36.
Mon cœur,
Drago m'a dit que vous prépariez quelque chose sans me donner de détails. J'ose espérer que c'est inutile de te l'ordonner mais au cas où : ne prends pas de risques inconsidérés ! Je veux que tu nous reviennes sur tes deux pieds, pas dans une boite ni dans un vase…
J'ai surpris mon bourreau d'infirmière en train de t'écrire une lettre, je suis pratiquement sur qu'elle s'est montrée alarmante sur mon état. Quoiqu'elle t'ait raconté, je t'assure qu'elle exagère. Mon corps se retrouvant à fonctionner pour deux sans être prévu pour ça, je traverse une petite crise de fatigue passagère. Il n'y a vraiment pas de quoi en faire un drame. D'ailleurs ça ne mérite même pas que je m'étende sur le sujet.
Je sens le bébé bouger depuis quelques temps et je souhaite de tout cœur que tu puisses ressentir ça toi aussi, je ne me le pardonnerais pas si tu devais en être privée. Parce que cette sensation est plus forte que tout ce qui existe au monde : c'est comme si elle était un monde à elle toute seule…
La première fois, c'était un matin, un peu après mon réveil. J'étais sous la douche et j'ai bêtement d'abord cru que mon estomac réclamait un petit-déjeuner. Quand j'ai finalement compris ce que c'était, j'ai fondu en larmes.
J'avais oublié l'effet que ça faisait de pleurer autant. Comme tu le sais, ça ne m'est quasiment pas arrivé depuis le jour où je me suis retrouvé aux urgences après que mon père m'ait vu en train de le faire quand j'avais cinq ans. Je l'entends encore me crier : « si un homme pleure, c'est qu'il doit se faire soigner » tout en m'assénant ces coups qui lui auront donné raison…
J'ai beaucoup pensé à lui depuis que je perçois les mouvements du bébé. Je me suis interrogé sur le père que je ferai… sur le risque de devenir comme le mien… et Hermione, ma chérie, je me suis juré de ne jamais lui ressembler !
L'espace entre mes bras est désespérément vide, j'ai de plus en plus insupportablement besoin que tu le remplisses de ton corps. Que le mien s'impatiente de récupérer… J'ai hâte également de retrouver nos discussions. D'autant plus que Pompom a autant de conversation qu'un chaudron d'occasion : une fois qu'elle a fait le tour des potins qu'elle connaît (il faut tout de même compter deux bonnes heures pour ça), elle n'a plus rien à dire (et j'en suis à ma sixième dépression successive).
Ton Severus qui t'aime.
