théodore en se souvenant de l'étrange oiseau qui était censé incarner sa volonté.
- Quoi qu'il en soit, depuis quelques jours, j'ai eu une nouvelle vision, avec ce même oiseau… et il… il était étendu sur le sol, entre deux chemins, ses ailes étaient brisées et… et un serpent s'enroulait autour de lui pour le dévorer.
Elle se tut et frissonna, tandis que Théodore sentait ses entrailles se contracter. Il avait beau ne pas être un expert en divination, il était tout de même assez intelligent pour comprendre que cette vision était un très mauvais présage. Il se mit à réfléchir à toute vitesse : il était vital pour lui de comprendre le sens de cette vision. Pourquoi est-ce que, justement quand je décide de me tenir à carreau, de nouveaux problèmes doivent me tomber dessus ? Il repensa alors à ce que Blaise lui avait dit, selon quoi il s'attirait lui-même des ennuis. Là, je n'ai rien fait ! S'indigna Théodore. Faut croire que je porte vraiment la poisse ! Le jeune sorcier réfléchit encore un moment, tentant de décrypter la vision de Tracey, mais il n'avait aucune connaissance en la matière. La seule certitude, c'était qu'il était en danger.
- Tracey… fit-il au bout d'un moment. As-tu réussi à déchiffrer certains éléments de cette vision ?
- Et bien, en fait elle est assez simple. Les deux chemins peuvent représenter un choix difficile à faire.
- Et vu l'état de l'oiseau, je me suis planté en beauté et j'en subis les conséquences.
- On dirait oui… reconnut Tracey. Le serpent peut représenter la fourberie, la trahison, ou alors un plan bien ficelé… Quant aux ailes brisées, cela symbolise souvent la perte de liberté.
Théodore soupira.
- Génial, comme si je n'avais pas déjà assez d'ennuis comme ça ! Bon, au moins, je sais que je dois rester constamment sur mes gardes.
- Je peux essayer d'obtenir plus d'informations, intervint Tracey, grâce aux cartes ou à une boule de cristal. J'ai tout le matériel qu'il me faut en cours de divination. Je pourrais peut-être en savoir plus sur ce qui risque de t'arriver, sur tes ennemis ou même sur la date de cet évènement.
- Tu es capable de faire ça ?
- Plus ou moins, la divination n'est pas une science exacte, tu sais… De plus, il est rare que les visions soient un aperçu d'un destin inéluctable : c'est plutôt une situation qui est représentée, une situation qui peut avoir des conséquences très différentes, selon la façon dont tu réagiras le moment venu. C'est d'ailleurs pour ça que le Ministère accorde tant d'importance aux vrais voyants : ils permettent d'avoir un avantage stratégique. Mais il faut faire attention à ne pas foncer tête baissée, car parfois c'est justement ce genre d'attitude qui peut faire que la scène de la vision se réalise.
Théodore ne répondit pas tout de suite, perdu dans ses pensées. Les deux chemins représentaient un choix, il devrait donc être très prudent au moment de prendre ses décisions. Puis il y avait le serpent, la trahison. Cela signifiait-il qu'il allait être trahi ? Devait-il se méfier de son entourage ? Non, c'était là l'erreur à ne pas faire. Il était vrai qu'il risquait d'être trahi, mais s'il s'isolait, il perdrait tous ses alliés, et ses chances de survie par la même occasion. De plus, Tracey avait raison, le serpent pouvait symboliser un plan. Si tel était le cas, se priver du soutien de ses amis le condamnerait. Le mieux était donc de rester sur ses gardes et de se contenter d'observer.
- J'en parlerai à Finch-Fletchley et Zabini. Déclara soudain Théodore. Mais il faudra que je sois sur mes gardes, et vous aussi, je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoi que ce soit par ma faute.
Tracey approuva d'un signe de tête.
- Essaye aussi de réfléchir sur l'identité de qui pourrait t'en vouloir : il me paraît évident que tu es en grand danger, et que les motivations de ton ou tes ennemis dépassent de loin le contexte d'une rivalité entre étudiants. Mais prends garde à ne pas sombrer dans la paranoïa et à rester lucide. De mon côté, j'essaierai de découvrir de nouveaux éléments.
Théodore approuva d'un signe de tête, mais il ne l'écoutait plus vraiment, car une idée inquiétante lui était venu à l'esprit : Yaxley et sa bande. Il y a dix ans, ils avaient épargné Théodore uniquement par crainte de la réaction de son père. Seulement voilà, maintenant que Richard était en prison, plus rien ne les retenait de finir ce qu'ils avaient commencé. Pourtant, s'ils avaient voulu me tuer, ils auraient pu le faire pendant les vacances d'été, c'était l'occasion idéale… A moins qu'ils ne décident de réagir lorsqu'ils apprendront que j'ai découvert la vérité et que je suis désormais une menace pour eux…Quoi qu'il en soit, ils ne pourront m'atteindre tant que je serai à Poudlard, ce qui me laisse quelques mois pour échafauder un plan. Mais ce n'était pas tout, la vision de Tracey laissait entendre qu'il serait confronté à un choix difficile, ce qui signifiait que Yaxley et ses compagnons, si jamais ils étaient bien ceux dont Théodore devrait se méfier, ne viendraient certainement pas l'assassiner dans son sommeil, ce qui lui laissait au moins une chance de réagir.
Théodore se gratta le haut du crâne, il n'appréciait vraiment pas cette situation. Il se rendit alors compte que Tracey l'observait d'un air inquiet. Il se força à sourire et lui prit la main.
- Ne t'inquiètes pas, lui dit-il dans le but de la rassurer, tout se passera bien. Nous finirons bien par trouver une solution et puis, je te l'ai déjà dit, j'ai bien l'intention de tenir ma promesse. Hors de question que je meure !
Tracey ne dit rien, mais se blottit contre lui. Ils restèrent alors assis un long moment, réfléchissant à un moyen de résoudre ce problème épineux auquel ils se trouvaient confrontés.
Les jours passèrent, et Blaise fut mis au courant de la situation, tout comme Justin, qui en fut informé par Tracey. Tous d'eux avaient vivement réagi, et Tracey fit savoir à Théodore que Justin avait décidé de fouiller tous les journaux de la bibliothèque, afin de trouver des informations sur Yaxley et sa bande. Le Poufsouffle avait aussi l'intention de s'informer auprès de ses camarades, mais avait conseillé à Théodore d'en faire autant du côté des Serpentard, qui auraient certainement plus d'informations à ce sujet. Théodore décida de suivre ce conseil, ce qui n'était guère aisé, car les Serpentard étaient doués pour garder les secrets. Ce n'était pas vraiment surprenant : chaque famille ayant des secrets liés à la magie noire et aux affaires illégales, mieux valait ne pas être bavard.
Néanmoins, Théodore parvint à obtenir une information de la plus haute importance : Enée Higgs était mort. Apparemment, il se serait suicidé quelques jours après la mort de la mère de Théodore. L'héritier des Nott n'en fut guère surpris : du quatuor d'assassins, Higgs était sans doute le seul à avoir eu des doutes. Il était le seul à n'avoir pris aucun plaisir lors de ce meurtre, et Théodore devait reconnaître que sans ses diverses interventions, il serait certainement mort. En effet, sans Higgs, Merlin seul savait ce que Selwyn et Yaxley auraient pu faire dans leur colère, surtout après le coup de tête dont le petit garçon avait gratifié Yaxley. Théodore ne fut guère ému par la mort de Higgs, mais il n'en tira aucune satisfaction non plus. Il ne pourrait jamais oublier que Higgs avait pris part à cette boucherie qu'avait été le meurtre d'Alyra Nott, et même s'il ne le haïssait pas autant que ses compères, Théodore n'était pas sûr de pouvoir lui pardonner un jour. Pourtant, Higgs lui avait sauvé la vie en quelque sorte, et il était clair que les remords qu'il éprouvait avaient été tels qu'ils l'avaient poussé à mettre fin à ses jours. Cherchait-il une absolution ? Théodore n'en avait aucune idée, et s'il éprouvait une certaine rancune à l'égard de Higgs, il ne le haïssait pas comme il haïssait les trois autres.
Au fil des jours, Théodore tenta d'obtenir d'autres informations, ce qui s'avéra être peine perdue et il ne put qu'espérer que Justin aurait plus de chance. De son côté, Blaise avait décidé d'aider Théodore à sa manière. Dès qu'il avait appris que Théodore serait confronté à un choix difficile qui risquait de lui coûter la vie, il avait décidé qu'il était grand temps pour Théodore d'apprendre à faire preuve de sens pratique. Il se mit donc à imaginer les scénarios les plus originaux, forçant Théodore à se confronter à un choix difficile. Lorsqu'il ne s'agissait que de logique pure, le jeune sorcier se débrouillait comme un chef, mais Blaise finit bien vite par trouver son point faible : l'honneur. L'honneur était un trait caractéristique des Nott, c'était leur fierté, car même si cette famille était très liée à la magie noire, ses membres se devaient d'obéir à un ensemble de codes très précis, desquels Théodore ne pouvait se détacher. Dès que Blaise le mettait face à un dilemme où son honneur était mis en jeu, Théodore choisissait invariablement l'honneur, au mépris de sa propre sécurité, ce qui ne manqua pas d'agacer Blaise au plus au point.
La semaine finit enfin par toucher à sa fin et Théodore fut soulagé de quitter Blaise pour aller rejoindre Justin à la bibliothèque après le repas du samedi midi. Il commençait sérieusement à en avoir assez des « exercices de bon raisonnement » que Blaise le forçait à faire. Après ça, même les scandales de Justin me paraissent de tout repos ! pensa-t-il avec amertume alors qu'il se dirigeait vers la table que le Poufsouffle et lui avaient pris l'habitude d'occuper depuis le début de l'année. Justin y était déjà, et lorsqu'il vit le Serpentard arriver, il le salua avec bonne humeur :
- Salut, Théo ! Alors ça va ?
Théodore s'arrêta net, surpris.
- C-Comment m'as-tu appelé ? bégaya-t-il.
- Bah Théo. Vu que tu m'appelles par mon prénom maintenant, je me suis dit que je pouvais en faire autant.
- Justement : mon prénom c'est Théodore. Fais-moi le plaisir de ne me prêter aucun surnom ridicule. Répliqua Théodore en s'asseyant.
- D'accord, Théo.
- J'ai dit pas de surnoms !
- C'est pas un surnom, c'est un diminutif. Le corrigea Justin.
- Peu importe ! Je ne veux pas que tu m'appelles comme ça, on dirait que tu t'adresses à un enfant de cinq ans !
- Pourquoi tu n'aimes pas ? Moi je trouve ça bien, Théo. C'est plus court que Théodore. Tu ne trouves pas, Théo ?
- M'en fout !
- Bah moi pas, je prends ce qui est plus pratique.
Théodore serra les dents, agacé au plus au point. Comment ce blaireau fait-il pour me mettre sur les nerfs à chaque fois que je le vois ? Il faut dire que depuis le début de l'année, le Serpentard nourrissait le vain espoir que Justin et lui pourraient avoir une entente relativement harmonieuse, mais il était clair désormais qu'un tel rêve était purement utopique, et relevait uniquement de la chimère. Théodore se massa la tempe gauche, sentant déjà le mal de tête arriver. Il soupira, tentant vainement de se calmer, mais il avait toujours l'impression qu'un seul mot du Poufsouffle suffirait à le faire exploser. Théo ! pensa-t-il avec colère. Théo ! C'est ridicule ! Je ne suis pas un enfant, que je sache ! Par Merlin, même mes parents n'ont jamais eu l'idée de m'appeler comme ça ! Il inspira profondément, puis reprit son courage à deux mains, se préparant à affronter une nouvelle et dure altercation verbale avec Justin Finch-Fletchley.
- Si tu veux un nom court, contentes-toi de Nott. Dit-il avec le plus de calme possible.
- Mais c'est trop formel ! Et puis, c'est pas juste, vu que toi tu m'appelles par mon prénom.
- Dans ce cas, je reprends l'ancien système : Finch-Fletchley ! Voilà ! Je t'appelle par ton nom de famille, fais-en autant en ce qui me concerne !
- Ah non ! Pas question !
- Et pourquoi pas ?
- Parce qu'on est amis et que les amis s'appellent par leur prénom !
- Justement, par leur prénom, et non par un surnom ou par un diminutif ridicule ! Qu'est-ce que tu dirais si je commençais à t'appeler Juju ?
- Désolé, mais là, celui qui se rendrait ridicule, ce serait toi, Théo.
- Arrête avec ce Théo ! Ca devient agaçant à la fin !
- Mais pourquoi tu t'énerves comme ça, Théo ?
- Arrête ça ! C'est Thé-o-do-re ! Pas Théo, pas Teddy, pas…
- Tiens, Teddy ! C'est encore mieux !
BANG !
Théodore avait frappé son poing sur la table si fort que plusieurs élèves se tournèrent pour voir ce qui se passait. Un regard particulièrement agressif du Serpentard suffit à leur faire comprendre que, tout compte fait, mieux valait ne pas savoir ce qui se passait entre les deux élèves de septième année. Justin lui-même sembla arriver à la conclusion que mieux valait ne pas pousser le bouchon trop loin.
- D'accord, j'ai compris : pas Teddy. C'est bon, je le raye de ma liste.
- Et Théo aussi.
- Ah non, là tu en demandes trop !
- Justin…
Théodore commençait sérieusement à envisager l'idée de sauter par-dessus la table pour égorger Justin à la manière d'un loup-garou. De toute évidence, le Poufsouffle sembla comprendre le danger que représentait le Serpentard, car il leva les mains en l'air dans une tentative désespérée de faire la paix.
- Attends, tu vas le regretter si tu me tues maintenant !
- Et pourquoi ça ? grogna le Serpentard, qui commençait sérieusement à se demander comment diable avait-il fait pour s'imaginer que la compagnie de Justin pourrait paraître reposante comparée à celle de Blaise.
- Parce que si tu me tues, tu n'auras pas ton cadeau !
- Quel cadeau ? s'étonna Théodore, qui était totalement perdu.
- Celui-ci : Joyeux Noël, Théo !
En disant cela, le Poufsouffle avait sorti un énorme paquet de son sac, et le tendit à Théodore, la mine radieuse. Le Serpentard resta stupéfait : il ne s'était vraiment pas attendu à ça. Décidément, Justin avait le don de le surprendre à chaque fois. Théodore fut incapable d'esquisser le moindre geste pendant que Justin posait le paquet sur la table.
- Désolé pour le retard. S'excusa Justin. La semaine dernière, j'étais trop mal en point, je l'avais complètement oublié. Mais maintenant, tu l'ouvres ! J'attends ça depuis un bail !
- Justin, je… je ne peux pas accepter, c'est…
- Tu n'as pas le choix ! Et si tu ne l'ouvres pas tout de suite, je t'appelle Teddy jusqu'à la fin des tes jours !
Théodore soupira, mal à l'aise.
- Désolé. Fit-il à l'adresse du Poufsouffle.
- Pourquoi ça ? s'étonna ce dernier.
- Parce que je… je n'ai rien acheté pour toi, je…
- Je sais, le coupa Justin. Tu m'as tout raconté samedi dernier, tu te souviens ? Si je l'avais su avant, je ne t'aurais rien acheté, pour ne pas te mettre mal à l'aise, seulement voilà : ce cadeau, ça fait un bon moment que je l'ai en stock pour toi. Et puis, si au début j'avais juste pensé à te faire plaisir, maintenant que Tracey a eu cette vision, je crois que ça te sera même utile.
Théodore ne répondit rien, et regarda le paquet d'un œil curieux, se demandant de quoi il s'agissait. Quelque chose qui lui serait utile… Il ne voyait pas ce que cela pourrait être. Il jeta un coup d'œil à Justin, hésitant à ouvrir le paquet. La semaine dernière, il avait expliqué à Justin sa situation financière, et le garçon l'avait bien compris. Le Serpentard était gêné, il n'était pas habitué à recevoir sans rien donner en retour, et cette situation était toute nouvelle pour lui. Justin sembla comprendre son malaise, car il reprit parole :
- T'inquiètes, tu ne me dois rien : ça me fait plaisir de te venir en aide. Maintenant, dépêches-toi de l'ouvrir !
Théodore hésita encore un instant, puis se décida à l'ouvrir. Il resta bouche bée en voyant le contenu du paquet : c'était le livre qu'il avait vu à Pré-au-Lard, Sortilèges Anciens Oubliés de nos Jours. Il prit l'ouvrage dans ses mains, comme pour s'assurer qu'il était bien réel.
- Justin… C'est…
- Ca te plaît ? demanda le Poufsouffle. J'ai pris la liberté d'y jeter un coup d'œil, et je dois reconnaître que ce n'est pas pour rien que tu as fait une fixation dessus à Pré-au-Lard. Il y a plein de sorts dont je n'ai jamais entendu parlé, et ça concerne toutes les branches de la magie : métamorphose, sortilèges, sorts de guérison, défense contre les forces du mal, et j'en passe ! Mais il faut dire qu'ils sont assez compliqués, il me faudrait des mois pour arriver à en maîtriser quelques uns, c'est de la magie très avancée ! En revanche, toi, je crois que tu peux y arriver, tu as des facilités.
Théodore était tellement ému de tenir ce livre entre ses mains qu'il en fut incapable de répondre. Il feuilleta l'ouvrage rapidement, tandis que Justin lui indiquait certains passages où des sorts intéressants étaient mentionnés. Le Poufsouffle n'avait pas menti, la grande majorités des sorts n'étaient pas vraiment simples à utiliser, mais Théodore était confiant : s'il s'entraînait régulièrement, il n'y avait aucune raison pour qu'il ne parvienne à en maîtriser au moins quelques uns. De tels sortilèges, qui de plus étaient inconnus de la grande majorité du monde sorcier, pourraient lui être très utiles si jamais il parvenait à en apprendre quelques uns. Lorsqu'il avait vu ce livre, il y a quelques mois, il l'avait déjà trouvé passionnant, mais maintenant qu'il savait qu'il était en danger, il pouvait apprécier le côté pratique de l'ouvrage à sa juste valeur.
- C'est impressionnant… laissa-t-il échapper dans un souffle.
- N'est-ce pas ? renchérit Justin. Avec ça, tu pourras avoir un certain avantage si les choses tournent mal. En plus, j'ai remarqué que tu adores les sortilèges, alors ce livre est une véritable mine d'or pour toi !
- Tu n'as pas tort, sourit Théodore, les sortilèges, c'est ma matière préférée.
- Donc, j'ai bien choisi ton cadeau !
- Oui… Je te revaudrai ça.
- Nan nan ! Ou plutôt si, si tu veux me faire plaisir, et après le beau cadeau que je t'ai fait c'est la moindre des choses, tu n'as qu'à me laisser t'appeler Théo !
Théodore ferma les yeux et inspira profondément pour conserver son calme. Néanmoins, il devait reconnaître que Justin avait vraiment su trouver un cadeau qui lui plairait. En contrepartie, le laisser l'appeler comme bon lui semblait était une bien légère compensation, et si la fierté de Théodore en prendrait un coup, ce n'était pas si terrible que ça… enfin, il l'espérait. Si ça peut lui faire plaisir…pensa-t-il avec résignation.
- Bon d'accord… céda-t-il. Va pour Théo.
- YOUPIIII !
- Chut ! On est au beau milieu de la bibliothèque ! Sois plus discret !
- Ah, euh oui, désolé ! fit Justin en se faisant tout petit pour échapper au regard accusateur des habitués de la bibliothèque.
- Mais n'oublies pas : je suis un Serpentard. J'ai une réputation, alors évite de m'appeler comme ça quand il y a trop de monde ou de le crier sur les toits. De plus, il vaudrait mieux qu'on n'ait pas l'air de s'entendre trop bien, dans notre propre intérêt…
- T'inquiètes, ça, ça risque de ne pas être trop difficile, vu qu'on se dispute tout le temps.
- C'est vrai, admit Théodore, il semblerait que nos incessantes disputes aient une utilité en fin de comptes.
- Et puis, si jamais on se trouve dans un cas d'extrême urgence, je n'aurai qu'à t'appeler Teddy.
BANG !
- Du calme ! Je disais ça pour rire !
-Même pour rire je te l'interdis !
- Pff… Tu es trop susceptible…
- De quoi ? C'est de ta faute ! Je te signale qu'en six ans d'études ici, je n'ai jamais trouvé un type aussi énervant que toi ! Même Zabini ne t'arrive pas à la cheville, et pourtant lui aussi est un champion dans la catégorie « Cassons les pieds de Théodore Nott » !
- Tu m'excuseras, mais c'est une excuse bidon. Reconnais-le : tu as un problème de nerfs !
- Je vais te le faire bouffer, ton problème de nerfs ! Etouffes toi avec !
- Tu as vu ? demanda soudain Justin avec un gros sourire.
- Hein ? fit Théodore, surpris par ce brutal changement d'attitude.
- On aura aucun mal à ce disputer lorsque les circonstances l'exigeront, ni à faire semblant : tu es tellement susceptible qu'il me suffira d'un mot pour qu'on ait matière à s'engueuler pendant des heures !
- Attends… Tu l'as fait exprès ? Tu m'as provoqué volontairement ? s'indigna Théodore.
- Je te provoque toujours volontairement, Théo. Tu es le seul à ne pas l'avoir remarqué. Pourtant, ça dure depuis des mois !
- Espèce de sale petit…
- Oh là, temps mort, pas d'insultes !
- Blaireau des égouts !
- Tout de suite les grands mots ! fit Justin d'un ton faussement indigné.
Théodore soupira. Comment ai-je pu faire pour me lier d'amitié avec un type pareil ? se demanda-t-il avec lassitude. Mais il ne pouvait plus le nier désormais : Justin et lui étaient amis. Théodore était forcé de le reconnaître, il ne pouvait plus se passer de la compagnie du Poufsouffle. Le moins que l'on puisse dire, c'était que sa vie prenait un cours inattendu.
- Bon, laissons tomber les enfantillages, la récréation est terminée, intervint alors Justin en sortant une pile de notes. J'ai ici quelques informations qui pourraient t'intéresser.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Théodore en prenant le première feuille que lui tendait son compagnon.
Le sourire de Justin s'élargit.
- Et bien, pour faire simple, on va dire que les Poufsouffle et surtout les Gryffondor sont en règle générale très enclins à insister sur les mauvais côtés des Serpentard. Je te présente donc un nombre considérable de pages concernant Yaxley et ses comparses.
Théodore jeta un rapide coup d'œil aux informations rassemblées par Justin, qui étaient très variées. En effet, le Poufsouffle avait pu obtenir de certains parents d'élèves des informations concernant la personnalité des trois mangemorts, leur fortune, les actions illégales auxquelles ils avaient participé ou avaient été accusés de participer. Même les soupçons les plus banals y figuraient, et Justin avait même pris soin de noter à chaque fois la source des accusations et sa fiabilité. Théodore en fut impressionné. Justin eut un sourire malicieux.
- Alors, dit-il, si on se concentrait sur les points faibles de nos éventuels ennemis ?
