Bonjour à tous !
J'ai le plaisir de vous retrouver une nouvelle fois sur cette fiction pour un nouveau bonus qui enrichit un peu plus la vie de ses personnages ! Au départ, ce texte ne devait être qu'un hors-série sans lien réel avec "Wake Up", un OS qui compléterait la série des OS Saisons que j'écris depuis ma présence sur ce site. Seulement, à l'écriture, je me suis rendue compte que l'histoire prenait beaucoup trop d'importance et se rapprochait beaucoup trop de l'intrigue de "Wake Up" pour me permettre d'en faire un bon hors-série sur les saisons. Alors vous voici avec un nouveau bonus sur la thématique de l'automne et, bien sûr, d'Halloween !
J'espère que cela vous plaira !
Bonne lecture !
Bonus Halloween 2016 : « Chaton ou soldat de plomb ! »
Chemises après chemises, feuillets après feuillets, paragraphes après paragraphes, points après points, Harry se rapprochait un peu plus du point final du dossier à l'étude. Son impatience de le parapher l'aurait presque poussé à bâcler le travail. En réalité, la seule envie qui le tenait pour l'heure, celle qui motivait toutes ses actions, était de cheminer depuis le Ministère, sous la pluie et les feuilles rougies par l'automne, jusque chez lui, de l'autre côté de la Manche, dans une station balnéaire française. Là, il pourrait tomber la chemise et se glisser dans quelque chose de plus confortable que cet uniforme d'Auror qu'il ne pouvait plus voir en peinture.
Le survivant inspecta, pour la forme, le recto de la dernière page de l'immense paquet et soupira de soulagement. Un blanc pur et éclatant ne laissait la place qu'aux lignes noires-vertes qui s'étaient tatouées sur sa rétine à force de lire. Le sorcier se saisit de son tampon et l'apposa sur la surface claire, signa, puis referma l'ultime rabat de la chemise en carton rouge. Finalement, il le retourna et arracha, non sans joie, la note de service écrite au feutre rouge et soulignée trois fois : « URGENT ! ». Du bout de sa baguette, il la fit léviter pour la brûler lentement, un sourire de malade sur le visage.
Le post-it entièrement consumé, Harry leva presque les bras au ciel en signe de victoire. Non, en fait, il le fit, tout en se mordant la lèvre inférieure pour refréner son exclamation de joie. Il y était arrivé ! Il avait rattrapé toute sa pile de dossiers en retard !
Avec une expression extatique, le sorcier de Gryffondor s'étala de tout son long sur son bureau et en balaya la surface de ses bras à la manière d'un enfant réalisant un ange de neige sur le ventre. Plus aucun rangement à faire ! Plus de stratégie de classement à mettre en place ! Plus rien qui ne nécessite de jouer à la version sorcière de Tetris sur son espace de travail personnel ! Enfin, il pourrait rester assis pour apercevoir la tête de son interlocuteur ! Tout était nickel et c'était le nirvana !
L'Auror jeta un œil à l'horloge suspendue dans un coin. Son simple contentement d'être un bon travailleur se métamorphosa en euphorie de mari et père de famille fier à l'idée de pouvoir retrouver son foyer avant la nuit. Les petits allaient être ravis et on comprenait largement pourquoi.
Le survivant se leva de son fauteuil et prit un temps, modéré, pour remettre les éléments de son bureau en place. Il prit difficilement la pile de dossiers classés sous les deux coudes et rejoignit enfin le cœur du service des Aurors, au Ministère de la Magie de Londres. Sous les yeux ébahis de ses quelques collègues, il déposa la montagne de documents sur l'établi de son supérieur direct. Ce dernier aurait une sacrée surprise en pointant le lendemain matin. Quant à savoir s'il serait ravi d'être envahi à son tour par tout ce bordel... Pas certain. Mais Harry s'en fichait particulièrement !
Son sourire pour les Aurors du Département fut ravageur. Le « bon courage » que le survivant leur adressa en prime retentit comme un encouragement plein d'allégresse tandis qu'il s'éclipsait vers l'allée des Cheminettes. Son pas, bien que tout aussi léger que son humeur, résonnait fort dans les couloirs aux briques luisantes et violacées du Ministère. Le moindre toussotement rebondissait sur les parois dans un écho digne d'une grotte profonde. Et les rares notes de services volantes bruissaient aussi lourdement que des milliers de branches craquées sous la plante du pied. Et pour cause, les lieux étaient quasiment déserts.
L'heure ne tardait pas. Le calendrier ne marquait aucun jour férié, qu'il soit sorcier ou moldu, puisque désormais ces derniers se respectaient également dans le monde magique contenant un certain nombre de sang-mêlés. Pourtant, personne ne peuplait les « rues » du Ministère aujourd'hui. Pour dire, Harry, coutumier des heures de repos grappillées par-ci par-là à la moindre occasion, ne s'expliquait pas totalement cette atmosphère si inhabituelle. On aurait dit que l'ensemble des travailleurs avaient pris leurs congés en même temps, comme une simple coïncidence amusante. Mais si le survivant avait bien retenu quelque chose des années de guerre et de son temps passé dans la peau du Sauveur national, c'était qu'une coïncidence n'en était jamais réellement une. Tout en marchant le long de l'allée des Cheminettes presque toutes éteintes dans un noir profond et, semblait-il, infini, le sorcier de Gryffondor s'interrogeait profondément. Une main posée sur son épaule le sortit brusquement de sa rêverie.
- Eh ! Harry ! se réjouit un autre Auror, un des anciens. Tu étais là, toi aussi ?
- Oui, hésita le survivant tant la réponse lui paraissait évidente.
- Je me disais que tu devais avoir pris ta journée !
- Ah ? Vraiment ? Et bien, non ! Je rentre seulement maintenant, comme tu le vois.
- Laisse-moi deviner ? Tu as tout écoulé, hein ?
- Fini la paperasse ! confirma le survivant en jetant ses bras en l'air, provoquant le rire de l'autre. Et toi ? Tu rentres aussi ?
- Oui ! Ce ne sont pas mes heures habituelles, mais bon... Je ne pouvais pas avoir de congés pour aujourd'hui, alors je me suis arrangé pour négocier avec quelqu'un du service de jour.
L'Auror haussa les sourcils plusieurs fois en se penchant vers le survivant. Il cacha sa bouche derrière sa main et murmura à son oreille.
- J'ai fait une promesse.
- Une promesse ? s'enquit Harry.
- Ma femme était furieuse quand elle a su pour mes congés. Tu aurais dû voir ça ! Les casseroles ont volé, littéralement ! Du coup, pour me rattraper, j'ai promis à toute la famille que ce soir on monterait à la Grande Roue du Londres moldu, et, qu'à partir de là, on irait explorer le coin qui les attirerait le plus depuis les hauteurs. J'espère que ce sera la Tamise... Il paraît que c'est beau la nuit !
- Tu n'es jamais allé dans le Londres moldu ? s'étonna le survivant. Jamais, jamais ?
- Nos parents étaient des sorciers pure souche. Alors, tu comprends, le monde moldu... C'était tabou. Mais ma femme veut tenter le coup ! C'est ce soir ou jamais ! Sinon, on va devoir attendre l'année prochaine et ça... Elle ne me le pardonnerait pas ! Ou bien, il faudrait apprendre les us et coutumes des moldus. Et ça, ça nous prendrait plus d'une année ! plaisanta-t-il en partant d'un bon rire.
Harry partagea son amusement, un peu contraint, ne sachant que faire d'autre. Son collègue lui tapota doucement le dos tout en essuyant ses larmes de joie d'un revers de la main.
- Bien sûr, toi, tu n'as pas ce problème ! J'ai entendu dire que tu vivais dans un village moldu.
- En France, oui.
- Ah ! Tu risques peut-être d'en voir aussi alors !
- Quoi donc ?
L'Auror s'immobilisa soudainement, franchement surpris, comme si le fait que le grand Harry Potter dusse poser cette question soit hors de toute logique. Il le considéra comme un sorcier de première catégorie ayant demandé comment se faisait-il qu'un objet lévite.
- Des sorciers, voyons. Harry, c'est Halloween. Et tu sais qu'à Halloween, il y a plus de sorciers dans le monde moldu qu'on ne peut l'imaginer ! C'est l'occasion parfaite pour se fondre dans la masse !
- Halloween ? Oh ! Halloween ! réalisa soudain le brun ténébreux. Oui, c'est vrai ! Ça m'était sorti de la tête ! Tu sais, chez les moldus ce n'est plus tellement la mode alors...
Un air de panique s'empara des traits de son collègue qui se pencha vers lui.
- Mais... Tu crois qu'on pourra quand même se fondre dans la masse ?
- Londres, un soir d'Halloween, dans le noir ? Aucun problème !
- Tu me rassures ! Un instant, j'ai cru que mon plan tombait à l'eau !
- Pardon, je ne voulais pas t'inquiéter ! Je disais juste que ce n'était pas trop ma tasse de thé que de fêter Halloween. Je préfère Noël.
- Tu t'es marié aux alentours de Noël, non ? Il y a déjà quelques années, je me trompe ? sourit l'autre.
- C'est ça, acquiesça le survivant. Mais j'ai toujours aimé Noël, je crois que ça ne s'explique pas.
- Tu as raison, mais... Oh ! Il faut que je te laisse, sinon, ma femme va vraiment me jeter ces casseroles à la figure ! C'est là que l'on se quitte !
- Ta femme a l'air d'être un sacré numéro !
- C'est un amour ! Allez ! Joyeux Halloween, Harry !
- Oui, à toi aussi ! Amusez-vous bien ! Et attention : pas de magie devant les moldus, monsieur l'Auror !
- Je m'en souviendrais ! cria l'autre depuis une des Cheminettes du couloir qui s'enflamma aussitôt de vert.
Harry sourit pour lui-même et secoua la tête, amusé. Il allait reprendre sa marche avant de réaliser que son emplacement pour prendre la prochaine cabine téléphonique de transport inter-mondes était idéale. En effet, ce qui s'apparentait à une immense boîte rouge à carreaux vitrés ne tarda pas à descendre dans un bruit étrange qui lui rappelait le roulement du cadran des chiffres sur un téléphone antique. La plateforme ne tarda pas à atterrir à ses pieds. Le survivant fit pivoter la porte pour y pénétrer. Là, il inséra la carte violette, tamponnée d'un magistral « M », d'employé officiel du Ministère. Un tic-tac récurrent emplit l'espace clôt tandis que la cabine s'éleva à la manière d'un ascenseur moldu plutôt doux. Tout au long de la remontée, la roulette des chiffres tourna sur elle-même à 360° et reprit sa position initiale lorsque les rues de Londres, déjà quelque peu plongées dans la pénombre, apparurent derrière les vitres protectrices de la cabine rouge vif. Le transporteur s'immobilisa dans un bruit sonore, comme si l'on raccrochait violemment le téléphone sur sa base.
Un bus à trois étages, tous phares allumés, dépassa la « boîte » à toute bringue, en laissant une rumeur de musique folle et de rires graves et malades dans son sillage. Le brun ténébreux fronça les sourcils et tendit le cou vers la rue. Le véhicule avait déjà disparu. Il finit par secouer la tête sans plus y prêter attention : le Magicobus n'était pas visible à l'œil nu. Et puis, le survivant ne remettrait jamais les pieds dans cette machine de malheur. Jamais. Tant qu'il saurait encore comment transplaner, il n'en aurait pas besoin.
Le sorcier de Gryffondor inspecta précautionneusement les alentours et, une fois assuré de l'ignorance de ses pairs moldus, transplana au sein même de la cabine téléphonique. Cela faisait déjà longtemps que sa vie personnelle ne prenait plus place à Londres, et il ne ressentait le besoin de s'y attarder qu'en de rares occasions, souvent accompagné de son mari blond, pour une virée shopping teintée d'un brin de mélancolie.
La terre se déforma autour de lui. Les couleurs se mélangèrent en s'envahissant les unes les autres, en une seule nuance étrange et désagréable, striées de fils de lumière blanche cerclés de noir enroulés sur eux-mêmes. Il eut l'impression que tous ses membres se désossaient de leurs articulations pour se rassembler en kit à l'arrivée : une nouvelle cabine téléphonique, plus récente, de couleur gris métallisé et surmonté d'un écriteau à fond bleu indiquant en lettres blanches « Téléphone ».
Derrière les immenses vitres, plus fractionnées en minuscules carreaux comme celles de Londres, quelques lampadaires et leurs lampes fadasses éclairaient un paysage beaucoup plus sombre. Harry sortit de la cabine et resserra aussitôt les pans de son manteau noir autour de lui. Le vent ne soufflait pas tellement fort, mais le fond de l'air était froid et mordait bien la peau des joues creusées par la fatigue du changement de saison. Quelque part, toute proche, la mer jouait une mélodie apaisante aidée de son ressac régulier. Mais l'étendue d'eau ne voulait bien montrer que l'ourlet de sa robe, moussant d'écume blanchâtre. Le reste de sa parure se perdait à l'horizon, dans le bleu marine intense et quasiment noir, les falaises lugubres de l'Angleterre juste en face.
Le survivant observa un moment ce paysage reposant et emplit ses poumons d'air iodé. Une profonde sérénité le libéra de la frustration accumulée lors de sa journée éreintante. Finalement, l'homme tourna le dos à la mer noire et remonta la rue, cette digue arrondie derrière lui, pour rejoindre sa maison prénommée « La Tempête », une belle demoiselle de pierre ocre, aux volets peints en bleu ciel de paradis, ouvrant effectivement sur son coin de paradis à lui, dans une rue adjacente.
Tout était parfaitement calme. Ses pas résonnaient dans l'une des artères principales du village français qui lui étaient exclusivement réservées jusqu'alors. Quelques lumières artificielles se laissaient deviner derrière les stores mal fermés ou défectueux. La vie était là, toute proche, mais comme insaisissable. Elle attirait la curiosité d'autrui en étant rarement capable de l'assouvir. Mais Harry ne s'intéressait pas à ces vies étrangères, pas plus qu'à l'architecture de ces maisons qui les abritait. Il n'avait pas besoin de voir le bonheur chez un autre pour le déceler en son propre foyer.
Ses chaussures de ville cirées continuaient de fouler le pavé en provoquant un écho bizarre contre la multitude de façades mortes pendant la saison creuse de la station balnéaire. Au loin, un restaurant se préparait à accueillir ses quelques convives et dressait le couvert pour eux dans un joyeux concert de cliquetis et de tintements.
Hormis cela, tout était calme. Peut-être même un peu trop au goût d'Harry qui inspecta les alentours d'un œil vif et suspicieux. Soudainement, le sorcier ralentit sa marche, mesurant le poids de chaque pas sur le macadam. On aurait dit qu'il tentait d'étouffer tout ce qui aurait pu provenir de lui et, ainsi, l'induire en erreur sur tout ce qui l'entourait. Son instinct devait lui avoir soufflé un avertissement avant-coureur car, bientôt, un bruissement grouilla non loin de lui, semblable à des broussailles écartées sans ménagement et brisées dans la manœuvre. Le brun s'immobilisa aussitôt. Il tourna la tête vers la provenance du bruit. Ses pupilles vertes cherchèrent un quelconque mouvement sortant de l'ordinaire, en vain.
Clignant des yeux, le sorcier de Gryffondor reprit son chemin en agitant ses épaules parcourues de frissons d'inconfort. Cela devait être sa paranoïa. Oui, cela devait être l'explication à tout ceci. Un coup de vent qu'il n'avait pas senti sous ses couches de vêtement avait agité un arbre encore feuillu, caché derrière les pignons des toits, et quelques cadavres orangés en décomposition poussiéreuse étaient retournés à la terre. Cela ne serait pas la première fois que ses sens ultra-développés lui joueraient un tour. Il n'y avait pas de quoi s'en faire. Pourtant, alors qu'il s'approchait de sa destination, le survivant accéléra sensiblement. L'écho qui lui en revenait semblait altéré par les façades grises barrées d'humidité noire.
Un nouveau feulement se dégagea de l'obscurité de la nuit tombant rapidement. Harry fit volte-face abruptement. Cette fois, plus question d'impliquer la paranoïa : il avait bien perçu quelque chose d'inhabituel. Le cœur tambourinant sous ses côtes, le sorcier nourri par l'adrénaline se rapprocha du parc d'une maison abandonnée pour l'hiver. Une forme étrange fit bouger la haie mal entretenue. Le brun retint sa respiration et, se figeant quelques secondes pour éviter de se faire repérer trop rapidement, si cela n'était pas déjà fait, il se fit tout petit en se repliant sur lui-même, plié à angle droit, et avança en crabe vers la haie. Les moldus l'appelaient la « maison de la sorcière » en référence à son apparence lugubre et délabrée ayant le don d'effrayer les enfants et les moins courageux de leur race. Scorpius s'était même amusé, une fois, à Halloween dernier, à leur donner raison en jetant des mauvais sorts sur les téméraires du village qui aimaient, alors, y pénétrer pour remplir des défis de gamins stupides. Albus l'avait bien assisté dans la tâche. Plus personne ne s'en approchait depuis. Désormais, certains changeaient même de trottoir en passant par-là.
De la main, Harry écarta la végétation qui lui bloquait la vue vers le jardin où un arbre mort finissait de pourrir lugubrement depuis les intempéries monstres de l'année précédente. L'Auror laissa même échapper un petit hoquet de surprise. Deux immenses yeux jaunes, en cercles parfaits, l'observaient. Un instant, le sorcier de Gryffondor songea à sortir sa baguette devant cette vision qui réveillait de mauvais souvenirs en lui, lorsqu'il n'avait encore que douze ans dans une chambre maudite où Ginny gisait dans le sang noir d'encre d'un journal entaché de magie noire. Il se ravisa cependant : aucun signe de raideur cadavérique ni de pétrification en vue, juste une tétanie temporaire devant ce spectacle intriguant. Aucun spécimen de basilic ne pouvait se balader dans la haie d'un village moldu, de toute façon. Ils avaient quasiment tous disparus.
Tout à coup, l'ombre aux yeux jaunes bondit hors de sa cachette et fila à toute bringue traverser la route déserte. Le survivant, main sur le cœur et respiration haletante, le suivit de ses propres pupilles étrécies par la méfiance. Sur le trottoir d'en face, un chat, pas noir pour sou, le sondait de ses globes ne reflétant que les lampadaires de la rue en cette nuit de nouvelle lune. Le spécimen osa, en prime, cracher méchamment dans sa direction en faisant le dos rond. Son ombre, projetée sur le mur grâce à la lueur des lampadaires, semblait massive et presque dotée de quatre membres humains. Finalement, le drôle d'animal fila à travers une autre clôture.
Un soupir d'amusement secoua Harry d'un rire court mais franc. Combien ne devait-il pas paraître stupide maintenant ! Lui, l'adulte et le sorcier courageux, effrayé par un simple chat terré dans une haie ! Celui-là devait avoir plus peur du survivant, que lui de l'animal. Les moldus s'amuseraient probablement de sa pauvre condition. Mais le brun imaginait sans mal que des sorciers en auraient fait autant, si ce n'est plus. D'ailleurs, en y pensant, il ne devrait peut-être pas mentionner cet épisode à Drago, du moins, pas dans l'immédiat. Secouant la tête une dernière fois, Harry se redressa et rejoignit le centre de la rue pour trottiner jusque dans la petite impasse qui abritait le seuil de son foyer.
Là, le père de famille prit une grande inspiration. Il dût rassembler tous ses efforts pour masquer le semblant de rire qui commençait à l'envahir lorsque tous ses malheurs lui revenaient en mémoire. Sa main se posa sur la poignée du heurtoir et, sitôt, son avant-bras se retrouva prisonnier d'une nouveauté incrustée à l'ornement de la porte. Des doigts squelettiques entourés d'une chair brunâtre enserraient sa peau avec force, à la limite de la tuméfier. Harry se débattit pendant un long moment, tentant du mieux qu'il put de se libérer de l'emprise de cette main animée de volonté propre. Le battant bougea même quelquefois dans son logement avant que le sorcier ne parvienne enfin à faire lâcher prise aux doigts recroquevillés dans une série de craquements d'articulations lugubres. La main reprit sa position initiale juste au-dessus du heurtoir. Le survivant la fusilla méchamment du regard et se frottant le poignet.
Il avait comme une impression de déjà-vu. Quelque chose qui le ramenait, encore une fois, à l'âge de ses douze ans, juste au début de sa deuxième année. Une mauvaise prononciation du nom de sa destination associée à une méconnaissance de l'usage de la Poudre de Cheminette l'avait fait apparaître avec perte et fracas dans l'horrible boutique personnelle de son mari : Barjow et Beurk. Pris de curiosité, comme maintenant, la main l'avait rudement puni en tentant de l'emprisonner au sein de ce repère de reliques de magie noire. Et, au fond, Harry aurait parié qu'il n'existait pas deux exemplaire de cette Main de la Gloire.
Le sorcier de Gryffondor ouvrit finalement la porte en prenant garde de rester éloigné de cette saleté d'artefact maudit et se glissa à l'intérieur de sa demeure. L'entrée était plongée dans le noir le plus complet et le survivant fronça les sourcils. Des résidus d'odeurs de cuisine flottaient encore dans l'air. Sa tribu avait peut-être déjà mangé, mais il était encore un peu trop tôt pour que tout ce beau monde soit déjà couché.
Harry explora le mur à tâtons à la recherche de l'interrupteur. Il l'activa à plusieurs reprises. Aucune lumière n'apparut dans le couloir, ni même ailleurs. Un soupir s'éleva. Sur la tête de Merlin, le père de famille le jurait : les prochains gros travaux dans cette maison seraient consacrés à remédier à l'installation électrique capricieuse qui leur avait causé plus de désagréments qu'on ne pouvait en dénombrer. Cela avait son charme, mais dans ces moments-ci où il revenait d'une lourde journée de travail, c'était plus une contrainte qu'autre chose.
Le survivant ôta son manteau et se dirigea, logiquement, vers le fond du couloir. Il connaissait tellement sa maison par cœur que compter les pas entre l'entrée et le compteur ne se révélait même plus nécessaire. C'était devenu instinctif. Aussi, jamais l'idée de se munir de sa baguette ne lui traversa pas l'esprit. Un drôle de souffle frais sembla lui effleurer la peau lorsqu'il passa devant le salon, sur sa droite. Le brun décida de ne pas y prêter attention. Après tout, la maison était tout au bord de la jetée, souvent balayée par les vents, et il n'était pas rare qu'un courant d'air mystérieux se forme en son sein.
La surface froide de la porte métallique du compteur moldu fut bientôt sous sa paume moite et Harry fit pivoter le panneau. Quelque chose sembla voler près de son visage et il fit un minuscule écart, comme si quelque chose venait de lui caresser la joue un peu brusquement. La seconde suivante, le survivant se retrouvait par terre, étalé de tout son long, les mains placées au-dessus de sa tête pour se protéger de la nuit de chauves-souris qui s'échappaient du minuscule placard des fusibles en grinçant furieusement leurs cris d'ultrasons. Les ailes battant l'air provoquaient un bruit monstre qui agressait les tympans du sorcier de Gryffondor autant que les membranes ne choquaient ses quelques millimètres de peau découverte. Pris au piège, l'homme tenta de les disperser en agitant un de ses bras mais tous ses efforts furent vains. Quelques cris lui échappèrent dans la lutte.
Soudain, une lumière blanche éclata comme une bombe au-dessus de lui et la nuée de vampires se dispersa rapidement en piaillant. Deux têtes se penchèrent au-dessus de lui en feulant, les doigts recroquevillés comme des serres et les canines acérées dégoulinantes de sang. Le survivant se pétrifia de terreur en agrandissant ses yeux verts au-delà du possible. Des gouttes rouges tombèrent sur son visage et roulèrent jusque la commissure de ses lèvres. Ne pouvant s'en empêcher en fleurant l'arôme de ce sang si particulier, Harry lécha le soupçon.
- Fraise ? devina-t-il à voix haute.
Des rires nourris s'élevèrent autour de lui. Un « clac » puissant retentit dans la demeure et le lustre, au-dessus de sa tête, se ralluma immédiatement. Les deux têtes pourvues de crocs s'étaient éloignées et le sorcier put se redresser sur son séant sans grand mal. À côté de lui, avec des sourires jusque là, ses deux fils et monstres préférés, Albus et Scorpius, se délectaient de son malheur et fêtaient le succès de leur mauvaise blague bien à l'abri derrière les jupes de leur père, Drago, appareil photo sorcier à la main. Un instantané flotta jusqu'au survivant et le nargua en lui faisant découvrir son air horrifié devant la nuée de bêtes enragées aux yeux rouges tournant autour de lui sans discontinuer, tel un tourbillon furieux. Harry eut une moue mi-amusée mi-affligée et, en un claquement de doigts à peine perceptible, Drago fit revenir la photographie vers lui.
- Coulis de fraise, le rectifia son mari.
Le blond le toisa gentiment de son sourire de sale gosse qui renaissait de ses cendres, aussi flamboyant et orgueilleux qu'au premier jour, garanti de son effet dramatique dans son propre costume qui ressemblait plutôt à un smoking de l'ancienne époque. L'identité de son personnage était laissée à l'appréciation de son observateur : pirate avec la chemise blanche bouffante, dessin de steampunk avec son drôle de monocle magique à manche qu'il plaçait régulièrement devant l'un de ses yeux tandis que les rouages dorés à sa surface s'actionnaient en déployant ou rétractant différents engrenages, même une allure de prince grâce au pantalon noir enfoui dans les bottes cavalières. On aurait juré qu'il s'apprêtait à enfourcher son cheval blanc robotique avec bandeau sur l'œil dans la minute. Malgré ce bric-à-brac incompréhensible de tissus, l'aristocrate parvenait encore à paraître élégant et raffiné, en pur accord avec le sang de sa race. Harry soupira en secouant la tête.
- Je vous déteste. Tous les trois. L'année prochaine, je passerai Halloween au Ministère, bien au calme, loin de vous. Et je...
Deux bombes se jetèrent sur Harry en protestant avec force d'arguments. Il les réceptionna au mieux et l'amusement le gagna petit à petit. Pendant un moment, le survivant batailla avec ses enfants à même le sol. Drago se divertissait du spectacle. Le Sauveur du monde sorcier assailli par deux vampires-garous – les enfants ayant été incapables de décider qui serait le loup et qui serait le buveur de sang – était une vision qui provoquait le sourire. Mais le moment de détente avec ses fils ne faisait certainement pas oublier à Harry ce qu'il avait aperçu près de la « maison de la sorcière ». Il fixa Scorpius dans le blanc de l'œil.
- Dites-moi, jeune homme, vous n'auriez pas vu un chat ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit la tête blonde d'un air machiavélique.
Comme à l'accoutumée, cette tête blonde là ne parlerait pas. Il faudrait user d'autres moyens de pression pour obtenir un tant soit peu de vérité. Aussi, le survivant se replia sur son autre fils, Albus, dont les quenottes relevaient comiquement sa lèvre supérieure et appuyaient sur son inférieure en y déversant le reste de coulis de fraise censé les « ensanglanter ».
- Et toi, tu n'aurais rien à me dire à ce sujet ?
Albus enfonça plus profondément ses crocs dans sa lèvre en tentant de masquer son sourire de sale gosse. Il jeta un œil en coin à son frère blond qui le détrompa d'un mouvement de la tête. Le jeune Potter replongea ses yeux verts pleins de malice dans ceux de son père et secoua vivement le crâne, comme si le dessouder de son corps ajouterait du poids à la véracité de cette négation. Harry fit une grimace, absolument pas dupe.
Tout à coup, la sonnerie retentit dans l'entrée. Les garçons abandonnèrent bien vite leur père à son pauvre sort sur le carrelage froid. Trois coups distincts suivirent la mélodie automatique et le survivant réalisa enfin à quoi servait la main de la Victoire posée sur le heurtoir de décoration. Après qu'un moldu ait actionné le mécanisme de la sonnerie, l'objet magique se mettait en mouvement et confirmait la demande du visiteur en frappant, à son tour, sur le battant de bois. Cela n'avait rien d'interdit aux yeux de la lois : la technologie moldue était si perfectionnée à l'heure actuelle que tout ignorant songerait immédiatement à une connexion ingénieusement réalisée entre le bouton, à droite de la porte, et ce rajout temporaire.
En moins de deux, les deux monstres à crocs factices furent dans les jupes de Drago pour le supplier de les laisser s'occuper du groupe costumé. Ils se précipitèrent à la porte en se bousculant l'un l'autre sitôt l'autorisation accordée. Peu après, l'indémodable refrain « Bonbon ou punition ! » fut scandé avec ferveur depuis le seuil.
L'héritier des Malfoy observa le déroulement de l'opération un court instant. Voyant que tout se passait sans heurts, il proposa son aide à Harry pour le relever. Celui-ci posa sa main sur l'épaule de son mari et lui souffla dans le creux de l'oreille :
- Merci de m'avoir prévenu.
- Il fallait que tu joues le jeu sans t'énerver. Ils auraient été déçus.
- Ils manient plutôt bien la magie pour des enfants qui n'ont même pas encore étudié à Poudlard, fit remarquer le survivant.
- Avec nous comme parents, il ne peut pas vraiment en être autrement !
- Forcément. Ça ne peut pas être parce qu'ils ont reçu de l'aide extérieure ? Pas même une toute petite petite ?
- Je ne vois pas de quoi tu parles, répondit Drago d'un sourire narquois.
- Toi non plus ? C'est une maladie contagieuse ? Non, je demande parce que j'aimerais autant éviter de répondre ça à mon chef...
Le Serpentard lui donna un coup de coude dans les côtes. Harry s'écarta prestement en souriant.
- N'empêche, ça demande un certain niveau de magie tout ça...
Drago baissa la tête, vaincu.
- Les idées sont d'eux. Je n'ai fait que la main-d'œuvre. Je ne voulais pas qu'ils réduisent la maison en cendre à cause d'un mauvais mouvement de poignet.
- Rose et Hugo savent le faire, eux, releva Harry.
- Granger fait ce qu'elle veut avec sa marmaille. Quant à moi, je préfère ne pas prendre ce risque.
- De quoi tu parles ?
- Je ne veux pas qu'un de ceux-là se ramène un jour avec une tignasse rousse à son bras. Il n'y a jamais eu de roux dans ma famille et il n'y en aura jamais !
- Ma mère était rousse.
- Jamais, l'ignora Drago.
Harry sourit doucement en couvant du regard ses deux monstres qui refermaient la porte d'entrée à quatre mains.
- Pour tout t'avouer, murmura-t-il, moi aussi ça me ferait un drôle d'effet.
- On est d'accord.
Le survivant serra doucement l'épaule de son mari blond avant de se diriger vers le salon pour rejoindre l'escalier menant à l'étage.
- Fais attention dans l'escalier, Harry. Ça glisse un peu ?
- Qu'est-ce que... Pourquoi ?
Les garçons n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur le thème de la décoration... On a dû trouver un compromis. Comme pour les costumes... Du coup... Il neige dans l'escalier.
- Il neige dans l'escalier ? répéta Harry, ébahi. Que... Quoi ?
Le brun se rapprocha des marches et écarquilla les yeux de stupeur. Effectivement, dans une zone parfaitement délimitée, de la neige fine perlait sur la rambarde et recouvrait le bois d'une couche granuleuse et immaculée.
Le sorcier de Gryffondor baissa un peu la tête en se résignant. Il posa un pied sur la première marche en hésitant et se mit à gravir les suivantes avec précaution.
- Tu devrais peut-être te méfier en haut, aussi, avoua Drago avec hésitation.
Harry s'immobilisa en plein milieu de l'escalier. Il jeta un œil interrogateur et, honnêtement, un peu agacé à son époux blond. Celui-ci haussa les épaules, un peu gêné.
- C'est une espèce de maison des merveilles, expliqua-t-il en s'enfonçant encore plus.
- Bon sang, mais qu'est-ce que vous avez fichu pendant mon absence ?
- On s'est bien amusés, ça c'est sûr.
- Je vois ça.
Les deux hommes partagèrent un regard complice. Un cri s'éleva depuis la cuisine. Drago, réactif, commença à reculer jusque là en le pointant du doigt.
- Il y a un costume pour toi sur le lit en haut. Va t'habiller !
- Je pensais qu'on se faisait une petite soirée tranquille en famille ?
- Ça n'empêche pas de se faire beau ! Avec moi, toutes les occasions sont bonnes pour s'habiller avec goût, et tu le sais.
- Et si je refuse ? défia Harry.
- Tu peux te mettre en pyjama si c'est ce que tu veux. Mais tu resteras en tête à tête avec la main là-dehors. Paraît que la première poignée de main est importante. Heureusement pour vous, cette étape-là est déjà derrière vous ! Ça devrait aller ! Ironisa le blond en lui adressant un faux clin d'œil.
- Tu es horrible.
- Pas autant que ce truc.
Harry voulut le contredire, juste par principe, et feignit une grimace de dégoût. Celle-ci se transforma rapidement en un rire silencieux. Le survivant secoua la tête. D'accord, il jetait l'éponge. Niveau horreur, il était clair que Drago n'arrivait même pas à la cheville de ce truc immonde. Le survivant ne possédait, d'ailleurs, pas la moindre idée de la façon dont son mari avait pu récupérer pareille chose.
L'héritier des Malfoy disparut dans la cuisine et, admettant l'argument de ce dernier, le sorcier de Gryffondor se hissa jusqu'au premier étage avec moult précautions sur le tapis de neige. Tout cela n'avait pas que l'air de sembler dangereux, si on lui demandait son avis ! Il était cependant loin de se douter, en jugeant ainsi, de ce qui l'attendait au premier.
Sitôt sur le palier, Harry comprit que quelque chose clochait. Il ne sut dire quoi avant de jeter un œil sur une des fenêtres. Les encadrement de bois semblaient avoir été détachés de la paroi puis recloués volontairement de travers. Les délimitations internes des carreaux avaient, elles aussi, subi un choc relativement perturbant : certaines tombaient en travers du verre sans sortir du vitrage pour autant, à d'autres endroits elles s'étaient multipliées en des multitudes de petites cases inégales et toutes tordues. On aurait dit qu'un tremblement de terre avait sévi en n'atteignant qu'une partie de l'étage. Toute la partie ouverte sur le palier, en fait.
Le survivant cligna plusieurs fois des yeux sans comprendre quelle folie sévissait désormais en ces lieux. Haussant les épaules, l'homme décida de ne plus s'en préoccuper. Il se dirigea sur la droite, vers la porte de leur chambre conjugale avant de faire immédiatement volte-face en se rendant compte d'un détail ahurissant. Chaque fenêtre avait sa déconstruction propre, différente de sa voisine, elle-même différente de la sienne. Plus magique encore : en regardant au travers de chaque minuscule case formée par les lignes des carreaux et cadres, le paysage restait le même qu'à l'accoutumée, une mer entre noir et marine sous un ciel sans étoiles distinguables, alourdie, au loin par des nuées relativement sombres, le tout caché par quelques toits de maisons environnantes. Seulement, un peu comme un kaléidoscope, chaque morceau proposait sa propre version de cet extérieur de base. Un l'entourait d'un halo étrange de brume spectrale, lui conférant une allure fantomatique. Un autre, proposait qu'une immense lune jaune n'effleure doucement les flots hirsutes de son ventre arrondi. Un troisième dessinait une ombre mouvante similaire à un serpent géant glissant juste sous la surface de l'eau. Encore un autre ne donnait pas de vision précise, derrières les gouttes de pluie qui roulaient à sa surface, balayées par un vent fou. On aurait dit que les fenêtres, à la manière d'un prisme, décomposaient la vision du monde là-dehors. Il s'agissait probablement de la multitude de possibilités qui résidaient en cet endroit. La baie avait tout à fait le moyen de devenir île paradisiaque entouré de créatures mythiques, de subir la colère d'une tornade furieuse qui coucherait les arbres sur son passage, enfin, de vivre autrement, tout simplement.
En se prenant au jeu, Harry fut à peine surpris de découvrir un carré un peu terne, en noir et blanc, crépitant de taches à la manière d'une vieille bande de film : une ancienne image de la baie. Des hommes habillés de longs vêtements de bains trempaient leurs pieds dans les flots tandis que leurs femmes en chapeaux charleston s'approchaient des flots écumants sur le sable d'argent et d'onyx. Un bébé courait joyeusement entre eux, image par image. Le survivant sourit tendrement devant son bonheur.
D'un coup, un bruit sec comme un claquement de pétard capta son attention vers l'intérieur de la maison. Cela semblait provenir d'une des chambres des petits : celle d'Albus. Curieux, et convaincu que rien ne pouvait être plus perturbant que la piste de luge qu'ils pourraient bientôt inaugurer dans leur escalier, le sorcier de Gryffondor s'approcha. Il écarta doucement la porte blanche du bout des doigts et son regard se perdit dans la chambre. Ses sourcils se froncèrent devant le vide ne correspondant pas au bruissement constant emplissant les lieux.
Une drôle de voix attira les pupilles couleur émeraude vers le parquet. Là, une multitude de jouets étaient rassemblés en cercle, près du chambranle de la porte. En cherchant bien, à l'opposé de la pièce, au pied du lit, un autre groupe de jouets semblait tenir le même genre de réunion. L'émerveillement au creux de ses iris, Harry s'accroupit lentement pour assister à la scène. Qui, étant gosse, n'aurait jamais rêvé de voir ses jouets s'animer de la sorte ? Ça n'était plus de la magie que le survivant avait sous les yeux, mais un rêve. Le rêve de tout gamin, le rêve de toute personne au monde à avoir osé conserver une part d'enfance au fond de soi. Et cela en restait un même si ces quelques soldats de plomb se joignaient aux rangs pour mener les discussions relatives à une stratégie d'attaque contre le camp adverse. Ils avaient été déchargés des coffres et des étagères par des échelles de figurines en plastiques diverses, pour certains, et par une nuée de trois dinosaures ailés en plastiques, pour les autres. Un combat dormait ici.
Soudain, alors que les tractations duraient toujours dans le camp des legos et playmobils, un minuscule canon noir fut avancé sur la ligne de front du côté des partisans du plomb. C'était une pièce de collection moldue. Un rebelle playmobil, avec une pipe dessinée à même le visage, en alluma la mèche et lâcha, ainsi, une bille fumante sur ses ennemis. D'autres se préparaient à l'arrière, roulées à la queue-leu-leu au culot du canon brillant, tandis que les gardes de la réserve des armes campaient sur leurs positions en rationnant la sortie des boulets bleus et verts.
Un nouveau bruit sec claqua dans la chambre et le camp des legos fut soulevé par un rire nourri après un début de frayeur. Le canon avait eu un raté, couvrant de suie ses cadreurs, et projetant la bille en direction du survivant qui la réceptionna au passage. Elle était brûlante d'une drôle de chaleur corrosive et il dut la faire passer rapidement d'une main à l'autre pour éviter de se noircir la peau. Lorsqu'elle fut à nouveau maniable, il la reposa doucement près de la garnison de réserve qui le remercia d'un signe de la main, de ceux qu'on donne à ses généraux dans l'armée.
Quelque peu distrait par cette péripétie du champ de bataille, le sorcier eut du mal à comprendre que l'enjeu de la guerre n'était autre que la conquête du tapis où était dessinée une carte du monde à l'ancienne mode, le bord des océans gris rougissant les limites des terres par-dessus lesquelles flottaient des inscriptions en lettres calligraphiées et quelques dessins de navires qui émergèrent bientôt, de leur habituelle existence en deux dimensions, pour s'offrir en tant que char de guerre aux deux camps. Les soldats de plombs, eux, avaient préféré reprendre leur position sur le dos des ptérodactyles pour dominer le champ de bataille.
- Harry ? Tu t'en sors ?
Drago venait d'apparaître sur le palier. Ses beaux cheveux d'ors s'assombrissaient un peu à cause de la fonte de la neige tombée sur lui durant l'ascension périlleuse de l'escalier. Ils pourraient bientôt planter un drapeau au premier étage pour témoigner de leur expertise en escalade.
En trouvant son mari, accroupi comme un petit garçon, juste à la porte de la chambre d'Albus, l'héritier des Malfoy fronça les sourcils. Intrigué, il s'installa à son tour à ses côtés. En constatant l'animation des jouets, Drago eut la même réaction quelque peu émerveillée.
- C'est magique, hein ?
Le survivant acquiesça doucement et n'ajouta rien. Ses yeux verts se perdaient dans ce qu'ils considéraient comme tellement plus qu'un prodige. Pendant un long moment de calme, uniquement entrecoupé des rumeurs de la bataille, devant eux, et des drôles d'applaudissements de leurs deux vampires-garous, en bas, Drago observa le visage de son amant avec une expression indéchiffrable sur les traits. À cet instant, Harry l'intéressait bien plus que les hostilités banales des jouets. Son cœur se serrait inexplicablement dans sa poitrine. Des années passées ensemble lui permettait d'affirmer que quelque chose se cachait derrière ce silence si mélancolique. Ses iris seuls auraient pu servir de preuve. Ils se cachaient derrière une fine pellicule d'humidité recouvrant tout le cristallin, de celles qui menaient généralement aux larmes.
Se rendant enfin compte de l'inquiétude qu'il attirait à lui, le Gryffondor s'intéressa au blond. Ses bras se resserrèrent autour de ses genoux, comme si un frisson de honte le parcourait après qu'on l'eut découvert dans pareille situation. Il baissa le regard et se borna à observer la main blanche de Drago, où brillait son alliance dorée.
- Harry ?
Le survivant sourit bizarrement. Il désigna les figurines de plomb du menton.
- Ceux-là... Ils étaient à moi. Je jouais avec eux dans mon petit placard chez les Dursley. Dudley n'avait jamais voulu d'eux.
- Si ça te faisait cet effet de t'en séparer, pourquoi les lui as-tu donnés ?
- Ce n'est pas ça.
- Quoi ? Qu'est-ce que c'est, alors ?
Drago piétina laborieusement jusqu'à lui quand aucune réponse ne lui parvint. Le dos de sa main vint effleurer son menton un peu piquant avant de se geler sur place, dans l'air subitement froid, quand Harry s'écarta brusquement de lui. Une larme unique venait de couler sur sa joue hirsute. Ses phalanges halées s'empressèrent de l'assassiner en l'écrasant sur leur passage.
- Harry ?
- Quand j'avais onze ans, j'avais beau être le Sauveur, je ne savais même pas que la magie existait. Je ne savais pas que j'étais spécial. Je n'étais qu'un gosse. Avec des rêves de gosse. J'ai fini par arrêter de compter les fois où je souhaitais plus que tout donner vie à ces soldats dans mon placard. Juste pour avoir un ami à qui parler.
Le visage du Serpentard se décomposa lentement de peine. Harry n'aimait pas ressasser le passé. Malgré Voldemort la quantité innombrable de fatalités qui n'avaient fait que pleuvoir sur lui, le sorcier se targuait d'avoir d'excellents souvenirs de ses jeunes années. Il avait été heureux. Il l'était toujours. Mais, parfois, une de ces réminiscences lourdes d'émotions contradictoires ressurgissait d'un pas feutré, sans prévenir.
Devant ces soldats de plomb livrant bataille aux jouets d'Albus, Harry revoyait une partie de son enfance qu'il aurait souhaité oublier. Le moment où il n'était qu'Harry, le petit garçon moldu, en vêtements trop grands, vivant dans le placard sous l'escalier, là où il rêvait d'échapper à son monde insatisfaisant en faisant claquer le plomb de ses figurines sur son petit morceau d'étagère à lui, comme si ce cheval sculpté galopait réellement sur le bois.
- La magie est arrivée dans ma vie. Avec Ron, Hermione, tous les autres. Toi. Les petits. Et, maintenant, des années après, je n'arrive pas à croire que j'ai pu oublier si facilement... Ça : donner vie à mes soldats de plomb.
- Albus l'a fait pour toi, le réconforta Drago.
- Je ne comprends pas pourquoi. Je voulais le faire parce que j'étais seul. Et lui ? Quelle est sa raison ? Ça me fait un peu peur...
- Albus est un gosse avec des rêves de gosse. Il a juste un peu plus de moyens à sa disposition pour les rêver.
- Tu crois ?
- Albus sait qu'il est spécial. Pas seulement parce que c'est un sorcier, cependant.
Harry fronça les sourcils sans comprendre. Drago lui sourit.
- L'amour. C'est ça qui le rend spécial. Pareil pour Scorpius. Ils savent qu'on les aime. Albus a juste envie de ça. Scorpius, lui, préférerait les voir se prosterner devant lui. Ce sont leurs caractères.
Le brun étouffa un rire léger. C'était bien vrai. Ces deux petits avaient des façons d'êtres aussi contrastées que le jour et la nuit. Pourtant, ils fonctionnaient ensemble comme des frères siamois. À l'image de leurs pères, en fin de compte. Drago frotta tendrement le dos de son amant.
- Allez, descends avec nous. Il y a un portrait de sorcier magicien dans la cuisine qui meurt d'envie de nous faire un petit spectacle de magie. Son assistante est une citrouille parlante.
Comme pour confirmer ses dires, une salve d'applaudissements mélangée à des exclamations extatiques leur parvint depuis le rez-de-chaussé. Harry hésita.
- Et mon costume ? Je ne suis toujours pas habillé.
- Oublie. C'est plus important que tu sois avec nous maintenant. Ne perds pas ton temps à passer un stupide déguisement.
- Si tu le dis.
Drago se releva en grimaçant. Un léger étourdissement lui colla des points noirs devant les yeux pendant une demi-seconde nauséeuse. Les idées eurent le temps de se remettre en place dans son crâne qu'Harry n'avait toujours pas bougé d'un pouce.
- Écoute, si ça te préoccupe à ce point, tu pourras toujours lui en parler demain.
Le survivant secoua la tête en le niant.
- Je suis juste curieux de savoir qui va gagner la bataille.
- Tu le sauras en aller te coucher tout à l'heure : ils ne sont pas là d'avoir fini ! Viens maintenant.
Le blond tendit la main à son amant pour la seconde fois de la soirée. Celui-ci l'accepta et se redressa avec son aide. Pourtant, le Serpentard ne le lâcha pas. Il enlaça ses doigts entre les siens et l'entraîna vers l'escalier en roulant des épaules, joueur.
- On aura l'air malin si on tombe tous les deux là-dedans, lui fit remarquer le Gryffondor.
- Tu es pire qu'un bipolaire. Tes émotions ne tiennent pas en place ! s'exclama l'héritier des Malfoy en s'engageant dans l'escalier.
- Je suis un être exceptionnel, qu'y puis-je ? se vanta le brun en descendant derrière lui.
- Rien. Et même si tu pouvais y remédier, je ne voudrais pas que tu changes quoi que ce soit !
- Tu fais de belles phrases ce soir, Drago.
- Je suis inspiré. Qu'y puis-je ?
Les deux amants partagèrent un rire de liesse lorsque, d'un coup, le Serpentard s'immobilisa en plein milieu de l'escalier. Harry faillit lui rentrer dedans en glissant une plaque de neige. Il se rattrapa de justesse à la rambarde et suivit les prunelles grises de son mari jusqu'au plafond du salon.
Entre les quelques poutres parallèles qui soutenaient le haut-plafond, des dizaines de formes oblongues noires, avec, pour certaines, de minuscules pupilles rouges les sondant désagréablement, se reposaient tête en bas. Les chauves-souris issues de la blague du compteur semblaient avoir l'intention de rester dans les parages pendant un certain temps encore.
- C'était prévu ? demanda Harry.
- Elles étaient censées disparaître après avoir quitté le compteur. Leur durée de vie devait être limitée.
- Ce sont des illusions ?
- Normalement, oui. Enfin, j'espère. Je ne veux pas d'un nid de chauves-souris ici...
Le survivant plaça son poing devant sa bouche et tenta de masquer l'amusement qui le saisissait devant l'incrédulité de son époux. Sa magie venait de le mettre en défaut et cela ne lui plaisait absolument pas.
- C'est ça, marre-toi, se vexa-t-il. En attendant, on va devoir les surveiller.
- Si elles s'évaporent un jour.
Harry contourna son amant dans les marches et rejoignit le salon. Là, il secoua chacun de ses pieds pour en évacuer le trop-plein de neige. Il se retourna presque la nuque pour inspecter, encore une fois, les dégâts du sortilège.
- Hermione élève peut-être ses enfants en singes savants, mais ça, ça ne lui serait jamais arrivé à elle, remarqua-t-il.
- Oui, parce qu'elle n'aurait pas imaginé une telle illusion pour te piéger ! Sinon, elle aurait été aussi embêtée que nous à l'heure actuelle.
- Où est-ce que tu vas chercher ton « nous » exactement ? C'est vous qui avez voulu me faire une mauvaise blague d'Halloween. C'est vous qui vous démerdez avec ça.
- Harry ?
- Oui ?
Interpellé, le Gryffondor fit volte-face vers l'escalier, juste à temps pour se recevoir une boule moelleuse mais glacée en pleine face. Pendant un instant, il demeura immobile. Puis, du revers de la main, le brun écarta le reste de neige qui glissait pitoyablement le long de sa mâchoire. Heureux et lâchement caché derrière la rambarde qui le protégeait des attaques extérieures, Drago souriait comme le plus malicieux des gamins.
Harry décida de rejoindre la cuisine en lui faisant signe d'attendre. Albus et Scorpius assistaient avec des yeux immenses et pétillants au tour de lévitation du sorcier dans son tableau. L'assistante tête-de-citrouille servait de cobaye et piaillait nerveusement, par peur de s'écraser subitement sur le sol du portrait et de se briser en plusieurs morceaux juteux. Sur le bar, le résultat de l'atelier cuisine organisé par Drago toute l'après-midi durant, trônait encore. Les friandises et petits fours étaient si fantasques qu'on avait du mal à croire qu'ils avaient été faits main. Au choix sur les divers plateaux argentés, garnis de décalcomanies oranges en forme d'araignées et de toiles, on pouvait trouver des doigts de squelettes, des canapés sanglants, des nez crochus de sorcière avec pour verrue originale des dragées surprises de Bertie Crochue, quelques paquets de Chocogrenouilles relookés en version « horreur » pour l'occasion, des Patacitrouilles, et des ailes de chauves-souris vampires en biscuit chocolaté fourré au coulis de fraises. Dans des pichets transparents posés près de l'évier, flottaient des globes oculaires plus vrais que nature, enrobés de gélatine blanche, nervurées de vaisseaux en serpentins moldus, cœur de noisette et pistache pour la pupille. Ils flottaient allègrement dans du jus de citrouille orangé et du nectar de fruits rouges d'une douce couleur sanglante. Si tout ce beau monde avait été animé, Harry se serait presque cru en plein milieu d'un magasin de Farces et Attrapes des Weasley.
- Les garçons ? appela Harry. Ça vous dit une bataille de neige en avance ? Nous contre Papa.
Les mains croisées derrière la nuque, Harry, allongé les yeux fermés sur son lit dans la chambre blanche de « La Tempête », profitait du calme régnant au sein de sa demeure. La soirée avait été si agitée qu'on aurait dit qu'il redécouvrait le silence pour la toute première fois. Une sensation libératrice le plongeait dans un profond état de plénitude proche de la méditation religieuse.
Inconfortable, le survivant bougea quelque peu et laissa l'arrière de sa tête s'enfoncer dans l'oreiller moelleux. Il ne sentait déjà plus les extrémités de ses doigts à faire d'avoir manipulé la neige sans gants, à même sa peau halée et bleuie, il ne servait à rien de couper la circulation qui les irriguait en plus. Les garçons avaient mis tout leur cœur à la tâche de bombarder leur père, lâchement abandonné de tous derrière la rambarde enneigée qui, si elle constituait un parfait rempart, déversait régulièrement en cascade la glace amassée à sa surface lisse au moindre choc. Seulement, à lui tout seul, Drago arrivait encore à les déborder tous les trois. Une trêve avait alors été conclue entre eux pour leur permettre de s'empiffrer des quelques friandises restantes après tous les services réalisés auprès de leurs visiteurs moldus et une fois ceux destinés aux autres familles sorcières, telles que les Zabini ou les Granger-Weasley, décomptées du lot. Par chance, le blond connaissait la goinfrerie légendaire de sa tribu et avait fini par sortir une autre série de plateaux du four. Il avait été acclamé.
Contrairement à eux, les jouets dans la chambre d'Albus n'avaient pas trouvé de terrain d'entente et avaient poursuivi le combat tandis que la famille s'adonnait à une nouvelle sorte de jeu de société sorcier : chacun avait choisi son camp et fournissait les armes nécessaires aux petites figurines. Harry, bien sûr, avait encouragé l'équipe des soldats de plomb avec beaucoup de vigueur, Albus à ses côtés, en véritable chef de guerre. Malgré tous leurs efforts, l'équipe de « plastique » en sous-nombre, à leur arrivée sur le champ de bataille, avait réussi à les terrasser en soudoyant les miniatures de ptérodactyles et à grimper sur le dos des tyrannosaures pour en faire de puissant destriers. Mauvaise foi, le survivant avait accusé les têtes blondes de Drago et de Scorpius de tricherie infamante. Tout ce que qu'il en avait récolté était une série de grimaces longuement travaillées en équipe et une salve de gentilles moqueries. Mais Harry n'en démordait pas, ces deux-là avaient triché. Au prochain Halloween, lui et Albus prendraient leur revanche si ce dernier acceptait encore de redonner vie à ses jouets maintenant qu'il en connaissait toute la cruauté et la rage de sang.
Sur le palier, une planche grinça sous un pas léger. Bientôt, Drago pénétra dans la chambre à son tour et referma doucement la porte derrière lui. Il traîna des pieds jusqu'au matelas et se glissa sous les couvertures avec un râle de satisfaction. Même si les volets de la baie vitrée avec balcon étaient fermés et ne laissaient rien entrevoir de l'extérieur, le couple aurait parié qu'il devait faire nuit noire. Épuisé par sa journée palpitante, le blond tendit le bras et éteignit la lampe de chevet de son côté du lit.
- Tu as réussi à les endormir ? s'enquit Harry en murmurant.
- Une fois que tu as réussi à les convaincre de désensorceler les jouets, le reste est facile.
- Tant mieux, alors.
- Cela dit, ils m'ont quand même demandé une dernière fois d'aller faire un tour dans la jungle en bas.
Harry se redressa sur un coude.
- La jungle ?
- Oui, tu ne savais pas ? Nos laboratoires sont maintenant une sorte de petite forêt vierge. Tu aurais dû voir la chaleur là-dedans. Un sauna de feuilles vertes.
- Je me répète mais vous avez vraiment dû bien vous amuser pendant que j'étais parti.
- C'est sûr, mais l'année prochaine c'est ton tour de les surveiller toute la sainte journée. Je ne ferai pas ça deux ans de suite, je suis claqué, bâilla Drago. Je plains leurs futurs professeurs à Poudlard.
- On s'ennuiera vite d'eux, soupira Harry. Tu verras.
- Je sais. C'est ça le pire.
- En tout cas, l'année prochaine, ne compte pas sur moi pour transformer la maison en jeu de piste comme tu l'as fait, releva le survivant.
- Oh ! Allez, quoi ! C'était marrant !
- Scorpius a failli se casser un poignet dans ce maudit escalier. Je ne recommencerai pas, point.
- Pa' ! S'te-plaît ? fit semblant d'implorer l'héritier des Malfoy.
- Hors de question ! On ne m'y reprendra pas !
Un des bras du blond se reposa en travers de son front tandis que ses yeux observaient le plafond rendu gris-jaunâtre par le jeu des lumières artificielles. Un sourire amusé flirtait avec ses lèvres. Il étouffa un rire.
- Qu'est-ce qui te prends ?
- Rien. Je repense à Poudlard. On a fait bien pire nous, Serpentards, pour Halloween.
- À savoir ?
- Tu vas trouver ça cruel. Il ne vaut mieux pas que je t'en parle.
- Non, allez, j'ai envie de savoir, l'incita le brun.
Drago soupira et son bras glissa de nouveau sur la couette. Il se redressa à son tour et plongea ses yeux couleur mercure dans ceux de son époux.
- On piégeait notre Salle Commune pour les premières années. Genre, des serpents qui sortaient de la cheminée, des gros yeux menaçants aux fenêtres qui donnaient sur les profondeurs du lac... Des trucs bien glauques. Une année, on a même trafiqué le Choixpeau pour qu'il chante un truc lugubre. Je ne me souviens même plus de ce que c'était, mais je peux t'assurer que ça promettait la mort au premier qui passait par-là.
- Sérieusement ? rit Harry. Dire que nous on se contentait de citrouilles flottantes, de fumée en forme de fantômes et de faire une farce à Rusard.
- Vous aussi vous faisiez des farces à Rusard ? réalisa le blond.
- Tu rigoles ? C'était le passage obligé ! Chaque année, on réfléchissait pendant des mois pour trouver un truc hilarant à réaliser. Les Weasley avaient toujours de bonnes idées.
- Fred et Georges ?
- Ron aussi. Une année, on a convaincu Peeves de se promener près de ses appartements en l'appelant avec une voix aiguë et tremblante. Genre : «Ruuuusarrrrrrd », «Ruuuusarrrrrd ».
Drago éclata d'un rire franc. Harry le suivit mais tenta, néanmoins, de reprendre son histoire.
- Bien sûr, tu le connais, ce bougre est sorti de sa cachette avec une lampe torche. Plusieurs fois. Mais Peeves trouvait ça tellement marrant qu'on n'a même pas eu à lui dire de disparaître à chaque fois.
- Il avait saisi le principe.
- Oui, acquiesça le brun. Au bout d'un moment, Rusard en a eu marre. Il a conjuré le Baron Sanglant avec des remèdes de bonne femme, des herbes et tout, un truc d'exorciste quoi. Et... Le Baron Sanglant est arrivé.
Le survivant gonfla la poitrine dans le lit en imitant le plus fidèlement possible ce dont il avait été témoin quelques années plus tôt entre les murs du vieux château.
- Rusard lui a demandé de s'occuper de Peeves, parce qu'il avait compris que c'était lui le trouble-fait. Et là, le Baron Sanglant a regardé Rusard par en-dessous. Il a accepté, mine de rien, et assuré au concierge qu'il pouvait retourner dormir sans problèmes. Et sans comprendre comment, le pauvre Rusard, après chaque «Ruuuuusarrrrrrrd » de Peeves, avait droit à un rire lugubre du Baron. Les fantômes se sont bien amusés à le faire tourner en bourrique. Miss Teigne sautait au plafond à chaque fois que son maître sortait : le Baron sortait tout d'un coup sa tête du sol en criant «Bouh ».
Le rire de Drago se renforça et il se laissa retomber sur le matelas, hilare.
- Oui ! Oui ! Je m'en souviens ! Mais c'était nous qui avions dit au Baron Sanglant de faire ça !
- C'était vous ?
- Oui ! On voulait le faire danser un peu, lui rendre la monnaie de sa pièce pour une fois.
- Le pauvre, il a du souffrir avec vous.
- Eh ! Avec vous aussi. Si je me souviens bien, une année, avec Ron, vous avez saccagé son bureau avec du papier toilette et des œufs ?
- Des tomates, rectifia Harry. Pour que ça fasse rouge. On en a profité pour lui chourer des objets qu'il avait confisqué les années précédentes.
- Vous les avez toujours ?
- Non, il nous les a repris dans l'année, en colle !
L'héritier des Malfoy siffla de déception. Il restait fortement amusé par la convocation de leurs vieux souvenirs mais le fait que les plus célèbres chevaliers des « quatre-cent coups » de Poudlard, à savoir Potter et sa clique, aient été infoutus de conserver des objets probablement très intéressant dont une majorité devaient venir des jumeaux Weasley, le décevait plus qu'il ne voulait bien l'admettre. À son tour, le blond voulut partager une de ses aventures de la nuit des horreurs avec le concierge irascible de l'école de sorcellerie.
- Tu sais qu'à une époque, dans notre dortoir, une rumeur courrait sur Rusard ?
- Non, laquelle ? s'interloqua Harry. Bien que je doute qu'il n'y en ait eu qu'une seule qui ait circulé sur lui...
- En fait, c'était plutôt sur Miss Teigne.
- Développe !
- D'accord, d'accord ! En fait, du temps de mon père, Rusard était déjà dans le château. Tu le sais, les jumeaux lui ont volé la Carte du Maraudeur des amis de ton père.
Le brun acquiesça vivement, avide d'en savoir davantage sur ce potin mystérieux.
- Mais il n'était pas le seul. Miss Teigne aussi y était déjà.
- La chatte était déjà là ? Ça n'est de la longévité ça !
- Exactement ! Ce qui nous a amené à établir la théorie dont je veux te parler... Miss Teigne serait, en fait, un Animagus non déclaré.
Harry éclata de rire et donna un léger coup de poing dans l'épaule de son époux.
- C'est vous qui avez lancé cette rumeur de cinglé ?!
- Tu la connaissais ?!
- Tu veux rire ?! Tout le monde la connaissait ! Les premières années qui sont arrivés quand nous on était en quatrième année, ont cru pendant des mois que tout ça était vrai ! Je suis persuadé que certains le croient encore aujourd'hui !
Mais chez nous aussi c'était très populaire. Certains dans mon dortoir en avançaient des preuves à celui qui en demandait ! Ils disaient que c'était pour ça que Rusard aimait tant sa chatte, parce qu'en réalité il s'agissait d'une sorcière qui n'était autre que sa femme !
- Une pure horreur...
- Je sais !
- Mais qui a lancé ça, en fait ?
- Marcus Flint, l'ancien capitaine de notre équipe de Quidditch. Tu sais, cheveux noirs, dents de cheval...
- Ah ! Marcus Flint, oui !
- Ça lui a en quelque sorte échappé. Et, le plus drôle, c'est qu'au final, lui-même a commencé à penser que c'était peut-être vrai !
- Mais est-ce que quelqu'un a réellement réussi à réfuter cette théorie ? Parce qu'il existe des moyens pour forcer un Animagus à reprendre sa forme originelle, expliqua le Gryffondor. Si ça se trouve...
- Tu crois ? Non, je pense juste que cette chatte est comme son maître : une mauvaise herbe ! Et il paraît que les mauvaises herbes résistent plus longtemps que les autres ! Un peu comme les parasites.
- Mon Dieu, soupira Harry.
- Tu l'as dit.
Le silence retomba dans la chambre blanche du couple. Après un long moment passé sans rien dire, le survivant tendit son bras et éteignit à son tour sa lampe de chevet, les plongeant tous les deux dans le noir. Comme à son habitude, Harry sentit que Drago reposait un de ses bras tout contre lui, comme s'il voulait être assuré de la présence de son amant près de lui. Celui-ci se rapprocha volontiers.
D'un coup, un grincement retentit dans la quiétude des lieux et Harry sourit dans le creux du cou du blond.
- Oui, je sais, les chauves-souris sont encore là, chuchota Drago en le sentant.
- Il faudra appeler Hermione demain.
- Pour les faire disparaître ? demanda le Serpentard.
- Oui. Et puis elle connaît le contre-sort à la transformation en Animagus.
L'héritier des Malfoy se figea sous les couvertures.
- Tu ne parles pas sérieusement ?
- Le mystère a assez duré, tu ne crois pas ?
Aucune réponse ne fut formulée. Le brun ténébreux s'installa plus confortablement sous les couvertures et se prépara à dormir. Drago en fit de même. Bientôt, leurs respirations se firent plus profondes. Un nouveau grincement força le Serpentard à relever ses paupières.
- Harry ?
- Hm ?
- Tu crois qu'elles vont rester là toute la nuit ?
C'est ainsi que se termine ce bonus Halloween ! Il ne faut pas le prendre au sérieux, il était juste destiné à marquer l'occasion et à proposer quelque chose d'attendrissant et d'humoristique en même temps ! J'espère que c'est réussi et que cela vous aura plu !
Je peux d'ores et déjà vous annoncer qu'un autre bonus est à paraître sur cette fiction, avec, cette fois, un peu plus de lien avec l'intrigue, et même, une certaine explication de certains événements qui se sont déroulés entre l'ultime chapitre et l'épilogue de cette fiction !
D'ici là, portez-vous bien, j'ai hâte de vous retrouver sur mes autres textes et ici quand l'heure sera venue ! A très bientôt !
M.A.D.
